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Stephen B. Roman
From the Library of Daniel Binchy
REVUE CELTIQUE
TOME IV
A ^ PUBLIÉE V-^ >
^J^ AVEC LE CONCOURS DES PRINCIPAUX SAVANTS ^^y>
DES ILES BRITANNIQUES ET DU CONTINENT
DIRIGEE PAR
H. GAIDOZ
Directeur-Adjoint à l'École des Hautes Études, Professeur à ['École des Sciences Politiques,
Secrétaire correspondant de la Cambrian Archceological Association, Membre de la
Royal Archœological Association of Ireland, etc.
Tome IV
F. VIEWEG, LIBRAIRE-ÉDITEUR
67, rue de Richelieu, PARIS
1879- 1880
Digitized by the Internet Archive
in 2011 with funding from
University of Toronto
http://www.archive.org/details/revueceltiqu04pari
TABLE DES MATIÈRES.
Pages
Les dieux de la cité des Allobroges, d'après les monuments épigraphiques,
par M. Florian Vallentin . . i
— Cf. Note additionnelle 44$
Comment le druidisme a disparu, par M. Fustel de Coulanges ... 37
Devinettes bretonnes recueillies et traduites par M. L.-F. Sauvé. . 60
Sirona, par M. Charles Robert 133
— Cf. Note complémentaire 26$
— Cf. Erratum 479
Supplément aux dictionnaires bretons, par M. Emile Ernault . ... 14$
Popuiar Taies of Ireland, by David Fitzgerald, Esq 171
— Cf. Additional notes 268
— Cf. Errata 202, 316
L'amitié d'Amis et d'Amiles, texte gallois publié d'après le Livre Rouge
d'Oxford, avec une traduction française par M. H. Gaidoz .... 203
— Cf. Addenda et Corrigenda 479
Tidings of Doomsday, an Early Middle Irish Homily, edited and trans-
lated by W. S 24$
— Cf. Errata 479
Cornica, by W. S 258
Monnaie gauloise inédite de Lucterius, chef cadurque, par M. A. de
Barthélémy 317
Old-Breton Glosses, by W. S 324
O'Clery's Irish Glossary, edited and translated by Arthur W.-K. Miller,
Esq 349
— Cf. Errata 479
Les Contes populaires de la Haute-Bretagne, par M. F. -M. Luzel . . 429
vj Table des Matières.
MÉLANGES.
Le Dictionnaire breton de Roussel, par M. E. Ernault 104
Une version tchèque du Purgatoire de saint Patrice, par M. L. Léger . 105
Les langues celtiques dans les Iles Britanniques et en France, par M. Paul
Sébillot 277
Mercurius Finitimus, par M. Florian Vallentin 444
Taliesin's Little World, by Reinhold Kcehler, Esq 447
Le breton dans maistre Pathelin, par M. J. Loth 451
La Société pour la conservation de la langue irlandaise, par H. G. . 457
BIBLIOGRAPHIE.
H. d'Arbois de Jubainville, Voyelles et consonnes du breton moderne
(E. Ernault) 465
Barges, Les colonies phéniciennes (Philippe Berger) 283
Edm. Blanc, Épigraphie des Alpes maritimes (H. G.) 460
Berson, La nation gauloise et Vercingétorix 469
Bulliot et Roidot, La cité gauloise (H. G.) 109
Bye-Gones 463
J. Costa 282
Daremberg et Saglio, Dictionnaire des antiquités 463
John Davies, The Celtic Languages 470
Decharme, Mythologie de la Grèce 126
De quelques publications d'outre-Pyrénées (H. G.) 279
Durand, Études de philologie 301
Duval, Esquisses marchoises 471
Emgann Kergidu (Ernault) 299
Fita 280
Gaidoz, Esquisse de la religion des Gaulois (A. de B.) 112
— La religion gauloise et le gui de chêne 470
Geslin de Bourgogne et A. de Barthélémy, Anciens évêchés de Bretagne. 296
E. Hùbner 279
Joyce, Old-Celtic Romances (H. G.) 294
Koschwitz, Sechs Bearbeitungen des altfr. Ged. von Karls des Grossen
Reise (H. G.) 117
Laurens de la Barre, Fantômes bretons (Luzel) 297
Lemière, Les Gaulois étrangers à la race celtique 469
Liebrecht, Zur Volkskunde (H. G.) 118
Loch Etive 301
Luchaire, Étude sur les idiomes pyrénéens (H. G.) 1 1 1
Luzel, Veillées bretonnes' 125
Mortillet, Les potiers allobroges (Héron de Villefosse) 289
Table des Matières. vij
Napier, Folk-Lore 12$
Nedelec, Cambria Sacra 114
Pryce, The ancient British Church 114
Quellien, Annaïk 299
Revon, La Haute-Savoie avant les Romains (H. G.) 279
Rhys, Lectures on Welsh Philology, 2d Ed. (H. G.) 116
Ch. Robert, Inscriptions antiques du musée de Bordeaux 122
E. Rolland, Faune populaire 125, 47;
Ruelle, Bibliographie générale de la Gaule 301
Sacaze, Épigraphie de Luchon (H. G.) 460
Sarmento 280
Sikes, British Goblins (H. G.) 295
FI. Vallentin, Divinités indigètes du Vocontium 122
— Le culte des Matrae 308
— Le musée épigraphique de Gap (H. G.) 460
De Valroger, Les Celtes, la Gaule celtique (H. G.) 107
J. de Vasconcellos 279
De la Villemarqué, Poèmes bretons du moyen âge (H. G.) . . . . 1 1 7
Vingtrinier, La statuette d'Oyonnax 470
Windisch, Irische Grammatik (H. G.) 112
Wynne, The History of the Gwydir Family (H. G. 1 . . ... . . 464
CHRONIQUE.
La Société celtique. — Une poésie de M. Luzel. — The Folk-Lore
Society. — M. P. Sébillot sur la statistique de la langue bretonne.
— Les manuscrits de Th. Stephens. — Un index à la Grammatica
Celtica 125
La Revue épigraphique du midi de la France. — Un musée gallo-romain
à Dornach (Alsace). — Un ancien poème français sur sainte Nonne
(cf. rectification, p. 479). — La poésie à la Société celtique. — Une
poésie de M. Milin. — Les causeries bretonnes de M. Le Bos. — La
bibliothèque galloise de M. Robert Jones. — La discorde chez les
celtophiles de Gratz. — Un recueil de contes de la Haute-Bretagne.
— Les nouvelles commissions archéologiques 302
Les revues épigraphiques. — Un nouveau livre de M. Rhys. — Le
calendrier d'Oengus, par M. Stokes. — La Société gaélique d'Inver-
ness. — La Société des Cymmrodorion. — La mission de M. Quel-
lien en Basse- Bretagne . 472
NÉCROLOGIE.
MM. Halliguen : — Ed. Barry ; — Robert Jones ; — Th Nicholas . 132
viij Table des Matières.
MM. le général Creuly ; — Charles de Gaulle ; — abbé Henry ; —
O'Longan ; — François Stark 312
MM. Wynne ; — Le Men ; — De Saulcy ; — Encina 474
Addenda et Corrigenda 479
Erratum du t. II 479
Errata du t. III ■ 479
Errata du t. IV 479
AVIS.
Ce volume contient une feuille et demie de moins que les précédents
parce que nous avons donné un plus grand nombre de feuilles de la
Grammaire galloise de Griffith Roberts que nous publions en supplément.
Nous saisissons cette occasion d'annoncer que cette réimpression sera
achevée avec la dernière livraison du tome V.
LES DIEUX DE LA CITÉ
DES ALLOBROGES
D'APRÈS LES MONUMENTS ÉPIGRAPHIQUES.
La religion des Gaulois a été l'objet de recherches et d'investigations
de la part de plusieurs érudits qui se sont attachés surtout aux mythes
et aux légendes. Je crois qu'il ne faut pas dédaigner dans cette étude
l'archéologie, et spécialement l'épigraphie, qui est un précieux auxiliaire.
En effet, les inscriptions sont les seuls textes d'une authenticité indiscu-
table que l'on possède.
J'ai fait connaître dans une précédente publication les divinités indi-
gètes des Voconces d'après les monuments épigraphiques '. Un travail
analogue pour la cité des Allobroges m'a paru présenter quelque
intérêt.
Les Allobroges possédaient toute l'étendue de la région comprise entre
le Rhône et les Alpes, le lac Léman et l'Isère 2. Ce vaste territoire se
divisait naturellement en deux parties distinctes : la plaine, qui était très
peuplée et qui produisait du blé en abondance, et la montagne, domaine
exclusif des forêts et des pâtures qui fut défriché après la conquête.
it Les Allobroges, dit Tite-Live, ne cédaient à aucune autre nation gau-
loise, ni en richesse, ni en puissance, ni en renom. » En effet, les peu-
plades de la rive gauche du Rhône formaient une confédération dont les
Allobroges avaient le patronage ; ces derniers appartenaient à leur tour à
i. Grenoble, 1877, in-8% 87 pages. (Extr. du Bull, de l'Acad. delphinale, 1876, t. XII
de la y série.)
2. Allmer, Inscriptions antiques de Vienne, t. II, p. 390 et s. — Cet érudit pense avec
raison qu'il faut comprendre dans l'Allobrogie certaines parties de la rive droite du Rhône
et de la rive gauche de l'Isère, opinion corroborée par l'étude des monuments épigra-
phiqaes. Voir sur ce point E. Desjardins, Géogr. hist. et adm. de la Gaule romaine,
t. II, p. 351. — On admet généralement que les Allobroges appartenaient à la race celtique.
E. Desjardins, id., p. 234 et s.
Rev. Celt. IV 1
2 Les Dieux de la cité des Allobroges.
la confédération Arverne, conformément au système de groupement en
usage dans la Gaule '.
Avant la conquête romaine, Vienna était la métropole des Allobroges
grâce à sa situation sur les bords du Rhône, le plus considérable affluent
de la Méditerranée et la voie la plus fréquentée pour les relations com-
merciales 2. Les oppides disséminés alors sur le territoire allobroge
étaient Cularo, Genava, Solonium, Ventïa 3. Il faut ajouter à cette liste les
localités connues par les inscriptions ou les itinéraires et dont les noms
paraissent appartenir à la nomenclature gauloise : Figïïnae, Tegna, Ursoli
entre Vienne et Valence, Turedonnum, Morginnum entre Vienne et Gre-
noble, Bergusium, Etanna, Condate entre Vienne et Genève, Lavisco,
Lemincum, Voludnia, Mantala, Turno entre Vienne et la vallée des
Ceutrons^.
Il est inutile de rappeler les démêlés des Allobroges avec les Romains,
leurs défaites aux batailles célèbres de Vindalium et du confluent de
l'Isère, leur soumission, leurs révoltes et enfin leur complet et définitif
assujettissement s. L'Allobrogie fut alors élevée au titre et aux préroga-
tives d'une colonie de citoyens romains ; elle fit partie, comme la plu-
part des cités de la Narbonnaise, de la tribu Voltinia 6. La métropole
officielle fut maintenue à Vienne : la colonie de Vienne remplaça la cité
des Allobroges, et par suite les Allobroges devinrent des Viennois. Cette
colonie prospéra rapidement et eut une brillante destinée. L'étude des
monumentsépigraphiques recueillis dans l'Allobrogie a permis à unarchéo-
logue distingué, M. Allmer, de reconstituer l'histoire de cette région
sous la domination romaine i.
Lorsque les Romains avaient pris possession d'une ville gauloise, ils
i . Ce fait est très important : il nous explique pourquoi Téutomal, roi des Salluves,
battu par Calvinus, se réfugia chez les Allobroges, et pourquoi ceux-ci, attaqués pour ce
motif par les Romains, demandèrent l'assistance des Arvernes. Déjà antérieurement à cette
époque, Annibal, après avoir franchi le Rhône, ne crut pas devoir tenter de gagner les
Alpes sans s'être entendu avec les Allobroges. — Voir : D' Guillaud, Des différentes races
qui ont successivement habité le département de l'Isère; Herzog, Gall. Narbonn. Descript.;
Allmer, ibid., t. 11, p. 393 ; E. Desjardins, ibid., p. 217-236.
2. Le nom gaulois de Vienne serait peut-être Vigenna, nom qui figure sur la table de
Peutinger. E. Desjardins, ibid., t. II, p. 237 et note de M. d'Arbois de Jubainville.
Allmer, ibid., t. II, p. 401. — Strabon, 4, 1, 11.
3. E. Desjardins, ibid., t. II, p. 350.
4. On peut ajouter : les Albinnenses (Albens), les Bellicenses (Belley), les Venetonima-
genses (Vieu), etc. Allmer, ibid., t. II, p. 393 et 406. — Desjardins, ibid., t. II, p. 238,
note de M. d'Arbois de Jubainville.
5. E. Desjardins, ibid., t. Il, p. 277 et s., p. 3 50 et s.
6. Allmer, ibid., t. Il, p. 141.
7. Inscriptions antiques de Vienne, ouvrage remarquable qui a obtenu la première
médaille au concours des antiquités nationales de 1874. — Le territoire de la colonie de
Vienne dut rester le même que celui de l'ancienne cité des Allobroges.
Les Dieux de la cité des Allobroges. 3
en faisaient une contrefaçon de la ville éternelle frappée à la même
effigie ; ils construisaient des cirques, des théâtres, des capitules, des
aqueducs, pour mettre Rome à toute heure sous les regards du Gaulois
et enseignera celui-ci qu'il était devenu romain. Le culte et les noms
des dieux de Rome remplaçaient le culte et les noms des divinités indi-
gènes , des temples et des autels s'élevaient en leur honneur; mais ces
dieux, dépaysés dans un pays humide, regrettaient le ciel bleu de
l'Olympe et les déesses frileuses grelottaient dans les brouillards.
Le nombre des temples érigés dans l'Allobrogie aux dieux de l'Olympe
romain était très considérable, à en juger par les inscriptions qui sont
parvenues jusqu'à nous. Ces temples étaient desservis par des prêtres
d'un haut rang et d'origine ingénue, pontifes, augures ou flammes1. Les
divinités gauloises avaient été reléguées dans les laraires des carrefours,
desservis par les sévir s augustaux choisis généralement parmi les
affranchis.
Auguste, Pontifex Maximus et chef de l'empire, unifia le monde romain
de la manière la plus complète au point de vue religieux. L'assimilation
faite pour les divinités de l'Orient et de l'Afrique était impossible pour la
Gaule et l'Espagne ; il fallait la remplacer par une organisation nouvelle.
Aussi Auguste profita de la restauration qu'il accomplissait des dieux
lares et pénates à Rome et en Italie, et il y comprit les dieux de la Gaule2.
Les dieux conservés du culte gaulois furent seuls aptes à figurer dans
les laraires publics, et prirent le surnom d'Augustes en souvenir des
décrets de l'empereur qui les avaient admis à l'honneur de divinités offi-
ciellement reconnues?. En outre, l'étude des monuments épigraphiques
montre que les Romains rapprochèrent leurs dieux des divinités gau-
loises qu'ils pouvaient leur assimiler : ils cherchèrent des analogies, des
ressemblances dans leur Olympe. La divinité indigète fut obligée de se
parer du nom du dieu latin correspondant ou présumé tel.
La fusion des cultes avait été considérée par les Romains comme le
meilleur moyen d'arriver à la destruction du druidisme, dont l'impor-
tance politique leur portait ombrage, et par suite à l'assimilation de la
Gaule ; c'était d'ailleurs le complément nécessaire des institutions admi-
nistratives et sociales qu'ils avaient introduites dans notre pays. Cet
état de choses permit rapidement au vaincu de jouir de la plénitude des
1 . Ce sont les seules fonctions que font connaître les inscriptions. Choisis à vie par les
décurions de Vienne, ces prêtres pouvaient cumuler leurs fonctions religieuses, qui étaient
gratuites, avec des fonctions civiles. Allmer, ibid., t. II, p. 274.
2 et 3. Sueton. Vit. Augusii, c. 30-31. Bullet. de l'Acad. des inscr. et bell. lettr.
1872, p. 410 (M. L. Renier). Allmer, toc. citât. Est-ce bien certain?
4 Les Dieux de la cité des Allobroges.
droits de cité qui ouvrait l'accès aux honneurs : plusieurs Viennois par-
vinrent à de hautes situations sous l'empire '.
La transformation officielle des divinités gauloises en lares Augustes
eut ses conséquences dans les croyances et dans les cérémonies du culte :
le dieu indigète devint métis ou gallo-romain, ainsi que ses adorateurs,
cultores tcrnpli. Dans la suite le dieu latin s'empara peu à peu des attri-
buts de la divinité indigète, dont le nom ne fut plus considéré que
comme un surnom topique. Cette fusion des cultes a été aussi symbolisée
par le type des statuettes. En effet, ces statuettes, tout en présentant les
attributs des dieux romains, diffèrent essentiellement de la représentation
officielle par le costume, par les formes ou par les traits du personnage divin.
Ainsi, par exemple, les innombrables figurines de Mercure montrent ce
dieu sous l'aspect d'un jeune homme comparable pour la beauté plas-
tique et la perfection des formes au type admirable de l'Apollon grec 2.
Les Romains n'ont jamais prohibé les rites et les pratiques gauloises ;
ils étaient très tolérants pour les religions étrangères, à condition que
ces religions ne fussent pas en opposition avec les lois et en désaccord
avec leur politique. La représentation des divinités nationales n'a pas
même été proscrite : c'est ce que démontrent les nombreuses statuettes
du dieu gaulois dont on ignore encore le nom et qu'on appelle générale-
ment, faute de mieux, Dis Pater 5.
Les Sévirs augustaux étaient, comme je viens de le dire, les desser-
vants des laraires publics ; ils présidaient aux fêtes des lares, ils faisaient
les sacrifices prescrits et contribuaient à la solennité des cérémonies par
des spectacles, des repas publics, etc. Ces fonctions s'exerçaient sans
salaire, et elles étaient de plus soumises à Yhonorarium au profit de la
caisse municipale : elles devenaient par suite très onéreuses. Aussi leur
durée paraît avoir été limitée à une année. En outre, les sévirs étaient
choisis parmi les personnes riches et plus spécialement parmi les
affranchis, qui s'étaient emparés du monopole du négoce 4.
i. E. Desjardins, ibid., t. II, p. i et s., p. 506. Allmer, ibid., t. I. — Sur le drui-
disme, voir Rev. arch. oct. 1877, p. 217 (art. de M. d'Arbois de Jubainville). E. Desjar-
dins, eod. toc, t. II, p. 518.
2. Je soumets aux lecteurs une remarque que j'ai eu occasion de faire souvent pour
les différentes statuettes des dieux de Rome de fabrication gauloise. Je cite celles de
Mercure qui sont les plus répandues; point déjà signalé par M. Mowat, Rev. Arch. 187$,
t. XXX, p. 372. Je reviendrai plus loin sur le caractère du Mercure gaulois.
3. Rev. celt., t. I, p. 1. Il en a été découvert plusieurs en Dauphiné, musées de Gre-
noble et de vienne, collection Vallentin, etc.; Tarants d'après M. Gaidoz, Esq. de la
relig. des Gaulois, p. 11.
4. Les questions relatives aux sévirs sont encore assez obscures. Les sévirs formaient
des collèges de 6 membres, de là leur nom. On trouve dans les inscriptions des sévirs
pour la 2° fois (Orelli, 689, 3919, 3922). Voir : Zumpt, de Augustalibus. De Boissieu,
Les Dieux de la cité des Allobroges. 5
Dans la cité des Allobroges, il y avait, d'après les inscriptions, des
sévirs dans les principaux vici non moins qu'aux chefs-lieux de cité, à
Aix, à Aoste, à Genève, à Grenoble, à Vienne et à Vieu : ils étaient
nommés par les décurions de Vienne '.
Les divinités allobroges que les inscriptions de l'époque gallo-romaine
ont sauvées de l'oubli sont au nombre de dix-sept. Sept de ces divinités
me paraissent appartenir à la mythologie nationale; les autres se ratta-
chent très vraisemblablement à des cultes locaux.
Les monuments épigraphiques que j'ai à signaler ont déjà été publiés2 :
ce sont des ex-voto ou des actes de dévotion. Dans aucune de ces ins-
criptions il n'est question de sévirs. mais il n'est pas douteux que les
prêtres des divinités allobroges doivent être, en général, rangés dans
cette catégorie. Toutefois, il existait dans les campagnes des sanctuaires
sans prêtres ou desservis par des prêtres sans caractère public. Aussi il
pourrait se faire que quelques-uns des monuments consacrés aux dieux
allobroges aient appartenu à ces sanctuaires.
DIVINITÉS NATIONALES.
Quelques monuments épigraphiques de l'Allobrogie font connaître
cinq divinités : Bormo, Bormana, Caturix, Segomo, Sucellus, dont les
noms se retrouvent sur des inscriptions découvertes en divers lieux de la
Gaule. Aussi il me parait très vraisemblable d'admettre que le culte de
ces divinités n'était pas restreint à l'Allobrogie et qu'il appartenait à la
Gaule tout entière. Les Allobroges suivaient la même religion que les
différents peuples gaulois 3.
Je n'ai pas l'intention de rappeler dans cet essai tout ce qui a été
écrit sur la religion de nos ancêtres. Je me bornerai à constater que
cette étude est entrée dans une voie nouvelle et que l'on ne se contente
plus de la critique de M. l'abbé Fontenu 4, de M. l'abbé Fenel s et
même de M. A. Thierry 6.
Inscript, de Lyon, p. 169 et s. Herzog, ibid., p. 196 à 199. 202 à 204 et 212. Allmer,
ibid., t. II, p. 299, et surtout J. Schmidt, de seviris Augustalibus (1878, in-8"), p. 66 et s.
1. Allmer, ibid. , t. II. p. 218, 304, 306, 307, 308, 3 io, 312, 314, 315, 318, 319,
320, 321, 322; t. III, p. 393-
2. Allmer, ibid. On trouvera dans cet ouvrage l'indication de toutes les publications
relatives à ces inscriptions.
3. E. Desjardins, ibid., t. II, p. $12.
4. Acad. insc. et belles lettr. Mém., t. V.
5. ld., t. XXIV.
6. Hist. des Gaulois, t. I, livr. 4. p. 471 et s. (jc édit.).
6 Les Dieux de la cité des Allobroges.
BORMO et BORMANA.
Le dieu Bormo était adoré particulièrement à Aix-les-Bains (Savoie),
où deux inscriptions votives rappellent son culte ' :
i° On voit dans l'établissement thermal une petite pierre oblongue
engagée dans le mur de la piscine gratuite des femmes, sur laquelle est
gravée cette inscription :
CNEIIIVS
CVTICVS
BORVVSLM
Cneius Eppius (?) Guticus Bormoni ut voverat solvit libens merito 2.
2° Dans la maison Perrier-Chabert est une longue bande de pierre
sciée en deux parties et formant les deux premières marches de l'escalier
par lequel on descend dans un vaporarium antique où est une piscine
octogone incrustée de marbre blanc : on lit sur cette bande de pierre :
M . LICIN . RVSO . BORM . V . V . S . L . M.
Marcus Licinius Ruso Bormoni ut voverat solvit libens merito ?.
La déesse Bormana avait un temple à Saint-Vulbaz, ainsi que l'atteste
une inscription qui figure sur un autel, divisé en deux fragments, dont
la base manque et dont le couronnement a été abattu à fleur du dé :
l'un a été placé dans un contrefort de l'église à gauche de la porte,
l'autre se voit dans le mur du moulin Convers 4 :
a b
BORMANAE SABINIANus
AVG . SACR D . S . D .
CAPRI
A//RATINVS
////////////////
Bormanae Augustae sacrum, Caprii Atratinus (?) et Sabinianus de suo dants.
i. Allmer, ibid., t. III, p. 303 et s. Sur deux inscriptions votives en l'honneur de la
déesse Bormo. Lyon, 1859. in-8°. A. Bernard, Rev. savois., avril 1862. Bourquelot, Inscr.
antiq. d'Aix-les Bains, p. 59.
2. Ces deux premières lignes sont douteuses ; la lecture de M. Allmer me paraît vrai-
semblable ; cet étudit avait d'abord lu Cn. Vettius Cupicus. Le nomen Eppius se trouve
sur plusieurs inscriptions de l'Allobrogie, Allmer, ibid., t. III, p. 108 et s.; mais il n'y
a pas d'autre Guticus. — Haut, de l'inscription, 0,20 cent., larg. 0,38.
3. Haut. 0,20, long. 1,90.
4. De Moyria-Mailla, Mon. de l'Ain, 1836, in-40, p. 75-76. Allmer, eod. loc, t. III,
p. 452. — Saint-Vulbaz, cant. de Lagnieu, arr. de Belley (Ain).
5. La lecture de M. Allmer n'est pas douteuse. Haut. 0,90, larg. 0,50.
Les Dieux de la cité des Allobroges. 7
Ces trois inscriptions se rapportent au culte des eaux qui formait avant
la conquête le fond de la religion populaire des Gaulois. Un être divin
pouvait seul alimenter les sources ; aussi est-ce par milliers qu'il faut
compter dans la mythologie gauloise les divinités, tantôt mâles, tantôt
femelles, des fontaines, des lacs, des rivières et des mers '. Bormo et
Bormana, dont le nom est identique, représentent la même divinité, une
divinité des eaux minéro-thermales dont le culte était très répandu dans
la Gaule. En effet, les monuments épigraphiques font connaître un dieu
Bormo à Bourbonne-les-Bains 2, un dieu Borvo à Bourbon-Lancy et à
Bourbon-l'Archambault ', un dieu Bormanus et une déesse Bormana à
Aix-en-Diois4. Ces divers noms ont la même origine, la même significa-
tion et se rapportent à la même divinité dont le nom a subi de légères
modifications suivant des variations locales de la langue gauloise. Les
inscriptions découvertes à Bourbonne-les-Bains et à Bourbon-Lancy ne
laissent aucun doute sur le caractère de cette divinité. Dans un texte de
Bourbonne-les-Bains, son nom est associé à celui d'Apollon, Deo Apol-
lini Borvonis. Le rôle de génie des eaux salutaires et bienfaisantes con-
vient très bien à Apollon, dont une des principales attributions était la
science médicale. C'est surtout à ce point de vue que les Gaulois parais-
sent avoir envisagé ce dieu 6.
Bormo, esprit mâle, et Bormana, esprit femelle, sont donc les génies
protecteurs de sources minéro-thermales situées à Aix-les-Bains et à
Saint-Vulbaz. Les Gaulois, avant la conquête, avaient su apprécier et
utiliser les eaux thermales et minérales". Les sources médicinales avaient
chacune leur génie mâle et leur génie femelle : ainsi, il y avait à Bour-
bonne-les-Bains Bormo et Damona, à Aix-en-Diois Bormanus et Bormana.
1. Pictet, Orig. ind. Europ., t. Il, p. 624. — Cox, Mythology of the Aryan nations,
vol. 2, p. 136. Brueyre, Contes aryens de la Grande-Bretagne, p. 253 et s. G. Bulliot,
Culte des eaux sur les plateaux Eduens, mém. lus à la Sorbonne, 1868. p. 11, et ex-voto
de la déesse Bibracte, Rev. celt., t. I, p. 308, et t. II, p. 21; II, p. 1 et s.; — Bull,
mon. 1872, p. 194.
2. Greppo, Etud. arch. sur les eaux therm. ou miner, de la Gaule à l'époque romaine,
p. 28 et s.
3. Greppo, ibid., p. 56. Orelli, 1974.
4. Essai sur les divinités indigètes du Vocontium, p. 47.
5. Orelli, 1974. On regardait comme sacrées toutes les sources d'eau chaude. Senec.
Epistol., 40. — Sur Pétymologie et la signification du nom de Borvo et de ses variantes :
de Belloguet, Ethnog. gaul., p. 234 : E. Borb, Borbhan, enfler, enflammer. Arm. Bour-
bon, Bourbonnen, ébullition, bouillonnement. Littré, Dict. de la lang. franc., V Bourbe.
6. Apollinem morbos depellere, Caes. lib. VI, 17. — Apollo salutem promittit, Orelli.
4329. — Apollini et Nymphis, Henzen, 5702, 5767. C'est l'Apollon axEcioc ou medicus.
Il présidait aux eaux chaudes. Eumène, Panégyr. de Constantin-Auguste, 121. Rev. arch.,
1860, janv., p. 58, et juin, p. 391, L'Apollon gaulois, par M. Maury. Dict. des antiq.
grecq. et rom. de MM. Daremberg et Saglio, p. 310 et s. v° Apollon.
7. Greppo, loc. citât.
8 Les Dieux de la cité des Allobroges.
à Luxeuil Luxorius et Brixia ' . Les Allobroges ont fréquenté les stations
d'Aix2 et de Saint- Vulbaz ; ils avaient très vraisemblablement connu
les vertus curatives des eaux d'Uriage. Les Romains, en vertu d'une
loi en quelque sorte naturelle, n'ont fait que s'approprier, en le
perfectionnant, ce qu'ils avaient trouvé établi par ces derniers?. Pendant
la domination romaine, les génies gaulois des stations d'eaux parta-
gèrent leur influence bienfaisante avec Apollon, Hercule, Esculape et
les Nymphes4.
Les inscriptions d'Aix sont des ex-voto qui témoignent de la gratitude
de deux malades, M. Licinius Ruso et C. Eppius Guticus, dont les breu-
vages quotidiens et les ablutions continuelles avaient rétabli la santé.
Ces ex-voto présentent un intérêt tout particulier, parce qu'ils ont été
trouvés dans l'endroit même où fluaient les sources.
L'inscription de Saint-Vulbaz offre une plus grande importance, car
elle atteste l'érection d'un sanctuaire à Bormana, en reconnaissance sans
doute d'une guérison inespérée. Les dévots personnages Caprius Atrati-
nus et Caprius Sabinianus étaient peut-être deux frères : l'inscription,
aujourd'hui mutilée, fournissait probablement des renseignements sur ces
deux personnages. Qu'est devenu ce sanctuaire ? L'église où est encastré
un fragment de l'inscription ne lui aurait-elle pas succédé 5 ?
Si les thermes de Saint-Vulbaz n'ont laissé aucun souvenir, les
thermes d'Aix jouissent encore d'une réputation aussi incontestable
qu'incontestée.
La petite ville d'Aix, toute fumante, toute bruissante et toute odorante des
ruisseaux de ses eaux chaudes et sulfureuses 6, a eu pendant la domination
romaine une grande importance ; c'est en effet la ville allobroge qui a
conservé, avec Vienne, le plus de monuments de cette époque i . Il n'est
i. Orelli, 2024. Greppo, p. 123.
2. On montre à Aix une piscine allobroge dite aussi bain de César.
3. Les Romains faisaient grand usage des eaux ; ils préféraient les sources thermales
aux sources minérales par suite de leurs habitudes domestiques, Greppo, id. ; ils avaient
su déterminer le caractère particulier des eaux, Pline, Hist. natur. i, 31; ils prenaient
les eaux en bains, boissons, douches ; ils se servaient aussi de ia vapeur et des boues.
4. Greppo, ibid., p 40. Les malades guéris ou soulagés adressaient leurs remercîments
à ces divinités. Ils payaient en outre un tribut en jetant dans les piscines des pièces de
monnaie et des ex-voto qui étaient la représentation de la partie du corps guérie par les
eaux. Id. et Dict. de MM. Daremberg et Saglio, p. 334, v° aquae, p. 648, v° Balneum.
Il existait dans les stations d'eaux des confréries ou collèges. M. de Boissieu, Inscript, de
Lyon, p. 49, cite des cultores Urae fontis (le ruisseau d'Eure, près Nîmes?), Herzog,
ibid., append., p. 52, n" 254.
5. Les noms de Licinius et Caprius figurent sur diverses inscriptions de l'Allobrogie :
ces divers personnages étaient d'origine ingénue.
6. Lamartine, Raphaël.
7. On y a découvert des objets de toute forme et de toute nature. L'Arc de Campanus
est encore existant. Allmer. ibid., t. III, p. 312. Les inscriptions font connaître des
Les Dieux de la cité des Allobroges. 9
pas douteux que le voisinage de l'Italie, l'abondance des eaux, la dou-
ceur du climat, la beauté du site ont beaucoup contribué à cette prospé-
rité. Les thermes furent très fréquentés ; c'était sans doute, alors comme
aujourd'hui, une station à la mode, recherchée autant pour les agréments
qu'on y trouvait réunis que pour les soins de la santé. Cette localité
s'appelait Acjuae Bormonis : le mot aquae a survécu au nom Bormonis
qu'il couvre'. Pline, énumérant les villes de la Narbonnaise qui ont
obtenu le droit du Latium, cite la ville de Bormanni, sans indication qui
permette d'en retrouver l'emplacement. M. de Saint-Andéol pensait que
Bormanni n'était autre qu'Aix-les-Bains 2. Cette opinion ne me paraît pas
fondée : j'ai établi précédemment que cette localité devait se trouver
avec plus de vraisemblance dans le midi de la Narbonnaise?.
Saint-Vulbaz, où a été découverte l'inscription de Bormana, portait
autrefois le nom de Saint-Bourbaz, nom qui dérive de celui de Bormana :
cette localité devait en effet s'appeler, à l'époque romaine, Aqua. Bor-
manae*.
Il est à remarquer que les monuments dédiés à cette divinité thermale,
Borvo, Bormo ou Bormanus, ont été découverts dans les localités qui ont
conservé leur nom assez peu altéré pour être reconnaissable. Le dieu
des eaux était en même temps celui du lieu où les thermes étaient
situés s.
temples et des autels de Jupiter, ibid., 3, 302; de Mercure, ibid., 3, 303; des Comedovae,
ibid., 3, 307; la statue d'un Viennois parvenu à la preture et aux fonctions de légat du
proconsul d'Asie, élevée à Viviers près Aix, ibid., t. 1, p. 2:9, 221; un templum cum
suis ornamentis omnibus, ibid., 2, 378; Lucus, ibid., 2, 276, et campus pecuarius, ibid.,
2, 376; Nundinae, ibid., 2, 376; Diaetrae (auberges), Asiciana aut.... Raconiana, ibid.,
2, 376: Decemprimi et patrvni, ibid., 3, 374. — On m'a affirmé qu'on avait trouvé des
tesserae lusoriae (dés à jouer) : nil sub sole novum.
1. Cette localité n'a jamais porté le nom d'Aquae Domitianae ou Gratianae comme
on l'a prétendu. Dicî. de MM. Daremberg et Saglio, p. 334, V aquae. Allmer, eod.
loc, t. III, p. 301. Les inscriptions parlent des Aquenses vicani, possessores Aqueuses,
ibid., t. II, p. 373, 374, 380. — Les Romains donnaient le nom d'Aquae aux stations
thermales ou minérales en le faisant suivre du nom de la localité. Le ncm de la localité
était le plus souvent celui du génie de la source auprès de laquelle une agglomération
s'était formée : Aqu£ Borvonis { Bourbon), Aqu£ Luxovii (Luxeuil), Aqu£ Lixonis (Ludion,,
etc.
2. Ce qu'est l'Alaise de Novalaise. Bull, de l'Acad. delph., 1860, p. 31.
3. Divinités indigètes du Vocontium, p. 49. — Voir E. Desjardins, ibid., t. I, 185 et
s. ; t. II, p. 91.
4. De Moyria-Mailla, loc. citât. : il y a en cette localité des eaux remarquables par
leur limpidité et leur fraîcheur ; l'une, appelée la fontaine des Rois, est devenue triste-
ment célèbre par la mort du duc de Savoie Philibert le Beau.
5. On pourrait citer des stations thermales en dehors de la Gaule connues sous des ncms
identiques à celui de Bormo, ainsi Bagni di Borni en Valteline. On pourrait aussi citer
des localités de France qui tiendraient probablement leur nom de celui de Bormo, ainsi
les divers Bourbon, les thermes de la Bourboule, etc. Allmer, Inscript, votives en l'honneur
de la déesse Bormo, Inscript, antiq. de Vienne, t. III, p. 303; de Saint-Andéol, loc. citât.;
Divinités indigètes du Vocontium, p. so. C'est à cette divinité bienfaisante de la Gaule
que doit son nom l'antique et glorieuse maison de Bourbon.
io Les Dieux de la cité des Allobroges.
CATVRIX.
A Chougny, près de Genève, on voit dans la propriété Fol l'inscrip-
tion suivante ' :
MARTI • CATVR
SACR
PRO SALVT ET INCo
LVMITATEDVAI//
AMTI SEX CR///
PIN N IGRIN VS
V S L M
Marti Caturigi sacrum, pro salute et incolumitate D. Valent Amati, Sex.
Crispinius Nigrinus votum solvit libens merito2.
Le dieu Caturix, dont le nom se retrouve sur des inscriptions votives
découvertes en Suisse et en Souabe 3, me paraît avoir des titres sérieux
à figurer dans l'Olympe gaulois.
Quels étaient le rôle et les attributions de ce dieu ?
L'inscription de Chougny contient à cet égard des indications pré-
cieuses : Caturix a été invoqué pro salute et incolumitate. Cette expression
permet de supposer qu'Amatus a échappé à des dangers sérieux qu'il
avait dû affronter, et probablement qu'il a pris part à une campagne
contre les ennemis de l'empire romain. Avant son départ, Nigrinus, un
parent ou un ami dévoué, avait promis un sanctuaire 4 à Caturix, s'il
conservait la vie à ce guerrier. Le dieu gaulois se laissa fléchir, et Nigri-
nus, après l'heureux retour d'Amatus, s'acquitta de son vœu. Malheu-
reusement, le temps a fait disparaître ce monument sur lequel nous
n'avons d'autres renseignements que ceux fournis par l'inscription votive.
Je crois que l'on peut avec quelque raison considérer Caturix non pas
comme le dieu de la guerre chez les Gaulois, mais plutôt comme un dieu
i. Mommsen, Inscript, helv., n° 70. Allmer, eod. toc, t. III, p. 255; contra sur la
provenance Rev. Arch. 2e s., t. XVI, p. 156.
2. La lecture de M. Allmer paraît certaine. Remarques : le T et l'I de MARTI, le P et
l'R de PRO forment des monogrammes, le T à la 5 e ligne est surmonté d'un I entre celui
qui vient après. Les deux personnages sont d'origine ingénue.
3. De Bonstetten, Rec. d'antiq. suisses, p. 3$ et 37. Orelli, 1980. Aussi il ne paraît y
avoir aucun doute sur le nom de la divinité qui figure sur l'inscription de Chougny.
CIVIT-CATVR, Spon, Miscel. p. 161.
4. L'expression sacrum se retrouve sur plusieurs inscriptions votives consacrées à des
divinités gauloises. La traduction exacte me paraît être sanctuaire plutôt que temple. Indé-
pendamment du culte officiel que ces divinités recevaient dans les laraires publics, elles
avaient encore des temples et des sanctuaires.
Les Dieux de la cité des Allobroges. 1 1
guerrier, un dieu qui veille sur les combattants dont les caractères
seraient ceux du Mars militaris ' et du Mars custos et conservator2.
La linguistique apporte un appui sérieux à cette opinion. Le nom de
Caturix est composé, en effet, du thème bien connu Catu et du mot rix;
catu s'explique par le vieil irlandais cath, qui signifie combat. Le mot rix
se rencontre dans un grand nombre de noms gaulois : le sens est chef,
roi, puissant, forti.
SEGOMO.
On a découvert en 1852 à Culoz (cant. de Seyssel, arr. de Belley,
Ain), sur le monticule situé au sud-est de ce village, un très grand autel
brisé en deux fragments. Une inscription est renfermée entre deux
pilastres au-dessus d'un soubassement avec base et corniche ; elle est ainsi
conçue :
N . A V G
D E 0 M A R
TI . SEGOM
ONI . DVN
ATI . CASSI
A S A T V R
NINAEXVOT
V • S • L • M •
Numini Augustorum, Deo Marti Segomoni Dunati, Cassia Saturnina ex
voto, votum solvit libens merito*.
Segomo Dunates est le nom de la divinité gauloise envers laquelle la
pieuse Cassia Saturnina s'acquitte de son vœu. Segomo est connu par
des monuments votifs découverts à Arinthodî, à Conte6, à Lyoni, et par
une inscription que porte un petit bronze représentant un âne ou un
1. Orelli-Henzen, $672.
2. Orelli-Henzen, 1345, 3427, 5490.
3. Rev. celt., t. II, p. 494. G. C, II, p. 786. Voir aussi de Belloguet, Ethnog. gaul.,
p. 159, 244, 281, 309.
4. Rev. atch,, t. IX, p. 315. Allmer. loc. citât, t. III, p. 409. — Remarques épigra-
phiques : à la 4e ligne, l'N et l'I de ONI, à la 7e ligne, l'X et le V de EXVOT sont
réunis en monogrammes ; le T de VOT est inscrit dans l'O ; tous les points sont figurés
par des feuilles cordiformes. Numini Augustorum, voilà le dernier mot du panthéisme
romain. — On doit dire Dunates et non Dunas. Rev. Arch. 1875, t. XXIX, p. 33
(M. Mowat); contra Rev. des Soc. sav. 1 87 j , t. 1, p. 250 (M. Chabouillet).
5. Monnier, Ann. du Jura pour 1852, pi. 1.
6. Inscript, antiq. de Nice, n° 10. Mém. des antiq. de France, t. 20, p. 58.
7. Gruter, 58-5; Spon, Antiq. de Lyon, édit. L. Renier, p. 153 et note 1.
i 2 Les Dieux de la cité des Allobroges.
mulet recueilli à Nuits '. Les provenances respectives de ces inscriptions
montrent que ce dieu jouissait dans toute la Gaule d'une grande popula-
rité : l'inscription de Lyon donne à son culte une réelle importance 2.
Dunates est un surnom local sous lequel Segomo était plus spécialement
adoré à Culoz : il est même très vraisemblable que son sanctuaire s'éle-
vait sur le sommet de la colline au pied de laquelle l'ex-voto de Satur-
nina a été retrouvé ?. Sur l'inscription de Conte, cette divinité porte le
surnom de Cuntinus ; ce nom paraît être la racine étymologique de la
dénomination moderne de cette localité.
Quel était le caractère de Segomo dans la mythologie gauloise ?
Les divers monuments épigraphiques que j'ai signalés sont muets à cet
égard.
Les Romains avaient assimilé Segomo à Mars. Faut-il par suite consi-
dérer ce dieu gaulois comme le génie de la guerre et des combats ? Je
ne crois pas qu'il soit vraisemblable d'attribuer ce caractère à toutes les
divinités gauloises identifiées à Mars, car ces assimilations sont arbi-
traires, une légende offrant quelques analogies avec celle du dieu latin,
et même un seul attribut ont pu les motiver ; aussi il est peut-être plus
exact de rapprocher Segomo du Mars que les villes d'Italie avaient placé
au rang de leurs divinités tutélaires, et du Mars que les inscriptions
appellent auxiliator1 custos, conservator, amicus 4. En effet, le surnom
topique de Dunates paraît donner à Segomo le caractère d'un génie tuté-
laire et protecteur de la localité où était son temple, et chargé de s'inté-
resser à sa défense, d'en détourner les malheurs et de lui procurer toute
sorte de biens et de prospérités. On pourrait peut-être trouver dans
Pétymologie la confirmation de cette attribution s.
1. Autun arch., p. 262, Rev. Arch. 1877, t. XXXIV, p. 210, pi. xix.
2. Cette inscription savamment restituée par M. L. Renier (eod. loc.) se trouvait
jadis dans la tour du clocher de l'abbaye Saint-Pierre à Lyon ; l'église n'aurait-elle pas
succédé au temple élevé par Martinus ?
M. de Boissieu estimait que Segomo était un dieu essentiellement séquanien dont la
célébrité s'était propagée loin de cette région. En présence des diverses inscriptions que
je viens de citer, cette opinion ne me semble pas fondée.
3 . L'étymologie paraît confirmer cette opinion. Dunates pourrait se rapprocher de l'irlan-
dais Dun, montagne, élévation, forteresse. Zeuss, p. 30. V. Belloguet, ibid., p. 102
et 307. — Une inscription de Bouhy (Nièvre) est dédiée MARTI BOLVINNO ET DVNAff,
Congr. arch. 1873, p. 24 j .
4. Orelli-Henzen, 509, 1341, 3427, 5490.
5 . Segomo est un mot composé de Sego et du suffixe mo. Le mot Sego figure dans un
très grand nombre de mots celtiques : Segomaros, Segovia, Segobriga, Segodunum, etc.
Gluck compare Sego à l'irlandais Segh, bœuf sauvage, dans le sens d'animal fort, allié au
sanscrit sohas, robur (rac. sah, perferre, resistere, posse) (Gluck, Noms celtiques, p. 149);
Belloguet, Ethn. gaul., nos 255, 306. Je crois qu'il vaudrait mieux se rallier à l'opinion
de Pictet et voir dans Sego l'irlandais Seagh, habileté, art, valeur, prix, estime, respect,
et surtout Pirland. Seaghmhar, erse, Seadhmhor {dh = gh), avec les mêmes acceptions.
Les Dieux de la cité des Allobroges. i $
Le petit bronze trouvé à Nuits représente, ainsi que je viens de le
dire, un âne ou un mulet avec la dédicace Deo Segomoni. Quelques
érudits ont rapproché cette dédicace de l'inscription de Craon MARTI
MVLIONI. Serait-ce, dit M. L. Renier, la traduction latine du nom de
Segomo auquel on vouait les images d'âne ou de mulet ■ ? Segomo devien-
drait ainsi un Mars muletier.
Cette opinion ne me semble pas satisfaisante. Les Grecs et les Romains
avaient l'habitude de dédier aux dieux des objets remarquables par la
richesse de la matière ou par le mérite de l'art : c'était le plus souvent
des cratères, des autels, et quelquefois des statues de particuliers et même
de divinités; l'offrande portait presque toujours le nom de la divinité à
laquelle le don était fait et quelquefois aussi le nom du donateur2. Le
bronze de Nuits me paraît avoir eu cette destination. En outre le sujet,
âne ou mulet, pouvait être en même temps l'expression indigène d'un sym-
bolisme gaulois, sur lequel nous n'avons aucun renseignement h Un
cheval en bronze, trouvé en 1861 à Neuvy-en-Sulias Loiret), est posé
sur un socle sur lequel est gravée une dédicace au dieu Rudiobus*. Les
animaux symboliques existaient dans le culte de nos ancêtres : ainsi les
pierres sculptées de Reims présentent un veau couché et des têtes de
bélier; sur l'autel que la corporation des nautoniers parisiens érigea à
Jupiter sous le règne de Tibère, figure le célèbre Tarvos Trigaranus ^ .
SVCELLVS.
Un petit autel en pierre trouvé en 1860 dans les travaux du perce-
ment de la rue de la gare à Vienne porte l'inscription suivante fc :
DEO • SVCELLO
GELLIA • IVCVNDtf
VS-L-M
Deo Sucello, Gellia Jucunda votum solvit libens merito.
et qui correspond à Segomarus. Pictet, Essai sur quelques inscriptions en langue gauloise,
1859, p. 18.
1. Allmer, ibid., t. III, p. 409. Rev. arch., 1852, t. 9, p. 31 5, fév. 1878, p. 106.
Bull, du corn, de la langue, de l'hist. et des arts de la France, t. III, p. 207.
2. Rev. arch., ire année, p. 439: Usage des anciens de consacrer la statue d'un dieu à
un autre dieu, mém. de M. Letronne. Allmer, eod. loc, t. III, p. 335 et 420. — Cette
habitude existait en Gaule : l'inscription gauloise de Volnay en fournit la preuve (Pictet,
Nouvel essai sur les inscriptions gauloises, 1867, p. 36).
3. Dans la mythologie gréco-latine, l'âne et le mulet étaient spécialement consacrés à
Bacchus à titre d'animaux phalliques. Dict. de MM. Daremberg et Saglio, t. I, p. 469 et
62 1 . Est-ce pour le même motif que les Gaulois consacraient l'âne ou le mulet à Segomo ?
Je n'ose l'affirmer.
4. Antiq. de Fr. Bull., t. XXVI, p. 79.
j. Au musée de Cluny, il y a aussi des têtes de cerf.
6. Allmer, eod. loc, t. II, p. 454. La forme des lettres de cette inscription indique
14 Les Dieux de la cité des Allobroges.
Il existe à Yverdun, en Suisse ', une autre inscription en l'honneur
de Sucellus, ce qui permet de supposer que le culte de ce dieu n'était
point restreint à la cité des Allobroges. Aussi il me paraît vraisemblable
de classer Sucellus parmi les divinités de l'Olympe gaulois. Qu'était ce
dieu ? L'inscription de Vienne et celle d'Yverdun ne fournissent aucun
renseignement sur son caractère ; aucun dieu romain n'y a été men-
tionné 2. Sur le monument votif d'Yverdun, Sucellus est décoré d'une
épithète locale : Ipadco ou Iradco.
Les dieux de l'Olympe gaulois révélés par les monuments épigraphi-
ques de l'Allobrogie sont Bormo, Caturix, Segomo, Sucellus. Bormo est la
divinité des eaux thermales ; il n'y a, je crois, aucun doute à cet égard.
Quant à Caturix, à Segomo et à Sucellus, leurs rôles, leurs attributions ne
sauraient être qu'incertains en l'absence de documents précis sur ces
personnages divins : il n'est pas même possible de déterminer leur impor-
tance respective.
César a consacré dans ses commentaires un court passage à la religion
de nos ancêtres 3 ; mais comme il écrivait pour des Romains, il a jugé
inutile de donner les noms des dieux gaulois et il les a désignés par les
noms des dieux romains correspondants ou présumés tels. Le dieu le
plus important de la Gaule a été caractérisé dans les termes suivants :
Deum maxime Mercuiïum colunt ; ejus sunt plurima simulacra, hune omnium
inventorem artium ferunt, hune viarum atque itinerum ducem, hune ad aues-
tus pecun'u mercaturasque habere vim maximam arbitrantur : post hune
Apollinern et Martem et Jovem et Minervam etc.. A. César avait cru recon-
naître dans ce dieu pacifique et bienfaisant le Mercure de l'Olympe
romain s ; il semble le placer au premier rang et le considérer comme le
dieu suprême des Gaulois.
Mercure remplaça et absorba rapidement le dieu national: les attributs,
le caducée et le pétase, inconnus à la mythologie gauloise, furent intro-
soit une époque de décadence, soit l'inhabileté du lapicide. Les G et les L ont leur
branche terminale tombante ; l'autel, dont la hauteur est de 40 centimètres et la largeur
de 30 centimètres, est incomplet par en bas : il est aujourd'hui chez M. Combaudon,
marchand de plâtre à vienne (chef-lieu d'arrondissement de l'Isère). Le nom Gellius existe
sur plusieurs inscriptions de l'Allobrogie.
1. In curia Yverdun, Mommsen, Inscript, helv., n° 140 : Sucello/ ipadco ou iradco/
V. s. I. m.
2. Faut-il voir dans Sucellus le radical véd. Suk, rendre heureux, d'où irl. Sugach,
joyeux, heureux, et le suffixe el (en latin ellus) commun en gaulois ?
3. Comment., VI, 16 et s.
4. Id., 17.
5. Ce n'est pas le Mercure romain primitif, mais celui de la 2' époque, qui s'était
emparé des attributs de l'Hermès grec. Rev. arch. 1873, t. 26, p. 94, Le Mercure gaulois,
par M. d'Arbois de Jubainville.
Les Dieux de la cité des Allobroges. i 5
duits pour consacrer cette identification. J'ai fait remarquer plus haut les
particularités curieuses que présentaient les statuettes de Mercure que
l'on trouve assez fréquemment sur le territoire de l'ancienne Gaule '.
L'importance et l'universalité du culte du dieu suprême de la Gaule
assimilé à Mercure sont attestées par le nombre des monuments (inscrip-
tions et statuettes) plus considérable que celui des monuments consa-
crés aux autres divinités. Ainsi, dans la cité des Allobroges, il avait des
temples à Aix-les-Bains, à Amblagnieu, à Annecy, à Aydier, à Beau-
croissant, à Belley, à Blanieu, au Bourget, à Briord, à Charancieu, à
Chatte, à Choulex, à Echirolles, à Genève, à Groisy, à Hières, à Lucey,
à Mont-du-Chat, à N.-D. -de-Limon, à Saint-Félix, à Saint-Innocent, à
Saint-Vital, à la Terrasse, à Tournon, à Vienne et à Villaz2. Un grand
nombre de noms de lieux de la France dérivent vraisemblablement du
nom de Mercure : dans notre région on peut citer Mercurol (Drôme),
Mercury (Savoie).
Les temples de ce Mercure étaient érigés généralement sur les hauts
lieux. Ainsi ce dieu avait des sanctuaires aux sommets du Puy-de-Dôme
et du Donon, sur le mont de Sène et aussi sur divers points élevés de
l'Allobrogie, notamment au mont du Chat, sur le revers occidental du
mont qui projette ses noires ombres crénelées dans le beau lac bleu du
Bourget?.
Le culte central du dieu suprême de la Gaule paraît avoir été en
Auvergne. Il existait en effet chez les Arvernes un temple célèbre dans
toute l'étendue de notre pays et dont la renommée durait encore au
temps de Grégoire de Tours 4. C'est pour ce temple que l'artiste grec
Zénodore avait exécuté une statue colossale de Mercure, statue haute de
120 pieds et qui lui avait coûté 10 années de travail s. Il est très pro-
bable que le culte du dieu était entretenu aux frais communs des cités de
la Gaule â.
En 1873-74, l°rs de l'établissement du nouvel observatoire au sommet
1. La figure imberbe qui existe sur certaines monnaies gauloises ne serait-elle pas
plutôt celle de ce Mercure que celle d'Apollon ?
2. Allmer, eod. loc, t. IV, p. 538 et s., Statistique monumentale d'après les inscrip-
tions. A vienne, dans l'amphithéâtre, était une statue de Mercure, Id., t. II, p. 291.
Toutefois, il faut admettre que des temples étaient consacrés au Mercure purement
romain.
3. Allmer, eod. loc, t. III, p. 299.
4. llist. Franc, 30. Ce temple, appelé Vassocaletes en gaulois, fut détruit vers 258
par Chrocus, roi des Alamans. Rev. Arch. t. XXIX, p. 175 et 325, t. XXX, p. 359.
j. Pline, Hist. nat., XXXIV, 18; Bull, monum. 1875, p. 557 et s.
6. On sait que le temple de Rome et d'Auguste, au confluent du Rhône et de la Saône,
fut élevé et entretenu aux frais des cités gauloises. De Boissieu, Inscript, antiq. de Lyon,
p. 82. Rev. des Soc sav. 187$, t. I, p. 23 (M. L. Renier), p. 252 (M. Chabouillet).
Dans tous les cultes il y a des centres religieux.
i6 Les Dieux de la cité des Allobroges.
du Puy-de-Dôme, de nombreuses substructions ont révélé la présence
d'un antique temple de très grandes dimensions et de construction somp-
tueuse ; il n'est pas douteux que ces ruines ne soient les restes du temple
des Arvernes. Parmi des objets de diverse nature, on a recueilli une
plaque carrée en bronze à queue d'aronde avec la dédicace Deo Mercurio
Dumiati, c'est-à-dire au dieu auquel était consacré cet édifice '. Aussi
on pourrait peut-être, non sans raison, considérer Dumiates comme le
dieu suprême de la Gaule que César avait identifié à Mercure 2.
Sur un grand nombre d'inscriptions de la Gaule, Mercure est associé
à des divinités locales. Je crois qu'il ne faut voir dans ces dénominations
topiques que des surnoms donnés au grand dieu indigène qui devenait
ainsi plus particulièrement le génie tutélaire et protecteur de la localité
où s'élevait le sanctuaire.
Dans la cité des Allobroges, les monuments épigraphiques font con-
naître un Mercure Artaius et un Mercure Magniacus Veilaunus.
Ces derniers noms se lisent sur un autel carré avec base et couronne-
ment découvert en 1857 dans le mur du cimetière d'Hières :
AVG • SACR • DEO
M E R C V R I 0
V 1 C T 0 R I • MAC
NIACO VEILAVNO
C CAPITOIVS • MACRI
N V S ' RESTITVIT
Augusto sacrum deo Mercurio Victori Magniaco Veilauno, Caius Capi-
toius Macrinus restituit 3.
Artaius figurait sur un autel votif qui se trouvait dans les ruines d'un
édifice romain près du village de Beaucroissant. L'historien Aymar du
Rivail a conservé le texte de ce monument épigraphique qui avait été
1. Rev. arch., 1874, t. 28, p. 332. Rev. celt , t. II, p. 426. L'escalier qui conduisait
à la façade semble ne pas avoir moins de 1 ;o pieds de long.
2. Il faut restituer à Dumiates les inscriptions dédiées au Mercurius Ârvernus, inscrip-
tions qui se retrouvent jusque sur les confins germaniques. Rev. arch., 1875, t. XXIX,
p. 41. Dumiates a donné son nom à la montagne où s'élevait son temple, le Puy-de-
Dôme. De même Pœninus, Vosegus, Rudianus, ont donné le leur aux monts des Alpes
Pennines, des Vosges et du Royans, Divin, indig. du Vocontium, p. 22. — Lucain men-
tionne Taranis, Esus et Teutates comme les trois grandes divinités de la Gaule. Jusqu'à
ce jour, aucun document ne confirme cette opinion.
3. Allmer, eod. toc, t. III, p. 191. Cet autel est aujourd'hui déposé à la porte de la
maison Delastre sur la place de l'église. Haut. ï m. 2j, long. 0, 46. M. Allmer estime
qu'il faut lire Magniacus et non Macniacus. — Hières, canton de Crémieu, arrond. de
La Tour-du-Pin (Isère).
Les Dieux de la cité des Allobroges. 1 7
transporté au château voisin d'Antoine de Blanc, son cousin ' ; depuis
lors ce monument a disparu :
M E R C V R I 0
AVG • ARTAIO
SACR
SEX-GEMIN1VS
CVP I T V S
EX VOTO
Mercurio Auguste Artaio Sacrum, Sextus Geminius Cupitus, ex voto.
Il me paraît bien difficile de présenter une signification satisfaisante
des dénominations topiques Artaius, Magniacus et Veilaunus. Faut-il
rapprocher Artaius de la déesse Artio du musée de Berne 2 ? On lit
sur l'inscription billingue de Todi le mot artuasi; le nom Artos figure
sur une monnaie gauloise 4. Aymar du Rivail rapporte que le lieu où
a été trouvé l'ex-voto de Cupitus était appelé Artay par les habitants,
adhuc incolae Artaium vocanti. Aujourd'hui ce nom est absolument
inconnu dans la localité ; mais le témoignage de cet historien est de ceux
auxquels on peut accorder toute créance. D'ailleurs, il ne serait pas sur-
prenant que le lieu ait retenu le nom gaulois du dieu, car ce fait se vérifie
dans bien d'autres localités 6. L'édifice en ruines d'Artay était certaine-
ment le temple élevé par Cupitus à la suite d'un vœu exaucé par le dieu
gallo-romain.
Le nom Veilaunus appartient également à la nomenclature gauloise :
on lit sur une inscription Velaunis 1 ; d'autres documents font connaître
Velauni, Vellaunodunum, Cossivelaunus, etc...s. Magniacus présente un
suffixe acus fréquent dans les noms géographiques de la Gaule 9.
L'inscription d'Hières rappelle la restauration du temple de Magniacus
Veilaunus par Macrinus ; elle contient quelques particularités à signaler.
1. De Allobrogibus libri novem, etc., édition de Terrebasse, p. 24. Allmer, III, p. 112.
— Beaucroissant, cant. de Rives, arrond. de Saint-Marcellin (Isère).
2. Mommsen, lnscr. Helvet. 21 j.
3. Fictet, Nouvel essai sur les inscript, gaul., p. 73.
4. Rev. celt., t. I, p. 293.
5. Eod. loc. — Chorier, Hist. du Dauphiné, t. I, p. 88 et 235, dit que le nom Artaius
s'applique soit à Artas près Vienne, soit à Artay près Grenoble, localités situées à une
grande distance de Beaucroissant. Il est inutile de rappeler l'explication bizarre que cet
historien donne du Mercure Artaius. — Sur la signification de ce mot, Pictet, loc. citât.
Belloguet, eod. loc, p. 321. Stokes, Three Ir. gloss., p. xxxrn.
6. Divin, indig. du Vocontium, p. 22.
7. Rev. celt., t. III, p. 310; E. Desjardins, Ibid. t. II, p. 225 not. 5.
S. Belloguet, id., n° 274. Rev. des Soc. sav., 1874, t. 6, p. 132.
9. Belloguet, n,s 209 et 2:1. V. Rev. Celt. t. III, p. 268, not. 2.
Rev. Celt. IV 2
1 8 Les Dieux de la cité des Allobroges.
La formule de début AVG. SACR. DEO est rare ' ; l'épithète Victor
donnée à Mercure ne figure sur aucune autre inscription2.
Tels sont, d'après les monuments épigraphiques de la cité des Allo-
broges, les souvenirs qui se rattachent au dieu suprême de la Gaule,
identifié par César à Mercure, et qui ne serait, à mon sens, autre que le
Dumiaîes des Arvernes.
DIVINITÉS INDIGÈTES.
Au-dessous des dieux principaux étaient des divinités secondaires qui
peuplaient l'air, les eaux, les forêts, les vallées, les montagnes, en un
mot la nature entière. A ces esprits étaient attribués tous les phénomènes
naturels ; les éléments qu'ils habitaient étaient soumis à leurs ordres.
Chaque lieu avait sa divinité éponyme, être surnaturel qui en était
comme l'âme i ; toutes les nations aryennes dans leur développement
parallèle en étaient arrivées à reconnaître ces dieux secondaires et inter-
médiaires dont les attributs étaient analogues chez chacune d'elles.
Ces divinités, qui personnifiaient les forces élémentaires de la nature,
avaient généralement leur pendant dans une divinité féminine ; elles se
mêlaient à tous les actes de la vie domestique ; le Gaulois multipliait ses
vœux et ses offrandes. Le jugement de César sur la religion gauloise
trouve ici une exacte application : « natio est omnium Gallorum admodum
dedita religionibus » (pratiques de dévotion et superstitions) 4.
Le culte des eaux, une des formes primitives du naturalisme aryen,
était le plus répandu. Les génies aquatiques étaient considérés comme
les amis bienfaisants de l'homme, ils calmaient ses douleurs, lavaient ses
blessures et guérissaient ses maladies. Des oratoires avaient été élevés
près des sources sacrées, et chaque année au printemps des fêtes, des
pèlerinages attestaient la popularité du culte des eaux. Le christianisme
consacra les vieux usages et les appropria au culte des saints s.
t. Greppo, id., p. 307. Bull, des Antiq. de France, 1865, p. 153, etc.. Au mont de
Sène, l'inscription dédiée à Mercure est exactement semblable à la formule que je signale :
Aug. sacrum deo Mercurio, même Bullet., 1873, p. 50.
2. Allmer, ibid. Cette épithète Victor n'est-elle pas un argument de plus en faveur de
l'attribution au dieu suprême de la Gaule ?
3. Gaidoz, Esquisse de la religion des Gaulois, p. 9. En Italie, on l'appelait genius loci.
Il était représenté sous la forme d'un serpent. Preller, Les dieux de l'ancienne Rome,
page 72.
4. Comment., VI, 16.
5. Pictet, Orig. Ind. Europ., t. II, p. 624. Brueyre, Contes aryens de la Grande-Bre-
tagne, introd. et p. 253 et s. Rev. des Soc. sav., 1867, p. 235. Rev. celt., II, p. 1.
Divin, indig. du Vocontium, p. 44 et s. — Voir plus haut ce qui est relatif au dieu Bormo.
Il en est resté des traces dans les superstitions populaires relatives aux sources et aux lacs.
Les Dieux de la cité des Allobroges. 19
ATHVBODVA OU CATHVBODVA.
En 1867, on a découvert dans un champ appelé Vers-Jan, au lieu dit
les Fins de Ley, commune de Mieussy, un petit autel privé de son cou-
ronnement sur lequel on lit ' :
ATH VBO D VA E
AVC
SERVILIA ■ TEREN
TIA
S L M
Athuboduae Augustae, Servilia Terentia \votum) solvii libens merito 2.
Cette curieuse inscription est malheureusement mutilée sur le côté
droit.
Le nom de la divinité mentionnée a donné lieu à deux études fort
remarquables, l'une linguistique due à M. Pictet h l'autre mythologique
émanée de M. Hennessy*. M. Pictet croit que le nom Athubodua est
incomplet par suite d'une cassure de la pierre et il propose de lire Cathu-
bodua, rectification appuyée sur l'armoricain Catuuodu et sur l'irlandais
Cathbadh. Le savant genevois considère par suite Cathubodua comme
une Bellone gauloise. En effet, le nom Cathubodua se compose : i° du
terme Catu, pugna, terme essentiellement gaulois qu'on rencontre dans
un grand nombre de mots comme préfixe (Caturix, Caturicus, etc.! s;
20 du terme Bodua, qui se trouve dans les noms d'homme gaulois,
soit en composition, soit avec un nouveau suffixe de dérivation \Bodua-
En Savoie, au renouvellement de l'année, on couronne de guirlandes les puits et les fon-
taines (L'Allobroge, 1842, p. 42) ; dans un grand nombre de localités du Dauphiné et de
la Savoie, cet usage a lieu au mois d'octobre, après les vendanges. Au temps de Grégoire
de Tours, on apportait encore des offrandes aux lacs. J'ai été témoin au petit lac du col
de la Coche au-dessus de Laval (canton de Domène, arrond. de Grenoble) de pratiques
religieuses qui rappellent ce culte.
1. Allmer, eod. lac, t. III, p. 357. Revon, Rev. sav., 1867, p. 101. Cette inscription
a été décrite par M. Revon dans les Inscript, antiq. de la Haute-Savoie, ouvrage que je
n'ai pu consulter. Les moulures de la base et de la corniche font le tour de la pierre.
Cette inscription, placée au moment de la découverte dans un mur de la maison Corniilon
au hameau du Ley, puis transportée à Tanninges chez II. le juge Tavernier, est aujour-
d'hui au musée d'Annecy. Haut. 0,76 cent., larg. 0,30 cent. Mieussy, canton de Tan-
ninges. arr. de Bonneville (Haute-Savoie).
2. L'E et l'N de Teren forment un monogramme; il faut noter Terentia employé comme
surnom, ce qui indiquerait une affranchie, P. C. Robert, Étude sur qq. inscr. du musée
de Bordeaux, p. 30. C'est le seul exemple dans la cité de Vienne.
3. Rev. arch., 1868, t. XVIII, p. 1 et s.
4. Rev. celt., t. I, p. 32 et s. L'inscription est reproduite en fac-similé.
5. Rev. celt., t. III, p. 163.
20 Les Dieux de la cité des Allobroges.
eus, Boduacius ') ; ce second terme, en breton bodu, en irlandais bodb ou
badh, signifie corbeau et s'emploie dans l'acception de sorcière et de
virago. Ainsi, le nom Cathubodua se traduit par corvus pugnœ, corbeau de
la guerre.
M. Hennessy pense avec raison que l'interprétation de M. Pictet est
fondée s'il est exact que le nom de la divinité Athubodua a perdu sa lettre
initiale et si cette lettre est un C. La déesse Cathubodua serait alors,
d'après cet érudit, semblable à Badh-Catha, fée qui figure dans les légendes
irlandaises représentée par un corbeau, et qui prédit le sort des combat-
tants avant la mêlée 2 ; elle deviendrait ainsi une déesse des combats.
Les deux noms Cathubodua et Badh-Catha sont absolument identiques.
L'article de M. Hennessy est des plus intéressants ; il apporte des docu-
ments importants et peu connus sur la mythologie comparée des Ger-
mains et des Celtes, et il signale plus d'un point de contact entre les
deux religions 3.
Toutefois il pourrait se faire que le nom Athubodua fût complet sur
l'inscription votive de Terentia ; l'examen de l'autel, les dispositions des
lignes et des lettres ne s'opposent point à cette supposition. Dans ce
cas il n'est peut-être pas sans intérêt de rapprocher du nom de la
divinité allobroge les noms suivants qui figurent sur des monuments épi-
graphiques 4 : Ateboduuss, Atebodui fil 6 , Ateboduai . Je dois ajouter que
l'assimilation de Athubodua et Atebodua est impossible, au dire de M. Pic-
tet, parce que le préfixe aie ou ati ne peut jamais être devenu athu à
cause de la voyelle finale 8.
L'inscription votive de Terentia ne me paraît pas présenter des indi-
cations suffisamment précises pour considérer Athubodua ou Cathubodua
comme une déesse de la guerre dans la mythologie gauloise. Je ne con-
teste pas les savantes conclusions des articles de MM. Pictet et Hennessy;
1. Pictet, eod. loc.
2. M. Hennessy fait connaître en détail Badh-Catha et ses attributions ; il rapporte
diverses opinions intéressantes sur cette fée qui figure dans les récits de batailles irlan-
daises : le corbeau joue un grand rôle, rôle sinistre, dans l'Irlande, l'Ecosse et le comté
de Galles. J'ajoute que dans la mythologie gréco-latine le corbeau était consacré à Apol-
lon, et on l'appelait Delphicus aies.
3. Dans la mythologie germaine, Odin est accompagné de corbeaux et de loups. Les
vieux noms gaulois Caturix (voir plus haut le dieu Caturix), Toutiorix, Segomaros, Albio-
rix ont leurs correspondants en Germanie, Hedrich, Dietrich, Sigmar, Alberich ; non seu-
lement les noms, mais aussi les légendes et les traditions sont identiques (note de
M. Lottner à l'article de M. Hennessy).
4. Pictet, Rev. arch., eod. loc.
5. Inscription de Dcehmannstorf en Carinthie, Gruter, 758-11.
6. Inscription de Cilly, Stein, 3, 1 0 j.
7. Inscription de Leibnitz en Styrie ; il y a littéralement atepodua, Stein, 300$.
8. Pictet, eod. loc. — On pourrait penser que le premier terme d'Athubodua est une parti-
cule réitérative : bodua conserve naturellement l'acception précédente. V. Rev. Celt. \, p. 293 .
Les Dieux de la cité des Allobroges. 2 1
j'estime qu'en l'état il est plus prudent d'attribuer à cette divinité un
caractère purement local et d'en faire le génie tutélaire et protecteur de
Mieussy.
BAGINATES.
Dans le mur du cimetière de Morestel, du côté de la route, on lit l'ins-
cription suivante sur un autel brisé par en bas qui a été trouvé dans les
décombres de l'ancienne église paroissiale ' :
IOV1
B A G I N A T I
CORINTHVS
NIGIDI • AELIANI
EX VOT
Iovi Baginati, Corinihus Nigidii Aeliani [servus), ex voto 2.
Plusieurs inscriptions de la Gaule nous montrent Jupiter, adoré
comme dieu officiel de l'État au Capitole et dans les provinces, souvent
associé à des divinités topiques J. D'après César. Jupiter ne jouait qu'un
rôle secondaire dans la mythologie gauloise; ses attributions étaient
imperium cœlestium tenere, c'est-à-dire qu'il présidait aux phénomènes
célestes et plus spécialement au tonnerre 4. Tous les peuples de l'anti-
quité ont eu un culte pour la foudre qui frappe de mort les êtres vivants,
incendie les maisons, déchire les arbres et disparait ensuite dans la terre ;
tout lieu frappé par la foudre était sacré et ne devait être ni foulé aux
pieds ni exposé aux regards. Une tablette de pierre trouvée en 1765 sur
les hauteurs d'Ampuis parmi des ruines porte cette inscriptions :
IOVI
FULGVRI
FVLMINI
1. Allmer, eod. loc, t. III, p. 197. Pilot, Bull. soc. stat. Isère, t. III, p. ji. —
Morestel, ch. d. c, arrond. de La Tour-du-Pin (Isère .
2. Les lettres sont peu profondément gravées, une palmette de chaque côté du mot
Iovi, l'H dépourvue de jambage vertical vers la gauche, PL, l'I, l'N et l'I de AELIANI
en monogrammes. Haut. 1 m., larg., 0,5$ cent — Le nom d'Aelianus qui figure sur
l'inscription indique qu'elle n*est pas antérieure à Adrien ou aux premiers Antonins.
3. Orelli-Henzen, notamment n° 5617.
4. On rencontre sur les inscriptions de la Gaule et d'autres régions les expressions plu-
vialis, Orelli-Henzen, 5641, tonans, 5649, fulgerator, 1258, 1240; Tempestatum divina-
ram potens, Spon, Misai., p. 76, etc. Dans la Gaule, le dieu du tonnerre s'appelait,
dit-on, Taranis, c'est le deus Taranucus, Taranucnus et Tanarus des inscriptions, assi-
milé à Jupiter. H. Gaidoz, Esq. de la relig. des Gaulois, p. 11.
5. Allmer, eod. loc., t. Il, p. 426; au musée de Vienne. Les lettres ont une mauvaise
forme et sont mal gravées. — Ampuis, cant. de Condrieu, arr. de Lyon (Rhône).
22 Les Dieux de la cité des Allobroges.
Le Jupiter fulgur et fulmen est le dieu qui descend lui-même dans la
foudre sous la forme d'une pierre appelée ceraunios, ou lapis fulminis '.
Il est inutile de rappeler les croyances populaires relatives aux pierres de
tonnerre, et les vertus talismaniques qu'on leur attribue encore dans nos
campagnes 2. La découverte d'une pierre de tonnerre aurait-elle provo-
qué cette inscription ?
Quel caractère faut-il attribuer à Baginates identifié à Jupiter, est-ce
celui de Jupiter fulgur ou celui de Jupiter pluvialis 3 ? Il est impossible de
résoudre la question en présence des termes si concis de l'inscription
votive de l'esclave Corinthus. Cette inscription a été recueillie dans l'an-
cienne église paroissiale de Morestel qui avait probablement succédé au
sanctuaire gallo-romain.
Il n'est peut-être pas sans intérêt de signaler un lieu-dit du nom de
Bachelin, dans la commune de Passins, voisine de celle de Morestel 4. Y
aurait-il une relation entre les noms Baginates et Bachelin ?
Une inscription, aujourd'hui perdue, et citée par divers auteurs comme
existant à Genève, était ainsi conçue s :
IOVI
ASSIGN
M . F
N
Il est probable que le terme Assign... était la première partie du nom
d'une divinité indigète assimilée à Jupiter. Ce nom ne se retrouve sur
aucune autre inscription ; il est donc impossible de le rétablir.
i. Dict. des antiq. grecques et rom. de MM. Daremberg et Saglio, v° Baetylia. Cicéron,
(adfam., vn-12), Aulu Gelle (noct. Attic., 1, 21), Apulée (de deo sacr., 131) mentionnent
un Jupiter Lapis. Je ne connais aucune autre inscription donnant à Jupiter l'épithète
fulgur ; on trouve souvent fulgerator, tonans,fulminans,fulgurans; dans l'autel d'Ampuis
la cause est confondue avec l'effet.
2. J'ai fait connaître les traditions populaires du Bas-Dauphiné relatives aux pierres de
tonnerre : Les âges de pierre et de bronze dans l'arrondissement de Montélimar, Grenoble,
1878, in-8% p. 12 et s. — v. Cartailhac. L'âge de pierre dans les souvenirs et supersti-
tions populaires. Paris, 1878, in-8°.
3. Il existe dans nos campagnes de nombreux oratoires très anciens qui ont certaine-
ment succédé à des oratoires gallo-romains, et dans lesquels on se rend en procession
pour demander ou la pluie ou le beau temps. L'homme des champs se préoccupe avec
raison des variations atmosphériques ; c'est là le premier de ses soucis, de ses craintes ou
de ses espérances ; tout pour lui, bonheur ou aisance, réside dans l'état de calme ou de
tempête de ce grand océan d'air qui entoure notre globe.
4. Un hameau des Avenières, commune voisine, s'appelle le Bajet .
<,. Gruter, 13-3. Guichenon, p. 3$. Spon, Hist. de Genève, II, p. 308. Muratori, II,
5. Orelli, 270. Mommsen, n° 66. Allmer, eod. toc, t. III, p. 253. A Blankenheim
existaient des Matronae Aserguehae, Orelli, 2082. — Scaliger avait traduit adsignatum
Jovi, Orelli, 270, not.
Les Dieux de la cité des Allobroges. 2}
VINTIVS.
Deux inscriptions sont consacrées au dieu Vintius :
i° La première est gravée sur un autel avec base et couronnement
engagé dans le mur extérieur de l'abside de l'église de Seyssel ' :
DEO • VINTIO
POLL VCI
CN ' TERENTIVS
BILLONIS-FIL
TERENTIANVS
EX-VOTO
Deo Vintio Polluci, Cneius Terentius, Billonis filius Terentianus, ex voto.
2° L'autre se lit sur une table carrée trouvée dans le voisinage du châ-
teau d'Hauteville dans la vigne des Idoles, près du champ des Idoles 2 :
AVG • VIN
SACR
T • VALERIVS....
CRISPINVS
SACER VINTI
PRAEF • PAGDIA
AEDEM • D
Augusto Vintio sacrum, T. Valerius... f. Crispinus, sacer Vintii, prafectus
pagi Dia... aedem dot.
Dans la mythologie latine, Pollux, admis parmi les astres après sa
mort, avait été gratifié par Neptune du don d'apaiser les flots ; c'était le
dieu propice aux nautoniers L'identification de Vintius à Pollux permet
de lui supposer un caractère analogue et de le considérer comme le pro-
tecteur des mariniers du Rhône?. En effet le dieu gaulois parait avoir
laissé son nom à une colline voisine de Seyssel : on l'appelle Vence ou
i. Orelli, 2065. Allmer, eod. loc, t. III, p. 243. Seyssel, ch.-l. de cant., arrond. de
Saint-Julien (Haute-Savoie).
2. Allmer, eod. loc, t. II, p. 34$. Orelli-Henzen, 5922. Cette table, ornée d'une mou-
lure, a été transportée depuis longtemps à Rumilly où, par les soins de M. Croisollet,
l'auteur de l'Histoire de Rumilly, eile vient d'être placée derrière les murs de la chapelle
neuve du collège. Haut., o m. 40, larg. 0 m. 4$ cent. Hauteville, cant. de Rumilly,
arr. d'Annecy (Haute-Savoie).
3. Le nom de Vintius se retrouve dans la nomenclature gauloise. Faut-il voir dans
son nom: k. Cwynt, ar. Gwennt, c. Gwynx, e. et ir. Gaoid, Gaoth, vent; ou Ar. Gwinnt,
élévation: Belloguet, id., n" 2 s 8.
24 Les Dieux de la cité des Allobroges.
Vens. Il existe de temps immémorial au pied de cette colline une
chapelle dédiée à Notre-Dame, qui jouit d'une très grande vénération
auprès des bateliers du grand fleuve. Le nom du lieu, l'oratoire et le
culte remontent certainement au temps du dieu Vintius : le christianisme
n'a été, là comme en d'autres lieux, que l'héritier d'une croyance gau-
loise.
A l'époque romaine, il y avait une corporation des nautae Rlwdanici,
corporation riche et puissante, dont le siège était à Lyon ■ et qu'une
inscription appelle splendidissimum corpus2. Quelques-uns de ses membres
ont été l'objet de distinctions honorifiques de la part de diverses villes
situées sur le parcours du Rhône ?.
L'ex-voto de Terentianus 4 ne serait-il pas le témoignage de la recon-
naissance d'un marinier qui aurait dû à Vintius d'échapper à un danger
imminent sur ce fleuve souvent orageux?
Le culte de ce dieu bienfaisant s'était étendu sur la région voisine de
Seyssel et située sur les bords du Rhône et du lac du Bourget. L'inscrip-
tion découverte à Hauteville fait en effet connaître qu'il avait un temple
dans ce lieu 5. Vintius était aussi probablement la divinité du pagus Dia..
(Hauteville?;, dont Valerius Crispinus était le prafectus6. Les habitants
de cette région devaient être en général des nautoniers; le Rhône était
alors la seule voie naturelle et rapide de communication pour échanger
leurs produits du nord au midi de la Gaule. On comprend ainsi l'impor-
tance qu'avait le culte de Vintius.
Crispinus, qui fit construire de ses deniers un sanctuaire à Hauteville,
est appelé sur l'inscription commémorative Sacer Vintii; cette expression
indique soit un prêtre sans caractère officiel, soit tout simplement un
dévot. Les magistrats municipaux n'avaient pas d'attributions plus impor-
tantes que celles de veiller à l'accomplissement des rites religieux et aux
besoins du culte. Le terme aedes donné à ce sanctuaire est, en général,
employé plus particulièrement en l'opposant à templum, pour désigner un
i. De Boissieu, Inscript, de Lyon, p. 386 et s. Allmer, eod. toc, t. I, p. 60; II,
p. 257; III, p. 354.
2. Au musée de Lyon. — De Boissieu, eod. loc, p. 26 J.
3. Allmer, loc. cit. Je n'ai pas l'intention d'assimiler ces nautae Rhodanici aux simples
mariniers ou bateliers du grand fleuve.
4. Cn. Terentius Billonis filius Terentianus : Billo, nom du père du dévot, appartient
probablement à la nomenclature gauloise, Rev. celt., t. III, p. 160; on le retrouve cepen-
dant sur des inscriptions de l'Italie méridionale.
5. Aux Fins d'Annecy a été trouvée une inscription à Castor et Pollux, les dieux pro-
pices aux navigateurs (s'agissait-il de la navigation du lac d'Annecy ?). Allmer, t. III,
page 3 3 5- . . , ". .,
6. Seyssel était probablement compris dans ce pagus : la navigation ordinaire du
Rhône commence aujourd'hui à Seyssel.
Les Dieux de la cité des Allobroges. 2 5
édifice pour lequel n'avaient pas eu lieu les cérémonies de l'inauguration
M. Mommsen et M. Herzog ont regardé comme fausse l'inscription
de Hauteville par le motif qu'il n'y avait que des rici chez les Allobroges.
Cette opinion est infirmée par le témoignage multiplié des inscriptions
qui mentionnent des vici et jusqu'à trois pagi de la cité de Vienne2.
Vintius, le protecteur des bateliers du Rhône et du pagus Dia , n'a
aucune parenté avec le Vintius de Vence Alpes-Maritimes , assimilé par
les Romains à Mars 5.
VIROTVTES.
En 1844, on a découvert dans la petite plaine des Fins d'Annecy, en
même temps que plusieurs fragments d'architecture et des médailles de
Claude, un autel fracturé par en bas présentant sur une de ses faces
l'inscription suivante 4 :
APOLLINI
ViROTVTI
T . RVTIL . BVRICVS
Apollini Virotuti, T. Rutilius Buricus votum solvit libens merito).
Virotutes, que l'inscription assimile à Apollon, ne serait-il pas un dieu
medicus? J'ai indiqué plus haut que les Romains considéraient l'Apollon
gaulois comme un dieu sauveur et purificateur, morbos depellerei. Le
1. Dict. des antiq. grecq. et rom. de MM. Daremberg et Saglio, v* Aedes.
2. Les inscriptions révèlent trois pagi dont le nom ne nous est point parvenu en entier :
pagus DIA .... pagus Valer ..., pagus Oct ... Allmer, eod. toc, t. II, p. 341. Les pagi
étaient des divisions de la cité (Caes. Bell. Gall., I, 12). Les praefecti, sans doute nommés
par les décurions de la cité, et exerçant leurs fonctions à titre d'honneur, administraient
dans de telles limites d'attribution que nous ne savons dire, assistés par un conseil de
pagani (Henzen, suppl., table, 163, 164), Allmer, eod. toc. Les vici, centres de popula-
tion, non chefs-lieux de civitas, dépendaient administrativement du chef-lieu de la civitas
à laquelle ils appartenaient. Bien qu'ils n'eussent aucune administration municipale, ils
avaient pour la religion, Pédilité et la police , une petite administration propre composée
de deux édiles et d'un conseil de Vicani, et probablement aussi un collège de sévirs (Léon
Renier, Inscript, de Troesmis, p. 22).
3. Orelli, j 227. — Mim. delà Soc. des se. nat. et hist. et des beaux-arts de Cannes,
1874, t. IV.
4. Au musée d'Annecy. Allmer, eod. toc, t. III, p. 333 : cet érudit a lu Verotuti,
M. Revon Virotuti; la forme est identique ; manque le couronnement; les deux 1 et l'N
d'Apollini, le T et l'I de Virotuti forment des monogrammes. — Annecy, chef-lieu de la
Haute-Savoie.
5. Dans la cité des Allobroges, Apollon avait des temples à la Balme, à Genève, à Gilly,
à Groisy, à Limony, à la Rochette, à Ruffieux, à Vienne et à Virignin. Allmer, eod. toc,
t. IV, p. 538, Stat. mon.
26 Les Dieux de la cité des Allobroges.
véritable caractère de Virotutes nous échappe complètement, et il serait
dangereux de suppléer au silence des textes par de brillantes hypothèses.
Ne pourrait-on pas rapprocher le dieu Virotutes de la déesse Viroddis
dont le nom figure sur une inscription trouvée dans les murs du cime-
tière de Kaelbertshausen, maintenant au musée de Carlsruhe ' ?
Le surnom Buricus indique peut-être un étranger latinisé venant du
pays des Bures, qui habitaient vers les sources de la Vistule 2.
Chaque ville gauloise était sous la protection spéciale d'une divinité
éponyme, être surnaturel qui en était la personnification. Les inscriptions
romaines de la Gaule ont conservé les noms de plusieurs dieux munici-
paux : on peut citer Nemausus, Vesontio, Vasio, etc., génies tutélaires
de Nîmes, Besançon, Vaison?. Chaque année les Gaulois célébraient la
dédicace de leurs villes; ils immolaient au génie des victimes, ils lui fai-
saient des libations. Cette coutume, qui existait encore au vme siècle de
notre ère, fut vivement combattue par saint Eloy*. Le génie de la ville de
Lyon est représenté au revers d'un denier d'argent d'Albin et sur un
médaillon en terre cuite ; c'est une figure nue et debout couronnée de
créneaux, la main droite appuyée sur un sceptre, une corne d'abondance
sur le bras gauche, un glaive suspendu à ce bras; à ses pieds est un
corbeau sur un rocher affectant la forme d'un lion accroupi s.
Dans l'Allobrogie, les monuments épigraphiques ne font connaître
aucune divinité municipale. Une inscription votive de Genève, décou-
verte en 1752 dans les fondements de l'église cathédrale, est consacrée
au génie du lieu, genio loci, associé à Mithra ; cette inscription est ainsi
conçue é :
1. Rev. celt., t. III, p. 311. On trouve dans la nomenclature indigène virodu sur une
monnaie gauloise, Rev. num., 1869-70, t. XIV, p. 4, Rev. celt., t. I, p. 298 ; Verotus
ou Verotius, nom d'homme, Yerore ou Virrore, divinité topique, Viromarus, Viromo, noms
d'hommes, etc. Rev. celt., t. III, p. 311. — Serait-ce le préfixe Gwir, Gwyr, gwirt, pur,
juste, vrai, fort ?
2. Tacit. de morib. Germ., 43 (Burii) ; le nom Buri (génitif) se trouve«sur une inscrip-
tion, Orelli, 3 s s S. — Outre le temple de Virotutes, il y avait encore à Annecy des temples
ou des autels de Jupiter, de Mercure, de Castor et de Pollux, et des Numina Augustorum.
Allmer, eod. toc, t. IV, p. 541, Stat. mon.
3. Orelli, 2064, 2245. Rev. celt., II, p. 5. — Divin, indig. du Vocontium, p. 42.
4. Dom Martin, Relig. des Gaul.,t. II, p. 199.
5. De Boissieu, Inscript, antiq. de Lyon, p. 46; H. Cohen, Méd. imp. t. III, p. 224,
n° 22; Acad. Inscr. et Bell. Lettres, Compt. rend. 1877, p. 6$ (corn, de M. de Witte).
6. Cette inscription, datée de l'an 201 de notre ère (sous le consulat de L. Annius Fabia-
nus et de M. Nonius Arrius Mucianus), est gravée sur un autel avec base et couronnement
qui est au musée cantonal à Genève. Haut., 0,85 c, larg. 0,40 c. — Orelli, 27s. Momm-
sen, n" 64. Kerzog, n" ^99. Allmer, eod. loc, t. I, p. 372.
Les Dieux de la cité des Allobroges. 27
DEO • INVICTO
GEN 10 • LOCI
FIRMIDIVS SE
V E R I N V S MIL
LEG-VIII AVG-P-F
CC • STIPXXVIA RAM
EXVOTOPRoSALvTE
SVAVSLM-PoSITA
MVCIANO ET FABIANO CoS
Deo Invicto, Genio loci, Firmidius Severinus, miles legionis VI II™ Augus-
tae Piae Fidelis Constantis Commodae, stipendiorumXXVI, aram ex voto pro
sainte sua votum solvit libens merito. Posita Muciano et Fabiano consulibus.
Le culte du dieu persan Mithra, Deus Sol Invictus, s'était communiqué
aux Romains pendant leurs nombreuses expéditions en Orient. Déjà très
répandu au temps de Claude et de Néron, il était à l'époque de Septime
Sévère, à laquelle se rapporte l'ex-voto de Severinus, parvenu aux extré-
mités de l'empire. Les inscriptions del'Allobrogie font connaître à Lucey,
à Vienne et à Vieu des temples consacrés à Mithra ' .
DÉESSES MÈRES.
J'ai réuni dans ce chapitre les monuments de la cité des Allobroges
consacrés aux Mères, Maires, Matrae, Mairae, Matronae, divinités secon-
daires dont le culte parait avoir été particulier à la Celtique continen-
tale et insulaire, ainsi qu'à la Germanie, où existait la croyance au
pouvoir surnaturel des femmes prophétesses, honorées presque à l'égal
des déesses2.
On a beaucoup écrit sur l'origine de ces divinités, sur leur culte et sur
leurs diverses influences ? ; elles ne sont connues que par des bas-reliefs
et par des inscriptions de l'époque romaine.
Les Mères figurent toujours au nombre de trois sur les bas-reliefs : le
nombre trois joue un grand rôle dans les mythologies et dans les tradi-
1. Allmer, eod. toc, t. IV, p. 538 et s., Statistique monumentale d'après les inscriptions.
Il y avait à Genè\e des temples ou des autels de Jupiter, de Mars, de Mercure, d'Apol-
lon, de Caturix, de Silvain, des Mères, et des numina Augustorum. Allmer, ibid.
2. Tacit. de morib.Germ., 8. — On trouve quelques traces de ce culte dans la Gaule
cisalpine.
3. De Wal, De Moeder Coddinen, Leyde, 1846 ; ouvrage qui, quoique ancien, contient
de nombreux et intéressants documents sur les Mères. — Mém. acad. des inscript, et bell.
lett., t. X, p. 22; Rev. arch. 1848, t. V, p. 363 ; Encyclop. mod. y Fée.
28 Les Dieux de la cité des Allobroges.
tions religieuses et magiques de tous les peuples aryens ', c'est là un des
témoignages les plus frappants de leur commune origine. Les Mères sont
ordinairement représentées sous la forme de jeunes femmes à l'air grave
et bienveillant, vêtues de robes talaires, généralement assises, portant
des fruits et quelquefois tenant un enfant sur leurs genoux. Sur un petit
autel du musée de Vienne, celle du milieu est assise et elle a sur ses
genoux une corbeille pleine de fruits ; les deux autres sont debout, d'une
main elles relèvent les plis du manteau qui les enveloppe et de l'autre
elles écartent la partie supérieure du même vêtement dont elles ont la
tête couverte : cet autel anépigraphe a été vu longtemps au-dessus de la
porte d'une petite tour qui s'élève sur des ruines romaines au sud-est du
mont Sainte-Blandine2.
Ces attributs permettent de considérer les Mères comme des divinités
champêtres, dispensatrices de l'abondance, qui représentaient les forces
productives de la nature 3.
Les Mères étaient les génies bien-aimés du peuple gaulois, l'immense
popularité de leur culte est attestée par de nombreux monuments 4. Leur
protection tantôt se bornait à une personne, à une famille, à une maison,
à un domaine s, tantôt embrassait toute une ville, une province, une
nation entière -\ Non seulement elles faisaient mûrir les moissons, mais
i . On peut citer à titre d'exemples la trinité indoue, les trois Nornirs Scandinaves,
les trois Parques, les trois Grâces, etc. : en Gaule, le Tarvos Trigaranus, ou Taureau à
trois grues, le dieu Tncéphale (Bull. acad. des inscr. et bell. lett., 4e série, t. III,
p. 33 s) ; on trouve quelquefois de petits taureaux en bronze à trois cornes au front. —
Suivant Pythagore, trois est le nombre des plus sublimes mystères ; dans les Védas, trois
est un nombre sacré. Dans les légendes, le nombre trois joue un grand rôle (de Ville-
marqué, Les Fontaines du Morbihan, p. 238 ; Brueyre, Contes popul. de la Grande-Bre-
tagne, introd. divers contes). — Je dois indiquer dans l'Allobrogie les trois fées Ternes
du Chablais (L'Allobroge, 1841, p. 97). Le nombre sept avait le même caractère que le
nombre trois.
2. Delorme, Descript. du mus. de Vienne, p. 226, n° 216. L'autel a 74 cent, de haut;
il a été donné au musée en 1827. Il est probable que les ruines romaines appartenaient
à un temple élevé aux Mères. Sur un bas-relief à Metz, les Mères sont toutes trois debout
portant dans leurs mains des fruits ou des fleurs (Gruter, 92-1). — Un bas-relief du musée
de Lyon montre celle du milieu portant des fruits, une corne d'abondance et une patère;
un autre bas-relief du même musée donne la corne d'abond3nce aux deux de chaque côté,
la 3e tient sur ses genoux un objet indéterminé, probablement un enfant (de Boissieu,
Inscr. antiq. de Lyon, p. 56). V. Mèm. lus à la Sorbonne, Arch., 1867, p. 23.
3. Elles n'avaient qu'une parenté très éloignée soit avec les Pénates, les Genii, les
Junones, contrairement à l'opinion d'Orelli (sous le n' 2094), soit avec les Proxumes,
divinités dont le culte paraît jusqu'à ce jour à peu près restreint aux Volces Arécomiques
et sur lesquelles on discute depuis deux siècles. Voir Ludovic Vailentin, Sur un autel inédit
dédié aux Proxumes. Valence, 1875, in-8°. — Bull, des Antiq. de France, 1872, p. 101. On
a dit qu'en Gaule des femmes, devenues particulièrement célèbres de leur vivant, avaient
reçu après leur mort d'un peuple reconnaissant les honneurs de l'apothéose et étaient ado-
rées sous le nom de Mères ou Matrones (notamment Keysler).
4. Orelli-Henzen, n" 2074 et s., $928 et s.
5. Orelli-Henzen, n"' 2075, 2093, 5933, 5934, 6935.
6. Orelli-Henzen, n"' 2090, 2092, 2106, $928, $941, 5942 ; l'inscription 5928 trouvée
Les Dieux de la cité des Allobroges. 29
elles veillaient aussi à la perpétuité des familles, à la prospérité des villes
et des cités ; leur nom implique, dit-on, une idée de surveillance, de
tutelle et de garde '.
Les Mères figurent parmi les divinités reconnues du culte gaulois2,
elles paraissent avoir conservé sous la domination romaine leur carac-
tère indigène. L'étude des monuments épigraphiques montre qu'elles
n'ont été assimilées à aucune déesse de l'Olympe latin ; ; elles sont sou-
vent décorées d'épithètes topiques.
Les Mères sont devenues au moyen âge les bonnes dames, les dames
blanches, etc...., fées bienfaisantes qui peuplent les rochers, les grottes,
les sources et les ruines des vieux châteaux, qui protègent le faible
contre l'injuste oppression du fort et effrayent par leurs apparitions
nocturnes les spoliateurs et les meurtriers 4. Quelques-unes couronnent
d'une auréole mystérieuse l'origine des grandes familles et prédisent leurs
destinées : on les voit sous les formes poétiques de Mélusine, de la Dame
blanche des Avenel, de la Banshee des Fitz-Gérald s, etc.
Le christianisme a rattaché les croyances relatives aux Mères et aux
fées au culte de la Vierge6. En 1872, dans une des sépultures galici-
en Angleterre est consacrée Matribus omnium gentium. — Pictet, Nouvel ess. sur les inscr.
gaul., p. (i. — Elles apparaissent en songe à des soldats romains, Bull, monum. 1868,
p. 813.
t. Belloguet, Ethnog- gaul., p. 237 : ar. maer, surveillant, de mera, surveiller, con-
duire ; ir. ér. mairn, garde ; kim. mair, qui garde, qui veille sur quelqu'un, plur. mairi.
2. Sur le plus grand nombre des inscriptions, elles sont en effet décorées de l'épithète
Augustae.
3. Un monument de Milan, en Italie, est érigé par une femme Matronis Junonibus,
Orelli, 2085. Ces matronae sont-elles les mères de la Gaule? il est permis d'en douter.
Les Junones étaient les esprits gardiens et protecteurs des femmes dans la mythologie
latine.
4. La fée Abonde qui pendant la nuit répandait les richesses dans les maisons. — La
fée Esterelle de la Provence qui guérissait la stérilité des femmes. — En Franche-Comté
la Dame Verte qui veillait sur les chaumières, la fée Aril qui veillait sur les prairies, la
Vouivre du Jura. — Les fées de Loc-il-du en Bretagne, etc.. Le nom de fées est resté
dans le langage populaire attaché à des rochers, à des sources, etc.. Dans les légendes
on peut reconnaître quelques parties des mythes gaulois. La Villemarqué, Contes pop. des
anc. Bretons. Brueyre, Contes aryens de la Grande-Bretagne. Revon, ta Haute-Savoie avant
les Romains, p. j 2 et s.
5. Mélusine était le génie tutélaire des Sassenage (ainsi que des Lusignan et des
Luxembourg). En Dauphiné, elle habitait les célèbres cuves de Sassenage. Chorier,
Hist. de la mais, de Sassenage, p. 2 et s. — L'Allobroge. 1842, p. 93. On peut ajou-
ter Morgane, Viviane, les fées Ternes du Chablais , Haute- Savoie . etc.
6. Il est inutile d'insister sur ce point qui a souvent été signalé. Les croyances gau-
loises se sont ainsi perpétuées jusqu'à nos jours. — A Vaison, une inscription aux Mères
se lit sur un autel dédié à la Sainte Vierge invoquée sous le nom de bonne mère ; elle
est ainsi conçue : MATRIBVS/ ADCVLTVS VASSEDONIS, F./ V. S. L. M., c'est-à-
dire Matribus Adcultus Vassedonis filius votum solvit libens merito, le sens paraît très
clair. M. Pilot (Antiq. dauph., t. II, p. 255) a cru devoir traduire ainsi : Aux déesses
mires pour la population les filles de Vaison (pourquoi pas les femmes) se sont libre-
ment acquittées de leurs vœux, c'est-à-dire remercîment par les filles de Vaison de la
faveur qu'elles avaient obtenue de contribuer à la population ! Vaison, Vasio, appelée
Vasstào '
30 Les Dieux de la cité des Allobroges.
romaines de Troussepoil ' , il a été trouvé avec des objets de diverse
nature une statuette en bois qui offre l'image d'une femme assise, voilée,
et sur les genoux de laquelle on voit l'arrachement d'une figure d'enfant
qu'elle soutenait de ses deux mains. Cette statuette a été considérée avec
raison comme représentant une déesse Mère. Cette découverte peut ser-
vir à expliquer l'origine d'un certain nombre d'églises du vocable de
Notre-Dame, bâties sur des emplacements où la légende rapporte que
des statues de la Vierge furent trouvées par miracle 2.
Les monuments épigraphiques de PAllobrogie consacrés aux déesses
mères sont au nombre de dix :
I. — Autel carré avec base et couronnement et dont la corniche a été
abattue à fleur du dé trouvé à Sainte-Colombe, — au musée de Lyon :
MATRIS
AVGVSTIS
C-TITIVS
SEDVLVS
EX-VOTO
Matris Augustis, Caius Titius Sedulus ex votoi.
II. — Partie supérieure d'une plaque mince en marbre découverte en
1849 dans 'a plu™ au miroir à Saint-Romain-en-Gal, — au musée de
Vienne :
MATRIS
AVGVST
AEDEMET
Matris augustis, aedem et*.
1. Commune du Bernard (Vendée); ce sont des puits funéraires qu'explore depuis de
longues années M. l'abbé Baudry.
2. Bull, de la Soc. des antiq. de France, 1872, p. 54. Ces statues, généralement en
bois, sont connues sous le nom de Vierges noires (à cause de la couleur du bois qui a
longtemps séjourné dans la terre). Les plus célèbres sont celles de l'église de Saint-Victor-
lès-Marseille, de Notre-Dame del Pilar près Saragosse, de Notre-Dame d'Oropa (trouvée
sous un rocher) dans les pittoresques montagnes de Biella. Dans la commune de la Tronche,
près Grenoble, est un sanctuaire très populaire sous le vocable de la Vierge noire, où l'on
se rend en pèlerinage le lundi de la Pentecôte ; il est très fréquenté par les personnes
(surtout les femmes) qui désirent se marier : si la Vierge est favorable, le mariage se fait
dans l'année. La statue actuelle est moderne ; elle est en pierre du pays qui a été noircie,
elle a 2 pieds 8 pouces de haut. La légende rapporte qu'un cultivateur trouva dans une
vigne une statuette en bois noir de la Vierge (aujourd'hui disparue), et le sanctuaire fut
élevé à l'endroit même de la découverte. — V. Rev. des Soc. sav. 1875, t II, p. 11J-4.
3. Allmer, eod. loc. II, 450 ; hauteur de l'inscript. 0,75, larg. 0,40. Sainte-Colombe,
canton de Condrieu, arr. de Lyon (Rhône).
4. Allmer, II, 45 1. Lettres étroites de forme rustique; haut, et larg., 0,20. Sur Vaedes,
Les Dieux de la cité des Allobroges. 3 1
m. — Autel carré avec base et couronnement trouvé il y a trois
siècles dans le quartier de Fuissin à Vienne, — sous le porche de l'église
Saint-Pierre à Vienne :
MATRIS
AVGVST I S
D • DIMAR1VS
MESSVLVS
RESTITVIT
EX VOTO
Matris augusîis, Decimus Dimarius Messulus resîituit ex volo ' .
IV. — Autel avec base et couronnement découvert en 1864 dans les
travaux de la cathédrale de Grenoble, — au musée :
MATRIS ■ AVG ■
•SACRVM"
T • CASS1VS • EROS
Matris Augusîis sacrum, Titus Cassius Eros2.
V. — Partie supérieure d'un autel dont le couronnement a été retaillé,
trouvé postérieurement à Grenoble, en abaissant le niveau de la place
Saint-André, — au musée :
MATRI S
NEM ETIALI
L VCRETIA-Q_
LIB/////////IIVM
Matris Nemetialibus, Lucretia, ÇL Libéria i.
VI. — Sur un fragment que supporte la pierre du maitre-autel de
l'église d'Aoste, — perdu :
MATRIS AVG EX STIPE ANNVA X XXXV ET D...
Matris Augustis, ex stipe annua denariorum XXXV et donisÇj:)*....
voir plus haut ce qui est relatif à Vintius. — Saint-Romain-en-Gal, même cant. que
Sainte-Colombe.
1. Allmer, 11, 446, trouvé dans un amas d'énormes pierres, ce qui indiquerait que le
monument restauré par Messulus avait une certaine importance. Haut. 1,30, larg. 0,60.
2. Allmer, III, 126. Bull. Soc. stat. Isère, 1864, p. 424 et 459; lettres rustiques,
points figurés par des feuilles cordiformes. Haut. 0,90, larg. 0,50.
3. Allmer, III, 127. Lettres de mauvaise forme. Haut. 0,57, larg. 0,33.
4. Allmer, III, 204. La lettre X traversée horizontalement d'une barre était la figure
par laquelle les Romains exprimaient le denier, Borghesi, II, p. 283. — Aoste, cant.
du Pont-de-Beauvoisin, arr. de La Tour-du-Pin (Isère).
$2 Les Dieux de la cité des Allobroges.
VII. — Bloc carré engagé dans le mur de clôture du cimetière d'Al-
londaz, en face de la porte de l'église :
MATRIS
MITHRes
SOC • XL • VIl
AD-TVR.
l-xTiTp A- VI
Matris, Mithres sociorum cjuadragesimae villicus ad Turnonem; latum XIII
pedibus, altum VI ' .
VIII. — Tablette bordée de moulures encadrant l'inscription trouvée
en 1866 dans la démolition de l'ancien clocher de Saint-Innocent, —
dans le jardin de la maison de campagne de M. le Dr Despine :
MATRIS AV
L. DAVER1VS....
V S L
Matris Augustis, L. Daverius.... votum solvit libens {merito)2.
IX. — Fragment trouvé dans l'église cathédrale de Genève et laissé
dans les murs ? :
MATRIS . AVG . ////////
X. — A Belley, sans indication de provenance, — perdue 4 :
IN HONOREM DEABVS
MAIRABVS
In honorent Deabus Mairabus ou Matrabus, ....
Ces diverses inscriptions indiquent que les déesses Mères avaient des
sanctuaires à Allondaz, à Aoste, à Belley, à Genève, à Grenoble, à Saint-
Innocent, à Saint-Romain-en-Gal, à Sainte-Colombe et à Vienne ; les
i. Allmer, I, 341. L'inscription est renfermée dans un cercle en relief (couronne ou
serpent ?) ; elle a été trouvée dans la démolition de l'ancienne chapelle qu'a remplacée
l'église neuve. — Mithres est peut-être un adepte du culte de Mithra; il est esclave delà
compagnie du quarantième des Gaules (impôt de douane) dont il était le préposé, Villicus,
ad Tur..., probablement Tournon, localité voisine d'Allondaz, sur la rive droite de l'Isère.
Les mesures de largeur et de hauteur à la fin de l'inscription s'appliquent à l'objet donné
par Mithres aux déesses mères. — Allondaz, cant. et arrond. d'Albertville (Savoie).
2. Allmer, III, p. 294. Incomplète du côté droit et par en bas; haut. 0,50, larg. 0,38.
Saint-Innocent, commune de Brison-Saint- Innocent, cant. d'Aix-les-Bains, arr. de Cham-
béry (Savoie) ; il y existe une grotte des fées.
3. Allmer, III, p. 262. Mommsen, n"7i.
4. Allmer, t. III, p. 421. Belley, chef-lieu de l'Ain.
Les Dieux de la cité des Allobroges. 53
unes sont des actes de dévotion (nos 1, 5, 6, 7, 8) ; les autres rappellent
l'érection 'n05 2 et 4 et la restauration (n° 5] de sanctuaires.
A Saint-Romain-en-Gal, le souvenir des Matrae se retrouve dans une
légende attachée à un curieux monument de la nature situé à très peu de
distance de l'église de Saint-Romain, du côté du nord, et appelé le
Puits des fées ou le Fort des Fées. Chorier en donne ainsi la description :
« Sur un petit rocher qui regarde le Rhône auprès de Saint-Romain
sont trois creux ronds que la nature seule a formés, quoiqu'il semble
d'abord que l'art y a travaillé après elle. On dit qu'ils étaient autrefois
fréquentés par les fées ; qu'ils étaient remplis d'eau quand il leur plaisait
et qu'elles y venaient prendre souvent le plaisir du bain ; car on feint
que toutes ces fées n'avaient pas de plus charmante volupté que
celle-là '. »
L'inscription de Grenoble transcrite sous le n° 5 donne aux mères
l'épithète Nemetiales, qui appartient sans aucun doute au dialecte natio-
nal. Cet adjectif dérive en effet du mot nemetum qui forme plusieurs
noms de lieux celtiques, A ugusto nemetum , Vernemetum, Casinemetum,
Nemetacum, etc., et quelques noms d'hommes, Nemetocena, Nimet, Ne-
meoid, Neimhead, etc. Le terme Nemetialibus serait-il la traduction gau-
loise du latin augustis 2 ?
Sur l'inscription d'Aoste n° 6 , l'expression ex stipe annua denariorum
XXXV... (du produit des collectes d'une année s'élevant à 35 deniers ï]
donne l'idée d'un sanctuaire d'une simplicité toute rustique ; l'inscription
n'est pas complète ; il faut peut-être ajouter ET Donis, bien nécessaire
pour subvenir à l'insuffisance de la somme recueillie. D'après des monu-
ments épigraphiques du musée de Lyon, on faisait en l'honneur des
divinités gauloises devenues des Lares une collecte annuelle, annua stips,
pour en assurer le culte 4.
La forme barbare Mairabus ou Matrabus employée sur l'inscription de
Belley (n° 10), et qu'on rencontre dans d'autres inscriptions gallo-
romaines, est sans doute provenue d'une latinisation du Matrebo gaulois
1. Rech. sur les antiq. de la ville de Vienne, p. 183.
2. Pictet, Orig. indo-europ., t. II, p. 691. Ess. sur quelq. insc. en lang. gaul., p. 25.
Rev. celt., II, p. 5, III, p. 303. La déesse Nemetana en Grande-Bretagne, id. — D'après
Fortunatus 'carmen, 1, 9), Vernemetis, ancien nom du lieu où Léonce, évêque de Bor-
deaux, érigea une église, signifiait en gaulois fanum ingens. Ce mot se retrouve dans
l'ancien irl. nemed, S3ce!lum, dérivé de nem, ciel, en irl. moderne neamdhah, céleste, divin,
de neamh. Semet était le nom armoricain d'une forêt sans doute anciennement consacrée.
Pictet, eod. loc. — Sur une inscription de Vaison en langue gauloise, mais avec des
caractères grecs, on trouve NEMHTON. Div. md. du Vocontium, p. 58.
3 . 3 $ deniers équivalaient, à l'époque à laquelle paraît appartenir cette inscription , à
140 sesterces, soit 28 francs de notre monnaie. Allmer, ibid.
4. De Boissieu, toc. citât., p. 9 et 18; voy. Rev. arch. 187s. t. XXIX, p. 34.
Rev. Celt. IV }
34 Les Dieux de la cité des Allobroges.
qui figure sur le célèbre monument de Nîmes ; le nom Deabus a la même
origine '•.
D'autres inscriptions de la cité des Allobroges font connaître des divi-
nités inférieures qui me paraissent analogues aux Mères, ce sont les
Comedovae, les Dominae et les Virgines2.
COMEDOVAE. Sur une tablette carrée sans ornements trouvée à Aix-
les-Bains et emportée en Piémont en 1838 par M. le marquis d'Aix :
COMEDOVIS
AVGVSTIS
M • HELVIVS SEVERI
FIL • 1VVENTIVS
EX VOTO
Comedovis Augustis, Marcus Helvius Severi filius Iuventius ex voîo 3.
DOMINAE. — Sur une tablette engagée dans le mur du cimetière de
Saint-Innocent du côté du chemin :
DOMINIS
EXS VOTO-S-L-M
M • CARMINIVS MAGN
PRO SALVTE SVA ■ ET
SVORVM
Dominis, exs voto solvit libens meriîo Marcus Carminius Magnus pro saluîe
sua et suorum 4.
VIRGINES. — A Saint-Romain-en-Gal, dans un cartouche ovale sur
une colonne brisée par en haut :
SANCTI S
VIRSINIDVS
SAP • AVIDVS
CAMPAN A
POSVERVNT
Sanctis Virginibus, sacrum (/) Avitus (et) Campana posuerunt s.
1. Pictet, Nouv. ess. sur les inscr. gaul., p. 54 et s. Le datif abus est fréquent dans
les inscriptions consacrées aux mères, aufaniabus, gabiabus, Vedantiabus, etc.
2. Ces divinités faisaient partie du culte des lares, comme l'indique l'épithète augustae
que leur donnent les inscriptions suivantes.
3. Allmer, eod. loc, III, p. 307.
4. Allmer, III, 294; h. 0,44, 1. 0,55. — Les points sont figurés par des feuilles cor-
diformes, l'M et l'A de Magnus forment un monogramme, XS pour X est un archaïsme
assez fréquent dans l'antiquité. — V. sur une inscription de Grenoble, Allmer, III, 165.
5. Allmer, II, p. 452. — La correction Virginibus a été déjà reconnue. M. Allmer
Les Dieux de la cité des Allobroges. $ c
Les Comedovae figurent sur une inscription découverte près de Co-
logne ' ; leur nom appartient au dialecte national.
Les Dominae sont plus particulièrement les ancêtres des Dames du
moyen âge ; l'ex-voto de Magnus permet de les considérer comme des
génies protecteurs de la famille. Orelli cite une inscription portant fanum
Dominarum 2.
Dans la mythologie latine, le nom de Virgines est donné aux Parques,
aux Furies, aux Heures, aux Nymphes, aux Fontaines. Il est souvent
question dans les actes des frères Arvales de Virgines divae. Les sancta
Virgines de l'inscription de Saint-Romain-en-Gal se rattachent très vrai-
semblablement aux déesses Mères ; peut-être les expressions Dominae et
Virgines sont-elles des synonymes de Matrae : j'ai signalé plus haut le
Puits des fées, situé à très peu de distance de l'église de Saint-Romain-
en-Gal ?.
Ainsi je crois qu'il faut classer les Comedovae. les Dominae et les Vir-
gines parmi les divinités champêtres et leur attribuer un caractère iden-
tique à celui des Mères.
Telles sont les divinités de la cité des Allobroges que des inscriptions
gallo-romaines ont sauvées de l'oubli. Elles peuvent se partager en deux
classes : i° les dieux nationaux Bormo, Caturix, Segomo, Sucellus, Ma-
trae, Domina,, Comedov£, tic] dont le culte n'était point restreinte cette
contrée ; 20 les dieux indigètes Athubodua, Baginates, Virotutes, Vintius,
etc. , dieux secondaires qui paraissent particuliers à une localité ou à
une région. Cette division ne saurait être absolue, car elle pourrait être
modifiée par la découverte d'autres monuments.
Le culte de ces divinités est inconnu, leur caractère incertain malgré
le secours puissant de la linguistique, car les inscriptions ne mentionnent
que leurs noms. Il n'est pas sans intérêt de faire remarquer que la plu-
part des monuments épigraphiques que j'ai reproduits ont été découverts
dans des lieux religieux églises, cimetières, etc.. . c'est-à-dire aux
endroits mêmes où s'élevaient autrefois les sanctuaires 4.
propose avec raison celles de SACr et d'AVITVS ; ce sont d'évidentes fautes de transcrip-
tion.
1. Brambach, 469. — D'après M. le général Creuly, l'inscription de Cologne doit
être lue Comedovibus et non Comednnibus, comme on l'a fait, Rev. Celt. II. p. 295. Je
ne connais pas d'autre inscription aux Comedovae.
2. 4260. Orelli ajoute : eaedem quae aliàs Matres. Matronae; on trouve aussi domina-
bus. Sur le datif abus, voir ce qui précède.
3. Je n'ai trouvé aucun texte épigraphique mentionnant des Virgines dans cette accep-
tion.
4. En vertu de dispositions légales, le christianisme s'appropria dans la deuxième
moitié du iv* siècle tous les sanctuaires de l'empire, et plus d'un dieu gaulois entra dans
3 6 Les Dieux de la cité des Allobroges.
Je n'ai nullement l'intention d'avoir définitivement résolu les questions
soulevées par les inscriptions relatives aux dieux de la Gaule ; c'est un
modeste tribut que je suis heureux de pouvoir apporter à la restitution
du Panthéon gaulois. Je me tiendrai pour satisfait si ce travail provoque
de nouvelles recherches et conduit ainsi à des résultats de plus en plus
certains.
Florian Vallentin.
Grenoble, mars 1879.
l'empyrée chrétien. Les rites et les usages se sont conservés et ont résisté. Les vogues,
les fêtes patronales , les feux de Genièvre (le Ier janvier), des brandons, de Saint-Jean,
la fête des laboureurs, le jugement de Carême-Entrant, la fin des veillées, les mayanches,
les arbres-mais, les reines de mai, les couronnes de fleurs mises sur les fontaines, les
processions pour la pluie, les dévotions des gens celibes ou orbi à certaines chapelles et
bien d'autres coutumes de l'ancienne Allobrogie encore en usage, sont les vestiges du culte
national des Allobroges.
COMMENT LE DRUIDISME
A DISPARU.
Deux textes anciens, l'un de Pline, l'autre de Suétone, semblent indi-
quer que la religion druidique aurait été absolument détruite par l'auto-
rité romaine, et cela dès le règne de Tibère et celui de Claude. Nous
lisons dans Pline : le principat de Tibère fit disparaître les druides,
Tiberii Cssaris principatus sustulii druidas ■ . De son côté Suétone écrit :
druidarum religionem Claudius penitus abolevit, phrase que l'on traduit
généralement ainsi : Claude abolit entièrement la religion des druides2.
Au premier abord, ces deux phrases sont d'une parfaite clarté et d'une
grande énergie. Elles donnent tout de suite l'idée d'une destruction com-
plète. Remarquons bien, en effet, les deux mots sustulit, abolevit. Les
deux écrivains ne nous disent pas seulement que le prince ait prononcé
une interdiction, qu'il ait lancé une loi, suivie ou non de succès. Ils par-
lent d'un fait accompli, d'une disparition totale. Il semble donc qu'il n'y
eut plus de druides à partir de Tibère, plus de religion druidique à par-
tir de Claude.
Pourtant, si l'on continue à observer les textes et les faits de l'his-
toire, on est saisi par un scrupule et par un doute. En effet, ces mêmes
druides que Tibère aurait « fait disparaître », cette même religion que
Claude aurait « effacée », nous les retrouvons encore debout aux époques
suivantes. Ainsi, Pline lui-même dans un autre passage montre les
druides existant encore et présidant aux cérémonies religieuses à l'époque
où il écrivait, c'est-à-dire au temps de Vespasien. Il décrit les rites avec
lesquels ils cueillent le gui du chêne. « Les druides n'ont rien, dit-il,
qui leur soit plus sacré, et ils emploient cette plante dans leurs plus
grands sacrifices ; la recherche du gui se fait le sixième jour de la lune,
qui est pour eux le commencement du mois et de l'année ; quand ils
i. Pline, Hist. nat., XXX, 4, 13.
2. Suétone, Claude, 25.
}8 Comment le Druidisme a disparu.
l'ont trouvé, ils font un sacrifice et un repas religieux au pied de l'arbre ;
un prêtre vêtu de blanc coupe le gui avec une serpe d'or, puis on immole
deux taureaux blancs en prononçant des prières1. » Pline décrit cette
cérémonie comme étant pratiquée au moment où il parle ; tous les verbes
qu'il emploie sont au temps présent, et il ne paraît pas se douter que les
druides et leurs pratiques aient été supprimés sous l'un des règnes précé-
dents. Ailleurs, il rapporte la croyance des druides à la vertu magique
de « l'œuf de serpent » , et c'est encore au temps présent qu'il s'exprime 2 .
Les druides ont si peu disparu que Tacite mentionne leur action dans les
troubles qui agitèrent la Gaule à l'avènement de Vespasien ; profitant du
désordre de l'empire déchiré par des compétiteurs, « les druides répan-
daient des prédictions mensongères, qui annonçaient la chute de Rome
et l'empire passant aux nations transalpines i. » Et ce qui est digne d'at-
tention ici, c'est que Tacite ne saisit pas cette occasion pour nous dire
que les druides eussent été proscrits antérieurement et que leur existence
fût contraire aux lois de l'empire.
Voilà donc une contradiction au moins apparente. D'une part, Pline
et Tacite nous montrent les druides vivant et agissant sous Vespasien ;
et d'autre part Pline et Suétone nous disent que ces druides ont cessé
d'être sous Tibère. En présence de ce désaccord, on est amené à se
demander s'il est bien vrai que, dans les deux phrases que nous avons
citées d'abord, Pline et Suétone aient voulu parler de la disparition des
druides. Reprenons donc ces deux textes ; examinons-les de plus près et
dans leur intégrité. Tous ceux qui lisent, savent que le vrai sens d'une
phrase, c'est-à-dire la pensée que l'auteur avait dans l'esprit en l'écri-
vant, n'est déterminé que par les phrases qui précèdent et qui suivent,
c'est-à-dire par le contexte.
Pline, dans toute la partie du XXXe livre où se trouve le passage
allégué, traite de la magie et de ce qu'il appelle les impostures des magi-
ciens, magicœ vanitates. « Nous allons dévoiler, dit-il, les mensonges de
la magie ; elle est à la fois ce qu'il y a de plus faux et ce qui a le plus
régné dans le monde. On ne s'étonnera pas de l'empire qu'elle s'est
acquis, si l'on songe qu'elle a embrassé et confondu en elle les trois choses
les plus puissantes sur l'esprit humain, la médecine, la crainte des dieux
et le désir de connaître l'avenir. C'est en Orient qu'elle est née, chez les
plus anciens Perses. On la trouve ensuite en Grèce. Elle a existé aussi
i. Pline, Hist. nat., XVI, 95, 249-251.
2. Pline, ibid., XXIX, 12, 52.
3. Tacite, Hist., IV, 54 : Possessionem rerum humanarum transalpinis gentibus por-
tendi superstitione vana druidae canebant.
Comment le Druidisme a disparu. 39
en Italie ; on en voit des traces dans nos lois des XII tables et dans
d'autres documents; ce n'est même qu'en l'an 657 de Rome qu'un
sénatus-consulte a interdit d'immoler des victimes humaines, ce qui
prouve que jusqu'à cette époque on faisait cet horrible sacrifice. » Nous
voyons déjà par ce commencement dans quelle direction se meut la pen-
sée de Pline ; son esprit a en vue cette sorte de magie qui ne se con-
tente pas de prédictions inoffensives, qui ne s'arrête même pas aux
incantations et aux sortilèges, mais qui va jusqu'à l'immolation de
l'homme. Il indique les trois objets de cette magie, qui sont la méde-
cine, la crainte des dieux et la divination ; elle immole un homme pour
guérir un autre homme ; elle immole pour apaiser la divinité; elle immole
encore pour deviner l'avenir dans les entrailles du mourant. Tel est
l'ordre des idées de Pline ; il continue : « Cette magie a aussi possédé
les Gaules, et même jusqu'à un temps voisin de nous. » Arrêtons-nous
encore ici un moment pour remarquer que cette assertion de Pline en ce
qui concerne la Gaule est confirmée de tous points par César et par
Tacite. Pour ce qui concerne la médecine, César écrit que « lorsqu'un
personnage est atteint d'une maladie grave, il immole pour victime un
autre homme ; ce sont les druides qui président à l'immolation ; ils pen-
sent qu'on ne peut racheter la vie d'un homme que par la vie d'un autre
homme1. » S'agissait-il de plaire aux dieux ou de les apaiser, c'était
encore des hommes qu'on sacrifiait 2. Enfin, pour ce qui est de la divi-
nation, Tacite nous dit que les druides « consultaient les dieux dans les
entrailles palpitantes des hommes?. » On comprend que de telles pra-
tiques appliquées à la médecine, à la religion et à la divination, ne fussent
pas du goût des Romains ; aussi Pline dit-il : « Cette magie a possédé
les Gaules jusqu'à un temps dont nous nous souvenons ; c'est seulement
sous le principat de Tibère qu'un sénatus-consulte a fait disparaître leurs
druides et toute cette tourbe de mages-médecins 4. »
Assurément, quand nous lisons ce chapitre entier, notre impression
n'est plus la même que quand nous avions sous les yeux ces deux seuls
1. César, VI, 16 : Qui sunt affecti gravioribus morbis, aut pro victimis hommes immo-
lant, aut se immolaturos vovent, administris que ad ea sacrificia druidibus utuntur ; quod
pro vita hominis nisi hominis vita reddatur, non posse deorum numen placari arbi-
trantur.
2. Justin, XXVI, 2 : Sperantes deorum minas expiari caede suorum, conjuges et libe-
ros suos trucidant. — Pomponius Mêla, 111, 2 : superstitiosi adeo ut hominem optimam
et gratissimam diis victimam codèrent.
3. Tacite, Annales, XIV, 30 : Hominum fibris consulere deos fas habebant.
4. Pline, XXX, 4, 13 : Gallias utique possedit, et quidem ad nostram memoriam ;
namque Tiberii Caesaris principatus sustulit druidas eorum et hoc genus vatum medico-
rumque per senatus-consukum.
40 Comment le Druidisme a disparu.
mots sustulit druidas. A voir ces deux mots isolés, nous pouvions suppo-
ser que Pline songeait à l'interdiction d'un culte ; le chapitre entier nous
montre qu'il avait seulement dans sa pensée l'interdiction de la sorcelle-
rie, surtout quand cette sorcellerie allait jusqu'à immoler des hommes
pour guérir des malades ou pour deviner l'avenir. La Gaule « était pos-
sédée » de cette imposture avant César ; elle en fut débarrassée sous
Tibère. Voilà ce que dit Pline. Sa pensée n'est pas que Rome ait pros-
crit une croyance religieuse, qu'elle ait interdit un culte, qu'elle ait sup-
primé des prêtres. Il ne songe qu'à une chose, c'est qu'un sénatus-con-
sulte a délivré la Gaule d'une horrible pratique. Ce qui prouve bien que
telle est sa pensée, c'est la phrase qu'il écrit immédiatement après : « Il
n'y a plus aujourd'hui que l'île de Bretagne qui use de ces pratiques de
magie ; aussi ne saurait-on estimer assez haut ce que l'on doit aux Ro-
mains pour avoir fait disparaître une monstruosité dans laquelle c'était
un acte de religion d'immoler un homme et un remède efficace d'en
manger la chair ' . » Telle est la page écrite par Pline ; il fallait la lire
tout entière pour voir sa véritable pensée et pour comprendre ce qu'il
entendait par ces mots sustulit druidas.
Le passage de Suétone est plus court : raison de plus pour n'en sup-
primer aucun mot. Druidarum religionem dins, immanitatis et tantum civibus
sub Augusto interdictam Claudius penitus abolevit. Les deux mots dir& im-
manitatis me paraissent dignes d'attention ; ils marquent sur quel point
se fixe la pensée de Suétone. En parlant ici des druides, il ne songe ni
à leurs dieux ni à leur doctrine sur l'âme ; son esprit ne voit qu'une
cruelle barbarie, dira immanitas. Pour avoir le sens de cette expression
de Suétone, il faut la rapprocher de celle de Lucain : Immitis placatur
sanguine diro Teutates2, ou de celle-ci de Tacite : luci s&vis superstitioni-
bus sacri, nam cruore adolere aras fas habebanti. Toutes ces expressions
désignent les sacrifices humains que César avait déjà décrits, et en écri-
vant les mots religio dir<z immanitatis, Suétone n'a pas en vue autre chose.
Il faut d'ailleurs prendre garde au sens que le mot religio présentait à
l'esprit d'un Romain ; on le traduirait très inexactement par notre mot
religion ; il se disait de toute pratique qui était ordonnée par les dieux
ou qui avait pour but de leur plaire et surtout de les apaiser 4. Je tradui-
i. Id., ibid. : Nec satis aestimari potest quantum Romanis debeatur qui sustulere mons-
tra in quibus hominum occidere religiosissimum erat, mandi vero etiam saluberrimum.
2. Lucain, Pharsale, I, 445 ; cf. III, 404 : Structae diris altaribus arae.
3. Tacite, Ann., XIV, 30.
4. Ainsi pour ne citer qu'un exemple entre cent, nous voyons dans Virgile, dont la
langue est toujours si précise, les Troyens demander, à la vue du cheval de bois, qu<e
religio aut qu£ machina belli f Est-ce un objet dont la construction a été ordonnée par
Comment le Druidisme a disparu. 41
rais donc la phrase de Suétone de cette façon : La pratique religieuse
des druides, la cruauté des sacrifices humains avait déjà été interdite par
Auguste aux citoyens romains, Claude l'interdit à tous et la fit disparaître.
Il ne me semble pas que Suétone ait voulu dire autre chose.
Si l'on comprend de cette manière le chapitre de Pline et la phrase de
Suétone, ils ne sont plus en contradiction avec les autres passages de
Pline et celui de Tacite qui nous montrent encore des druides au temps
de Vespasien. Ils se trouvent surtout en parfait accord avec trois autres
textes qui se rapportent aux mêmes faits. Strabon, qui écrivait au temps
de Tibère, dit, non pas que Rome ait interdit le culte et supprimé les
druides, mais « qu'elle a fait disparaître ce qui, dans leurs pratiques
sacrées et dans leur divination, était en opposition avec les mœurs
romaines ' ; » et pour préciser sa pensée il ajoute aussitôt « qu'aupara-
vant les druides égorgeaient un homme et prédisaient l'avenir d'après la
nature de ses convulsions. » — Aurélius Victor n'a sans doute pas une
grande autorité ; encore peut-on noter que cet abréviateur n'avait proba-
blement pas vu dans les livres que Claude eût supprimé les druides et le
culte, puisqu'il dit seulement qu'il supprima « les infâmes pratiques des
druides2 ». — Pomponius Mêla est un témoin ; il a écrit au temps de
Claude ; or, non-seulement il ne nous dit pas qu'on ait supprimé le drui-
disme, mais après avoir mentionné l'abolition des sacrifices humains, il
ajoute qu'on permet encore d'en faire au moins le simulacre ; on ne va
plus, dit-il, jusqu'à immoler des hommes ; mais il y a encore des hommes
qui sont désignés pour être victimes, on les approche des autels, on fait
mine de les frapper, et par quelque piqûre on fait couler des gouttes de
leur sang?. Ainsi le culte subsiste, et toutes les cérémonies restent per-
mises, pourvu que l'on n'aille pas jusqu'à mort d'homme.
En résumé, voilà trois textes de Strabon, de Pomponius Mêla, et
d'Aurélius Victor, qui marquent très clairement l'abolition des sacrifices
humains et non celle des druides. Deux textes de Pline et de Suétone
les dieux, un objet voué à la divinité, ou bien est-ce un instrument de guerre l — Ainsi
encore, César dit en parlant des Gaulois, natio admodum dedita religionibus : il ne veut
pas dire que les Gaulois aient un sentiment religieux plus profond oa plus élevé que les
autres races, mais qu'ils se livrent aux pratiques les pius minutieuses du culte. De même
il dit des druides (VI, 13) : religiones interpretantur, ce qui ne signifie pas qu'ils fussent
des théologiens expliquant les dogmes, mais qu'ils expliquaient quelles pratiques étaient
ordonnées par les dieux.
1. Strabon, IV, 4, 5, éd. Didot, p. 164.
2. Aurélius Victor, De Caesaribus, 4 : Compressa; per Galliam druidarum famosae
superstitiones.
3. Pomponius Mêla, III, 2 : Gentes superstitiosae , aliquando etiam immanes adeo ut
hominem optimam et gratissimam diis victimam caederent ; manent vestigia feritatis jam
abolitae, atque, ut ab ultimis caedibus tempérant, ita nihilominus, ubi devotos altaribus
admovere, delibant.
42 Comment le Druidisme a disparu.
nous paraissent devoir être compris dans le même sens. Enfin trois autres
textes de Pline et de Tacite nous montrent les druides subsistant sous
Vespasien. Tous ces écrivains nous semblent d'accord entre eux ; ce qui
a été aboli par l'autorité romaine, ce n'est pas le culte, ce ne sont pas
les prêtres, c'est seulement l'immolation de l'être humain. Sur ce point,
la suppression a été complète, et les termes sustulit et abolevit dont se
servaient Pline et Suétone, n'ont rien d'exagéré. L'histoire ne contient
plus la trace d'aucun sacrifice humain en Gaule. Les lois impériales ont
été parfaitement exécutées.
Quant à une persécution du druidisme. il n'y a aucun texte qui en
parle. On a dit. il est vrai, que la politique romaine n'avait pas pu man-
quer d'être hostile à un ordre sacerdotal qui représentait l'esprit d'indé-
pendance de la Gaule. Mais ces raisonnements à priori ont peu de valeur.
Pour que celui-ci eût quelque justesse, il faudrait démontrer d'abord que
les druides étaient particulièrement ennemis des Romains. Or, durant
les années de la conquête, César n'indique jamais qu'ils se soient fait
remarquer par l'ardeur de leur patriotisme ; nulle part il ne les présente
comme les chefs du parti national ; il ne leur attribue aucune action
dans les luttes que la Gaule a soutenues ; il n'a jamais vu dans les révoltes
ni leur main ni leur inspiration. Après la conquête, aucun écrivain ne
les signale comme des hommes de résistance. Il y a eu plusieurs révoltes
en Gaule ; ils n'y figurent jamais. Tacite dit bien que, dans un moment
de trouble général, ces devins ayant appris l'incendie du Capitole, préten-
dirent que c'était le signe de la colère des dieux contre Rome ; ils ajou-
tèrent même que l'empire allait passer sans nul doute à des nations trans-
alpines '. Mais il y a loin de ces « vaines prédictions » à une révolte
effective. Or Tacite ne dit nulle part qu'ils se soient révoltés ou qu'ils
aient réveillé l'esprit d'indépendance chez leurs compatriotes. Quant au
paysan Marie qui s'arma contre les Romains, rien ne nous dit qu'il fût
un druide 1. Remarquons que dans ses récits des soulèvements de la
Gaule, Tacite n'a pas un mot sur la religion du pays ; il dit que les Gau-
lois étaient mécontents des impôts et du service militaire; il ne rapporte
pas que la religion ait été pour quelque chose dans leur révolte. Présen-
ter le druidisme comme le champion opiniâtre et invaincu de la liberté
gauloise est une hypothèse qui concorde bien avec l'ensemble des idées
que les modernes se sont faites sur ce sujet, mais une hypothèse qu'au-
i. Tacite, Hist., IV, 54 : Fatali nunc igné signum caelestis irae datum, et possessionem
rerum hurr.anarum gentibus transalpinis portendi superstitione vana druidae canebant.
2. Tacite, Hist., II, 61.
Comment le Druidisme a disparu. 4;
cun texte n'appuie et à laquelle aucun auteur ancien n'a pensé :. Nous
ne voyons donc pas de raisons suffisantes pour supposer à priori que
Rome ait dû exercer des rigueurs contre les druides, alors que les docu-
ments ne contiennent aucun indice de ces rigueurs.
Il n'est fait mention d'aucune condamnation à mort contre les druides
ou contre leurs sectateurs. On a allégué, d'après une phrase de Pline,
qu'un Gaulois avait été mis à mort parce qu'on l'avait trouvé en posses-
sion d'un objet du culte druidique, d'un « œuf de serpent 2 ; » mais si
l'on se reporte au passage de Pline, on voit qu'il s'agit d'un citoyen
romain, même d'un chevalier romain, qui avait un procès et qui
avait imaginé de se munir d'un talisman connu pour faire gagner tous
les procès, c'est-à-dire d'un « œuf de serpent ; » il portait cet objet sur
lui, devant le tribunal, in Vite; mais « ce talisman lui servit si peu qu'il
fut au contraire condamné à mort. » Pline donne à entendre que sa
cause n'était peut-être pas si mauvaise qu'il méritât une peine aussi
sévère ; mais le juge, qui était précisément l'empereur Claude, le punit
surtout pour avoir employé un talisman en justice, c'est-à-dire pour
avoir essayé de le tromper. Mais Pline ne dit nullement que cet homme
fut mis à mort parce qu'il croyait aux dieux gaulois; il ne dit même pas
s'il y croyait. On ne peut donc pas voir dans cette sentence de Claude
l'indice d'une persécution contre la religion gauloise >.
La meilleure preuve que les druides ne furent ni persécutés ni suppri-
més, c'est que nous les voyons durer pendant presque tout l'empire
romain, et même sans se cacher. Je ne sais s'il faut faire beaucoup de
fond sur une inscription où l'on croit lire qu'une druidesse, druis antistita,
a élevé un monument sacré pour obéir à un songe 4 ; mais nous avons
d'autres documents. Lampridius, dans la vie d'Alexandre Sévère, rap-
1. Michelet dit que a la lutte du druidisme ne peut être étrangère au soulèvement des
Gaules, quoique l'histoire lui donne pour cause le poids des impôts. » La seule raison
qu'il donne est qu'un des révoltés s'appelait Julius Sacrovir a et le nom de Sacrovir n'est
peut-être qu'une traduction du mot druide. » Ce n'est pas avec de pareils raisonnements
que l'on fait la science historique.
2. Am. Thierry, Hist. des Gaulois, t. III, p. 285, éd. de 1844 : « Des lois barbares
défendirent sous peine de mort tous les signes qui appartenaient à cette croyance, et un
chevalier romain du pays des Voconces fut livré aux bourreaux parce qu'on découvrit sur
lui ce talisman druidique appelé œuf de serpent. » On ne trouve dans les documents
aucune trace d'une seule de « ces lois barbares » dont parle l'historien. On ne voit pas
non plus où il est dit que « Claude ait frappé de proscription les druides et en ait fait
périr un grand nombre. »
3. Pline, Hist. nat., XXIX, 3, 54 : Vidi equidem id ovum... ad victorias litium mire
laudatur, tantae vanitatis ut habentem id in lite in sinu equitem romanum e Vocuntiis a
divo Claudio principe interemptum non ob aliud sciam.
4. L'inscription est dans Orelli, n" 2200, qui l'a prise dans Gruter; mais l'original
est perdu, et il y a de bonnes raisons pour douter de l'authenticité ; la lecture du mot
druis est suspecte; voy. Ch. Robert, Epigraphie gallo-romaine de la Moselle, p. 89.
44 Comment le Druidisme a disparu.
porte que la mort de cet empereur lui fut prédite par une druidesse qui
cria sur son passage : Défie-toi de tes soldats'. Un autre historien,
Vopiscus, dit qu'Aurélien consulta les druidesses gauloises 2. Il raconte
encore que Dioclétien, n'étant encore que soldat, vivait à Tongres dans
une sorte d'auberge tenue par une druidesse qui lui prédit qu'il serait
empereur 3. Ce qu'il y a de curieux dans ces anecdotes, ce ne sont pas
les prédictions, — tout le monde en faisait en ce temps-là, — mais c'est
l'existence persistante des druidesses qui suppose bien aussi l'existence
de quelques druides. Allons encore plus loin; voici, au ive siècle, Ausone
qui écrit des vers à la louange des professeurs de l'école de Bordeaux ;
or, deux d'entre eux appartiennent à des familles druidiques. L'un,
nommé Patéra, est né à Bayeux, sîirpe druidarum satus, d'une famille
vouée au culte de Bélen4 ; l'autre, le vieux Phébicius, est né dans l'Ar-
morique, stirpe satus druidàm, et il a été d'abord attaché au culte de
Bélen, Bcleni xdituus l . On aurait tort assurément de serrer de trop près
ces lignes d'Ausone, de les prendre trop à la lettre, et surtout d'en con-
clure qu'il existât encore un sacerdoce druidique organisé. J'en tirerais
plutôt la conclusion opposée; car ce Phébicius, parait-il. avait tiré si peu
d'argent et d'honneur de sa qualité de prêtre de Bélen qu'il avait échangé
son sacerdoce contre une chaire à Bordeaux. Encore faut-il que le nom
des druides n'ait été ni proscrit ni méprisé, pour qu'Ausone, le fidèle
observateur des moindres lois impériales, loue deux de ses maîtres d'ap-
partenir à des familles druidiques ; assurément, on a le droit de conclure
de là que le nom de druide n'était pas une injure.
Il y a pourtant quelque chose que la conquête romaine a supprimé
dans le druidisme, c'est l'unité d'organisation et la hiérarchie. Avant
César, les druides tenaient des assemblées régulières, périodiques, où ils
se réunissaient de tous les points de la Gaule6 ; on n'aperçoit aucune de
ces assemblées après lui. César parle d'un chef suprême que les druides
se donnaient par élection et qui présidait au culte de la Gaule entière ;
après lui, ce chef suprême ne se retrouve plus. Or, si la Gaule avait
continué à élire un chef de sa religion, il est vraisemblable que l'histoire
ferait quelque mention d'un acte qui aurait été le plus important dans la
i. Lampridius, Alexander, 60 : Mulier dryas eunti exdamavit gallico sermone : vadas
nec victoriam speres nec te militi tuo credas.
2. Vopiscus, Aurélien, 44 : Gallicanas consultât dryadas.
3. Vopiscus, Carin et Numèrien, 14 : Diocletianus apud Tungros in Gallia in quadam
caupona... cum dryade quadam muliere rationem convictus sui faceret...
4. Ausone, prof essores, IV.
5. Ausone, professores, X.
6. César, VI, 13 : Hi certo anni tempore, in finibus Carnutum, considunt in loco
consecrato ; hue omnes undique conveniunt.
Comment le Druidisme a disparu. 45
vie des Gaulois, le plus fertile en incidents graves, et qui aurait certai-
nement éveillé l'attention des gouverneurs romains. Le silence absolu
des documents sur un pareil sujet nous parait suffisant pour croire que
les druides n'avaient plus ni assemblées ni chef suprême. Est-ce l'auto-
rité romaine qui a défendu ces réunions et renversé cette hiérarchie, ou
bien sont-elles tombées d'elles-mêmes et ont-elles disparu spontanément
au milieu de la transformation du pays, c'est ce qu'on ne saurait dire.
Les textes ne montrent ni un acte de Rome pour détruire ces institutions
ni un effort de la Gaule pour les conserver.
Rome a donc interdit certaines pratiques de magie, elle a défendu
absolument les sacrifices humains, elle a fait disparaître ou a laissé tom-
ber l'organisation druidique; voilà tout ce qu'on peut affirmer qu'elle ait
détruit. Quant à une persécution contre les croyances, à une interdiction
des cérémonies du culte, à des rigueurs contre les prêtres, il n'y en a
pas le moindre indice dans les documents.
Mais maintenant une autre question se présentée l'esprit. De ce que les
croyances n'ont pas été persécutées, il ne suit pas nécessairement qu'elles
n'aient pas disparu. De ce que quelques druides subsistent sous la domi-
nation romaine, il ne faut pas se hâter de conclure que le druidisme sub-
siste aussi. L'un n'entraîne pas l'autre. Il y a donc ici un nouveau pro-
blème, fort différent du précédent, et qu'il importe d'étudier à part.
Ce qui augmente la difficulté, c'est que ces croyances elles-mêmes
nous sont fort mal connues. Ceux qui passent leur vie à chercher la
vérité historique savent combien il est difficile de comprendre avec exac-
titude la pensée religieuse d'un peuple ancien. Apercevoir les traits exté-
rieurs, les rites, les formules, est chose assez facile ; mais il y a loin de
cette vue superficielle à la connaissance précise des idées qui ont eu vie
autrefois dans des âmes qui ne ressemblaient peut-être pas aux nôtres.
On connaît passablement les croyances des anciens Perses, parce qu'on
a une partie de leurs livres. On se fait une idée assez nette de la religion
de l'ancienne Egypte, parce qu'on possède ses inscriptions et son rituel.
Pour les Grecs et les Romains, nous avons, à défaut de leurs livres sacrés
qui sont perdus, un nombre incalculable de renseignements épars dans
toute leur littérature. Malgré cela, il reste encore beaucoup d'incertitudes ;
il est surtout une chance d'erreurs que nous devons reconnaître : nous ne
sommes jamais sûrs, quand nous avons sous les yeux des textes anciens
relatifs aux croyances des hommes, de posséder le rapport exact entre
46 Comment le Druidisme a disparu.
les mots et les idées; nous ne pouvons pas affirmer que telle expression
réponde précisément à telle croyance. Le mot Dieu, par exemple, et le
mot âme peuvent n'avoir pas présenté à l'esprit de ces anciens hommes
l'idée qu'ils présentent à notre esprit moderne ; et il en est de même des
mots religion, prière, sacrifice, vœu, serment, et de beaucoup d'autres.
Une autre cause d'erreur est que les opinions peuvent se modifier sans
que les mots changent, sans que les formules et les rites varient, en sorte
que les transformations les plus graves d'une religion peuvent nous
échapper. C'est assez dire combien il faut être réservé quand on parle
de la religion d'un peuple disparu, et combien il faut se réduire à citer
les textes qu'on a, sans y rien mêler de nos idées personnelles ou des
idées de notre temps.
Or, sur les vieilles croyances druidiques, nous ne possédons aucun
livre sacré, et notre unique renseignement à cet égard est qu'il n'en
existait pas '. Nous n'avons même pas d'inscriptions ; les quelques signes
qui sont marqués sur quelques pierres n'ont aucune signification cer-
taine, et c'est notre esprit seul qui croit y voir des symboles de croyances.
Aucune formule de prière, aucun chant réellement druidique n'est par-
venu jusqu'à nous. Des rites, nous ne connaissons que ceux qui se rap-
portent à la manière de cueillir le gui du chêne, et ils sont de même
nature que ceux qu'on rencontre dans toutes les religions. Des pratiques,
nous ne connaissons guère que les sacrifices humains, et nous ne pou-
vons pas affirmer qu'ils aient eu une autre signification que celle qu'ils
avaient chez tous les peuples barbares 2. Nous connaissons aussi leur
excommunication ; mais ce châtiment, qui consiste à éloigner un coupable
des cérémonies du culte, à l'exclure de la religion et en même temps de
1. César, VI, 14 : Neque fas existimant ea litteris mandare.
2. Les textes présentent ces sacrifices humains comme inspirés par 1a pensée d'apaiser
la colère des dieux. César, VI, 16 : quod pro vita hominis nisi hominis vita reddatur,
non posse deorum numen placari arbitranîur. Voyez un exemple curieux de cela dans
l'abréviateur de Trogue-Pompée : Sperantes deorum minas expiari cœdt suorum, conjuges
et liberos suos trucidant (Justin, XXVI, 2). — Les anciens Grecs aussi ont immolé des
victimes humaines pour apaiser la colère des dieux ou pour obtenir leur faveur ; voyez
la légende d'Iphigénie, et beaucoup d'autres exemples dans Plutarque, Questions grecques,
39 ; Pausanias, I, 5 ; IV, 9 ; VII, 19 : VIII, 2 ; IX, 8 ; X, 24 ; JElien, Hist var., XII,
28. — La même pensée que la divinité fût apaisée par l'immolation d'un homme ou se
fît payer sa faveur à ce prix, se retrouve chez les Romains ; voyez Tite-Live, XXII, 57:
Ad oraculum missus est sciscitatum quibus suppliciis deos possent placare... Gallus et
Galla, Grœcus et Greca in foro bovario sub terra vivi demissi sunt in locum saxo con-
septum, jam ante hostiis humanis imbutum. Cf. Pline, Hist. nat., XXX, 4, 12 : Anno demum
DCLV1I urbis senatus-consultum factum est ne homo immolaretur. L'idée antique est
exprimée par Virgile, II, 116 : Sanguine placastis ventos et virgine cœsa... animaque
liîandum Argolica. — A la même idée se rattache la pratique appelée devotio ; voyez
Preller, Rœmische Mythologie, VII, 2. Tacite remarque les mêmes usages chez les Ger-
mains : Mercurio humanis hostiis litare fas habent (Germ., 9).
Comment le Druidisme a disparu. 47
la société civile, n'est pas particulier aux Gaulois ; nous en trouvons
l'analogue chez les Grecs, chez les Romains, chez les Germains '. Il ne
nous est pas parvenu une seule légende dont nous puissions dire avec
certitude qu'elle soit gauloise, et surtout qu'elle soit druidique2. Quant
aux monuments, tels que dolmens et menhirs, ils ont ce grave incon-
vénient qu'on en rencontre de semblables dans tous les pays du monde,
jusqu'en Asie et jusqu'en Algérie, ce qui fait qu'on ne saurait y trouver
la clef des croyances propres aux Gaulois?.
Sont-ce les livres de l'Irlande et du pays de Galles qui nous diront ces
vieilles croyances ? Mais ces livres sont, par la date, plus rapprochés de
nous que des anciens druides ; ils sont postérieurs de beaucoup au chris-
tianisme, et aucun d'eux ne nous parle en termes précis de l'antique
religion gauloise. Il y a beaucoup de témérité à supposer que le
recueil connu sous le nom de Mystère des Bardes représente la doctrine
druidique ; car ce livre n'a paru qu'en 1794 et l'on n'a jamais pu mon-
trer un manuscrit ni un indice quelconque qui le rattache à une époque
ancienne. Peut-on, sur des textes dont la date est certainement récente,
dont l'origine est incertaine, dont le contenu est vague et obscur, dont
les termes sont d'une interprétation douteuse, prétendre qu'on ait retrouvé
une religion et des croyances d'il y a vingt siècles r
Qu'un homme paraisse et nous dise : voici une suite de sentences ;
c'est moi qui vous les présente le premier, mais elles ne sont pas de
moi, elles sont vieilles de vingt siècles et elles constituent une antique
doctrine religieuse ; il est vrai que je ne puis vous montrer dans l'his-
toire personne qui ait professé cette religion depuis quinze siècles, ni
dans les livres aucune ligne qui contienne le moindre indice de cette
doctrine ; mais il n'importe ; elle est très ancienne et je la tiens des
druides par une tradition non interrompue. Si l'on nous dit cela, sommes-
nous tenus d'y croire ? La critique historique est-elle obligée d'abdiquer
tous ses droits, de renoncer à toutes ses méthodes ? Et si l'histoire entre
dans cette voie, jusqu'où nous faudra-t-il aller ?
1. César, vi, 13: Sacrifiais interdicunt... neque iis petentibus jus redditur^ neque
honor ullus communicatur. Comparez l'àm|uai chez les Grecs : v'.yWyj.: -r: àrfopôcç
-/.a-. x&\ Upûv>&K!T£ -xr- x&xo6|ievov v./.r- Xafefr Lysias, in Andocidem, 24'; voyez
surtout Eschine, in Timarchum. 21 ; même chose à Sparte, Thucydide, V, 34: Plutarque,
Agésilas, 30. — Comparez chez les Romains Yinterdictio aqua et igni et Yinfamia. —
Les Germains, qui n'avaient pas de druides , connaissaient pourtant l'excommunication
avec ses effets religieux et civils : neque aut sacris adesse aut concilium inire ignominioso
fas est (Tacite, Germ., 6).
2. Peut-être l'érudition attentive de nos celtisants parviendra-t-elle à dégager quelques
légendes de cène nature ; mais les recherches ne font que commencer.
3. Voy. Alex. Bertrand, Archéologie celtique, pages 111-131, 148 et suiv.
48 Comment le Druidisme a disparu.
Un texte est publié en 1794, et la seule raison qu'on nous donne pour
nous prouver qu'il est antique, est que la doctrine était secrète et ne
pouvait pas être révélée; mais cette preuve aurait elle-même besoin
d'être prouvée. On n'a rien montré jusqu'ici qui indique que durant les
siècles du moyen âge il y eût un druidisme qui se cachait. Tous ces
pays étaient chrétiens, et l'on sait comme l'Église veillait. C'est une con-
jecture bien hardie que de penser qu'un druidisme ait pu durer à travers
cinquante générations chrétiennes. Que les bardes, poètes assez sembla-
bles à nos trouvères, aient eu entre eux de certains secrets professionnels
ou qu'ils aient prétendu en avoir, cela ne prouve pas que ces secrets
fussent ceux des druides ; n'oublions pas que ces bardes étaient chré-
tiens. Aussi ces triades du Mystère des bardes sont-elles chrétiennes par
bien des endroits ; tout ce qui n'y est pas chrétien ressemble fort à des
fantaisies demi-poétiques et demi-philosophiques. L'ancienneté de trois
ou quatre termes ne prouve pas nécessairement l'ancienneté du texte et
de la doctrine. Il n'y est pas parlé des anciens druides, et l'on n'aper-
çoit pas nettement par quel point de jonction elles se peuvent rattacher
à ce que l'on connaît du druidisme '.
C'est donc uniquement par le canal des écrivains grecs et latins que
nous savons quelque chose des croyances de l'ancienne Gaule. Trois
chapitres de César, quelques lignes de Diodore et de Strabon, quinze
vers de Lucain, et une assertion du grec Timagène reproduite par
Ammien Marcellin, voilà nos seuls documents. On ne voit pas qu'aucun
de ces écrivains ait fait une étude approfondie et vraiment scientifique
de la religion gauloise ; la plupart d'entre eux n'ont même jamais vu la
Gaule ; César lui-même ne nous assure pas qu'il ait conversé longue-
ment avec les druides et qu'il ait obtenu leurs secrets, au cas qu'ils en
eussent. Malgré cela, le peu que ces auteurs ont su est la mesure de ce
que nous pouvons savoir, et le plus sûr est encore de nous en tenir à ce
qu'ils disent sans y rien ajouter de nous2.
Or, il y a dans ce qui nous est dit de la religion gauloise deux
1. Pour l'opinion contraire à h nôtre, nous recommandons la lecture du beau travail
de M. H. Martin, dans ses Études d'archéologie celtique, p. 289 et suiv. Nous n'avons
nul besoin de protester de notre respect pour la science et la conscience de cet historien.
Sa méthode, que nous n'osons pas suivre, conduira peut-être quelque jour à la vérité.
Peut-être trouvera-t-on un jour des documents qui donneront raison à sa théorie ;
nous disons seulement que jusqu'ici cette théorie nous paraît manquer de preuves et
nous nous prononçons provisoirement pour une méthode plus rigoureuse. — Voyez d'ail-
leurs Leflocq, Études de mythologie celtique, 1869 ; Roget de Belloguet, le Génie Gaulois,
1868; Ferd. Walter, Alte Wales, 1859; de Valroger, Les Celtes, 1879 ; Gaidoz, Esquisse
de la religion des Gaulois, 1879, et Revue Celtique, t. I, p. 467.
2. Voyez sur ce sujet des vues très justes et très sages émises par M. Gaidoz dans son
Esquisse de la religion gauloise, 1879.
Comment le Druidisme a disparu. 49
éléments qu'il importe de distinguer, d'une part les noms et les attributs
des divinités, de l'autre les doctrines intimes que les druides possédaient
peut-être sur la nature divine et sur la nature humaine.
Sur les dieux gaulois, nos renseignements sont assez nombreux. Nous
avons d'abord un chapitre de César ; seulement il se trouve que César
désigne les divinités gauloises par des noms de divinités romaines ; les
druides ne l'avaient donc pas averti qu'il n'y eût rien de commun entre
les unes et les autres. Il les appelle Mercure, Jupiter, Apollon, Minerve,
Mars. Il fait plus : il reconnaît formellement dans ces dieux gaulois les
mêmes attributs que ceux des dieux de Rome. « Les Gaulois disent que
Mercure est l'inventeur des arts et le dieu du commerce, qu'Apollon
guérit les maladies, que Jupiter préside aux phénomènes célestes, que
Minerve enseigne les travaux et les arts, que Mars conduit la guerre '. »
Ils ont aussi une sorte de Pluton, un Dis Pater ', qui règne dans la nuit
infernale 2. César, qui est, de tous les anciens, celui qui a le moins
imparfaitement connu les Gaulois, affirme qu'il ne voit presque pas de
différence entre les idées qu'ils ont sur les dieux et celles des autres
peuples 3. Il ne paraît pas que la représentation des dieux par la figure
humaine fût interdite par leur religion 4.
D'autres documents nous font connaître les noms gaulois d'un assez
grand nombre de divinités. Les écrivains latins nomment Teutatès,
Hésus, Tarann s, Belen 6 et une sorte d'Hercule appelé Ogmios7. Outre
les divinités d'un caractère général, les Gaulois avaient, comme les
Grecs et les Romains, un nombre infini de dieux topiques qui étaient
attachés à un fleuve, à une montagne, à une ville. Les inscriptions de
l'époque romaine nomment souvent ces divinités locales, telles que Vosa-
gus, Arduinna, Borvo, Grannus, Nemausus, Luxovius et beaucoup
d'autres 8.
1. César, VI, 17 : Mercurium... inventorem artium ferunt. viarum atque itinerum
ducem ; hune ad questum mercaturasque habere vim maximam arbitrantur. .. Habent
opinionem Apollinem morbos depellere, Minervam operum atque artificiorum initia tra-
dere, Jovem imperium cœlestium tenere, Martem bella regere.
2. César, VI, 18 : Galli se omnes ab Dite Pâtre prognatos praedicant, idque ab Drui-
dibus proditum dicunt ; ob eam causam spatia temporis non numéro dierum sed noctium
finiunt. — Sur ce dieu de la mort, voyez d'Arbois de Jubainville, dans les Mémoires de
l'Académie de l'Aube, 1878.
3. César, VI, 17 : De his eamdem fere quam reliquiae gentes opinionem habent.
4. César, VI, 17 : Mercurii sunt plurima simulacra. Il est vrai que le mot simulacrum
ne désigne pas toujours formellement une statue ; mais Lucien, dans son petit traité inti-
tulé Hercule, dit que les Gaulois représentaient ce dieu sous la figure d'un vieillard.
5. Lucain, Pharsale, I, 445-446.
6. Hérodien, VIII, 3 ; Jules Capitolin, Maximin, 22.
7. Lucien, Préface ou Hercule.
8. Il n'est pas de notre sujet de décrire ce Panthéon gaulois. On trouvera de plus
Rev. Celt. IV a
5 o Comment le Druidisme a disparu.
La domination romaine a-t-elle détruit ce Panthéon gaulois ? On
n'aperçoit pas quel motif les Romains auraient eu pour proscrire des
dieux qui ressemblaient tant aux leurs. Aussi trouvons-nous une infinité
d'autels et d'images qui , au temps de l'empire , nous montrent ces
dieux toujours adorés. Rome a si peu proscrit les dieux gaulois, que nous
ne les connaissons que par l'époque romaine. On peut dire que, sans la
domination de Rome, nous ne saurions rien de ces dieux et que c'est
grâce à elle qu'ils ont laissé quelque souvenir et quelque trace. Mais il
est bon d'ajouter que, dans les textes de l'époque romaine, ces dieux
gaulois sont toujours présentés comme fort semblables aux dieux romains.
Ils sont souvent adorés sur les mêmes autels et reçoivent un culte ana-
logue. Les hommes associent Hésus à Jupiter et à Vulcain ' ; leur Bélen
est un Apollon 2, leur Bélisama est une Minerve. Les mêmes Gaulois qui
continuaient d'adorer leurs anciens Dieux, adoraient également Jupiter,
Diane, et même des divinités orientales comme Isis, Sérapis et Mithra.
Ainsi, nous apercevons bien la persistance des dieux gaulois, mais nous
n'apercevons pas la persistance d'une religion qui soit particulière à la
Gaule et qui soit différente de celle du reste de l'empire.
III.
Il reste à nous demander si, en dehors des dieux et du culte, une doc-
trine intime et secrète a subsisté. Mais il faudrait d'abord démontrer que
les druides, au temps de l'indépendance, aient possédé une doctrine
mystérieuse, profonde, supérieure aux opinions populaires, supérieure
aussi aux pratiques abominables et au culte grossier. Or, c'est là un point
qui n'a jamais été démontré. L'opinion que les druides avaient une doc-
trine secrète repose sur une phrase mal interprétée et inexactement citée
de César. On la cite ainsi : neque in vulgum disciplinam efferri volunt
Mais dans le texte il n'y a pas volunt, il y a velint, et ce subjonctif mérite
bien qu'on y prenne garde?. C'est que César n'affirme pas un fait, il
exprime une simple supposition de sa part. Après avoir rapporté que les
druides s'interdisent de mettre en écrit leurs chants sacrés, quoiqu'ils
amples détails dans Roget de Belloguet, le Génie gaulois ; Gaidoz, Esquisse de la religior,
gauloise ; de Valroger, Les Celtes.
i. Orelli, n" 1995.
2. Dans Jules Capitolin, Maximin, 22, le même dieu est appelé dans deux phrase;
consécutives Bélen et Apollo ; voyez d'ailleurs Hérodien, VIII, $, et deux inscription:
dans Orelli, n0' 1967 et 1968. Il faut faire toutefois cette réserve que l'assimilation d«
Bélen avec Apollon n'apparaît que dans des monuments d'Aquilée ; il y a là un motiî
de doute en ce qui concerne la Gaule.
3. César, VI, 14, éd. Fr. Kraner et Dittenberger, 1875, p. 249.
Comment le Druidisrne a disparu. 5 1
sachent écrire ', il se demande quelles sont les raisons de cette règle
qu'ils s'imposent, et il lui semble qu'il y en a deux : id mihi duabus
de causis instituisse videntur. « Il me parait vraisemblable, dit-il, qu'ils
aient eu deux raisons : l'une, qu'ils ne veuillent pas [non velinf) que cette
connaissance se répande dans la foule ; l'autre, qu'ils ne veuillent pas que
leurs élèves se fient à l'écriture et négligent la mémoire. » Ce sont là deux
explications que César présente, et il les donne comme des conjectures
personnelles. — On n'a pas non plus regardé d'assez près au sens du
mot disciplina qu'il emploie dans sa phrase. Il veut parler de la connais-
sance des vers et des chants sacrés, et ne songe nullement à la connais-
sance de dogmes particuliers2. Or, nous savons que, chez tous les
peuples anciens, les sacerdoces avaient grand soin de cacher les for-
mules, les chants sacrés, les rites, souvent même le nom des divinités,
afin de se réserver la possession de ces paroles puissantes et de ces
hymnes auxquels les dieux ne résistaient pas. Un esprit moderne, pour
qui toute religion est un ensemble de dogmes, suppose d'abord que les
druides cachaient une doctrine ; mais César, qui est accoutumé aux pen-
sées des anciens, remarque simplement qu'ils cachaient des vers. C'est
seulement dans les phrases suivantes qu'il arrive à parler des dogmes, et
ici il n'est plus question de secret : « ils veulent persuader à tous que l'âme
est immortelle, et ils veulent qu'on le croie pour que les hommes en
aient plus de courage 5. » Que les druides se soient réservé la connais-
sance de chants sacrés, de formules magiques, de règles augurales •*,
1. Id., ibid. : Neque fas esse existimant ea litteris mandare, cum in reliquis fere rébus
publias privatisque rationibus graecis litteris utantur.
2. Cela ressort manifestement du contexte : Magnum numeram versuum ediscere dicun-
tur. Itaque annos ncnnulli vicenos in disciplina permanent. Neque fas existimant ea lit-
teris mandare, id que mihi duabus de causis instituisse videntur, quod neque in vulgus
disciplinam efferri velint neque eos qui discunt litteris confisos memoriae minus studere.
Il est question en tout cela de vers et non pas de dogmes.
3. Un texte de Pomponius Mêla, III, 2, signale aussi des écoles druidiques qui auraient
été établies loin de la foule, clam, dans des cavernes ou des forêts ; mais on remarquera
que le géographe ne fait ici que reproduire en le paraphrasant le passage de César. D'ail-
leurs Pomponius Mêla se trompe gravement s'il se figure les druides comme des hommes
vivant loin du monde ; César les présente au contraire comme très mêlés au monde et
très avant dans la vie politique ; ils formaient une aristocratie ; ils jugeaient; ils figuraient
dans les comices. Qu'ils eussent quelque chose de semblable à des couvents, cela est pos-
sible, et il se peut aussi que dans ces retraites la religion druidique ait pris une teinte
particulière; mais il y a loin de là à un ensemble de doctrines secrètes. — M. Ern. Des-
jardins, dans sa Géographie de la Gaule romaine, page 520, a émis une conjecture ingé-
nieuse : « Nous avons été amenés, dit-il, par nos études et nos réflexions personnelles,
à considérer les druides plutôt comme des missionnaires étrangers que comme formant
un sacerdoce séculaire sorti des entrailles du pays. » Nous craignons toutefois que cette
manière de voir ne puisse pas se concilier avec les textes de César, avec le grand pou-
voir judiciaire dont les druides étaient armés, avec l'influence politique que la constitu-
tion, mos civitatis (VII, 33) leur accordait, avec leur richesse et leur exemption d'impôts
(VI, 14), enfin avec le rôle d'aristocratie que l'écrivain latin leur attribue.
4. Cic. de divinat., I, 41.
I
52 Comment le Druidisme a disparu.
c'est ce qui se voit dans les documents ; qu'ils se soient réservé aussi la
connaissance de quelques dogmes, c'est ce qui est possible, mais les
textes ne l'attestent pas. On ne peut, sur ce point, ni affirmer ni nier.
Secrète ou non, quelle était leur doctrine ? Croyaient-ils à un dieu
unique, ou tout au moins à un dieu suprême ? Sur ce point si grave,
nous n'avons aucun renseignement. Rien qui ressemble à l'unité de Dieu
n'est attribué aux druides par les anciens '. Il est avéré qu'ils croyaient
à l'immortalité de l'être humain, ce qui n'est pas très étonnant, puisque
tous les peuples anciens y ont cru 2. Mais, quelle était la nature de cette
immortalité, c'est ce qui est loin d'être clair. D'une part, César dit que
les druides enseignent que les âmes ne meurent pas et passent d'un corps
d'homme dans un autre corps d'homme h Lucain va plus loin ; il parle
d'une suite d'existences, toujours dans un corps, mais au milieu d'un
autre monde 4. D'autre part, Pomponius Mêla représente la vie future
des druides comme celle que se figuraient les Romains; ce n'est pas une
suite d'existences, c'est seulement une seconde vie, et elle se passe sous
la terre, dans la région des mânes, ad mânes, adinferosî. Or, ce qui
donne quelque poids à cette assertion de Pomponius Mêla, c'est d'abord
que nous savons que les Gaulois avaient un dieu infernal, un Pluton, un
Dis Pater; c'est ensuite qu'ils avaient la coutume d'enterrer ou de brûler
avec le mort les objets qui pouvaient lui être utiles dans cette autre vie6.
Beaucoup de sépultures gauloises nous montrent qu'on entourait le mort
des armes ou des ustensiles dont il pouvait avoir besoin dans son exis-
tence sous la terre. Un ancien prétend même que les Gaulois avaient l'ha-
bitude d'aller consulter et interroger les morts sur leurs tombeaux, tant
on croyait qu'ils vivaient là i . Il faut avouer que de tels usages s'accor-
i. On a pensé que Lucain, \, 4$ 2, faisait allusion à ce dogme par les mots : Solis
nosse deos aut solis nescire datum (Belloguet, p. 131) ; cette interprétation nous paraît
bien hardie.
2. César, VI, 13 ; Mêla, III, 2 : Valer. Maxime, II, 10 ; Ammien, XV, 9.
3. César, VI, 14 : Non inîerire animas, sed ab aliis transire ad alios. Les mots ab
aliis ad alios ne peuvent s'entendre que de corps d'hommes.
4. Lucain, I, 445 : Régit idem spiritus artus orbe alio. — Nous ne citons pas, et pour
cause, un passage de Plutarque que l'on a quelquefois appliqué aux Gaulois {de facie
lun<£, c. 26) ; il n'a aucun rapport avec la Gaule ; Plutarque rapporte un récit entendu à
Cannage et relatif à des îles imaginaires qui auraient été situées à cinq journées de navi-
gation de l'île d'Ogygie, qui est elle-même une île imaginaire. Il faut beaucoup de bonne
volonté pour reconnaître là la Bretagne. Ni le nom des druides, ni celui des Bretons ou
des Gaulois n'est prononcé dans ce récit.
j. Pomponius Mêla, III, 2 : ./Eternas esse animas vitamque alteram ad mânes. —
Valere Maxime, II, 6, 10 : Deferebatur ad inferos.
6. César, VI, 19-20. — Pomponius Mêla, ibid.: Itaque cum mortuis cremant ac defo-
diunt apta viventibus.
7. Nicander, cité par Tertullien, de anima, 21, édit. Caillau, t. II, p. 615 : Et Nasa-
monas propria oracula apud parentum sepulcra mansitando captarc.Et Celtas apud viro-
rum fortium busta eadem de causa pernoctare Nicander affirmât.
Comment le Druïdisme a disparu. 5 ;
dent mal avec la doctrine de la métempsycose ou avec celle de la résur-
rection dans un autre monde. Peut-être les idées des Gaulois étaient-elles
très confuses, très mêlées ; nous pouvons douter au moins qu'ils eussent
sur ces difficiles questions des dogmes bien arrêtés.
A en croire quelques auteurs grecs, les druides auraient eu les mêmes
doctrines que Pythagore, et ce serait même ce philosophe ou un de ses
disciples qui aurait instruit les prêtres gaulois. « Le système de Pytha-
gore régnait chez eux », dit Diodore de Sicile. « Ils se conformaient,
dit l'historien Timagène., aux dogmes et même aux règles de discipline
que Pythagore avait instituées. » Cette opinion était fort répandue dans
le monde grec ; Origène la répète ; il sait même le nom du disciple de
Pythagore qui a enseigné sa doctrine aux druides 3. De telles assertions
nous mettent naturellement en défiance, et l'on ne peut s'empêcher de se
demander comment Diodore de Sicile et Timagène, à supposer qu'ils
sussent bien ce que Pythagore avait enseigné, pouvaient savoir ce qu'en-
seignaient les druides. Cette opinion courait parmi les Grecs sans que
nous puissions savoir comment elle y était venue ; à peine est-il besoin
de dire qu'elle n'a aucune valeur aux yeux de la critique historique.
Il est encore un trait du druidisme que les écrivains anciens se plaisent
à signaler. Aristote parlait déjà de la philosophie des druides, comme de
celle des gymnosophistes indiens et des prêtres de Chaldée*. Diodore
appelle les druides « des philosophes et des théologiens <> ». Strabon dit
qu'ils se livraient à l'étude de la nature et à celle de la morale6, et Pom-
ponius Mêla les appelle des maîtres de sagesse". On a parlé aussi de la
science des druides. César remarque « qu'ils disputent sur le cours des
astres, sur la forme et la grandeur de la terre, sur le système de la
nature 8. » Il est vrai que disputer sur le cours des astres n'est pas
nécessairement connaître les lois de l'astronomie. S'ils enseignaient,
comme le rapporte Strabon, que le monde n'aurait pas de fin, mais
« qu'un jour le feu et l'eau l'emporteraient », il faut reconnaître qu'une
1. Diodore, V, 28.
2. Timagène, cité par Ammien Marcellin. XV, 9.
3. Origenis opéra, éd. de 1733, t. I, pages 335, 882, 906. Philosophoumena, édit.
Cruice, I, 22, p. 48. Ce serait le Thrace Zamolxis, élève de Pythagore, qui aurait porté
sa pensée dans la Gaule.
4. Aristote, cité par Diogène Laerte, proœmium.
5. Diodore, ibid.
6. Strabon, IV, 4, 4, édit. Didot, p. 164 : upoç fîj spyatoXoyia xài rr)v rfi'.v.ry
àaxoùaiv.
7. Pomponius Mêla, III, 2 : Habent et facundiam suam magistrosque sapientias
druidas.
8. César, VI, 14 : Multa de sideribus atque eorum motu, de mundi magnitudine, de
rerum natura, disputant.
54 Comment le Druidisme a disparu.
pareille théorie n'avait rien de bien scientifique1. Pomponius Mêla dit
« qu'ils prétendaient connaître la forme de l'univers et le cours des
astres2 ». Enfin Ammien Marcellin écrit que « les druides vivaient en
communautés étroites, l'esprit toujours tendu vers la recherche des pro-
blèmes les plus élevés, et dédaignant les choses de la terre 3. » Voilà
encore des affirmations en présence desquelles la critique historique est
assez embarrassée. Ces « philosophes » étaient les mêmes qui « immo-
laient des hommes pour découvrir la volonté des dieux dans leurs
entrailles palpitantes 4. » Ces « solitaires qui tendaient leur esprit vers la
recherche des grands problèmes » étaient très certainement des devins
et des sorciers; toute l'antiquité l'atteste. Ces hommes qui, suivant Stra-
bon, « étudiaient la physiologie », guérissaient aussi toutes les maladies
sans exception avec quelques gouttes d'une eau bénite où avait trempé
le gui sacré s ; ils avaient une autre herbe qui était aussi fort efficace, à
la condition qu'on l'eût cueillie de la main droite passée dans l'ouver-
ture gauche de la tunique blanche 6 ; une troisième herbe guérissait tous
les animaux de toutes les maladies, pourvu qu'elle eût été cueillie de la
main gauche ; mais le grand et capital remède pour sauver la vie d'un
homme était d'immoler aux dieux un autre homme 7.. Telle était leur
médecine. Pour ce qui est de leur astronomie, Cicéron a connu intime-
ment un druide, l'Eduen Divitiac, qui a été son hôte à Rome ; or, Cicé-
ron dit bien que « ce druide prétendait connaître le système de la
nature », mais il ajoute aussitôt « qu'il se servait de cette connaissance,
et aussi des augures, pour faire des prédictions8. » Voilà un renseigne-
ment qui rabaisse les connaissances des druides à un emploi qui n'est pas
précisément celui de la science. Pomponius Mêla dit aussi que ces
druides « prétendent savoir le mouvement des astres et la volonté des
dieux 9. » Etait-ce astronomie ou astrologie ? S'agissait-il de science, de
poésie, ou simplement de divination et d'augurat10? C'est ce qu'on ne
i. Strabon, ibid.: àçôàpxou? )iyo'j;t tàç ifu^àç V-'XI T°v xocth-ov, s7uxpotTri<Tstv ôl note
xai Ttûp xai \jotop.
2. Pomponius Mêla, ibid. : Scire profitentur.
3. Ammien, XV, 9 : Druidse ingeniis celsiores, ut auctoritas Pythagorae decrevit, soda-
iitiis adstricti consortiis, quaestionibus occultarum rerum altarumque erecti sunt, et des-
pectantes humana pronuntiarunt animas immortales.
4. Tacite, Annales, XIV, 30 : Hominum fibris consulere deos. Cf. Strabon, IV, 4, 5 ;
Didot, p. 164 et 165.
5. Pline, Hist. nat., XVI, 95, 251.
6. Pline, XXIV, 63-64.
7. César, VI, 16.
8. Cicéron, de divinatione, I, 41 : In Gallia druide sunt, e quibus ipse Divitiacum
TEduum, hospitem tuum laudatoremque cognovi, qui et nalurae rationem notam esse sibi
profitebatur et partim auguriis partim conjectura quae erant futura dicebat.
9. Pomponius Mêla, ibid. : Motus siderum et quid dii velint scire profitentur.
10. L'abréviateur de Trogue Pompée signale, comme Cicéron, la pratique de l'augurât
Comment le Druidisme a disparu. <; $
saurait dire. Il ne faut donc accepter qu'avec les plus grandes réserves
les éloges, d'ailleurs très vagues, que les anciens font de la philo-
sophie et de la physiologie des druides. Leur métempsycose pouvait
être aussi naïvement matérielle que l'Erèbe des Grecs et des Romains.
Leur science de la nature était peut-être aussi grossière et aussi fantai-
siste que celle des Étrusques. Pour apprécier et admirer de telles doc-
trines, il faudrait être bien sûr d'elles, il faudrait surtout en posséder
l'expression exacte et le détail.
On observera encore que, si les druides avaient réellement possédé
quelques connaissances positives en astronomie, en médecine, en philo-
sophie, il est infiniment vraisemblable que ces connaissances n'auraient
pas été aisément rejetées par les Gaulois, et qu'elles auraient même
pénétré dans le monde romain. Les Romains n'avaient aucun intérêt à
s'en priver. On sait qu'ils empruntaient volontiers aux vaincus tout ce
qui pouvait être utile, et que, comme dit Pline, ils étaient ardents à s'ap-
proprier tout ce que les autres peuples avaient de bon, omnium utilitatum
et virtutum rapacissimi '. Ils n'ont rien pris aux druides.
Nous pouvons donc conserver de grands doutes, jusqu'à ce que sur-
gissent de nouveaux documents, sur les doctrines secrètes du druidisme.
Dès lors, il est bien difficile de dire si l'autorité romaine a volontairement
combattu ces doctrines et d'établir la mesure de ce qu'elle a détruit.
Tout ce qu'on peut affirmer, c'est que les documents ne mentionnent
aucune lutte à l'égard des croyances ou des théories druidiques ; nul
indice d'instructions données aux fonctionnaires romains à cet égard ;
nul indice d'un effort de l'autorité publique ou d'une résistance des popu-
lations. Une chose sans doute a disparu, ce sont les écoles druidiques.
On ne peut pas constater que Rome les ait fermées par un acte d'auto-
rité ; mais on ne peut pas constater non plus qu'elles subsistent. Il semble
bien que les druides n'enseignent plus.
Il est une autre remarque qu'on peut faire. Tous les textes qui per-
mettraient de concevoir quelque haute idée des doctrines druidiques,
sont des premiers temps de la domination romaine ; ils sont de César,
de Diodore, de Strabon, de Pomponius Mêla, et le dernier est de Lu-
cain. A partir de là, tous les textes relatifs aux druides prennent un
autre caractère. Pline ne voit en eux que des magiciens, magi2 ; Tacite
ne connaît d'eux que les sacrifices humains qu'ils font encore dans la
Bretagne, et, en Gaule, leurs prédictions mensongères; puis, on ne nous
chez les Gaulois : Augurandi studio Galli praeter casteros callent (Justin, XXIV, 4).
1. Pline, Hist. nat., XXV, 2.
2. Pline, Hist. nat., XVI, 95, 249; XXV, $9, 106.
$6 Comment le Druidisme a dispara.
signale plus les druidesses que comme des diseuses de bonne aventure.
Ammien Marcellin fait encore un grand éloge des druides, mais il nous
avertit qu'il prend ses renseignements chez le grec Timagène, qui vivait
au temps d'Auguste ; il semble même qu'on ne connût plus les druides à
l'époque où Ammien écrivait ; il s'exprime sur eux au temps passé ; il
parle du druidisme comme d'une chose qui n'existe plus ' .
Il est visible en effet, dans les documents et les faits de l'histoire, que,
dès le me siècle, il n'y a plus de doctrine druidique. Les dieux de la
Gaule, tels que les monuments et les inscriptions nous les montrent, sont
semblables aux dieux du monde romain ; ils ont les mêmes attributs, les
mêmes autels, les mêmes prêtres. L'intelligence gauloise, si nous en
jugeons d'après toutes les manifestations qui nous viennent de cette
époque, a exactement les mêmes conceptions que celle de l'italien ou de
l'espagnol du même temps. S'il y a eu des différences, elles échappent à
l'historien et, ne pouvant être prouvées, elles sont du domaine de l'hy-
pothèse. Partout, dans cet empire, la vie privée et la vie publique pré-
sentent les mêmes habitudes. Ecoles, langage, littérature, travaux et
plaisirs, croyances et cérémonies, culte et superstitions, par tout cela la
Gaule parait semblable au reste de l'empire. Il n'est pas jusqu'aux druides
et aux druidesses de ce temps qui ne ressemblent trait pour trait à tous
les devins et magiciens qui pullulaient alors dans toutes les provinces.
Ainsi, il est possible qu'il existe encore des druides; mais quant à une
doctrine druidique, quant à un ensemble d'opinions propres à la Gaule,
il n'en est jamais question.
Ce qui est encore bien digne d'attention, c'est que l'on n'aperçoit pas
que la religion chrétienne ait eu lieu de faire la guerre au druidisme. On
a supposé, à la vérité, qu'elle avait pu au contraire se servir de lui, le
réveiller en se l'associant pour renverser le polythéisme romain : pure
hypothèse qu'aucun document, aucun mot, aucun indice n'autorise. La
prétendue affinité entre le druidisme et le christianisme n'a été remarquée
par aucun des écrivains ecclésiastiques 2. Quand il serait avéré que les
i. Ammien Marcellin, XV, 9.
2. On a allégué un passage de saint Augustin, Cité de Dieu, VIII, 9 ; mais il fallait le
citer entièrement, et non pas un mot isolé. Saint Augustin dit qu'on a vu chez toutes
les nations quelques hommes qui ont eu quelque notion d'un dieu unique, et il ajoute
qu'il y a eu de ces hommes parmi les Gaulois, aussi bien que chez tous les autres peuples,
Égyptiens, Perses, Indiens, Espagnols : Si aliarum quoque gentium qui sapantes vel philo-
sophi habiti sunt, Atlantici I.ibyci, jEgyptii, ]ud<ei, Pers<£, Chaldœi, Scythœ, Galli, Hispani
alii que reperiuntur qui hoc videtint ac docuerint, eos omnes c<zteris anteponimus eosque
nobis propinquiores fatemur. Cela peut-il signifier que le druidisme eût des affinités plus
particulières que la religion des Égyptiens, des Chaldéens ou des Scythes avec le chris-
tianisme?
Comment le Druidisme a disparu. 57
deux religions eussent quelque analogie par certains côtés, ce n'était pas
précisément une raison pour qu'elles fussent moins ennemies; car on sait
bien qu'en matière de religion, moins on est éloigné, et plus on se
déteste. Il n'y avait donc pas de motif pour que l'église chrétienne ména-
geât le druidisme, si elle l'avait trouvé encore debout. D'ailleurs, en un
pareil sujet les raisonnements ont peu de valeur ; il vaut mieux constater
qu'aucun document chrétien ne mentionne le druidisme, ni pour l'ap-
prouver ni pour le combattre. Je ne connais aucun acte des conciles de
la Gaule qui nomme les druides. Je trouve encore leur nom dans Origène
et dans Clément d'Alexandrie ; mais il est visible par le texte de ces deux
écrivains qu'ils ne connaissent les druides que par des écrits antérieurs
comme ceux de Diodore de Sicile et d'Alexandre Polyhistor ' . Lactance
nomme encore deux dieux gaulois, mais il s'exprime au temps passé, et
ne dit nullement qu'ils fussent encore adorés au moment où il écrit2.
Sulpice Sévère raconte la résistance que le paganisme opposa à saint
Martin ; mais il ne cite ni les druides ni aucun dieu gaulois, et tous les
détails de son récit conviennent au polythéisme romain ?. Dans les écrits
des pères et des évêques de la Gaule, on voit quels sont les dieux qu'ils
poursuivent de leurs prédications ou de leurs anathèmes : c'est Jupiter,
c'est Vénus, c'est Minerve; ce n'est ni Hésus, ni Teutatès, ni Bélen.
Parmi les opinions qu'ils s'efforcent de détruire, je ne vois pas la doc-
trine de la métempsycose, ni rien qui semble spécialement gaulois.
Parmi les superstitions qu'ils signalent, je ne trouve pas la vénération
particulière pour le chêne ni pour le gui. Certains usages ont duré, tels
que les feux de la Saint- Jean ; mais ils sont communs à presque tous les
peuples et personne ne soutient qu'ils soient plutôt gaulois que romains.
Les fées et les lutins 4 ont persisté, mais comme objets d'imagination
populaire plutôt que comme objets de religion. On sait aussi que jus-
qu'au vme siècle l'Église dans ses conciles et les rois par leurs capitu-
lâmes continuent à poursuivre certaines pratiques, comme le culte des
fontaines et l'évocation des morts ; mais nul ne peut dire que ces pra-
tiques appartiennent plus au druidisme qu'au polythéisme romain ou
germanique s ; ce sont des superstitions qui sont de tous les peuples , on
1. Origène ne fait que répéter les fables sur le pythagorisme des druides. Saint Clé-
ment d'Alexandrie (Stromates, I) ne les mentionne que d'après Alexandre Polyhistor, qui
vivait avant l'ère chrétienne.
2. Lactance, De falsa religione, 21 : Galli Hesum atque Teutatem humano cruore
placabant.
3. Sulpice Sèvere, Vita Martini, 12-15, dans la Patrologie latine, t. XX, p. 167-169.
4. Les dusii dont parle saint Augustin (Cité de Dieu, XV, 23) sont assimilés par lui
aux Saî|j.QVî; des Grecs, aux Genii des Romains.
j. Les Germains, qui n'avaient pas de druides, avaient le culte des fontaines et des
5 8 Comment le Druidisme a dispara.
les voit chez toutes les sociétés à l'état barbare, et, même dans les
sociétés civilisées, on les retrouve chez les esprits incultes ; elles vivent
toujours dans le fond de l'âme humaine, car elles sont l'infirmité natu-
relle de l'humanité. Elles n'ont rien qui soit propre aux Gaulois, ni qui
soit spécialement druidique '. Il n'y a pas, à notre connaissance, un
seul document qui marque que l'Église chrétienne ait rencontré en Gaule
une religion qui fût différente de celle du reste de l'empire romain.
IV.
De cette étude des textes, il nous paraît résulter deux choses : la pre-
mière, que les Romains, en proscrivant les pratiques sanguinaires, en
brisant la hiérarchie et l'unité d'organisation du sacerdoce, n'ont pour-
tant jamais proscrit ni les dieux gaulois ni les druides ; la seconde, que
le druidisme, sans être autrement persécuté, est pourtant tombé et que
ses croyances n'existaient plus dans les derniers siècles de l'empire. La
disparition de la religion gauloise n'a pas été le résultat d'une mesure
politique ou d'un acte de violence; elle s'est faite insensiblement, spon-
tanément, comme toute la transformation sociale et intellectuelle de la
Gaule.
Il n'était pas nécessaire de déclarer une guerre ouverte au druidisme.
Les religions peuvent mourir de mort naturelle, lorsque l'esprit et la
conscience les quittent. Avant César, les druides avaient été un ordre
puissant, riche, dominateur, et l'historien avait remarqué qu'ils tenaient
la plèbe fort au-dessous d'eux ; après lui, ils ne paraissent plus comme
caste supérieure, ils sont de la plèbe. Autrefois, ils avaient été les juges
de la Gaule ; crimes et procès avaient été portés devant eux 2 ; en poli-
tique, on les avait vus intervenir dans l'élection des magistrats 3 ; ils
avaient eu des privilèges en matière d'impôts 4. Us avaient pratiqué seuls
l'unique espèce de médecine que la Gaule connût. Ils avaient tenu de
grandes écoles où la jeunesse des plus nobles familles gauloises se pla
çait sous leur discipline s. Tout cela disparut après César et sous h
forêts (Tacite, Germ., 9 ; Grégoire de Tours, II, 10).
1. On peut noter d'ailleurs que les documents qui les mentionnent, les actes du con-
cile de Leptines, Vlndiculus superstitionum, et le capitulaire de 785, s'appliquent bie:
moins à la Gaule qu'à la Germanie.
2. César, VI, 13 : fere de omnibus controverses publicis privatisque constituunt. Si d
fmibus controversia est, decernunt. Prcemia paenasque constituunt. Considunt in loc|
consecrato ; hue omnes qui controversias habent conveniunt judiciisque parent.
3. César, VII, 33 : Magistratum qui per sacerdotes, more civitatis, esset creatus.
4. César, VI, 14.
5. César, VI, 14: Sua sponte multi in disciplinam conveniunt et a parentibus mittuntui
— Pomponius Mêla, III, 2 : Docent multa nobilissimos gentis.
Comment le Druidisme a disparu. 59
domination romaine. L'autorité judiciaire leur fut enlevée; les magistrats
municipaux furent élus sans eux ; les exemptions d'impôts cessèrent ; on
ne crut plus à leur médecine ; il s'ouvrit partout des écoles latines et la
jeunesse gauloise y courut ; aux vieux vers druidiques, qui étaient inin-
telligibles et qu'il fallait vingt ans pour se mettre dans la mémoire, on
préféra les vers de Virgile et d'Horace. Les druides n'eurent plus rien
de ce qui fait la force ou de ce qui donne au moins le prestige. Leurs
pratiques, qui avaient terrifié les générations précédentes, n'inspirèrent
plus que le dégoût. Leurs sacrifices humains, réduits à un simple simu-
lacre, firent sourire. Leurs sentences d'excommunication n'effrayèrent
plus personne; elles furent une arme impuissante, qui, s'ils continuèrent
à s'en servir, ne nuisit plus qu'à eux-mêmes. Les Romains n'eurent pas
besoin de les persécuter ; les Gaulois les abandonnèrent. Les esprits
incultes purent leur rester assez longtemps fidèles ; mais à la longue
toutes les classes de la société, à mesure qu'elles s'éclairèrent, se sépa-
rèrent d'eux, et quand vint le christianisme, il n'eut pas même à les
combattre.
FUSTEL DE COULANGES.
DEVINETTES BRETONNES.
I . — LOKORNAN.
Lavar d'in-me :
Pera a ia war blad ar roue,
Ha ne ve ket drebet ;
Er mour, ha ne ve ket beuzet ;
En tan, ha ne ve ket devet ?
— Eur skedenn heol.
1. — LOCRONAN.
Dis-moi
Ce qui va sur le plat du roi,
Et n'est pas mangé ;
Dans la mer, et n'est pas noyé ;
Dans le feu, et n'est pas brûlé ?
— Un rayon de soleil.
2. — LANRODEK.
a) *Duvun a dremen mesk ann drens hep kad droug ebet1 ?
— 'Hiaol.
2. — LANRODEC.
a) " Devine ce qui passe au milieu des épines sans se faire aucun mal ?
— Le soleil. (Cf. Eugène Rolland, Devinettes ou énigmes populaires
de la France, 6.)
PERWENAN.
b) *Piv a dremen ann drens hep kad droug ebet?
— Ann awel.
i . Les devinettes précédées d'un astérisque ont été recueillies, dans les pays de Tré-
guier et de Goello, par M. E. Ernault. professeur à l'École Saint-Charles, à Saint-Brieuc'
Devinettes Bretonnes. 61
PENVENAN.
b) *Qui traverse un lieu rempli d'épines sans en ressentir aucun mal ?
— Le vent.
3. — POULLAN.
Divin, divin divinadenn :
Eur vantel glaz gat steret argant.
— Ann oabl.
5. — POULLAN.
Devine, devine devinette :
Un manteau bleu avec des étoiles d'argent.
— Le firmament.
4. — TERRUG.
Savet eus ann dour e ia d'ann dour.
— Ar goummoulenn.
4. — TELGRUC.
[Une chose qui" s'élève de l'eau et retourne à l'eau.
— Le nuage.
$. — DOUARNENEZ.
a] Tapon war dapon, ha groui abet morse.
— Ann oabl koummoulek.
$. — DOUARNENEZ.
a) Rapetassage sur rapetassage, et de couture jamais aucune.
— Le ciel nuageux. (Cf. Mélusine, 69, 70, col. 259. — Cf. E. R. 1 1 .
BEUZEK.
b) Eur chupenn a vil damm hag a vil liou ne z-e na gouremennet na
gruiet.
— Ar c'hoabr.
BEUZEC-CAP-S1ZUN.
bt Un pourpoint de mille pièces et de mille couleurs qui n'est ni ourlé
ni cousu.
— Les nuages.
6. — DOUARNENEZ.
Her santout a reer, — her gwelet ne reer ket.
— Ann avel.
6. — DOUARNENEZ.
On le sent, on ne le voit pas.
— Le vent. Cf. L. Léger ; Mélusine, col 200.)
62 Devinettes Bretonnes.
7. — DOUARNENEZ.
Pera e ia buhen, buhennac'h, ar buhenna ?
— Ann avel, ar sklerijenn, ar sonj.
7. — DOUARNENEZ.
Qui va vite, plus vite, le plus vite ?
— Le vent, — la lumière, — la pensée.
8. — PLOARE.
Glebi e ra, maga e ra, laza e ra, kemar e ra, renta e ra, dont e ra,
mont e ra.
— Ar mour.
8. — PLOARÉ.
[Qu'est-ce qui] mouille, fait vivre, fait mourir, prend, rend, vient et
s'en va ?
— La mer.
9. — PLOUEG-AR-MOR.
*Duvunet in dra hag a zo ordinal e vont hag e tont, ha na bauz jamez,
kouskoude n'han eus ket a dreit ?
— Ar mor.
9. — PLOUEZEC.
*Devinez une chose qui toujours va et vient, ne se repose jamais, et
cependant n'a pas de pieds ?
— La mer. (Cf. L. Léger ; Mélusine, col. 200. — E. R., 24.)
10. — DOUARNENEZ.
Pera e ra ichou d'ann hini ez a war he c'horre hag e gemer en eun tu
ar pez e goll en eun tu ail ?
— Ar mour hag al lestr.
10. — DOUARNENEZ.
Quelle chose fait place à ce qui monte sur elle, et prend d'un côté ce
qu'elle perd de l'autre ?
— La mer et le navire.
11. — PLONEVEZ.
a) Eun dra a zoutenn mil bern plouz ha ne hell ket soutenn eur spil—
lenn.
— Ar mour.
II. — PLONEVEZ-PORZAY.
a) [Devinez] une chose qui soutient mille meules de paille et ne peut
soutenir une épingle ?
— La mer. (Cf. E. R., 23. — En Haute-Bretagne on dit: Qui porte-
Devinettes Bretonnes. 63
rait plus de cent faix de paille, et qui ne porterait pas un fer d'âne ? —
L'eau.)
BEUZEK.
b) Eun dra a zoug kant karrad foenn,
Ha na zoug ket penn eur spillenn.
— Ar mour.
BEUZEC-CAP-SIZUN.
b) Une chose qui porte cent charretées de foin et ne porte pas une
tête d'épingle.
— La mer.
12. — POUHINEK.
Gwenn e giz lez, glaz e giz kôl, don e giz puns.
— Ar mour.
12. — PLOUHINEC.
Blanc comme lait, vert comme chou, profond comme puits.
— La mer.
13. — PLOARE.
Va mamm ez eo ar mor, hag hi pe he c'hoar 've ato va meuntrac'h.
— Ann halon.
13. — PLOARÉ.
Ma mère est la mer, et elle ou sa sœur est toujours mon bourreau.
— Le sel. (Cf. E. R., Indov., XI.)
14. — TERRUG.
Chouet hag e chouo,
C'hoarzet hag e c'hoarzo,
Lenvet hag e lenvo.
— Ann ekleo.
14. — TELGRUC.
Criez et il criera,
Riez et il rira,
Pleurez et il pleurera.
— L'écho.
1 5. — TREVEREC.
*Duvun a dreuz ann dour hep skeut ?
— Ar zonn.
15. — TRÉVÉREC.
* Devine ce qui traverse l'eau sans [y faire d'] ombre ?
— Le son. (Cf. Mél., 2, col. 254.— E. R., ai.)
64 Devinettes Bretonnes.
16. — HUELGOAT.
Kamm-digamm, da belec'h e ies-te ?
— Reor douzet, ha fors d'id-de ?
— Ar waz-dour hag ar prad.
l6. — HUELGOAT.
Clopin-clopant, où vas-tu ?
— Que t'importe, c. tondu ?
— Dialogue du ruisseau et de la prairie. (Cf. Mél., 73, col. 259, et
col. $$6.— E. R., 25.)
17. — GOULIEN.
Kamm-chilgamm, da belec'h e ies-te ?
— Da flastra traou da ober boed d'id-de.
— Eul labourer douar hag eur waz-dour.
17. — GOULIEN.
Clopin-clopant, où vas-tu ?
— Écraser choses pour te faire à manger.
— Dialogue entre un laboureur et un ruisseau (en amont d'un moulin).
18. — AR FAOU.
Eul liser wenn
N'hen deuz na grina gouremenn.
— Ann erc'h.
18. — LE FAOU.
Un drap de lit blanc, sans couture et sans ourlet.
— La neige.
19. — BEUZEK.
Eun dra a c'holofe Bro-C'hall, ha ne c'holo ket ar feunteun.
— Ann erc'h.
19. — BEUZEC-CAP-SIZUN.
Une chose qui couvrirait la France, et ne couvre pas la fontaine.
— La neige. (Cf. E. R., 12.)
20. — PLONEIS.
a) Divin pera a ia gwellac'h dre ar c'harz evid dre ann hent bras ?
— Ann tan.
20. — PLONÉIS.
a) Devine ce qui va mieux à travers les broussailles qu'en suivant le
grand chemin ?
— Le feu.
Devinettes Bretonnes. 6 s
POULLAN.
b Pera e ia gwellac'h dre greis ar c'hoat eget dre he goste ?
— Ann tan.
POULLAN.
b) Qu'est-ce qui va mieux par le milieu du bois que par le côté ?
— Le feu.
2 1. — LOKORNAN.
Mont e ra eun dra e lae gad ar mené
Ne'n euz na korf nag ene.
— Ar mouged.
2 1. — LOCRONAN.
Une chose gravit la montagne.
Et n'a ni corps ni âme.
— La fumée. (Cf. Haute-Bret. : Qui n'a ni pied ni jambe, mais qui
monte bien dans sa chambre ? — La fumée.
22. — BRASPARS.
Pini a ve ar penn araoge vont d'ar voar, hag a ve ar penn warlerc'h
e tont d'ar ger ?
— Ann hent.
22. — BRASPARTZ.
Qui va la tête en avant pour se rendre à la foire, et la tête en arrière
pour revenir à la maison ?
— Le chemin. (Cf. E. R., 14.)
23. — PERWENAN.
*Hir, hir, evel landonn; plad, plad, 'vel golvaz.
— Ar wenojenn.
23. — PENVENAN.
* Long, long comme une courroie ; plat, plat comme un battoir.
— Le sentier.
24. — LOKORNAN.
Harz ! Dira-z-onn-me a bleg ann holl. N'em euz bro ebet, hag a beb
lec'h ez onn. Harz !
— Ann Ankou.
24. — LOCRONAN.
Gare ! Devant moi tout plie. Je ne suis d'aucun pays, et je suis de
tout lieu. Gare !
— La Mort.
Rev. Celt. IV 5
66 Devinettes Bretonnes.
2$. — PERWENAN.
*Eur plac'h 'kerzet 'tre daou douar.
— Eur plac'h a doug eur poudad laez war hi venn.
25. — PENVENAN.
*Une fille marchant entre deux terres.
— Une fille qui porte un pot de lait sur la tête. 'Parce que son pot
est en terre. 1
26. — GOAÏENN.
Blevennik deuz blevennik
Eur martinik ' en he doullik.
— Al lagad.
26. — AUDIERNE.
Poil contre poil,
Un martinet dans son petit trou.
— L'œil.
27. — HUELGOAT.
Eun hibil kik 'n eun toull kik
Ha pa 'teu kuit e ra « flip ! »
— Eul leue e tena d'he vamm.
27. — ■ HUELGOAT.
Une cheville de chair dans un trou de chair,
Quand elle en sort, elle fait « flip ! ».
— Un veau qui tette sa mère. (Cf. E. R.. 290.!
28. — PLOUH1NEK.
Me'm euz pidir bik en er
Ha pidir en traon a gass profit d'ar ger.
— Ar veuc'h.
28. — PLOUHINEC.
J'ai quatre pointes en l'air
Et quatre en bas qui envoient profit à la maison.
— La vache (ses cornes, ses oreilles et ses trayons). (Cf. Mél., 88,
col. 260. — E. R. 44, 400.)
29. — BRASPARS.
a) Pedir dimezel 0 c'hont gad ann hent,
Goude ma rafe glo kement ha mein,
1. J'ignore le sens du mot martinik que je traduis par martinet.
Devinettes Bretonnes. 67
Ne rafe bered war ho c'hein.
— Pedir bronn ar veuc'h.
29. — BRASPARTZ.
a) Quatre demoiselles s'avancent sur le chemin,
Et quand il ferait de la pluie grosse comme des pierres,
Sur leur dos goutte ne tomberait.
— Les quatre pis de la vache. Cf. une devinette française de Trémé-
loir : Quatre petites demoiselles dans le milieu d'une cour, quand il
tombe de la pluie, jamais i' n' se mouillent. — Les quatre triyons crayons
d'une chèvre.;
LANRODEK.
b> "Duvun peder dimezel
E font war-drao gan ar ru,
Hag ober glà ken a zû,
Ha ne goue takenn ebet war-n-he ?
— Bronnao ar vioc'h.
LANRODEC.
b) *Devine quatre demoiselles
Qui descendent la rue ;
Il fait de la pluie à verse,
Et il ne tombe pas une goutte sur elles ?
— Les pis d'une vache. (Cf. E. R., 45.)
30. — BEUZEK.
Saladenn. dizaladenn,
Heb na kik na kroc'henn,
Ha gouskoude mamm saladenn
E deuz kik ha kroc'henn.
— Ann amann hag ar veoc'h.
30. — BEUZEC-CAP-SIZUN.
Salé, non salé,
Qui n'a ni chair ni peau,
Et pourtant la mère du salé
A chair et peau.
— Le beurre et la vache.
}!. — BRASPARS.
a) Divin d'id divinadenn :
Petra a dreuzo ar ster hep bea glebet ?
— Al leue e kof he vamm.
68 Devinettes Bretonnes.
JI. — BRASPARTZ.
a) Devine pour toi devinette :
Qu'est-ce qui traversera la rivière sans être mouillé ?
— Le veau dans le ventre de sa mère. (Cf. E. R., 46.)
HUELGOAT.
b) Petra e ia d'ar marc'hat hep touch he dreit en douar ?
— Al leue, etc..
HUELGOAT.
b) Qu'est-ce qui va au marché sans que ses pieds touchent terre ?
— Le veau, etc.
DOUARNENEZ.
Divin pini a ia d'ar c'hoad
Hep touch ann deillenn deuz he droad.
— Al leue, etc..
DOUARNENEZ.
c) Devine ce qui va au bois
Sans toucher feuille du pied ?
— Le veau, etc.
32. — DOUARNENEZ.
Pidir flikez-flakez
'Hag eun takon besk.
— Al lapin.
32. — DOUARNENEZ.
Quatre flic-flac
Et un petit lambeau de queue.
— Le lapin.
33. — PLOARE.
a) Daou 0 toulla,
Daou 0 talc'hen da doulla,
Daou 0 sellet toulla,
Unan 0 fess' toulla,
Daou 0 chilou toulla.
— Eur c'hi.
33. — PLOARÉ.
Deux qui creusent,
Deux qui continuent à creuser,
Deux qui regardent creuser,
Devinettes Bretonnes. 69
Un qui sent creuser,
Deux qui écoutent creuser.
— Un chien. (Ses pattes de devant, ses pattes de derrière, ses yeux,
son nez et ses oreilles.)
PLANNIEL.
b) *Unan 'teurgnal
Ha daoy sellet teurgnal.
Ha daou 0 chilao teurgnal,
Ha daou 0 skrabat,
Hag unan 0 skei war ann toull.
— Eur c'hochon.
PLEUDANIEL.
b) *Un à fouiller
Et deux à regarder fouiller.
Et deux à entendre fouiller,
Et deux à gratter,
Et un à frapper sur le trou.
— Un pourceau. (Son groin, ses yeux, ses oreilles, ses pieds de
devant et sa queue.)
34. — BEUZEK.
Daou zo 0 vont gad ann hent ;
Unan a lavar gwir, eun ail a lavar gaou,
Hag ar memeuz tra a lavaront ho daou.
— Eur vez hag eun hoe'h.
34. — BEUZEC-CAP-SIZUN.
Deux se promènent ;
L'un dit vrai, l'autre dit faux,
Et tous les deux disent la même chose.
— Une truie et un verrat. (Parce que tous les deux grognent « hoc' h,
hoe'h », ce qui, en breton, signifie verrat.)
35. — POULDERGAT.
Da chasseal ez eo et : ar pez e bako, war he lerc'h a jomo ; ar pez
ne bako ket, d'he di e gasso.
— Ann dilaouad.
35. — POULDERGAT.
Il est allé à la chasse : ce qu'il attrapera, il le laissera ; ce qu'il n'at-
trapera pas, il le rapportera à la maison.
— La chasse aux poux. (Cf. E. R., 80. — Luzel, Mél., col. 465.)
70 Devinettes Bretonnes.
36. — BEUZEK.
Va zad hen deuz lazetar pez ne wele ket.
Ha drebet ar pez ne oa ket ganet,
Ha poazet gant geriou.
— Eur vamm lapin, re vihan gant-hi, hag a oa poazet gant kaierou
koz leun a c'heriou.
36. — BEUZEC-CAP-SIZUN.
Mon père a tué ce qu'il ne voyait pas.
Et mangé ce qui n'était pas né,
Après l'avoir fait cuire avec des mots.
— Une lapine pleine que l'on a fait cuire au moyen de vieux cahiers
couverts de mots.
37. — DOUARNENEZ.
Ann hini uhella zo beo ; ann hini izella zo beo ; ann hini zo être ho
daou zo maro, lenva 'ra hag e ra bleud.
— Ann heskenourienn, ann heskenn hag ar brenn-heskenn.
37. — DOUARNENEZ.
Le plus haut est vivant ; le plus bas est vivant ; ce qui est entre eux
est mort, pleure et fait de la farine.
— Les scieurs de long, la scie et le bran de scie.
38. — PLOARE.
Pevar emaint 0 redek ann eil warlerc'h egile : ann eil a zreb ar c'henta.
ann dride a zreb ann eil, hag ar pevare a zreb anezho holl.
— Eur gad, eul louarn, eur c'hi hag eur blei.
38. — PLOARÉ.
Quatre sont à courir les uns après les autres : le second dévore le
premier, le troisième dévore le second, et le quatrième les dévore tous.
— Un lièvre, un renard, un chien et un loup.
39. — PRIMELIN.
Prestet d'in-me ho tra douzet
Da lakat va zra blenvek ;
Me roio d'hoc'h tri devez reorek.
— Eur foennek, eur marc'h ha tri vi.
39. — PRIMELIN.
Prêtez-moi votre tondu
Pour y mettre mon poilu ;
Je vous baillerai trois journées de c...
— Un pré, un cheval et trois œufs. (Cf. E. R., 37.)
Devinettes Bretonnes. ji
40. — POULLAN.
à\ Ann tad a zo rouzard,
Touzard ha melinouzard ;
Ar vamm a zo rouzerez,
Touzerez ha melinourez ;
Ar vugale a zo rouzerienn,
Touzerienn ha melinerienn.
— Ar raeden, ar vamm hag ar re vihan.
40. — POULLAN.
a) Le père est roussâtre.
Tondu, meunier ;
La mère est roussâtre.
Tondue, meunière ;
Les enfants sont roussâtres,
Tondus, meuniers.
— Le rat, sa femelle et ses petits qui ont le poil roux et ras, et rédui-
sent le bois menu comme farine avec leurs dents).
PERWENAN.
b) *Eur vroegik vihan rouz mouzerez,
He bugale rouz mouzerienn,
Hag holl int milinerien.
— Eul logodenn.
PENVENAN.
b) *Une petite femme rousse, cachottière,
Et ses enfants roux, cachottiers,
C'est une famille de meuniers.
— Une souris.
41. — BRASPARS.
Pe sort loen a zebr ha ne gac'h ket ?
— Ann teurek.
41. — BRASPARTZ.
Quelle espèce de bête mange et ne ch.. pas ?
— La tique.
42. — HUELGOAT.
Petra han euz ankounaet ann aotrou Doue d'ober, pa oa oc'h ober
tro ar bed t
— Eun toul reor d'ann teurek.
72 Devinettes Bretonnes.
42. — HUELGOAT.
Qu'est-ce que le seigneur Dieu a oublié de faire quand il voyageait
sur la terre ?
— Un pertuis au c. de la tique.
43. — DOUARNENEZ.
Bevi e ra e lec'h ma varvfe ar ier ; n'hen euz na pao nag askell hag
ez a buhen.
— Ar pesk.
43. — DOUARNENEZ.
[Qu'est-ce qui] vit où mourraient les poules, n'a ni pattes ni ailes et
va vite ?
— Le poisson.
44. — HUELGOAT.
a) M'em euz eur ganpik (yar. arbelik) venn
N'e deuz na dor na prenn.
— Eur vi.
44. — HUELGOAT.
a) J'ai une chambrette [var. une petite armoire) blanche
Qui n'a ni porte ni barre (pour la fermer).
— Un œuf. (Cf. E. R., 64. — Haute-Bretagne : Qui n'a ni porte ni
fenêtre, et qui est plein jusqu'au faîte ?)
TREVEREK.
b) * Duvun eur voestik vihan venn
N'e deuz na toull na prenn.
— Eun û.
TRÉVÉREC.
b) * Devine un petit coffret blanc
Qui n'a ni trou ni serrure.
— Un œuf.
45. — TREMEVEN.
* M'em euz eur ganbik vihan venn
Hag a zo alc'houeed en daou benn.
— Eur vi.
4$. — TRÉMÉVEN.
*J'ai une petite chambrette blanche
Qui est fermée à clef des deux bouts.
— Un œuf.
Devinettes Bretonnes. 7$
46. — POULLAN.
a) A-dreist va zi unan e dolon,
Da glask pa iaon, tri e gaon.
— Eur vi.
46. — POULLAN.
a) Par-dessus ma maison je jette un ;
Quand je vais chercher, je trouve trois.
— Un œuf. (Cf. E. R., 63.)
TREVEREK.
b) *Duvun a doler a-dreist ann ti
Ha pe glasker, 'gaertri.
— Eun û, pen é gwir eman ar bluskenn, ar gwenn hag ar melen-û.
TRÉVÉREC.
b) *Devine ce qu'on jette par-dessus la maison, et quand on cherche,
on en trouve trois ?
— Un œuf, puisqu'il y a la coque, le blanc et le jaune.
47. — PLOARE.
Divin pera ez a buhen heb mannea he ziviskarr war eun hent n'e ket
meinet ?
— Al labous.
47. — PLOARÉ.
Devine ce qui va vite, sans remuer les jambes, sur un chemin où l'on
n'a pas mis de pierres ?
— L'oiseau.
48. — DOUARNENEZ.
a) Eun ti uhel, uhel saet.
A zo priatet mes n'e ket raet.
— Eun neiz pik.
48. — DOUARNENEZ.
a) Une maison haute, haut perchée ;
On y a mis du mortier, mais pas de chaux.
— Un nid de pie.
BEUZEK.
b) Eur maner uhel n'euz bet kristen ganet ebet 0 sevel anezha.
— Eun neiz pik.
BEUZEC-CAP-SIZUN.
V) Un manoir élevé qu'aucun chrétien né n'a bâti.
— Un nid de pie.
74 Devinettes Bretonnes.
49. — HUELGOAT.
Daou gostez koat hag ho c'hreiz kig.
— Eur marc'h e limon.
49. — HUELGOAT.
Les deux côtés de bois et le milieu de chair.
— Un cheval au brancard d'une voiture.
50. — PLONEVE.
Koad ar c'hreiz ha kig ann daou du.
— Ann ejennet ouz ar c'harr.
50. — PLONEVEZ-PORZAY.
Bois le milieu et chair les deux côtés.
— Les bœufs à la charrette.
51. — POULLAN.
Blenchou bevin, griou houarn, eur c'horf koat hag eul lost kristen.
— Ar c'holeou deuz ann alar hag al labourer douar.
51. — POULLAN.
Extrémités de viande de bœuf, coutures de fer, un corps de bois et une
queue chrétienne.
— Les bœufs à la charrue et le laboureur (qui conduit l'attelage . Cf.
Mél., 97, col. 261.)
52. — AR FAOU.
Me am beuz eur wezenn e-dreon va zi.
Ez eo gwelloc'h he c'hroc'henn evit-hi.
— Ar c'hanab.
52. — LE FAOU.
J'ai un arbre derrière ma maison ;
Mieux vaut son écorce que lui.
— Le chanvre. * Cf. E. R., 92. — Barzaz Breiz, Troad ann eginane.)
53. — GUITALMEZE.
Glas en douar, glandour en dour.
Kaer dirag pep aotrou,
Kenderv-gompez d'ann Ankou.
— Ar c'hanab.
53. — PLOUDALMEZEAU.
Vert sur terre, mousse dans l'eau.
Beau devant tout monsieur,
Cousin-germain de la Mort.
— Le chanvre.
Devinettes Bretonnes. 75
54. — TREGARANTEK.
Petra a ia d'ar marc'had hag a lez he eskern er ger ?
— Ar c'hanab pe al lin, pa vez kribet.
54. — TRÉGARANTEC.
Qu'est-ce qui va au marché et laisse ses os à la maison ?
— Le chanvre ou le lin quand il est teille.
55. — BEUZEK.
Ru pa ia, glas pa deu,
Mad he gorf, gwelloc'h he groc'henn,
Mad he benn ha gwelloc'h he empenn.
— Al lin.
5$. BEUZEC-CAP-SIZUN.
Rouge quand il entre, vert quand il sort,
Le corps bon. la peau meilleure,
La tête bonne, et meilleur ce qu'il y a dedans.
— Le lin.
56. — BEUZEK.
a) Eur bragou glaz. eur chupenn wenn.
Hag eur glipenn wenn war he benn.
— Ar bourenn.
56. — BEUZEC-CAP-SIZUN.
a Des braies vertes, un pourpoint blanc.
Et une houppe blanche sur la tête.
— Le poireau. (Cf. E. R., 115.)
DOUARNENEZ.
b) Eur chupenn gwer plancheet !
Hag eur bonnet truillennek.
— Ar bourenn.
DOUARNENEZ.
b) Un pourpoint vert
Et un bonnet en loques.
— Le poireau.
57. — PLOARE.
a) Pemp breurik
En eur rochedik.
— Ar vesperenn.
1. Je ne traduis pas le mot plancheet. mot altéré sans aucun doute, et dont je ne pui?
etrouver la filiation.
76 Devinettes Bretonnes.
57. — PLOARÉ.
a) Cinq petits frères
Dans une petite chemise.
— La nèfle.
BEUZEK.
b) Pemp kornik ha pemp kalonik,
Hag eun ail war he vidonik.
— Eur vesperenn.
BEUZEC-CAP-SIZUN.
b) Cinq petites cornes et cinq petits cœurs,
Et un autre sur son petit bedon.
— Une nèfle. (Cf. E. R., 404.)
58. — TREVEREK.
* Duvun duvunétes :
Diwar goad, na koad na n-e ;
Rond 'vel boul, na boulna n-e.
— Un aval.
58. — TRÉVÉREC.
*Devine devinaille :
[Qui vient] du bois et n'est pas du bois,
[Qui est] rond comme une boule, et n'est pas une boule ?
— Une pomme.
$9. — POULLAN.
Pera a ia d'ar marc'hed he bao en he ziadreon ?
— Ann aval.
59. — POULLAN.
Qui est-ce qui va au marché, la patte dans le derrière ?
— La pomme.
60. — LANDÉDA.
Divin petra a ia d'ar marc'had
War eun troad ?
— Ann aval.
60. — LANDÉDA.
Devine ce qui va au marché sur un pied ?
— La pomme.
6l . — POULLAN.
Ann tad uhel, ar vamm ingrat hag ar bugale rous.
— Ar wenn gisten, ar gloerenn hag ar c'histin.
Devinettes Bretonnes. 77
61. — POULLAN.
Le père est haut, la mère est revêche et les enfants sont roux.
— Le châtaignier, la coque et les châtaignes. (Cf. Mél., 18, col. 2$$.
— E. R., 112.)
62. — BRASPARS.
M'em euz gwel't anehon beo,
Ha gwel't anehon maro,
Ha gwel't anehon 0 redek goude ma oa maro.
— Eur bod radenn.
62. — BRASPARTZ.
Je l'ai vu vivant,
Je l'ai vu mort,
Et je l'ai vu courir après sa mort.
— Un pied de fougère. Cf. Mél., 76, col. 260. — E. R.,88. — Fanch-
Zos, ... ha Michel Pipi (Montroulez, 1857', P- 22-)
63. — DOUARNENEZ.
Pa 'n em zastum ar re ail en ho zillet evit tremen ar goan, me a dol
ra re holl. Lavarit d'in piou ez onn ?
— Ar wenn.
63. — DOUARNENEZ.
Quand les autres se ramassent dans leurs vêtements pour passer l'hiver,
noi, je jette tous les miens. Dites-moi qui je suis ?
— L'arbre.
64. — PLOMODIERN.
Gwenn ha sec'h da genta, griz ha gwag goude-ze, e teu du, gwenn
ia kalet d'ar fin.
— Ar bleud, ann toaz, ar bara.
64. — PLOMODIERN.
Blanc et sec d'abord, gris et mou ensuite, il devient noir, blanc et dur
la fin.
— La farine, la pâte, le pain. (Cf. E. R., 229.)
65. — PERWENAN.
Divin hir gant ann oc'h.
Rond gand hi wrek,
Ha chouk bop toi ?
— Kouchan forniat.
65. — PENVENAN.
Devine ce que le mari a long,
78 Devinettes Bretonnes.
Sa femme rond,
Et qui se donnent à chaque coup l'accolade ?
— Mettre du pain à cuire dans le four.
66. — BRASPARS.
a) Uhel krouget
A lak ann dud da redek.
— Ar c'hloc'h.
66. — BRASPARTZ.
a) Haut pendu
Fait courir les gens.
— La cloche. (Cf. E. R., 274.)
PLONEVE.
b) Uhel pignet
Pa vez hejet,
E lak ann holl da redek.
— Ar c'hloc'h.
PLONEVEZ-PORZAY.
b) Haut monté,
Quand il est secoué,
Fait toutes gens trotter.
— La cloche.
PERWENAN.
c) * Uhel montet,
Fall wisket,
'Lak ar goz grac'hed da redek.
— Ar c'hloc'h.
PENVENAN.
c) "Haut monté,
Court habillé,
Qui fait les petites bonnes femmes trotter.
— La cloche. (Se dit ainsi à Saint-Brieuc.)
67. — BRASPARS.
a) Furik, furik dre ann ti
N'hen deuz na daoulaget na fri.
— Ar valaenn.
67. — BRASPARTZ.
a) Furet furetant dans la maison,
Devinettes Bretonnes. -j^
Sans yeux et sans nez.
— Le balai. (Cf. Barzaz Breiz, Troad ann eginane.)
GOAÏENN.
b) Pera e ra tro ann ti,
Heb lagat na fri ?
— Ar valaenn.
AUDIERNE.
b) Qu'est-ce qui fait le tour de la maison
Sans œil et sans nez ?
— Le balai. (Cf. E. R., 177.)
68. — GOAÏENN.
a) Diouskouarn heb a benn,
Kouv heb a vouellou,
Piviar heb' ivinou.
— Ar poud houarn.
68. — AUDIERNE.
•a) Oreilles sans tête,
Ventre sans boyaux,
Pieds sans ongles.
— La marmite.
PERWENAN.
b) *Korv hep boello,
Treid heb evino,
Diouskouarn hep penn.
— Eur pout houarn.
PENVENAN.
b) * Corps sans boyaux,
Pieds sans ongles,
Oreilles sans tête.
— Une marmite.
69. — PERWENAN.
*Seiz troad, peder skouarn hag eul lost.
— Eur c'hochon bihan fpe eul loen ail bennaketi 0 tibin bouet e-
barz eur pout houarn.
69. — PENVENAN.
* Sept pieds, quatre oreilles et une queue.
— Un petit cochon (ou quelque autre animal mangeant dans une
marmite. (Cf. Mél., 92, col. 261. — E. R., 42.)
80 Devinettes Bretonnes.
70. — PLOZEVET.
Duik war ruik a lak ar gwennik da lammet.
— Ar goter, ann tan hag al lez.
70. — PLOZEVET.
Noiraud sur rougeaud fait sauter blanchet.
— Un chaudron dans lequel on fait bouillir du lait.
71. — PLOUEG-AR-MOR.
*Duvunet in dra hag han euz korf heb treid, gouk hep penn ?
— Eur voutaill.
71 . — PLOUÉZEC.
* Devinez une chose qui a un corps sans pieds, un cou sans tête ?
— Une bouteille. (Cf. Mél., 47, col. 258.)
72. — PLOUEG-AR-MOR.
'Duvunet in draïk vihan hag han eus korf heb treid na hep penn, ha
deouarn heb divrec'h ?
— Eur poud dour.
72. — PLOUÉZEC.
* Devinez une petite chose qui a un corps sans pieds et sans tête, et
des mains sans bras ?
— Un pot à eau parce que son anse s'appelle dorn, main).
73. — BRASPARS.
Du 'vel ann diaoul,
Rond 'vel bragou va iontr,
Plad 'vel bragou va zad.
— Ar bilik.
73. — BRASPARTZ.
Noir comme le diable,
Rond comme la culotte de tonton,
Plat comme la culotte de papa.
— La galetière.
74. — GOAÏENN.
a Tri doull, eur beg hir, eur skouarn 1er.
— Eur vegin.
74. — AUDIERNE.
a) Trois trous, un long bec et une oreille de cuir.
— Un soufflet.
Devinettes Bretonnes. 81
BRASPARS.
b) Petra han euz daou gein ha n'hen deuz nemet eur c'hov ?
— Eur soufflet.
BRASPARTZ.
b) Qu'est-ce qui a deux dos et n'a qu'un ventre ?
— Un soufflet. (Cf. E. R., 157.)
75. — BRASPARS.
Petra a zeskeuz he zent da gement den a teu en ti ?
— Ann drezenn.
75. — BRASPARTZ.
Qu'est-ce qui montre les dents à quiconque entre à la maison ?
— La crémaillère. (Cf. E. R., 1 50.)
76. — AR FAOU.
a) Unan a ia d'he labour en eur c'hoarzin hag a zeu d'ar ger en eul
en va.
— Ar saill.
76. — LE FAOU.
a) Qui se rend au travail en riant et revient à la maison en pleurant ?
— Le seau.
PLOARE.
b) Pera ez a e lae en eur vouela hag a ziskenn en eur c'hoarzin ?
— Ar saill.
PLOARÉ.
b) Qu'est-ce qui monte en pleurant et descend en riant ?
— Le seau.
77. — BRASPARS.
a) Petra a ia war he giz d'al labour ?
— Eur saill.
77. — BRASPARTZ.
a) Qui va à reculons à son travail ?
— Un seau.
PERWENAN.
b) * Divin a zous da gemer hi garg ?
— Eur c'helorn.
PENVENAN.
b) * Devine ce qui va à reculons prendre sa charge ?
— Un seau.
Rev. Celt. IV A
82 Devinettes Bretonnes.
78. — TREGARANTEK.
Petra a ia war he benn d'he labour ?
— Eun tach.
78. — TRÉGARANTEC.
Qui va sur la tête au travail ?
— Un clou. (Cf. E. R., 139.)
79. — BEUZEK.
Pini a bur er prad, a zideon er c'hoad,
Hag a ia d'ar ger da zispartia ann drouk deuz ar vad.
— Eun tamoez.
79. — BEUZEC-CAP-SIZUN.
Qu'est-ce qui pait dans le pré, lève dans le bois,
Et va à la maison séparer le mauvais du bon ?
— Un tamis.
80. — DOUARNENEZ.
Divin divinadenn :
Eur prison a vil grambrik.
— Eur roed.
80. — DOUARNENEZ.
Devine devinette :
Une prison aux mille chambrettes.
— Un filet.
8l . — HUELGOAT.
a) Petra e ia d'ar marc'hat en eul lenva ?
— Ann amann.
81. — HUELGOAT.
a) Qui va au marché en pleurant ?
— Le beurre.
TREGARANTEK.
b) Divin d'in-me petra a ia d'ar marc'had
Ann dour en he zaoulagad ?
— Ann amann.
TRÉGARANTEC.
b) Devine ce qui se rend au marché,
De l'eau dans les yeux ?
— Le beurre. (Cf. Barzaz Breiz, Troad ann eginane.)
82. — PLOUHINEK.
M'em euz eur chibi dreut
Devinettes Bretonnes. 83
Gret he galon gad ann neut.
— Eur c'houlaouenn roussik.
82. — PLOUHINEC.
Je possède un maigrelet,
De fil son cœur est fait.
— Une chandelle de résine.
83. — KEMPER-GOEZENNEK.
'Petra ann ti a ve komanset dre lein da gentan ?
— Eur ruskenn-wenann.
83. — QUIMPER-GUÉZENNEC.
* Qu'est-ce que la maison que l'on commence par le faîte ?
— Une ruche.
84. — DOUARNENEZ.
Va mouez skiltr a spount anezhan, petra-bennag onn deud euz kro-
:'henn he vreur maro. Va c'har zo breac'h unan maro, ha gant unan
3eo ez onn gourc'hemennet.
— Eur skourjez.
84. — DOUARNENEZ.
Ma voix éclatante l'effraie, quoique je sois sorti de la peau de son
xère mort. Ma jambe est le bras d'un mort, et c'est par un vivant que
e suis commandé.
— Un fouet.
85. — POULLAN.
a) Strinkerezik en dour, pignerez er gwe,
Rouanez en nous hag intanvez en de.
— Al liser.
8$. — POULLAN.
a) Qui fait jaillir l'eau, monte aux arbres,
Est reine la nuit et veuve le jour ?
— Le drap de lit. (Cf. E. R., 172.)
DOUARNENEZ.
b) Rouanez en nous, intanvez en de,
Fouetterez en dour, strillerez er gwe.
— Al liser.
DOUARNENEZ.
b) Reine la nuit, veuve le jour,
Qui bat l'eau et dégoutte le long des arbres ?
— Le drap de lit.
84 Devinettes Bretonnes.
86. — LANRODEK.
a) * Duvun a doler dreist ann ti,
Hag e ver krog 'barz c'hoaz.
— Eur bêlenn neud.
86. — LANRODEC.
a) "Devine ce qu'on jette par-dessus la maison, sans cesser de le tenir
encore ?
— Une pelote de fil. (Cf. E. R., 184.)
TREGARANTEK.
b) Me a dolo eun dra dreist va zi, hag a zalc'ho ar penn gan-in em
dorn.
— Eur belenn neud.
TRÉGARANTEC.
b) Je jetterai une chose par-dessus ma maison, et la tête en restera
dans ma main.
— Une pelote de fil.
87. — LOKORNAN.
Divin d'in pera a veach kerkouls goude he varo hag epad he vuez ?
— Boutou 1er.
87. — LOCRONAN.
Devine ce qui voyage autant après sa mort que pendant sa vie ?
— Des souliers.
88. — TREVEREK.
* Duvun eun tiik bihan koat
Leun a eskern (yar. a gik) hag a wad.
— Eur votez-koat.
88. — TRÉVÉREC.
* Devine une petite maisonnette de bois
Pleine d'os (yar. de chair) et de sang.
— Un sabot.
89. — TREGARANTEK.
Divin d'in-me'n divinadenn :
Eun dra a zo bet beo a zo maro,
A zoug ar re veo hag a vale war ar re varo ?
— Boutou.
89. — TRÉGARANTEC.
Devine-moi une devinaille :
Une chose qui a vécu et qui est morte,
Devinettes Bretonnes. 8$
Qui porte les vivants et marche sur les morts.
— La chaussure. (Cf. Mél., $, col. 254.)
90. — GOAÏENN.
a) Pemp e poulsa, deg e iala,
Evit krapa ru ker-bramma.
— Pa ve eun den e lakat he lerou.
90. — AUDIERNE.
a) Cinq qui poussent, dix qui tirent,
Pour monter la rue de Ville-aux-Pets.
— Quand une personne met ses bas. (Cf. Mél., col. 511.)
BRASPARS.
b) Pemp e vunta, deg e chanchet, e sevel en trec'h gad ar roz ar
brammou.
— Lakat he lerou.
BRASPARTZ.
b) Cinq qui poussent, dix qui tirent, pour gravir le tertre des pets.
— Mettre ses bas.
91. — PLOUHINEK.
Pemp e talc'hen, pemp e troei unan.
— Eur vaouez 0 neza.
91. — PLOUHINEC.
Cinq qui tiennent et cinq qui tournent un.
— Une femme qui file.
92. — PLOUGERNE.
Petra a ra kant tro d'ar c'hoad,
Hep touch deillenn ouz he droad.
— Eun hinkinad neud.
92. — PLOUGUERNEAU.
Qu'est-ce qui fait le tour du bois cent fois
Sans toucher feuille du pied ?
— Le fil enroulé sur le fuseau.
93. — BEUZEK.
Divin d'id pera a zo maro hag a zo bet beo,
A zo badeet goude he varo evit dougen ar re veo.
— Eul lestr.
93. — BEUZEC-CAP-S1ZUN.
Devine une chose morte et qui a vécu,
86 Devinettes Bretonnes.
Qui a été baptisée après sa mort pour porter les vivants.
— Un navire.
94. — aber-wrac'h.
Me am beuz eun inkane wenn, hag a verra he lost bep pas a ra.
— Eun nadoz.
94. — aber-vrac'h.
J'ai une haquenée blanche dont la queue se raccourcit à chaque pas
qu'elle fait.
— Une aiguille. (Cf. Mél., 61, col. 259.— E. R. , 189. — Cf.
l'énigme lithuanienne publiée par Schleicher, Indogermanische Chresto-
mathie, p. 299 : Jument de fer, queue de chanvre. Qu'est-ce ? — Une
aiguille et du fil.)
95. — GURNUHEL.
'Divunet pini ha d'ar marc'had ha lezen hi voellou 'gaer ?
— Eun noade.
9$. — GURUNHUEL.
* Devinez ce qui va au marché et laisse ses boyaux à la maison ?
— Une aiguille. (Ses boyaux sont le fil.) (Cf. une devinette des envi-
rons de Lamballe : Qu'est-ce qui traîne ses boyaux derrière soi? — Une
aiguille.)
96. — HUELGOAT.
Petra a ia d'ar ster
Hag a lesk he boellou er ger ?
— Eur c'holc'hed.
96. — HUELGOAT.
Qui va à la rivière
Et laisse ses tripes à la maison ?
— Une couette. (Cf. Mél. $2, Col. 258. — E. R., 173. — En
Haute-Bretagne on dit : Qu'est-ce qui quitte son corps pour aller boire ?
— Une tête d'oreiller.)
97. — PERWENAN.
* Divin a delc'h da labourât pad ar bla hep kad peamant abet ?
— Ann horlach.
97. — PENVENAN.
'Devine ce qui continue à travailler toute l'année sans aucun salaire ?
— L'horloge.
98. — PERWENAN.
"Pera 'zo 'vont hag 0 tont ordinal barz en ti ?
— Ann horolach.
Devinettes Bretonnes. 87
98. — PENVENAN.
* Qu'est-ce qui est toujours à aller et venir dans la maison ?
— L'horloge. (Cf. E. R., Mél. col. 54.)
99. — ESKEVIENN.
Divin d'in pera a harp hag evit he boan zo douget ?
— Eur vaz.
99. — ESQU1BIEN.
Devine-moi ce qui supporte et qui pour sa peine est porté ?
— Un bâton.
100. — HUELGOAT.
Kant toull war eun toull hag eun hibil kik d'ho stanka tout.
— Eur veskenn.
100. — HUELGOAT.
Cent trous sur un trou, et une cheville de chair pour boucher le tout.
— Un dé à coudre. (Cf. E. R., 183.;
I O I . — HUELGOAT.
a) Kovik euz kovik
O c'hoari gand eun hibilik.
— Ar vaouez e tigori he armel.
101. — HUELGOAT.
a) Petit ventre contre petit ventre
A jouer avec une chevillette.
— La femme qui ouvre son armoire. (Cf. E. R.; 144.)
AR FAOU.
b) Kovik deuz kovik,
Hag ar bistoulik
E vont en he doullik.
— Ann nor a zigorer gant ann alc'houe.
LE FAOU.
b) Petit ventre contre petit ventre,
Et la petite affaire
D'entrer dans sa petite fente.
— La porte qu'on ouvre avec la clef.
PERWENAN.
c) Da droad ouz ma zroad,
Da gof ouz ma c'hof,
Hag eur vekillenn
88 Devinettes Bretonnes.
Da voutan 'n ez kreizenn.
— Lakat eun alc'houe barz toull 'près.
PENVENAN.
c) Ton pied contre mon pied,
Ton ventre contre mon ventre
Et une béquillette
Pour fourrer dans ton milieu.
— Mettre une clef dans la serrure d'une armoire. \Ci. l'énigme dina-
naise : Pied à pied, ventre à ventre, je prends une petite affaire et je
la lui fourre dans le ventre.)
102. — AR FAOU.
Petra a ia d'ar foar hag a lesk he doull er ger ?
— Ann alc'houe.
102. — LE FAOU.
Qu'est-ce qui va à la foire et laisse son trou au logis ?
— La clef. (Cf. E. R., 143.)
103. — TREVEREK.
*Eun tiik bihan pri, leun a voged hag a dan.
— Eur c'horn-butun.
10^. — TRÉVÉREC.
"Une petite maisonnette d'argile, pleine de fumée et de feu.
— Une pipe.
104. — PERWENAN.
"Kaeran hano tra zo barz en ti, ha c'hoaz e bihan ?
— Eskop ar c'harr-nea.
IO4. — PENVENAN.
*Quelle est la chose qui a le plus beau nom dans la maison, quoiqu'elle
soit petite ?
— L'évêque du rouet. (On nomme eskop l'instrument qui sert à tenir
le fuseau.)
IO5. — DOUARNENEZ.
Pidir 0 redek ann eil war-lerc'h eben hep 'n em baka.
— Rojou eur c'harr.
IOJ. — DOUARNENEZ.
Quatre qui courent l'une après l'autre sans s'attraper.
— Les roues d'une voiture. (Cf. E. R., 218.)
106. — POULLAN.
Pidir dimezel wenn e vont gad ànn hent.
Devinettes Bretonnes. 89
Ma 'n em drapfent hen em zreillfent.
— Eur veill-aël.
106. — POULLAN.
Quatre demoiselles blanches font du chemin ;
Si elles s'attrapaient, elles se mettraient en pièces.
— Un moulin à vent. (Cf. E. R., 235.)
IO7. — PLANN1EL.
"Divin divinétes :
Diou oc'h ober ha diou 0 paoues,
Diou en plek ha diou en ret,
Ha diou oc'h ober bopret.
— Eur vilin-awel.
IO7. — PLEUDANIEL.
* Devine devinaille :
Deux qui se reposent, deux qui travaillent,
Deux qui plient et deux qui courent,
Et deux qui travaillent toujours.
— Un moulin à vent.
108. — PLOGON.
Pera e ra bonjour da gement-hini a teu en ti ?
— Al liked.
I08. — PLOGOFF.
Qu'est-ce qui fait la révérence à quiconque entre à la maison ?
— Le loquet. (Cf. E. R., 148.)
IO9. — TREGARANTEK.
Petra ar c'heriussa en ti ?
— Treujou ann nor.
109 — TRÉGARANTEC.
Qu'est-ce qui est le plus curieux de la maison ?
— Le seuil de la porte.
I 10. — PERWENAN.
*Pesort a wel tout pez a hantre barz en ti ?
— Treujou ann nor.
110. — PENVENAN.
* Qu'est-ce qui voit tout ce qui entre dans la maison ?
— Le seuil de la porte.
III. — AR FAOU.
Seul vuigna a vo,
90 Devinettes Bretonnes.
Seul neubeuta 'boezo.
— Toullou er c'hrer.
111. — LE FAOU.
Tant plus il y aura,
Tant moins ça pèsera.
— De trous dans un crible. (Cf. Mél. 54, col. 2 $8. — E. R., 194.)
112. — PLOARE.
Pera a gresk pa ve tennet out-han ?
— Ann toull a ra ann taler.
112. — PLOARÉ.
Qu'est-ce qui augmente quand on en retire ?
— Le trou que fait la tarière. Cf. E. R., 26.)
113. — KEMPER-GOEZENNEK.
*Divunet para a diminu pa ve laket war-n-han, hag a chom 'vel ma
ve, pa ve lemmet digant-han ?
— Eur c'houlaouenn, a diminu pa ve tan en-hi.
II3. — QUIMPER-GUÉZENNEC.
'Devinez quelle chose diminue quand on y ajoute, et demeure telle
qu'elle est quand on en retire ?
— Une chandelle, qui diminue quand elle est allumée,
114. — KONK-LÉON.
Petra a ziwan er c'hoad, hag a deu en kear da ober trouz ?
— Ar vombard.
II4. — LE CONQUET.
Qu'est-ce qui germe au bois et vient à la ville pour y faire tapage ?
— Le hautbois. (Cf. E. R., 200.)
II5. — BRASPARS.
Pehini e ar gwella hag ar valla tra 'zo war ar bed ?
— Ann teod.
II5. — BRASPARTZ.
Quelle est la meilleure et la pire chose au monde ?
— La langue. ^Cf. E. R., 124.)
I 16. — ESKEVIENN.
a) Eur zall vras, diou renket kezek gwenn, e kreiz eur marc'h ru
— Ar ginou, ann dent hag ann teod.
Devinettes Bretonnes. 91
1 16. — ESQUIBIEN.
à) Une grande salle, deux rangées de chevaux blancs, un cheval
rouge au milieu.
— La bouche, les dents et la langue. (Cf. E. R., 123.)
PLOUHINEK.
b) M'em euz eun toullet ronsed gwenn.
Hag unanik ru d'ho c'hempenn.
— Ar ginou, ann dent hag ann teod.
PLOUHINEC.
b) J'ai des chevaux blancs plein un trou,
Et un petit bonhomme rouge pour les tenir propres.
— La bouche, les dents et la langue.
POULLAN.
c) M'em euz eur vandenn demezelet gwenn
Hag eur foëtik ru d'ho c'hempenn.
— Ar ginou, etc.
POULLAN.
c) J'ai une bande de demoiselles blanches
Et un petit fouet rouge pour les épousseter.
— La bouche, etc.
117. — PLOZÉVET.
Petra 'zo du e giz bran, ha bran n'e ket,
Guenn evel erc'h, hag erc'h n'e ket.
— Ar belek.
117. — PLOZÉVET.
Qu'est-ce qui est noir comme corbeau, et corbeau n'est pas ; blanc
comme neige, et neige n'est pas ?
— Le prêtre. (Cf. E. R., 270.)
118. — PLOARE.
a) Ar beg karn a ziveun ann den hantar-varo ; ann hantar-varo a
ziveun ar c'horf heb a ene ; ar c'horf heb a ene a ziveun ann den han-
tar-varo a ia e kov he vamm da zribi he dad.
— Ar c'hok a ziveun ar c'hloc'her ; ar c'hloc'her a vrall ar c'hloc'h ;
ar c'hloc'h a ziveun ar belek a ia d'ann ilis da gommunia.
118. — PLOARÉ.
a) Le bec de corne réveille l'homme à demi mort ; le demi-mort
réveille le corps sans âme ; le corps sans âme réveille l'homme à demi
mort qui va dans le ventre de sa mère pour y manger son père.
92 Devinettes Bretonnes.
— Le coq réveille le bedeau ; le bedeau met en branle la cloche ; la
cloche réveille le prêtre qui se rend à l'église où il communie. ^Cf. Mél.
26, col. 256. — E. R., 272.)
BEUZEK.
b) Divin d'id piou a vale war he vreur ha war he c'hoar, a ia en he
vamm da zrebi he dad, hag a zoug he wreg a zindan he gazel ?
— Ar belek a dreuz ar veret evit mont d'an ilis da gommunia. Diwar
fars, ar breviel, a zoug a zindan he gazel, a zo hanvet he wreg.
BEUZEC-CAP-SIZUN.
b) Devine qui marche sur son frère et sa sœur, entre dans sa mère
pour y manger son père, et porte sa femme sous son bras ?
— Le prêtre qui traverse le cimetière pour se rendre à l'église où il
communie. Familièrement, on appelle le bréviaire qu'il porte sous le bras
sa femme.
119. — PLOARE.
N'em euz ket dour hag e evou dour; mar em befe dour, a evfen
guin.
— Ar meillar, mar 'n defe dour, e c'honefe argant hag a evfe guin ;
ne 'n eus ket dour hag e rank eva dour.
119. — PLOARÉ.
Je n'ai pas d'eau et je boirai de l'eau ; si j'avais de l'eau, je boirais
du vin.
— Le meunier, s'il avait de l'eau [à son moulin], gagnerait de l'argent
et boirait du vin ; il n'a pas d'eau et doit boire de l'eau.
120. — BRASPARS.
Mar teuont ne teufont ket ; mar ne teuont ket e teufont ' .
— Ar pijonet hag ar piz.
120. — BRASPARTZ.
S'ils viennent, ils ne viendront pas ;
S'ils ne viennent pas, ils viendront.
— Les pigeons et les pois. (Cf. E. R., 69. — Fanch-Cos, p. 22.)
121. — KEMENVENN.
Be am euz ha n'em euz ket,
Mont e ran da glask evit n'em 0 ket.
1 . Les énigmes auxquelles sert de pivot une restriction mentale constituent un genre
dont on n'abuse en aucun pays plus volontiers qu'en Bretagne. Comme il serait sans
intérêt de s'embarrasser dans une trame le plus souvent inextricable, je crois devoir me
contenter d'en donner seulement quelques exemples.
Devinettes Bretonnes. 93
— Be am euz naon ha n'em euz ket bara, hag e ian da glask bara
evit n'em 0 ket naon.
121. — QUÉMÉNÉVEN.
J'ai et je n'ai pas ,
Je vais chercher pour ne point avoir.
— J'ai faim et je n'ai pas de pain ; je vais chercher du pain pour ne
pas avoir faim.
122. — PERWENAN.
a) *« Ari on da glask mar na zo ket,
Ha mar zo na c'houlan ket. »
— « Bed a poa, pa na oa,
Ha bean 'po pa na vo :
Et d'ar ger, rak bean zo ! »
— Eur c'hawel ha bugale.
122. — PENVENAN.
a) « Je viens chercher s'il n'y a pas,
Et, s'il y a, je ne demande pas. »
— « Vous avez eu quand il n'y avait pas,
Et vous aurez quand il n'y aura pas.
Allez-vous-en, car il y a ! »
— Un berceau et des enfants. (Une femme vient emprunter un berceau,
s'il n'y a pas d'enfants dans la maison où elle s'adresse.)
KERLOUAN.
b] Ken a vezo,
Ken n'ho pezo ;
Bet ho poa
Pa na doa,
Hag ho pezo
Pa na vezo.
KERLOUAN.
b) Tant qu'il y aura,
Tant vous n'aurez pas ;
Vous avez eu
Quand il n'y avait pas.
Et vous aurez
Quand il n'y aura pas.
123, — POULLAN.
Be am euz ha n'em euz ket ; ne garfenn ket kaout ; mar em befe, ne
venn ket evit hen dioueret.
94 Devinettes Bretonnes.
— Be am euz diviskarr ha ne garfenn ket kaout eur gar goat ; mar
em befe, ne venn ket evit hen dioueret.
123. — POULLAN.
J'ai et je n'ai pas ; je ne voudrais pas avoir ; si j'avais, je ne voudrais
pas m'en passer.
— J'ai deux jambes et ne voudrais pas avoir une jambe de bois ; si je
l'avais, je ne voudrais pas m'en passer.
I24. — TREVEREK.
* Mar g-oc'h eun den a gizel blomm,
Pe sort a verv heb bean tomm ?
— Ar zist ebarz ar varrikenn :
'M ije bannac'h, ac'h efenn.
(Vax. Eur varrikenn jist mad en he vlomm
Hennés a verv na ve ket tomm.)
124. — TRÉVÉREC.
*Si vous êtes un homme bien tranchant.
Qu'est-ce qui bout sans être chaud ?
— Le cidre dans la barrique :
Si j'en avais un peu, j'en boirais.
[Vax. Une barrique de bon cidre, bien d'aplomb,
Voilà ce qui bout sans être chaud. 1
125. — AR FAOU.
Eun aotrou e koste ar c'haë
N'hen deuz na mantel na saë.
— Eur bern-kaoc'h.
125. — LE FAOU.
[Il y a] un monsieur à côté de la haie,
Qui n'a ni manteau ni robe.
— Un étron.
126. — BRASPARS.
Pehini e ar c'henta tra a gac'h war eur c'hleun neve ?
— Eur reor.
126. — BRASPARTZ.
Quelle est la première chose qui ch.. sur un fossé neuf?
— Un derrière. (Cf. E. R. Indovinelli, XL.)
127. — LANGOAT.
Eun tousek bridet war lein ann erw,
Devinettes Bretonnes. 95
Touzet he benn, touzet he reor,
Tremenet dre ar pout mitonn,
Malet gant ar vilin askorn.
— Koc'h marc'h pe vioc'h.
127. — LANGOAT.
Un crapaud attaché sur un sillon,
Sa tête est tondue et son c. aussi ;
Il a passé par la marmite à mitonner.
Après avoir été moulu par le moulin à os.
— Du crottin de cheval ou de la bouse de vache.
128. — BRASPARS.
Pehini e ann nopla delienn a zo er c'hoat ?
— Ann delienn gelenn.
128. — BRASPARTZ.
Quelle est au bois la feuille la plus noble ?
— La feuille de houx. (Parce qu'on ne peut l'employer à certains
usages du domaine de la scatologie. (Cf. E. R., 116. — Fanch-Cos,
p. 20.)
129. — HUELGOAT.
Petra a ra ann dro d'ar c'hoat hep mont ebarz ?
— Ar c'hleun.
129. — HUELGOAT.
Qu'est-ce qui fait le tour du bois sans y entrer ?
— Le fossé. (Cf. E. R., 86.)
I 30. — AR FAOU.
Petra 'z eo ann hevala tra deuz penn eur marc'h er prenestr ?
— Penn eur gazek.
1 30. — LE FAOU.
Qu'est-ce qui ressemble le plus à la tête d'un cheval à une fenêtre ?
— La tête d'une jument.
131. — POULLAN.
Piou hen euz daoulagat eur c'has, fri eur c'has, beg eur c'has, dent
eur c'has, piviar eur c'has, ivinou eur c'has, kroc'henn eur c'has, ha
n'ez eo keteur c'has.
— Eur gaez.
131. — POULLAN.
Qui a les yeux d'un chat, le nez d'un chat, la gueule d'un chat, les
96 Devinettes Bretonnes.
dents d'un chat, les pattes d'un chat, les griffes d'un chat, la fourrure
d'un chat, et n'est pas un chat ?
— Une chatte. (Cf. E. R., 383. — Fanch-Cos, p. 21.)
I32. — DOUARNENEZ.
Pe seurt pesket ar muia 'zo er mour ?
— Pesket beo.
132. — DOUARNENEZ.
De quels poissons y a-t-il le plus dans la mer ?
— De vivants.
I 33. — DOUARNENEZ.
Pe seurt men ar muia 'zo er mour ?
— Men glib.
133. — DOUARNENEZ.
De quelles pierres y a-t-il le plus dans la mer ?
— De mouillées. (Cf. E. R., 347.)
1 34. — ESKEVIENN.
Pe seurt geot ar muia zo er foennek ?
— Geot glaz.
I 34. — ESQUIBIEN
De quelle herbe y a-t-il le plus dans le pré ?
— De la verte.
135. — POULLAN.
Pehini ar c'hoat stanka war ann douar ?
— Ar c'hoat kamm.
135. — POULLAN.
Quel est le bois le plus commun sur la terre ?
— Le bois tordu.
1 36. — POULLAN.
Père e stanka roudou a basse war bont Kemper da zevez foar sant
Kaourintin ?
— Roudou ann nadoz.
1 36. — POULLAN.
Quelles sont les traces les plus nombreuses qui passent sur le pont de
Quimper, le jour de la foire Saint-Corentin ?
— Les traces de l'aiguille [sur les habits].
I 37. — TREGARANTEK.
Petra 'zo uheloc'h evit ann aotrou Doue r
— He gurunenn.
Devinettes Bretonnes. 97
I37. — TRÉGARANTEC.
Qu'y a-t-il de plus haut que le bon Dieu ?
— Sa couronne. (Cf. E. R., 256.)
138. — BRASPARS.
Petra n'hen deuz ket gallet Doue da ober ?
— Eur vaz heb daou benn.
1 38. — BRASPARTZ.
Qu'est-ce que Dieu n'a pu faire ?
— Un bâton sans bouts. (Cf. Mél., col. 292.)
1 39. — TREVEREK.
a) * Petra 'zo ha n'hall ket Doue da gâd ?
— Hi bar.
139. — TRÉVÉREC.
a) * Qu'est-ce que Dieu ne peut pas trouver ?
— Son égal. (Cf. Mél., 30, col. 256. — E. R. 258. — Fanch-Cos,
p. 20.)
GURNUHEL.
V) "Pez ar paizant a wel baonde, hag ar roue na wel met raramant,
hag ar pab na wel guech ebet ?
— Hi bar.
GURUNHUEL.
b) * Qu'est-ce que le paysan voit chaque jour, le roi rarement, et le
pape jamais ?
— Son égal.
140. — PLOARE.
Pera hen euz ar memor hir ?
— Ar paper.
140. — PLOARÉ.
Qu'est-ce qui a la mémoire longue ?
— Le papier.
I41. — HUELGOAT.
Petra e reomp tout assamblez ?
— Kosaat.
141. — HUELGOAT.
Que faisons-nous tous ensemble ?
— Vieillir. (Cf. E. R., 360. — Fanch-Cos, p. 22.)
142. — BRASPARS.
Petra a zebr dre he gof hag a gac'h dre he gein ?
— Eur rabot.
Rev. Celt. IV 1
98 Devinettes Bretonnes.
142. — BRASPARTZ.
Qu'est-ce qui mange par le ventre et ch.. par le dos ?
— Un rabot.
143. — BRASPARS.
Petra a zebr dre he reor hag a gac'h dre he vek ?
— Eur ziminel.
143. — BRASPARTZ.
Qu'est-ce qui mange par le c. et ch.. par la bouche ?
— Une cheminée. ^Cf. Mél., 45, col. 258.)
144. — KERLOUAN.
Da biou e tleomp madou ann douar?
— Da zant Alar.
144. — KERLOUAN.
A qui sommes-nous redevables des biens de la terre ?
— A saint Alar. 'Jeu de mots, alar signifiant charrue. — Saint Alar,
inconnu des hagiographes, est honoré dans presque toute la Bretagne,
sans doute à cause de son nom, comme l'un des protecteurs de l'agri-
culture.)
145. — HUELGOAT.
Pet plun a zo war ar iar ?
— Kement a blun a zo war ar iar
'Vel a steret endro d'al loar.
145. — HUELGOAT.
Combien de plumes a la poule ?
— Autant de plumes a la poule qu'il y a d'étoiles autour de la lune.
(Cf. E. R., 403. — Barzaz Breiz, Troad ann eginane.)
146. — AR FAOU.
Pe da vare a ve ar muia plun war ar iar ?
— Pa ve ar c'hillok war he gorre.
146. — LE FAOU.
En quelle saison la poule a-t-elle le plus de plumes ?
— Quand le coq est sur elle. [Cf. E. R., 352. — Indov., XL1V.)
147. — BEUZEK.
Perag eo eur c'hok a lakeer war ann touriou eleac'h lakad eur iar ?
— Abalamour ma vez lakeet eur iar, ha ma zeufe da zesvi, he viou
en eur goeza a dorfe.
I47. — BEUZEC-CAP-SIZUN.
Pourquoi met-on sur les clochers un coq au lieu d'une poule ?
Devinettes Bretonnes. 99
— Par la raison que si l'on y mettait une poule, et qu'elle vînt à
pondre, les œufs se briseraient en tombant. (Cf. Fanch-Cos, p. 22. —
E. R.,331.)
I48. — POULLAN.
Père ann dud ne iaont ket d'ar brosession ?
— Ar re a ve e vralla ar c'hleier.
148. — POULLAN.
Quels sont les gens qui ne vont pas à la procession ?
— Ceux qui sonnent les cloches. (Cf. E. R., 367.)
149. — AR FAOU.
E pelec'h ema kreiz ar bed ?
— Aman. Mar ne gredit ket, mesurit. •
149. — LE FAOU.
Où se trouve le centre du monde ?
— Ici. Si vous ne le croyez, mesurez. (Cf. E. R., 353.)
1 50. — AR FAOU.
Ped lost leue e ranker kaouet evit paka ann ne ?
— Unan, mar g-ez eo hir awalac'h.
1 50. — LE FAOU.
Combien faut-il de queues de veau pour atteindre le ciel ?
— Une seule, si elle est assez longue. (Cf. E. R., 356.)
I5I. — DOUARNENEZ.
Pe seurt differanz ez eo être eun avokad hag eur rod ?
— Ann avokad, e rank beza lardet he zaouarn evit ober trous, hag
ar rod evit ne reio ket.
r 5 I. — DOUARNENEZ.
Quelle différence y a-t-il entre un avocat et une roue ?
— Il faut graisser les pattes de l'avocat pour qu'il fasse du bruit, et
la roue [de la charrette], pour qu'elle n'en fasse pas.
1 52. — AR FAOU.
Pe seurt differanz a zo être eur beleg hag eur marmous ?
— Eur belek n'euz tamm bleo war gorre he benn, hag eur marmous
n'euz ket war he reor.
152. — LE FAOU.
Quelle différence y a-t-il entre un prêtre et un singe ?
— Le prêtre n'a pas de cheveux sur le dessus de la tête (la tonsure*,
et le singe n'en a pas sur le c...
ioo Devinettes Bretonnes.
I $3. — PERWENAN.
a) * Petare differans zo 'tre eur beleg hag eun eskalier ?
— Ar beleg a ra zevel ann dorn da zaludin 'nean, hag ann eskalier,
e ann troad.
153. — PENVENAN.
a) 'Quelle différence y a-t-il entre un prêtre et un escalier?
— Le prêtre fait lever la main pour le saluer, et l'escalier fait lever le
pied. (Cf. Fanch-Cos, p. 22.)
DOUARNENEZ.
b) Pe seurt differanz zo être eun diri hag eur barner ?
— Dirag eur barner e zaver ann dorn, ha dirag ann diri e zaver ann
troad.
DOUARNENEZ.
b) Quelle différence y a-t-il entre un escalier et un juge ?
— Devant un juge on lève la main, et devant un escalier le pied.
I 54. — PERWENAN.
Petare differans zo 'tre eur beleg hag eur iar ?
— Ar beleg a c'hone he dewez dre ar geno, hag ar iar dre ar revr.
1 54. — PENVENAN.
Quelle différence y a-t-il entre un prêtre et une poule ?
— Le prêtre gagne sa journée par la bouche, et la poule par le c...
155. — AR FAOU.
Daouzek labous war eur brank, ar chasseour a lac'h unan : ped a
jomm eno c'hoas ?
— Nikun.
155. — LE FAOU.
Douze oiseaux sur une branche, le chasseur en tue un : combien en
reste-t-il ?
— Aucun. (Cf. E. R., 390. — Fanch-Cos, p. 22.)
I $6. — MONTROULEZ.
Me n'am euz bet tamm d'am c'hoan,
Nemet eur grampoenn hag unan,
Eur grampoenn hag unan hanter,
Eur grampoenn ha ter hanter,
Ann hini domm, ann hini ienn,
Hag ann hini dosta d'al lienn.
— Dek».
1. Ce problème, dans lequel le paysan breton voit une énigme, comme dans tout
Devinettes Bretonnes. 101
156. — MORLA1X.
Je n'ai eu miette à mon souper.
Si ce n'est une crêpe et une,
Une crêpe et une et demie,
Une crêpe et trois demies,
La chaude, la froide.
Et la plus rapprochée de la toile.
— Dix.
157. — BRASPARS.
Ped a ra tri vemp pemzek, daou zeitek ha tri ugent?
— Ugent.
157. — BRASPARTZ.
Combien font trois fois cinq quinze, deux dix-sept et trois vingt?
— Vingt. La phrase bretonne signifie également : Combien font trois
fois cinq fois quinze, deux fois dix-sept et trois fois vingt?)
158. — PLONEVEZ.
Mont e ran d'ar foar gant daou zek brid; prenaerannaontekmarc'h ;
lakat e ran eur brid war pep marc'h. hag e jomm eur brid gan-in heb
implich.
— Daou zek, ugent.
I58. — PLONÉVEZ-PORZAY.
Je vais à la foire avec deux dix brides ; j'achète dix-neuf chevaux ; je
mets une bride à chacun et il m'en reste une sans emploi.
— Deux fois) dix vingt. 'Daouzek, 2 + 10 = 12, et daou zek,
2x10= 20.)
I59. — TREGARANTEK.
Divinet d'in-me, divinet :
Pet krampoezenn a zaou liert
A iafe da baea eur ferm a gant skoet ?
— Daouzek mil.
I 59. — TRÉGARANTEC.
Devinez-moi, devinez :
Combien de crêpes de deux liards
Iraient à payer une ferme de cent écus ?
— Douze mille.
calcul, du reste, qui lui demande un effort de mémoire ou de réflexion auquel il n'est
pas accoutumé, m'a été communiqué par mon ami M. Luzel.
102 Devinettes Bretonnes.
l6o. — TREGARANTEK.
a) Salud d'e-hoc'h, tregont penn-gwazi !
— Salokraz , emez-ho , n'edomp ket tregont penn-gwazi : hor
c'hem'nt hag hon hanter-kem'nt ha nin a rafe tregont penn-gwazi.
— Daouzek.
IÔO. — TRÉGARANTEC.
a) Je vous salue, trente oies !
— Sauf votre respect, répondent-elles, nous ne sommes pas trente
oies : notre entier, la moitié de notre entier et nous, ferions trente oies.
X
— Douze (2 x H — = 30).
2
LANGOAT.
V) *Me ho salud, tregont a wai!
— Salud-kroas, 'me ar gars braz, ni n'emom ket tregond a wai : om
c'hement hag om hanter-kement ha ni, ne raem nemet tregont a wai.
— Daouzek.
LANGOAT.
b) *Je vous salue, trente oies !
— Sauf votre grâce, dit le grand jars, nous ne sommes point trente
oies : notre quantité, et la moitié de notre quantité et nous, nous ne fai-
sons que trente oies.
— Douze.
l6l. — PLOARE.
a) Per, eme Fanch, ro d'in eun danve hag em bo kement ha te. Per
a respont : ro d'in kentac'h unan euz da zenvet, hag em bo ann hantar
muiac'h evidout.
Pet denvet zo e bandenn Fanch hag e bandenn Per ?
— Pemp ha seiz.
161. — PLOARÉ.
a) Pierre, dit François, donne-moi une brebis, et j'en aurai autant
que toi. Pierre répond : donne-moi plutôt une des tiennes, et j'en aurai
la moitié plus que toi.
Combien de brebis dans la bande de François et dans celle de Pierre ?
— Cinq et sept, x -+- 1 = y — 1 ; y + 1 = 2 (x — 1).
PLANNIEL.
b) *Roed d'in eun u, hag em ou ann hanter muoc'h evid-oc'h, eme
unan. Ha laro iben d'ei : d'aman c'houi eunan, hag am 0 kement ha
c'houi.
— Seiz ha pemp.
Devinettes Bretonnes. 103
PLEUDANIEL.
b) * Donnez-moi un œuf, dit l'une, et j'en aurai deux fois plus
que vous. — L'autre répond : donnez-m'en un, et j'en aurai autant que
vous.
— Sept et cinq.
162. — HUELGOAT.
To pa riti '.
162. — HUELGOAT.
Couvre quand tu fais maison. (Cf. Barzaz-Breiz, Ar gouriz.)
163. — LANDÉDA.
Gra pa ri tra.
163. — LANDEDA.
Fais quand tu fais. (Cf. Barz. Br. 1. c.)
164. — TREVEREC.
* Fais us est, est us fais.
164. — TRÉVÉREC.
'Faucille use moisson, moisson use faucille.
165. — POULLAN.
Karr us men, men us karr, men us men.
165. — POULLAN.
Charrette use pierre, pierre use charrette, pierre use pierre.
166. GUITALMEZE.
Rai e gad du.
l66. — PLOUDALMEZEAU.
Rare est lièvre noir.
167. — GOAÏENN.
Esducam ceducam oduront.
167. — AUDIERNE.
S noir et crochu, C noir et crochu, 0 noir et rond.
L.-F. Sauvé.
1. Cette phrase et les suivantes sont rangées dans la classe des devinettes, par suite
des analogies de sons qu'elles présentent, les unes avec le latin, les autres avec tel ou tel
idiome encore plus éloigné du breton, et qui font que le paysan armoricain qui les
entend pour la première fois ne manque presque jamais de les attribuer à une langue
étrangère.
MÉLANGES.
LE DICTIONNAIRE BRETON DE ROUSSEL.
Ce curieux ms. se compose de 6 cahiers portant les nos 3, 4, 5, 6, 7
et 8, comprenant 260 pages d'une écriture serrée et de format in-40 ;
elles ne portent point de pagination. J'ai pu l'étudier à l'île de Batz,
grâce à l'obligeance de M. Milin à qui il appartient depuis 1857 environ ;
il était auparavant à M. Guillaume Le Jean.
Il contient un dictionnaire bret. -français qui, malheureusement, ne
commence qu'au ch (les deux premiers cahiers étant perdus), mais qui
par ailleurs est complet. Il a été écrit à Landévennec par M. Roussel,
dont le nom se trouve en marge au commencement des n, ou peut-être
par dom Le Pelletier, mais sous la dictée ou sur un ms. antérieur de Roussel.
Voici, par exemple, ce qu'il y a au mot ïès; dom Le Pelletier l'a cité et repro-
duit exactement : « ïès' manière, mode, façon de parler idem ïé ; on le
dit du jargon des petits enfants, même de la manière dont on croit que
les betes font comprendre ce quelles veulent. Yez manière de se faire
entendre yez est plus que Langage cest manière ou naturel. On ditar-yez
et au pluriel ar-yezziou Les manières grossières, impolies et mauvaises
qui approchent de celles des betes, qui veulent faire comprendre leurs
besoins ou passions : manières qui ne sont pas bien séantes aux hommes,
qui peuvent parler sans agir des mains, de la tête, etc., ce qui est en
francois gesticuler. »
La publication de ce précieux ms. serait d'autant plus importante,
qu'il ne contient que les mots bretons avec leur traduction et des exem-
ples, l'auteur s'abstenant de toute dissertation étymologique ou autre, et
se bornant à constater l'usage. Dom Le Pelletier est loin de l'avoir
entièrement fondu dans son Dict.; Le Gonidec n'a pas dû le connaître ;
M. Troude ne l'a que très légèrement mis à contribution, ses études
portant directement sur le breton pratique, c'est-à-dire parlé.
Une version tchèque du Purgatoire de Saint- Patrice. 105
M. Roussel était, parait-il, originaire de Roscoff. où existent encore
:s familles de ce nom ; aussi a-t-il suivi l'usage de Léon. La signification
plus fréquente de iez, langage, idiome, est aujourd'hui en haut-Léon et
rtout près de Saint-Pol. « génie, faculté, puissance physique ou morale :
ezek, labourât hervez ou dioc'h he iez, parler, travailler d'après ses
oyens ; enn ho iez, selon votre pouvoir; diouz va iez-me, à mon goût,
mon avis. » On le dit aussi, ordinairement au pluriel iesou, au sens de
grimaces, gestes indécents ».
On voit que non seulement pour les mots inconnus, mais même pour
istoire et les différentes acceptions des mots connus, il serait bon que
science fit quelque chose pour écrire ce qui est parlé et pour imprimer
qui est écrit. Et si elle veut arriver un jour à répondre scientifique-
înt à cette question dont elle s'occupe avec un soin jaloux : Qu'est-ce
1e les auteurs bretons ont dit, qui n'existe pas ? — elle doit d'abord se
sttre en mesure de répondre à celle-ci : Qu'est-ce qu'ils n'ont pas dit,
ce qui existe ? Car en cherchant enfin à vérifier, elle trouvera certai-
ment beaucoup plus à ajouter qu'à retrancher. Qu'elle prenne donc
tience jusqu'au jour de la moisson, « de peur qu'en voulant tirer
/raie, elle n'arrache en même temps le bon grain ».
Emile Ernault.
UNE VERSION TCHÈQUE
DU PURGATOIRE DE SAINT-PATRICE.
M. Gaidoz a publié dans la Revue Celtique, d'après un mémoire de
. Toldy (vol. II, n° 4, p. 482-484), une notice sur le pèlerinage d'un
ble hongrois au purgatoire de Saint-Patrice. La Revue philologique
îèque de Prague ' nous révèle l'existence d'une version tchèque de ce
lerinage. Il y a à la bibliothèque publique de cette ville un manuscrit
îèque intitulé : « Ici commence la belle chronique de Georges qui a
; dans le purgatoire et a vu là des choses merveilleuses, et aussi dans
nfer. » Un autre ms. du xvie siècle se trouverait également à Vienne,
t vision de Georges Jirzikovo Videni-, ainsi que l'appellent les biblio-
aphes tchèques, a d'ailleurs été plusieurs fois réimprimée comme livre
lecture populaire. L'an dernier, il en a paru une nouvelle édition à
lomysl. L'édition de librairie est identique au manuscrit conservé à la
1. Listy filologické. Prague, 1879. Sixième année, fasc. I, p. 38 et suivantes. L'article
d'un philologue bien connu, M. Gebauer.
io6 Une version tchèque du Purgatoire de Saint-Patrice.
bibliothèque de Prague ; on trouve en plus à la fin une lettre de Paul,
« prieur du monastère de Rykman [?) », datée de l'année 1053, dans
laquelle « Paul, prieur et chanoine de l'île et du purgatoire de Saint-
Patrice, » invite les fidèles « à croire, sans se permettre aucun doute,
Georges, son pèlerinage et autres diverses choses, qu'il a vues dans le
purgatoire, dans l'enfer, sur le pont tremblant (yrtkavy most) et dans le
paradis '. »
La version tchèque a évidemment été faite sur un texte qui a déjà été
signalé dans la Revue ; Georges est le fils d'un seigneur hongrois Crysaf-
fan ; il commet, comme lieutenant du roi de Hongrie en Apulie, une
foule d'atrocités et s'en va en pèlerinage, d'abord à Saint-Jacques
de Compostelle, puis ensuite au purgatoire de Saint-Patrice. Il a trente
visions qui sont racontées avec de grands détails. Après un séjour de
vingt-quatre heures dans le purgatoire, il est reçu à sa sortie par le
prieur, par les chanoines, par le roi Mathamatam (?) et le peuple.
M. Gebauer, qui donne dans le recueil tchèque une analyse détaillée du
manuscrit de Prague, se demande sur quel texte original la version
tchèque a pu être traduite ou paraphrasée. Il ignore l'existence de la :
légende hongroise dont la Revue Celtique s'est occupée. Il nous saura gré
sans doute de lui signaler le travail de M. Toldy dans les Mémoires de
la Société historique hongroise (Szazadok.. a Magyar tœrtinelmi tarsulat
Kcezlœnye. Avril 1871, p. 229-247). S'il ne lit le magyar, il pourra lire
ici même l'analyse du travail de M. Toldy.
L. Léger.
1 . D'après le texte même du récit, Georges, lieutenant du roi de Hongrie dans la
Pouille, dut vivre au xrve siècle. La lettre de l'abbé, datée de 1053, est sans doute une
invention de quelque éditeur.
BIBLIOGRAPHIE
îs Celtes, la Gaule celtique. Étude critique par L. de Valroger,
professeur d'histoire du droit romain et du droit français à la Faculté
de droit de Paris, $60 p. in-8. Paris, Didier, 1879. Prix : 7 fr. 50.
M. de V. est professeur de l'histoire du droit à la Faculté de droit de
iris : il a donc rencontré devant lui le problème des origines du droit
inçais. Plusieurs juristes, patriotiquement enthousiastes de l'antiquité
uloise, ont cru y trouver une image, un écho des usages et des insti-
tions des Gaulois. Pour se rendre compte de la valeur de ce système,
, de V. ne s'est pas contenté d'étudier et l'histoire du droit romain et
istoire de la Gaule ; il a voulu étudier aussi les institutions des autres
uples celtiques, les neveux des Gaulois plutôt que leurs descendants,
ur voir si cette comparaison ne jetterait pas quelque lumière sur son
jet. Ces recherches l'ont amené à étudier l'histoire des peuples néo-
Itiques, « histoire, dit-il avec beaucoup de justesse, peu connue, sou-
nt très défigurée ».
La conclusion à laquelle il est arrivé est une conclusion négative ; il
nse que « les coutumiers celtiques n'ont pu entrer que pour une très
ble part dans la formation de notre ancien droit... Tout en effet dans
tre ancien droit s'explique sans qu'il soit besoin de remonter aux
ltes. La Gaule était devenue romaine quand les Germains s'y établirent.
;pouillant alors cette forme romaine, elle prend une forme germanique.
1 féodalité, fille elle-même du germanisme, se constitue et donne
core à la France une forme nouvelle. Mais aux xne et xme siècles, il
fait une renaissance ; les villes s'affranchissent ; la royauté reprend
■ce ; l'étude restaurée du droit romain présente aux légistes le spectacle
ine société qui contraste singulièrement avec celle qu'ils ont sous les
ux. Ils n'ont plus dès lors qu'une pensée : c'est de faire rentrer la
ance dans le moule de la société romaine. Droit romain, germanisme,
)dalité, romanisme restauré, voilà le drame qui se déroule dans l'his-
re du droit français. Voilà de quels éléments fut formé par le génie
108 Bibliographie.
national le droit qui régissait la France avant la Révolution. Tout au
plus pourrait-on découvrir quelques atomes d'élément celtique dans le
droit comme dans la langue. — L'époque celtique n'est donc pas le vrai
commencement de l'histoire du droit français : elle n'en est que la pré-
face. »
Bien que ce résultat soit tout négatif, M. de V. a voulu faire con-
naître à ses lecteurs la longue suite d'études qui l'ont conduit là ; et il les
a emmenés à la recherche du droit celtique comme saint Brandan emme-
nait ses compagnons à la recherche de la « terre de promission ». Ce
n'est pas sans raison que nous le comparons à saint Brandan ; car,
comme ce saint, il a fait beaucoup de haltes et beaucoup de détours.
Son livre est partagé en quatre parties : I. Les temps primitifs de la
Gaule ; — II. Les Gaulois dans les temps historiques, dans les temps
anciens ; — III. Les peuples de langue celtique ; leur histoire, leurs
vieilles littératures ; — IV. Les problèmes, c.-à-d. les origines de la
Gaule, le druidisme, et le droit des différents peuples celtiques. Cette
division n'est pas sans troubler le lecteur : elle amène M. de V. à parler
en deux endroits d'un même sujet; c'est le cas de la religion des Gaulois;
c'est le cas des peuples néo-celtiques dont l'histoire politique et litté-
raire est séparée de l'exposé de leurs institutions. On préférerait, telle
est du moins notre impression, trouver ensemble et d'une seule teneur
ce qui touche le même peuple.
Le livre de M. de V. est de ceux qui embarrassent la critique, parce
que si elle trouve à louer, elle trouve aussi à reprendre. Il faut louer
l'entreprise hardie de résumer en seul volume ce que l'on sait de l'his-
toire, de la littérature et du droit de tous les peuples celtiques anciens
et modernes, synthèse que les plus savants n'avaient pas encore osée et
qui demandait des recherches dans les sens les plus divers : il faut louer
le talent d'écrivain avec lequel M. de V. intéresse le lecteur jusque dans
les détails les plus ardus. Les défauts du livre sont la conséquence de
l'entreprise elle-même : embrassant un sujet aussi immense et ne s'étant
pas préparé par l'étude des langues celtiques, M. de V. n'a pas réussi à
en dominer toutes les parties : il est des documents dont il n'a pas tiré
tout le parti possible, il en est d'autres 'notamment pour l'Irlande), dont
l'existence lui est restée inconnue. Sur plusieurs points, il soutient des
opinions qui nous paraissent en contradiction avec l'état de la science ' ;
i. Donnons-en quelques exemples : — P. 307. Il n'y a plus qu'un drame comique.
— P. 359. L'hypothèse que les Pietés seraient des Scandinaves est toute gratuite et
contraire à ce fait que les mots cités comme pietés sont incontestablement d'un dialecte
britannique. — P. 3S7. Hu le Puissant (Hu Gadarn), bien loin d'être une divinité cel-
tique, est un personnage de nos romans de chevalerie français, qui a pénétré avec eux
Bibliographie. 109
ce qui touche la religion des Gaulois, il a tenu trop peu de compte
s résultats de l'archéologie et de l'épigraphie.
Malgré ces défauts, l'ouvrage de M. de V. est un des meilleurs qui
art été écrits pour le grand public sur les choses celtiques, et il faut
, recommander la lecture surtout dans le pays où le système ethno-
aphique de M. Amédée Thierry, et les théories mystiques de MM. Jean
;ynaud et Henri Martin ont encore tant d'autorité. En ce qui touche
; peuples néo-celtiques, on y trouvera résumées leur histoire et leurs
>titutions, et pour le pays de Galles notamment, les pages que lui a
nsacrées M. de V. sont ce qu'il y a de plus complet et de plus exact
ns notre langue. — L'ouvrage de M. de V. n'a pas la prétention de
nouveler son sujet, mais de le vulgariser; aussi, malgré ses lacunes,
ut-on le recommander comme une utile introduction à l'étude des
oses celtiques.
H. G.
1 cité gauloise selon l'histoire et les traditions, par J. G. Bulliot,
président de la société éduenne, et J. Roidot, président du tribunal
civil d'Autun, 286 p.in-8. Autun, Dejussieu; Paris, Champion, 1879.
Prix : 6 fr.
De ces deux savants d'Autun, l'un, M. Bulliot, est bien connu des
chéologues et de nos lecteurs par ses fructueuses fouilles de Bibracte.
objet de leurs recherches a été d' « esquisser les traits principaux
jne cité gauloise, en étudiant rapidement sa civilisation, sa constitu-
ai, ses mœurs, son agriculture, ses constructions, au moment où César
tra dans la Gaule, l'an 59 avant Jésus-Christ. » Leur livre, écrit avec
ent et composé avec goût, est d'une lecture plus attrayante que ne
nt souvent les ouvrages d'érudition ; on y sent un esprit philosophique
bitué à comparer, ayant le sens des époques barbares et cette intui-
n du véritable historien qui refait un tableau avec quelques traits que
temps a épargnés. Ils se sont également permis, avec grand'raison
Ion nous, de ces rapprochements avec tel ou tel peuple barbare ou
uvage qui éclairent d'un trait tout un état social.
La plus grande partie du volume est consacrée à l'étude de la cité,
•à-d. de la tribu ou peuplade, du pagus, que MM. B. et R. traduisent
rdiment par « clan », de l'oppidum militaire, de l'oppidum commer-
par eux dans le pays de Galles. — P. 397. La croyance aux fées n'est pas particu-
■e à la Bretagne ni aux pays celtiques. Tout au plus peut-on dire qu'elle s'y est
eux conservée qu'ailleurs. — P. $03. Les monuments de l'ancienne langue irlandaise
se bornent pas aux gloses publiées par M. Nigra, comme M. de V. peut s'en con-
ncre en lisant la préface de Zeuss ou en feuilletant les Goidilica de M. Stokes.
1 1 o Bibliographie.
cial ou emporium et du dunum. Ils montrent que c'est exagérer que
d'employer notre mot « ville » pour traduire le terme d'urbs les rares
fois que César l'emploie pour la Gaule. Ce n'est qu'un lieu habité, un
vicus. « Les villes celtiques ne sont qu'une illusion. Il n'y a pas de villes
chez les peuples dont les notions d'architecture se bornent à des maisons
de bois. La Gaule centrale, au temps de César, ne renferme pas plus
de villes que la Germanie », p. 139.
MM. B. et R. ont décrit la cité gauloise « d'après l'histoire et les
traditions ». Les traditions, ce sont pour eux, d'abord, les superstitions
et usages du Morvan — nom moderne de l'ancien pays éduen, — une
des régions de la France où les anciens souvenirs se sont le mieux con-
servés : ils ont pensé à juste titre que ces nombreuses pratiques auprès
des sources ou des dolmens se faisaient aussi au temps des Gaulois, et
que pour le paysan qui attribue au prêtre certains dons surnaturels, le
prêtre a simplement remplacé le druide. Ce sont aussi les traditions des
autres pays celtiques, mais représentées pour l'Irlande par la Vie de
saint Patrice et un article sur le premier volume des Lois des Brehons,
pour la Bretagne et le pays de Galles, par les publications de M. de la Vil-
lemarqué. C'est dire que leur champ de comparaison était assez borné et
que dans plus d'un cas ils ont employé des documents d'une antiquité ou
d'une authenticité contestables. Ainsi nous ne pouvons admettre qu'ils
représentent les Gaulois dansant la « danse de l'épée » du Barzaz Breiz
(p. 173), ni qu'ils aillent chercher la doctrine des Druidesni même quel-
que chose de rapprochant dans un chant de Taliésin (p. 239) et encore
moins dans le prétendu mystère des Bardes de l'ile de Bretagne qu'ils
appellent, on ne sait trop pourquoi, « le livre des Runes ». Ils ont éga-
lement le tort de regarder comme un pur produit du génie celtique ces
Lois d'Howell le Bon (p. ri) qui sont mélangées d'éléments romains et
saxons. Nous n'acceptons pas non plus ce qu'ils disent (p. 231-2) du
caractère sombre de la mythologie celtique : les sacrifices humains sont
à l'origine de mainte religion, et quant aux « gracieuses fictions de
la mythologie payenne » qui servent de repoussoir aux génies des Celtes,
il ne faut pas oublier que ce sont les poètes et les artistes qui les ont
rendues si « gracieuses ».
Nous pourrions aussi relever quelques détails dans l'emploi des témoi-
gnages de l'antiquité : MM. B. et R. identifient (en passant, du reste)
les Cimbres et les Kimris (p. 181) ; ils font d'Ésus « le Dieu suprême »
(p. 232) ; et d'après qui assurent-ils qu'il « s'appelait encore « le sei-
gneur des chênes » au temps de César et de Lucain » [ibid.) ? Peut-être
aussi ne faut-il pas prendre à la lettre ce que Tacite fait dire à Boa-
Bibliographie. 1 1 1
licée : « L'herbe suffit à notre nourriture, l'eau à notre boisson, l'arbre
i notre toit » (p. 24). Si causidici qu'aient été les Bretons avant la con-
[uête romaine, ce langage sent pourtant trop la rhétorique.
Ces critiques de détail ne diminuent en rien notre estime pour l'ou-
vrage si remarquable et si attachant des deux savants éduens. Ces
rnibres sont plus que compensées par la lumière qu'ils ont jetée sur leur
ujet. Le bon ordre des matières et la clarté de l'exposition sont des
nérites dont il faut particulièrement tenir compte aux érudits.
H. G.
études sur les idiomes pyrénéens de la région française, par
Achille Luchaire, maître de conférences d'histoire et de langues de
la France méridionale à la Faculté des lettres de Bordeaux, x.n-373 p.
in-8 avec une carte. Paris, Maisonneuve, 1879.
Ce nouvel ouvrage de M. L. peut être regardé à certains égards comme
e développement, à d'autres comme la continuation de ses Origines lin-
guistiques de l'Aquitaine dont nous avons parlé plus haut (t. III, p. 468).
..es deux derniers tiers du volume sont consacrés à la langue basque et
iux patois gascons : le premier tiers traite principalement des noms de
>ersonnes et de divinités indigènes dans les inscriptions latines des Py-
énées. M. L. a une liste fort étendue de ces noms (elle forme 241 nos)
:t il en a essayé l'analyse. Par des rapprochements avec les noms des
nscriptions des pays gaulois, il rend vraisemblable la celticité de plu-
lieurs de ces noms, sinon de « la très grande majorité », comme il le
lit lui-même. M. L. fait remarquer un fait qui concilie cette opinion avec
es données générales de l'ancienne ethnographie pyrénéenne. « Ce
'ésultat, dit-il, s'explique en partie si l'on songe que la plupart des ins-
:riptions étudiées proviennent des vallées du Comminges, où l'élément
ectosage a dominé, comme y prévalut aussi plus tard l'élément romain,
\ cause du voisinage des eaux minérales et des grandes carrières de
narbre. L'absence ou l'extrême rareté des inscriptions funéraires ou
votives dans le plus grand nombre des vallées pyrénéennes tient aux
habitudes de la population aquitanique primitive, qui ne pratiquait pas la
:outume romaine ou gallo-romaine de graver sur le marbre le souvenir
adressé au défunt ou à la divinité. Les quelques indigènes de nom aqui-
:ain que nous font connaître les inscriptions, étaient en contact direct
îvec les grands centres gallo-romains de la chaîne et avaient adopté les
:outumes des conquérants. » Cette observation est fort juste.
H. G.
I 12
Bibliographie.
Esquisse de la religion des Gaulois avec un appendice sur le dieu
Encina, par H. Gaidoz (Extrait de V Encyclopédie des sciences religieuses,
t. V), 24 p. in-8. Paris, Fischbacher, 1879. — Prix : 2 fr. 50.
Dans ces quelques pages, M. G. a donné un bon résumé de ce que
l'on connaît sur la religion et sur les prêtres des Gaulois. Cette esquisse
est le programme d'un livre qu'il fera peut-être un jour ; il ne le promet
pas, mais nous l'espérons. Ses appréciations, qui nous paraissent justes,
démontrent qu'il voit sous son vrai jour ce problème difficile, dont la
solution ne peut être exposée qu'à la condition de s'appuyer sur des faits
et de s'abstenir de la fureur des hypothèses qui a égaré les celtomanes.
Cette brochure est terminée par une surprise très piquante qui prouve
où peut mener l'abus des étymologies, surtout lorsqu'on les emploie à
expliquer une langue à peine connue. C'est une lettre d'un savant étran-
ger, aujourd'hui décédé, qui, à l'aide de l'irlandais, du gallois et du
comique, a déterminé le nom gaulois d'une divinité, d'après une gra-
vure. Malheureusement, ce nom est la signature de l'artiste qui a exécuté
la gravure '.
A. DE B.
Kurzgefasste Irische Grammatik mit Lesestùcken, von Ernst
Windisch, x-149 p. in-8. Leipzig, Hirzel, 1879. p"x : 4mk. (5 fr.).
En publiant cette grammaire résumée de l'ancien irlandais, M. W. a
rendu un service signalé aux études celtiques. Nous ne voulons pas
rabaisser l'œuvre monumentale de Zeuss, mais sa Grammatica celiica est
d'une lecture pénible et les règles y sont souvent noyées dans les
exemples. Le but de M. W. a été de résumer les règles de l'ancien
irlandais, en ne donnant d'exemples que ce qu'il faut pour faire com-
prendre celle-ci. Peut-être est-il tombé dans l'excès contraire, et a-t-il
trop condensé certaines parties, le pronom par exemple, à notre avis.
En tout cas l'œuvre de M. W. est destinée à rendre l'étude de l'ancien
irlandais beaucoup plus abordable et plus prompte : elle ouvre une grande
route dans une forêt où il n'y avait encore que des sentiers perdus
souvent dans les broussailles.
La grammaire se termine par quelques morceaux choisis et un glos-
saire pour l'intelligence de ces morceaux. M. W. a parfois jugé inutile
d'enregistrer dans ce glossaire des formes verbales qui se trouvent citées
1 . Ce nom est celui d'Encina, qui figure au bas d'une gravure qu'on trouvera à la
p. 2 du tome 1 de la Revue Celtique.
Bibliographie. 1 1 3
dans la grammaire : il serait néanmoins plus commode pour l'étudiant
de les trouver de nouveau à leur ordre alphabétique. Plus d'un lecteur
novice aimerait aussi à trouver la table des abréviations des titres de
mss. cités dans l'ouvrage et dans les morceaux choisis.
On ne saurait être trop clair dans une œuvre destinée aux débutants.
Après avoir dit que l'infinitif irlandais gouverne le génitif (p. 97), M. W.
cite comme exemple ro pad maith lim-sa labrad ilbelre dûib-si, et il tra-
duit : « esset acceptum mihi vos loqui multas linguas ». Est-ce que l'al-
lemand même ne pourrait pas fournir un décalque de la phrase irlan-
daise ? Par exemple « Das Reden vieler Sprachen bei Euch waere mir
angenehm ». M. W. cite plusieurs fois des idiotismes français qui cor-
respondent à des idiotismes irlandais. On pourrait en augmenter le
nombre : P. 43, la phrase irlandaise citée § 184 se traduit littéralement
en français « celui d'entre vous qui est plus fort tue l'autre ». — P. 98,
§ 366, en français comme en irlandais l'infinitif peut se construire après
la proposition : iar n-aîlugud buide do Dia « après avoir rendu grâce à
Dieu » ; ria-n-dul don cath « avant d'aller au combat » ; bdtar oc 61 « ils
étaient à boire ». — P. 107, § 392, à la formule irlandaise dûs in
(= do fius in) correspond tout à fait, mais dans le français populaire, la
formule savoir si dans le sens de est-ce que.
M. W. a communiqué à M. d'Arbois de Jubainville, qui l'a publiée
dans la Revue critique (n° du 19 avril 1879, p. 297), une liste d'errata
que nous croyons utile de reproduire ici :
P. 130 manque césad « souffrir ».
Ibid. s. v. cldr, lire clar-lestar.
P. 1 32 s. v. cuindrigium, lire VI, 9.
Ibid. s. v. ddl, au lieu de can ddil, lire do cach ddil.
P. 133 col. 2 1. 1 , lire dia, s. do.
P. 136 lire fdidim pour faidil.
Ibid. manque Find Finn ; do ind = do Find IV, 7.
P. 140 manque Laigin, gen. Laigen, Lagenienses ihabitants du
Leinster).
P. 146 manque sirim ich suche '.
A ces errata, nous en joindrons quelques-uns de peu d'importance.
P. 46, 1. 6, lire si.
P. 47, dans le tableau des prépositions, lire ocainn, frinn, triun ;
M. W. donnant les autres cas et les autres prépositions sans les notae
1. En publiant ces errata, M. d'Arbois de Jubainville donnait de son côté cette correc-
tion : erhcert pour erhcp.lt p. 57, 1. 13. Nous avouons ne pas comprendre cette prétendue
correction qui rend la phrase de M. W. vide de sens.
Rev. Celt. IV 8
N4 Bibliographie.
augentes, il serait bon, pour la symétrie du tableau, de supprimer
celles-ci dans les mots que nous citons.
P. 65,1. 22, lire obtulerunt.
P. 67, 1. 3 avant la fin, lire Prses.
P. 117, n° 47, lire n-amreid.
P. 118, fragment II, si M. W. rétablit Lochlind, au moins devrait-il
dire en note que le ms. porte lothlind, comme l'affirme M. Nigra (Reli-
quie celtiche I, p. 191. M. Nigra donne aussi, à l'avant-dernier vers,
chail et chlaim comme lecture du ms. où W. écrit chuil et chluim. —
Dans le même vers lire ro-is ou rois au lieu de ro is.
Nous sommes heureux de terminer cet article en annonçant que M. W.
achève d'imprimer une chrestomathie irlandaise avec un copieux glos-
saire. Ce glossaire sera le premier dictionnaire de l'ancien irlandais,
œuvre dont les érudits sentent si vivement le besoin. M. W. aura ainsi
ouvert une ère nouvelle pour les études irlandaises, et on ne tardera pas
à voir les heureuses conséquences de sa féconde activité.
H. G.
The ancient British Church, a Historical essay , by John Pryce,
M. A, Vicar of Bangor, xi-292 p. pet. in-8. Londres, Longmans.
1878. Prix : 6 sh. 'j fr. 50}.
Cambria Sacra, or the History of the early Cambro-British Christians,
by the Rev. Louis Nedelec, xxx-584 p. in-8. Londres, Burns et
Oates, 1879. Pfix : iosh. 6 d. (13 fr. ij).
Un des sujets mis au concours de l'Eisteddfod de 1876 était l'Histoire
de l'ancienne église bretonne : le mémoire couronné a été celui de
M. John Pryce, pasteur à Bangor, que son auteur publie aujourd'hui.
Au milieu des luttes religieuses qui animent le pays de Galles, et dans
lesquelles maint polémiste cherche à peindre l'ancienne église bretonne
des couleurs de sa propre secte, il faut louer M. P. de ne s'être inspiré
que de l'amour de la vérité et d'avoir gardé l'impartialité qui convient à
un si grand sujet. L'ancienne église bretonne faut-il le dire ici r était
catholique, mais par suite de son isolement elle avait gardé, comme
l'ancienne église d'Irlande, certaines pratiques, certains usages aban-
donnés sur le continent. Ces usages furent l'objet d'un grave conflit
lorsque le clergé breton, c.-à-d. gallois, se trouva en contact avec les
missionnaires romains qui avaient converti les Saxons, et lorsque ces
missionnaires voulurent établir l'unité de rite dans toute la Grande-
Bretagne et ne faire qu'une église de l'ancienne église bretonne et de la
nouvelle église saxonne. Mais l'hostilité des races, compliquant la ques-
Bibliographie. 1 1 5
tion ecclésiastique, rendait l'accord plus difficile. En fait, ce furent les
victoires des rois saxons qui triomphèrent de ces résistances et réduisirent
les évêques bretons à reconnaître la suprématie du siège de Cantorbéry.
L'étude de M. P. est approfondie et puisée aux sources : nous nous
étonnons seulement qu'il n'ait pas profité des anciennes inscriptions
chrétiennes de la Grande-Bretagne publiées en 1876 à Berlin par
M. Hùbner, et, avant cette époque, éparses pour le plus grand nombre
dans VArchœologia Cambrensis. D'autre part, il donne un peu trop d'im-
portance aux Triades, et quand il cite (p. 7, n.) le jugement de Stephens
d'après son histoire de la littérature galloise, il paraît ignorer le travail
de beaucoup postérieur de ce savant sur les Triades, publié dans le
Beirniad de 1 86 5 .
Nous aurions aussi voulu qu'il essayât de développer davantage ce
qui touche à la vie intérieure de l'ancienne église bretonne, et qu'il
donnât quelques détails sur l'art ecclésiastique de l'ancien pays de Galles.
Ces réserves ne nous empêchent pas de reconnaître la sincérité et la
valeur de l'histoire de M. Pryce.
L'ouvrage de M. Nedelec traite le même sujet, mais à un point de
vue tout différent. Comme son nom l'indique, l'auteur est breton : il est
prêtre, il appartient au clergé catholique de Cardiff, dans le sud de
Galles. La présence d'un prêtre breton dans une communauté de catho-
liques gallois forme un pendant aux missions protestantes de pasteurs
gallois dans notre Basse-Bretagne. L'ouvrage de M. l'abbé N. n'est pas
un ouvrage d'érudition : l'auteur ne s'est servi que de travaux de seconde
main. C'est un livre de vulgarisation et de propagande où M. l'abbé N.
s'attache à démontrer, — si inutile que cette tâche puisse paraître à nos
lecteurs, — que l'ancienne église bretonne était catholique et non pro-
testante. Ce caractère de propagande et d'édification qui domine son
ouvrage est l'excuse de l'auteur pour entremêler son récit de digressions,
p. ex. sur la nécessité pour l'Angleterre de revenir au catholicisme
(p. 87) ou sur le ritualisme et la confession (p. m 81, ou encore un conte
breton d'après Souvestre (p. 1 39). Au point de vue de la critique histo-
rique, on pourrait lui reprocher d'accepter trop aisément de pieuses
légendes, comme le voyage en Grande-Bretagne de saint Pierre, saint
Paul et Joseph d'Arimathie, et l'histoire du roi Lucius. C'est sans doute
par sa facilité à accepter les faits les moins prouvés que M. l'abbé N.
fait naître saint Patrice en 372 en Armorique, à Pontaven, dans le
Finistère. La plus grande partie du volume est occupée par la vie des
saints de l'ancienne église bretonne.
H. G.
1 1 6 Bibliographie.
Lectures on Welsh Philology. By John Rhys, M. A., Professor of
Celtic at Oxford, Hon. Tutor of Jésus Collège, late Fellow of Merton
Collège, perpétuai Member of the Paris Philological Society, Corres-
ponding Member of the Esthonian Society of University of Dorpat.
Second Edition. Revised and Enlarged. xiv-466 p. in-8. Londres,
Trùbner, 1879. Prix : 15 sh. (18 fr. 7$).
Une seconde édition au bout de dix-huit mois, voilà une preuve et du
mérite de l'ouvrage de M. Rhys et de l'intérêt que la philologie galloise
trouve aujourd'hui auprès du public d'outre-Manche. M. d'Arbois de
Jubainville a donné ici même (t. III, p. 280-5) un compte-rendu détaillé
de ce livre, à propos de la première édition, et après lui nous n'aurions
que peu de chose à dire. M. R. a retouché son ouvrage, mais par le
détail : il en a maintenu toutes les théories.
Les critiques présentées par M. d'A. de J. sur l'origine ethnogra-
phique des inscriptions oghamiques du pays de Galles conservent à notre
avis toute leur force ; d'autant qu'aux arguments présentés par M. d'A.
de J. on peut ajouter ce fait que la tradition de l'écriture oghamique
s'est conservée en Irlande, tandis que le pays de Galles n'en présente
pas de traces. Mais nous avouons que sur une question aussi neuve il y
a matière à discussion. Quoi qu'il puisse en advenir, quand les matériaux
seront plus nombreux, quand on sera certain de la lecture de ces ins-
criptions, M. R. n'en aura pas moins fait faire un grand pas à ce pro-
blème. Il a réuni les inscriptions oghamiques et les inscriptions latino-
chrétiennes du pays de Galles, et s'il a été devancé par M. Hubner
dans la publication de la plupart de ces inscriptions, il n'en a pas moins
le mérite d'avoir frayé la voie.
Nous regrettons que M. R. n'ait pas, suivant le conseil de M. d'A. de
J., donné une table de concordance entre son numérotage des inscrip-
tions et celui de M. Hubner. Les deux ouvrages se complétant l'un
l'autre pour l'étude des inscriptions chrétiennes du pays de Galles,
M. R. eût évité une grande perte de temps à ses lecteurs en donnant
cette courte référence. Les citations seront même dans l'avenir d'autant
plus laborieuses et plus périlleuses que M. R. n'a pas gardé son propre
numérotage de la première édition. Il a détruit ce numérotage pour y
insérer à leur ordre géographique les inscriptions découvertes dans l'in-
tervalle de ses deux éditions ice sont ses n°* 5, 7, 1 $, 39, 52, 79, 90,
10 1) : il eût pourtant été bien aisé de donner à ces nouvelles inscrip-
tions des nos bis. Ils dédaignent vraiment trop leurs lecteurs, les auteurs
dont les livres traversent plusieurs éditions, quand ils modifient inutile-
Bibliographie. 1 17
ment des dispositions de chiffres qui facilitent les citations et les recher-
ches. — Ajoutons, pour compenser cette critique, que la nouvelle
édition contient une série très complète d'indices des mots cités.
Si nous nous bornons à des critiques, c'est que l'éloge de M. R.
serait banal dans une revue qu'il honore de sa collaboration et qu'il a
enrichie d'importants et remarquables articles.
H. G.
Sechs Bearbeitungen des altfranzœsischen Gedichts von Karls
des Grossen Reise nach Jérusalem und Constantinopel
herausgegeb. von Dr. Eduard Koschwitz, Privatdocenten a d. Uni-
versitaet Strassburg. xix-186 p. pet. in-8. Heilbronn, Henninger,
1879. Pr'x : $ mk- 40 (7 fr.).
Dans notre précédent volume p. 287}, M. Rhys a rendu compte d'un
travail de M. Koschwitz où se trouvaient cités des fragments de la ver-
sion galloise du voyage de Charlemagne à Constantinople. Aujourd'hui,
M. K. publie six versions de cette histoire choisies parmi les plus
anciennes, deux islandaises, trois françaises, et la version galloise du
livre rouge d'Hergest dont il avait été question plus haut. C'est par ce
point seulement que nous appartient le nouvel ouvrage de M. K. C'est
M. Rhys qui a obligeamment fourni à M. K.. la copie du texte gallois et
la traduction en langue anglaise qui l'accompagne. C'est dire que cette
édition ne laisse rien à désirer comme fidélité et comme exactitude.
Cela fait un texte moyen-gallois de plus sorti des manuscrits et donné
au public. Ce n'est, comme on peut le penser, qu'une imitation du
récit français du voyage de Charlemagne à Jérusalem et à Constanti-
nople ; il contient quelques détails assez libres, comme c'est le cas de la
littérature du moyen âge, et on fait en le lisant la réflexion que les Gal-
lois du moyen âge n'étaient pas aussi pudibonds que ceux d'aujourd'hui.
H. G.
Poèmes bretons du moyen âge, publiés et traduits d'après l'incu-
nable unique de la Bibliothèque nationale, avec un glossaire-index,
par le vicomte Hersart de la Villemarqué, membre de l'Institut,
284 p. in-8. — Paris, Didier, 1879.
Notre éminent collaborateur M. d'Arbois de Jubainville a parlé ici
même >t. III, p. 293-5) de la réédition avec traduction du « Trépas de
Madame la Vierge Marie » publiée par M. de la V. dans la Revue de
Bretagne et de Vendée. Depuis, M. de la V. a publié dans le même recueil
deux autres petits poèmes provenant du même incunable, l'un « les
1 1 8 Bibliographie.
quinze joies de Marie », l'autre « la vie de l'homme », sorte de poème
macabre. Le savant breton a fait de ces divers articles un tirage à part
qui, avec une étude sur les sources et la langue de ces textes et un glos-
saire, forme un assez fort volume. — L'étude sur les sources se borne
au « Trépas de Madame la Vierge Marie », et aux divers textes de ces
antiques légendes, plus spécialement le texte latin qui a servi de proto-
type au poète breton : M. de la V. n'a pas retrouvé les sources des deux
autres poèmes, dont il est pourtant vraisemblable de croire qu'ils sont
également imités du français ou du latin. — Le glossaire, auquel M. de
la V. a donné de grands soins, est fort étendu et forme un complément
d'autant plus utile à Lagadeuc qu'il donne des mots omis par ce dernier.
M. de la V. a souvent cité, comme éclaircissement, les mots congénères
des autres langues celtiques. Il les donne quelquefois dans une ortho-
graphe qui n'est pas l'orthographe ordinaire ; ainsi pour le gallois il écrit
ffydd et carennydh ; il faudrait choisir entre dd et dh, et même à notre
avis écrire partout dd, puisque cette orthographe a prévalu chez les
Gallois eux-mêmes.
H. G.
Zur Volkskunde, alte und neue Aufsaetze von Félix Liebrecht, xiv-
522 p. in-8. Heilbronn, Henninger, 1879. Prix : 12 m. (16 fr.).
M. L. est un des maîtres de la science des traditions comparées ; il a
beaucoup écrit sur ces matières, éclaircissant un usage, recherchant
l'origine d'un conte, d'une chanson, suivant la même superstition à travers
le vaste monde. Tous ses articles étaient épars dans de nombreuses
revues où il était souvent difficile de les chercher. On l'a heureusement
décidé à réunir en gerbes les épis qu'il a glanés dans le champ de la
mythographie : et nous espérons que le volume que nous annonçons sera
suivi de plusieurs autres.
Le titre de ce volume indique des études d'ethnographie, mais il faut
prendre ce mot dans son sens le plus large, l'étude des traditions et des
usages des peuples et de ces thèmes littéraires qui, par un mode de
transmission resté encore obscur, se rencontrent chez les peuples les
plus éloignés par la race, par l'espace et par le temps. Les essais réunis
sous ce titre traitent de contes, de chansons, de traditions, de mytholo-
gie comparée, de superstitions, usages et fêtes populaires, et aussi d'his-
toire littéraire.
Il n'est ni pays ni époque que l'érudition de M. L. n'ait mis à contri-
bution, et ce ne sont pas les moins piquants de ses essais ceux où il
retrouve les mythes germaniques en Perse et en Amérique, où il corn-
Bibliographie. 1 1 9
pare des usages de l'antiquité grecque et latine avec ceux de notre
temps. Les rapprochements avec les traditions et usages des peuples
celtiques sont fréquents; M. L. en fait plus d'une fois, autant qu'il en
trouve la matière dans les ouvrages qui ont été à sa disposition. Mais
la littérature celtique étant encore peu connue et peu répandue en dehors
d'un cercle étroit, les rapprochements de If. L. sont moins nombreux
qu'ils pourraient l'être. Si nous en ajoutons quelques-uns ici, ce n'est
pas pour critiquer M. L., c'est pour montrer de quel secours ses travaux
peuvent être aux celtistes qui veulent étudier telle ou telle tradition
celtique.
M. L. parle fp. 280' de l'emploi mystique de pierres pour maudire
un ennemi. Il n'est pas inutile de citer à ce propos une incantation
irlandaise peu connue et qui est ainsi racontée par M. Wakeman dans le
Journal of the Royal Hist. and Arch. Ass. of Ireland, 4e sér., t. III,
p. 460 : « A peculiar manner of cursing, one at least that, as far as I
know, has not hitherto been recorded, though rapidly dying out, still
rather entensively prevails in Fermanagh. It is called the Fire of Stones,
and the malédiction is usually fulminated by tenants who suppose them-
selves to be in danger of wrongful éviction. The modus operandi isexlre-
mely primitive, simple and original ; how far it may be effective it is
difficult to say. The plaintiff if I may use the termi collects from the
surrounding fields as many small boulders as will fill the principal hearth
of the holding he is being compelled to surrender. Thèse he piles in the
manner of turf sods arranged for firing ; and then kneeling down prays
that until that heap burns may every kind of sweet bad luck and mis-
fortune attend the landlord and his family. to untold générations. Rising,
he takes the stones in armsful, and hurls them hère and there in loch,
pool, bog-hole, or stream, so that by no possibility could the collection
be recovered. »
Un autre mode d'incantation par les pierres est celui qu'O'Donovan
et après lui Lord Dunraven ont constaté dans la petite ile d'Inismurray,
en face la côte de Sligo. Voici comment Lord Dunraven le décrit dans
ses Notes on Irish Architecture, publiées après sa mort par Miss Stokes,
t. I, p. $1. Comme on le verra, cette incantation est mélangée d'élé-
ments chrétiens. « There are three singular little structures within the
cashel [ce nom, qui vient du latin castellum, désigne ici un fort préhisto-
rique, formé de pierres sans ciment] called by the people Leachta or
beds. The largest is called Clocha Breaca 'the speckled stones'. It is a
square structure 7 ft. on each side, and from 3 ft. to 4 ft. high. The top
is covered with rounded stones of différent sizes. The people say they
1 20 Bibliographie.
can never be twice counted to the same number... The superstitions and
the ancient customs connected with thèse relies are curious. They were
used as cursing stones, and for purposes of revenge. The aggrieved
party must perform stations (that is, must make the circuit termed the
Way of the Cross repeating the prayers at the différent stations) nine
times, and then turn the stones, and it is believed that if his enemy
be really guilty, he will soon die or lose his mind. Such is the account
given me by the natives and confirmed by one or two curious illustrations.
As to the original use of thèse stones, I can give no opinion. » M. Wa-
keman, dans l'article cité plus haut, mentionne une superstition analogue
dont était l'objet une pierre appelée la pierre de Sainte-Brigitte, à Killi-
nagh près Blacklion, comté de Cork, et il donne un dessin du monu-
ment. C'est à cette pratique que Sir Samuel Ferguson faisait allusion dans
un de ses poèmes :
They loosed their curse against the king ;
The cursed him in his flesh and bones ;
And daily in their mystic ring
They turned the maledictive stones !.
Une superstition analogue a été signalée en Angleterre dans le
Devonshire [Notes and Queries, 6 mai 1876, p. 363).
L'article suivant de M. L., un des plus intéressants de son recueil,
traite des hommes murés vivants dans les fondations d'un édifice pour
porter bonheur à l'édifice et à ses habitants 2, usage très répandu et qui
s'est conservé en beaucoup de pays en substituant des animaux à des
hommes ou en versant quelques gouttes de sang sur les fondations.
M. L. mentionne, p. 289, l'histoire de la tête du roi Bran Ab Llyr. Une
histoire analogue est celle des os de Gwrthefyr : toutes deux sont ainsi
racontées dans une des triades dites historiques (Tr. 53, 3e sér.) :
« Trois objets cachés et découverts 3 de l'île de Bretagne. Le premier, la
tête de Bran le béni, fils de Llyr, que cacha Ovven, fils de Maxime le
Prince, dans la colline blanche à Londres ; et aussi longtemps qu'elle
serait dans cet état il ne devait pas venir d'invasion dans cette île. Le
second, les os de Gwrthefyr le béni, qui furent enterrés dans les princi-
paux ports de l'île ; et aussi longtemps qu'ils seraient dans leur cachette,
il n'y avait pas d'invasion possible dans cette île. Le troisième, les dra-
gons qui furent cachés par Lludd, fils de Beli, dans la ville de Pharaon,
1. Lays of the Western Gael, London, 1865, p. 54, cf. p. 239.
2. M. L. aurait pu à cet égard signaler une légende chinoise mentionnée par Dennys:
The Folk-Lore of China, p. 233.
3. Litt. trois caches et trois décaches, s'il nous est permis de forger ces mots.
Bibliographie. 121
dans les rochers de l'Eryri (Snowdon). Ces trois objets furent placés
sous la protection de Dieu et de ses mystères, et il devait arriver malheur
du moment que quelqu'un les découvrirait '. Gwrtheirn (Vortigern) à la
bouche torte découvrit les dragons pour se venger du mauvais vouloir
des Cymry contre lui 2, et il invita les Saxons sous prétexte de l'aider à
combattre les Gaëls Pietés : et après cela il découvrit les os de Gwrthe-
fyr le béni, par amour pour Ronwen, fille d'Hengist le Saxon ; et Arthur
découvrit la tête de Bran le béni, fils de Llyr, parce qu'il dédaignait de
conserver l'île autrement que par sa propre force ; et après ces trois
découvertes 3 l'invasion eut le dessus sur la race des Cymry » (Myfyrian
Archaiology of V/ales, Gee's Ed. p. 406).
P. 293, M. L. parle d'animaux enterrés vivants pour apaiser le génie
d'une épizootie. Aux pays pour lesquels il donne des exemples de ce
sacrifice il faut ajouter l'Ecosse : voir Simpson, Archœological Essays,
Edinburgh, 1872. T. I, p. 41 et 205.
Ajoutons encore quelques rapprochements aux faits cités par M. L.
dans ce chapitre, mais en les empruntant à d'autres pays. Aux faits de
substitution pour une victime humaine (p. 292), il faut ajouter les super-
stitions relatives aux ombres d'hommes murés dans les fondations d'un
édifice. En Bulgarie, d'après M. Kanitz, l'homme qui a été victime de
cette pratique devient un vampire 4. M. Hyde Clarke a signalé une sem-
blable superstition à Smyrne 5.
Aux sacrifices d'animaux cités par M. L. p. 294, nous ajouterons
quelques exemples. Lors de la pose de la première pierre du nouveau
bâtiment de l'école française à Athènes, on immola un coq pour se con-
former aux usages du pays. M. Hyde Clarke (Noies and Queries du
14 avril 18771 assure que consacrer un bâtiment avec le sang d'un ani-
mal est une coutume des Arabes et des Turcs, et il raconte avoir vu
immoler un mouton en cette circonstance : le sacrifice est accompagné
1 . Pour traduire littéralement le verbe gallois, il faudrait dècacher au lieu de découvrir.
2. Ces dragons se rattachent sans doute à la légende du dragon rouge qui symboli-
sait la nationalité bretonne.
3. Litt. décaches.
4. Das Vampyrthum ist in gewissen Familien erblich, es gibt aber auch Dispositionen
fur dasselbe und oft wird man ganz unverhofft durch bœsen Zauber zum Vampyr. Am
haeufigsten, wenn ein heimtûckischer Maurer bei Beginn eines Hauses des Vorûbergehen-
den Schatten mit einer Schnur misst und dièse dann in die Grundveste desselben mit-
einmauert. Bereits nach 40 Tagen wird man zum bœsen Geiste (talasam) und beunruhigt
des Nachts bis zum ersten Hahnschrei mit allerlei Spuck die friedlichen Ortsbewohner.
Kanitz, Donau-Bulgarien und der Balkan, t. 1 (Leipzig 1875), p. 78.
J. Asiatic Greeks say if a person is passing a place where building is going on, and
a stone or plank is built on his shadow, he will die within the year. In revenge, the
ghost of a person who was so killed at Boojah hides in a well in the garden, and cornes
out every night. Notes and Queries 26 janvier 1878, s. v. Folk-lore of Smyrna.
122 Bibliographie.
d'une prière. On a constaté le même rite chez nos Arabes d'Algérie, lors
de l'ouverture de puits artésiens forés par les ingénieurs français. Voici,
d'après le récit du lieutenant Rose, un épisode de l'ouverture du premier
puits dans l'Oasis de Tamerna : « A peine M. Jus [c'est le nom de l'ingé-
nieur] avait-il fait retirer l'instrument de forage que des hommes du pays,
se frayant un passage, apportèrent une chèvre qui fut immolée sur le
puits même. » J'emprunte ce fait au feuilleton scientifique du journal le
Français du 14 août 1878. Nous signalerons encore les faits relatifs à
l'Inde, réunis par M. Weber dans son article iïber Menschenopfer bei
den lndern der vedischen Zeit, dans ses Indische Streifen, t. I, p. 5 8 et 59.
Il nous serait aisé, mais il serait peu utile, de continuer ces obser-
vations de détail : nous croyons en avoir assez dit pour montrer l'in-
térêt de l'ouvrage de M. Liebrecht. Puisse-t-il continuer bientôt de
réunir ses précieux articles !
H. G.
Nous avons aussi reçu les ouvrages et opuscules suivants :
Ch. Robert. Étude sur quelques inscriptions antiques du musée
de Bordeaux. 34 p. in-8 et $ planches. Bordeaux, 1879. (Extrait des
Mémoires de la Société archéologique de Bordeaux, t. IV.)
C'est une bonne fortune pour les études gauloises quand M. Ch. Robert tire
quelques notes, trop rares pourtant, de ses cartons. Cette brochure est un
recueil de quelques articles sur diverses inscriptions du musée de Bordeaux ;
mais nous ne pouvons en retenir ici que deux : i° l'un, sur le Jupiter des Boii,
où nous trouvons corrigé en Tertius un nom lu à tort Teîrus par M. le général
Creuly et figurant à son ordre alphabétique dans la table publiée plus haut
(t. III, p. 308) ; le nom est en lettres liées ; — 2° l'autre sur le culte de Tutela
qui, comme son nom l'indique, était d'origine romaine, et symbolisait la puis-
sance divine protectrice d'une localité.
Florian Vallentin. i* Essai sur les divinités indigètes du Vocon-
tium d'après les monuments épigraphiques. Grenoble, 1877,
87 p. in-8. (Extrait du Bulletin de l'Académie delphinale.)
Travail analogue à celui du même auteur que nous publions dans ce numéro
sur l'AHobrogie. C'est en dire l'intérêt et la valeur. De semblables monogra-
phies sur la mythologie d'une région déterminée, faites avec érudition et cri-
tique, sont les assises sur lesquelles on pourra un jour faire reposer solidement
une mythologie générale de la Gaule. Il serait à désirer que l'exemple de M. V.
trouvât des imitateurs parmi les savants de nos diverses provinces. — 2° Les
âges de pierre et de bronze dans l'arrondissement de Montéli-
mar. Grenoble, 1878, 35 p. in-8. — Cette étude est accompagnée d'une sta-
tistique des monuments et découvertes de l'époque préhistorique dans l'arron-
dissement de Montélimar et d'une carte préhistorique de cette région.
Bibliographie. 123
James Napier. Folk Lore, or superstitious Beliefs in the west of
Scotland within this century. Paisley, Gardner, 1879, vij-190 p.
in- 12.
On a déjà beaucoup écrit sur les traditions populaires de l'Ecosse, mais un
sujet aussi vaste n'est jamais épuisé. L'ouvrage de M. N. est bien divisé et les
faits y sont agréablement racontés avec quelques commentaires et réflexions qui
montrent un homme de goût et d'esprit. Il contient plusieurs détails qui nous
paraissent n'avoir pas encore été relevés, notamment sur les jeux et usages des
enfants. Le presbytérianisme, malgré son active prédication, n'a pas détruit les
superstitions en Ecosse, ni même l'esprit superstitieux,, comme on peut voir par
les histoires relatives au choléra (p. 14) et sur la persistance de la croyance
aux présages (p. 50I. Si l'on entend pendant la nuit un tic-tac dans le parquet
de la chambre qu'occupe un malade, c'est un présage de mort. Insinuerait-on
que ce bruit est produit par un ver ou par un insecte qui appelle sa compagne,
ce serait souvent, dit M. N., s'attirer le reproche d'impiété ou de manque de
foi dans l'Écriture, « car les gens superstitieux cherchent toujours un appui dans
l'Écriture ». Ce trait de caractère est bien écossais!
F. M. Luzel. Veillées bretonnes, mœurs, chants, contes et récits
populaires des Bretons- Armoricains, 291 p. in- 18. Paris, Cham-
pion, 1879. Prix : 2 fr.
Dans ce charmant petit volume. M. Luzel a voulu donner une idée de ces
veillées dans lesquelles se conservent et se propagent les traditions, les chan-
sons et les contes des paysans de la Basse-Bretagne. Il a reproduit et comme
dramatisé les conversations qui s'y tiennent et il y a fait entrer bon nombre
d'usages et de superstitions qui courent encore le pays. Ce volume contient un
peu de tout, des contes, des chansons (l'un et l'autre seulement dans la traduc-
tion française), des histoires de revenants ; il contient surtout un tableau inté-
ressant et fidèle de la littérature populaire des Bretons et des soirées autour de
l'âtre des fermes où les vieilles histoires se content encore. Ce nouveau
volume continue dignement la série des publications dans lesquelles M. Luzel
exploite avec tant de zèle et de critique la littérature traditionnelle de la Bre-
tagne armoricaine.
Eugène Rolland. Faune populaire de la France ; noms vulgaires,
dictons, proverbes, légendes, contes et superstitions. T. I. Les
mammifères sauvages, xv-179 p. in-8. Pr. 5 fr. T. II. Les oiseaux sauvages,
xv-421 p. in-8. Pr. 10 fr. Paris, Maisonneuve.
Sous une apparence modeste de compilation, M. R. publie un répertoire
excessivement précieux par le nombre immense des renseignements qu'il a réu-
nis et qu'il coordonne. Pour chaque animal, M. R. donne ses divers noms et
les formes dialectales de ces noms pour toutes les provinces de la France ; puis
viennent les dictons auxquels ils ont donné lieu, le rôle des animaux dans les
croyances populaires, les contes et les chansons dont ils sont les héros. C'est
pour chaque animal une monographie linguistique et mythologique où les faits
sont classés avec soin, sans commentaires hypothétiques. M. R. a fait entrer la
124 Bibliographie.
Bretagne bretonnante dans le cadre de ses citations, autant que cela lui était
rendu possible par les dictionnaires bretons et les divers ouvrages publiés sur la
Bretagne. En dehors de son intérêt général pour la mythographie, l'ouvrage de
M. R. n'est donc pas sans intérêt pour les études celtiques elles-mêmes. T. II,
p. 207. M. R. donne quatre noms bretons de l'alouette : Alc'houeder, Federell,
Kodioc'h et Huldr , ce dernier pour le Morbihan. Huidr est évidemment une
forme aphérésée d'alc'houeder. Il en est sans doute de même de Federell où tll
est un suffixe de dérivation et où Vf initial est le durcissement de l'aspirée
chou. Quant à Kodioc'h, M. Hamonic nous assure que ce nom est surtout
réservé à l'alouette huppée. — La forme costic, que M. R. cite (p. 269) à côté
à'Eostic (rossignol) et de ses dérivés, n'est sans doute qu'une faute d'impression
dans Souvestre, invoqué par M. R. comme autorité. M. R. rendrait son
ouvrage plus utile encore en faisant suivre chaque volume d'un index alpha-
bétique.
Decharme. Mythologie de la Grèce antique, xxxv-644 p. in-8, avec
4 chromo-lithographies et 178 figures d'après l'antique. — Paris, Garnier,
1879.
Ce n'est pas sans quelque hésitation que nous mentionnons pour terminer un
livre qui n'est pas du domaine de notre revue. Si la mythologie grecque et la
mythologie celtique se touchent, c'est en effet par quelques usages et quelques
superstitions ou par la lointaine analogie de légendes héroïques. Mais quelques
lecteurs nous sauront gré de leur signaler l'œuvre considérable du savant pro-
fesseur de Nancy. Son introduction, où il explique et justifie sa méthode, est
une critique fine et précise des systèmes d'interprétation mythologique qui se
disputent la prééminence. Pour son œuvre même, il s'est tenu dans un éclec-
tisme prudent. Sa tâche principale a été de faire l'histoire des mythes grecs en
remontant à leurs formes anciennes, et en notant leurs variantes, sans cepen-
dant négliger de tenter leur interprétation. Il convient lui-même que les adeptes
de la mythologie comparée le trouveront trop timide, tandis que d'autres le
trouveront peut-être téméraire. Ce que personne ne lui contestera, c'est d'avoir
fait un tableau de la mythologie grecque qui instruira également les amis de
l'antiquité grecque et ceux de la mythologie.
H. G.
CHRONIQUE
La Société Celtique. — Une poésie de M. Luzel. — The Folk-lore Society. -
M. Paul Sébillot sur la statistique de la langue bretonne. — Les manuscrits
de Thomas Stephens. — Un index à la Grammatica Celtica.
Dans le cours du printemps de 1879, des Bretons résidant à Paris se réuni-
rent quelquefois chez M. Gaidoz. L'idée vint de continuer ces réunions d'une
façon régulière et de fonder un dîner mensuel, analogue à celui qui réunit les
Provençaux sous le nom de la Cigale, les Normands sous celui de la Pomme.
La société prit le nom de Sociélé Celtique pour témoigner qu'à côté des Bretons
elle accueillerait aussi des Celtes d'Outre-Manche et des amis des études cel-
tiques. M. Renan, Breton comme on sait, voulut bien se joindre aux fonda-
teurs, et le premier dîner eut lieu sous sa présidence le 18 juin 1879.
Le second dîner, le 14 juillet, fut marqué par un épisode poétique. La veille
avait eu lieu le pardon de Plouaret, le village natal de M. Luzel, et M. Luzel
avait eu l'aimable attention d'envoyer au banquet une caisse de crêpes de pardon,
accompagnée d'une charmante poésie qu'on nous saura gré de reproduire ici.
KRAMPOEZ PARDON PLOUARET.
D'ar Vreuriez Keltik.
C'hui holl, Bretoned a Baris,
A em dastum eur wech ar miz,
'Vit komz euz Breiz-Izel, ar vro
A garfet betek ar maro ;
Kredet penaoz am eûz keuz braz
Dre m'oun dalc'het aman, siouas !
Ha n'hallan bezan en ho touez
Hag ober d'ac'h klevet mamouez.
Hogen, ma speret en ho kreiz,
War ann awel a zeu a Vreiz,
A nizo skanv, — tra burzuduz ! —
Hag e vinn ganeoc'h evuruz.
Ouspenn a zo, ha mar karet
Kaout lod a bardon Plouaret,
1 26 Chronique.
A zo hirie, hag euz a-bell
Klewet ha gwelet Breiz-Izell,
Setu aman krampoez-gwiniz,
Krampoez pardon, hervez ar c'hiz,
Grêt gant bleud gwiniz, leaz, viou.
Debret peb a unan pe diou.
Ar gwiniz er parle a savas,
Ha gant ann heol a zarevas,
Ha pa oe medet, war ar skour,
Einidigou a gane flour.
Eur vuc'h vriz 'roas ann amann,
Ive al leaz, fresk ha gwenn-kann,
Grêt gant ar ieot ha gant bleuniou
Ar parkou hag ar meneziou.
Hag ar viou, eur iarik wenn
Ho dovas, war zollier ar foenn,
Lec'h ma defoa he neiz kuzet ;
Met dre he c'hân eo bet kavet.
Hag ar c'hrampoez a zo bet grêt
En Keranborn, en Plouaret,
Gant eur vatès koant, eur plac'hik
A gane laouenn eur zonik.
Debret 'ta, paotred, ma c'hrampoez,
Ha neuze e saovfet ho mouez
Evit kana melodi Breiz,
A sonjet en-hi, noz ha deiz.
0 Breiz-Izell, o kaera bro,
Koad en he c'hreiz, ha mor en-dro,
N'eus ket a gaeroe'h bro er bed,
Ha dréist holl da garinn bepred !
LES CRÊPES DU PARDON DE PLOUARET.
A la Société Celtique.
Vous tous, Bretons de Paris, — Qui vous réunissez, une fois par mois, —
Pour vous entretenir de la Basse-Bretagne, le pays — Que vous aimerez jusqu'à
la mort ;
Croyez que j'ai grand regret — De ce que je suis retenu ici, hélas ! — Et
que je ne puis être parmi vous — Et vous faire entendre ma voix.
Mais, mon esprit au milieu de vous, — Sur le vent qui vient de la Bretagne,
— Volera léger, ô merveille ! — Et je serai heureux avec vous.
Il y a davantage, et si vous voulez — Avoir votre part du pardon de Ploua-
ret, — Qui se trouve être aujourd'hui, et de loin — Entendre et voir la Basse-
Bretagne.
Chronique. 1 27
Voici des crêpes de froment, — Des crêpes de pardon, selon la coutume, —
Faites avec de la farine de froment, du lait et des œufs. — Que chacun de vous
en mange une ou deux.
Le froment poussa dans un champ, — Et par le soleil fut mûri, — Et quand
il fut moissonné, sur la branche, — Les petits oiseaux chantaient gentiment.
Une vache mouchetée donna le beurre, — Aussi le lait, frais et tout blanc,
— Produit des herbes et des fleurs — Des champs et des montagnes.
Et les œufs, une poulette blanche — Les pondit sur le grenier au foin, —
Où elle avait caché son nid : — Mais, il fut découvert, grâce à son chant.
Et les crêpes ont été faites, — A Keranborn, en Plouaret, — Par une ser-
vante jolie, une fillette — Qui chantait gaîment une chansonnette.
Mangez donc, les gars, mes crêpes, — Puis vous élèverez la voix — Pour
chanter les louanges de la Bretagne, — A laquelle vous pensez nuit et jour.
0 Breiz-Izel, ô le beau pays ! — Bois au milieu, et mer autour ; — Il n'y a
pas de plus beau pays au monde, — Et par-dessus tout je t'aimerai toujours !
En réponse à cette poésie, toute de circonstance, M. Quellien, barde de Tré-
guier, improvisa un quatrain qui fut immédiatement télégraphié à M. Luzel.
Mad ê da werz, mad da grampoez,
Med gwelloc'h c'hoaz hon c'harantez. —
Ronan, Hamonik ha Gaidoz,
Rolland, Loth ha Kelien. Bennoz !
Ton chant est bon et aussi tes crêpes ; — Mais meilleure encore notre amitié
(pour toi) ; — Renan, Hamonic et Gaidoz, — Rolland, Loth, Quellien. Béné-
diction !
Les deux derniers vers, comme on voit, contenaient les noms des membres du
banquet. M. Sébillot, Breton-Gallo, un des membres fondateurs, était absent ce
jour-là. La Société Celtique est à ses débuts : elle se recrutera l'hiver prochain de
membres nouveaux ; mais comme ses réunions sont de fraternelles agapes, elle
ne peut admettre dans son sein que des personnes résidant à Paris.
— Nous félicitons d'autant plus cordialement les Anglais d'avoir fondé une
société pour recueillir et étudier les traditions populaires, que nous-même
avions essayé, avec M. Rolland, une œuvre analogue pour la France. Le ter-
rain est mieux préparé en Angleterre qu'en France : un plus grand nombre de
personnes s'intéressent à ces recherches et l'Angleterre, par ses nombreuses
colonies, a pour ainsi dire le pied partout : de là un grand nombre de livres
sur les traditions et les coutumes de l'Afrique, de l'Asie, de l'Amérique.
L'Angleterre semble ainsi destinée à devenir le grand emporium du folk-lore, et
ce sont en quelque sorte ses docks que lui élève la nouvelle société.
La Folk-Lore Society a, sitôt née, publié un volume : elle en publiera un tous
les ans, sans compter les œuvres originales qui formeront des extra-volumes.
128 Chronique.
Le premier volume de son Record contient : un recueil de superstitions du
West Sussex, par Me Latham, un article de M. Ralston sur la classification des
contes populaires, un choix de contes japonais, et des notes sur les sujets et les
pays les plus divers. C'est sans doute par suite de la hâte avec laquelle la jeune
société a publié ce volume qu'on a oublié d'y joindre une table et un index
général. C'est une lacune qui sera sans doute réparée avec le volume suivant.
Nos confrères anglais savent mieux que personne de quelle utilité sont pour cet
ordre de recherches les indices étendus et détaillés.
Parmi les ouvrages dont la société annonce la publication, nous remarquons
une bibliographie du Folk-Lore par M. Th. Satchell, un ouvrage sur la méde-
cine populaire par M. Black, etc.
— M. Paul Sébillot, qui avait exposé à l'Exposition universelle de 1878,
dans la section anthropologique du Trocadéro, une carte linguistique de la
Bretagne, a publié une notice sur les limites du breton et du français dans le
Bulletin de la Société d'anthropologie (séance du 9 juin 1878). Il y a résumé, en
le complétant par ses propres informations, la plupart des observations qui
avaient déjà été faites sur cette question en différents endroits. M. Sébillot a,
du reste, présenté sa notice, moins comme un travail définitif que comme un
programme de recherches plus précises à entreprendre dans le pays même, vil-
lage par village. Depuis lors, il a eu quelques renseignements nouveaux sur la
statistique de la langue bretonne et il veut bien nous les communiquer. Les
voici :
« J'ai eu connaissance, depuis la publication de ce mémoire, de documents
officiels qui jettent un jour assez nouveau sur le nombre des personnes sachant
lire et écrire en français (le recensement officiel ne s'occupant pas de ceux qui
savent lire et écrire en breton).
« En 1872, le Finistère comptait 75,283 personnes sachant lire seulement
en français, 165,977 qui savaient lire et écrire en cette langue, soit un total de
241,260 individus qui peuvent se servir du français : on peut estimer à 20,000
au moins le nombre des habitants du Finistère qui parlent le français sans
savoir le lire ou l'écrire.
« Pour le Morbihan, le même recensement donnait 58,558 personnes sachant
lire, 147,665 sachant lire et écrire en français, soit un total de 206,223 indi-
vidus sachant le français, auxquels il convient d'ajouter une douzaine de mille
personnes qui parlent le français (en pays bretonnant) sans le lire ni l'écrire.
« Comme le nombre des individus instruits est en moyenne pour le départe-
ment de 42 0/0, le chiffre de la population en pays bretonnant étant de
33 5,000 y compris les pays mixtes, on peut compter que dans le Morbihan
170,000 gallots, 140,000 bretonnants lettrés, 12,000 illettrés entendant le fran-
çais, ce qui donne pour la population pouvant se servir de la langue française
un total de 322,600, et 182,900 individus auxquels le français est complète-
ment inconnu.
Chronique. 129
« Si l'on fait le même travail sur le département des Côtes-du-Nord, on
trouve 300,000 individus en chiffres ronds qui savent lire, ou écrire et lire;
l'instruction de 98,000 individus n'a pu être vérifiée. Le nombre des instruits
peut être porté à 50 0/0 de la population totale; si l'on applique cette statis-
tique au pays bretonnant et au pays mixte, on trouve que 152,500 individus
parlant la langue bretonne savent aussi le français.
« Il résulterait de cela que le nombre des bretonnants qui ignorent absolu-
ment le français s'élèverait :
Pour les Côtes-du-Nord, à 152,500
Morbihan '73>$00
Finistère 379i$°o
705,500
« Sur les 2,979,422 habitants de la péninsule armoricaine, 705, 500 ignoreraient
absolument le français; 2,263,900 sauraient ou parler correctement cette
langue, ou du moins s'en servir assez pour se faire comprendre ; une partie
d'entre eux toutefois se servant plus volontiers du breton que du français.
« Cette façon d'agir des recenseurs, qui semblent compter comme illettrés
tous ceux qui ne savent pas lire et écrire en français, mais qui peuvent lire ou
écrire le breton, m'engagea à chercher à connaître le nombre possible des per-
sonnes qui peuvent lire le breton, ou qui peuvent l'écrire, et qui ne savent
pas le français.
« J'écrivis à mon ami M. Luzel, qui ne put me donner un renseignement sta-
tistique précis, mais qui m'indiqua des faits curieux. Ainsi la tragédie bretonne
des Quatre fils Aimon, dont la première édition date de 181 5, publiée chez
M. Ledan à Morlaix, s'est vendue jusqu'à présent à 15,000 exemplaires envi-
ron, et l'édition ne contient que le texte breton. Comme le livre coûte 4 fr.
l'exemplaire, et que les paysans le paient sans broncher, on peut juger combien
les bretonnants sont avides de lecture.
« Il est, ajoute mon correspondant, tels gwerziou ou soniou imprimés sur
feuilles volantes de gros papier roussâtre qui se sont vendus à des chiffres vrai-
ment étonnants. Vous n'entrerez guère dans une chaumière, si pauvre qu'elle
soit, sans en trouver un certain nombre déposés dans un tiroir ou sur une
planche à côté de la Vie des Saints ou de l'almanach de l'année.
« L'almanach de Léon et de Cornouaille publié cette année en breton et en
français, et qui compte 95 pages, a été vendu en quinze jours à 5,000 exem-
plaires.
« Il est regrettable que les recenseurs n'aient pas songé à ouvrir une colonne
pour y inscrire les Bretons qui savent lire leur langue, et il est à désirer qu'au
prochain recensement cette lacune soit comblée. Le nombre de Bretons non
illettrés serait intéressant à connaître, et il contribuerait à faire un peu pâlir
les teintes foncées qui colorent sur la carte de l'instruction primaire les départe-
ments bretonnants.
« Dans le compte-rendu, très bienveillant et très intéressant, que M. Léon
Rev. Celt. IV o
130 Chronique.
Brunschvigg a consacré à mon mémoire dans le Phare de la Loire, il donne des
détails curieux sur la colonie bretonne du Havre, ville où il a résidé pendant
plusieurs années : « Les Bretons bretonnants habitent le quartier de l'Eure
« situé à l'extrémité de la ville, du côté d'Harfleur, quartier de raffineries et
« d'usines, où, sauf pour affaires, les citadins- ne mettent jamais le pied. Est-il
« besoin d'ajouter que les Bretons, presque tous employés comme manœuvres
« dans ces usines, viennent de leur côté fort rarement en ville, sauf le dimanche
« où ils se promènent par bandes de quatre ou cinq personnes dont une seule
« souvent sait à la fois le français et le breton. Les femmes ont conservé le
« costume national, la coiffe et la jupe de serge bleue garnie de velours. Ils
« sont, en général, originaires des Côtes-du-Nord. — Si le quartier de l'Eure
« est spécialement habité par les Bretons, on en trouve pourtant aussi dans le
« quartier Saint-François, notamment dans la rue du Grand-Croissant, et dans
« les ruelles qui y aboutissent. C'est dans ce quartier-là que se trouve la cha-
« pelle qui leur est réservée et que dessert depuis quelques années seulement un
« ecclésiastique breton. »
M. Sébillot, qui est Breton-Gallo, c.-à-d. Breton de la partie française de la
Bretagne, a aussi publié sur le patois gallo (dans la Revue de Linguistique de
février 1879) une notice dont il sera plus amplement parlé dans notre pro-
chaine livraison.
— L'illustre historien de la littérature galloise, M. Thomas Stephens, a laissé
en manuscrit un certain nombre de travaux, dont quelques-uns entièrement
achevés, une édition du Gododin, texte, traduction et commentaire, une histoire
de la légende du prince Madoc, et une histoire du jury dans le pays de Galles.
Ce dernier ouvrage a obtenu un prix àl'eisteddfod d'Abergavenny en 1853 et le
juge du concours était le baron Bunsen 1. Mme Stephens, qui conserve avec un
soin pieux la mémoire de son mari, cherche à publier ces travaux, et nous
croyons savoir que l'Histoire du Jury en Galles verra bientôt le jour. Mais la
société archéologique cambrienne, qui a l'excellente habitude de publier de
temps à autre des extra-volumes, ne devrait-elle pas se charger de donner au
monde savant ces œuvres posthumes de Stephens qui ont un plus grand et plus
général intérêt que ses Original Documents!1 L'association cambrienne a déjà
rendu un service de ce genre avee les Celtic Remains de Lewis Morris ; elle ren-
drait un plus grand service en publiant ces ouvrages de Stephens dont personne
ne conteste ni le mérite ni l'utilité.
— M. John Molloy a entrepris de publier un index pour la partie irlandaise
de la Grammatica celtica. Dans le manque où nous sommes encore de diction-
1. On peut voir le jugement de Bunsen dans la vie de Stephens (p. xxx) qui figure en
tête de la seconde édition de son histoire de la littérature galloise.
Chronique. i 3 1
naire de l'ancien irlandais, une pareille œuvre est appelée à rendre de grands
services. Le premier fascicule, contenant 80 p. et allant jusqu'au mot dis, vient
de paraître. Nous croyons que M. M. aurait pu se dispenser de donner des
groupes de mots écrits d'une seule teneur par les scribes des gloses, mais qu'il
n'est pas difficile de décomposer ; p. ex. : afer vir ejus, afil quod est, afir, 6
homo, etc. C'est allonger son œuvre et augmenter les frais de sa publication
d'une façon inutile. M. Molloy est son propre éditeur. Le prix de l'index est
pour les souscripteurs de 10 shellings ; on souscrit en envoyant cette somme en
un mandat-poste international à M. John Molloy, 7 Askew Crescent, Shepherd's
Bush, London, W.
H. G.
NÉCROLOGIE.
— M. le docteur Eugène Halléguen, né à Châteaulin (Finistère) en 1813,
mort à Paris en janvier 1879. Il a écrit : Armorique et Bretagne, origines armo-
rico-bretonncs, ouvrage en deux volumes : I. Armorique bretonne (1864); II.
Histoire politique et religieuse; — Les Celtes, les Armoricains, les Bretons, Nou-
velles recherches d'archéologie, de géographie et d'histoire sur l' Armorique bretonne
(1859); — £55(7i sur l'histoire 'littéraire de l'Armorique-Bretagne (1873). M. Hal-
léguen avait l'amour de l'érudition et s'occupait avec zèle de l'histoire et de la
littérature de son pays natal ; mais il lui manquait l'art d'exposer ses idées
de façon à les rendre intelligibles à autrui, et il y a peu à tirer de ses écrits.
— M. Edward Barry, né à Avesnes (Nord) le 27 mai 1809, mort le
17 mars 1879 à Toulouse; il avait été professeur à la Faculté des lettres de
cette ville de 1833 à 1874. On lui doit un grand nombre d'articles et de
mémoires sur les antiquités et les inscriptions de la région pyrénéenne épars
dans les publications de l'Académie de Toulouse, de la Société archéologique
du midi de la France, dans la Revue archéologique, dans la collection de
Mémoires lus à la Sorbonne. Il a aussi collaboré, pour l'antiquité, à la nou-
velle édition de l'histoire du Languedoc de dom Vaissète.
— Le rév. Robert Jones, ministre de la paroisse d'Ail Saints, à Rotherhithe,
Londres, né à Llanfyllin, Montgomeryshire, mort à Londres le 28 mars 1879,
à l'âge de 70 ans. Quoiqu'établi à Londres depuis trente-sept ans, M. Robert
Jones était au premier rang parmi les patriotes gallois et les amis des lettres
galloises. Il a écrit un certain nombre d'articles dans les revues galloises,
publié un recueil d'hymnes et réimprimé le rare ouvrage du D' John Davies, de
Mallwyd, Flores poetarum Britannicorum. Il avait été il y a deux ans le principal
fondateur du Cymmrodor, et il est douteux que cette publication lui survive.
M. Robert Jones avait formé une admirable collection de livres gallois qui sera
probablement dispersée aux enchères publiques.
— Le Dr Thomas Nicholas, né en 1820 près de Saint-David, comté de
Pembroke, mort à Londres le 14 mai 1879. Professeur au collège presbytérien
de Caermarthen, M. Nicholas avait quitté ce poste en 1863 pour venir s'instal-
ler à Londres. Il avait été un des plus actifs à demander la création d'une
université galloise, et la jeune université d'Aberystwyth est due à la propa-
gande dont il avait pris l'initiative. Il a publié un ouvrage sur les origines de
la nation anglaise qui a donné lieu à un curieux procès (cf. t. I, p. 170) et plu-
sieurs volumes sur l'histoire locale du pays de Galles.
H. G.
Le gérant : F. VIEWEG.
Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogent-le-Rotrou.
SIRONA.
Je n'ai pas la prétention d'avoir, dans ces quelques pages, interprété
d'une manière définitive le mythe assez obscur de Sirona. Mon seul but
était de réunir les rares monuments qui la concernent, de les contrôler
avec soin, et d'en rapprocher ce qu'ont dit de cette déesse divers archéo-
logues et mon savant confrère M. Alfred Maury.
Aucun écrivain de l'antiquité n'a mentionné Sirona, mais on possède,
comme on va le voir, plusieurs inscriptions où elle est invoquée seule ou
avec Apollon, et, parmi ces textes, il en est, les ncs i , 6, 7, 8 et 9,
qui sont accompagnés de bas-reliefs comportant, malgré leur ordonnance
sommaire et leur très mauvais état de conservation, des enseignements
d'un certain intérêt. Voici, suivant l'ordre géographique, la récapitula-
tion des inscriptions; je reviendrai plus loin sur les anaglyphes.
1° APOLLINI | GRANNO et | siRONAE | //I///////// | ///////// | T//
111/10/1/ | VSLLM. Trouvée à Baumberg (voir plus loin l'examen du
monument).
2° ////SIRONA////// | QVE • m/lilj/ | ////NIS ■ ESNA j //,/LORTA-
LAEE/////// | ////PONIVS • SECVN//// | //////TOAMCV//7/////T. M
//////// (Mayence; Brambach, Corp. inscr. rhen., n° 1001).
30 DEO | APOLLINI | ET SIRONAE |*IVLIA FRON J TINA | V. S.
L. L. M. i^Nierstein ; Brambach, op. laud., n° 719).
4° DEAE | SIRONAE | CL MARIANVS | V. S.' L. L. M. (Hocken-
heim; Brambach, op. laud., n° 1698).
50 IN H. D. D. APO | '///N ET SIRONAE ] AEDEM CVM SIGNiS.
C. LONGINiVs | SPERATVS VET. LEG. XXII. PR. P. F. | ET IVNlA
DEVA CONIVNX. ET. LON | GINl. PACATVS. MARTINVLA HILA |
RITAS • SPERATIANVS FILI ■ IN | SVO POSVERVNT ■ V. S. L.
L- M | MVCIANO ET L'FABIANO COS (Grossbotwar ; Brambach, op.
laud., n° -. 597).
Rev.Cdt. IV I0
1 34 Sirona.
6° DEAE • SIRONA// | L. LVCANIVS. CENSOR//NV////////1GIL-
LVM D//. Trêves; Brambach, op. laud., n° 814 (voir plus loin pour le
monument). *
70 IN H DD APOLLIN | ET SIRO Trêves; Brambach, op.
laud., n° 81 5 (voir plus loin pour le monument).
8° DEAE BIRONAE | MAIOR MA | GIATI FILIVS | V. S. L. M.
Sept-Fontaines, près Saint-Avold (voir plus loin pour le monument).
90 APOLLINI | ET SIRONAE } IDEM | TAVRVS. Luxeuil (voir
plus loin pour le monument).
io° NVM. AVG. DE// | SIRONA// | MAGIVSIA ■ SIBI | V. S. L. M.
Corseul; de Caumont; Bulletin monumental, t. VI, n° 5, p. 252.
1 1° SIRONAE | ADBVCIETVS | TOCETI FIL | V. S. L. M. Bor-
deaux, Mém. de la Société archéologique de Bordeaux, article de M. R.
Dezeimeris, t. I, 1874, in-8°.
12° APOLLINI | GRANNO ■ ET | SANCTAE ■ | SIRONAE | SA-
CRVM. Rome, Corp. inscr. lat., t. VI, n° 36.
A ces douze inscriptions il y a lieu de joindre, sous bénéfice d'inven-
taire, deux vœux, incorrectement transcrits par les premiers copistes
et que M. Becker, de Francfort, a essayé de restituer à Sirona '. Assuré-
ment cet auteur a raison, lorsqu'au lieu de APOLLINI ET ' S • V |
RONAC.... | BITVRIX TVLI F, lu sur une pierre découverte à Graux
(Vosges) et détruite aussitôt 2, il propose la leçon suivante : APOLLINI
ET SI | RONAE SACRVM | BITVRIX TVLI F ; mais il s'avance trop
lorsqu'il propose de reconnaître l'abréviation du nom de Sirona dans
un texte de Saint-Gaudens, ainsi altéré par Dumège3 : GEMINVS | G\
IVL. BALB. F | SIR | V. S. L. M. La pierre est au musée de Toulouse;
elle porte : GEMINVS | Q. IVL. BALBI | SER[vvs] | V. S. L. M. 4.
Il n'y a pas lieu de s'arrêter à l'inscription fausse 5 d'Olâh Brettye,
publiée par Gruter é d'après le recueil justement suspect de Zamosius et
reproduite il y a plusieurs années par MM. Ackner et Mùller7. Enfin je
mentionne, mais seulement pour ordre, un texte en l'honneur d'Apollon,
de Sirona et des Nymphes, qui ne me paraît pas pouvoir être accepté
comme élément d'étude 8.
i. lahrbuch des Vereins von Alterthums Freunden im Rheinlande, t. XX, p. 108 et suiv.
et t. XXVII, p. 80 et suiv.
2. Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t. V, p. 22.
3. Monuments religieux des Volces Tectosages, p. 203, n° 2}.
4. E. Barry, Mém. de l'Acad. de Toulouse, t. VI, p. 109, d'après le monument ori-
ginal conservé au musée.
5. Cf. Corp. inscr. lat., t. III, p. 10, n° 74.
6. P. xxxvn, n° 1 1.
7. Die rœmischen Inschriften in Dacien,n° 203, Vienne, 186J.
8. Cf. Ch. Robert, Épigraphie de la Moselle, in-40, 1869, p. 12.
Sirona. 135
Les inscriptions qui mentionnent Sirona, en acceptant celle de Graux,
sont au nombre de treize et se répartissent de la manière suivante :
Norique. ..." 1
Extrémité de la Belgique et confins germaniques. . . 9
Gaule lyonnaise 1
Aquitaine 1
Italie 1
Ainsi sur treize inscriptions, neuf appartiennent aux rives du Rhin
et aux régions de la haute Moselle ; une autre vient du Norique où
la race gauloise avait laissé des traces. On est donc fondé à dire que
Sirona appartenait au groupe des divinités féminines propres à l'est des
Gaules et aux régions rhénanes. Il est vrai qu'un autel à Sirona s'est
rencontré à Bordeaux ; mais on ne saurait en conclure que le culte de
cette déesse fût pratiqué par les Bituriges Vivisci, car leur riche emporium
était peuplé d'étrangers, ainsi que le prouvent non seulement des pierres
sépulcrales rappelant des hommes de tous les pays et par exemple
des Germains, des habitants de Trêves et de Metz, etc., mais encore
deux cippes élevés en l'honneur, l'un d'une divinité rhénane, Mercu-
rius Visucius, l'autre du rJupiter des Boii1. Quant au monument qui
se trouve à Rome, on sait que tous les cultes provinciaux se prati-
quaient dans cette ville, où un citoyen de Reims unissait dans le même
vœu les dieux de sa patrie, Arduinna et Camulus, à Jupiter, à Hercule
et à Mercure2.
Sirona, dans quatre des cinq textes qui la mentionnent seule, est
invoquée sous le titre de Dea i ; dans le cinquième, à Bordeaux, elle
est simplement désignée par son nom. Dans les huit autres, où elle
partage les vœux des fidèles avec Apollon, elle ne porte plus le titre de
Dea et se montre seulement une fois qualifiée de Sancta. Quant à son
parèdre, il ne reçoit que deux fois le surnom de Grannus 4. Ces remar-
ques auront plus loin leur application.
Si l'on passe aux consacrants, on voit que plusieurs d'entre eux ont
des noms indigènes, comme Magiusia, Adbucieîus Toceti filius, Maior
Magiati filius, mais que d'autres sont dénommés à la romaine, comme
1. Le personnage qui avait érigé ce monument appartenait soit aux Boii restés dans
l'Est, soit à ceux qui avaient poussé jusqu'à l'Océan et s'étaient installés vers le bassin
d'Arcachon.
2. Corpus inscr. latin., t. VI, n° 46.
3. Le titre de Dea ne se lit pas sur le monument n° 2 de Mayence ; mais il est à
remarquer qu'il existe, avant le nom de Sirona, un espace libre qui doit être rempli par
ce mot.
4. A Baumberg et à Rome ; l'inscription d'Olâh Brettye donne aussi au dieu le sur-
nom de Grannus, mais on a vu plus haut qu'elle est fausse.
i $6 Sirona.
Iulia Frontina, CKaudïus) Marianus, L[ucius) Lucanius Censorinus. Un
vétéran de la légion stationnée à Mayence, C. Longinius Speratus, avait
associé à son acte pieux sa femme Iunia Deva, et ses enfants Pacatus,
Martinula, Hïlaritas, Speratianus. Sauf le surnom de la femme, ce ne
sont pas là des appellations indigènes. Mais, en tenant compte de la
tendance bien connue des provinciaux à se transformer en Romains, il
est permis de dire que le culte de Sirona était surtout pratiqué sous
l'empire par les anciens habitants du sol.
Voici maintenant ce qui reste des anaglyphes qui représentaient
Sirona.
SAINTE-FONTAINE.
Le cippe trouvé à Sainte-Fontaine est le seul bas-relief arrivé complet
jusqu'à nous, mais il ne présente qu'un buste et ne comporte pas grand
enseignement. Cet antique, découvert en 1751, a été détruit lors de
l'incendie de la bibliothèque de Strasbourg, en 1870. J'en possédais
heureusement un moulage, aujourd'hui au musée de Saint-Germain, qui
m'a permis de faire graver la figure suivante :
Sirona. 137
Ce petit bas-relief présente une base rectangulaire de om 32 sur om 1 5 ,
sur laquelle se développe l'inscription ; puis, au-dessus, un tableau en
fer à cheval duquel se détache le buste de la déesse vu de face. La coif-
fure est remarquable et rappelle quelque peu celle des sphinx égyptiens.
Les chevelures à courbures régulières et symétriques sont d'ailleurs fré-
quentes sur les monnaies gauloises. Le bas du cou présente une double
saillie circulaire figurant un collier, ou plutôt l'amorce du vêtement. Le
nom de la déesse commence par un caractère fréquent dans le nord-est
de la Gaule ', le D barré, qui a la valeur d'une sifflante analogue au th
anglais.
TRÊVES.
Les deux monuments élevés à Trêves en l'honneur d'Apollon et de
Sirona sont très mutilés. Sur l'un apparaît seulement la partie inférieure
des synèdres, c'est-à-dire les pieds nus du dieu, le bas de la longue tunique
de la déesse et l'amorce d'une ara. Sur l'autre, rien ne reste de la figure
féminine; Apollon est encore visible; il a pour attributs une lyre et une
branche de laurier.
BAUMBERG.
Le monument de Baumberg, aujour-
d'hui au musée de Munich, est très
détérioré ; il offre cependant la plus
complète représentation de la déesse.
Je l'ai fait reproduire d'après un mou-
lage dont M. Alexandre Bertrand a eu
la bonne fortune de doter le musée de
Saint-Germain.
La hauteur totale de ce monument est
de om 91 et sa plus grande largeur de
om 45. Trois de ses faces sont sculp-
tées ; la plus large est occupée par la
dédicace, les deux autres par les divi-
nités.
L'inscription est très effacée. Les
deux premières lignes laissent voir
cependant le nom et le surnom d'Apol-
lon Grannus ; mais la troisième qui
devait mentionner la parèdre est en grande partie oblitérée ; quelques
lettres seulement servent de guide pour reconnaître le nom de Sirona.
1. Cf. ch. Robert, Epigr. de la Moselle, p. 9$.
i$8 Sirona.
Des trois autres lignes, deux n'offrent plus que des éléments impossibles
à utiliser; la dernière montre nettement la formule V. S. L. L. M.
Les bas-reliefs sont frustes.
L'un, à gauche du spectateur, montre Apollon dans une attitude large-
ment interprétée. Le dieu avait dans le pli du bras gauche une lyre de
dimension démesurée et, de la main droite, ramenée vers l'instrument,
il tenait probablement un plectrum.
L'autre bas-relief montre la déesse debout, vêtue, comme à Trêves,
d'une longue tunique. Les objets qui lui servent d'attributs sont mal
conservés. On reconnaît toutefois dans sa main droite des fruits, peut-
être une grappe de raisins de proportions exagérées et, dans sa main
gauche levée, une poignée d'épis.
Il m'a paru d'autant plus intéressant de donner une représentation
exacte de ce monument qu'il a été longtemps le sujet d'une méprise justi-
fiée par son état de détérioration. Hefner, qui l'a publié le premier, avait
bien reconnu des fruits comme attributs de la déesse, mais il avait été
par là même entraîné à la prendre pour Pomona1. Plus tard il s'aperçut
i. Acta Academiae Monacensis, 1846, t. IV, p. 164; tab. I, fig. 6. — Oberbaye-
risches Archiv fur Vaterlaendische Geschichte. In-8°, t. VI, p. 599, et tab. III, fig. 1$. —
Roemische Denkmaeler Oberbayerns, t. II, p. 30, n° xxvi.
Sirona. 139
de son erreur et rendit à Sirona sa place sur l'autel de Baumberg '. Cette
rectification a été consacrée par les savants les plus autorisés d'Alle-
magne 2 et notamment par M. Mommsen qui a vu le monument original,
et n'a pas hésité à reconnaître Sirona dans la déesse portant des fruits? ;
un examen attentif du moulage m'a conduit au même résultat. Il semble
donc acquis désormais que Sirona, dans son association avec Apollon
Grannus, était symbolisée par une figure féminine portant des fruits.
LUXEUIL.
Le monument de Luxeuil est un autel
en grès blanc dont je reproduis ici l'ins-
cription d'après un estampage que je
dois à M. Ernest Desjardins et les bas-
reliefs d'après un dessin que M. Ed-
mond Le Blant a bien voulu faire exé-
cuter à mon intention pendant son
récent séjour dans cette station ther-
male.
L'inscription, très nette et renfermée
dans un cartouche,, occupe le haut d&
la première face, dont le bas est orné
d'une guirlande de fruits. Le nom du
personnage est précédé de l'adjectif
idem que les premiers éditeurs de l'ins-
cription n'avaient pas reconnu 4. Taurus
avait sans doute dressé non loin de là
un autre monument, dont l'inscription
le faisait amplement connaître; il lui
suffisait donc, dans le vœu à Apollon
et à Sirona, de se désigner par cette simple formule : idem Taurus.
On avait prétendu que l'objet contourné et mal conservé qui accom-
pagne la guirlande était un serpent 5 rappelant le caractère médical du
1. Roemisches Bayera, 3e édit., p. 78 et suiv., n° lxxiv.
2. Becker, Jahrbuch des Vereins von Alterthums Freunden im Rheinlande, t. XX, p. 107.
3. Corpus inscriptionum latinarum, t. 111, n° 5588.
4. Le Journal de la Haute-Saône, mentionnant la découverte du monument en 1858,
avait donné pour la troisième ligne XDEM. La Rev. archéol. (1858, p. 120) et le Bull,
des Soc. sav. ( 1 85 S, 1" sem., p. 248) reproduisirent ce mot inexplicable ; M. Bourque-
lot {Mèm. des Antiq. de France, t. XXVI, p. 29), crut pouvoir le remplacer par DEAE.
S- Bourquelot, Mèm. des Antiq. de France, t. XXVI, p. 31.
140 Sirona.
dieu invoqué dans l'inscription. Le dessin permet de reconnaître que
c'est tout simplement une lemnisque.
Sur chacune des deux faces contiguës à celle qui porte l'inscription se
voit une représentation virile dont le haut du corps et les jambes sont
nues, tandis qu'une courte tunique est attachée sur les reins. La figure
de gauche est barbue, celle de droite est imberbe ; elles sont si dégra-
dées l'une et l'autre qu'il ne reste rien de leurs attributs distinctifs ;
aussi me paraît-il impossible de déterminer leur caractère tant qu'un
monument analogue n'aura pas été découvert. On pourrait, à la rigueur,
constater que l'attitude et le costume sommaire de ces deux figures les
rapprochent de certains génies sculptés sur des monuments des bords
du Rhin et de l'île de Bretagne ; mais un visage barbu conviendrait mal
à des personnifications de cette nature.
La face parallèle à celle de l'inscription montre une figure virile entiè-
rement nue, ce qui dénote un dieu. La main droite élève un attribut res-
semblant à un couteau ; la gauche, qui a disparu, descendait le long du
corps. La jambe gauche est repliée sur un objet aujourd'hui détruit,
mais dont les traces, quelque peu visibles qu'elles soient, semblent indi-
quer une lyre. Dans ce cas, l'attribut placé dans la main droite serait
Sirona. 141
un plectrum et le dieu se trouverait
symbolisé comme sur l'autel de Baum-
berg. J'ajoute que l'attitude d'Apollon
est presque identique à celle qu'il prend
sur un monument d'Athènes, une jambe
infléchie derrière l'autre, la main droite
(uJIMhI iJfWsl'Ii! tenant un plectrum en forme de fer de
flèche et la gauche appuyée sur la lyre ' .
Sirona n'est pas représentée dans le
monument de Luxeuil ; ce n'est pas la
première fois, du reste, que les divinités
nommées dans l'inscription et les divi-
nités représentées ne sont pas les
mêmes. En se rappelant que la déesse
porte des fruits, à Baumberg, on serait
tenté d'accorder à la guirlande de fruits
un caractère symbolique; mais cette
sorte d'ornement a été si souvent em-
ployée dans la décoration des monu-
ments religieux et autres qu'il vaut mieux s'abstenir.
Tels sont les textes et les bas-reliefs que nous avions à examiner.
Rappelons maintenant ce qu'on a dit de Sirona.
Au xvme siècle, Oberlin proposa d'identifier cette déesse à Diane
chasseresse, mais sans appuyer son hypothèse d'un seul argument
solide2. Cependant, l'assimilation de la compagne gauloise d'Apollon à
la sœur hellénique de ce dieu était si naturelle? qu'elle a encore cours
aujourd'hui. M. Alfred Maury l'a remise lui-même incidemment en
lumière en 1860, avec son incontestable autorité 4, dans une courte note
relative à l'Apollon gaulois s. Ce savant, toutefois, ne considérait plus
Sirona, dans son association à Apollon, comme une protectrice de la
chasse, mais comme une déesse ayant emprunté le caractère médical
dont Diane paraît avoir été quelquefois dotée. Ce caractère conve-
1. Huart, Monum. d'Athènes, t. I, p. 2$.
2. Muséum Schœpflini, Strasbourg, 1773, in-40, p. 16.
3. Millin {Voyage dans le midi de la France, t. IV, p. 650) admet que Sirona est un
surnom de Diane.
4. Revue archéologique, 1860, p. 58 à 60.
5. M. Roget de Belloguet, après M. Maury, a soutenu cette identification avec des
arguments philologiques dont la valeur est contestable (Ethnogénie gauloise, t. II,
p. 271).
142 Sirona.
nait à la parèdre de l'Apollon gaulois qui, du témoignage même de
César, avait le don de repousser les maladies , depellere morbos ' .
M. Maury, qui, il faut le remarquer, ne connaissait pas tous les monu-
ments que j'ai réunis, ne se borne pas à assigner un caractère médical à
Sirona, mais, précisant davantage, il semble restreindre le rôle de cette
déesse à la protection des eaux thermales, si bien qu'elle serait devenue
une Artemis thermia. Pour faire ressortir cette action spéciale réservée
à la déesse, le savant académicien rappelle d'abord une ou deux étymolo-
gies du mot Sirona , qu'il ne m'appartient pas d'apprécier. Il remarque
ensuite que ce nom renferme un suffixe qui reparaît dans les noms de
plusieurs cours d'eau, tels que Divona, Aronna, Axona, Calarona,
Sagona, Exona, etc. Mais il ne faut pas, ce me semble, s'attacher trop
au suffixe qui n'a généralement qu'une importance secondaire dans les
appellatifs géographiques. Ainsi, par exemple, Divona appartient à un
groupe assez considérable de noms de sources, tous formés avec la
même racine, mais n'étant pas, pour la plupart, terminés en ona2. On
peut ajouter que ce suffixe ne caractérise pas exclusivement en Gaule les
noms de cours d'eau ? et qu'il se retrouve dans des noms de divinités
gauloises qui ne semblent pas avoir été les protectrices des sources, telles
que Nemetona, associée à Mars43 Rittona invoquée à Nîmes s, et même
Epona dont le nom est, il est vrai, latin suivant Corssen6, mais que Zeuss
attribue au celtique 7. Bien des divinités romaines avaient également
leur nom terminé en ona%.
Enfin M. Maury a constaté que des vœux à Sirona se rencontrent dans
les stations d'eaux. Il est certain que trois des inscriptions où cette déesse
est mentionnée viennent l'une de Nierstein, l'autre de Luxeuil et la troi-
sième de Sainte-Fontaine, localité dont le nom dénote une source bien-
faisante ; mais la plupart des autres ont été découvertes dans de grands
1. De bello gallico, liv. VI, ch. 17.
2. Les noms de la Deba, de la Dee ou Duy, de la Deve ou Duis, des Diva, Dive,
Dives, Die, Divette, Divatte entrent dans ce groupe avec ceux de la Divonne, de la
Deheunne, de la Deonne, du Devon. On peut voir dans la Revue celtique (t. II, p. 1 et
suivantes] l'article de M. Pictet sur quelques noms celtiques de rivières. Dans un autre
article (Revue celtique, t. I, p. 299), cet auteur a montré le rôle de la racine Dru qui,
dans les appellatifs de cours d'eau, est unie à des suffixes très variables.
3. Ce suffixe se retrouve dans des noms de forêts, telles que la forêt Calydona, de
villes, telles que Ancona, Cremona, Dertona, Verona (Cisalpine), Alpona (Melvétie),
Aemona, Vindobona (Pannonie), Alona, Scarpona (Gaule), et dans des noms de personnes,
Vindona (Orelli, 2019).
4. Lersch, lahrbuch des Vereins von Alterthums Freunden im Rheinlande, t. II, p. 121.
5. De Wal, Mythologiae septentrionalis monumenta latina, 1847, in-8% n° ccxxxv.
6. Corssen, Ueber Aussprache, Vokalismus und 3etonung der lateinischen Sprache, 2e éd.,
1868, t. I, p. 116.
7. Grammatica celtica, 2e édit., 1871, p. 9, 6$, 71, 8j, 772.
8. On peut citer Alemona, Annona, Bellona, Bubona, Duellona, Mellona, Pomona, etc.
Sirona. 142.
centres tels que Mayence, Trêves, Corseul, Bordeaux et Rome. Les
eaux de Luxeuil n'étaient pas spécialement placées sous la protection de
Sirona, mais plutôt sous celle du dieu à nom topique Lixovius et de la
déesse Brixia ' . Les autres eaux avaient aussi leurs divinités propres ;
c'est ainsi que le couple de Borvo et de Damona présidait aux sources
de Bourbon-Lancy et de Bourbonne, et que le dieu Ilixo ou Lixo aurait
donné son nom à Luchon 2. Un auteur qui pense aussi que Sirona est la
personnification particulière des sources ? insiste sur le titre de déesse
qu'elle portait et qui aurait caractérisé en Gaule les génies des sources ;
mais on a vu que Sirona n'avait pas toujours ce titre lorsqu'elle était
seule et qu'elle ne le portait jamais dans la compagnie d'Apollon. D'ail-
leurs, d'autres créations féminines étrangères aux sources, par exemple
Rosmerta, la parèdre de Mercure, étaient qualifiées de Dea.
En général les déesses parèdres partageaient les attributions du dieu ;
si donc on juge du caractère de Sirona par celui d'Apollon, on renoncera
à faire exclusivement de cette figure divine une protectrice des eaux
bienfaisantes, car Apollon était en Gaule non seulement un dieu qui
guérit les maladies, mais, comme à Rome, une personnification du soleil;
cela résulte d'un passage même de la note de M. Alfred Maury, dans
lequel il admet pour étymologie de Grannus le mot irlandais et gaélique
Grian ; par sa force vivifiante, le dieu que les Gaulois nommaient Grannus
et les Romains Apollon, exerçait d'une manière générale une action
bienfaisante dont son caractère médical n'était que la conséquence.
Il avait une grande analogie avec l'Apollon sauveur honoré à Rome 4;
aussi se montre-t-il en Gaule, dans son association avec Sirona (voir
le monument de Trêves), avec la lyre et la branche de laurier qui
servent d'attributs à Apollon Salutaris 5 sur les monnaies de Trébonien
et de Volusien6. Grannus était invoqué par Caracalla malade, non
comme le protecteur des sources, mais comme l'égal des grands dieux
de la santé, Esculape et Serapis7 ; il était associé, dans les vœux, à la
fille d'Esculape, Hygia, ainsi que le démontre une inscription trouvée
dans le lit du Danube 8. Les eaux à vertu médicinale étaient tout natu-
rellement placées sous la protection du grand maître de la santé. Il est
1. Bourquelot, Mèm. des Antiq. de France, t. XXVI, p. 22 et suivantes.
2. Dictionnaire archéologique de la Gaule, aux mots Bourbon-Lancy et Bourbonne.
3. Bulliot, Revue celtique, t. I, p. 308 et 319.
4. Orelli-Henzen, n° 5897.
5. Une inscription de Rome donne à l'Apollon Salutaris le titre de Medicinalis. Corp.
inscr. lat., t. VI, n° 39.
6. Eckhel, Doctrina numorum, t. Vil, p. 3J7 et 368.
7. DionCassius, liv. LXXVII, ch. 15.
8. Corp. inscr. lat., t. III, n° 5873.
144 Sirona.
dès lors logique que son nom se retrouve dans celui de quelques locali-
tés célèbres par leurs sources, comme Aquae Granni1. En présidant aux
sources thermales2, l'Apollon gaulois ressemblait encore à l'Apollon
romain, à qui les baigneurs des Aquae Apollinares adressaient leurs vœux,
ainsi que l'ont montré les belles découvertes faites, en 1852, sur les
bords du Lago, près Vicarello?. En somme, je crois qu'Apollon en Gaule,
même quand il était qualifié de Grannus, avait un rôle très étendu, qui
ressort du reste de l'article de M. Alfred Maury; mais eût-il été limité,
comme divers auteurs l'ont dit 4, au rôle de protecteur des eaux bienfai-
santes, on ne pourrait rien en conclure au sujet de Sirona, puisque,
dans son association avec elle, il ne porte que deux fois ce surnom.
Si donc on doit étendre à Sirona le caractère du dieu auquel elle est
six fois associée dans les inscriptions, soit par des indigènes, soit par des
consacrants à noms romains, on admettra qu'elle était aussi une puis-
sance fécondante favorisant les productions de la nature, repoussant le
mal et agissant sur les eaux thermales soit comme déesse de la santé,
soit comme distribuant la chaleur. Ce caractère plus général de Sirona
justifierait les attributs qu'elle porte sur le monument de Baumberg que
ne connaissait pas M. Alfred Maury, attributs qui sont, ainsi qu'on l'a
vu plus haut, des fruits et des épis 5.
En résumé je ne conteste pas que Sirona, comme Apollon, ait
présidé aux sources bienfaisantes, mais je pense que ce n'était là qu'une
des faces de son rôle plus général. Si la voie que j'ai ouverte ne parait
pas devoir être suivie, j'aurai au moins réuni une partie importante des
éléments de la question.
Ch. Robert.
Paris, le 5 1 août 1879.
1 . On peut joindre à ce nom d'une station thermale célèbre celui que porte aujourd'hui
le ruisseau dit Eaux graunnes, dans lequel se déversent les eaux chaudes de Plombières.
2. Je ne parle pas des eaux bouillantes punissant les parjures auxquelles, suivant
Eumène {Panégyrique de Constantin, ch. XXI), présidait Apollon. Le dieu agissait là
comme source de la chaleur, plutôt que comme protecteur de la santé.
3. Annales de l'Institut archéologique de Rome, 1859, p. 34 et suiv.
4. Eckart, Dissert, de Apolline Granno Mogouno, Viceburgi, in-40. — Bimard de la
Bastie, Thésaurus de Muratori, t. I, col. 59. — Greppo, Études sur les eaux thermales et
minérales de la Gaule, 1848, in-8°, p. 60. — Bulliot, Revue celtique, t. 1, p. 309, etc.
5. M. Becker (Jahrb. des Vereins von Alterthums Freunden im Rheinlande, t. XX, p. 107
et suiv.) a essayé, il est vrai, de concilier le caractère de Sirona, protectrice spéciale des
eaux thermales, avec les fruits et les épis qu'elle porte. Ces attributs s'expliqueraient,
dit cet auteur, parce que la déesse faisait partie des génies maternels symbolisant les
diverses forces de la nature. On le voit, en faisant partager à Sirona le rôle de son
parèdre, M. Becker arrive par une voie détournée à la conclusion qui s'impose.
SUPPLÉMENT
AUX DICTIONNAIRES BRETONS-FRANÇAIS.
Je laisse de côté les variantes phonétiques, et les mots usuels que je
me rappelle avoir vus écrits, pour m'occuper de ceux que je ne connais
que par l'usage. Je rectifierai quelques fausses restrictions de dialecte
ou de sens, et rétablirai des mots regardés à tort comme inusités.
Le but de ces recherches partielles serait atteint, si elles pouvaient
en provoquer d'autres du même genre, mais plus étendues et plus appro-
fondies.
-a : kouignaoua, aller chercher des gâteaux à la Saint-Etienne, Lan-
rodec ; kouignaouàr, celui qui y va, Trévérec ; lœsa (= gall. llaethd',
quêter du lait, en parlant des pauvres ; lesàrienn, ceux qui le font ;
lusa, cueillir des « lucets » (lus, eux luzenn; la plante, koad-lus), d'où
lusâr; moala (gall. mwyara), chercher des mûres; subst. moalàr
(Lanrodec . Teskaoua, glaner, plus régulier que teskaouin : teskaoua
avalao, recueillir des pommes (Trév.) ; trouskanna, Lanr., trouskenna,
Ploezal, chercher de la mousse ; ziliodr, pêcheur d'anguilles, Trév.
-ab l : lennab.Ji lisible; stagabd) [foa] à lier, lac'hab'l, [bête] à tuer, Trév.
ac'hel, m. (essieu] d'un couteau, clou qui attache la lame au manche;
ac'helin, emmancher ; dizac'heled, démanché ^Trév.) ; II; èla, élan,
èlin; dizèled, Pleudaniel et Langoat; ac'hel, diac'heled, St-Mayeux.
-ad, term. exclamative, Lanr., semble un compromis entre -a superlatif
et -et van. (gall. -edn comme brazeres, femme grosse, Gurunhuel, par
confusion entre brazes et dougeres.
-adek, f. : aradek, réunion pour labourer, Trév., Lanr.; breuzadek-lin,
pour peigner le lin, Lanr.; c'hoariadek, jeu collectif; c'houiriniadek,
hennissements (par exemple dans une foire), Cornouaille ; diskaradek
146 Supplément aux Dictionnaires bret. -français,
(gwe) abatis; divarradek {gwe\ réunion pour émonder les arbres, Trév.;
dornadek, battage, Lanr.; evadek, partie de boire, Corn.; goeladek,
partie de pleurs, Tréguier ; goulennadek, demande en mariage, décla-
ration à l'église, Pleud. ; (c')harzadek chas, aboiements (d'une meute),
kannadek, réunion de femmes qui battent le linge, Corn. ; kleun-
nadek, réunion pour arranger les talus, Lanr. ; lonkadek, partie de
goinfrerie ; medadek, réunion de moissonneurs ; mevadek, d'ivrognes ;
miaouadek, sabbat des chats; pi\g)elladck , réunion d'hommes qui
arrangent la terre après la charrue, Corn. ; tennadek, tir à la cible,
Gommenec'h ; troc'hadek, action de couper ensemble, Corn., Trév.,
Lanr. A St-M., kannadenn, kleuniadenn, pi[g)elladenn ; kleunieres, ten-
neres (tir, tirage), dorneres, Gurunhuel dorneri.
-adenn, f., dibunadenn, action de dévider, Corn.; c'hoariadenn, une partie
de jeu, Trév.; goradenn-verionn, fourmilière, Pleud.; goradenn-yir,
couvée; eur c'horadenn 'm eus em bis, j'ai une plaie au doigt, Trév.
là St-M. gorad/, goroadenn, ce qu'on trait en une fois, d'une ou de
plusieurs vaches, Trév.; [c'jharzadenn, aboiement, miaouadenn, miau-
lement, Corn.; souzadenn, act. de reculer, Trév.; troc'hadenn, coupure,
valladenn, défaillance, (= fallaenn) Lanr.; dic'hougadenn, personne
décolletée; disîoladenn, rejeton, Trév.
aksiafitet, bien posé, bien apparenté, Douarnenez.
alla ! à droite ! (aux chevaux) Langoat. Cf. lat. Mac, par là : à gauche
se dit hakh ! c'hak ! (Goello) cf. hac, par ici, car le charretier se place
à gauche de ses chevaux. A gauche se dit encore de ! ded aman
(Goello) = deu{z), deud aman, viens, venez ici ; da! Lang.; de plus,
tast! (Go.) tait, toit, Lanvollon, tost à Pléhédel et en Trég., à St-M.
tos! tos! ou tus! viennent de tost, près, approche ! Wichedrou, wiche-
duru, vichederou (Go.) à droite ! signifie litt. tourne en biais, de vichez
et de tro. Wichedrou-berr ! vite (litt. tourne court) à droite; hak-berr,
vite à gauche (Ploezal).
aluzonn ''aumône) : muoc'h — a ve, on a plus de mérite (Trév.).
anfan pelote, Gommenec'h; c'hoari — , jouer à la ballotte (Quimper-
Guézennec), en franc, de Lanr., « jouer à l'enfant. »
annaf-dall, Gurunhuel ; annves, annve, annves-dall, Plusquellec ; annec'h
penn-kalet (f.i, Ploezal; mannac'h, pi. ed, Pléhédel et Quimper-Guéz.;
manac'h, Gommenec'h, orvet. A Langoat, aerkalet; à Lanr., aer dall,
aer penn-dali (m.).
anndell, grimace ; anndeller, grimacier ; anndellet, bigarré, St-M. Cf.
ant, andenn, raie.
anpustul, m., homme timide, Trév.
Supplément aux Dictionnaires br et.- français. 147
ar- : ar-wenn (St-M., ar-huenn, war-huenn), ar-du (St-M., id. etwar-du),
ar-ru, ar-velen, ar-c'hlaz, un peu blanc, un peu noir, etc., Trév.;
ar-vihan, ar-vras, ar-zec'h, ar-c'hleb, assez petit, assez grand, etc.;
eun ar-imbisiU ar-c'henauek, presque un imbécile, Trév., St-Clet; eun
ar-inn osant, Trév. Cf. arzod.
ardoàr, m., qui fait des façons iardo) Trév. ardo'r Pleud. ardawher St-M.
Syn. mistik (pr. ekh), kaz gleb.
-asenn (fr. -ace, -assei : dourasen(jî)ek, dégouttant d'eau; dourasen nih,
dégoutter, suinter, pleurer; mogodasenn, f., grande fumée, Trév.;
treutasenn, i.} haridelle; femme maigre, Lanr. A St-M., dourasen' n)ein;
mogedadenn, qui veut dire à Trév. une femme sans ordre.
auzan, panser, remettre un membre. Trév. ; vanner le blé ; auzadur,
débris qui en résultent, Lanr. ; auzadek-lin, réunion pour préparer le
lin, Trév.; à St-M., auzadenn-lin.
avalo-spern ou koc'h-pér, Trév., perigo (pron. egho) spern, ou sperejo
Doue, Pleud., fruits de l'aubépine.
avuennek : douar—, mauvaise terre qui colle, qui s'en vient en cailles
comme le foie, avu. Lang. Pleud.
B.
Bara! bara! baral Lr., Trév., St-M., baraïk, baraïk (pr. ekh), Lr.,
interjection pour appeler les moutons comme si on leur promettait du
pain;. On dit aussi bara bè (de leur cri, d'où bèikh, mouton 1 enfantin ),
Trév. Pour les chasser : cha bouch, cha bouch du-me ou tu-me ['ta) !
Trév. Cf. cha tu-man, cha du-me, cha tu-me ['ta, laer ! St-M., Lr.,
Trév., Go., quand on s'adresse aux chats : haut-breton cha{t) ci!
M. Troude donne pour ce dernier sens gaz! que je suppose une alté-
ration de kaz, et chegad, qui s'emploie en Go. pour chasser les veaux
[chegad, du-m'è!) On dit eur chegad, un veau, fig. un niais, Trév. Cf.
echegad iTroude et peut-être ichekonn (Go.), ichecon (Feiz ha Breiz,
7 juillet 1 877 1 , int. d'étonnement. — Tourch tak tak, maotik! (ekh),
cri pour exciter les béliers à se battre fourchai , Tv. — Bichekh, petit
chat, Lr., Milbisekh, Misekh, Minet, h.-br. Biche, semblent venir de
bich-bich-bich, St-M., bssbss, Trév., pich-pich-pich, Lanr., pss pss, Lr.
et h.-br., int. pour appeler les chats. Cf. angl. Puss? A Trév., bisekh,
petit chat, pi. bisegho. Bisegho halek, les chatons du saule, Trév.;
bichego, bicheio halek, à Pleud. et à Plouezec ioù l'on dit même bichego
ros, des boutons de rosei. Le mot propre est kéjer bihan, kéjer halek,
Lanr., Trév. Pour chasser les moutons et les veaux, turch tu-me, Lr.;
148 Supplément aux Dictionnaires bret. -français.
pour appeler les veaux, tu tu tu tuy ; pour les chasser, prr-chett!
St-M. Pour chasser les moutons, on dit à St-M. comme si on appe-
lait un chien : khiê, khiê ! Ce mot, à Lang. khen, doit venir du fr.
tiens, ainsi que khi'é, khi'é! St-M., khiê, khiê! Lanr., pour faire venir
les chevaux, chien, chien, chien ! pour appeler les poulains, et peut-
être tien, kieri, tian, kian, usités à Landerneau et aux environs pour
dire « n'est-ce pas? » On dit encore pour appeler les chevaux :
d'aman ! Trév.; ou hei, do (du fr. donc), hei ! Lr.; hei si (du fr. ici),
Trég.; et pour les chasser, da du-ze! St-M.; cf. fr. dada ? Pour chasser
les chiens : te du-man, tè du-me (poezon) ! Lr., Trév.; tè isi, Trév.,
St-M., d'où tè tè, tè tè bihan, un chien (enf.), Lr., Trév. Pour appeler
les vaches : do, do, do ! do [paour) ! Lr.; zo, zo, zo ! Trév.; pio-ho !
St-M. Pour les arrêter : cho! cho-ho-ho! Trév., Lr. Pour les chasser :
boit! Trév.; boï tu, Lanr., St-M.; boi tu-mè ! Trév., Lr.; Cf. Barz.
Br., La Chanson de fête des petits pâtres, et boeicho, Lanr., cho-cho,
Trév., vache, vaches (enf.). — Pour appeler les pourceaux : chïèm,
chïèm! Trév.; khiou, khiou ! Lanr. et h. -bret. (onomat.) ; khiouekh,
khiouekh! Tressigneaux ; toch, toch, toch! près de Lanr.; tochekh,
tochekh! Trév.; tac'hekh, tac'hekh, tac' h bian, tac' h, tac' h, tac'h, tac' h !
St-M. Pour les chasser, sikh ! Pontrieux, Lr., Trév.; sikh tu-me, Lr.,
Trév.; sikh tu-ze, sikh'u-me, sikh'u-man, Lr., Go.; sikh'u, sikh'u!
St-M. (forme qui m'empêche d'écrire boit-hu). Cf. sik, van. dans
Troude, qui y soupçonne à bon droit un ancien subst. Cette interj. se
retrouve en letton et en russe (Orig. indo-europ., I, 372). — Pour
appeler les poulets : peti, peti! ou keti, keti! St-M.; pouti, pouti! Trév.;
bouti, bouti, bouti! Lr.; ar bouti bihan, Lr., les petits poulets (enf.),
du fr. petit. Cf. La Fontaine, le Faucon et le Chapon. Pour chasser
les poules et les poulets : chou du-man ! chou 'ta! Trév., Lr., St-M.;
h.-br., chou ci! — Pour faire venir les canards : kan, kan, kan !
Trév., St-M.; kanekh, kanekh ! Trév. Cf. kanikhenn, f. pi. kanikhen[n)o,
kanikho, canard, Trév.
barr : c'hoari barr, jouer au volant, Gommenec'h.
barrenn, Trég. barrennik (pr. barn'ekh) Pleud. c'hoari — , jouera la ma-
relle (à cause des barres qu'on y trace sur le sol).
bas, pâte des crêpes. Trég. et Lanv.
batorellet, Trég., bator'let, Pleud., à moitié endormi; Trév., étourdi (par
un coup).
beg : Mari ou Mai beg arog, bavarde; bégezenn, id. Trév.
bek-ivinet, beg-ivinet ou penn-ivinet e'vioc'h, le lien de la vache est pris
dans la fente de son pied, Trév.
Supplément aux Dictionnaires bret. -français. 149
beran, couler se dit d'une chandelle , Trév.; à St-M., berein ; bered e
ann ti, la maison s'est écroulée, Trév.
berteik, berteik-tout, changeant, vif, remuant, Trév.
béstenn, celui qui n'est ni d'une paroisse ni d'une autre Saint-Nicodème .
beureoc'h, adv. , plus matin, Trév.
binset eun den — , un cul-de-jatte, Trév., litt. vissé, écroué.
blaza, blazan, assaisonner, donner du goût à ; blazenn, fumet, arrière-
goût, Trév.
blejer, m., hurleur, qui chante trop fort. Trév.; blej, blejadek, blejeres,
hurlements, Lanr.
blezen{n)enn, f., pi. blezen^ao (pgnon), paquet d'oignons en grappe;
blezen n)in ognon, les mettre ainsi, Lr.
blotin, caler, consolider un meuble . Lohuec. Cf. Mot, anc. marche-
pied Troude, et le fr. blottir.
boedek : taol — , coup avantageux au jeu ; boeta, mettre les gerbes dans
la mécanique. Trév.
boseal, casser des mottes de terre, Trév.; bosein, St-M.
bouc'h bean — , être perdu, pris (propr. t. de jeu de cartes ; dur (en
parlant du pain) ; qui ne coupe pas d'un couteau ; bouc'heed, devenu
plus rigide (du temps), Trév.
bourr-boas pain à moitié cuit, Trév. Bourr, St-M., et le van. bourrus,
id., se disent aussi d'un temps chaud, lourd.
boustouf, bouchon, petit homme trapu; homme de rien. Go.; petit Trég.
braz : bar vraz, pleine lune, Pleud. ko rf bras u. b., le buste, Trév.
brejèo, pi., lendemain d'un pardon, St-M. A Trév., hat-pardon.
breskenn. f., Lr., St-M.; brechenn, St-M. : krog e'vreskenn gan à r) zaout,
les vaches courent çà et là. Lanr.; lann vresken{n)er , homme remuant,
Trév.; han'ta, breskenn! Lr.; brechen'n er, coureur, St-M.
broudan ra ar vioc'h, la vache frappe des cornes. Trév.
broust, lierre ; broustaiï, en chercher, Lanr.
brud, bruit, au sens propre de truuz; Trév.
C'H.
C'hoant. On dit des animaux en chaleur : 'Man ar vuoc'h e c'hoand lé,
emah ar wiz e c'hoand mot 'h, ou moc'h bihann; 'man ar gazek 'c'hoant
marc'h (moins souvent c'hoant eubel), Trév.
c'hoari. Onm c'hoario. nos faits et gestes, Trév. C'hoari zac'h, jouer à la
loterie, Gom., Pleud.. Trég. ; c'hoarieres, courtisane, Trég.
c'hoet, petit sarcloir ; c'hoetan, sarcler, Lanr.
c'houip, c'huib, voleur, fripon : — evel ann dour, comme l'eau ; c'houib-
Rev. Cdt. IV ! !
i $o Supplément aux Dictionnaires bret. -français,
laer, pi. on, voleur adroit, filou, escamoteur, accapareur. Trég.,
Goello. Cf. gall. chwip, rapide.
c'houit : ar — le but, le petit-maître, Trév. ; fhouhan, manquer, mou-
rir : c'houited 'n eut hi grav (à Lr., war hi daul), il a manqué son
coup ; c'houited e, il est mort, Trég., Go.
CH.
Chelpeta, rôder, chelpeta(e)r, rôdeur. Cf. dichelpan, être essoufflé [dichel-
per, celui qui l'est, f. dichelpadenn) ? Syn. : c'houéan 'ra 'nn hi zoubenn,
berr e war-n-han, Trév. A St-M., dihelkein, dihelker, dihelkadenn,
souffle; cf. dielc'ha, et difelc'ha.
Choukenn, pi. o, ce qu'on met aux sabots pour les couvrir : botoio
chouket koat, gros sabots, dont le dessus est en bois ; botoio koat chou-
ket, id., Lohuec et Pleud. ; kas eun den da choukah, mettre quelqu'un
à bout, le presser, le réduire, Lanv., Trég.; antred e chouk barz enn
douar (la charrette) est enfoncée dans l'ornière, Lanr.
choulou, choulouenn, f., femme qui a ses habits en désordre, Lanv.
chucher, quêteur, Trég., Go.; chuchal, renifler, comme les chiens, chiner.
chupere, St-Clet, Trév., Pleud.; chufere, Pleud., Pabu, Lanr.; chipere,
chifere,jufere, Trég. jifere, Lang. hydromel, =--kufr, Barz.-Br. VII, =
gall. cwrwf, bière; dans Brizeux, cuféré. A St-M., bochat.
chut, chuteik, Lanr. chutel, Trév.; à Laniscat, bronnichao : rein-da,
donner à téter ; chutelad, act. de téter, Trév.
D.
Dala eun — , une ballotte, Quimp.-Guéz.
dall: nozdu-dalle, il fait nuit noire, St-M., Trév., Lang., Pleudan.; hahter-
dall, borgne; myope, Trég., Go.
daouzeget ann — , la pleine lune, Trév. et Lanr.
debroh, debran jave{z), appétit (chatouillement d'estomac), Trév., Lanr.
den : me rei eun — , gan-id, je t'apprendrai ! Trév.
deol, dévot, se dit encore quelquefois (Plouezec).
diahnes 'm euz bet deuz ma manm, j'ai eu regret de la mort de ma mère,
Trév. (= dienez).
diaoul[in ?) Glao a re ken a diaoule, il faisait de la pluie que le diable,
Trév. (St-M., id.)
diarbenn ar zaout, fais retourner les vaches d'un autre côté, Lanr.
dibab : 'n ern dibabet 'vel ma karfet, arrangez-vous comme vous voudrez,
Trév.; 'n om dibabet 'vel ma karhet, St-M.
Supplément aux Dictionnaires br et. -français. 1 5 1
dibellan, tirer la balle du blé; dibelleres, machine pour cela, Lanr.
dibin : 'n ira — , se faire de la peine, Trév., Lang., Peud.; 'nom dèbein,
St-M.; 'n on chakat, id. St-M., Pleud. ; chakad hi stripo, Trév. ; Drè-
bans, nourriture, Lanv., Trég.; dèbans, St-M.
dic'hronchan : hes d'en em — , tu vas te faire sauter le menton avec ton
fusil ; dic'hronchek, qui n'a pas de menton ; dic'hronched, qui n'en a
plus, Trév. — didantek, n. et adj., sans dents, Trév.
dichala, dichalan, enlever des choses superflues, abattre, détruire, Trév.,
Lang. ; dichaladur, débris, Trév.
didokan, décoiffer, Trév.; à St-M., didokein ; didogan kistin, tirer l'en-
veloppe des châtaignes ; — ou digoken n in eur gor, enlever la peau
sur un abcès, Trév.
difourbouill : plac'h — , femme sans ordre, Trég., Go.
difronkan, arracher des branches, des arbres: sans les couper. Trév.
digoann, sans souper, Trév.
dihud, dihuedin u. b. ; ober dihuet d'u. fr., amuser quelqu'un, Trév.
dilavet, cidre qui a déposé, Trév.; cf. liva, 1. diluo.
disannve, inconnu, étranger, Trév.
disc'hlaveres, dislao'e/es, gouttière; disc'hlaver, parapluie, abri pour les
marchandises, Trév. ; verbe, dislôi (act. et neut.) Lohuec.
dislaret u. b., corriger quelqu'un qui parle ou qui prononce mal, Trév.
dislivet, Gom. ; disliwet, Pleud., Lang., gilet à couleur changeante.
dislonnket, (yeux) écarquillés, Lanr.
dispouean, déboucher des bouteilles , Gommenec'h.
diveulbezin, déniaiser, attraper, Trév.; diveulbezein, St-M.
divez : war divez, à la fin, au bout 'd'un ouvrage), Trév.
dlvi, fatigué, Trév. , Ploezal ; skouiz-dhi : skouiz breoet, très fatigué ;
difi, Pleud., Lang.: Ma kères, me ha da diviah 'nout, si tu veux je vais
te lasser; formule de défi à la course ; difiarl, Pleud., Lang., lasser.
Défier se dit défiai . Cf. van. deouiein, se hâter.
divoulchah, entamer une bouteille , Pleud., Lang.; divolc'hein, St-M.
diwelchan kaul, Trév., effeuiller les choux pour les vaches, sans les cou-
per ; à Ploezal, didelioin.
dizawelin, se mettre à l'abri du vent, Trév.
dizerc'h, act. de couper les menues branches sur les fossés : ober ann —,
ou dizerc'hein, St-M.; dizerc'ho, Corlay, Plussulien, Saint-Nicolas-du-
Pélem.
dizoachah : en onn d., sauter, caracoler (se dit d'un cheval), Pleud.,
Lang. ; dizoac'het, fringant, dispos.
dont : deud e gan-i, j'ai réussi, Trév.
152 Supplément aux Dictionnaires bret. -français.
Doue entre dans des expressions intensitives : mêmes tra Doue, quelque-
fois mêmes Doue tra, tout à fait la même chose, Trég. Cf. ... a
lammas manific Doue, F. ha B. 43 ; ebad-Doue (Troude), plaisir divin,
et les locutions anal, en hébreu. Brema zonn Doue, tout à l'heure.
dramm zo anout ! lambine que tu es ! Trév., Pléhédel ; me dramfe anout,
je te renverserais, Lang.
drein-chas, églantine, St-M.; — kàd drouk-penn, être jaloux, Trév.
duon, duon-mîn, sorte de cirage qu'on tire de la suie de la poêle à faire
les crêpes (min-kranpoas), Trév. et St-Clet ; paour-du, très pauvre, Tv.
Ebarz. Deud e 'barz, il est guéri, St-M.; arri e deud ebarz arre, il est en
convalescence, il s'en est encore tiré, Trév., Lang., Pleud.
-ed : gouged mad, goall- c'houged, qui a un bon cou; penned, skouarned,
taled mad, qui a une bonne tête, etc., St-M., Trév. Triouec'hed e bet,
il a eu 18 ans, Landéda (Léon) ; marâhet mad, bien monté, Trév.;
diouared hu(e)l, haut sur jambes, Gur.
-ellek : kovellek, n. et adj., Trév., Pléhédel, et teurgellek, ventru; eunn
teurbellek a dén (Trév.). (Cf. korvellek dans Le Gon.)
em-berr, bientôt ; ken — , à bientôt, Tréc, Corn., St-M.; (pron. souvent
om-berr). Ce mot signifie cette après-midi, h.-br. tantôt : 'berr'nos
= em-berr da noz, ce soir, Trév., Pleud. Cf. Bomb. K., 62.
-enn : brizenn, (f.), vache bigarrée (syn. de bailles) Pleud.; duenn, vache
noire; ruenn, vache rousse (Pleud., St-M., Plougras, Lohuec); kozenn,
vieille terre, jachère (Lang., St-M., Pleud.) ; krennardenn, pi. kren-
nardezet, petite fille, Trég., Pleud. ; — aw(a)lenn, pi. — ichet, pom-
mier, Laniscat; kistinenn, pi. ao, châtaignier (et châtaigne, pi. kistin),
kreoenn noisette, pi. krao ; noisetier, pi. kraoennao, on dit aussi koat-
kreo, Lanr.; perenn, poire, pi. per, et poirier, pi. perennichet; prunenn,
prunier, pi. -ichet, Laniscat ; et même rezinenn, une vigne, St-M.,
Lanr.; koulmenn, pi. et, colombe (gall. = colomen), Gurunhuel ;
skaiitenn, intelligence; keinenn, f. éminence, colline, Paimpol ; dista-
gellenned mad, qui a le filet de la langue bien coupé, Trév.; blevennek,
chevelu, Pléhédel ; subst. à St-M. blehuennek.
entfann dé, tout le jour (= être pad ann deiz), Trév.
-eta iprob. pour ata) Tréc. : dervejetar, journalier ; neijeta, nœ'fta, cher-
cher des nids; nejetar, celui qui y va, Trév.; forc'heta, vorc'heta,
remuer avec la fourche, Trég., Goello ; skolieta u. b., instruire, faire
l'école à quelqu'un, Plouezec ; skourjeta, part, ai, fouetter, Lanv. ;
Supplément aux Dictionnaires bret. -français. 1 5 5
stropeta, couper avec une faucille, Trév. ; finvetar, homme remuant,
selletar, un curieux, qui regarde partout, Gur.; troieta, aller par-ci
par-là, tortiller : ne droietaou ket (futur) ; troietar, qui va de côté et
d'autre, par quatre chemins, Lanr. Cf. le partie, troietaat, fait des
détours Histoariou, 141. Gaouieter, pi. ien, menteur, St-M.
eubeuyenn bihan {= petits poulains), croûte jaune de la baisure, Lanr.
eiïned-mor, oiseaux de mer, mauves, Lanr.; eiïn-kas (oiseau-chat), chat-
huant, Tv., St-Clet ; ann eiin touer-Doue, l'alouette, St-M.
ézely membre, usité à Trév., Lang., Pleud., Lanr. (qqf. izel) : eunn
ézel d'hafi zo bet diwikhofreet, diwikhewret, Trév., il s'est démis un
membre.
F.
Fallakr, gourmand, Perros ; v — , qui ne veut pas partager, Pleud., Lg.
fenos, à Lohuec et Treffrin, aujourd'hui; cf. Saint-Brieuc ane(t), Ille-et-
Vilaine, anuit.
fen(t) am eus gant-han, il m'amuse [eunn den, eunn dra); fentus, plaisant,
Lanr. Ci. feinta, dict. bret.-fr. LeGon., Hist. p. 39, et fr. feindre.
flemm-èr, libellule, Lohuec.
flip, sorte de grog, boisson enivrante formée de cidre, d'eau-de-vie et de
sucre. Plusq.,Trév. et Corn.; h.-br., normand etangl.id.; flipad, coup :
me ro flipat d'it! je te donnerai un coup, Lanv. ; flipado, des coups,
Tréc. Diflipan u. b., arracher quelque chose des mains de quelqu'un :
difliped'n eus egile, ed e'r ras gaht-hah, Lang., Pleud., St-M., id.;
dom Le P. diffrapa. A Lohuec, se détendre (d'un ressort), se dénouer
(d'une corde). Cf. da flapi daflipl daflipl da flapi Barz. Br. IV, et
Bomb. K. 92, clic-clac !////?, flip, flipl qui représente le vol d'un oiseau
(Dict. fr.-br. de Tr., p. 91 5), et l'anglais flap. Flapan, frapper, Tv.
flôtennin, fermer ; divlôtennin, ouvrir, Lanr.
foet, fo't : lann —, tout à fait plein ; fo[e)tah, verser, en parlant d'un sac
trop plein, etc.; fo(e)tan jist; diwall fo(e)tan\ Trév., Plouizy ; cf.
foeta he dra. Ang. waste, dissiper, = h.-br. et norm. gâter, verser.
foubenn, mousse terrestre ; Lohuec et Gur. ; rnond da foubenna, aller en
chercher, Gur.
fouillennek, qui a les jambes aussi grosses près du pied qu'au-dessous
du genou, Trév.
foukenn, un tamm — , chaumière, trou, pi. 0. Goello.
fret : lann ar fret, homme remuant, Trév. Cf. difreta, frétiller, ang. fret.
froudan, Goello, synonyme de breskenn, courir çà et là (des vaches). Cf.
froudenn.
i 54 Supplément aux Dictionnaires bret. -français.
G.
Gai, sot, fém. gaies ; gaia, ennuyer : Eur gai zo anout; han'ta, gai! Deus
ket da c'haian anon, Trév. très-vulgaire . A St-M., kai, kaies.
gant : c'houezarl ra, gand tomm e'nn amzer, il sue, tant il fait chaud,
Trév.; e oa prest da verwel, gant penoz e oa klafi, ou gant penoz an oa
naon, il était près de mourir, tant il était malade ou tant il avait faim,
Gur.
garzennach, niaiserie, sottise ; garjeta, flâner, perdre son temps à aller
d'un endroit à l'autre ipetit Tréguier .
gècho, gècho bihan, veau, veaux enf. , Lanr.
gita, habiller, gitach, accoutrement, kitoujenn, f., pi. o, fille mal habillée,
Trév.
glahch, terre jaunâtre et lourde, esp. d'argile. Trév., Lang., Pleud.
glac'harikh, m. indolent, négligent, St-M.
glas. 'Man'r chlas 'n em gar, krigi 'ra ar c'hlas 'n em gar, j'ai des four-
mis i engourdissement et picotements) aux jambes, Trév. A St-M.,
glazik, f.
glas : boukedao glas, bluet Laniscat , c'houil glas, jardinière, bupreste,
Lanr. A Lohuec, glaz s'emploie presque toujours pour bleu, vert se
àil gwér .'cf. Le Gon.i; à Pleud., au contraire, ainsi qu'à Audierne, on
emprunte le fr. bleu, et glaz ne signifie guère que vert.
glazard : eur — den, un homme au teint brun (signe de vigueur), Lanr.
goaradenn [dom), ruisseau (Paimpol; ; van. gouaratenn (Trd.); cf. givaz.
godel laer kranpoas (, poche intérieure d'une veste, Trév.
goges, niais ; gogeal, se railler, Trév.; gogeza, Bomb. K., 78.
goro 'r c'haour, « traire la chèvre » en signe de réjouissance quand la
charpente est mise à une maison neuve. Tréc. C'est faire une musique
primitive en tenant d'une main dans un bassin plein d'eau un brin de
jonc sur lequel on fait glisser l'autre main, comme pour traire une
chèvre. Cet usage avait lieu, il y a peu d'années, dans l'Ille-et Vilaine,
à l'occasion de la Saint-Jean ; il existe encore à Saint- Mayeux, pour
la Saint-Jean et la Saint-Pierre.
grizienn, grizion, grains du sable mêlés avec le blé, ou qui entre dans
les souliers), Trév.; greahnenn, pi. greann, Pleud., Lang. Cf. grozolenn
(Van.), et grizill.
grizinkal, gerzignkhal, Plusq. hennir; à Gur., syn. de breskenn. Cf. gri-
sinca, hennir, P. Grég. Ce mot, sur lequel l'onomatopée a influé,
rappelle, pour le son, le basque irrinzinaka (n pron. gn doux).
Supplément aux Dictionnaires bret. -français. 1 5 5
groesko, ce qui reste quand on a coupé la fougère, etc.; débris qu'on
recueille dans les champs pour les brûler et en faire du fumier Goello .
givalenn-gein, colonne vertébrale : gw. ma c'hein, etc., Lanr.; gwalennad,
coup de bâton, Trév.; gwalennik, (ekh) petite gaule Plouezec).
gwasât, gâtées, en parlant des pommes de terre .Gommenec'h).
gwaskat, Plouaret, gwaskenn, Perros, tousser.
gwaspell, m., paille hachée par la machine à battre, St-M.
gwastell on, tout mon blé est battu; Bed e'\r) wastell du-ze ? A-t-on fini de
battre chez vous ? Lanv. ; Te zo gwastell ? Tu n'as rien à faire? Lang.,
Pleud.; gwastelled 'm eus hidi, j'ai fini de battre aujourd'hui, Lanr.
Cf. Prov. 741.
gwe : ober un taul-gwe d'un dra b., faire un tour brusque à quelque chose
pour l'arracher par ex. une dent , Trév.; a-we, en tordant, de côté,
en se dandinant, Trég.; n'omp ket evit gwea kevret, n'eo ket evit gwea
gan-in, nous ne pouvons nous arranger ensemble; diswe, angle : —
krenn, krak, — brusque, Trév.; diswean, se détordre ; faire un détour,
Trég. ; tomber d'inanition ; diswied e, il est mort dans des convul-
sions ; crever : Me garfea tizwifez! Me garfe 've diswiet, Loh.; ober
eur gue d'hi har, se donner une entorse (Mur).
gwèged, un peu malade, indisposé, Trév.
gwellar, guérisseur, médecin, réformateur, Trév.
gwenn. Dont e guenn d'ar gear, revenir bredouille. Emgann Kergidu, 1.51 ;
eundro venn, un coup manqué, ibid., 122. Ces expressions sont usi-
tées dans le Finistère ; et l'on dit à Trév. ober eun dro wenn, dans le
même sens : cf. fr. nuit blanche, et Prov. 52.
gwenteres : milin-wenteres, tarare, van ; milin-malah, moulin, Lanr.
gwernah eur berchenn, lever de terre une perche et la tenir droite comme
un mât) , Trév.
gwiber : eur c'harr war c'hwiber, une voiture suspendue, Trév.
gwif, f., fourche à pied long, Lanr.
gwikefre, gwikhefre, f., machine; chose singulière; installation; eurg.,
m., un original, un drôle d'individu ; gwikhefrean, arranger, installer ;
diwikhefrean, gâter, détruire, arracher, Trév.
gwintel : war wintel, en pente, Trév.
Ha : berr ha berr, tout à fait court ; yin ha yin, etc. Trév.
had — , préf., Tréc, aussi vivant que le fr. re — : hadgrà! da c'hadober!
bis ! Trév. ; hadgwelet, revoir ; hadzéwel, relever, Lanr. ; hadkouéan,
1 5 <3 Supplément aux Dictionnaires bret. -français.
retomber, Trév. ; hadkouéed e Iclaiï, il est retombé malade, Quimper-
Guéz.; hadkoueadenn, rechute, Trév. Cf. a:couez, Van. acoueh, P. Grég.
de Rostr. , accoueh, L'Armery, d'azkoueza = hadkouean, comme ar
peur-zorn, la fin du battage (dans l'Ille-et-Vil. hparbatfe . de peurzornan
et non de peur dorn directement. Azderaoui, déjà vieilli selon le Père
Grég. de Rostr., est rare parce que deraoui ne s'emploie pas souvent,
quoiqu'il existe à Douarnenez dans quelques expressions. Cf. Prov.
825 de M. Sauvé; la rac. derou, delou, Trég. delao, Lanr. — mad,
étrennes d'un marchand, etc. 1 , anc. dezrou, à Lanv. dizro {mad).
Hadlein, second déjeuner, hadvern, second diner, hadkoann, second
souper; hadskoaian, remettre une épaule, Trév.
haïkhel! à droite! laux chevauxj Saint-Mayeux.
hdlegenn, capot, qui ne réussit pas au jeu ou ailleurs, bredouille : hennez
zo 'vel sant Pipard ann — , c"est un drôle de personnage, Trév.
hailter-pred : pa oa — , quand on était au milieu du repas, Pleud.
he — , e — , é —, facile à ..., particule usitée à Landerneau et aux
environs : hedorr, facile à rompre, fragile; hegoll, facile à perdre, etc.
Cf. Dom Le Pelletier et le Suppl. aux dict. bret., p. 60.
helebini, hel'bini zo entrée, da c'hout piou a c'honeo, etc., il y a de l'ému-
lation entre eux, Trév.
hent. Mont d'ann — , aller faire ses journées de prestation. Pet dé 'out
bet enn — ? Trév. Combien de journées de prestation as-tu faites?
heuzan ra, il tremble, Trév.
hinkin, m., (fuseaui au fig. : hemen a zo un hinkinabaut, c'est un enfant
remuant, Ploaré ; eunn hinkin, un maître, un homme rusé, qui sait se
démener, se retourner, Plusq.
hirr-poudek, mougedus, huel pignet. — Eur bibenn iDouarn.), pot à longue
queue (litt. qui a un long pot), enfumé, haut monté, — une pipe.
Hun, heun, m., somme, court sommeil : ann heun kreiste, le sommeil
d'après-dîner, Goudelin ; ober heun kreiste, Pleud. ; ober un hun, faire
un somme, Perros, Trév. ; n'em eus kret 'met eunn hun pe daou ; je
n'ai fait qu'un ou deux sommes, Trév. ; barz ma hun kentan [da noz),
dans mon premier sommeil, Pleud., Lanr. ; hun, dormir : Eman' hun
aze, il est là à dormir; ke\r)s te hun, va dormir, Trév. Cf. Barz-Br., X.
I, J.
-ik [ekh] : girigo, petits mots (d'un enfant qui commence à parler); ial-
c'hik, petite bourse, Plouezec ; nebaunik, or çà, Trév. ; santik, petit
saint, Pleud. ; zantik ar rod, instrument de musique autrefois usité en
Supplément aux Dictionnaires br et. -français. i $7
Bretagne dans les églises (par ex. à Ploumagoar, Kérien), et consis-
tant en une grande roue entourée de clochettes, tournée par un saint
au moyen d'un mécanisme, Trév.; taulik, petit coup (Plouezec). On
dit même deudik , venez , iostadik , approchez (nuance mignarde) ,
Trév., diminutifs verbaux comme en basque ^Rev. de Ling., III, 18).
inderr [= enderf) après-midi : 'vi(dj'nn inderr, cette après-midi, Lanr. ;
inderv, Trév. ; inderw, Gurun. ; eun inderves vrao, une belle après-
dînée, Trév. ; un inderwesbrao, Gurun. (de midi àquatreh.) ; après quoi
vient abarde, abardeves, Gurun. abaderves, le soir, la soirée.
intrudi, savoir-faire, Gommenec'h ; dizintrudu, négligent, Trév.
iô(r)st, fatigué, Perros, cf. yosted de Goësbriand, fables, p. 5, et lat.
exhaustus, angl. exhausted ?
jech : kik jech, ou kik astenn, chair molle, qui s'allonge, qui n'a pas de
consistance, Trév. Rac. sachat, tirer.
jogan, chiffonner; kàd jog, être secoué; ober tamm jog d'u. b., secouer
quelqu'un, Trév.
jostram, m., un jocrisse, un imbécile, Trév.
Kac'helat kerc'h, nettoyer l'avoine avec un crible à grands trous (eur
c'hreur kdc'heler), Trév.
kalfichat un tamm koat, travailler un morceau de bois; kalfichadur, brin
de bois pour faire une cheville, ou pour s'amuser, Lanr. ; kalvicher,
celui qui travaille le bois pour son plaisir, Lohuec.
kalkenn, f. une grande fille, Trév.
kalledok, dur, à moitié cuit (en pari., par ex., des pommes de terre),
Plusq. A Trév., poas kalet.
kalounadik [ekh), f., le dernier des enfants, le benjamin, Quimp.-Guéz.
kals, m. : eur c'hals teil, un tas de fumier, Trév.
kamnugellat, boiter, Trég., Go.
kampenn, f. pi. ed, bavarde, Trév.
kann, bataille, batterie, masc. dans Le Gon. et le dict. fr.-br. de Td.,
est du fém. à Trév.: eur gann vras être ar zaout ; à Lanr., St-M. et
dans Bomb. Kerne, p. 92.
kano, sablon, Audierne.
kanv. Ar c'hanvou, les draps mortuaires, S.-M.; mantel-ganvo, Trév.;
ober kanvo, Trév., ober kaofi, Go., porter le deuil.
kàralou, ar c'haralou, pommes de terre, Pléhédel, Quimp.-Guéz. ; kala-
/ou, Trév. (un peu enfantin), corrupt. de douar àlou, comme l'allem.
Kartoffel de Erdapfel ? Cf. kareo = doareou ?
i$8 Supplément aux Dictionnaires bret.- français.
kared e'patô, les pommes de terre se sont collées à la casserole. Lanr.
kareo, kareou, manières : kareou eun den ; kareo drol a ra, ou an eus, il
prend de drôles de tournures, par ex. un cheval malade ; kareo vall,
mauvais tours; 'mari gand hi gareo, il est à ses affaires; diwall deus ta
gareo ! Prends garde à ce que tu fais ! Trév., syn. treso. Cf. doareou.
kas. Ann drouk kas-arok (le mal qui fait courir) , la colique, Lanr.; à
Trév. ar feur dà gas (feur = foerell), comme eun tir-de-bouch s= un
tire-bouchon.
Katel (Catherine,, Iann Gatel, lann ar c'hateler, celui qui s'occupe à de
petites choses, à ' des niaiseries ; katelat, katelein, a blij d'ehan, il se
plaît à niaiser, Trév.
kauzeùs, affable, causeur, Loh.
kaz aohnik, kaz born, homme peureux, St-M.
kaz ober u. d., chercher à faire une chose, Lanr., Gur. (Barz. B. kas,
par ex. XLVI , gall. ceisio).
kelad, m., pi. ou, — neud, écheveau, Trév.
kelo, kelo-ze, si peu : kelo wech, si peu souvent; kelo pez a ra a c'hlao ha
marin zo mêmes tra, il fait si peu de pluie, que ce n'est pas la peine
d'en parler; kelo vit-ze, pour si peu, Trév. A Pléh., kelou.
keloied mad e bel, il a été bien renseigné, Lanr. Cf. keloia, annoncer,
Feiz ha Breiz, 24 nov. 77.
kempenn. 'Ma 'ober he gempenn, il fait son tripot, son petit ménage, Trév.
ken. Skuiz on, ken a hon, je suis si fatigué que... je le suis ; gwelarl ra
ken a ra, ou ken a wel, il pleure tant, qu'il pleure en effet ; Tomm e
'nn amzer, ken a he, le temps est si chaud, qu'il l'est ; strakal ra ken a
ra, ou strakal ra ann treo ken a strak, (le tonnerre) gronde fort, etc.
Ces sortes d'identités sont en usage dans le petit Trég.
ken(n)ebeud-all, non plus. Pleud., Trév.
ker. Droug ar ger, le mal du pays, la nostalgie. Perros ; Trév.
kertri ve zevel beure-mad, cela coûte de se lever de bon matin ; kertri
'n eus, kertrius e, il est paresseux, Trév. (w Van. keltri, f., cherté,
disette) .
keveler, kehveler, pi. ien, associé; voisins qui s'aident dans les grands
travaux. Me zo kenveler ganac'h, je suis votre homme, je vais vous
donner un coup de main, Trév.
kilienn, pi. 0, Perros, ou, Lohuec, gaillard, homme querelleur. Cf. kil-
lenn, Histoariou p. 146, et Barz. Br., 7e éd., p. 202.
kihichenn, laitue; on dit aussi kaol-moc'h, lezegez, Plourivo, lezeget, Trév.
kilwean, mond a gilwe, aller de travers; hend a-gilwe, chemin sinueux,
Trég., Go.
Supplément aux Dictionnaires bret.-fxançais. 159
kistin Bourdel, des marrons; eux wéenn gistin Bourdel. marronnier. Lanr.;
à Trév. kisten-moc'h, des marrons.
klanvât : eux c'hi klanvât, un chien enragé, Lanr.
klehi, pi. de kloc'h : bokedo klehi, clochettes, fleurs, Trév. Lanr.
kletenn, pi. 0, f., mauvaise fille, celle qui est drôlement habillée ; kléket
mai, bien attifé. Corn., kleinket mad, St-M. Trég. klenka, mettre de
côté, ranger, cf. Hist. 210. Lanr. kleinkan. Voir Prov. 308 et kinkla.
koaill, m. (caille), homme habile, Trév.; kaill, pi. et, St-M.
koata, chercher du bois; — u. b., faire la cour, cajoler, Trév.;
digoada, digoadan, équarrir, Trév., Lanr.; — gwé , couper les
branches, Trév.
koc'ha, mond da goc'ha, aller chercher de la bouse de cheval ; koc'hax,
au fig. un homme de rien, Trév. ; c'houil koc'hex, Plounevez, c'houil-
koc'hax, Lanr., bousier. On dit familièrement d'une chose qui répugne :
gwell ve ganin mond da goc'ha gand eux goxdenn, j'aimerais mieux aller
chercher du crottin de cheval avec une corde pour l'attacher, comme
si c'était du bois ; Trév.
kokan, fâcher, se fâcher ;comme un coq); digokan, défàcher, Pleud.
kokenn, f., écuelle en bois; petit vase pour prendre le lait dans le pot,
Trég. ; kàke'n nat, f.. plein une coque, un coquillage ; coup à boire.
Ploezal, Trég. ; coup sur la figure, Trég.. Go.
kokes, h.-br. coques, coquillages. Daoulagad bxas evel kokes, des yeux
grands comme des coques, Trév. On dit fam. à Saint-Brieuc « ouvrez
vos coques! » c'est-à-dire vos yeux; par une fig. analogue, on a
formé en bret. digokan, digogan, faire de grands yeux, d'où ober digo-
kadenno, digogadenno, id., digokex, f. es, celui qui fait des yeux, Trév.
koll out, tu as perdu à un jeu , Trév.; meo kollet, Quimp.-Guéz.; saoul
perdu (h.-br.) ; meo-dall-kollet, Trév. Eux c'holl-penn eo evid-oun gwe-
let se, cette vue me fait perdre la tête, Trév.
koxnouriez, f., sorte de toupie organisée. Sarzeau. Cf. koxnigell.
kouchad, m. Eux c'h. den, eux c'h. mad a den, un petit homme bien
doublé, trapu, St-M.
kxaou gallek, des noix, Lohuec ; k x aounek, 'terre, dure comme des
noix , St-Clet.
kxegi xa 'nn amzex, le temps devient plus sûr, plus décidé, Trév.; kxigin 'nn
tann, allumer le feu ; kxog 'nan 'ta, tandis que kxog enn- han signifie
mords-le ; kxog 'golo 'ta, allume donc la chandelle ; kxog out ? ta
pipe est-elle prise? quand on donne du feu, ; kxog on, j'ai réussi.
Go., Trég.
kxek, m., pi. 0, trognon de pomme , Trév. A St-M., gxignot, f.
i6o Supplément aux Dictionnaires bret. -français.
kreneres : koat-kreneres, tremble, Lanr.
kre(y), krevasenn, f., chevelure (négligée); krevichen{n)ek, chevelu, kreous,
pi. zienn, f. kreouzes, pi, zed, paresseux, Trév.
krivin, eur grivinenn, le gratin, Lohuec.
kroec'h : broio kroec'h (litt. pays hauts), pays étrangers, lointains (petit
Trég. et Goello).
kûch, réserve, provision : ari 'm eus débet ma c'hûch, j'ai à peu près fini
ma réserve de pommesi, h.-br. cutte; act. de garder; ce qu'on
garde; avalo kûch, des pommes de garde (= kuz, cf. kuchaol, cou-
cher du soleil, petit Trég.; kuchaul, Go., kus-[h)eol, grand Trég.);
oberr hi gujat, faire sa provision, petit Trég., Go.
Lac'h-lutekh, éteignoir (par plaisanterie1!, Trév.
laer. 'Mari 'laer gahd ar golo, il y a un voleur à la chandelle, Trév.
lagad : Bean 'n eus eul lagad letern, eul lagad skornet, il est borgne ;
lagad skorned zo anout ! Trév.
lamm ou zaill tosek, ifaire uni mauvais coup, St-M.
landourc'henn, f., personne de haute taille, Trév.
lannvas, quenouillée, Bégard et Lanv. ; le lin travaillé, tillé, Trév.
lapenn, pi. ao, lèvre; làpen>n\ek, maladroit, Lanr., Trév. Cf. genauek.
lapous, ver blanc, Gur.
las, m. Ann daouet las, le second son des cloches ; eul las dornan, une
troupe de gens qui vont battre le blé ; te n'oares ket da las, tu ne sais
pas battre le blé à ton tour ; me reio las d'it, Lanv., me ro las d'it,
Lanr., je te battrai linf. à Lanr., rein à l\ las}. Me roou 'las dornan d'it,
Trév. Gred 'n eus eul lajat, il a sonné un coup (aux cloches), il a fait
une séance (de travail); bob eil lajat, par accès, Tv. V. Bomb. K. 20.
las. C'hoari las, jeu autrefois très en vogue. On présente à son parte-
naire sur une table un lacet tout embrouillé, et les deux bouts noués
ensemble; il faut que celui-ci y mette son doigt de manière à ce qu'on
ne puisse retirer le cordon sans passer sous ce doigt. Trév. Hennez
oar c'hoari las ! c'est un artiste (souvent en mauvaise part).
léet e 'nn dour, l'eau est trouble, Lanr.
lemmer. Min lemm.er, pierre à aiguiser, Tv., St-M., qqf. min lem[m)an, Tv.
lenn. Mont da lenn hi blanedenn, consulter son sort ; lenneres planedenno,
diseuse de bonne aventure. Trév.
les ohn, lait écrémé, après avoir été passé par une passoire, et laissé un
jour, Lanr. ; les ki, laitue, Gurunhuel.
Supplément aux Dictionnaires bret. -français. 161
liboudenn, f., pi. o, ou, chiffon, guenille, Pleud., Go.; id. et femme mal
habillée, Trév.; lipenn, pi. o, chiffon, Trév.
libouz, sorte de mousse qui vient sur l'eau, Lanr. ; liboust, Trév., id.
et espèce de croûte qui se forme dans le cidre quand il tire à sa fin,
Trév., Gur. Syn. mammenn, Sarzeau mammienn, h.-br. mère,
likeiin, Trév. glissant, leste, dégourdi, rapide [<&z war hi dacho). Cf. lik,
likaoui et link(r).
lip, tout à fait : Me zou voeltred lip, je suis tout à fait fichu, troc'hed 'm
eus ma bit, lip, je me suis coupé le doigt, le morceau est détaché ;
valc'hed 'm eus toud ar prad, lip, j'ai fauché entièrement le pré, Trév.
lizet, betteraves, Pléhédel, Go.; sing., eur lizetenn.
loaio-rannet (cuillers de grenouilles), nénufar. Lanr.
loegach : laret loegach, dire des bêtises, Trég., Pleud. ; syn. pitach, voel-
trach, kac'hach, marc'hach, tourcJhach, moc'hach.
logoter, m., souricière, Lohuec ; logotaer, Trég. ; logotàr, Go.
lonkeres. Toull — , gosier; stoufan t. /., engouer, Trév.
lorc'han u. b., flatter, vanter quelqu'un, Trév.
lorgnek [evel eur c'hochon), qui a de grandes oreilles, Pleud., lorikennek,
Trév. A St-M., lorchennek (ch allemand doux).
loukes, étrange, drôle ; loukezenn, femme mal habillée, Trév.
lut, lutik (pr. ekh) (résine), argent, par plaisanterie, Trév.
M.
Mad. D'ann dist'ran vad, e fach, il se fâche à la moindre chose, pour la
moindre raison, Go., Trég., syn. d'ann disf rah tra.
Mai dourjou, drôle de personne (surtout au vocatif), Go. (fam.).
malac'h, n'est-ce pas? Mazeu est plus respectueux (Mur). A St-M. enta;
Trév., laga, laga-ze, qqf. écrit laka; à Perros, kouita = (ne ket)
gwir'ta; van. hama (Manuel bret.-fr. Guyot-Jomard).
mari, m., rein eur mari, donner un baiser (enf.), Trév., Lanr. Cf.
h. -bret. faire main. Diminutif, manekh, Trév.
mann : ober vann deus u. b., faire cas de qqn, diouzin, de moi, Trév.
marc h : — dubunein, Lanr. ; dubunan, Trév. instrument pour dévider ;
— iot, iout, grand trépied pour mettre la poêle, Trév._, St-M. ; —
kanvo, Trév.; kaon, Go., catafalque; — karr, levier qu'on met sous la
charrette pour la soutenir pendant qu'on graisse l'essieu, Lanv.,
Paimpol ; — loaiou, loaio, ancien meuble pour mettre les cuillers,
Trév., Go.; à St-M., léc'h-listri; — taul, ce qu'on met pour soutenir
la table, Lanr.
i6i Supplément aux Dictionnaires bret. -français.
marc'hadour bara, boulanger, Plouha, Trév.
mardos, pluie qui tombe par la cheminée, Plusq.
maro : noz marv, pleine nuit, Gommenec'h, Trév.; maro-amzer, automne
(morte-saison , Go. et Trég. ; diskar amzer est plus spécial au grand
Trég. Le breton n'a pas perdu la faculté de former des composés à la
manière galloise \e déterminant avant le déterminé' : manv-skaon
« escabeau de mort », Go., Trég. ; nére-amzer, printemps, « la saison
nouvelle », Trév.; koz-amzer, automne, St-M.; dorn-hibill, Trég.,
Go., ou hibill-dorn, « cheville de main », cheville sur le timon d'une
charrette ; tewal-glewet, huel-glewet, drouk-klewet, entendre haut, Trév.
— La composition inverse à la française'! est pourtant plus usitée !.
mas. Mohd da vas gand al loenet, aller garder les troupeaux ; hennés zo
da vas ganimp, gand hohn fhoario, il est à nous épier, Trév.; St-M.
melget : bek melget, teint jaune rouillé'.. Plusq.
menn, menneik, chevreau, St-M., Plounez; pi., men(n)eghao, Lanr. Ce
mot et son diminutif ont pris en outre l'acception de « roupie », Plé-
hédel (d'où l'adj. menn'kus, Lanv.), qu'on voit, comme les chèvres,
dumosàpendere... Peb gaor a gar hi menn, prov. St-M.
mentet, grand, qui a de la taille, Trév.
merdead, moxdead, pi. merdeidi, merdidi, matelot, se dit en Trég., sur les
côtes, de même que morar, pi. ien, Trév.
mesk, agitation, Trég. Go. : hennés zo mesk tout, hens so mesk (S. -M.,
reuz\ ennhi gorf, se dit d'un homme remuant, Trév.
meves, femme ivre, Mur; divè, adj., qui n'est pas ivre. Lanr., Trév.
mikàh) e 'nn amzer, le temps est calme, St-M., Trév.; ar mour zou mik,
la mer est silencieuse ; un den mik, un homme silencieux, Go. et
Trég. ; ann avel zo mik, le vent s'est abattu, Go. Cf. kousket mik, et le
gall. mygu, br. mouga. Miket eo, il est mort, Bomb. K. 40.
mill-deillen, mille-feuille, Lanv., Trév.
min (petit 1 : kemen(t) min mad zo 'ne, tous tant qu'ils sont, Lanr.; kement
munet mad, Plouezec, cf. Explication an doctrin christen, Guing. 1838,
p. 90, dreist da guement munet mad so (= munud, jusqu'au plus petit).
moezik = maouezik, petite fille, Plougonver.
Moji, cheval, par plaisanterie, et enfantin : ha setu Moji 'rauk ! et les
voilà en route, Trév.; mond war gein Moji, aller à dada, Lanr. C'est
1 . On peut distinguer dans ces deux compositions une variété chinoise, par redon-
dance, où l'un des composants ne sert qu'à empêcher de confondre l'autre avec ses
homonymes : gwaz-dour, ruisseau (d'eau), dour-c'huez (eau de) sueur, korn-butun, pipe
(à tabac), pesk-korn (poisson) grondin: ou à éclaircir un mot étranger : tad-paeron,
(père) parrain, aval-oranjes, cf. h. -bret. pomme d'orange, chat d'écureuil, et castaneœ
nuces = angl. chestnuts.
Supplément aux Dictionnaires bret. -français. 163
le nom de l'enchanteur Mo gis dans les quatre fils Aimon. Hennez a zo
eur Moji! c'est un malin, Lanr.
morgenn, f., t. d'injure, Lanv. Cf. Mari morgant. A Trév., femme drô-
lement habillée : syn., divarc'heres dorejo.
moug. Eur vouez moug, une voix sourde, caverneuse ; eur vougenn, ou
mougenn zo enn amzer, le temps est sombre, lourd. Trév.
moug : Hou moug, gris pommelé, noir et gris mélangé, Lanv.
mousk, moust: maro-mousk, tout à fait mort, Go.; toud ned moust, tous
jusqu'au dernier, Lanr.
mouzik, m., celui qui est fâché, qui boude, Trév.
N.
Nean ra 'nn doupin, 'nn doubin, la toupie gronde \'man 'ober ann ogro,
elle ronfle comme l'orgue; Trév.; kousket a ra, elle dort, Trév., Lanr.,
Gurunh.; udal ara, elle bruit, St-M.,. Cf. fr. filer, en pari, des chats.
neû (= neuzi : t' eus ket a neù da ober ze, tu n'as pas de chic à faire
cela; bean dizneu, ne savoir s'y prendre, Trév., Gurunh., St-M.
neuden n i eur park, mettre des fils dans un champ pour effrayer les cor-
beaux, Trév., Gur., St-M.; par plaisanterie, n. signifie « uriner », Tv.
nlenn, f., crochet pour repécher un seau tombé dans un puits, St-M.
0.
Ober 'nei, s'en donner, avoir du plaisir ; ober ouz u. b., terrasser, tuer,
venir à bout de quelqu'un; en pari, des choses, s'occuper de, ache-
ver; ober ouz dafinve u. b., ruiner quelqu'un, St-M., Plussulien. pet.
Trég. ; 'm eus gret out-hi, gred 'm eus ouz ma labour, j'ai fini mon
travail, p. Tg.; n'ini ket 'vid'n im ober, ils ne peuvent s'entendre, Tv.
ouari, f. : eur — , un petit bateau à deux roues qu'on manœuvre au moyen
d'une manivelle, Trév.
Palevire, m., une bonne giffle. Trév. ; à Plédran (h.-bret.) une paravi-
rée (==pare à virer).
paliketenn, f., pelle à feu, Lanr.
panpes, adj., bizarre, étrange, sot; subst., drôle d'homme. Hennés zo
panpes, ou piponn, panpelour, c'est un niais; tud panpes, diwat ou
diwizat gens arriérés;, ou paourkez disadorn, né le samedi ; brezonek
panpes, pipi, piponn, diwat, disadorn, mauvais breton, Trév.
164 Supplément aux Dictionnaires bret. -français.
paoik (pron. ekh), gret paoik d'han, frappe dessus (aux petits enfantsï,
Lanr., Trév.; à St-M., paùik, païk.
paoura/ïte 'm eus, j'ai froid, Gur., St-M.; paourahteach, (dire des) plai-
santeries, langach paour, fadaises, Trév.
pechar, gris, rouge et blanc, gris et blanc, de plusieurs couleurs, en par-
lant des animaux. Trég., Sarzeau, St-M. et haut-bret. id.
pegan, tomber d'aplomb et s'enfoncer en terre au même endroit, en
parlant d'une boule, Trév.
peket : lez peket, Tv. ; lez beket, Lr., premier lait d'une vache qui a vêlé.
peill, écorce du chêne dont on fait le tan, Lanr. ; peillast, m., peau,
pelure (des pommes, des pommes de terre), Trév., Quimp.-Guéz.; à
St-M., peill.
pempenn, cinq petits faisceaux de lin tiré; pempenni lin, mettre le lin en
paquets ou pempennao, Trév. A St-M., pempennein ; sing. du nom,
pempennenn, f.
pempikh. C'hoari mein pempikh, Lanr. ; pempiao, Gommenec'h, jouer aux
osselets iavec des pierres). A Trév., d'il, min pempekh, c'h. pempeio.
penn. Me 'm eus pendrabet 'neaiï, '\ad, je l'ai culbuté, secoué, Trév.;
eur pennad vust, une femme désordonnée, Lanr. ; c'hoari penn-bourdel,
penn-bourdelik, Lang., Pleud., se mettre la tête en bas et les pieds en
l'air; penn-ki, m., un toton, un venis, Ploezal (à Quimp.-Guéz., eun
doupi tach-koaî) .
penton, m._, cuve ; — koue, vase où l'on fait la lessive, Trév., Lanr.
p'ételek, m., homme ventru, Trév.
petezenn : n'eus tamm — bet, ou hennés n'eus ket a beîesa, il n'a point de
valeur morale, de consistance, de caractère, Trév.
peur, per, par- : perdranchat, finir de biner ; perlakat, achever, Lanr. ;
glao a r& ken a barstrake, il faisait de la pluie à torrents, Trév.; Peur-
badus, Grég. de Rostr., p. 712, éd. de 1732, est une imitation du
perdurable ; le bret. n'a en propre que l'adv. bikenn, éternellement, au
futur (Trég.). Cf. le van. birhuikin dans ce sens, Pedenneu, Van. 1869,
p. 140, et adj. an ioae bizhuiquen, la joie éternelle [Tremenvar., 16).
peurik : Ober peurik d'en prad, Lang., preudik prat, Pleud. (syn. de
c'hoari penn-bourdel), corrupt. de tourik prad, pour toullik. Cf. c'hoari
penn-toullik, litt. faire un petit trou dans le pré avec sa tête.
pichot : koz pichot, homme minutieux, qui fait des niaiseries; pi. pichodet,
f. piclwdes, Trév.
pif, m., sifflet, clarinette; eur gontel bif, un couteau à sifflet; pif al,
jouer de la clarinette ; pifer, celui qui en joue, Trév., St-M.; cf.
pipeau, fifre, it. piva, etc.
Supplément aux Dictionnaires bref. -français. 16s
pik = put, comme chic! Gr. de Guillome, p. 125 = chut? Dall-pikh,
tout à fait aveugle, Trév., Quimp.-Guéz., Ploezal, Gur. (cf. Emgann
Kergidu, p. 2, dall-put, St-M., id.); bouzar-pikh, luch-pikh,in[n)osant,
zod — ; chom pikh, s'arrêter court, Trév. ; leunpik, tout à fait plein,
Audierne, Plozevet ; lann-pikh ou lann-tenn, Trév. On dit à Ploezal
le fém. pikes, penn-pikes, femme effrontée, chicanière ; à Trév. put,
aigre, trenk-put, tout à fait aigre, c'houer(v) put, très amer, avalou
put-chas, des pommes très amères ; à St-M., lez pùten(n)et, lait tout à
fait aigri; sali pik (Troude), en h.-br. salé comme du pic.
pikha siank, marcher vite, Trév.
pikouz labour — , travail pénible, difficile, Trév.
pil : pil-dour, dour-bil, m. averse, Trév.; à St-M., pilad dour, m.
pimpoelïni, mond da bimpoel(J)enn, faire un saut périlleux, tomber la
tête la première, Trév. ; c'hoari pimpoel^enn, faire la culbute, Gom-
menec'h, Plouha ; c'hoari pimpoell' nik, Trév.
pintet, suspendu, Trég.; pintet mad, bien monté sur jambes, Trév. Cf.
en pign(k), en pendant, Lanr., en pink, Hist. 62, et le fr. pendre. En
élevant dans les airs les petits enfants, on leur dit : Pintekh! pintekh!
et pour leur demander s'ils le veulent : Gred vo pintekh d'ac'h? Trév.
pis-moc'ha. Ke[r)zdab., va-t'en te promener! Lanr., Plussulien ; à St-M.,
pis-moc'hein.
pitach, niaiserie ; pitouch, un drôle de corps (St-M., id.) ; pitowèn[n)ek,
id., Lanr. ; pitekhiar, homme mou, sans force; piten{n)ach, sottise,
Trév. Cf. fr. pitaud, rustre.
plankenn [ma] skoa, (mon) omoplate, Trév.; pleinkenn me skoe, St-M.
plek, m..t ourlet, Trév., St-M.
podat, m. : eun tamm p., eur p. mad a dén, homme ramassé, trapu, St-M.
pokhol, poyol, m., poulain, t. d'amitié aux enf., Trév. ; farceur, p. Trég.
pr'èst, m., pi. prestiaou, instrument, outil, St-M.
priotat, Lanr.; priota, Trév.; priât, St-M., maçonner.
R.
Rahetèr, ratière, Pleud., Lohuec ; rahelàr, Trév.; rac'heter mad (chat),
qui attrape bien les rats, St-M.
ralek, qui use ses chaussures plus d'un côté que de l'autre ; (soulier) usé
d'un côté, Trév. A St-M., treuzet.
ranf, ranvel, Trév., r'ével, Pleud., instrument pour peigner [ranvelat,
révélât) le lin.
rarljenn, guides, corde, Trév.; à St-M., chaîne.
Rev. Celt. IV I2
1 66 Supplément aux Dictionnaires bret. -français.
ranp : pauî ranp, garçon insinuant, Trév.
rarïv, St-M., Tressigneaux et Lanv., bêche; reon, Douarnenez, Ploaré,
pelle ; cf. irl. rdin, gall. rhaw.
rask, fém., instrument tranchant à deux poignées recourbées pour polir
(raskan) le bois, Trév.
ratous, grincheux, Plounevez, St-M.; qui branle, qui n'est pas solide.
reuz : hennez zo — gant-hafî, il fait des embarras, Tv.
ribourtadenn, ritournelle, Plusq.
rigenn, rang ; regennad, rigennat, rangée, Trév.
rorà, grosse corde, Lanr., Trév.; ne se dit à St-M. que dans rord
milin, grand câble pour soulever la meule d'un moulin. A Lr., rordarl
eur garg, lier une charge avec de grosses cordes (korden(n)an, avec
des petites, Trév. korden(ji)in).
roualek, noir, jaune foncé, Lanr., St-M.
ruskenner, celui qui fait des ruches, Trév.
S.
Saiït : gred ho sant bihann, ma loj, ma locheik, faites votre petit saint,
mon chéri faux petits enfants pour leur dire de se tenir debout), Lanr.
seuit, fracas, Corn. Cf. chahut ?
siklud, m., pi. o, objet de peu de valeur, Trév.
silaouret, doré, Trév. ; chilaouret, Trégv Go.; selaouret, St-M.
skarbelek, m., celui qui butte contre les pierres en marchant, Trév.
skas, entrave de ronce qu'on met aux poules pour les empêcher de
gratter la terre ; ce qu'on appelle skasein eur iar. Hennez zo skaset, il
marche avec peine, St-M.; hennez zo skas, il se frappe la cheville du
pied en marchant, Trév. Du fr. échasses : voir dom Le Pellet., scass.
skavat, plein une petite barque (de goémon, etc.), Plusq., p. Trég., Go.
skilfenn, éclat de bois qui entre dans la peau ; celui qui est haut sur
jambes, pinted huel : eur pikol skilfenn. On dit de même skolpennek,
adj., de haute taille, Trév., de skolp, copeau ; cf. sklipad.
sklaïnan, chaïnan : les ket da dillad da — , ne laisse pas tes affaires à
traîner. Syn., ruzan, ruillan, Trév.; chahinan, Pléh., Paimp.; chéinan,
Pleud., traîner; a chaïn, en traînant, Go.
skoaz : diskoaiet, qui a l'épaule démise, Trég.
skoazell, pi. skoazeyao, ornière, Lanr.
skoemp, skoem, peureux, vif, alerte (d'un cheval); délicate (affaire,
démarchei ; (homme) sujet à caution, fripon, petit Trég. et Go.
skouer-bank, espèce de banc pour s'asseoir, le long des meubles, Trév.
Supplément aux Dictionnaires bret .-français . 167
skoill : dour — , eau stagnante ; skoillet e 'nn dour, l'eau est arrêtée par
une chaussée, Lanr.; skoillan dour, arrêter Peau, Trév.
skrijal, v. qui exprime le cri du pourceau : — ra' moc'h, Trég.
sparlet, dont les sourcils sont arqués et se rejoignent. Plusq., Trév.;
— eo he garr, il est embarrassé ; — oc' h, vous êtes attrapé, Trév.
stagalenn, Bégard, stagelenn, St-M ., ce qui tient !a quenouille ; boed staguz,
aliment qui dessèche la bouche ; stak-prenn, ce qui sert à attacher le
harnais du cheval à la voiture, Trév.
stipan, arranger, mettre en ordre, attifer; stipadenn, t., pi. 0, femme
coquette (syn., modenn, f., pi. 0, femme à la mode), Trév.
stovel, pi. eillao, ornière, St-M. Cf. stivel.
strâkeres, Go. et petit Trég. ; strakéres, gr. Trég., crécelle.
strogellach, des riens, Trév.
strouill, éparpiller, étendre : — teil, du fumier, Lanr.; struill, Lr., St-M.
Cf. strouill, boue; strei, streauein, 1. sternere, etc.; strouillenn, Trév.,
femme crottée, malpropre.
stum : kaozeal e — Goello, parler le dialecte de Goello, Pleud.
Tagan ra ar vouez, la voix s'arrête; tagus, (voix) qui s'arrête, Tv., Gur.
tal : a dal da, vis-à-vis de; 'dal 'n eil d'egile, vis-à-vis l'un de l'autre,
Trév., Lr.
talbenn, fém., planchette qu'on met au front des vaches pour les empê-
cher d'avoir peur et de se brocher {en em vrochan); talben(n)ed e' vioc'h,
Trév. C'est aussi un bandeau : talben[n]ed e, elle a pris le voile (en
parlant d'une religieuse ; enfin eun dalbenn garr, ou talbenn ar charr,
se dit de deux planches qu'on met devant et derrière la charrette
pour empêcher sa charge de tomber, Trév., Gur., Plusq. Talben[n)et,
(sourcils1 arqués et qui se joignent ; celui qui les a ainsi, Trév.
talkad : m., 'nn eun talkad, 'boire) d'un seul coup, Trév.
taltous, m., traître, sauvage, Lanr., Trév.
taons, épis; taonsennet mad e 'nn id, le blé a de bons épis, Trév.; taon-
zeta, glaner, Pléhédel, Trév. (cf. van. toezenn).
taouled, usé, en pari, des habits, Trév.
taul : 'her da zonn tauyao, 'ver 0 sonn ann tauyao, on va, on est à son-
ner le glas, Lanr.; taulad, m., ce qu'on fait en un coup, sans se repo-
ser, Pléh. ; bataille, Trév. ; taul douar, bande de terre que détache la
charrue, pi. tauyao douar, Lanr.
temjo, pi., des contes, prob. de temzah , assaisonner \x\xit salade),
(= tempza), fumer ^une terre), Trév.
168 Supplément aux Dictionnaires bret. -français.
tennan, tirer (un portrait) ; — plouzennik, — à la courte paille, Tv.
terchal, jeter un couteau pour tirer au sort qui choisira la première part
dans un travail aux champs, Trév.; ce qui s'appelle tennan d'ar bal
à Ploezal.
termal souffler, ne rien faire; chom ked aie da d., ne reste pas à rien
faire ; han 'ta, termerl allons, paresseux, Lanr., St-M.
terri (ou tremenj a ra d'ezhan, il se calme; torr-penn, m., casse-tête; celui
qui crie, qui ennuie, Trév.; à St-M., torrein a ra d'ohon, torr-penn.
tesk, m., gerbe, pi. ao ; teskaoa, glaner, teskaoàr, pi. ien, glaneur, f.
teskaoarez pi. et, Lanr.
teurk, tique ; par métaphore, insectes, poux, Trév. ; teurgen(n)net, t.
d'inj. : maladroit! Lanr.
tirennet (pron. tir'net) e' bara, se dit du pain (surtout du pain de seigle)
mal cuit, qui a une raie noire et dure entre la croûte et la mie, Lanis-
cat, St-M., Plussulien, Corlay. La rac. semble être « tirenn, bouclier ».
En h. -bret. on dit litre, c'est-à-dire probablement bordé. On prétend
que si l'on coupe avec un couteau un pain tiré du four avant que toute
la fournée ne soit tirée, cela fait litrer les autres ; il faut le casser avec
la main (Saint-Brieuc). Tirenn' a ra ar bara, ma ve torret ar bladenn
gant eur goiitel, St-M. Pladenn (Trév., id.) est un petit pain plat qu'on
tire avant la fournée. — A St-Clet, seien[n)et (qui a une ceinture).
tivignal, n., pendiller, Trév.
toagenn, f., taie (d'oreiller), Trégv Go.
tobios. Eun tamm — , un homme petit et gros, Trév.
tokad, m., quantité quelconque : eun — maddeio, tud, etc. Quimp.-
Guéz., Trév.; tok, pi. togo, enveloppe des châtaignes, Trév.
tomm. Ober eun — , se chauffer, Gur., St-M. Aze zou bet eun tommat,
'vad, c'est là qu'il y a eu un grand effort (un travail échauffant, un
bon coup de collier), Lanr., St-M.
torta 'ra dindan he veac'h, il est accablé sous son fardeau, Trég. , Go.;
ober un tortad, s'en payer une bosse, Plusq.
tos, pi. o, ou, tronçon ; — lahn, ce qui reste de l'ajonc quand on l'a
coupé à ras de terre; eun tamm tos, tos fall, homme trapu, Go.,
Pléh., Gur.
touill, pourri, Trév.
toull : eun — gouzoug breizadan euz, il a l'accent breton, Trév.
toullik fpron. toulekh), m., le dernier de la famille, de la couvée, Pléh.
tramaill, tratïmaill, pi. ao, herse; — dre gezek, à chevaux; tramaillat,
tranmaillat, herser, Lanr.
tvantel (fortune) : eun overn drantel, dranntel, une messe à rebours, Trév.,
Supplément aux Dictionnaires bret. -français. 169
de même qu'on appelle par superstition kaz ann arc'hant un chat noir,
Lanr., Pleud., Trév.
tremener, pi. ien, fém. es, passant, Lanr.
treuzadenn, f., poutre qui traverse une maison, Trév. ; passerelle, petit
pont, Prat ; me zo treujet, je suis traversé 'de pluie), Lanr.
triboulet. Ober ann — , faire une culbute sur la tête, St-M.
tri-hanteri, rare et abusif, partagé par tiers, Trév.
tro : mond 'dro, aller mendier; traouaill = trôil. dévidoir. masc. Lanr.,
St-M.; traouill, manivelle pour serrer les cordes d'une charrette ; ed e
a-benn-draouill. penn-draouillet e bet, il est dégringolé, Trév.; ar c'harr-ze
'ha d'ann druill, d'ann dreill, cette voiture va au grand galop, Lanr.;
troidell, f., lizeron ; troidellaî, aller de travers, Lanv. ; troieta, id. Gur.
On dit fam. d'une chose qui répugne : Gwell ve ganin mond da drein
mein da zec'hah, j'aimerais mieux aller tourner la pierre pour la faire
sécher, Trév. Troidellad, tournoyer, Bomb. K., 22.
trutell, f., commère, bavarde, Trév.
tud : den, plac'h evelann dud, personne sociable, qui connaît le monde, Tv.
tumenn ar chiminal, le manteau de la cheminée, où l'on accroche les
fusils, Trév.
turieller-douar, mauvais laboureur, St-M.; turniadur-goet, Pleud.; terna-
dur g., Lohuec, taupinée.
V, W.
Vin : eur — , une petite venelle ; — dall, impasse, Trév. Cf. veine, d'où
venelle.
vlik-e-vlamm : iaouank, néve, noaz — , tout jeune, tout nouveau, tout nu,
Trév.
vlistreres dour, seringue, pompe, Trév.; vlistran = flistra.
vloc'h, dim. vloc'hik, celui qui monte bien à cheval, bon écuyer, Trég.
vlutah koncho, raconter des contes: vlutach, niaiseries, Lanv. Cf. Bomb.
Kerne, pp. 4, 72. — vriteres : pillik — , poêle à frire, Tv.
vo-vo, cheval, dada enf. ), Lanr., Trév.
war. Mond war benn a hent da u. b., aller à la rencontre de quelqu'un,
Trév. ; jiletenn war var, Pontrieux ; war c'hourre, Corn., un pardes-
sus. Ar ieotenn-ze a zo war vlar ann dour, cette herbe pend sur l'eau,
son extrémité est balancée par le courant, Lanr. ; war lein, id.. Lr.,
St-M.; kerzet war destum, Trév., marcher les pieds en dedans, à
St-M. bechein, d'où bechik, maladroit, ibid., et peut-être buhekh, m.,
Lang., petit taureau, cf. iù.'-.z'ixz SXuuxç [kwç.
witè! à droite! aux chevaux La Roche-Derrien.
170 Supplément aux Dictionnaires bret. -français.
Zac'hed e, il est à bout, arrêté dans son entreprise, Trév.; syn. zouc'hed,
boufhed, bourded.
zaltin, adj., avare, Plougonver.
zauz, m. (propr., anglais), bègue, Lr. (petit Trég.), St-M.; zauzer, Trév.,
zauzan, Lr. , zauzein, St-M., bégayer. Cf. gregach, grec et charabias.
Les Hauts-Bretons traitent de même la langue celto-bretonne de
ouar-ouar (m., à Saint-Donan, baragouin). Barbarus hic ego sum...!
zelbenn, cheville, entrave pour attacher les vaches, Plusq.
zelland, adj., avare, regardant, Trév., St-Mayeux (Cornouaille).
zellédou : levr ar zellédou, les saintes Écritures (Plougonver, ce mot est
connu des vieux).
zerrer, m., un avare, un accapareur, St-M., Trév. On dit encore eur
zerrer treo, eun den he c'hodell'o), paotr he ialc'h, eun den evit-han he
unan, Trévérec (petit Trég.) '.
Emile Ernault.
1. C'est un devoir en même temps qu'un plaisir pour moi, en terminant cet article, de
remercier M. l'abbé Héry, mon beau-frère, le sympathique ban Koatmin, de son obli-
geante et précieuse collaboration.
POPULAR TALES OF IRELAND.
Thèse examples of Irish tradition are from a now extensive collection
formed by the editor during the leisure of some years past. He would
hâve preferred for several reasons to publish it in its entirety ; but at
the suggestion of the Director of the Revue Celtique the following trifles
(selected chiefly for their brevity are offered as spécimens of the tradi-
tion of the westernmost Celts. as now found existing in the mouths of
the people.
OF A YOUNG MAN THAT ILLTREATED HIS FATHER
AND MOTHER.
LIMERICK.
There was a wild , illconducted young man in Ireland once, who
lived with his parents. His days were given up to idleness. his nights to
card-plaving, drink, and debauchery ; and when his father and his old
mother talked to him about mending his evil habits the answer he gave
them was to beat them. Well, time rolled on; the parents died ; and
one day, a long while after, some sentiment of remorse began, it would
seem, to stir in his heart, for he bethought him of going to confession.
He went to the priest, who asked him when was he at his duty last.
He told him how long he had staid away. Then the priest began to
question him as to the sins he had on his conscience ; and the young
man proceeded to tell ail his doings, his blackguardism, hisdrunkenness,
his undutiful behaviour to his father and mother. The priest asked him
did he ever raise his hand to beat them. « I did, » he said, « bâte and
« ray-bate them. » « And why, » said the priest, « did you never corne
« ail this time to make your peace with God ; » « I was afraid to corne,
1 72 Popular Taies of Ireland.
« sir, » he answered. « Well, » said the confessor, when he had heard
ail, « I can do nothing for you. You must go to the bishop, and ask
« him to absolve you. » To the bishop accordingly the young man had
to betake himself. To him he related what brought him thither, and
asked for the absolution which the priest had refused. The bishop liste—
ned to ail he had to say about his past life, but when he had made an
end, he told him that he could not undertake to absolve him, any more
than the priest : ail he could do was to send him to Rome, to the Pope.
Well, the young man set out on this journey, over sea first, then on foot
over land, till in course of time he made his way to eternal Rome. There
he sought the présence of the Pope, threw himself on his knees at his
feet, and told him the history of his life, as he had told it to the priest
and the bishop in Ireland. The Pope heard him out, and what he then
commanded hirn to do was, to go back, and the first living thing he
should meet on his way, to kneel down, kiss it and worship it. The
young man shortly after left the city, and started off on his road home.
On the way, towards evening, there met him a great leech-like thing,
such as cornes out of the river, and in obédience to the Pope'scommand,
the young man knelt down and kissed it. The créature fastened the
next instant in his throat, and ail the strength of three men would not
loosen its hold. He had at last to throw his handkerchief over itto cover
it, and to drag himself and it, as well as he could, to a house by the
road, where he asked for lodging for the night. There he withdrew to
his own room. Next morning the people of the house waited a long time
without his coming down, and at last, fearing something was wrong,
they went to his door, which they found fastened on the inside. They
forced it open, and then a fearful sight met their eyes. Of the young
man there remained nothing but the fleshless bones ; the rest of him
had been devoured during the night.
(John Young, of Rathkeale, 27 april 1877.)
/ can do nothing for you. Mr T. Wright in his notes (p. $3) to his édition
of the Proceedings against Dame Alice Kyteler, prosecuted for sorcery
in 1324, by Richard de Ledrede, Bishop of Ossory (London, 1843),
enumerates from a MS. of the fifteenth century the « casus quibus
« solus papa absolvit » and « casus quibus papa, sive episcopus,
« sive alius, eorum potestate accepta, absolvit. » The former class
includes
Incestum faciens, deflorans, aut homicida,
Sacrilegus, patris percussor, etc.;
Popular Taies of Irel.md. 173
the other,
Si qua suffocat partum, aut negligit occat,
Si pater aut mater violenter lœditur, etc.;
further on,
Non scelus énorme vitii solvas sine papa ;
Sacrilegus, cleri percussor sive parentum,
Taies Yel similes Romam vadant, nisi sexus
Obstet femineus, aut debilis aut senis aetas, etc.
The discrétion however allosved the bishop in certain cases is expres-
sed by the line ibid. ,
Dictos qui possunt sine papa solvere solvant.
A great leech-like thing. Démons often appear in thèse stories in the form
of a water-serpent or eel. In another unpublished story, too long to
give hère, the Devil appears wound as an eel round a butter-firkin.
He is allowed to punish the impiety of a farmer's wife by devouring
her body, but (as in the présent tale^ the soûl is saved.
Notwithstanding some différences of détail, this is the same story
with Lou gouiat castigat of the Contes populaires recueillis en Agenais Paris,
1874 of M. J. F. Bladé. In the Agenaise taie the sin of the young
man is différent ; he provides himself with iron shoes for his journey ;
the bells of Rome sound at his approach [« Aqui las campanos que sou-
« non l'arribado d'un gran peniten, » the people say ; and a compa-
nion of his makes the journey with him.
II.
THE HIMIDE-HAIMIDE.
'galway.)
A woman had an illthriven youngster. who was lying in his cradle
one day when the little child belonging — or thought to belong — to
another neighbouring woman came to the door with a message from his
mother, who wanted the loan of a sieve. « Chair mo mhamaidhe asteach
« mé, » said this latter , « ig iarraidhe iasacht an himide-haimide. My
«. mammy sent me in to ask the loan of the himide-haimide. » That was
the childish name he gave the sieve. « Hi, hd! » laughed the fellow in
the cradle, loud and bitter ; « ^Nùair a bhi Coillte-Con an dsannuidhe 's
« deas a déirthéa criathar. When Coillte-Con woods were growing it's
« bravely you could say 'sieve'. »
174 Popular Taies of Ireland.
It was a good three hundred years since the saplings of Coillte-Con
were growing. After thus for the first time breaking silence, through
losing ail patience at the déception of the other joker, the sifreâg leaped
out of his cradle, made for the door, and neither he nor his friend was
ever seen after.
(Man frorr. Laghtgeorge, 31 march, 1878.)
The very word ordinarily used for the good people, Sidhfir, Sidheô-
gaighe, probably means the « Immortal Men, » the « little Immortals; »
Slûagh Sidhe, the Immortal Host, the Spanish Huesta Antigua, Exercito
Antiguo. We may compare OReilly's sidsat, they wait[ed], remained ;
sithbeo, sithbûan, lasting, perpétuai ; sithbe, long life. In several tradi-
tions concerning them the notion of great âge is implied, as hère. In one
of Croker's taies iMaster and Man Billy Mac Daniel's sidhfer master says
to him, « Billy, / will be a thousand years old to-morrow 1 think it is
« full time for me to get married. n In the County of Galway the belief
of the people is expressed in the saying, a No one dies in the Bruidhîn »
the dwelling of the Spirits, the Bruden of ancient taies) '.
The editor has not been able to identify the old wood alluded to.
Coillte-Conchubhair and Coillte-Conmaicne were respectively in the présent
Roscommon and Leitrim. There is a Cathair-a-con wood in Clare.
III.
WHERE 'LL I GO ?
WESTMEATH.
A voice used to be heard at night, crying ever from the butt of a
bush, « Where '11 I go ? Where '11 I go ? » A man was coming along
that road one night, mellow with drink, and when he heard the ghost's
question, Where '11 I go ? « Where 'ould you go », he answered, « but
to God out 0' that, and leave the people in peace ? » The spirit thanked
him, and was never heard again.
(Young man at Clare, august, 1878.)
Cf. « Graenzpfaehl verrùckt», Wolf (NiederUndische Sagen; Leipzig,
1843, p. 509I, and Mùllenhoff « Das Gespenst mit dem Grenzpfahl »
{Sagen, M&rchen und Lieder der Herzogthiïmer Schleswig-Holstein und
1 . Cf. the berg in Korse legends of the Aesir.
Popular Taies of îreland. 175
Lauenburg ; Kiel, 1845, p. 189). Thèse two stories turn on the fraudu-
lent displacement of a boundary post, which the rogue is condemned to
run about with at night after his death, asking continually, « Wohin
« soll ich ihn setzen ? Wo soll ich ihn lassen ? » A drunken man, who
had fallen asleep in the haunted field, lifts his head and answers, « Ei,
« lumpenhund, setz' ihn wieder hin, wo du ihn genommen hast, du
« Dummbart du ! » c< Gott sei gedankt, » cries the spirit ; « Nun bin
ich erlœst ! »
The « bush » in the Irish story was probably one of the solitary
thorns, which are always associated with the dead (they frequently mark
graves), and are in Galway said to hâve ail sprung up from dead men's
dust scattered through the world.
IV.
THE GOOD PEOPLE'S QUESTION TO SAINT PATRICK.
I. LIMER1CK.
Saint Patrick had a serving man called Crom Dubh, and he sent him
out one day to get wood for the fire for cooking; for ail the beggars of
the country used to be fed at Saint Patrick's house. Crom Dubh met
some people who offered to draw the wood for him if he would put a
question to his master at the moment of the Elévation in the Mass.
Crom Dubh did so on the Sunday following. « A Phddraïg, » he said,
« gad é an ûair a ra'ïg na Slùagh Sidhe go Parrathas ? » (Patrick, what
time will the Sluagh Sidhe go to Paradise ?) « Donas dùbhais air t'oide
mûinteadha », said Saint Patrick, « ni ra'ig siad go Là an Breitheamhantais
go hdirighthe (Grief and ill-luck to your teacher, they '11 not go there till
the Day of Judgment, for certain). »
Before that the Good People used to put the sickles in the corn
and the spades in the ground, and spade and sickle used to be seen
working for men without visible assistance ; but thenceforward the
Sidhfir would do nothing. That question was put on the last Sunday in
July, and ever since, that day !or the first Sunday in August, itsometimes
is) is called in Ireland, Dômhnach Chroim Duibh or Crom Dubh's Sunday.
(Old woman from Askeaton, 30 march 1879.)
2. LIMERICK.
When Saint Patrick was at the Rock 0' Cashel, and the Friars were
yet in it, he and they were poor enough : and every day Saint Patrick's
i j6 Popular Taies of Ireland.
serving man used to go out to gather firewood sufficient for the next
day. While he was thus employed one Monday morning, up there
cornes to him a little redheaded man, who asked the servant what he
was gathering. « The next day's firing », he said, «for Saint Patrick. —
What does he give you for that ? » asked the little fellow. « Two-and-
fourpence a week, » said the other. « Well, » said the redheaded man,
« I '11 get you, in one day, as much firing as will last you the whole week,
« and besides sparing your labour, I '11 give you what your getting, if
« you '11 ask your master one question for me at the moment when he is
« raising ihe Host at Mass. » The serving man said he would, and the
stranger told him that the question was, Ce hiad na tri dream ndch bfeic-
feadh na Flahhïs Dé go brdth ? (Who are the three sorts of people that
never will see the kingdom of God). Well, the serving man found the
week's bundle of firing lying ready for him in the morning at the stair-
foot, and he resolved to do what he had undertaken to do. When Saint
Patrick was on the altar on Sunday, and when the moment of the Eléva-
tion arrived, he suddenly heard the question put to him. Turning sternly
about towards the congrégation he asked who was that unfortunate man
that had put such a question as that to him. The man cried out that it
was he, his own servant; and Saint Patrick commanded him to corne
to him in the sacristy when the Mass was ended. When the servant did
so, Saint Patrick told him that he would give him his answer, but he
also told him that he might dig his grave that night. The three classes
who hâve the least chance of Heaven are
Deamhna Aerig;
Leanbh gan bdisteadh ; agus
Céile Sagairt :
the Air Démons ; a child unbaptized : and a priest's mistress. Saint
Patrick commanded the man to go that night and dig a grave below his
own depth, then to lay the spade and shovel over it crosswise, and so
await Them; for they would corne to get the answer of the question,
and he would be in deadly péril when they found what the answer was.
On the Monday morning the man saw the little red fellow and the rest
of the Good People surrounding the spot where he was awaiting them.
When they got their answer, they could not touch him, but fire
flashed from their eyes and blazed from their mouths, and they tore up
the ground in their wrath. Since then the spade and shovel hâve always
been crossed over graves in Ireland.
(Man from Oola, winter of 1875 ; old woman from Kilbehinny, 7 |anuary
1876; old man from Kildorrery, and others.)
Popular Taies of lreland. i 77
According to one narrator the little red man was the Luprachân (Clu-
charachdn, Cork). He said when he heard Saint Patrick's answer, « If
« that 's so, we'll do good and bad (Before that they had done nothîng
« but good »). When they saw the crossed grave, « It waswell for you,»
said they, « and wise was the man that told you. »
3. CLARE.
The answer was Céile Sagairî; leanbh gan bdisteadh; agus Slûagh-
Sidhe-Thûatha-Dé-Danann.
(Old man, D. L., from Broadford, Clare, but résident some thirty years
in the Abbey, Limerick, where the editor heard this variation, 7 october,
.876.)
4. DONEGAL.
Saint Colum Cille had broken his golden chalice., and sent it by a
servant to the mainland to hâve it repaired. The servant took it in his
currach Cuisle, and on his way fell in with another currach, rowed by
a stranger, who enquired his errand. When the man told it, the
stranger blew his breath on the chalice, which got whole again ; and
bade him return it to Colum Cille and bring back word what he should
say. Saint Colum said, Monûar ! Monâar ! fear na noïbreacha sin, as go
brdîh nach bfuil maiîheamhnas lé fdghail aige (Alas, Alas, for the man of
such works, for ever there 's no forgiveness to be got by him). On hea-
ring the saint's reply the stranger exclaimed, « Woe is me, Manannân
« mac Lir ! for years l 've helped the Catholics of lreland, but I '11 do it
« no more, till they 're weak as water. I '11 go to the grey waves in the
« Highlands of Scotland ! »
(From the editor's brother, in Donegal, 1870.)
J. OTHER VARIATIONS (Cork, etc.).
The serving man was pulling fraoch (heath) in a wood, to make a
brosna or faggot of, when he found that the harder he pulled the firmer
it was clinging to the ground. At last he heard the voices of people near
him, telling him it was they that were holding the fraoch in the earth.
Their question was to be asked between the élévation of the Host and
the Chalice, of the priest at Mass, not of Saint Patrick. Instead of Céile
Sagairt, Leandn-sidhe-sagairt (spirit mistress, succuba) occurs ; and the
Good People appear as Aingil Anûabkair (the Proud Angels).
Crom Dubh, Black Crom. The Irish writers of the beginning of the cen-
tury, who were so inaccurate in many things, were perhaps quite
1 78 Popular Taies of Ireland.
right in identifying the name of this ancient Irish divinity with
OReilly's cruim, «. thunder » (O'Halloran, History of Ireland, Dublin,
1804, I, 34;. Reinsberg-Dùringsfeld mentions the Bohemian usage
of throwing a buckgoat from the top of a tower, etc., with various
superstitious cérémonies, on the 25 july, « ein Rest, » as he thinks,
« von einem ehemaligen Opferfest zu Ehren Perun's oder Donar's »
[Fest-Kalender aus Bœhmen, Prag, 1862). Goats were thrown from a
height and burnt, in honour of the thunder-god. The workjustcited
also mentions Bohemian popular auguries drawn from the occurrence
of thunder in August (p. 380).
Deamhna Aerig. One of the many popular names of the good people.
Other names are Slûagh Si'dhe, Daine Maithe, Sidhfir, Si'dhedgaîdhe,
na Uaisle, Aos 'An, Slûagh na Marbh, Dream Anûabhair, Aingil
Anûabhair; to which may be added Slûagh Cille, which, however,
the editor has not obtained, as he has obtained ail the rest, from
oral sources. Slûagh Cille (or the Host of the Churchyardj occurs in
one of the poems published by the Ossianic Society {Seilg-na-Féinne
os cionn Locha Deirg, Transs. VI. 156). As to Sidhe, Sidhfir, etc.,
see above. Daine Maithe is commonly englished « good people »,
but the words were originally used for «nobles », « thewellborn ».
Thus the Bodleian copy of the Annals of Innisfallen (Miscy. Celt.
Socy. 1849, p. 1 3, note p.) records at the year 1234 the defeat of
Trâigh-lf by the Foreigners on the Gaidhels, wherein was slain Diar-
mait son of Cormac Liathanach, ocus daini maithi imdadi do Desmu-
main, « and many (other) nobles of Deas Mûmha. » Daine Maithe
would thus correspond to the names, « the Gentry »_, na Uaisle ^the
Noble, Highborn), applied to the same beings. Daine dna (« noble
people ») occurs in Leabhar-na-gCearî (éd. ODonovan, p. 1 10). The.
form Aos 'An (the Noble Folk) requires confirmation; for though it
appears to be a genuine euphuistic popular name for the Sidhe, and
corresponds to compounds like daine dna and the living aos ùasal
(nobility), the editor has only obtained it from one source, an old
woman from Kilbehinny, Limerick, and in the phrase Poc-Aos-'Ain,
referred to below. Dream Anûabhair, Aingil Anûabhair (Skibereen,
Cork; Kildorrery, etc .) the excessively proud people, proud angels.
The expression Slûagh na Marbh, Host of the Dead, has- found its
way into the Irish Catechism at présent in use in the diocèse of
Tuam.
There are early références to the Air Démons in Irish literature, for
example, in the old rann cited by Keating :
Popular Taies of Ireland. 179
Béchoill agas Danann (sorceresses of the Tûatha-Dé-
Danann)
Feascor a ndraoidheacht fd dheoigh
Le deamhnaibh odhra aieoir.
Béchoill and Danann
Their magie withered away (?) at last
Through (by) pale démons of air.
(Keating éd. Halliday, p. 208.)
The Demna Aeir are perhaps identical with ihe Geinte Glinne; and the
last word the same with glin, « the firmament, the sky » (ODon. ad
OReilly). Geinte Glinne would thus be the people, tribes of the sky. As
in parts of Indo-China a person afflicted with epilepsy, or like myste-
rious seizures, is said to be « smitten by wind » or « smitten by a
spirit » [Alhenœum, 19 april 1879, p. 507), in Ireland it is said of aman
struck with paralysis, Fuair se poc (He has had a stroke) ; and the affec-
tion is known as Poc on Spéur (a stroke from the sky), Poc Aeridheacht'
(stroke of the Air [powers]), Poc 'Aos-Ain. We may compare with this
last term the words of the school master Good, in Camden, who, after des-
cribing the procédure of an Irish wise woman; called in in cases of
obscure illness, says, « then returneth she home unto the sicke party, to
« try whether it be the disease called Esane, which ihey are of opinion is
« sent by the Pairies », etc. (Hollande Camden, 2d. edit. 1636) '.
The common Irish adjective aeridhe, aereach, aoiridhe , aoigheardha
[Reliques of Irish Jacobite Poetry éd. John Daly. Dublin, 1844, p. 6) has
the sensés : t. Aery, of the air. 2. Relating to the Air Spirits, haunted
etc. (of places). 3. Under the influence of the Air Spirits, wild, flighty,
etc. Through a parallel Highland form of this word, the word eery has
without doubt found its way into English. Aeridhe in the }rd. sensé
is a term often applied to tailors; and in Ireland, as in other countries,
that class of craftsmen are, like smiths, associated in legends with the
Good People or with supernatural beings. ( Asbjœrnsen, Norske Huldree-
ventyr, I, 1 1-14. Cf. Campbell, West Highland Taies, II, 58.)
Laughter, and especially violent laughter, seems to hâve been held,
like sneezing, to indicate the unseen présence, and the influence on the
company, of the Spirits. In such a notion is perhaps to be sought the
origin of the formula often heard from women after laughter, Cuis gaire
6 Dhia chûinn! (Cause of laughter from God to us); and is not this the
•
1. Epilepsy is called by significant names in Ireland : the Blessed-Sickness (Westmeath
= morbus sacer); Tinneas Mûr Eôin Bâistidhe (Limerick), morbus magnus Ioannis Bap-
tistae. It is cured by St. John's Night dew, caught in a vessel covered with a white cloth.
180 Popular Taies of Ireland.
meaning of the Scottish belief that men become violently hilarious, fey,
just before a violent death ? The unexplained word fey recals the older
uses of the French fée : un cheval belliqueux pommelé, ayant une petite
teste, un regard fier et courageux, et outre les bonnes conditions qui
estoient en luy, il estoit fée [Les facétieuses nuits de Straparole, éd. Jan-
net. Paris, 1857, I, 173).
A Utile redheaded man. The Irish Luprachdin, Lugh-chorpdin, seem to
hâve been originally fire-and mine-dwarfs. 1. Like the Incubones of
Petronius they appear guarding a treasure, and with red caps, red
jackets, or red hair. It will be noticed that in the présent case one
of them promises money, and collects fuel. They hâve spordn-na-
scillingce, thepurse aiways cor.taining a shilling. 2. Their subterra-
nean mill, Muilleann Leprachdn, is shown near Tuam. 3. The Lupra-
chân is often betrayed by the tacking noise of his hammer as he
works as a brogue-maker. This hammering recals the Welsh Kno-
ckers, whose sound has led to the discovery of so many mines, and
the German mine-spirit Hàmmerling.
Slûagh-Sidhe-Thûatha-Dé-Danann. A valuable variation, identifying the
Sfdhe with the Irish Plèbes Deorum.
This same story appears in Scotland, but in a form very différent from
the foregoing. The saint, his servant, and the priest disappear, and are
replaced by an old Cromarty farmer, who, seated among his sheep on a
Sabbath noon, reading his Bible, is addressed by a woman in green.
« Old man, you are reading the book; tell me if there be any offer of
« salvation in it to us. » « The gospel of this book, » he inade answer,
« is addressed to the lost children of Adam, but to the créatures of no
« other race. » His interlocutor disappears with a shriek. (Hugh Miller,
Scènes and Legends of the North of Scotland, Edinburgh, 1858.)
The strong attachaient of the Irish to their ancient pagan traditions
is curiously illustrated by legends of the présent class, where an
attempt is made to christianize divinities, demigods or heroes which the
converted pagan was unwilling to give up altogether. Thus one of the
most popular of modem legends is Bdisteadh Oisin, the Baptism of Oisfn;
Oisîn becomes servant to Saint Patrick, as Crom Dubh hère ; Cu-Chu-
laind himself is reckoned among the saved ; and the sea-god Manannân
becomes a friendly power. A legend in the book of Fermoy which pro-
fesses to account for the name Domnach Crom-Dubh relates how the sal-
vation of Crom-Dubh was revealed to Saint Cainnech.
Popular Taies of Ireland. i 8 1
SLIABH-NA-MBAN-FIONN THRI LASADH
I. LIMERICK.
There was a woman once, somewhere on the borders of the counties
of Limerick and Cork, and she was the laziest thing that ever walked.
She let ail the wool go on gathering for seven years, because she was
too idle to spin it, and with other work it was the same. One night
however she bethought her that it was high time to do some spinning,
and after her husband had gone to bed she sat down and worked away
at her wheel till it grew very late. As she sat there, suddenly in walked
an old woman, who sat down uninvited and began to spin furiously.
She made incredibly swift progress with the work, and then the two
began to card. While they were so employed in came another woman,
who cried,
Cior' ollai'ge, cior' ollai'ge, cior' ollai'ge 'thdthaoi;
Cior' ollai'ge fada fi'ge, as fada liom athdthaoi :
Carding wool, carding wool, wool ye are a-carding ;
Carding wool so long and white, and still ye are but tardy.
She too sat down, and another came in, till the house filled with
people. There were old and young women, ail ready to spin, and wea-
vers ready for their own work. They ail sat down, and spun, carded,
and wove at a fearful rate, the woman of the house looking on, and not
knowing what to make of it ail. They shortly fmished, and then they
cried out for a striuch-chdrddil, or treat after their work. They would
take neither excuse nor déniai, and the woman had at last to consent,
and she went out to bring some water for the purpose from the well.
But when she reached it, she heard a warning voice sound in her ear.
« Don't give it them, » it said. « Ail that ever the seven générations of
« your people had would not give them food to night. » (Nd îabhair aca :
a raibh ig d'seacht sinnsear nd iabharfadh se biadh dôibh 'nocht je.) « And
« what '11 1 do ? » asked the woman. « You '11 go back », answered
the voice, « and dash that can of water against your door, and cry out,
Td Sliabh-na-m Ban-Fionn
Agus sliabh as a cheann
Tri dhearg lasadh.
There's the White Women's Hill
And a higher hill still
In a blaze of red fire !
Rev. Celt. IV i]
1 82 Popular Taies of Ireland.
« They '11 ail rush out of your house, and do you hurry in. Put the
« broom across the door ; throw out the feet-water ; take the band off
« the spinning-wheel ; put the tongs up against the fireplace ; and turn
« the feetwater bowl and every other vessel down on its face. » Going
back to the house, the woman, as she was bid, dashed the canful of
water against the door, and cried out at the top of her voice
Td Sliabh-na-mBan-Fionn
Agus sliabh as a cheann
Tri dhearg lasadh !
A terrible hubbub arose that instant within, and the crowd came rushing
to the door. « M' fhear as mo phdistidhe! » (My husband and my children)
cried the women, « Mo bhean as mo phdistidhe! » (My wife and my chil-
dren) shouted the men, each hurrying off to save his own. The woman
of the house in the meantime got inside and shut the door upon them.
She stuck the broom across it; poured out the feetwater, and turned the
bowl face downwards on the ground ; took the string off the spinning-
wheel ; set the tongs standing up against the fire-place; washed the
cock's feet, and put him on the cleiihbhe1. She had not well finished
when approaching noise, threatening voices and quickening feet, told
her that her unbidden guests were coming back. « Are you there, Feet-
« Water ? » cried they, as they beat savagely at the door. « No, » the
Feet-Water made answer, « I 'm under yere feet. » « Open the door,
« Wheel, » they cried. « I can't, » said the Wheel, « the string is off
« me. » « Open the door, Tongs. » « I can't, » said the Tongs, « she
has set me standing against the fireplace. » The Cock and the Broom
had to give the same answer ; and the crew outside at last made off,
leaving their parting curse to the woman's adviser. She had thus ail the
wool they had spun and wove ; but from that out she changed a card in
the matter of laziness ; did her work regularly ; and went to bed in
proper time.
(Old woman from Kilbehinny 12 april, 1877.)
2. CORK.
Suidhedn-na-Mnd Finge afire.
Suidhedn-na-Mnd-Finge, as it is called in the dialect of the locality,
« the White Woman's Seat », is a heap of stones on the summit of
Killawillin Mountain, between Ballyhooly and Mallow. The Bean Finn
used to be seen walking out of thèse stones. Two men one day saw her,
1. A wicker shelf or perch, fixed against the wall or behind the door.
Popular Taies of Ireland. 183
and tried to get near her, but she withdrew between two stones and
got out of their sight.
Tradition speaks however of many White Women, Mnâ Fionna, and
tells that they were out one night, and visited the house of a certain
woman, as in the foregoing story, where they were only got out by her
device of shouting that Suidheân-na-Mnâ-Finge was afire. In the subsé-
quent dialogue the Key could not open the door for the unearthly visitors
because the mistress had put him in her pocket. The Feet-Water makes
a like refusai because she had cast him three yards beyond the threshold.
The longs is keeping the fireplace and dares not stir. The White Wo-
men départ, crying « Donas dûbhais air do chomhairleach. » (Grief and
ill luck on your counsellor.)
(Man of over eighty from Kildorrery, 1874.)
3. GALWAY.
Cnocdn-Bhaile-na-Gaoithe-thri-lasadh.
Cnocdn-Bhaile-na-Gaoithe and Ratha-Bhaile-na-Gaoithe are near Tobar-
Bél-atha-na-nanam, near Oranmore. In a house hère close by the raths
lived a woman called Brighid Ni Tuathail, Anglice Bridget Toole. One
Friday night she and her daughters were busy preparing frieze, bréidin,
for the Galway market. It was after twelve, and the wearied girls were
for going to bed. The mother, however, said it was better to stay up
and finish the work. They therefore went on with it for some time, when
ail on a sudden two women came in, followed by two more, and more
after them, and each called out Tùirle as cdrla domhsa (A wheel and a
card for me!. They set to work, and soon a great quantity of bréidin
was prepared.
[Then cornes the incident of the woman going to the well for a can of
water, whither she is followed by a friend of hers among the mnd sidhe,
who instructs her what to do.] The woman and her daughters, when the
deceived Good People returned to the door, heard the water-can shivered
to pièces outside : and the house-dog was found next morning dead on
the wall. The great roll of bréidin, the fruit of the strange women's
labour was taken up high into the air, and let down again.
Some time after, Brighid Ni Tuathail went to the market of Galway to
sell her frieze. A man she had never seen before came up to her and salu-
ted her by her name. « Marach dhuit, Brighid Ni Tuathail; an é bréi-
din Bhaili-na-Gaoithe ? » (Good morrow to you, Brighid Ni Tuathail;
is that Baile-na-Gaoithe frieze) . Surprised to be called by her name by a
man she never saw, and still more to hear him ask after the frieze made
1 84 Popular Taies of Ireland.
at her house under such strange circumstances, she made him no ans-
wer; for she had no désire to be talking about the affair. Soon after,
however, another man came up, and he too asked, An é bréidin Bhaili-
na-Gaoithe? A third came, who asked, « How much do you charge for
« it ? » « Two thirteens (the old money) a bandle », she answered. The
man told her not to sell it, but to take it home, and while she kept it
she would hâve luck. She obeyed his advice ; and his words turned out
quite true. Every thing prospered with them so long as they had the
roll of frieze.
(Man at Oranmore, 1875.)
4. GALWAY.
Crocdn-Chac'-Madaidh ablaze.
Localized at a hillock with this graceful name near Comar old castle,
near Corroîin. Tôirne 's cdrla damhsa ! each woman cried; and when ail
the flax was spun they wanted more. The spinner's staying up late is
supposed to hâve interfered with the diversions of the sidhe women.
(Young man at Tuam, 1875.)
5. CORK, KERRY.
It happened to a woman who lived at the foot af the famed Lunatics' Val-
ley, Gleann-na-nGealt, in Kerry. The words were Td Sllabh-na-mBan-Fionn1
tri theinne, at which the spinners rushed out crying M' fhear as mo chlann
■je. (My husband and my children etc.). The woman arranges the articles
in the house in the way indicated in the other versions, with the follo-
wing différences. The hair which people eut off is, in Munster at
leasî, stowed away under the door lintels etc. ; for if birds should get at
and carry it away you would suffer from headache. Some say you will
corne back to look for it at the Last Day. This hair the woman was
now to pull out and throw behind the fire. The bellows is also introdu-
ced into the story. The spinning women call upon the tongs, the bel-
lows, the broom, etc., but each object replies Td mé sochair (I am
easy) 2.
(Young man from Glanworth (now in America, 20 march, 1879.)
Three printed Irish variations of this story are known to the editor.
1. There is a hill so named in Kerry, besides the well-known mountain near Clonmel.
2. This mention of the tongs, wheel, broom, feet-water, recals a passage in the Insti-
tutes of Manu which may help us to connect the story with the East : « A house keeper
has five places of slaughter [or where small living créatures may be slain] ; his kitchen
hearth, his grindstone, his broom, his pestle and mortar, his water pot etc. » (Institutes
of Hindu Law, éd. Sir W. Jones. Calcutta, 1796, p. 60.)
Popular Taies of Ireland. 1 8 5
i . « Black Stairs on Fire, » an imperfect and distorted Wexford ver-
sion. Kennedy, Legendary Fictions of ihe Irish Celts (London, 1866). 2.
« Crohan Hill's on fire ! » Folk-Lore of the County Donegal (Cornhill
Magazine, February, 1877). 3. A version from Tipperary, more valuabie
than any ofthe others, in the Kilkenny Archaeological Society's Journal.
The tradition has travelled over to Argyll and adjacent parts of the
West of Scotland. « Dunvuilg ra îheinne. » Campbell, West Highland
Taies (Edinburgh, 1860, II, $2-53).
The White Women in this story are apparently identical wîth the
Dominae Albae of Gulielmus Alvernus, and their queen, Dame Habonde,
Domina Abundia, may be one and the same personage with the Irish
'Anu, and with the Bean Finn mentioned above. It will be observed
that in two cases the legend is associated with the White Womanox Women,
and in a third with the Lunatics' Valley. In this last version there isan al-
lusion to the cutting of hair, which superstition places, with many other
things, under the rule ofthe Moon. In the Tipperary variation the wo-
men are horned. Taking thèse various points into account, it does not
seem rash to see in thèse White Women, Nymphae Albae, Dominae
Nocturnae, the personified moonbeams; and in their queen (who in
mediaeval legends was called Habonde, Herodias, and Dianaj the Moon '.
VI.
GEROID IARLA AND AINE N' CHLIAR.
I. LOCH GUIRR2.
This lake, ail Munster knows, is enchanted ; but the spell passes off
it once in every seven years. The lake then, to whoever has the luck to
behold it, appears dry; and the Tree may be partly seen at the
bottom of it, covered with a Green Cloth. A certain bold fellow was at
the spot one day at the very instant when the spell broke, and he rode
his horse towards the tree and snatched away the Brat 'Uaine that cove-
red it. As he turned his horse, and fled for his life, the Woman who sat
on the watch, knitting under the cloth, at the foot ofthe tree, cried out,
Chûghat, chûghat, a bhùaine bhalbh!
Marcach 6 Thir na mBan Marbh
A' fûadach an bhruit ûaine dhom bhathas.
1 . The reader may be reminded of her ancient connexion with mountains.
Montium custos nemorumque, virgo,
Diva triformis. (Hor. Carm. III, 22.)
2. Loch Gair, IV. Magg.
1 86 Popular Taies of Ireland.
Awake, awake, thou silent tide !
From the Dead Women's Land a horseman rides,
From my head the green cloth snatching.
At the words the waters rose ; and so fiercely did they pursue him
that as he gained the edge of the lake one half of his steed was swept
away, and with it the Brat 'Uaine, which he was drawing after him.
Had that been taken, the enchantment was ended for ever.
(Old woman from Askeaton, 24 april, 1879.)
2. TADHG A BHI IM LORGSA.
There is another old tradition about this lake. Divided from it only by
the road is the ancient burial-ground of Grange. It used to be found
every morning that the graves hère were ail bored with holes, and as it
was thought that possibly this was the work of dogs, a neighbouring
gentleman directed two of his men to go to the place provided with
guns, and watch during the night. To the amazement of thèse men
they saw a great eel rise from the lake, and coming ashore, roll on and
on over the ground till she had worked herself into the church-yard.
Then she began to bury her snout in the soil over a grave, and was fast
making her way into it, to feed on the dead people, when the men fired
and hit her. When they came up they found her lying motionless, and
to ail seeming dead ; and in this state they carried her to their mas-
ter's place, and threw her down in a corner of the kitchen, where she
lay ail the next day. Now on the night following the moumful cries of
another eel were heard about the lake, and some of the men who had
heard them came into the Colonel's kitchen, and there began to tell
what they had heard. « Tadhg a bhf im lorgsa ! » said the eel in the
corner, raising herself up, « Tadhg that was looking for me. » « Im-
« thig go dtf Thaidhg, in ainm an Diabhail,» cried one of the astonished
company, « Go to Tadhg, in the name of the Devil ; » and the créature
glided through the door, rolled herself towards the lake, and there disap-
peared.
(Old man [M. Whelan] from Inchinlaurence. 26 march, 1877. The nar-
rator, who is since deceased, had heard the taie from old people.)
3-
This lake is however most celebrated in legend as the dwelling of
Gerôid 'Iarla.
Some couple of Irish miles from Loch Guirr, at the foot of the ancient
hill of Cnoc-'Aine, and close by the brink of the little river Camôg,
Popular Taies of Ireland. 187
stands the square tower of an old castle ; and at no great distance off is
another spot, also by the bank of the river, called by the country
people the Bonn, or foundation, which is the site of another castle. In
thèse two castles, according to the tradition of the place, lived long
ago a famous Earl of Desmond, and his more famous enchanted
son, Geréid 'Iarla, Earl Gerald. They say that the Earl of Desmond
led very much the life of a libertine, and that walking one morning
along the river's edge he saw a beautiful woman seated by the water,
combing out her long hair after bathing. Her cloak was laid behind her
on the grass, and knowing that if he had but possession of this he
would hâve her in his power, the Earl advanced noiselessly from behind,
and seized it before its owner was aware of his approach.
The beautiful woman was 'Aine-n'-Chh'ar herself ; and she told the
Earl that he never could hâve had his will with her had he not seized her
cloak. She told him further that she would bear him a son, whom he
was to bring up with ail possible care, like any other gentleman, spa-
ring no cost on his éducation. One caution however she gave her lover :
he was not to show surprise at anything, how strange soever, his son
should do. When the usual time of nature was accomplished 'Aine
brought one day to the Earl his infant son; and the father's pride was
great in him, then and after, as he grew up from year to year to man-
hood. Of thèse years nothing specially strange is handed down. The
young earl led just such a life as any other young lord of his day ; and
he excelled in the accomplishments of his âge and rank. But one mémo-
rable evening it happened that there was a gathering of great ladies and
gentlemen at the castle of the Earl of Desmond. There was dancing,
and of ail the ladies none could vie with a certain one among the guests.
The grâce and the endurance of this young woman were however bea-
ten, every one said, by those of the young Earl Gerald himself. When
the dance was ended, this lady engaged him in another contest, for while
ail were seated at the supper-table she suddenly arose, and at one leap
cleared guests, table, dishes and ail, and then leaped back again. The
old Earl of Desmond turned to his son and said, « Can you do anything
«like that? » « No», said Gerôid. « ;Well, stand up and try. Don't
« let yourself be beaten by a woman. » Thus commanded, Ger6id 'Iarla
rose to his feet, and making a spring from where he stood, leaped right
into a bottle, and then leaped out again. There was great admiration at
this feat ; and with the rest the Earl of Desmond looked in the greatest
astonishment at his son, saying he never thought he had such power.
« Were you not warned », said the young Earl, « never to show won-
1 88 Popular Taies of Ireland.
« der at anything I might do ? Now you hâve forced me to leave you. »
He turned about at the words, and walked from the hall, his father and
others following him. He walked out on the brink of the Camôg, which
almost washes the base of the castle, and they saw him step from the
bank on the water. Up to that instant he had the shape of an ordinary
man, but when he touched the water he was transformed into a goose,
and in that form away he swam before their eyes. Where he went to
was an island in Loch Guirr, and from this he has his name of Gé-an-
Oiledin, the Goose of the Island. From this too cornes the imprécation
which many yet use in that cursing county, but few understand, « Im-
« iheacht-Gédh-an Oiledin ort ! » « That you may go like the Goose of
« the Island. »
Though he no longer dwelt in the castle at Knockainy after this, it is
said that Gerôid used to sometimes visit his father ; that when the old
lord was drawing near his end he made his will in favour of 'Aine and
his strange child ; and that both mother and son came to the castle the
night before his death.
After the death of the Earl o' Desmond, 'Aine long continued todwell
on Cnoc-'Aine — as indeed she dwells in it yet. But in those days it
was not such a rich and fertile pièce of land as much of its surface,
where clear of rock, is now. Gerôid came one day to visit his mother,
and looking round on the bare soil he said, Is /ad' 6 cathadh eôrna inso,
a h' Aine (It is long since barley was winnowed hère, 'Aine). Next mor-
ning when he looked at the hill it was ail planted with pease, set by
his mother during the night.
Another time, coming from Loch Guirr on a like visit, it would seem
that, though he was of the water himself, he was yet in danger of his
life at theford of Cnoc-'Aine. » Is beag ndr bddhag mé san dth-san thair,
he said, « I was ail but drowned in yon ford to the east. » The day
following, when he returned to the ford, behold, 'Aine had laid down
the casdn, the set of massive stepping-stones by the aid of which people
now cross the swollen water in safety. But some old people say that it
was not 'Aine, but another enchanted woman, the Cailleach Bhiàrach ',
that laid thèse stones.
i. The first word means a hooded woman. Bïârack (al. Bérach, Biorach) probably
means « horned ». The Cailleach Bhérach seems, like 'Anu, to be the Moon. Like the
Bean Fhinn, she has given her name to mountains; and the fine well at Oranmore, which
runs wine every seventh year, is called from her, Tobar-na-Cailllghe Béaraighe. Atâ
tiobrad ag an Easga, « There is a well at the Moon, » says Find in the Feis-Tlghe
Chonâin (p. 174). She appears in Cantire tradition, wherein she repairs every seventh
year to a certain médicinal well to renew her youth (The White Wife etc., by Cuthbert
Popular Taies of Ireland. 189
'Aine is sometimes to be seen, half her body above the waters, on
the bosom of Loch Guirr, combing her hair, as the Earl of Desmond
beheld her by the bank of the Camôg. The commoner account is that
she dwells within the hill which bears her name, and on which she has
often been seen. Every Saint John's Night the men used to gather on the
hill from ail quarters. They where formed in ranks by an old man called
Quinlan, whose family yet (1876) live on the hill; and cliars, bunches,
that is, of straw and hay tied upon pôles, and lit, were carried in proces-
sion round the hill and the little moaî on the summit, Mullach-Crocdin-
Idmh-lé-leatf-an-Triâir (the hillock-top near the grave of the three).
Afterwards people ran through the cultivated fields, and among the
cattle, waving thèse cliars, which brought luck to crops and beasts for
the following year. There was this about the night of the cliars, that if
you came, say, from some neighbouring village to join in the sport it
was necessary that on getting on the hill you should look at the moon,
and mark what her position was in regard to the place to which you
had to return : otherwise you would lose your way when the cliars were
out, and you had to get back home in the darkness. One Saint John's
Night it happened that one of the neighbours lay dead, and on this
account the usual cliars were not lit. Not lit, I should say, by the
hands of living men ; for that night such a procession of chars marched
round Cnoc-'Aine as never was seen before, and 'Aine herself was seen in
the front, directing and ordering every thing. On another Saint John's
Night a number of girls had staid late on the hill, watching the cliars
and joining in the games. Suddenly 'Aine appeared among them, «than-
« ked them for the honour they had done her », but said that now she
wished them to go home, as They wanted the hill to themselves. She let
them understand whom she meant by « they », for calling some of the
girls she made them look through a ring, when behold, the hill appeared
Bede. London, 1865. P. 124). She is a wonderful reaper-carries, that is, the moonsickle.
She places stepping-stones etc. in the waters; and the floods, it is said, can never rise
above them, — a character which recals certain attributes of Diana :
Hanc tibi, marmoreo caesam de monte, Diana,
Regina undarum, nympha decus nemorum, etc.
(Given as from Gruter by Tollius in his curious Fortuiata, Amstelaedami, 1687, p. 77.)
Montium domina ,
Silvarumque virentium,
Saltuumque reconditorum,
Amniumque sonantum.
(Catulli v. 505.)
She is said in the Lough Cooter neighbourhood, Clare, to hâve been, like Io and Bôinn,
a cow.
The identification of 'Anu, at least, with the moon is not new. See the papers of
Nicholas O Kearney (Transs. Kilk. Arch. Soc. 1852. Transs. Oss. Soc. 1854) where the
original lore is as curious as the reasoning is loose.
1 90 Popular Taies of Ireland.
crowded with people before invisible. Another time she came one night
into the house of some people whose friends are yet living at one end
of the hill, and brought them a sheep. So long as the family kept this
animal, luck remained with them, and when they parted with it, luck
abandoned them.
'Aine is spoken of as « the best-hearted woman that ever lived1 » ;
and the oldest families about Knockainy are proud to claim descent from
her. Thèse Sliocht-' Aine (descendants of 'Aine) include the OBriens,
Dillanes, Creeds, Laffins, 0 Deas. We must add Fitzgeralds, what few
remain thereabouts.
The meadow-sweet, or queen-of-the-meadow 2, is thought to be
'Aine's plant, and to owe to her its fragrant odour.
Of her son's appearances at Loch Guirr there are many legends.
According to one, which differs from the foregoing account, a grand
castle stood where now roll the waters of the lake, and in it lived
Gerôid 'Iarla and his wife. She bore him three children, each of which
was taken from her at its birth. He warned her not to lament for their
loss ; but when the third infant was taken from her she could not res-
train her tears. When the enchanted Earl saw her weeping he drew
out his handkerchief and placed it over her eyes. That instant the waters
rose over the castle and ail in it, and Gerôid showed his wife how the
tears shed from her eyes had destroyed one of the eyes of her child.
But placing his handkerchief to the infant's eye, it became as sound as
before. On a clear day, as you go over the lake in a boat, you can see
the towers and windows of the castle far down in the water.
A man was once going to the fair of Hospital, on the ninth of July,
with a black horse which he intended to sell. Near Loch Guirr he met a
gentleman that he had never seen before, who asked him what he would
take for that beast. The man said such and such a price, and the stran-
ger told him he would give him that money, and that he need not take
the trouble of going on to the fair. The purchaser brought the country-
man into some large house near, which also was entirely new and
strange to him, and there he showed him in the stable five other horses,
ail grey. The newly-bought black horse was put in with them, so that
i . So Bryan Merriman calls Aoibhill of Craigliath, Croidhe gan aon lochd.
2. Spiraea ulmaria. — One of its Irish names is Airgiod-lûachra. The English name,
notwithstanding the opinion of Dr. Prior (Popular Names of British Plants, s. v.), seems
to be nothing but « meadow-sweat ». Cf. the Welsh name of the same plant, Chwys
Arthur = sudor Arturi (Welsh Botanology, by Hugh Davies, London, 1813, p. 180) and
the Irish name of the St. John's Wort, Allas Mhuire (sudor Mariae); W. Chwys Mair
(Buttercups). Meadow-sweet is called in Limerick maid-sweet.
Popular Taies of Ireland. 191
that made six. Shortly after the man prepared to return home, and asked
the gentleman for the money. The buyer however now offered him a
smaller sum, pretending to believe that the bargain was for that amount.
The countryman stood out for the price agreed on ; the other still main-
tained that he agreed for less. At last he told the man to go to the stable
and take his horse back ; he vould hâve nothing more to say to him.
The vendor accordingly went to the stable, but what was his bewilder-
mentto now find six grey horsesthere, out of which he could never choose
his own, Tears came into the poor man's eyes, and he bitterly reproa-
ched the owner of the grey horses. That personage had only wanted to
hâve a laugh at him from the beginning, and he at last brought out the
man's horse, in its proper colour, and sent him home, glad to get his
property safe out of that bedevilled spot, and vowing to keep out of
Gerôid 'Iarla's way for the future.
In another story, omitted hère for brevity's sake, a countryman is
shown three coïts beneath the lake, and told that when those coïts hâve
grown to horses, and their gold shoes are worn out, Gerôid 'Iarla shall
corne back to head the Irish.
As to the manner of Gerôid's disappearance from the earth, one story
'which must also be hère omitted relates that some men of the Clerys,
whose enmity he had incurred, lay in wait for him near Loch Guirr, that
they saw his horse. which he used to ride furiously, gallop swiftly by
them, but the Earl was not to be seen on his back, and has never been
seen since.
Others relate that the sudden disappearance of the Earl was due to
the same woman knitting who is mentioned above. She could hâve
saved him when he called on her, but she said « Ni tiucfad an ao'chor
« go gcuirfead an biredn' Idr a Mil. l'il not corne at any rate till I put
« the needle in the back of the stocking » (as knitters do when laying
aside their work. Ldr a' chûil, « middle of the back » of the stocking).
That much delay ruined him, and the enchantment came on him.
Others again say he was taken up into the clouds of heaven ' ; and
there is a rann to that effect remembered by old people, which names
the three enchanted heroes of Munster :
Donn Firinne ; as Ribedrd a Chairn ;
As Gerôid 'Iarla a chuaig i nealthaibh.
Donn Firinne ; and R.obert of the Mound ;
And Gerald the Earl that evanished in the clouds.
1. So
Virgilius, another magician, disappeared at last in a storm.
1 92 Popular Taies of Ireland.
i. From people at Knockainy and its neighbourhood, october, 1876.
2. Episode of Geroid and his wife from old woman from Kilfinnane,
1 $ september, 1876.
3. Horses épisode from old man from Inchinlaurence 26 march, 1877.
4. Rann from old man from Kildorrery near 90 years of âge.
Notes.
1 . « Loch Guirr. » This legend is obviously related to Mr. Campbell's
« Sanntraigh » West Highland Taies, II, 42-45), where the rhyrae is
A bhean bhalbh — a bhean bhalbh
A thàinig oirnn a tir nan sealg ;
Fhir a tha'n uachdar a' bhruth etc.
Bûaine (which is probably a corruption) is explained to mean the tide,
the waters of the lake1. « Dead Women » probably means mortal women,
like marbu dutaini, « shortlived mortals, » in the legend of Condla Câin
(LU. 1 20). The Tree in the lake, at whose base a Woman sits knitting,
seems to correspond to the Eastern world- and fire-orsoma-tree, sprin-
ging out of a lake, the identification of which with the ash Yggdrasill is
one of the many striking features of Kuhn's remarkable book (Die
Herabkunft des Feuers und des Gœttertranks, pp. 124-133). The Irish
woman knitting, who is clearly connected in some way with Gerôid's
fate, seems to answer to the Norse three Fates, Past, Présent, and
Future, (beings who appear as women spinning) whose office it is with
water from the well of the Past to bedew the earth and keep it green
and fresh.
The tree is conceived as subterranean (as the roots of Yggdrasill
strike down to the lower world) ; and the Green Cloth above is perhaps
the earth's végétation. The editor hopes to take an early occasion to
treat the subject more at length, but he will hère briefly indicate one or
two of his conclusions.
a. The notion of a world-tree has left other ancient traces in Irish
tradition. As in the Veda two birds sit on the top of the imperishable
açvattha, one eating its figs and the other looking on (apud Kuhn, op.
cit. 127) so in the Dd Bran Flatha Nime (the Two Sorrows of the King-
dom of Heaven, LU. 17) Elias appears beneath the Tree of Life in
1. Balbh is a poetical epithet sometimes found applied to the Boyne (Bôinn); and in its
earliest form this taie was perhaps associated with that legendary well overshadowed by
nine hazels, whence the Boyne issued, and into which fell the red nuts of knowledge —
apparently another analogue of the world fire- and soma-tree and the waters at its root.
(Cf. 0 Curry, M. and C. II, 143-144; Hardy, Legends and Théories of the Buddhists,
London, 1866, pp. 92, 93, 96; and vid. infra.)
Popular Taies of Ireland. 195
Paradise, and a Gospel in hishand, for preaching to the birds upon the
Tree, which are meanwhile eating itsberries. « Large berries now those :
« sweeter than ail honey, and more intoxicating than ail wine. »
b. This same tree is named by the glossarist on the F élire Oenguso at
the 20 april. « A great tree that was in the Eastern World, and the
« heathens used to worship it, so that the Christians fasted against the
« saints of ail Europe that the tree might fall, et statim cedidit » (sic) '
(Leabhar Breac, facs. 86).
c. The legend of a Heaven-Tree is often transferred to an earthly loca-
lity. An instance of this was the ever green tree of unknown kind which
stood at a well before the temple at Upsala. The trees ioften ashes^ over
Irish holy wells had apparently a like pagan origin and significance.
The belief about Saint Brigit's Oak at Kildare,
that Oak of Saint Bride, which nor Devil nor Dane,
Nor Saxon nor Dutchman could rend from her fane,
recals Yggdrasill, and Virgil's oak
quae quantum vertice ad auras
Aetherias, tantum radice in Tartara tendit. (Georg. II, 291.)
As the lizard menaces the Iranian haoma, in the lake Vouru Kasha,
near the tree bearing every kind of seed, and as serpents guard Yggdra-
sill's roots, a lizard appears at footofthe oak, the crest of the Ui Duinn,
who claim Saint Brigit as their kinswoman.
d. In this conception is to be sought the key to the meaning of the
obscure name Beltene iMay). The theory that the first élément is the
name of an old solar- or fire-god has many adhérents yet, not by any
means confined to the class of the superficial and half-educated. As hin-
ted above, the editor has hère only space to state conclusions, and will
leave detailed inquiry for another occasion. The following however
wonld seem to be the true explanation.
First, the Northern antiquaries seem to hâve been quite accurate in
seeing a représentative of the world-tree in the May-tree, or May-pole,
and the Christmas tree. It will be noticed that the F élire référence occurs
at the period of the great spring solar célébration. The usage yet survives
in Galway, Donegal, Westmeath and elsewhere of planting a May-Tree or
May-Bush [Crann-Bealtaine, Dos-Bealtaine) on the dunghill or before the
farmhouse door, and eventually throwing it into the bonefire. The name
of the festival, Là Beltene, was the same as Là Bile-tenidh (or Bele-tenidh) ,
Day of the Fire-Tree, and came from the bonefire and May-tree usage 2.
1. Text prinled, Beitrœge zur Vergleichenden Sprachforschung, 1871, pp. w-53.
2. Scott calls the Highland May-fires the Beltane-Tree (Border Minstrelsy).
1 94 Popular Taies of Ireland.
ODonovan had the explanation of Bealtaine before his eyes ; for the
Four Masters, at the âge of the World 3503 record themythic battle of
Bile-Tineadh, and in a note that deservedly honoured Celtic scholar
correctly translates Bile-Tineadh « the ancient Tree of the Fixe », and
attempts to localize the battle in Meath. The battle was perhaps nothing
but the fight at May between Summer and Winter which is represented
by a mock battle on Celtic ground on May Day yet (Train, Histy. of the
IsleofMan, 1 845 . II. 118. Waldron, Description, 1 54). Bêle, belle, Anglice,
« bellow-tree ' », is a parallel form to bile, as is noted by ODonovan,
who mentions the connexion of such a sacred tree in the popular
rnind with fire. « They believe that the house in which any part of it
« should be burnt would soon meet the same fate. » (OD. ad OReilly
s. v. Bile.) With Bile-tenidh cf. the similar compound Craf-îine = Craebh
teinidh, which occurs as an ancient proper name.
It is unnecessary to remind Irish scholars of the numerous références
to sacred trees which occur in the ancient literature. One however may
be cited from the Leabhar Breac, which would go to show that each
church had its tree — often, no doubt, over a well. « ... is a Mucraime
an iarthar Connacht ata Daire Echdroma, ocus ateither bile na cille don
muig, ocus in tan tiagar for a hiarrad isin doire ni fagubar hi ; ocus atcluin-
ter guth in chluig ocus in sailmchedul indsin ocus ni fagubar in chellfessin.. . »
k It is in Mucraime in the western part of Connacht that Daire Ech-
ec droma is ; and the tree of the church is seen from the open country,
« and when one goes to look for it in the oak-wood itisnot found ; and
« the sound is heard there of the bell and of the psalmchanting and the
a church itself is not found. »
(Note on the Filin, L. B. facs. 87.)
2. Tadhg a bhi im lorgsa. Thèse words are proverbial in the south of
Ireland. Some interesting variations ifrom Galway, etc.) are omitted.
The notion of evil créatures feeding on the dead occurs in Eastern sto-
ries (Arabian Taies, from the French into English by R. Héron. Edin-
burgh. 1792. Vol. I. pp. 240-241).
3. 'Aine /z' Chliar. 'Aine, 'Anu is an Irish divinity in whom lunar cha-
racteristics are easily recognisable. She is understood to be surnamed
1 . And sometimes « bell-tree », a name which seems to hâve given birth to later
legends. Cf. the tree in the arms of Glasgow, with a bell hanging from its bough, a bird
on its top, and a salmon at its base. This salmon (notwithstanding the Fish and Ring
story) seems to answer to the Irish salmon of knowledge (Eô Fesa) at the foot of the
hazels in the well mentioned above. (P. 192 n.)
Popular Taies of heland. 195
n' Chliar from the wispa lit in her honour ; but clîar (which seems unk-
nown to dictionaries is perhaps corrupted from Cliach, the ancient
name of the territory in which Cnoc-'Aine is situated. The reader will
hâve noticed the significant belief about the necessity for observing the
moon when ascending the hill on Saint John's Night. 'Aine hère appears
as the mermaid love of the Earl of Desmond, and as the ancestress of
certain familles , like the Mélusine of French tradition. Her association
with the particular hill in question may possibly be due to its shape, for
it seems to form a rough crescent. One of its old names was Canin
Fearaidhe iTranss. Oss. Socy. 1857. P. 114, note 4. cf. canin, a
sickle . ODonovan however makes « Carn Fearadaigh » a différent hill
(ad OR. s. v.).
Ribeird a' Chairn is one of the Barrys, enchanted in Cirn-Tighernaigh
near Fermoy. He is the subject of a legend admirably told by Croker.
Passing to the Geroid 'larla legend, its chief éléments seem to be [a]
his birth from a waterwoman, who has been allied to a mortal lover ;
(b the alliance of Gerôid, himself a being of the waters, with a mortal
wife ; (c) the young earl's leap into and out of a bottle ; [d his disap-
pearance as a goose ' ; e his disappearance from his horse's back, or
into the clouds ; (/) the horses legend ; g. his présent enchantment
among the Sidhfir, whence he is to return. We can only sélect the more
noteworthy of thèse features for remark hère. The tradition of Geroid's
origin recals classical legends of the birth of heroes on the banks of
rivers :
ille Aeneas quem Dardanio Anchisae
Aima Venus Phrygii genuit Simoentis ad undam (Aeneid. I. 617-6181,
where the reader may be referred to Heyne's note.
Of the many stories of alliances between waterwomen and Christian
men we may sélect a typical one from Vincent of Beauvais. The ori-
ginal Latin text is not at hand, and the taie may be presented in
the French of De Lancre [Tableau de l'inconstance des mauuais anges et
démons. A Paris, mdcxiii). « Le roy Roger régnant en Sicile, vn ieune
homme fort bon nageur se baignant de nuict aux rais de la Lune auec plu-
sieurs autres ; voyant ce luy sembloit quelqu'vn qui se noyoit, croyât
que ce fust de ses compagnons il court après pour le sauuer : et comme
il eust bien auant plongé le bras dans l'eau pour le secourir, il trouue
que c'est vne femme : laquelle ayant empoignée il tire hors par les
cheueux : et ne pouvant sur l'heure en tirer aucune parole, il la mené
1. A goose is offered in sacrifice to the Russian water spirit (Ralston R. Popular
Songs, 129).
196 Popular Taies of Ireland.
en son logis, et la trouuant de très-belle forme, il s'en amouracha si fort
qu'il l'espousa publiquement, et en eut vn bel enfant. De là à quelque
temps vn sien compagnô et luy estant en propos, comme il luy eust
asseuré que c'estoit vn phantosme, il s'en va à elle, et désirant rompre
son silence, il luy dict fort aigrement, Que si elle ne vouloit reueler son
origine et extraction, qu'il tueroit leur enfant deuât elle. A quoy elle
respondit : Ha misérable, tu me prives de ta présence me contraignant
de parler, car si tu m'eusses permis de garder tousiours le silence qui
m'estoit commandé, i'eusse demeuré auec toy à tout iamais, au lieu que
maintenant tu me perds et ne me verras plus. Ce qu'ayant dict, soudain
elle disparut et s'esuanoùit : et l'enfant deuenu grand, et aimant à nager
comme son père, s'estant faict considérer à plusieurs qui le voyoiêt nager
au mesme endroict que sa mère fut trouuee, cette mesme femme phan-
tastique parut, qui le rauit deuanttout le mode, et ne se vit iamais plus. »
Ger6id betrays his supernatural origin by his power of leaping into a
bottle, as in a taie of Indian origin the démon who assumes the form
of the minister's son diminishes his size and enters a jug, a feat impos-
sible to the real son. (Jùlg, Hisiory of Ardshi-Bordshi Khan apud De Gu-
bernatis, Zoological Mythology, I, 136; Sagas from the Far East, 260 '.)
The legend of Gerôid 'larla's trick upon the countryman is old, as is
shown by a letter written from Limerick in august, 1640, by a Mr.
Holme to the Archbishop of Armagh, who was at Oxford, in which it is
related as fact. Castleconnell was then believed to be haunted by « the
« enchanted Earl of Desmond » and his people ^ODonovan in Irish
Penny Magazine, 1841, p. 186). The story is also associated with a
moat near Letterkenny, Donegal, called Marcach's Stable, and was no
doubt told of Marcach [a grandson of Manannân mac Lir) when Desmond
and Kildare were still under the rule of chiefs of Irish race2.
The historical personage around whom thèse traditions hâve gathe-
red is Garrett, fourth Earl of Desmond, called « the Poet » and
« the Magician ». Irish writers praise him for his knowledge of the
native learning , and his bounty to its professors ; and he is the
« Gerroyd erle » to whom were attributed some of the poems in The
Dean of Lismore's Book (Edinburgh, 1862, pp. xci, xciv, xcvi). The
Four Masters and other Irish writers record his death in the ordinary
course of nature, after the victory of penance, in 1 398 or 1 399. A lear-
1. There is also a joke about conjurera in England pretending to jump into a quart
pot.
2. Bruodar, who wrote in the seventeenth century, alludes to Gerôid 'Iarla « tnaith
na ccaoil-each, Lord of the slender steeds ».
Popular Taies of Ireland. 1 97
ned writer however in the Kerry Magazine for 1855, who would seem
to hâve had access to family papers, agrées better with popular tradition
in stating that Earl Gerald « disappeared mysteriously from his camp or
castle » of the Island in Kerry in 1 397 'p. 125).
There appears to be little doubt that the « Island » referred to in the
name Gé-an-Oiledin is the Castle of the Island, and that the legend of
the disappearance of Gerôid 'Iarla has been transferred from Kerry to the
lake in the neighbouring county, where, according to ODonovan (ad
IVMM. 13981 Earl Garrett had a castle. It is plainly a mistake to
say, in the tradition as presented above, that Gerôid « used to some-
times visit his father » after his transformation, for Imtheacht Gédh-an-
Oiledin is emphatically Imtheacht gan casadh go brdth — to go and never
corne back. There is probably some connexion in tradition of the car-
rying off or disappearance of Gerôid — who came from the waters and
went back to them — with the fact that the son of the historical earl was
also drowned in the Suir (IVMM. 1 398. 1 399, 0 Dalyï.
The legend or myth of the transformation of Garrett of Desmond,
Gerôid 'Iarla, and his return to the watery realm of his people, may hâve
foucd its way into Ireland from the continent of Europe, whence his
family originally came. For in the first form of the story Garrett, Gerôit,
Gerald, must hâve been united to an ordinary woman, obliged to leave
her through her disregard of a certain prohibition, and then carried
away on the waters in the shape of a goose. (In some printed legends
he takes the form of a huge eel.ï This is in substance the story of the
good Gerhard Schwan, or Gerhard Gans, Duke of Swabia, Charlema-
gne's brother-in-law, and that of the Svvan-Knight, Helias, Lohengrin.
In most of thèse versions of the legend the goose is replaced by a swan,
though both « Gérard Swan » and « Gérard Goose » occur. On the
Lower Rhine Gerhard becomes Gerret iSimrock, Mythol. 89 |. There is
a certain significance in the connexion of the Swan-Knight with Swabia,
since genealogists hâve amused themselves by tracingthe descent of the
Fitzgeralds, to whom the Gé-an-Oileâin belonged, the Carews, etc. to the
ancient lords of that country. One would look for some traces of the
story of 'Aine and Gerôid in heraldry ; as in the arms of the houses of
Guelderland , Cleves and Rheineck the swan appears, and the mermaid
is found in numerous other cases. Nothing of the sort seems to be extant
in the case of the Irish family ; but the editor has found traces of a story
of one of its members, a noted duellist, who is tricked into taking off his
shoes and stockings in a coffee-house to prove that the Fitzgeralds are not
web-footed. Such a story would be évidence, and the présent writer
Rev.Celt.1V 14
1 98 Popular Taies of Ireland.
would be grateful for a référence to it. There is a term glègeal constan-
tly associated with the name at présent, (« Gearaltach glégeal ») which as
it stands means « white », « bright », « fair », but which one is temp-
ted to regard as a corruption of some older compound. Can it hâve con-
tained the élément gé (a goose) ' ?
The legend of a spellbound chief and his enchanted band awaiting
the hour of their deliverance to sally forth to battle is as well-known
in Ireland as elsewhere. Now told of one ofthe Mac Mathgamhnas, now
of an ODonchadha ; in Cork, of Barry of Carn Tighernaigh, in Galway,
of Cailpin 0 Galchobhair; its most common form makes the chief Gerôid
'Iarla, generally an Earl of Desmond, occasionally an Earl of Kildare2.
The locality is, as we hâve, seen, Loch Guirr, or Mulahether fort, or
Kilkea Castle, or the rath of Mullaghmast. In Innishowen Gerôid 'Iarla
has even taken the place of ONéill or Marcach. MM. Kuhn and Schwartz
are without doubt right in understanding the battle mentioned in such
stories as the war between the Aesir at the end of the world. « Die
« grosse Schlacht, welche einst stattfinden wird, ist der beim Weltunt
« ergang eintretende Kampf, zu welchem Heimdallr die Gcetter mit
« seinen Giallarhorn zusammenrufen wird » (Norddeutscke Sagen, Leipzig,
i 848, p. 496) . An important form of the Irish legend places the enchant-
aient in Mullaghmast (Kennedy, Legendary Fichons, 172-174), which
was famous in popular tradition in Camden's time as the future scène
of the final war : « As for the Giants dance as also of that most
« bloody battell which shall be one day betweene the English and the
« Irish at Molleaghmast, I willingly leave unto the credulous lovers of
« fabulous antiquity, and the vaine beleevers of prophesies. For my pur-
ce pose is not to give fond taies the telling. » Holland's Camden. 2 edit.
1636, p. 88). Mythologists hâve again been apparently right in refer-
ring the German legends to Odin ; and Simrock sees in Gerhard, Ger-
ret etc. one ofthe many names of that divinity. Nor is évidence wholly
wanting ofthe existence of traditions making Gerhard or Gerold of Swabia
— Gerhard Goose or Gerhard Swan — the hero who, when the spell
is broken, shall return to the upper world. We cannot be far wrong
in the conjecture that among the enchanted warriors at the old castle of
1. It should be added that two versions of the Knight of the Swan story hâve been
recently (October, 1879) found by the editor in Westmeath. One is closely allied to the
Flemish popular taie Der Ritter mit dem Schwan (D. Sagg. $40). The other seems to be
more Celtic; and its scène is partly laid in Tir-na-h'Oige, the Land of Youth. Ali three
stories appear to be related to the ancient taie Oideadh Chloinne Lir, the Tragic End of
the Children of Ler.
2. A modem ballad connects the tradition with Lord Edward Fitzgerald.
Popular Taies of Ireland. 1 99
Gerolds-eck was originally that Duke Gerold who fought on his knee
before Charlemagne at Roncesvalles, and whose valour was believed to
hâve won for the Swabians the right to take their place in the van of
battle. « Geroldseck, ein altes Schioss im Wasgau, von dem man vor
« Jahren her viel Abenteuer erzaehlen hœren : dass naemlich die uralten
« deutschen Helden, die Kœnige Ariovist, Herman, Wittechind, der
« hùrnen Siegfried und viele andere in demselben Schlosse zu gewisser
« Zeit des Jahres gesehen wùrden ; welche, wann die Deutschen in den
« hœchsten Ncethen und am Untergang sein wùrden, wieder da heraus
« und mit etlichen alten deutschen Vœlkern denselben zu Hilf erscheinen
« sollten. » 'Grimm, Deutsche Sagen, 21).
There seems to be a connexion between the Gerhard of legend and a
god or giant of the underworld, or the world of the dead Simrock, Der
Gute Gerhard). The Eddie giant Geirœdhr is the lord of subterranean
treasure ; and it is worthy of note that his daughter Giâlp in a certain
passage has the power of causing a river to overflow when she intends
to drown Thor '.
The editor hopes to be able to hereafter obtain a less imperfect ver-
sion of this story than that hère published. In another fragment the Earl
says of himself « Mise mac righ SidheGallaibh agus m' ainm Gearôid 'larla,
« I am the Sidhe prince of the Gaill, afïcl my name is Gerôid 'larla. »
This can only hâve been his answer to the question of his too curious
wife, just as in the Lohengrin taie. Others, while making Gearôid mac
Gearailt Gerald mac Gerald; the Priom Sidhe na Mûmhan (chief Sidhe of
Munster give him, with Donn mac Miledh and Riobairdde Barra, a fourth
companion, Domhnall-na-ngeil-eich a Loch-Léin, Domhnall 0 Donchadha
of the white steeds, in Killarney Lake.
David Fitzgerald.
Hammersmith. London. 1879.
The editor was absent from home when the first proofs of the fore-
going sheets were sent to him for revision. His corrections arrived too
late to be carried out; and he must ask the indulgence of his readers for
such typographical errors as they may find, and request a référence to
1 . Cf. also the passage sup. p. 188 where Gerôid 'larla says, « I was ail but drowned »
etc., with legends of Odin or Thor wading. Since the above was written a Norwegian
scholar has come to the conclusion that the Geirœdhr of the Edda is no other than
Geryon ; and that parts of the Edda exhibit traces of the influence of the Apocalypse.
Aftenbladet, 3 November.
200 PopuUr Taies of Ireland.
the following Errata. The title should also be read « Irish Popular
Traditions ».
P. 174, 1. 8, read Sidheôgaidhe.
P. 178, 1. 24, instead of imdadi — read imdha eli.
— 1. 25, read Destnumhain and suppress the brackets.
— 1-34, read Skibbereen.
P. 179, 1. 10, read glin.
A relie of the Svvan-Knight story is possibly preserved in the follow-
ing English child's game-rhyme, which the editor has not met with in
print. lt vvas obtained from a young woman from Northamptonshire.
A number of little girls join hands and form a ring. « They ail jump
round », and sing to a certain air :
I saw a ship a sailin',
A sailin' on the sea,
And oh it was laden
With pretty things for me.
There were comfits in the cabin,
And apples in the hold,
The sails were made of silk,
And the masts were made of gold.
Four and twenty sailors,
That sat upon the deck,
Were four and twenty white mice
With chains about their necks.
The captain was a Duck,
With a packet on his back,
And when the ship began to move,
The captain cried Quack ! Quack !
The game ends by the girls following one of their number, in a string,
ail quacking like ducks.
Cailleach Bhiàrach. — Lucian, in the first book of his Vera Historia,
describes a wonderful well at the moon : jwcl ;rr(v xol 5XXo Boupa iv
tcÏç (iaaiAsioiç è6eaa<£|Ai)v. xdtowrpov péYiorcov néttac j-'eo opéaxoç où
ikévu £x6sor. àv p,ev ojv kç xb 9?£zp xaT<z6fj tiç, ày.cùei zâv-wv twv
r.xp r,p.Tv èv ty] y^î AîYop-svwv x. t. X.
D. F.
L'AMITIÉ D'AMIS ET D'AMILES.
C'est à l'obligeance de M. Llywarch Reynolds, de Merthyr Tydfil,
que nous devons de pouvoir publier ici la version galloise d'une des
histoires les plus répandues du moyen âge, Y Amitié d'Amis et d'Amiles
(pour conserver à ces personnages la forme française de leurs noms'i.
M. Reynolds avait copié ce texte, en 1870, dans le célèbre manuscrit
gallois d'Oxford connu sous le nom de Llyfr Coch ou « Livre rouge » ! ,
dont Lady Guest a publié les plus intéressants Mabinogion2. M. Rey-
nolds avait copié ce texte pour le mettre à la disposition de son ami,
feu Thomas Stephens, l'historien de la littérature galloise. Stephens
n'ayant pas utilisé ce texte, M. Reynolds, qui n'avait pas le loisir de le
publier, a bien voulu nous donner sa copie. Nos lecteurs joindront leurs
remerciements aux nôtres pour cette gracieuse libéralité ; et nous devons
aussi remercier M. Rhys d'avoir bien voulu, en collationnant avec le
manuscrit les épreuves du texte gallois, en assurer ainsi la parfaite cor-
rection.
Nous publions ce texte en respectant scrupuleusement son ortho-
graphe 5. Nous nous sommes borné à étendre les contractions, et quand
nous avons cru devoir corriger les lapsus calami évidents du scribe,
nous avons donné au bas des pages les termes mêmes du manuscrit.
1. On place communément au xive siècle la date de la compilation de ce manuscrit.
2. The Mabinogion ... éd. by Lady Guest. London, 1849, 3 vol. in-8.
3. Nous avons représenté par le signe 6 la forme de l'u long employé concurremment
avec w. Ce signe, imaginé dans la seconde moitié du x:ne siècle, céda plus tard la
place à w.
202 L'amitié d'Amis et d'Amiles.
Nous avons accompagné le texte d'une traduction dont les prétentions
sont plus littérales que littéraires. Nous avons essayé de reproduire le
style du conteur gallois, style d'une simplicité tout enfantine, où les
phrases manquent de pondération et d'ordre, où la pensée du lecteur
doit corriger l'amphibologie des mots. Nous avons même dû renoncer à
reproduire l'accumulation de pronoms personnels explétifs dont abonde
le texte gallois.
Nous n'avons pas à étudier ici l'origine et les destinées de l'histoire
si populaire au moyen âge d'Amis et d'Amiles1. Parmi les versions qu'on
en a publiées, notre version galloise se rattache de plus près à la ver-
sion latine qui se trouve dans un manuscrit du xme siècle de la biblio-
thèque de Saint-Omer et qui a été publiée par Mone, et à la version en
prose française de la même époque publiée par MM. Moland et d'Héri-
cault. La forme de certains noms dans le texte gallois indique de préfé-
rence un original latin :Lucam pour Lucques, Clusas pour Cluses, Desider
pour Didier, et surtout Amie d'Amicus comme nom d'un des héros de
l'histoire. Il est inutile de remarquer quelques différences de détail 2 ;
dans la partie proprement romanesque de l'histoire, ces trois récits [latin
de Saint-Omer, prose française de M. Moland et gallois) se suivent de
très près. Notre texte gallois s'en éloigne davantage quand il arrive à la
guerre contre Didier et les Lombards.
La langue de notre texte étant celle des autres Mabinogion dont Zeuss
a fait la grammaire, nous n'avons que peu d'observations à faire à cet
égard. Nous signalons seulement une forme qui manque dans la Gram-
matica Celtica. C'est col. 1 106 gwnaut « tu faisais », à insérer dans Z. 2,
p. 588, 1. 22. — Zeuss aurait dû également soit dans le chapitre du
1 . Sur cette légende, voir principalement :
Anzeigerfùr Kunde der teutschen Vorzeit hrsgg. von Mone, 5e année (1836), col. 14$,
353 et 420.
Li Romans des Sept-Sages, éd. Keller, 1836, p. ccxxxi et suiv.
Un miracle de Nostre-Dame d'Amis et d' A mille dans Théâtre français au moyen âge,
publié par Montmerqué et Francisque Michel, 1839, p. 216 et suiv.
Amis et Amiles, hrsgg. von C. Hoffmann, 18)2.
Nouvelles françoises en prose du XIIIe siècle, publ. par MM. L. Moland et C. d'Héri-
cault, i8j6, p. xv et 35.
2. Dans notre texte gallois, le pape s'appelle Constantin ; — il baptise les enfants
dans l'église de Saint-Pierre ; — le discours du père d'Amlyn à son lit de mort est
plus développé et forme presque un sermon ; — c'est au monastère de Saint-Germain
(c.-à-d. à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés) que les deux héros renouvellent leur
amitié par un serment solennel. — Charlemagne promet le duché de Bourgogne avec la
main de sa fille, et après le combat il donne au mari de sa fille des terres en Nor-
mandie.
L'amitié d'Amis et d'Amiles. 205
pronom relatif, soit dans celui des substantifs pronominaux, mentionner
l'emploi du substantif gwr « homme » et gwreic « femme » comme pro-
nom relatif « lequel, laquelle ». Cette expression}' givra, litt. «l'homme
qui », est si bien devenue pronominale que dès la première page de
notre texte (col. 1085) nous la trouvons appliquée à Dieu même. Cette
formule est d'un emploi fréquent dans notre texte. Le pluriel y gwyr
est également employé pour « lesquels ». L'expression y wreic, litt.
«la femme [qui]» se rencontre dans le sens de «laquelle» col. 1090).
On rencontre quelques mots avec une demi-voyelle adventice que
le gallois moderne n'a pas gardée : ffuryf 'col. 1087); amylder (col.
1087-8); dedyf (col. 1088); d6fyr (col. 1099 et 11 15), hoedyl (col.
1 102) ; cwbyl col. 1 107) ; tr6yadyl (col. 1 1 10), etc. Par contre, notre
texte ne présente pas cette voyelle dans des mots où l'orthographe
moderne l'a introduite \symdeist icol. 1092Ï ; ymoglyt (col. 1095 et
1098). — Au point de vue phonétique il faut encore noter daly (col.
1 109) pour dalu, forme ordinaire qui se rencontre quelques lignes plus
bas, et yn dyn pour an dyn (col. 1086).
Grâce à cette traduction, l'histoire d'Amlyn et Amie devint populaire
en Galles et les bardes des xive et xve siècles y font de fréquentes allu-
sions quand ils veulent vanter l'amitié héroïque de deux personnages.
H. G.
204 Kedymdeithyas Amlyn ac Amie.
« Llyfr Coch » (col. 1085).
Yny mod h6nn y treythyr o gedymdeithyas amlyn ac amie.
Yn yr amser ydoed pepyn hen yn vre/zhin yngwlat ffringa y ganet mab
i uarchaôc ardercha6c bonhedic or almaen. yny kastell aelwit berigan
oewreic briaôt. Ac oacha6s nat oed na mab na merch udunt namyn
h6nn6. diruaôr lewenyd a gymerassant. ac o garyat du6 y g6r a rodas-
sei etiued udunt. ada6 aônaethant dr6y ovunet y du6 mynet ar mab tu
aruvein y gymryt bedyd ygan ygwr da sant aoed bap ynyr amser h6nn6.
val y bei well tr6y rat achynnyd all6ydyant eu mab. Ac ynyr amser
h6nn6 yd ymdangosses gweledigaeth dr6y yhun yr g6r da aoed iarll yn
aluern ae wreic yn veichaôc. Nyt amgen weledigaeth a dangosset ida6.
no gwelet pab ruvein yny neuad yn aluern yn bedydyaô i meibyon ac
yn eu kadarnhau dr6y vedyd escob. A gôedy dihunaô or iarll. dyvynnv
aoruc attaô doethyon ygyvoeth. a datkanu udunt y vreudôyt. ac erchi
y dehongyl 6rth na wydyat ef beth aarwydockaei hynny. Ac yna yro-
des du6 yspryt asynh6yr y vn or doethyon y 6rtheb ida6 yny wed
honn. Arglvvyd iarll heb ef byd lawen. kanys or beichogi yssyd yng-
kroth dy wreic y genir mab ratlaôn llôydyannus clotuaôr. avo diaereb
y berffeithr6yd ae vuched ae vilôryaeth dros y byt. ar mab h6nn6
arglôyd heb ef aaberthy di ydu6. ac a ey ac ef parth aruuein y gym-
ryt bedyd y gan y g6r da yssyd bab val y bo gôell. a ratla6n allwyd-
yannus y ansaôd ohynny allan. Ac yna y bu la6en yr iarll am dehon-
gyl y vreudwyt yn y wed honno. ac am y kynghor arodassei y g6r da
bu (col. 1086) cheda61 ida6. ac ympenn yspeit o amser y ganet mab
yr iarll. ac y magôyt dr6y diruaôr lewenyd. A g6edy y uagu yny oed
m6y no d6y vl6yd. y kychwynna6d y dat ac ef a niuer ma6r y gyt ac ef
o varchogyon ac yssweinyeit tu aruuein. Aphan doethant yr dinas ael-
wit lucam. y dywetpwyt udunt bot g6r da gôedy kymryt lletty yny
dref. Ar mab teyrneidyaf gyt ac ef athebyckaf yth uab ditheu or awel-
sei neb eiryoet. Nyt amgen oed y g6r da h6nn6 nor marcha6c o gastell
verigan y g6r aoed ynkynnal tir y dan vrenhin ffreinc. ae uoned or
almaen. A gôedy ymwelet or iarll argôrda hônnô. adyuot eu meibyon
rac wyneb. nyt oed yn vyô yn dyn awypei wahan y rông y meibyon.
nac o veint nac obryt dyeithyr ar eu dillat. a gôedy gôybot o bop vn
onadunt ystyr amedwl y gilyd. diruaôr lewenyd agymerassant oachaôs
yr vn neges yd oedynt yn mynet oe geissaô nyt amgen noc adolwyn yr
L'amitié d'Amis et d'Amiles. 205
De cette façon il est traité de l'amitié d'Amlyn et Amie.
Au temps qu'était Pépin l'ancien roi dans le pays de France naquit un
fils à un chevalier élevé et noble d'Allemagne, de sa femme légitime,
dans le château qui s'appelait Berigan. Et comme ils n'avaient ni fils
ni fille que celui-là, ils conçurent une grande joie, et par amour de Dieu
qui leur avait donné un héritier, ils promirent par un vœu à Dieu d'al-
ler avec leur fils à Rome pour y être baptisé par le noble saint homme
qui était pape en ce temps-là, afin qu'il en advînt mieux pour le bonheur,
le développement et la prospérité de leur fils.
Et en ce temps-là il parut une vision en son sommeil au noble homme
qui était comte en Alvern ; et sa femme était enceinte. La vision qui lui
apparut n'était autre que de voir le pape de Rome dans le palais d'Al-
vern baptiser des enfants et les fortifier par son baptême épiscopal.
Après que le comte se fut réveillé, il appela à lui les sages de ses états,
et il leur fit connaître son rêve, et il leur en demanda l'explication, car
il ne savait pas ce qu'il signifiait. Et alors Dieu donna esprit et sens à
un des sages pour lui répondre de cette façon : Seigneur comte, dit-il,
réjouis-toi. Car du faix qui est dans le sein de ta femme naîtra un fils
plein de grâce, prospère et glorieux, et on parlera de sa perfection, de
sa vie et de sa chevalerie par le monde. Ce fils- là, seigneur, dit-il, tu le
consacreras à Dieu, et tu iras avec lui à Rome pour être baptisé par le
noble homme qui est pape pour qu'il en arrive bien ; et heureuse et
prospère [sera] la situation qui en sortira. Et alors fut joyeux le comte
pour l'explication de son rêve de cette sorte et pour le conseil que lui
avait donné ce noble sage homme.
Et au bout d'un espace de temps naquit un fils au comte, et il fut
élevé avec une grande joie. Et après qu'il eut été élevé à l'âge de plus
de deux ans, son père se mit en route pour Rome avec lui, et un grand
nombre avec lui de chevaliers et de damoiseaux. Et quand ils arrivèrent
dans une ville qui s'appelait Lucques, on leur dit qu'un noble homme
avait pris logis dans l'endroit : et avec lui le fils le plus seigneurial et le
plus ressemblant au tien propre qu'on ait vu jamais. Et ce noble homme
là n'était autre que le chevalier du château de Berigan qui tenait un fief
sous le roi de France ; et sa noblesse était d'Allemagne. Et après que le
comte et ce noble homme-là se furent vus, et que leurs enfants furent
mis en présence, il n'y avait pas un homme en vie qui sût distinguer
entre les enfants, ni pour la taille ni pour l'apparence, n'eût été aux
vêtements. Et après avoir appris l'un de l'autre leurs intentions et leurs
projets, ils prirent grande joie à cause de la même affaire qu'ils étaient
entrain de chercher, c'est-à-dire prier le pape de baptiser leurs fils. Et
2o6 Kedymdeithyas Amlyn ac Amie.
pab vedydyaô eu meibyon. ac ordyd h6nn6 kytfford uuant. a diruaôr
gedymdeithyas avu y ryngthunt dr6y gywir garyat. A pha beth bynnac
avei o garyat y r6ng y gôyrda ti awelut gedymdeithyas ryued y r6ng y
meibyon. yn gymeint ac na mynnei yrvn onadunt na b6yta nac yvet na
chysgu heb y gilyd. A pha gyhyt bynnac y buant yn kerdet parth aru-
uein. 6ynt adoethant att y g6r da aoed bab aelwit Gustennin ac a dywe-
dassant wrthaô val hynn. arglôyd dat yspryda61 yg6r awdam ni y vot
yn llywyaô y gristonogaeth y dan du6 yn lie pedyr ebostol. y mae yma
iarll aluern. a marcha6c arderchaôc clotuaôr o gastell berigan ynyr
almaen. yn adol6yn yth dadolyaeth di. (col. 1087) bedydyaô an mei-
byon ni. arodi dy uendith udunt. dr6y gymryt y gennym ninheu a vyn-
nych oeur ac aryant dros dy lafur. Ac yr ymadrodyon hynny y gôrtheba-
6d y pab udunt yny mod h6nn. Ych r6yd ewyllys chwi amgynnic ych
da ymi yssyd gymeredic ygennyfi. a6ch da ch6itheu hagen. nys myn-
nafi. o achaôs nat reit ym 6rtha6. Yda a vynnasseôch chwi y rodi y mi.
rod6ch y aghenogyon yr karyat du6. yrei yssyd reit udunt 6rtha6. ar
arch a archassaôch chôitheu. honno ageffwch. Sef y6 hynny bedydyaô
a6ch meibyon. ac ydodes yn en6 ar vab iarll aluern. amlyn. ac ar vab y
marchaôc o berigan. amyc. ac erchi y du6 rodi rat ac yspryt udunt y
wassanaethu y du6 yn gywir. yny veynt yn kaffel dros eugwassanaeth
y du6 llewenyd teyrnas nef. Ar marchogyon pennaf owlat ruuein ada-
lyassant y meibyon 6rth vedyd. A gôedy yr pab vedydyaô eu meibyon
rodi aônaeth y bob vn onadunt ffiol o euruchweith odidaôc o eur ac
oaryant. amein g6erthua6r aoed ar y fiolleu. yn vn 1H6 ac yn vn veint
ac yn un eurychweith. ac nyt oed yn vyô yn dyn awypei wahan y ryn-
gthunt. rac eutebyeket or ae g6elei ar neilltu. A dywedut awnaeth eu
tat ysprydaôl 6rthunt yny fFuryf honn. Kymerôch y rod honn arglôy-
di veibyon y gan a6ch tat ysprydaôl. yn dystolyaeth tra voch vyô ar
a6ch bedydyaô yn eglôys pedyr yn ruuein. A gôedy daruot yr gôyrda
kaffel eu negesseu yn rôyd ôrth eu heôyllys. diolôch awnaethant yr pab
y lavur ae anregyon arodassei yeu meibyon. a thrôy diruaôr lewenyd
y kychwynnassant parth ac eugôlat. A gôedy kynnyd mab y marchaôc
archderchaôc o gastell berigan. ef arodes duô idaô am (col. 1088)
ylder o synhwyr adoethineb. adonyeu yn erbyn y uot yn dengmlwyd
arhugeint ual y gelwit ef ympob gwlat yn eil selyf o achaôsy doethineb.
L'amitié d'Amis et d'Amiles. 207
à partir de ce jour ils firent route ensemble ; et une grande amitié il y
eut entre eux par véritable affection. Et quoiqu'il y eût d'affection entre
les nobles hommes, on voyait ' amitié étonnante entre les fils, au point
qu'aucun d'eux ne voulait ni manger ni boire ni dormir sans l'autre.
Et après avoir encore quelque temps voyagé du côté de Rome, ils
vinrent vers le noble homme qui était pape, qui s'appelait Constantin, et
ils lui parlèrent ainsi : Seigneur père spirituel que nous savons gouver-
ner la chrétienté sous Dieu en place de l'apôtre Pierre, voici le comte
d'Alvern chevalier élevé et glorieux du château de Berigan. en Alle-
magne, qui prie Ta Paternité de baptiser nos fils, et de leur donner ta
bénédiction ; et tu prendras de nous ce que tu voudras d'or et d'argent
pour ta peine. Et à ces paroles le pape leur répondit de cette façon :
Votre bonne volonté à m'offrir vos biens m'est très agréable ; mais de
vos biens pourtant je ne veux pas, car je n'ai pas besoin de cela. Les
biens que vous vouliez me donner, donnez-les aux pauvres pour l'amour
de Dieu ; eux ils en ont besoin, et la requête que vous m'adressiez,
vous l'obtiendrez, c'est-à-dire de baptiser vos fils. Et il donna comme
nom au fils du comte d'Alvern Amlyn et au fils du comte de Berigan
Amie ; et de prier Dieu de leur donner grâce et esprit pour servir Dieu
en vérité, de façon qu'ils obtinssent par le service de Dieu la joie du
royaume du ciel. Et les premiers chevaliers du pays de Rome tinrent les
enfants au baptême.
Et après que le pape eut baptisé leurs fils, il donna à chacun d'eux
une coupe, œuvre d'orfèvrerie, ornée d'or et d'argent : et il y avait des
pierres précieuses sur les coupes : [elles étaient] d'une même couleur,
d'une même grandeur, et d'une même orfèvrerie, et il n'y avait personne
en vie qui sût distinguer entre elles, à cause de leur ressemblance, de
quelque côté qu'on les vit. Et leur père spirituel leur parla de cette
façon : Acceptez ce présent, seigneurs fils, de votre père spirituel, en
témoignage, aussi longtemps que vous vivrez, de votre baptême dans
l'église de Pierre à Rome. Et après que les nobles hommes eurent fait
leurs affaires librement à leur gré, ils remercièrent le pape pour sa peine
et pour les cadeaux qu'il avait faits à leurs fils. Et avec une très grande
joie, ils s'en allèrent devers leur pays.
Et après qu'eut grandi le fils du chevalier élevé de Berigan, Dieu lui
donna quantité de sens et de sagesse et de dons, comme il se trouvait
avoir trente ans, au point qu'on l'appelait dans tout pays un second
Salomon à cause de sa sagesse. Et en ce temps-là son père 2 fut malade
1. Liti. « tu voyais ».
2. Litt. » celui qui était son père ».
208 Kedymdeithyas Amlyn ac Amie.
Ac ynyr amser h6nr\6 y clefycha6d yg6r aoed dat ida6 or clevyt y bu
uarô. Ac yny wander kynn gôahanu y eneit ae gorff y gelwis y vab
atta6. Ac y kynghores yny wed honn. arglwyd uab heb ef. llyma du6
ymdôyn i attaô. ac yth ada6 ditheu heb dat kna6ta61 6rth dy ewyllys
dy hun. wrth hynny arglwyd uab heb ef kymer du6 yn dat itt. ac yn
llywyaôdyr arnat y g6r ny byd mar6 vyth. ag6na ygymenedi6eu achad6
y gynghoreu yn graff yn dy gallon, ac yn diannot medylya beth ady-
lyych y gad6. Nyt amgen nor de^geir dedyf. beth adylyych y ochel.
Nyt amgen no phecha6t. beth a dylyych y gredu. nyt amgen nor ffyd
ar gret y mae yr eglôys gatholic yny dangos yr gristonogaeth. Nyt am
gen y6 hynny no bot vn du6 holl gyfoetha6c. a bot teir person y tat ar
mab ar yspryt glan. a geni iessu o veir wyry kynn esgor. a g6edy esgor.
A chyuodi Iessu grist o veirô. ac esgynnv ohona6 ar nefoed. ae dyuot
y uarnu dydbraôt ar vy6 ac ar veir6. Medylya6 heuyt a dylyy beth a
dylyych y obeithaô. Nyt amgen noc amlewenyd teyrnas nef dr6y wei-
thredoed da oth blegyt dyhun. ac o rat yr iessu grist dr6y rym y di-
odeifyeint ar y groc. Car du6 ath gymodogyon. a pha beth bynnac
awnelych. nac adywettych nac a vedylyych medylya am dy angeu.
kanys hynny aeirch yr ysgrythur lan. yr honn adyweit dr6y eneu selyf
uab dauyd. Medylya am y pyngkeu diwethaf ac yn dragyvvyda61 ny
phechy. Nyt amgen y6 hynny no phandel angheu (col. 1089) y wahanv
dyeneit ath gorff. y byrir y corff ryvygus yr pryuet. areneit y boeneu
uffern. Ony heydy nef oweithredoed da kynn angeu. ac y byd reit itt dyd-
bra6t yggwyd y trillu wrtheb dros dy weithredoed. Keis heuyt gynnal
kedymdeithas yn gywir a mab iarll aluern. o herwyd y6ch gymryt bedyd
yn vn dyd gan bab ruuein. a chaffel rodyon y ganthaô. ach bot yn
gyndebyeket o bryt a gosged a meint. ac nat oes dyn a wypo gwahan
y rynghoch rac a6ch tebycket. Agwedy yr g6rda sant kynghori y vab y
ny wed honno. ef agymerth y rinwedeu a berthynynt ar yr eglwys.
athalu y yspryt yr creawdyr. Ae gorff agladwyt dr6y diruaôr enryded
yny vanachlaôc a seilyassei y dat kyn noc ef. A gwedy mar6 y gôrda
ae gladu yn lie brenhinaôl. y kyfodassant rei dieflic ysgymunllyt oge-
nedyl y gwas ieuanc. abot yndrôc 6rtha6 awnaethant ae amherchi.
L'amitié d'Amis et d'Amiles. 209
de la maladie dont il mourut. Et dans sa faiblesse avant que se séparât
son âme de son corps, il appela son fils et il le conseilla de cette façon :
Seigneur fils, dit-il, voici que Dieu m'appelle à lui et qu'il te laisse sans
père charnel [pour vivre] selon ta propre volonté. Ainsi, seigneur fils,
prends Dieu pour père ; et pour gouverneur celui qui ne meurt pas.
Fais ses commandements et garde ses conseils sûrement dans ton cœur.
Et tout d'abord pense ce que tu dois observer, c'est-à-dire le péché, ce
que tu dois croire, c'est-à-dire la foi et la croyance que l'église catho-
lique montre à la chrétienté. Et cela est qu'il y a un Dieu tout-puissant,
et qu'il y a trois personnes, le père, le fils et l'esprit saint, et que Jésus
est né de Marie, vierge avant son enfantement et après son enfantement,
et que Jésus-Christ s'est levé d'entre les morts, et qu'après cela il est
monté aux cieux, et qu'il viendra pour juger, le jour du jugement, les
vivants et les morts. Tu dois encore penser qu'il y a une chose que
vous devez espérer, c'est-à-dire la joie du royaume du ciel par les
bonnes œuvres de ton propre compte, et de la grâce de Jésus-Christ
par la puissance de sa passion sur la croix. Aime Dieu et tes semblables,
et, quoi que tu fasses, quoi que tu dises, quoi que tu penses, pense à ta
mort. Car c'est ce que demande l'Écriture sainte, laquelle parle par les
livres de Salomon et de David. Pense aux derniers points et évite éter-
nellement le péché. C'est-à-dire lorsque viendra la mort pour séparer
ton âme et ton corps, le corps présomptueux est donné aux vers et l'âme
aux peines de l'enfer, à moins que tu n'ailles au ciel par tes bonnes
actions d'avant la mort, et il te faudra le jour du jugement en présence
des trois troupes ' répondre pour tes actions. Cherche encore à garder
fidèlement l'amitié avec le fils du comte d'Alvern, parce que vous avez
reçu le baptême le même jour du pape de Rome, et que vous en avez
reçu des présents et que vous vous ressemblez par l'apparence, la
figure et la taille, et qu'il n'y a personne qui pourrait distinguer entre
vous deux à cause de votre ressemblance.
Et après que le noble saint homme eut conseillé son fils de cette
façon, il reçut les sacrements qui appartiennent à l'Église, et il rendit
son esprit au créateur, et son corps fut enseveli avec grand honneur
dans le monastère que son père avait fondé avant lui.
1. Nous avions d'abord pensé qu'il s'agissait ici de la division ordinaire des person-
nages dans la scène du jugement dernier, les élus à la droite de Dieu, les réprouvés à
sa gauche, et, entre les deux, les anges faisant le service d'ordre. Mais un vers d'Einion
ap Gwalchmai (xnie siècle) semble indiquer une conception différente : Pan ddel rac
lesu trillu trallawd « Lorsque paraîtront devant Jésus les trois troupes misérables » (cité
dans le Dict. de Richards, s. v. Rhag). L'épithète « misérables » exclut les anges et semble
indiquer une division en trois groupes des hommes justiciables du jugement dernier. Est-ce
une allusion au Paradis, au Purgatoire et à l'Enfer qui auront chacun leur contingent ?
210 Kedymdeiîhyas Amlyn ac Amie.
Athrôy eu henvvired ac eu hysgymundaôt y treissassant y g6as ieuanc
am dref y dat ae gyuoeth. ae yru yn alltut awnaethant ida6. ar dra6s
ybyd y gardotta. Ae yr hynny ydoed ef yn karu ba6p o honu/?t 6y ac yn
erchi y du6 y vadeu udunt. ac ar vyrder kymeint vu ennwired y gene-
dyl yny erbyn ac nas gedynt ef y gardotta yny gyuoeth ehunan. nac evo
nadyn or awypit arnaô y garu. Yna y doeth cof ida6 kynghoreu y dat. ac y
dywaôt 6rth y deudeng mrodyr maeth. aoed yny ganlyn yn yr ansaôd
honno. ArgI6ydi vrodyr heb ef. enwired vynghenedyl ochwant vynghy-
uoeth i yssyd yn an pellau ni . ac yn andehol ong61at. Keissôn ninheu vedy-
lya6yr Ideôon deholiessu grist aeanurda6 aegrogiam dref y dat. G6erthu
heuyt o veibyon iago badriarch Joseph eu braôt ae dehol oewlat. a throssi
o du6 pob vn or deu bôngk hynny ynglot ac enryded (col. 1090) udunt.
Du6 heuyt adyweitnadeuir y deyrnasnefonyt tr6y drallaôt a llauur. wrth
hynny arglwydi vrodyr gobeith y6 gennym y trossa du6 hynn ar enryded
a lies yninhev etto. kanys y neb y bo tralla6t arna6 yn wirion ac ae go-
defo yn bôyllic. ymae du6 y g6r ny dyweit kelwyd yn ada6 ida6 teyr-
nas nef. Wrth hynny arglwydi vrodyr. a6n ragom parth a llys iarll
aluern vynghyfeillt y g6r omtebic. ny phallaynn odim or aarch6yf ida6.
Ac ony chaffôn ni lewenyd y gan y g6rda h6nn6. ni aa6n att hildegard
vrenhines ffreinc. y wreic yssyd gynnefodic kytdolurya6 ar neb y
gôelo gouit arna6. Ac yna y kerdassant raedunt parth achyuoeth iarll
aluern. ag6edy eu dyuot ovywn y gyuoeth yr iarll. govyn awnaethant
y fford parth ar llys yr oed yr iarll yndi. Aphan doethant yno. neurgy-
chwynnyssei yr iarll parth ailys amie y gyueillt. g6edy clybot mar6 y
g6r da aoed dat ida6. Ag6edy na chafas yr iarll amie yny lys ehunan.
diruaôr dristit agymerth orachaôs h6nn6. a medylyaô aônaeth nat ym-
choelei vyth draegevyn y wlat. yny gaffei chwedleu hysbys y6rth y
gyueillt. Ac yna ykerdaôd ef ar dra6s teyrnas ffreinc y amovyn amie y
gedymdeith. A gôedy na chavas ynffreinc dim hyspyssrwyd amdanaô.
kerdet racdaô awnaeth y parth ar almaen yblith y genedyl. ac ny chauas
yno dim o hyspysrwyd am dana6. Ac ot oed va6r llauur amlyn yn
keissyaô amie uelly. mwy olawer bei gallei oed lauur amie yn keissyaô
amlyn. heb orffovvys. Ac ual ydoed amie yn keissyaô amlyn. ef adoeth
nossweith parth allys g6r da ef ae gedymdeithyon. ac erchi lletty aw-
naethant yr du6. allawen vu y gôrda 6rthunt. acharyat g6yr ty adan-
gosses udunt. a pharch gwesteion. Agwedy ankôyn amovyn (col. 1091)
L'amitié d'Amis et d'Amiles. 2 \ \
Et après que le noble homme fut mort et enterré en lieu royal, se
levèrent de mauvaises et diaboliques gens de la race du jeune homme,
et ils se mirent à se conduire mal avec lui et à l'injurier. Et par leur
déloyauté et leur méchanceté, ils mirent le jeune homme hors de la ville
de son père et de ses possessions, et ils le chassèrent à l'étranger, à men-
dier par le monde. Et pourtant il aimait chacun d'eux et il demandait
pardon à Dieu pour eux. Et, pour abréger, la méchanceté de sa race
contre lui était telle qu'ils ne le laissaient pas mendier dans ses propres
possessions, ni lui ni personne qu'on sût l'aimer.
Alors lui vinrent à l'esprit les conseils de son père, et il dit à ses
douze compagnons, qui le suivaient dans cette situation : Seigneurs
compagnons, dit-il, la déloyauté de ma race par l'envie qu'ils ont de mes
possessions nous chasse et nous exile de notre pays. Cherchons à nous
rappeler les Juifs chassant Jésus-Christ et l'outrageant et le crucifiant, et
encore les enfants du patriarche Jacob vendant Joseph leur frère et le chas-
sant de son pays, et Dieu tournant chacun de ces deux faits en gloire et
en honneur. Dieu encore dit qu'on n'arrive au royaume du ciel que par
des fatigues et de la peine. D'après cela, seigneurs compagnons, j'ai
l'espérance que Dieu tournera aussi cela en honneur et en avantage ;
car à celui qui a de véritables peines et qui les souffre avec courage,
Dieu, qui ne dit pas de mensonges, lui réserve le royaume du ciel.
D'après cela, seigneurs compagnons, allons devant nous du côté de la
cour du comte d'Alvern, mon ami, qui me ressemble : il ne nous refusera
rien de ce que je lui demanderai. Et si nous ne trouvons pas joie chez
ce noble homme, nous irons vers Hildegarde, reine de France, laquelle
a usage de compatir à celui sur qui elle voit du malheur. Et alors ils
allèrent devant eux du côté des possessions du comte d'Alvern.
Et après être venu au milieu des possessions du comte, ils deman-
dèrent le chemin vers la cour où était le comte, et quand ils furent là,
le comte était allé vers la cour d'Amie son ami, après avoir appris la
mort du noble homme son père, et comme il ne trouva pas le comte
Amie dans sa cour, il prit une grande tristesse à cause de cela : et il se
mit à penser qu'il ne retournerait plus dans son pays, s'il n'avait de nou-
velles sûres sur son ami. Et alors il alla à travers le royaume de France
pour chercher Amie son compagnon. Et comme il ne trouvait en France
aucune nouvelle de lui, il se mit à aller devant lui du côté de l'Alle-
magne au milieu de sa nation : et il n'en eut là aucune nouvelle.
Et si était grande la peine d'Amlyn cherchant Amie de cette façon,
plus grande encore, s'il était possible, était la peine d'Amie cherchant
Amlyn sans cesse.
2 1 2 Kedymdeithyas Amlyn ac Amie.
awnaeth y gôr da ac y6nt beth oed eu negesseu. ac oba wlat yd hanoe-
dynt. aphale ydeynt. ac yna datkanu ida6 y ansa6d or dechreu hyt y
diwed aoruc amie, nyt amgen no gôedy mar6 y dat. y digyvoethi ae
alltudaô oe genedyl yn gymeint ac na diodefynt idaô gardotta yny
gyuoeth ehun. ae vot ynteu yr6ng dyd a nos or pan vuassei ardehol
yn keissyaw iarll aluern y gedymdeith. y g6r ydoed yngobeithyaô
6rtha6 kaffel g6aret or govit aoed arnaô. A g6edy yr g6r da clybot y
ansa6d. kyt doluryaô ac ef aoruc. ac adnabot ar y barableu y vot
yndoeth ac yndonyaôc. a dywedut 6rtha6 awnaeth ual hynn. Havnbenn
teyrneid heb ef. herwyd vy adnabot i. kael ohonat ti ragor odoethineb
ada6n rac dyn or aweleis i ym amser. mi arodaf itt vy merch yn briaôt
yr honn yssyd yn etiued ymkyuoeth. ath vrodyr maeth awnaf yn
gyfoethogyon o dir a daear ac enryded. val na bo reit udunt dr6y nerth
du6 vn goval. A llawen vu gan amie ae gedymdeithyon y parableu hynny.
a chytsynnyaô a wnaethant ' am y briodas. agôneuthur neithyaôr dr6y
diruaôr lewenyd. agôedy trigyaô amie ae gedymdeithyon gyt aewreic
vl6ydyn a hanner. dywedut aoruc 6rth y gedymdeithyon ual hynn.
Argl6ydi vrodyr heb ef. ni awnaetham yr hynn nys dylyem. Sef y6 hynny.
llesgu a diogi ynkeissyaô amlyn. y g6as adebygafi y vot yn gywirach y
garyat noc vn g6reic or byt. Ac o gyffredin gy/jghor ef ae gedymdei-
thyon y kymerth kennat y chwegrôn ae wreic. ac ada6 ygyt ae wreic
deu oe vrodyr maeth. acherdet awnaeth yntev racdaô. ac ef ae wyth
mrodyr maeth. ynsweinyeit idaô ar draôs y byt parth agwlat i ffringa y
geissyaô amlyn. ac yna y kymerth ganthaô y fiol arodassei gustennin
bab ida6 ydyd y kymerth vedyd y ganthaô. Ovyôn (col. 1092) hynny
o amser a theruyn yd oed amlyn yn y geissyaô ynteu trôy diruaôr lauur
a goual. A phan doeth parth a pharis y kyfaruu bererin ac ef. a govyn
awnaeth idaô awelsei dim y ôrth amie uab y marchaôc o gastell verigan
neu ae clywsei. nachyglef kyffessaf y duô heb y pererin. ac ny 6nn
dim y ôrthaô. ac yna y rodes amlyn peis yr palmer2 yr gwediaô ganthaô.
ac yr ymbil a duô ar seint y rôydhav racdaô y geissaô amie, ac amder-
uynu y llauur maôr arnaô yny geissyaô yr ys dôy vlyned ac ychôanec.
Ac yna ydoeth amlyn parth allys chyarlmaen brenhin ffreinc. ac ny
chafas ef yno dim o hyspysrwyd am danaô. y pererin hagen y rodassit
y beis idaô a gerdaôd racdaô hyt am bryt gosper ordyd hônnô. ac yna
y kyfaruu amie ac ef ae gedymdeithyon. a gôedy kyfarch gwellorpere-
i. Ms. ar.aethant.
2. Le gallois emploie ici le vieux mot anglais palmer « pèlerin », aujourd'hui tombé
en désuétude.
L'amitié d'Amis et d'Amiles. 2 1 3
Et comme Amlyn était à chercher Amie, il vint un soir à la cour d'un
noble homme, lui et ses compagnons, et ils lui demandèrent à loger
pour Dieu. Et le noble homme fut courtois envers eux et il leur fit avoir
l'amitié des gens de la maison et le respect des hôtes. Et après le sou-
per le noble homme leur demanda quelles étaient leurs affaires, et de
quel pays ils étaient originaires et où ils allaient. Et alors Amie lui fit
connaître son histoire du commencement jusqu'à la fin, c'est-à-dire
qu'après la mort de son père il avait été dépouillé de ses possessions et
exilé par sa nation au point qu'ils ne lui permettaient même pas de men-
dier dans sa propre possession; et qu'il était jour et nuit, depuis son
exil, à chercher le comte d'Alvern son compagnon.
Et après que le noble homme eut écouté cette histoire, il eut de la
sympathie pour lui, et il reconnut à ses paroles qu'il était sage et bien
doué, et il lui dit comme suit : 0 chef princier, dit-il, comme je recon-
nais que tu as excellence de sagesse et de dons sur homme que j'aie vu
de mon temps, je te donnerai ma fille en mariage, laquelle est héritière
de mes possessions, et je ferai tes compagnons riches de terres, de sol
et d'honneurs, de sorte que par la grâce de Dieu ils n'auront pas un
souci. Et agréables furent ces paroles à Amie et à ses compagnons. Et
ils se mirent à s'occuper du mariage et ils firent la noce avec une grande
joie.
Et après qu'Amie, avec ses compagnons, fut resté auprès de sa femme
un an et demi, il parla ainsi à ses compagnons : Seigneurs compagnons,
dit-il, nous ne faisons pas ce que nous devons, c'est-à-dire nous pares-
sons et nous tardons à chercher Amlyn, à qui je dois être plus fidèle
en affection qu'à aucune femme du monde. Et d'un commun avis lui et
ses compagnons prirent congé de son beau-père et de sa femme ; et il
laissa avec sa femme deux de ses compagnons. Et il se mit à marcher
devant lui, lui et huit de ses compagnons comme écuyers, à travers le
monde, du côté du pays de France pour chercher Amlyn. Et là il prit
avec lui la coupe que le pape Constantin lui avait donnée quand il en
avait reçu le baptême.
Au même temps et à la même époque Amlyn était à le chercher avec
grand'peine et fatigue. Et quand il vint du côté de Paris, il rencontra
un pèlerin. Et il lui demanda s'il avait rien vu au sujet d'Amie, fils du
chevalier du château de Berigan, ou s'il en avait rien entendu. Je n'en
ai rien entendu, je le confesse à Dieu, dit le pèlerin, et je ne sais rien
sur lui. Et alors Amlyn donna un manteau au pèlerin pour prier pour
lui, et pour demander à Dieu et aux saints de lui rendre plus facile la
recherche d'Amie et de mettre un terme à la grande peine qu'il avait à
Rev.Celt. IV
'5
2 14 Kedymdeithyas Amlyn ac Amie.
rin ida6. kyuarch g6ell awnaeth amie ida6 ynteu. a dywedut. Oe awas
du6 aglyweist di chwedyl or byt fford y kerdeist y6rth amlyn iarll
aluern. A ryuedu yn ua6r aoruc y palmer. agovyn ida6 paham y
gwattwarei ef was du6 yngymeint acheissya6,y d6ylla6. ynherwyd itt
heb ef arglôyd govyn ymi y bore hedi6 yr hynn ydôyt yny ovyn yr
a6r honn. Hyspys y6 gennyf i y mae tydi y6 amlyn iarll aluern. a ryue-
dach gennyf no meint. paham y symdeist gwisgoed a meirch a chedym-
deithyon ac arueu. acheissyaô gennyf inheu yr hynn ageisseist hedi6 y
bore pan rodeist ym y beis yssyd ymdanaf yr gwedia6 gennyt. Ac yna
y dywa6t amie 6rth y palmyr. Arglwyd balmer heb ef. na dickya nyt
mi amlyn y g6r adebygy di. namyn amie mab y marcha6c o gastell
berigan. (col. 1093) y g6r nyt ytti6 yn gorffoôys yny geissyaô. A rodi
aryant awnaeth ida6 yr gwediaô ganthaô ual y bei r6ydach racdaô
gaffel y neges. Ac yna y kynghores y palmer ida6 kerdet parth a pharis
y geissya6 amlyn y g6r ydoed yny garu yn gymeint ac nat oed orffo-
wys ida6 yny geissya6. a chymryt y fford aoruc ef tu apharis. a megys
yd oed yn dyuot tu ardref. y g6elei y my6n gbeirglaôd meillyona6c ar
lann yr avon aelwir sein, niuer tec brenhina61 o varchogyon yn kymryt
eu kinyaô. Nyt amgen oed y marchogyon hynny noc amlyn ae gedym-
deithyon. Ac val y gôelas amlyn y marchogyon arua6c yn dyuot tu ac
attaô. eu kyrchu yn llidiaéc awnaeth. odebygu eu bot ynlladron ac yn
herwyr. ac ual y gwelas amie ae gedymdeithyon y niver h6nn6 yn eu
kyrchu yn greulaôn. dywedut aoruc 6rth y gedymdeithyon. Arglwydi
vrodyr maeth oherwyd a6ch bot yn bara6t eiryoet hyt hediw y diodef
tralla6t a gouit a pherigyl y gyt ami. keissyôch hediô yn wra61 dial
a6ch g6aet. ac ymlad yn wychyr ar g6yr ny welaf dim trugared
ganthunt parth ac attam. Os budugolyaeth aryd du6 yni or niuer ma6r
racko. g6ahanreda6l glot agaff6n dros deyrnas ffreinc. ac vrdas ac enry-
ded ynllys y brenhin ragor rac agauas neb eiryoet. a g6edy daruot ida6
rodi y ky/zghor h6nn6 oe gedymdeithyon. gost6ng helymeu awnaethant.
a goll6ng penneu eu meirch. a gost6ng gôaewyr o bopparth. Acymgyr-
L'amitié d'Amis et d'Amiles. 2 1 $
le chercher voilà deux ans et davantage. Et alors vint Amlyn du côté de
la cour de Charlemagne, roi de France, et il ne trouva là aucun rensei-
gnement sur lui.
Le pèlerin cependant à qui il avait donné le manteau marcha devant
lui jusqu'au moment du soir de ce jour-là ; et alors il rencontra Amie et
ses compagnons. Et après beau salut du pèlerin, un beau salut lui fit
Amie, et il dit : Est-ce que, serviteur de Dieu, tu as entendu nouvelle
au monde, sur le chemin où tu as été, d'Amlyn comte d'Alvern ? Et le
pèlerin s'étonna grandement, et il lui demanda comment il se moquait
de lui, serviteur de Dieu, au point de chercher à le tromper. Puisque,
dit-il, seigneur, tu m'as demandé ce matin même ce que tu me demandes
maintenant : il est clair pour moi que c'est toi qui es Amlyn, comte
d'Alvern. Et je suis plus que grandement étonné comme tu as changé de
vêtements, de chevaux, de compagnons et d'armes. Et tu me demandes
ce que tu me demandais ce matin quand tu m'as donné ce manteau que
j'ai sur moi, pour prier pour toi.
Et alors Amie dit au pèlerin : Seigneur pèlerin, dit-il, ne crois pas
que je sois Amlyn que tu penses, mais Amie, fils du chevalier du châ-
teau de Berigan, qui suis sans cesse à le chercher. Et il lui donna de
l'argent pour prier pour lui, afin qu'il lui fût plus facile d'arriver à son
but. Et alors le pèlerin lui conseilla d'aller du côté de Paris pour cher-
cher Amlyn, celui qu'il aimait au point qu'il n'avait pas de cesse à le
chercher. Et il prit le chemin du côté de Paris. Et comme il allait du
côté de la ville, il vit dans un pré de trèfle, sur le bord du fleuve qu'on
appelle Seine, une troupe belle et royale de chevaliers qui prenaient
leur repas. Ces chevaliers n'étaient autres qu'Amlyn et ses compagnons.
Et comme Amlyn vit des chevaliers armés se diriger vers lui, il se mit à
les charger avec ardeur, pensant que c'étaient des voleurs et des cou-
reurs. Et comme Amie vit avec ses compagnons cette troupe les charger
avec acharnement, il dit à ses compagnons : Seigneurs compagnons,
puisque vous avez été de tout temps jusqu'à aujourd'hui prêts à suppor-
ter les peines, les fatigues et les dangers avec moi, cherchez aujourd'hui
virilement à venger votre sang et à vous battre vaillamment avec ces
hommes, que je ne vois pas vouloir nous faire merci. Si Dieu nous donne
victoire sur ce grand nombre qui est devant nous, nous aurons une
gloire particulière par tout le royaume de France et distinctions et hon-
neurs à la cour du roi de France, tels que personne n'en a eu aupara-
vant.
Et après qu'il eut achevé de donner ces conseils à ses compagnons,
ils abaissèrent leurs heaumes, lâchèrent les têtes de leurs chevaux, et
216 Kedymdeithyas Amlyn ac Amie.
chu yn llidia6c. hyt nat oed i neb onadunt awypei yn hyspys p6y a orffei.
A g6edy y ba6p o honunt torri eu gôaewar yny gilyd. tynnv cledyfeu
awnaethant ac ymffust. Du6 hagen holl (col. 1094) gyvoethaôc y g6r
aeill llunyaethu pob peth a phop karyat. a theruynu pob llauur. aanuones
goleuni ysprydaôl dr6y rat yn eu kallonneu yn gymeint ac adnabot obop
vn onadunt y gilyd. Ac yndiannot y dywaét mab y marchaôc o gastell
berigan 6rth amlyn ae gedymdeithyon. Argl6ydi uarchogyon pa rei y6ch
ch6i. apha glot y6 y niuer kymeint ac ydyôch ch6i llad amie alltut. y
g6r aoed reidyach ida6 groessa6 a llewenyd gôedyr govit ar llauur avu
arna6 yn keissyaô amlyn uab iarll aluern. no cheissya6 y lad yny wed
honn. A g6edy clybot o amlyn yr ymadrodyon hynny diruaôr dolur a
gymerth. ac adnabot amie y gedymdeith. a dywedut 6rtha6 ual hynn.
Och y kywiraf or kedymdeithyon. och blodeu y marchogyon. ponyt
atwaenost ti amlyn uab iarll aluern y g6r yssyd yn g6ibya6 byt ys d6y
ulyned a hanner yth geissyaô. Ac yna y disgynnassant elldeu yr lla6r
tr6y oI16/zg eu dagreu yn hidleit. amynet d6yla6 mynôgyl. Acolwyr di-
hewyt eu kallonneu diol6ch ydu6 awnaethant. y g6r ny at yn ryhir ar
gyfeilyorn adidro aymdiretto ac a ymgeissyont ymwelet dr6y garyat
kywir. Ac yna ydaethyant y gadarnhau eu kedymdeithyas. aduundeb y
ryngthunt dr6y 16 ac aruoll ym manachloc seint iermin uchbenn yr
alla6r va6r arcreiryeu gôynnyaeithyat aoedynt yno. na phallei neb o
honunt y6 gilyd. nac ogaryat nac o gynghor nac o ganhorth6y tra vei
vy6 herwyd kyfya6nder kyfreith du6 o bop peth. a berthynei ar gedym-
deithyas gywir. Ac yna yn diohir y kerdassant raedunt parth allys chyarl-
ymaen brenhw ffreinc. Ac yna y gôelit (col. 1095) deu unbenn deyrneid
gyweirdoeth ygyt gôedy y du6 eu kanhysgaedu o amryuaelyon donyeu.
ahaelyoni adewred a phryt adoethineb. A phan doethant yr llys. eu her-
bynnyeit awnaeth y brenhzVz udunt ynenrydedus. Ac ot oed ua6r eu parch
ac eu henryded oblegyt ybrenhin. m6y pei gallei oed lauur y vrenhines
yn eu hanrydedu ac yn eu perchi. ac ar vyrder nyt oed dyn or ae g6e-
lei ny bei yn eu karu. Ac ar vyrr o amser y g6naethp6yt amlyn yn
ystiwart llys yr brenhin. ac amie yn drysorôr ida6. Sef g6assanaeth
oed h6nn6. synnya6 ar yeur ae aryant ae vein g6erthua6r ae dlysseu.
A g6edy eu bot yny llys teir blyned y dywa6t amie 6rth amlyn yny
L'amitié d'Amis et d'Amiles. 2 1 7
abaissèrent leurs lances de toute part. Et ils se chargèrent avec ardeur,
si bien qu'il n'y avait personne parmi eux qui sût clairement qui l'em-
porterait. Et après qu'ils eurent chacun brisé leurs lances contre l'autre,
ils se mirent à tirer leurs épées et à se frapper.
Mais Dieu tout-puissant qui peut régler toute chose et toute amitié,
et terminer toute peine, envoya par sa grâce une lumière spirituelle
dans leurs cœurs, si bien qu'ils se reconnurent l'un l'autre. Et sans
retard le fils du chevalier du château de Berigan dit à Amlyn et à ses
compagnons : Seigneurs chevaliers, qui êtes-vous et quelle gloire y
a-t-il pour une troupe comme vous êtes de tuer Amie l'exilé, celui à
qui vous devriez plutôt bon accueil et courtoisie, après la peine et la
fatigue qu'il a eues à chercher Amlyn fils du comte d'Alvern, plutôt que
de chercher à le tuer de cette façon? Et après qu'Amlyn eut entendu ces
paroles, il eut une très grande douleur et il reconnut Amie son compa-
gnon et il lui dit ainsi : 0 le plus fidèle des compagnons, ô fleur des
chevaliers, comment n'as-tu pas reconnu Amlyn, fils du comte d'Alvern,
celui qui court le monde depuis deux ans et demi pour te chercher? Et
alors ils mirent tous deux pied à terre en versant des larmes en abon-
dance, et ils s'embrassèrent. Et du profond zèle de leurs cœurs, ils
rendirent grâce à Dieu, qui ne laisse pas trop longtemps dans l'erreur et
dans le mauvais chemin celui qui a confiance en lui et ceux qui cherchent
à se revoir par véritable amitié.
Et alors ils allèrent pour fortifier leur amitié et leur union par un ser-
ment et un contrat dans le monastère de Saint-Germain au-dessus du
grand autel sur les reliques consacrées qui étaient là, qu'aucun d'eux ne
manquerait à l'autre ni en amitié ni en conseil, ni en assistance, tant
qu'il vivrait, suivant la justice et la loi de Dieu, en toute chose qui appar-
tient à la véritable amitié.
Et alors sans tarder ils allèrent devant eux du côté de la cour de
Charlemagne, roi de France. Et alors on vit ensemble deux chefs prin-
ciers d'une égale sagesse que Dieu avait comblés de dons innom-
brables et de générosité et de force et de grâce et de sagesse. Et quand
ils vinrent à la cour, le roi les reçut honorablement. Et si était grande
leur considération et leur honneur auprès du roi, plus grande s'il était
possible était la peine que la reine prenait à les honorer et à les consi-
dérer ; et, pour abréger, il n'y avait homme qui les vit qui ne les aimât.
Et en peu de temps Amlyn fut fait sénéchal de la cour du roi, et Amie
trésorier de celui-ci. C'est-à-dire que leur service était tel, prendre soin
de l'or et de l'argent et des pierres précieuses et des joyaux.
Et après avoir été à la cour trois ans Amie dit à Amlyn de cette façon :
2 1 8 Kedymdeithyas Amlyn ac Amie.
mod h6nn. Y kywiraf or kedymdeithyon. Ar deôraf or marchogyon. ar
haelyaf or dynyon. gan dy gennyat ti. reit y6 ymi vynet y ymwelet am
gôreic briaôt. yr honn nys gweleis yr ys teir blyned. a phan y gallwyfi
gyntaf mi a deuaf drachevyn attat ti. ac yma y trigy ditheu arglôyd
gedymdeith. a cheissya6 yssyd reit itt bot yn gall. ac ymoglyt yn wa-
gela6c rac t6yll ac enwired ardric iarll y g6r yssyd la6n o gynghor
vynt 6rthym am yr urdas ar enryded ymae y brenhin yny wneuthur
ynn. Acheissyaô yssyd reit ytt vot yn gall. rac rodi dy vryt ath ved61
ath garyat cnaôtaôl ar verch y brenhin. Ac yna y dywa6t amlyn val
hynn. Y kywiraf or kedymdeithyon dr6y nerth du6 dy gynghor awnaf.
amadol6yn y6 ytti yr y karyat yssyd rom. dyvot kyntaf ac y gellych
drachevyn. ag6edy y amie gaffel kennyat y gan y brenhin a (col. 1096)
g6yr y llys. tr6y dagreu hidleit o bop parth. kychwyn awnaeth racdaô
parth ar wlat yd oed ywreic bria6t ae vrodyr maeth. A g6edy riuedi by-
chan odieuoed or amser h6nn6 y disgynna6d karyat merch y brenhin yngy-
meint yn amlyn ac nat oed gyg6n vn asg6rn yn y gorff ny bei la6n oe
charyat. A phan gauas kyfle gyntaf agori y gallon idi aoruc. adangos
y karyat aoed ganthaô tu ac attei. Ac yna y g6rtheba6d hi ida6 ef ac
ydywaôt bot yn v6y deg6m y charyat hi arna6 ef. noe garyat ef oll ar
nei hi. aphan ga6ssant gyfle gyntaf ac amser or dyd h6nn6allan. dangos
a6naethant dr6y duvndeb gôeithret bot ynv6y no meint y karyat o bop
parth. neur daroed ida6 yna. gadu dros gof ac ysgaelussaô kynghoreu
amie, y rei ny bu les ida6 eu hebryuygu. Annobeithya6 yr hynny hagen
nys gônaeth. namyn medylyaô na differth y santolyaeth dauyd. nae
doethineb selyf heb pechu. y deuwr y mae du6 ynyr ysgruthyr yn d6yn
g6ahanreda61 dystolyaeth. 0 vy6n hynny. ardric iarll yg6r aoed lewe-
nyd gantha6 g6elet gouit adr6c ar bob dyn. ac adristaei pan welei y
gytuarchogyon ynkael clôt ac urdas. a dywedut awnaeth ef 6rth amlyn
ual hynn. pony wdost di arglwyd iarll y amie dy gedymdeith g6neuthur
lledrat ath6yll ynghyueir y brenhin am yda ac na cheiff byth bellach
ymwelet ac ef. ac 6rth hynny g6na6n vi athi gedymdeithyas tr6y 16
achret uchbenn creireu. ac aruoll yn bot yndi ymada6 ogaryat a chywir-
deb o hedi6 allan. Ag6edy ymrwymaô ohonunt yny mod (col. 1097)
h6nn6. ymdiret awnaeth amlyn ida6 yn gymeint ac adefyransaôdartro
aoed y ryngtha6 a merch y brenhin. Ac ual yd oed amlyn dydgweith yn
rodi d6fyr y ymolchi yr brenhin y dywa6t y twyll6r brader gan ardric
L'amitié d'Amis et d'Amiles. 2 1 9
0 le plus fidèle des compagnons et le plus courageux des chevaliers et
le plus généreux des hommes, avec ta permission, il me faut aller pour
revoir ma femme, que je n'ai vue de trois ans. Et dès que je le pourrai
je reviendrai vers toi. Et toi tu resteras ici, seigneur compagnon, et il te
faut chercher à être prudent, et te garder avec circonspection de la
tromperie et de la déloyauté du comte Ardric qui est plein de mauvaises
intentions contre nous à cause des dignités et des honneurs que le roi nous
a conférés. Et il te faut chercher à être prudent, à ne pas donner ta pen-
sée et ton esprit et ton affection charnelle à la fille du roi. Et alors
Amlvn dit ainsi : 0 le plus fidèle des compagnons, par la grâce de Dieu,
j'accomplirai ton conseil, et il te faut penser, par l'amitié qui est entre
nous, de revenir aussitôt que tu le pourras. Et après qu'Amie eut pris
congé du roi et de toute la cour avec des larmes abondantes de tout
côté, il alla devant lui du côté du pays où étaient sa femme et ses compa-
gnons.
Et après un petit nombre de jours de ce temps-là, l'amour de la fille
du roi descendit sur Amlyn au point qu'il n'y avait jointure ni os dans
son corps qui ne fût plein d'amour. Et quand il en trouva occasion, il
lui ouvrit aussitôt son cœur, et lui déclara l'amour qu'il avait pour elle.
Et alors elle lui répondit et lui dit que l'amour qu'elle avait pour lui était
dix fois plus grand que tout l'amour qu'il avait pour elle. Et lorsqu'ils
trouvèrent pour la première fois occasion et temps à partir de ce jour-là,
ils montrèrent en s'unissant que de chaque côté leur amour était plus
grand que tout. En vérité il avait négligé de garder dans sa mémoire et
d'observer les conseils d'Amie. Il n'eut pas avantage à les oublier.
Cependant il ne désespéra pas. mais il pensa que sa sainteté ne défendit
pas David du péché ni sa sagesse Salomon, hommes que Dieu, dans
l'Écriture, montre en perpétuel témoignage.
Alors le comte Ardric qui se réjouissait de voir peine et mal sur cha-
cun, et qui se peinait de voir ses compagnons chevaliers obtenir gloire
et honneur, parla à Amlyn ainsi : Comment ne sais-tu pas, seigneur
comte, qu'Amie ton compagnon a si bien trompé et volé le roi qu'il ne
peut jamais plus le revoir ? Et pour cela, faisons toi et moi une amitié
par serment et foi sur les reliques et jurons que dans cette amitié nous
nous garderons affection et fidélité à partir d'aujourd'hui. Et après qu'ils
se furent unis de cette façon, Amlyn se confia à lui au point de lui con-
fesser l'histoire et l'intrigue qui existait entre lui et la fille du roi.
Et comme un jour Amlyn était à donner de l'eau pour se laver au
roi, ce traître trompeur d'Ardric parla au roi de cette façon : Seigneur
roi, n'accepte pas service au monde du traître Amlyn qui a fait
220 Kedymdeithyas Amlyn ac Amie.
ôrth y brenhin yny mod h6nn. Nachymer argl6yd vrenhin wassanaeth or
byt ygan amlyn vradôr. yg6r awnaeth kewilyd itt ac yth teyrnas agô-
neuthur dy vnverch o vorwyn yn wreic. Ac yna y kymerth amlyn kewi-
lyd ma6r. ac ovyn yngymeint ac na allei dywedut. a syrthyaô rac bra6
awnaeth. Ag6edy yr brenhin trugara6c gôelet hynny ygyuodi awnaeth.
ac erchi idaô'yn wra6l ymdiheura6 os gallei. adangos y vot yn wirion.
A g6edy y gyuodi y dywa6t 6rth y brenhin. Y trugarockaf or bren-
hined y g6r yssyd gynnefodic ganthaô dileu enwired a chanmaôl kywir-
deb. y g6r ny ellir y drossi y 6rth gywirdeb. nac yr ovyn nac yr karu
nac yr gobyr nac yr g6erth. mi aadolygaf yth enryded di na chretych
ymadrodyon ardric brad6r. namyn gat ym oet y aros vygkynghor ual y
gallwyf ym gadarnhau rac dy vromz di y dangos gôirioned dr6y rodi vyng-
corffyny erbyn. adangos y vot yn gelwyda6c ynggwyd dylys athgyn-
ghor di. Ac oedi aoruc y brenhin. Ac erchi udunt erbyn pryt na6n
drannoeth dangos p6y a uei ar yr ia6n. Yd oed ygyt ac ardric herbet
iarll yny gaflmaôl. Ac yna tristau yn ua6r aoruc amlyn rac hyt yd oed
amie y gyueillt yn trigiaô. y g6r y kaffei ef gynghor y ganthaô ympob
govit. Agôedy gwelet o ildegart vrenhines nat oed neb aymyrrei ygyt
ac ef. dyuot awnaeth att y brenhin. ac erchi ida6 oet dyd teruynedic y
amlyn y aros (col. 1098) y gynghor. ac ony bei bara6t ynyr oet teruy-
nedic 6rth weledigaeth y brenhin ae gynghor. na chaffei hi vyth dyuot
y vn gwely ar brenhin ohynny allan. ae hadolôyn a gauas hi ynllawen.
ac yna y kerda6d amlyn yn diannot racdaô y geissyaô y gynghor. ac
megys yd oed ynkerdet. nachaf amie ae gedymdeithyon ynkyuaruot ac
ef. ac yn mynet parth allys y brenhin. Ac ual y gwelas amlyn ef. dis-
gynnu awnaeth. a gost6ng ar benn y lin ac erchi na6d ida6 athrugared.
adatkanu or dechreu hyt y diwed y gyfrangk pawed y daroed idaô yn
erbyn y gynghor ef traethu merch y brenhin. a phawed yd oed dyd
teruynedic y ryngthunt tr6y eirya61 y vrenhines. ac yna tr6y v6r6
uchenedyeu praff. a gell6ng dagreuoed hidleit yd erchis amlyn idaô
vynet ygyt ac ef yr coet yr oedynt yn seuyll yny ymyl. ac ada6 yno eu
kedymdeithyon. A g6edy eu dyuot yno y dirgelôch y coet. y gerydu
yn va6r awnaeth amie am ysgaelussaô y gynghor. ac erchi awnaeth
idaô newidyaô gôisc a mardi ac ef ual y gallei ef yn gyntaf peth mynet
tu ae lys ef att y wreic briaôt. Ac ynteu aaei parth allys y brenhin y gyn-
hal oet y dyd aoed y ymlad rôg amlyn ac ardric iarll. a thrôy nerth duô
y oruot. Ac yna y dywaôt amlyn ual hynn. Y kywiraf or kedymdei-
L'amitié d'Amis et d'Amiles. 221
opprobre à toi et à ton royaume et qui a fait ta fille femme de pucelle.
Et alors Amlyn prit grand'honte et peur au point qu'il ne pouvait parler,
et il tomba de terreur. Et quand le prince compatissant vit cela, il le fit
se relever et l'invita à se défendre courageusement s'il le pouvait et à
montrer qu'il était loyal. Et après s'être relevé il dit au roi : 0 le plus
compatissant des rois, toi qui as accoutumé de détruire l'iniquité et de
récompenser la justice, toi qu'on ne peut détourner de la justice, ni par
crainte, ni par affection, ni par présents, ni par argent, j'en prie ta sei-
gneurie, ne crois pas les paroles d'Ardric le traître, mais donne-moi
temps pour attendre mon conseil, pour que je puisse me fortifier devant
toi et montrer la vérité en offrant mon corps contre lui et montrer qu'il
est un menteur en face de ta cour et de ton conseil. Et le roi mit un
délai, et il les invita à montrer l'après-midi du lendemain qui des deux
était dans son droit.
Ardric avait le comte Herbet comme répondant. Et alors Amlyn s'at-
trista grandement de ce qu'Amie son compagnon demeurait absent, celui
dont il obtenait conseil en toute peine. Et comme la reine Hildegarde
voyait qu'il n'avait personne qui s'entremît avec lui, elle alla trouver le
roi et lui demanda de laisser à Amlyn délai et terme pour obtenir son
conseil, et que s'il n'était pas prêt dans le délai fixé à paraître devant le
roi et son conseil, elle n'irait plus dans le lit du roi à partir de ce jour.
Elle obtint sa prière et en fut joyeuse ; et alors Amlyn alla sans tarder
devant lui pour chercher son conseil.
Et comme il était en chemin, voilà qu'il rencontre Amie et ses compa-
gnons qui allaient du côté de la cour du roi. Et comme Amlyn le vit, il
descendit de cheval, se jeta à genoux et lui demanda pardon et pitié, et
il lui raconta son affaire du commencement jusqu'à la fin, comment il
lui était advenu contre son conseil d'agir avec la fille du roi, et comment
un délai leur avait été fixé par l'intercession de la reine. Et alors en
poussant de profonds sanglots et en versant des larmes abondantes,
Amlyn le pria de venir avec lui dans le bois sur la lisière duquel ils se
trouvaient, et de laisser là leurs compagnons. Et après qu'ils furent venus
dans le secret du bois, Amie se mit à le réprimander grandement pour
avoir enfreint son conseil et il lui dit de changer avec lui de vêtements
et de cheval pour qu'il pût en premier lieu aller du côté de sa cour vers
sa femme. Et lui, il irait du côté de la cour du roi pour observer le
rendez-vous du jour marqué pour le combat entre Amlyn et le comte
Ardric et pour l'emporter par la grâce de Dieu. Et alors Amlyn parla
ainsi : 0 le plus fidèle des compagnons, comment irai-je à ta cour,
puisque ne me connaissent ni ta femme ni personne de ta cour ? Va devant
222 Kedymdeithyas Amlyn ac Amie.
thyon. pa ansa6d ydafi yth lys di o herwyd nam hatwaen dy wreic na
neb oniuer dy lys. Dos ragot heb yr amie, ac amovyn am vyng gwreic
am tylôyth. athi ageffy gyfarwydyt yn ha6d. acheis ymoglyt yn gywir
na wnelych gewilyd ym am vyng gwreic. Ac yna yd ymwahanyssant.
amieparîh allys y brenhin ynrith amlyn. ac amlyn tu allys amie yn rith
amie. (col. 1099) Aphan doeth amlyn tu allys amie, dyuot awnaeth y
wreic yny erbyn dr6y diruaôr lewenyd. athebygu y mae y g6r pria6t
oed amyn/zv mynet dwylaô mynôgyl ida6. ac yd erchis ef yr arglôydes
nas kussanei. oherwyd nat oed hyfryt ganthaw yuedôl am adatkanyssit
ida6 ar yfford. Ac yr hynny erchi aoruc hi ida6 ef bot ynhyfryt. oher-
wyd bot yn hyspys genthi y deuei dibendaôt da or chwedyl h6nn6. Ar
nos honno yd aethant y gysgu yr vn g6ely. ac ual y doethant yr gôely.
ydodes ef ygledyf yn noeth y ryngthaô ef a hi. a dywedut 6rthi. o nes-
saei hi atta6 ef yn nés no hynny ylladei yphenn. Ac uelly y buant beu-
noeth yny doeth kennat amie yn dirybud nossweith attunt yr ystauell.
y edrych pawed yd oedynt yn kad6 kywirdeb ac ef am y wreic. Chwed-
yl amie ynteu ortu arall vu ydyuot yn rith amlyn parth allys y brenhin.
erbyn yr oet teruynedic aoed y rydaô ac ardric. a diruaôr lewenyd agy-
merth y vrenhines pan y gwelas. Ac yna ydoeth ardric guhud6r att y
brenhin ac y dywa6t na dylyei y vrenhines vyth dyuot y vn wely ar
brenhin am duuna6 ohonei ac amlyn am y merch. Ac yna y dywa6t
amlyn 6rth y brenhin yny mod h6nn. Y kyfya6naf or brenhined yg6r
yssyd gynneuodic ganthaô ost6ng enwired kedyrn. a nerthau a chan-
ma61 kywirdeb tlodyon. mi adangossaf ythenryded di vymot i hedi6
ynbara6t dr6y nerth du6 y dangos bot ardric yn d6yll6r kelwyda6c.
ambot i arurenhines ae merch yn wirion a hynny tr6y ymlad ac ef. Ac
yna y dywaôt y brenhin trugara6c ual hynn. argl6yd iarll heb ef byd
lawen kanys os budugolyaeth aryd du6 ytti. or g6r racko ual y mae
tebic gennyfi. Mi arodaf belisent vy merch ynbria6t itt. athywyssogaeth
byrgôynn (col. 1100) ygyt ahi. Ar bore drannoeth y gôisgassant ym-
danunt arueu tr6m estronaôl. Ac y doethant raedunt yr maes. yng g6yd
brenhin ffreinc. a 116yrwys y holl deyrnas o veibyon g6yrda a rianed. y
edrych ar yr ymlad. Ar bore ydyd h6nn6 yd aeth y vrenhines hi aria-
ned y deyrnas y vanachlogoed ac eglôysseu. y adol6yn ydu6 ar seint
dr6y len6i yr alloryeu o offrymeu abreinya61 rodyon yr bot yn nerth y
amlyn iarll. a g6edy y amie g6ybot yn hyspys bot y marchaéc yn bara6t
L'amitié d'Amis et d'Amiles. 223
toi, dit Amie, et demande ma femme et mes gens, et tu feras aisément
l'expérience, et cherche à éviter sincèrement à ne pas me faire d'op-
probre relativement à ma femme. Et alors ils se séparèrent, Amie du
côté de la cour du roi sous la forme d'Amlyn, et Amlyn vers la cour
d'Amie sous la forme d'Amie.
Et quand Amlyn arriva vers la cour d'Amie, sa femme vint à sa ren-
contre avec une très grande joie, et elle pensait que c'était son mari et
elle voulait l'embrasser. Et il pria la dame de ne pas l'embrasser, parce
que son esprit n'était pas joyeux de ce qu'on lui avait appris sur le che-
min. Et elle lui dit d'être joyeux parce qu'il était clair pour elle qu'il
arriverait bonne fin de cette affaire. Et cette nuit-là ils allèrent coucher
dans un même lit, et comme ils allèrent au lit il mit son épée nue entre
lui et elle, et il lui dit que s'il s'approchait d'elle plus près que cela, il
lui couperait la tête. Et ainsi étaient-ils chaque nuit lorsque vint un mes-
sager d'Amie d'une façon inattendue une nuit dans la chambre pour
savoir comment il lui gardait fidélité relativement à sa femme.
L'histoire d'Amie de l'autre côté fut d'aller sous la forme d'Amlyn vers
la cour du roi au temps fixé comme terme entre lui et Ardric. Et très
grande joie eut la reine quand elle le vit. Et alors le traître Ardric alla
vers le roi et lui dit que la reine ne devait plus jamais aller dans un
même lit que le roi, parce qu'elle s'était entendue avec Amlyn au sujet de
sa fille. Et alors Amlyn parla au roi de cette manière : O le plus juste
des rois, toi qui es accoutumé de briser l'injustice puissante, et de forti-
fier et d'élever l'honnêteté des malheureux, je montrerai à ta seigneurie
que je suis prêt aujourd'hui, par la grâce de Dieu, à montrer qu'Ardric est
un traître menteur, et que la reine et sa fille sont innocentes, et cela, en
me battant avec lui. Et alors le roi miséricordieux lui parla ainsi : Sei-
gneur comte, dit-il, sois joyeux, car si Dieu te donne la victoire sur cet
homme-là, comme il est vraisemblable pour moi, je te donnerai Belisent
ma fille en mariage, et la principauté de Bourgogne avec elle.
Et le lendemain matin ils revêtirent des armes lourdes et rares, et ils
allèrent dans la lice, en présence du roi et de l'assemblée de tout le
royaume formée de fils des gentilshommes et de dames pour assister au
combat. Et le matin de ce jour-là la reine et les dames du royaume
allèrent dans les monastères et les églises prier Dieu et les saints en
remplissant les autels d'offrandes et de dons royaux afin que cela fût une
force pour le comte Amlyn.
Et quand Amie sut clairement que le chevalier était prêt à combattre
avec lui, il se mit à réfléchir, et pensa ainsi dans son esprit : Malheur à
moi, dit-il, d'être si mauvais chrétien de désirer la mort de cet honnête
224 Kedymdeithyas Amlyn ac Amie.
y ymlad ac ef. medylyaô awnaeth. ac ymadraôd ac ef ehun yny ved61
val hynn. Gwae vyvi heb ef vy mot i yn gyndr6c cristaôn a chweny-
chu angheu y marcha6c g6irion racko. os myui ae llad ef. pawed ygall-
af ymwelet adu6 dyd bra6t. Os ynteu am llad ynheu. vy angklot a
gerda ardraôs y byt yn dragywyd. A g6edy y medôl h6nn6 y dywa6t
ef 6rth ardric iarll yny wed honn. arglwyd iarll heb ef. ysdr6c a gyn-
ghor y6 y ti chwenych vy angheu yn gymeint ac ydwyt : ath rodi ditheu
dy hunan ym perigyl angheu. namyn os vyndiheuraô i awney di val y
gelly ar vymperigyl i yn haôd or kelwyd a dywedy di. mi a vydaf gywir
gedymdeith yti tra v6yf vy6. Ac yna y dywaôt ardric y ennynedic o
lit achyffro 6rtha6 ual hynn. Nath gedymdeithyas nath garyat nys myn-
naf. namyn provi gôirioned arnat tr6y d6yn dy benn y ar dy gorff. ac
yna y tynga6d ardric ryweithredu o hona6 ef orth verch y brenhin. ac
y tynga6d ynteu bot yn gelwyd hynny. A gôedy hynny ymgyrchu aw-
naethant yn llidya6c ac yn awydus ar ymlad ar deu uarch. ac erbyn/z
pryt anterth or dyd. neur daroed y amie gael y uudugolyaeth dr6y lad
penn ardric. (col. 1101) Ac yna y bu drist y iarll am golli ardric. ac y
buwyt lawen o bop parth am dianc y mackwy arall. Ac yna y rodes y
brenhin y verch yn bria6t y amie yn rith amlyn. a llawer o dir a daear.
ac eur ac aryant ygyt a hi. achyuoeth tec arodes udunt yn normandi
arlann y mor. ar kastell teckaf. A g6edy goresgyn o hona6 y dir ae dae-
ar ae da. adolwyn kennyat yr brenhin awnaeth am wneuthur y neith-
ya6r a chysgu gyt ae wreic yny wypei agaffei vn chwedyl ovy6n y
vlwydyn honno y 6rth amie y gedymdeith. a channyat a gauas yn lia—
wen y gan y brenhin ae gynghor. Ac yna yndiannot y kerdawd racdaô
aniuer ma6r y gyt ac ef arbennic y ymwelet ac amlyn. A phan y gôelas
amlyn ef yn dyuot ar niuer h6nn6 ygyt ac ef. ffo awnaeth o tebygu
daruot llad amie, a brathu march aovue amie yny ol. ac erchi ida6 na
ffoei o herwyd ida6 ef kaffel y vudugolyaeth o ardric iarll. achael merch
y brenhin yn briaôt ida6 ynteu. Ac yna y doeth amlyn atta6 dr6y
dirua6r lewenyd. adiol6ch y amie y lauur ae gywirdeb. ac aaeth parth
allys brenhin ffreinc. Ac yna y parattoet neithyaôr vrenhina61. ac y
presswyla6d gyt ae wreic yny kastell yn normandi ar lann y mor.
agweithyeu ereill yn aluern yny gyuoeth ehun. A g6edy yspeit hir o
amser. yd anuones du6 keing o glafri ar amie megys na allei gyfodi or
gwely. kanys y mab agaro du6 ef aenvyn du6 trallaôt agovit arna6. Ac
ohynny allan kyn gasset vu gan obias y wreic ef ac na mynnei gwelet
golôc arna6 yr da y byt. Ac yn vynych keissyaô aônaei y dagu. ac yna
L'amitié d'Amis et d'Amiles. 22 s
chevalier! Si c'est moi qui le tue, de quelle façon pourrai-je me rencon-
trer avec Dieu le jour du jugement ? Et si c'est lui qui me tue, mon
déshonneur se répandra par le monde pour toujours. Et après cette
réflexion il parla ainsi au comte Ardric : Il est mal que tu aies le dessein
de désirer ma mort au point où tu la désires, et de te mettre toi-même
en péril de mort : car si tu veux m'innocenter, comme tu le peux aisé-
ment dans mon danger, du mensonge que tu dis, je te serai compagnon
fidèle tant que je vivrai. Et alors Ardric, enflammé de colère et d'émo-
tion, lui dit ainsi : Ni ton compagnonnage ni ton amitié je ne désire,
mais prouver la vérité contre toi en séparant ta tête de ton corps.
Et alors Ardric jura qu'il avait abusé de la fille du roi, et celui-ci jura
que c'était un mensonge. Et alors ils s'élancèrent avec colère et impé-
tuosité au combat sur leurs deux chevaux, et vers la troisième heure du
jour, Amie obtint la victoire en coupant la tête d'Ardric.
Et alors le comte fut triste de perdre Ardric, et on fut joyeux de toute
part devoir échapper l'autre jeune homme. Et alors le roi donna sa fille
en mariage à Amie sous la forme d'Amlyn, avec beaucoup de terres et
de pays, et de l'or et de l'argent. Et il leur donna un beau territoire en
Normandie sur le bord de la mer, et le plus beau château. Et après avoir
conquis le pays, la terre et les biens, il demanda au roi congé pour faire
la noce et coucher avec sa femme, jusqu'à ce qu'il sût s'il pouvait avoir
nouvelle en cette année d'Amie son compagnon, et le roi lui donna
joyeusement congé et conseil. Et il partit sans tarder, et avec lui une
troupe nombreuse et choisie, pour aller voir Amlyn. Et quand Amlyn le
vit venir avec un si grand nombre avec lui, il se mit à fuir pensant
qu'Amie avait été tué, et Amie se mit à éperonner son cheval après lui
et à lui dire de ne pas fuir, puisqu'il avait obtenu la victoire sur le comte
Ardric, et qu'il lui avait obtenu la fille du roi en mariage. Et alors
Amlyn vint vers lui avec une grande joie, et il remercia Amie pour son
dévouement et sa fidélité et il se dirigea vers la cour du roi de France.
Et alors fut faite la noce royale, et il s'établit avec sa femme en Nor-
mandie sur le bord de la mer et d'autres fois en Alvern dans ses pos-
sessions.
Et après un long espace de temps, Dieu envoya une attaque de lèpre
sur Amie, de sorte qu'il ne pouvait plus se lever de son lit. Car l'homme
que Dieu aime, Dieu lui envoie peine et tribulation. Et à partir de ce
moment il fut tellement haï d'Obias sa femme qu'elle ne voulait plus jeter
un regard sur lui pour tous les biens du monde, et souvent elle cherchait
à l'étrangler. Et alors il appela vers lui Aron et Onvur ses serviteurs, et
il leur demanda pour l'amour de Dieu de l'emmener de là loin de la dia-
226 Kedymdeithyas Amlyn ac Amie,
y gelwis ef atta6 aron ac onvur y weissyon. ac erchi udunt yr du6 y
landwyaô ef odyno y 6rth (col. 1102) y dia61es aoed wreic ida6. a
chymryt yndi arwybot y ffiol arodassei y pab ida6 ae d6yn parth achas-
tell berigan yny lie y dylyei ef vot yn arglwyd. A phandoethant ac ef
dr6y diruaôr lauur parth ar kastell y kyfaruu niuer ac 6y odieithyr y
kastell. a govyn awnaethant udunt p6y y claf ydoedynt yny doyn
tu ar kastell. Sef y dywedassant 6ynteu y mae amie eu harglôyd yd
oedynt yny arwein tu ar kastell y geissyaô eu trugared am gaffel
lletty ida6 yr du6. A g6edy clybot yr ymadrodyon hynny or tylwyth
aoed wyr ida6. ac adylyynt vot yn uvyd ida6. maedu y g6eissyon
awnaethant yn greulaôn. ae v6r6 ynteu yn amharchus yr lla6r or
kerbyt yd oed ynda6. ac erchi yr gôeissyon ual y kerynt eu hoedyl
ada6 y kyfoeth ae deruyneu kyntaf ac y gellynt. neu 6ynteu a
vynnynt var6 yn diannot. Ac yna yd wyla6d amie, ac y dywaôt. Du6
hollgyuoethaôc dat. y g6r yssyd pria6t ida6 bot yndrugaraôc. a chytdo-
luryaô aphob govidyus. gwna vn o deupeth ami. ae rodi anghev ym
dr6y drugared ym heneit. ae trugarhau 6rthyf oford arall tr6y vyndio-
vudyaô. Ac yna y dywa6t ef 6rth y weissyon ac yderchis udunt yr
du6 y arwein ef tu aruvein y geissyaô nerth a chyngor ygan y gôr da
aoed bab ac ae bedydiassei ' ef. A phann doeth y ruvein y bu lawen kus-
tennin ar marchogyon o lys ruuein ae dalyassynt 6rth vedyd. tr6y rodi
tr6ydetida6 ae weissyon o v6yt adiaôt adillat yn llawen. A g6edy y vot
yno teir blyned ynyr ansaôd esmwythaf aallei. Ac yna ydoeth drycvyt
anewyn yngymmeint ynggwlat ruuein. ac nat hanbôyllei y tat or mab
nar uam or (col. 1103) verch rac newyn athlodi. Ac yna y dywaôt
aron ac onvur 6rtha6. arglwyd hyspys y g6dost ti yr pan vu uar6 dy dat
hyt hedi6. nac yr ryuel nac yr hedôch yr a vu arnam oovut na phallys-
sam ni yti obop ufylldaôt agwassanaeth or aallassam. weithyon argl-
6yd. kymeint y6 y newyn ar noethi arnam ac na allôn drigyaô ygyt a
thi. a ninheu a ffo6n rac y uarwolyaeth honn parth ar lie y kaffom v6yt
adiaôt y gynnal yn heneidyeu. Ac yna y disgyrmaôd ryuerthin owylaô
ar amie, ac y dywa6t 6rthunt ual hynn. Arglôydi gedymdeithyon heb ef
y g6yr yssyd ia6nach ymi eugal6 yndateu im noc yn weissyon. yr y
llafura ga6ssa6ch 6rthyfi. ac yr du6 y g6r yssyd baraôt ydalu y ba6p y
weithret da. adolwyn y6 gennyf y6ch nam adawoch yma yn vnic. namyn
vy arwein parth allys amlyn iarll. athrugarhau awnaethant 6rtha6. ae
i. Ms. bedyassei
L'amitié d'Amis et d'Amiles. 227
blesse qu'il avait pour femme, et de prendre avec lui comme signe la
coupe que lui avait donnée le pape et de le mener du côté du château de
Berigan où il devait être le seigneur. Et quand ils vinrent avec lui à
grand'peine vers le château, ils rencontrèrent une troupe en dehors du
château qui leur demanda qui était le malade qu'ils portaient vers le châ-
teau. Et ils répondirent que c'était Amie leur seigneur qu'ils conduisaient
vers le château, pour demander à leur compassion de lui donner logis
pour l'amour de Dieu. Et alors cette troupe qui était ses gens et qui
devait lui être obéissante, après avoir entendu ces paroles, se mit à mal-
traiter cruellement ses serviteurs, et à le jeter lui-même sans respect en
bas du chariot où il était. Et ils dirent aux serviteurs de quitter, s'ils
tenaient à leur vie, le pays et ses frontières le plus tôt qu'ils le pourraient,
à moins qu'ils ne voulussent mourir sans tarder.
Alors Amie pleura, et il dit : Dieu, Père tout-puissant, toi qui as pour
essence d'être miséricordieux et compatissant pour tout être qui souffre,
accorde-moi une de ces deux choses, de me donner la mort en ayant
pitié de mon âme, ou d'avoir pitié de moi d'une autre façon en mettant
fin à mes souffrances. Et alors il s'adressa à ses serviteurs et il les pria
pour l'amour de Dieu de le mener vers Rome pour chercher force et
conseil du noble homme qui était pape et qui l'avait baptisé. Et quand il
vint à Rome, Constantin fut joyeux, et aussi les chevaliers de la cour de
Rome qui l'avaient tenu au baptême, et il donna joyeusement à lui et à
ses serviteurs toute franchise de vivres, de boissons et de vêtements.
Et après qu'ils étaient restés là trois ans, dans l'état le plus tranquille
qu'il se pouvait, il arriva disette et famine dans le pays de Rome au
point que ni le père ne s'occupait de son fils, ni la mère de sa fille, à
cause de la famine et de la misère. Et alors Aron et Onvur lui dirent :
Seigneur, tu sais clairement que depuis que ton père est mort jusqu'à
aujourd'hui, ni en guerre, ni en paix, pour toute la peine que nous avons
eue, nous ne t'avons manqué en toute obéissance et en tout service que
nous pouvions. Maintenant, seigneur, la famine et le besoin nous pres-
sent tellement que nous ne pouvons plus rester avec toi. Et nous nous
enfuyons de cette mortalité vers quelque endroit où nous trouverons à
manger et à boire pour soutenir nos vies. Alors Amie laissa couler un
torrent de larmes et il leur parla comme suit : Seigneurs compagnons,
dit-il, vous qu'il serait plus facile à moi d'appeler des pères que des ser-
viteurs, pour la peine que vous avez prise avec moi, pour l'amour de
Dieu qui est prêt à payer à chacun ses bonnes œuvres, je vous supplie
que vous ne m'abandonniez pas ici seul, mais me conduisiez du côté de
228 Kcdymdeithyas Amlyn ac Amie.
Iand6ya6 parth allys amlyn. A phan doethant yr porth. ffustaô eu clap-
peu awnaethant ual y g6naei gleivyon or clevyt gwahan. Ac ual y
kigleu amlyn 6ynt yny porth. erchi aoruc y vn or yssweinyeit. d6yn
b6yt yr cleivyon. a llenwi y ffiol aahvei amlyn ruuein org6ingoreu aoed
yny llys ae d6yn udunt. a phandoeth yr ysswein yr porth. ytynnaôd y
claf oe yscrap yffiol ynteu. a oed debic y ffiol yr iarll y erbynyeit y diaôt
yndi. Aphan doeth yr ysswein yr neuad att yr arglwyd. ac y dywaôt.
Arglvvyd heb ef. myn y kiwirdeb a dyngeis i ytt pa ny bei vot ym lla6 i.
ruuein dy ffiol di. mi adyng6n yr holl seint mae hi yssyd ynllaô rclaf yn
y porth oherwyd nat oes yn vy6 un dyn awypo gôahan y ryngthuwt
(col. 1104) nac o veint nac oli6. Ac yna yd erchis amlyn yr ysswein
mynet yn ol y claf ae d6yn attaô ef. A phan doeth. govyn awnaeth yr
iarll ida6 oba le pan hanoed. a ph6y oed. a pha le y ka6ssei y ffiol. ac
yna y dywa6t yntev y hanvot o gastell berigan ynyr almaen. arodi o
gustennin bab ida6 y ffiol pan y bedydyassei. am hen6 pria6t y6 amie,
ac yna yd adnabu amlyn y mae ef oed yg6r aathoed ymperigyl angheu
drosta6. ac a baryssei ida6 gael merch y vrenhin ffreincynbriaôt. amy-
net aoruc d6yla6 myn6gyl ida6 dirua6r lewenyd. Ac ot oed lawen
amlyn wrtha6. seith lawenach pei gallei oed yr arglôydes. tr6y oll6ng y
dagreu olewenyd. ad6yn ar gof awnaethant py enryded py urdas aw-
nathoed udunt. Ac wedy wylya6 llawer o lewenyd o bop parth. ag6-
neuthur g6ely brenhina61 ida6 yn vn ystauell ac ef aorugant. ae wahaôd
dr6y garyat awnaethant ida6 y gymryt kystal tra vei vy6 o v6yt adiaôt
adillat dr6y barch ac enryded a charyat ef ar niuer a vynnei y gyt ac
ef. ar llys ar kyvoeth 6rth y ewyllys. Ac yno y trigya6d ef ae devwas.
A megys ydoed nosweith ef ar iarll yn kysgu yn yr vn gwely. ar argl-
ôydes g6edy mynet yr eglôys. yd anuones du6 raphael aghel yal6 ar
amie, ac y dywedut 6rtha6 ual hynn. amie awyt ti yn kysgu. Sef aw-
naeth ynteu. tebygu y mae amlyn aoed yngal6 arnaô. adywedut nac
6yf argl6yd gyfeillt heb ef. Ia6n heb yr angel y g6rthebeist o herwyd
y du6 dy wneuthur yngyfeillt yr engylyon or nef. ac yn eil iob a thobi
odef y amynedus b6yllic o honat tralla6t agovit. angel ydu6 6yfi yr h6nn
aelwir raphael yndyuot y dangos medeginyaeth itt or clefyt yssyd arnat.
kanys y mae du6 yn trugarhau 6rthyt tr6y dy (col. 1105) wedieu
kyfya6n. Arch ditheu y gennyfi oblegyt du6 y amlyn llad y deu uab. ac
a gwaet y veibyon dy olchi di. ac uelly ti a geffy iechyt. Ac yna y
dywa6t amie 6rth yr angel. Nyt ef awnel du6 llad or iarll y veibyon yr
L'amitié d'Amis et cFAmiles. 229
la cour du comte Amlyn. Et ils eurent pitié de lui, et ils le menèrent
vers la cour d'Amlyn.
Et quand ils arrivèrent à la porte, ils se mirent à frapper leurs clap-
pettes, comme font les malades de la lèpre. Et comme Amlyn les enten-
dit à la porte, il dit à un de ses serviteurs de porter de la nourriture
aux malades, et de remplir du meilleur vin qui était dans la maison la
coupe qu'Amlyn appelait la Romaine, et de la leur porter. Et quand le
page vint à la porte, le malade tira sa coupe de sa besace. Et semblable
était la coupe du comte dans laquelle on lui offrait à boire. Et quand le
page revint dans la salle vers son seigneur, il lui dit : Seigneur, dit-il,
par la fidélité que je t'ai jurée, si je n'avais dans ma main ta coupe
romaine, je jurerais par tous les saints que c'est celle qui est entre les
mains du lépreux à la porte ; car il n'y a personne en vie qui saurait la
différence entre elles ni pour la grandeur ni pour la couleur.
Alors Amlyn dit au page d'aller vers le lépreux et de le lui amener. Et
quand il vint, le comte lui demanda d'où il était originaire et qui il était
et où il avait eu la coupe. Et alors il dit qu'il était originaire du château
de Berigan en Allemagne et que le pape Constantin lui avait donné la
coupe quand il l'avait baptisé et que son propre nom était Amie. Et alors
Amlyn reconnut que c'était celui qui avait été en danger de mort pour
lui, et qui lui avait fait obtenir la fille du roi de France pour femme, et
il l'embrassa avec une grande joie. Et si Amlyn était joyeux de cela, plus
joyeuse s'il était possible était la dame qui versait des larmes de joie, et
ils se remémorèrent de quels honneurs et de quelles dignités ils avaient
été l'objet. Et après qu'on eut pleuré beaucoup de joie des deux côtés, ils
lui firent faire un lit royal dans la même chambre qu'eux, et ils l'invi-
tèrent avec affection à prendre, tant qu'il serait en vie, vivre, boire et
vêtement par respect, honneur et affection, lui et tous ceux qu'il voudrait
avoir avec lui ; et la cour et le pays étaient à sa volonté. Et là il resta
lui et ses deux serviteurs.
Et comme ils étaient une nuit, lui et le comte, couchés dans un même
lit (et la dame était allée à l'église), Dieu envoya l'ange Raphaël pour
appeler Amie et il lui parla ainsi : Amie, dors- tu? Il pensa que c'était
Amlyn qui l'appelait, et il répondit : Non, seigneur ami, dit-il. Tu as
bien répondu, dit l'ange, car Dieu te fait l'ami des anges du ciel, et un
second Job et un second Tobie par le courage sérieux avec lequel tu
supportes peine et tribulation. Je suis l'ange de Dieu qui s'appelle Raphaël
et je viens pour t'indiquer un remède à la maladie qui est sur toi, parce
que Dieu prend pitié de toi par tes justes prières. Demande de par moi
au nom de Dieu à Amlyn de tuer ses deux fils, et de te laver de leur
Rev. Celt. IV t6
230 Kedymdeithyas Amlyn ac Amie.
iechyt ym corff i. Ac yna y dywaôt yr angel. Reit y6 heb ef wneuthur yr
hynn y mae du6 yny orchymyn. Ac ar hynny y diflanna6d yr angel. Amlyn
iarll hagen a oed yn clybot yr ymadrodyon megys trôy y hun. a chymryt
ovyn ma6r awnaeth. a gofyn y amie p6y ary uuassei yn ymdidan ac ef.
Arglwyd heb ef ny bu neb. namyn mi yn g\vedia6. ac yn ymbil adu6 dros
vympechodeu. Nac ef yrof a du6 heb yr iarll ef a vu ry6 beth yn ymdidan
athi. ac yn gyflym kyuodi aoruc yr iarll. yedrych adaroed y neb egori
yr ystauell. A g6edy kaffel yr ystauell yn gaeat. yna yd erchis yr iarll
ida6 yr y gedymdeithyas ar karyat aoed y ryngthunt dywedut ida6 p6y
a vuassei yn ymdidan ac ef. Ac yna y disgynnaôd ryuerthin o wylaô ar
amie, a dywedut 6rth yr iarll yny mod h6nn. arglôyd heb ef nyt oes
dim anhaôs gennyf noe dywedut itt. kanys os dywedaf itt. mi a6nn na
chaf na charyat na chedymdeithyas y gennyt vyth ohynny allan. Dygaf
ydu6 vyng kyffes heb yr iarll beth bynnac a dywettych na digyaf 6rthyt
m6y no chynt. — Raphaël angel arglôyd heb ef oblegyt du6 adoeth
attaf y erchi ymi péri itti llad dy deu uab. ac agwaet dy veibyon vyng
golchi ynheu. a dywedut y kaffôn waret or clevyt yssyd arnaf or fford
honno. A gôedy clybot or iarll yr ymadraôd h6nn6. Ilidia6 yn vaôr
aoruc. a dywedut 6rth amie. Amie heb ef pan daethost attafi dr6y dir-
ua6r lewenyd yth erbynneis. vi am gôreic am niuer. ac yr hynny hyt
hedi6. (col. 1106) vyntyhvyth amda auu gynbarottet itt ac y minneu
dr6y enryded a pharch a charyat. cam awnaut ti bot yn gymeint dy
greulonder ath ennwired di yn glaf gwahan ual ydôyt. ac ystya6 dr6y
dy gehvyd keissya6 llad vym meibyon. athalu dr6c im dros vyn da am
enryded itt. Ac yna tr6y wyla6 y dywa6t amie. Arglôyd heb ef medylya
y mae vyngkymell awnaethost i dyôedut hynn itt. Ac 6rth hynny yr
du6 ac yr dy uoned yd archaf itt nadickyych 6rthyf yn gymeint am
gyrru oth lys. oherwyd ny 6nn pa le yd af om gyrry. ac na cheissyaf
vinheu ohediô allan vyth yth lys dym amgen noc y reidus arall. Na
yrraf yrofi adu6 heb yr iarll tra vych vy6 kymeint ac aedeweis i
yti mi ae kywiraf. namyn erchi awnaf itt yr y vra6doryaeth ysprydaôl '
yssyd y rom. ac yr yffyd yssyd itt 6rth du6 dywedut ymi yn digel-
wyd a vu ohir dyuot yr angel attat yny mod y dywedy di. arglôyd heb
yr amie herwyd ual ymae g6ir hynny y kaffôyf waret gan du6 ym
heneit. ac ym corff or cleuyt h6nn. Ac yna y disgynnaôd wylaô ar
i. It looks in the ms. like ysrrydaGl. — J. ?..
V amitié d'Amis et d'Amiles. 2 3 1
sang ; et ainsi tu obtiendras santé. Et alors Amie dit à l'ange : Dieu ne
fera pas tuer ses fils au comte pour ma santé à moi. Et l'ange lui répon-
dit : Il faut, dit-il, faire ce que Dieu t'ordonne. Et après cela l'ange
disparut.
Le comte Amlyn cependant entendait ces paroles comme dans un
rêve, et il prit grand'peur, et il demanda à Amie qui avait été en con-
versation avec lui. Seigneur, dit-il, il n'y avait que moi qui priais et
implorais Dieu pour mes péchés. Non ! par moi et par Dieu, dit le comte,
il y a eu quelqu'un à converser avec toi ; et aussitôt le comte se releva
pour voir s'il était arrivé à quelqu'un d'ouvrir la chambre. Et après avoir
vu que la chambre était fermée, le comte lui demanda pour l'affection et
l'amitié qui étaient entre eux de lui dire qui avait conversé avec lui. Et
alors Amie laissa couler un torrent de larmes, et il parla ainsi au comte :
Seigneur, dit-il, il n'est pas chose plus difficile à moi que de te le dire,
parce que si je te le dis, je sais que je n'aurai plus ni amitié ni affection
de toi à partir de ce moment. Je donne ma foi à Dieu, dit le comte, que,
quoi que tu dises, je ne t'en voudrai pas plus qu'auparavant. Seigneur,
dit-il, l'ange Raphaël par l'ordre de Dieu est venu vers moi pour me dire
de te faire tuer tes deux fils et de me laver de leur sang, et il a dit que
de cette manière j'obtiendrais guérison de la maladie que j'ai. Après
avoir entendu ce discours le comte s'irrita grandement et dit à Amie :
Amie, dit-il, quand tu es venu à moi, je t'ai reçu avec une grande allé-
gresse, moi, ma femme et mon monde. Et depuis ce temps jusqu'à
aujourd'hui mes gens et mes biens ont été à ton service aussi bien qu'au
mien par estime et par amitié. Tu as mal fait d'avoir tant de méchanceté
et de déloyauté, lépreux comme tu es, et de chercher par ton mensonge
à tuer mes fils et à me rendre le mal pour le bien et l'honneur que je
t'ai faits. Et alors Amie dit en pleurant : Seigneur, dit-il, pense que tu
m'as forcé à dire cela. Et après cela au nom de Dieu et de ta noblesse,
je te supplie de ne pas t'irriter contre moi au point de me chasser de ta
cour, parce que je ne saurai pas où aller si tu me chasses, et à partir de
ce jour je ne chercherai plus rien autre dans ta cour que les choses
nécessaires. Je ne te chasserai pas, par moi et par Dieu, tant que tu seras
vivant, autant fidèle que je me suis conservé à toi. Mais je te prie par la
fraternité spirituelle qui est entre nous et par la foi que tu as en Dieu,
de me dire sans détour si l'ange est bien venu à toi de la façon que tu
dis. Seigneur, dit Amie, comme ceci est vrai, j'obtiendrais de Dieu gué-
rison de cette maladie pour mon âme et pour mon corps. Et alors les
larmes coulèrent d'Amlyn, et il se mit à penser et à se parler à lui-même
ainsi : si celui-ci a été prêt à souffrir la mort pour moi. comment moi
2J2 Kedymdeithyas Amlyn ac Amie.
amlyn a medylya6 aoruc. adywedut 6rtha6 ehun ual hynn. Os y g6r racco
a vu baraôt y odef angheu drossofi. paham na ladaf vinheu vy meibyon
yr y garyat ef. Os ef a vu kynngywiret a chad6 116 ac aruoll. ae vot yn
baraôt y odef angheu drossofi. paham na bydaf inheu kyngywiret yny
gyueir ynteu. Medylyaô heuyt adylyafi yr vream benn ffyd kaffel clôt
tragywydaôl oachaôs y gywirdeb ae vfyllda6t y lad y vab o arch yr
angel. Medylyaô heuyt adylyafymae dr6y ffyd a chywirdeb herôyd y
dyweit yr yscruthur lan y kafas y seint teyrnas nef. Medylya6 heuyt a
dylyaf bot du6 yn yr yscruthur lan yn dywedut (col. 1 107) beth bynnac a
vynnych di y wneuthur oth gymydaôc it. gwna ditheu ida6 ynteu. A gwedy
medylyaô ohona6 y kywirdeb ar urdas awnathoed amie ida6 kyrchu
awnaeth parth ar gwely ydoed y veibyon yn kysgu yndaô. A dywedut
6rtha6 ehunan ual hynn. p6y a gigleu nac a welas eiryoet tat a ladei y
veibyon oe g6byl vod. 0 hedi6 allan ny ellir vyng gal6 yntat y6ch.
namyn yn vurn6r creulaôn. ac yn gynll6yn6r enwiraf or g6yr. A chan
dagreu eu tat yn wylaô y gwlychaôd eu dillat ac eu hwynebeu. a dyhu-
na6 awnaethant ac edrych yn wyneb eu tat. a chwerthin aoruc yrhynaf
onadunt. nyt oed v6y y oet no theirblôyd. arglôydi ueibyon a6ch6erthin
adrossir yn wylya. ac a6ch llewenyd yn dristit. o acha6s bot a6ch creu-
la6n dat yn baraôt ydangos y mae nessaf kymodaôc y6ch y6 angheu. ac
ar y geir h6nn6 llad eu penneu a6naeth. ac erbynneit ev gwaet ymyôn
ka6c o aryant aoruc. ac ada6 eu kyrff yny g6ely . a chy weirya6 dillat arnunt.
ynvnansaôd aphei beynt yn kysgu. a dyuot awnaeth racda6yn lie ydoed
amie, agolchi y holl gorff awnaeth o wartha y benn hyt yngwadneu y
draet. a dywedut ual hynn. Arglôyd iessu grist y g6r yssyd yn erchi y
bop dyn bot yn drugaraôc 6rth y gilyd. y g6r yssyd vedeginyaeth yr clei-
fyon. ae lleuuer yr deillyon. a llewenyd yr dynyon trist. yr dy dirua6r
drugared. lâcha amie vyng kywir gedymdeith or clevyt yssyd arna6. y
g6r ny russeis i ollông gwaet vymeibyon yr y garyat ef. Ac wedy y wedi
honno yn diannot y bu gyn iachet ef ac nat oed yn vy6 yn dyn a vei iachach
noc ef. ac yna y bu lewenyd (col. 1108) ma6r yny llys dr6y diol6ch y
du6 ny phalla vyth yr neb aobeithyo 6rtha6 dr6y gywirdeb. Ac arneit
g6isca6 gôisc vn ry6 a gôisc y iarll awnaethpôyt ymdanaô. a mynet
parth ar eglôys y diolôch y du6 wneuthur yrdunt beth kymeinta hynny.
ac nyt oed yn vy6 yn dyn awypei wahan y r6ng yr iarll ac amie rac eu
tebycket. A phan doethant parth ar egl6ys. y dechreuassant clych yr
egl6ys canu ehunein. Ag6edy clybot y chwedyl yny dref y doeth pob dyn
L'amitié d'Amis et d'Amiles. 2 5 5
ne tuerais-je pas mes fils par amitié pour lui ? S'il a été assez dévoué
pour garder sa parole et son serment et pour être prêt à souffrir la mort
pour moi, comment moi ne serais-je pas aussi dévoué à son égard ? Je
dois aussi considérer qu'Abraham, chef de la foi, a obtenu une gloire
immortelle par son dévouement et son obéissance à tuer son fils sur
l'ordre de l'ange. Je dois aussi penser que c'est par la foi et le dévoue-
ment, selon ce que dit l'Écriture sainte, que les saints ont obtenu le
royaume du ciel. Je dois aussi penser que Dieu dit dans l'Écriture sainte:
ce que tu désires que ton voisin te fasse, fais-le, toi, à lui-même. Et
après avoir pensé au dévouement et à l'honneur dont il était redevable à
Amie, il se dirigea vers le lit où dormaient ses fils. Et il se parla ainsi à
lui-même : Qui a jamais ouï ou vu un père qui tuât ses fils de son
plein gré ? A partir d'aujourd'hui on ne pourra plus m'appeler votre
père, mais votre cruel assassin, et un traître le plus perfide des hommes.
Et des larmes de leur père qui pleurait furent mouillés leurs vêtements
et leurs visages et ils se réveillèrent et ils regardèrent leur père en face :
et l'aîné d'entre eux se mit à rire ; il n'avait pas plus de trois ans. Sei-
gneur fils, votre rire se tournera en pleurs et votre joie en tristesse,
parce que votre cruel père est sur le point de montrer que votre plus
prochain voisin est la mort. Et sur cette parole il coupa leurs têtes et il
reçut leur sang dans un bassin d'argent. Et il laissa leurs corps dans le
lit, et il arrangea leurs vêtements de telle façon que s'ils étaient à dor-
mir. Et il alla à l'endroit où était Amie et il lava tout son corps depuis
le sommet de la tête jusqu'aux plantes des pieds, et il parla ainsi : Sei-
gneur Jésus-Christ, toi qui demandes à chaque homme d'être miséricor-
dieux envers son semblable, toi qui es le remède du malade et la lumière
des aveugles, et la joie de ceux qui sont tristes, au nom de ta très
grande miséricorde, guéris Amie mon sincère ami de la maladie qu'il a,
lui pour l'amitié duquel je n'ai pas hésité à verser le sang de mes fils.
Et à l'instant après cette prière il fut si bien guéri qu'il n'y avait pas
homme en vie qui fût plus sain que lui.
Et alors ce fut une grande joie dans la cour à remercier Dieu qui
n'éloigne jamais celui qui espère en lui avec sincérité. Et aussitôt on le
revêtit de vêtements de la même espèce que ceux du comte, et on alla
devers l'église pour remercier Dieu d'avoir tant fait pour eux. Et il
n'y avait pas homme en vie qui sût la différence entre le comte et Amie
à cause de leur ressemblance. Et quand ils vinrent à l'église, les cloches
de l'église se mirent à sonner d'elles-mêmes. Et après avoir entendu
cette histoire, chacun, dans l'endroit, qui le pouvait, allait à l'église
pour voir le miracle que Dieu avait fait pour le jeune homme. Et quand
234 Kedymdeithyas Amlyn ac Amie.
or aallei gerdet parth ar egl6ys. y edrych ar y gôynnyeith adaroed ydu6
y wneuthur yr y was. Aphan welas yr iarlles ylldeu yndyuot yr eglwys. ny
wydyat hi or byt p6y onadunt oed y g6r priaôt hi. Ac yna y dywaôt yr
iarll. miui y6 amlyn heb ef. allyma amie vyngkyfeillt gwedy kael gwaret
y gan du6. arglôyd heb hi yr y karyat yssyd y rof athi. dywet pa vod y
kaffat gôaret y amie, arglôydes heb ef diolch6n y du6 y g6r arodes gwaret
ida6. ac na cheissyôn ni wybot pa ansa6d vu hynny. A g6edy g6yla6
llawer or dyd. abot yn bryt b6yt. y v6yta yd aethant dr6y dirua6r
lewenyd. ag6aha6d pa6b or auynnei v6yt adia6t ac eur ac aryant
agôisgoed. a diruaôr lewenyd aoed yny neuad. a phei vôyhaf vei y
llewenyd awelei yr iarll. môyhaf y tristaei ynteu am angheu y veibyon.
Ac yna yd erchis y iarlles duhunaô y meibyon ac eu d6yn yr neuad.
Yna y dywa6t y iarll. arglôydes gat y meibyon y gyscu diga6n. ac ar y
geir h6nn6 aaei ef yr ystauell. ac awylei. Aphan doeth parth ar g6ely
yd oed y deu vab yn g6are. a chwerthin awnaethant ual y gôelsant
eu tat. achreith ar vynôgyl (col. 1109) pob un onadunt ual edeu
sidan coch yn tystolyaeth yr g6yrth awnaethoed du6 yr amie. Ac yna y
kymerth yr iarll y deu uab y r6ng y d6yla6. ac y duc 6ynt yr neuad
att eumam. Ac y dywaôt ualhynn 6rth yr iarlles. Byd lawen arglwydes
oachaôs gôneuthur o du6 beth kymeint y rom achyuodi an meibyon o
veirô. a ladyssôn i hediô y bore o arch raphael angel y olchi amie
vyrcg kyfeillt ac eu gôaet. ac ual y kigleu yr iarlles yr ymadraôd h6nn6.
kerydu yr iarll awnaeth hi yn yn v6y no meint dr6y oll6ng dagreu. am
nas rybudyassei hi y daly y kaôc y erbynnyeit gôaet y meibyon. ac
ual y gallei hi ae d6yla6 ehunan olchi amie. Arglôydes heb yr iarll oher-
wyd y du6 gôneuthur pyngkeu kymeint ahynn y rom ni nyt a pharableu
gwac y dylyem ni y diolôch y du6. namyn a gôeithredoed ffrwythlaôn
y dylyôn dalu y du6 am awnaeth hedi6 ac eiryoet yrom. Ac yna y rodas-
sant ovunet y du6 gwassanaethu du6 o weithredoed a diweirdeb o
hynny allan. ac uelly y g6naethant tra vuant vy6. ardyd y kafas amie
waret orclefyt aoed arna6 y bu uar6 obias y wreic o angeu deissyuyt.
dr6y y chymryt or diefyl ae dôyn y uffern yn gorfforaôl. Agôedy rifedi
bychan o dieuoed or amser h6nn5 y kerdaôt amie a llu ma6r ganthaô o
varchogyon a phedyt parth a chastell berigan. ac y bu yn ymlad ar kas-
tell yn y cafas. A gwedy kaffel y kastell a budugolyaeth ar y alon. y
rodes madeueint a chymmot y ba6p or avuassynt yny erbyn. ac erchi
L'amitié d'Amis et d'Amiles. 2 $ 5
la comtesse les vit tous deux venir à l'église, elle ne savait au monde
lequel des deux était son mari. Et alors le comte dit : c'est moi qui
suis Amlyn, dit-il, et voici Amie mon ami qui a obtenu guérison de Dieu.
Seigneur, dit-elle, par l'affection qu'il y a entre moi et toi, dis-moi de
quelle façon guérison a été obtenue à Amie. Dame, dit-il, remercions
Dieu qui lui a donné guérison, et ne cherchons pas à savoir de quelle
façon fut cela. Et après avoir passé une grande partie du jour en fêtes,
comme il était l'heure du repas, ils allèrent dîner en grande allégresse,
et on offrit à qui le voulait vivre, boire, or, argent et vêtements, et il y
avait grande joie dans la salle.
Et plus grande était la joie à laquelle assistait le comte, plus grande
était sa tristesse à cause de la mort de ses fils. Et alors la comtesse
demanda qu'on éveillât ses fils et qu'on les menât dans la salle. Alors le
comte dit : Dame, laisse les enfants dormir leur content. Et sur cette
parole il alla lui-même dans la chambre et il pleurait. Et quand il arriva
au lit, les deux enfants étaient à jouer, et ils se mirent à rire en voyant
leur père. Et autour du cou chacun d'eux avait comme un fil de soie
rouge en témoignage du miracle que Dieu avait fait à Amie. Et alors le
comte prit ses fils entre ses bras, et il les mena dans la salle vers leur
mère. Et il parla ainsi à la comtesse : Sois joyeuse, dame, de ce que
Dieu a fait pour nous au point de ressusciter nos enfants des morts. Je
les avais tués aujourd'hui ce matin par ordre de l'ange Raphaël pour
laver Amie mon ami de leur sang. Et comme la comtesse entendit ces
paroles, elle se mit à faire des reproches au comte plus que grandement
en versant des larmes de ce qu'il ne l'avait pas appelée pour tenir le
bassin où était reçu le sang de ses fils, et comme elle aurait pu elle-
même de ses mains laver Amie. Dame, dit le comte, puisque Dieu a fait
de si grandes choses pour nous, ce n'est pas avec de vaines paroles que
nous devons le remercier. Mais c'est par des actes efficaces que nous
devons payer à Dieu ce qu'il a fait pour nous aujourd'hui et toujours, et
alors ils firent vœu à DieU de le servir par leurs œuvres et leur chasteté
à partir de ce jour. Et ainsi firent-ils tant qu'ils furent en vie. Et le jour
qu'Amie obtint guérison de la maladie qu'il avait, Obias sa femme mou-
rut d'une mort soudaine : les diables la prirent et l'emportèrent corporel-
lement en enfer.
Et après un petit nombre de jours de ce temps-là, Amie, et avec lui
une grande armée de chevaliers et d'hommes à pied, marcha vers le
château de Berigan, et il combattit avec le château jusqu'à ce qu'il s'en
emparât. Et après avoir pris le château et obtenu la victoire sur ses
ennemis, il accorda pardon et paix à chacun de ceux qui avaient été
2^6 Kedymdeithyas Amlyn ac Amie.
aoruc y du6 y vadeu udunt. ag6edy kymot ae wyr y bu yn gôledychu
yn eu plith dr6y hed6ch yspeit o amser ar mab hynaf i amlyn y gyt ac
ef. ac yn yswein ida6. ac o hynny allan y gwassa(col. 1110) naethaôd
ef du6 dr6y gywirdeb tra vu vy6. a g6edy kafFel y gyfoeth a iechyt
corff ac eneit achaffel y byt 6rth y ewyllys. yd anuones adrian bab ym-
penn rifedi bychan o dieuoed or amser h6nn6 vn or kardinalyeit att
chyarlys brenhin ffreinc yngkôyn rac desider brenhin 16mbardi. y g6r
aoed yn ymlad ar eglôys ac yny dreissyaô ynteu am y wyr ae vreint.
gôedy gwahaôd atta6 milyoed o sarassinnyeit ac Idewon y ymlad ar
cristonogyon. ac adolwyn ida6 ynteu herôyd y vot ef yn vlodeu yr mar-
chogyon ar brenhined. ac yn gledyf yr gristonogaeth. anuon nerth owyr
a meirch gyt ar kardinal ydial ar yr ysgymmunyon sarassinyeit. ac ar
yr ysgymun vrenhin aoed yneu kanmaôl yr amarch ar sarhaet ydoedynt
yny wneuthur yr cristonogyon. dros vot y g6r da aoed bab yny rydhau
oc eu pechodeu. y neb a vynnei oe g6byl vod mynet yr lluyd h6nn6. a
phan doeth y kardinal ar negesseu hynny ganthaô. ydoed chyarlys yny
dref aelwir theodothyon. a g6edy gôneuthur or g6r da aoed gardinal
aelwit pedyr y negesseu yn drôyadyl. yd anuones y brenhin trugara6c
yn diohir llythyr att desider vrenhin lômbardi y erchi ida6 o!16ng oe
oresgyn ytir ar trefyd adugassei y dreis yar y gristonogaeth. apheidya6
aryuelu ar y pab dr6y gymryt y ganthaô pedeir arhugeint o bunnoed
eur. Adim nys gwnaeth desider yr llythyr y brenhin. nac yr yrodyon.
namyn y ysgaelussaô ae dirmygu yn gymeint acheissyaô llad y kenna-
deu adoethent ar llythyr atta6. agwedy gôelet or brenhin1 trugaraôc
nawaredei ida6 medalhau kallon y brenhin creula6n dr6y dec a hegar-
6ch. kynnulla6 116yrwys o ieirll a barwneit a marchogyon. ac archesgyb
ac esgyb ac abadeu. am ben/z lômbardi (col. 1111) Ac yna y kymerth
yr anrydedus dat albin escob ass6 2. y g6r aoed wahanredaôl glot ida6
dros y byt oe santolyaeth aedoethineb niuer ma6r o lu ffreinc y gyt ac
ef. achyrchu y mynyd aelwit ffinen 5 y lie yd oed y kastell kadarnhaf
ydoed yr ysgymunedic vrenhin yndaô. ar brenhin or tu arall yr mynyd.
aachuba6d y dinas aelwit clusas. yny lie yd oed clo achedernit holl 16m-
bardi. ac aymladaôd ar dref. a g6edy clybot o desider hynny. Disgynnv
aoruc ohyt nos ambenn y kastell. ae lenwi o v6ytadia6tag6yr a meirch.
athrigyaô yno awnaeth ynteu y amdiffyn y gastell yn wraél. A thran-
i. Ms. brinhin
2. assw est sous la plume du scribe une corruption, d'origine probablement graphique,
du mot anjou qu'il aura trouvé écrit à] ou ou âgou. On peut comparer le nom d'homme
français Roger écrit Rosser dans l'histoire de Gruffudd ab Cynan (Myvyrian Archaiology
of Wales, Gee's éd., p. 728, a).
3. Le scribe gallois a pris pour F l'S initial de Mons Sinensis.
L'amitié d'Amis et d'Amiles. 237
contre lui, et il demanda à Dieu de leur pardonner. Et après sa paix
avec ses gens il régna au milieu d'eux en paix un espace de temps. Et
le fils aîné d'Amlyn était avec lui et était son page ; et à partir de ce
moment il servit Dieu avec fidélité tant qu'il fut en vie.
Et après qu'il avait obtenu ses terres et la santé du corps et de l'âme
et qu'il avait le monde à sa volonté, le pape Adrien, au bout d'un petit
nombre de jours de ce temps-là, envoya un des cardinaux vers Charle-
magne, roi de France, pour se plaindre de Didier, roi de Lombardie,
qui combattait contre l'église, et qui l'opprimait, lui, dans ses hommes
et dans ses privilèges, après avoir fait venir des milliers de Sarazins et
de Juifs pour combattre les Chrétiens. Et il le priait, puisqu'il était la
fleur des chevaliers et des rois et l'épée de la chrétienté, d'envoyer une
force d'hommes et de chevaux avec le cardinal pour se venger de ces
Sarrazins excommuniés, et pour excommunier le roi qui leur conseillait
l'outrage et l'insulte qu'ils faisaient aux chrétiens; et parce que le noble
homme qui était pape relevait de ses péchés quiconque voudrait de son
plein gré aller dans cette armée.
Et lorsque le cardinal vint avec ce message, Charles était dans la ville
qui s'appelle Thionville. Et après que le noble homme qui était cardinal
qu'on appelait Pierre eut fait promptement son message, le roi miséricor-
dieux envoya sans tarder une lettre à Didier, roi de Lombardie, pour lui
demander de cesser son oppression sur la terre et les villes qu'il avait
prises par force de sur la chrétienté, et de cesser de faire la guerre au
pape, en recevant de lui vingt-quatre livres d'or. Et Didier ne fit rien de
la lettre du roi, non plus des présents, que les dédaigner et les mépriser
au point de chercher à tuer les messagers qui étaient venus avec la lettre.
Et quand le roi miséricordieux vit qu'il ne réussissait pas à adoucir le
cœur du roi cruel par la paix et l'amitié, il convoqua une assemblée de
comtes, et de barons, et de chevaliers, et d'archevêques, et d'évêques,
et d'abbés au sujet de la Lombardie.
Et alors l'honorable père Albin, évêque d'Anjou, qui avait une grande
gloire par le monde entier pour sa sainteté et sa sagesse, prit une grande
partie de l'armée de France avec lui ; il se dirigea vers le mont qu'on
appelle Cenis, là où était le château le plus fort, et le roi excommunié
était dedans. Et le roi de l'autre côté de la montagne occupa la ville
qu'on appelle Cluses, en un endroit qui était le nœud et la force de toute
la Lombardie, et on se battit avec la ville. Et après qu'on eut appris de
Didier qu'il avait pris possession du château pendant la nuit, qu'il l'avait
rempli de vivres, de boissons, d'hommes et de chevaux, et qu'il y restait,
lui, pour défendre courageusement le château, le lendemain matin,
238 Kedymdeithyas Amlyn ac Amie.
noeth y bore g6edy clybot 0 chyarlymaen hynny. ydanuones kennadeu
arbennic att desider y erchi ida6 wneuthur ia6n dros y cam awnathoed
yr eglwys ar gristonogaeth. Ac or bu ua6r anmarch y kennadeu kyntaf
adathoedynt ar llythyreu attaô. m6y ynda vu ar y kennadev hynny.
agôedy g6elet or brenhin nawaredei ida6 ost6ng ryvic desider nac yr
caryat nac yr kedymdeithyas nac yr kynnic gôystlon idaô. Erchi awnaeth
ef ydu6 rodi nerth ida6 ydial y draha ae sarhaet ydoed desider yny
wneuthur yr eglwys. ar nos honno am ha/mer nos yd anuones du6 bra6
ac ovyn ym plith llu desider. yn gymeint ac nat oed yr vn onadunt a
arhoei y gilyd yn ffo. namyn ada6 eu kastell ac eu pebylleu. ac eu heur
ac eu haryant ac eu meirch y ba6p or a vynnei eu kymryt. Ac yna y ffoes
desider a niuer bychan y gyt ac ef yr dref a elwit campania. achadarn-
hau ydref awnaethant arnadunt yn ffeuedic ac ymlad yn wraôl. a gôedy
gwelet 0 desider na allei gad6 y dref arna6. erchi awnaeth ef y vrenhin
ffreinc kyngreir tra vei yn gwisgaô ym dana6 ef aelu. y rodi kat ar
uaes yr brenhm. a hynny a vu lawen gan chyarlymaen. Acyna y gelwis
attaô y lu. ac yd erchis (col. 1112) y amlyn ac amie reoliy lu.achwei-
rya6 y gadoed. a rybudya6 pa6b y vot yn bara6t y ymlad a desider. ac
y dial eu gwaet 0 herwyd nat oed le y kiliynt odyna. Yd oed hagen
y gyt ac ef deudeckat 0 gadoed. ac ym pob kat ohynny. chwegwyr
athrugeint achwechant achwemil. owyr a meirch heb pedydkant. nyt
oed ha6d eu rifa6 rac eu hamlet. agwedy y baôp onadunt reoli eu
kadoed ac eu dysgu. Gost6ng helymeu aorugant obop parth. ac ym
gyrchu yn llidia6c dr6y dodi ga6r ual y clywit llawer 0 villtiryoed
odyno yn egori ac yn rwygaô gan y g6yr yn annoc. ar meirch yn
gôeryru. ar peleidyr yntorri. ar cledyfeu yn seinya6 ar yr helmeu. ar
brein yn greu uch benn y kalaned. a gôedy eu bot teir nos a thri dieu
heb na dia6t yn ymffust yny wed honno. heb uot yn nés y vrenhin
ffreinc kael y vudugolyaeth. dynessau yny wersyll tu ar vrwydyr
aoruc. ac amie ygyt ac ef. alleng owyr a meirch 0 dewisswyr y gyt ac
6ynt. ac yna 0 newyd yd annoges y wyr y ymlad. ac erchi awnaeth
udunt yr karyat y g6r a diodefassei angheu dros bopyl adaf gwneuthur
vn odeupeth. ae ymlad yn wychyr dr6y vot yn baraôt y odef angheu yr
keissyaô budugolyaeth. ac na delynt nés no hynny yr vrôydyr. ony bei
gymeint eu karyat ar du6. ac eubot yn bara6t y odef angheu drostaô. or
bei reit udunt. Medylyaô arglwydi vrodyr adylyôch pôybynnac aodefo
L'amitié d'Amis et d'Amiles. 2 59
Charlemagne, après avoir appris cela, envoya des messagers extraordi-
naires à Didier pour lui demander de réparer le tort qu'il avait fait à
l'église et à la chrétienté. Et s'il avait été fait grand déshonneur aux pre-
miers messagers qui étaient venus le trouver avec des lettres, plus grand
encore fut-il fait à ces messagers-ci.
Et après que le roi vit qu'il ne réussissait pas à abaisser la présomp-
tion de Didier, ni par l'affection, ni par l'amitié, ni par une offre d'otages,
il demanda à Dieu de lui prêter force pour venger le tort et l'outrage que
Didier faisait à l'église. Et cette nuit-là, au milieu de la nuit, Dieu
envoya panique et terreur au milieu de l'armée de Didier, au point qu'il
n'y avait pas un d'entre eux qui arrêtât son compagnon dans sa fuite ;
mais ils laissèrent leur château et leurs tentes et leur or et leur argent et
leurs chevaux, à qui voulait les prendre. Et alors s'enfuit Didier, et un
petit nombre avec lui, à la ville qui s'appelait Campania, et ils fortifièrent
la ville de façon à s'y tenir, et ils combattirent courageusement. Et après
que Didier vit qu'il ne pouvait garder la ville, il demanda au roi de
France une trêve pendant qu'il serait à s'armer lui et ses troupes pour
donner bataille au roi en campagne, et de cela fut joyeux Charlemagne;
et alors il appela son armée et il demanda à Amlyn et Amie de disposer
son armée et d'entraîner les bataillons et d'engager chacun à être prêt à
se battre avec Didier et à venger leur sang parce qu'il n'y avait pas
d'endroit où ils pussent fuir de là. Il avait cependant avec lui douze
bataillons et dans chaque bataillon six mille six cent soixante-six hommes
et chevaux sans les troupes à pied ; il n'était pas facile de les compter
à cause de leur grand nombre. Et après que chacun d'eux eut orga-
nisé et instruit ses bataillons, ils baissèrent leurs heaumes de toutes
parts, et ils se chargèrent avec rage, en répandant une clameur qui fut
entendue à beaucoup de lieues de là, clameur qui sortait et qui retentis-
sait des hommes s'excitant et des chevaux hennissant et des lances se
brisant et des épées résonnant sur des heaumes et des corbeaux se ras-
semblant au-dessus des cadavres. Et après être resté trois jours et trois
nuits sans [manger] ni boire à se battre de cette façon, sans que le roi
de France fût près d'obtenir la victoire, il s'approcha dans le camp du
côté du combat, et Amie avec lui, et une troupe d'hommes et de che-
vaux et d'hommes d'élite avec eux. Et là de nouveau il excita ses
hommes au combat et il les pria pour l'amour de celui qui avait souffert
la mort pour la race d'Adam de faire une des deux choses : ou de com-
battre dans la bataille en étant prêt à souffrir la mort pour obtenir la
victoire ou qu'ils ne devaient pas s'approcher davantage de la bataille,
si leur amour pour Dieu et leur disposition à souffrir la mort pour lui
240 Kedymdeithyas Amlyn ac Amie.
angheu yny vr6ydyr honn. y byd yn llewenyd teyrnas nef kynn oeri y
waet. a gôedy kynghori ywyr aphregethu udunt yny wed honno. yn
diohir amlyn ac amie ual deu le6 newynaôc ymplith man ysgrybyl. a
gyrehassant ygat yd oed desider yndi. ac ae tyllassant. (col. 1113) ac
a ladyssant y gôyr ar meirch 0 bop parth udunt hyt nat oed na g6r na
march alauassei eu haros. A g6edy gôelet odesider y deu uack6y yn
gwasgaru ygadoed. ac yn gôare yn eu plith ual bleidyeu ymplith s6rn
0 deueit. colli y gallon awnaeth ynteu affo ef ar meint a dihangyssei oe
niuer. parth ar lie aelwir yr a6r honn mar6olyaeth. ac aelwit y coet tec.
A gôedy y dyuot ef yno pregethu aoruc y wyr ac eu hannoc y gad6 y
coet arnadunt. 0 herwyd nat oed gastell na lie y ffoynt odyno namyn
h6nn6. ar nos honno y bu ef ae lu yno yn gorffowys heb dim orbôyt 0
nyt bara adôfyr. A thrannoeth y bore y doeth chyarlys ae lu am eu penn.
ac yna onewyd y bu yr ymlad girat marwaôl. ac y lladwyt milioed 0
bop tu. ac y gyt ar rei kyntaf y lias amlyn ac amie, y g6yr a vu well
ganthunt tr6y odef angheu yr karyat du6. amynet yn gedymdeithyon y
lewenyd teyrnas nef. no dianc drachevyn or vr6ydyr yr byt trallodus
drachevyn. a godef angheu periglus or diwed dr6y wahanu pob vn y6rth
ygilyd. ac 0 acha6s na mynnassant wahanv 0 garyat a chywir gedym-
deithyas yn y byt yman. yr vn y6rth y gilyd onadunt. y g6ahodes du6
6ynt atta6 y lewenyd teyrnas nef yn yr vn amser. ac yn yr vn a6r or
dyd y gyt arseint ar engylyon yngkyt lewenyd. ac 0 achaôs y lladua
auu yno y gelwir y lie aelwit gynt y koet tec yn varwolyaeth hyt
hedi6. agwedy llad canmôyaf y deulu 0 bop parth. y ffoes desider ac
ychydic oelu ygyt ac ef. tu ar dref aelwit papi. a chyarlys ae lu yn eu
hymlit. ac ual y doeth yr dref eau y pyrth awnaethpôyt a chadarnhau
y gaer. ac ymdiffyn yn wraôl. Ac yna y rodes chyarlys ovunet na chi-
lyei 0 ymlad ar gaer. yny vei vn 0 deupeth ida6 aekael y vudugolyaeth.
ae ynteu aodefei angheu yno. (col. 1114) A gôedy gossot peiryanneu
0 vlifieu a magneleu yngkylch y gaer. ymlad awnaethant yn wraôl ar
kastell. ac amdiffyn awnaeth y tylwyth 0 vy6n yn dilesc pei asgellynt.
Ac 0 vy6n hynny 0 amser tra vu y llu yn ymlad ar gaer yd anuones y
1 . Cette touchante réflexion du narrateur rappelle un sentiment analogue chez un poète
de notre siècle : « Ames heureuses — A qui Dieu fit cette faveur — De partir encore
amoureuses, — De vous rejoindre sur le seuil, — L'un joyeux, l'autre à peine en deuil,
— Et de finir votre misère — En vous embrassant sur la terre — Pour aller aussitôt
après — Là-haut vous aimer à jamais!.... » A. de Musset, Simone.
L'amitié d'Amis et d'Amiies. 241
n'allaient pas jusque-là ; il leur fallait "choisir]. Seigneurs compagnons,
vous devez penser que celui qui souffrira la mort dans cette bataille aura
la joie du royaume du ciel avant que son sang refroidisse. Et après avoir
conseillé les hommes et les avoir harangués de cette façon, sans tarder
Amlyn et Amie, comme deux lions affamés au milieu de bêtes de somme,
se dirigèrent sur le bataillon où était Didier, et ils le trouèrent et ils
tuèrent hommes et chevaux de tous côtés jusqu'à ce qu'il n'y eût plus
ni homme ni cheval qui osât les attendre. Et lorsque Didier vit les deux
jeunes gens disperser les bataillons et jouer au milieu d'eux comme des
loups au milieu d'un troupeau de moutons, il perdit courage et il se mit
à fuir, lui et quiconque pouvait s'échapper de sa troupe, du côté de
l'endroit qui s'appelle aujourd'hui la Mortalité, et qui s'appelait la Belle
Forêt.
Et après être arrivé là il se mit à haranguer ses hommes et à les
exhorter à garder la forêt, parce qu'il n'y avait château ni lieu où ils
pourraient fuir de là, si ce n'est celui où ils se trouvaient. Et pendant
cette nuit il resta là lui et son armée sans rien avoir de vivres ni de
pain ni d'eau. Et le lendemain matin Charles arriva sur eux avec son
armée, et là de nouveau eut lieu le combat terrible, mortel. Et il fut tué
des milliers de chaque côté. Et parmi les premiers furent tués Amlyn et
Amie, pour lesquels il fut meilleur en souffrant la mort pour l'amour de
Dieu d'entrer en compagnons dans la joie du royaume du ciel que
d'échapper à la bataille pour rentrer dans ce monde troublé et de souf-
frir à la fin une mort périlleuse en se séparant l'un de l'autre. Et
comme par affection et par vraie amitié, ils n'avaient pas voulu se sépa-
rer l'un de l'autre dans cette vie, Dieu les invita à lui dans la joie du
royaume du ciel, en un même moment, et à la même heure du jour,
avec les saints et les anges dans la joie ' . Et à cause du carnage qui eut
lieu là, l'endroit qui s'appelait auparavant la Belle Forêt, s'appelle jus-
qu'aujourd'hui la Mortalité. Et après que fut tuée la plus grande partie
des deux armées de chaque côté, Didier s'enfuit et quelques-uns de son
armée avec lui du côté de la ville qui s'appelle Pavie. Et Charles et son
armée le poursuivirent. Et quand il vint à la ville, on ferma les portes
et on fortifia la ville, et on la défendit courageusement. Et alors Charles
fit voeu de ne pas se retirer du combat contre la ville jusqu'à ce qu'il eût
une de ces deux choses : ou obtenir la victoire, ou souffrir la mort là.
Et après avoir établi des machines de catapultes et de béliers autour de
la ville, ils se mirent à combattre courageusement contre le château, et
les gens qui étaient dedans se défendirent le plus vivement qu'ils pou-
vaient. Et en ce moment pendant que l'armée était à combattre contre
242 Kedymdeithyas Amlyn ac Amie.
brenhin arderchaôc yn ol hildegart vrenhines y wreic briaôt. y erchi idi
dyuot atta6 gyntaf ac y gallei hi ae deu vab. Agôedy eudyuot y rodes
seint albin escob ass6 y g6r adaroed y du6 y ganysgaedu 0 santolyaeth.
ac amryuaelyon donyeu kynghor yr brenhin ar vrenhines y gladu eu
marchogyon adaroed eu llad yr karyat du6 yn eu reit. ac y wneuthur
urdas ac enryded am eu kyrff. ar kynghor h6nn6 a vu lawen gan y
brenhin. Ac yna y g6naethp6yt d6y egl6ys. vn 0 arch chyarlys. yr
honn a gyssegrôyt yn enryded y seint euseb conffessor. Ar Hall 0 arch y
vrenhines. yr honn agyssegrwyt yn enryded y bedyr ebostol. Ac yna
yd anuonet ynol dwy ysgrin tu amelan yny lie yd oed yr yscrineu
teccaf or byt y dodi kyrff amlyn ac amie yndunt. ac yn vn ohonunt y
cladwyt amlyn yn yr eglwys adaroed y chyssegru y bedyr. ac yny
Hall y clad6yt corff amie, adaroed y chyssegru y seint euseb. ar marcho-
gyon ereill ereill ' a gladwyt herwyd eu breint ac eu hurdas yn yr eglôys-
seu hynny dr6y enryded dirua6r. A phan gyfodet y bore drannoeth.
neur daroed ydv6 dra6sgwydya6 corff amlyn or yscrin. ae dodi yn
ysgrin amie gyt a chorff amie yn eglwys euseb yn yr vn ysgrin. Ac yr
bot y deu gorff yn yr vn ysgrin. nyt oed gyfynghach udunt elldeu. noc
y gorff amie ehunan kyn no hynny. Ac yna yd adnabu ba6p yn aml6c
bot du6 yndangos vot yr eneidyeuyn diymada6 yny nef oherwyd namyn-
nei wahanu eu kyrff yny byt h6nn yman. A gwedy gwelet or brenhin y
gwyrth ar gwynnyeith adaroed y du 6- (col. 1115) y wneuthur yr y mer-
thyri hynny. Gwneuthur ar6yl vrenhinaôl awnaeth ynteu. a gwassa-
naeth y meir6 dros eu heneidyeu deng niwarna6t arhugeint. dr6y rodi
eur ac aryant abôyt adiaôt adillat y ba6p or ae mynnei yr karyat du6. a
chanysgaedu yr eglwysseu ynyrei ydaroed cladu y merthyri hynny
odeilyngda6t abreint athir adaear. a thra vu y brenhin ar niuer arder-
chockaf or llu yng kylch y neges honno. y bu y rann arall or llu yn
ymlad ar gaer. Agôedy eu bot uelly. deudengmis yn ymlad ar gaer
ouaes idi. yd anuones du6 ne6yn a marwolyaeth ar desider ae lu yn
gymeint a goruot arnadunt ymrodi y chyarlys 6rth y ewyllys. agôedy
caffel ochyarlys y vudugolyaeth a gostông y wlat. ad6yn desider vren-
hin yngkarchar ablodeu y deyrnas parth affreinc dr6y ada6 kyfanhe-
drôyd ma6r 0 offeiryeit ac ysgolheigyon. a thir a renti tragywydaôl
udunt yngôassanaethu du6 ynyr egl6ysseu a dywedassam ni uchot dros
yr eneidyeu adaroed cladu eu kyrfyno. yd ymchoelaôd chyarlys tu apha-
i. Sic.
L'amitié d'Amis et d'Amiles. 24$
la ville, le puissant roi envoya après la reine Hildegarde sa femme, pour
lui dire de venir vers lui le plus tôt qu'elle pourrait, elle et ses deux
fils. Et après leur arrivée, saint Albin, évêque d'Anjou, que Dieu avait
comblé de sainteté et de dons innombrables, donna conseil au roi et à la
reine d'ensevelir leurs chevaliers qui avaient été tués pour l'amour de
Dieu dans leur service, et de faire honneur et gloire à leurs corps. Et le
conseil plut au roi. Et alors on fit deux églises, une par l'ordre de Charles
qui fut consacrée en l'honneur de saint Eusèbe, confesseur ; et l'autre
par l'ordre de la reine qui fut consacrée en l'honneur de l'apôtre Pierre.
Et alors on envoya après deux châsses, devers Milan où étaient les
plus belles châsses du monde, pour y mettre les corps d'Amlyn et d'Amie.
Et dans l'une d'elles on ensevelit Amlyn dans l'église qui était consacrée
à Pierre, et dans l'autre on ensevelit le corps d'Amie ^dans l'église] qui
était consacrée à saint Eusèbe. Et les autres chevaliers furent ensevelis
dans ces églises avec grand honneur suivant leurs privilèges et leur rang.
Et quand on se leva le lendemain matin, voilà qu'il était arrivé à Dieu
de transporter le corps d'Amlyn de sa châsse et de le mettre dans la
châsse d'Amie, avec Amie dans l'église d'Eusèbe dans une même chasse.
Et pour être les deux corps dans une même châsse, la châsse n'était pas
plus étroite pour eux deux qu'elle n'était auparavant pour le corps d'Am-
lyn lui-même.
Et alors chacun reconnut clairement que Dieu montrait que leurs âmes
n'étaient pas séparées dans le ciel, puisqu'il ne voulait pas séparer leurs
corps dans ce monde-ci. Et après que le roi vit le miracle et la chose mer-
veilleuse que Dieu avait faits à ces martyrs, il fit faire des funérailles
royales et fit faire un service des morts pour leurs âmes pendant trente
jours, tout en donnant de l'or et de l'argent et des vivres et de la bois-
son et des vêtements à quiconque en désirait, pour l'amour de Dieu, et
en comblant les églises dans lesquelles étaient enterrés ces martyrs de
dignités, de privilèges, de terres et de possessions. Et pendant que le
roi et qu'une puissante partie de l'armée étaient à s'occuper de cette
affaire, l'autre partie de l'armée combattait contre la ville. Et après être
resté à combattre contre la ville de la campagne avoisinante, Dieu
envoya famine et mortalité à Didier et à son armée au point qu'ils furent
forcés de se rendre à Charles à sa volonté. Et après que Charles eut
obtenu la victoire et soumis le pays et qu'il eut mené le roi Didier en
prison et la fleur des chevaliers en France, en laissant des établissements
de prêtres et de clercs et à ceux-ci de la terre et des rentes perpétuelles
pour servir Dieu dans les églises que nous avons dites plus haut pour les
âmes de ceux dont les corps y étaient ensevelis, Charles retourna vers
244 Kedymdeithyas Amlyn ac Amie.
ris dr6y diruaôr lewenyd. adiol6ch y du6 y vudugolyaeth a rodassei ida6.
ar g6yrth ar gôynnyeith ydoed yny wneuthur. ac y mae hedi6 heuo yr
amlyn ac amie, y g6yr auerthyrwyt yr karyat du6. Y dryded vlôydyn
achweugeint amil oed hynny or pan gymerth iessu grist gna6t o vru wy-
ry yr arglôydes veir. y pedweryd dyd o galan ebrill. yny vlôydyn y bu
uar6 seint bernât aoed abat yngkleros. ar volyant ac enryded y du6 ar
egl6ys. y g6r y bo bendigedic y en6 yn dragywydaôl poet g6ir amen.
— ac velly y teruyna kedymdeithyas amlyn ac amie.
Paris en grande joie et il remercia Dieu de la victoire qu'il lui avait
donnée et du miracle et de la merveille qu'il avait faits. Et il est aujour-
d'hui avec Amlyn et Amie, qui ont été martyrisés pour l'amour de Dieu.
Ce fut l'an mil six-vingts et trois après que Jésus-Christ eut pris chair dans
le sein virginal de madame Marie, le quatrième jour des kalendes d'avril
dans l'année où mourut saint Bernard qui était abbé de Clairvaux, pour
la gloire et l'honneur de Dieu et de l'église '. Que son nom soit éternelle-
ment béni. Ainsi soit-il ! Amen ! — Ainsi se termine l'amitié d'Amlyn et
Amie.
ADDENDA ET CORRIGENDA AUX PAGES PRÉCÉDENTES.
P. 202, I. i$, ajouter: theodothyon pour Thionville (Theodothionis villa).
P. 204, I. 31, verigan ou berigan. M. Rhys nous assure qu'il est fort difficile
de distinguer ces deux lettres l'une de l'autre dans le ms.
P. 212, I. 1, au lieu de y6nt lire 6ynt
P. 220, 1. 1 1, au lieu de bradGr lire vrad6r
P. 224, 1. 10, au lieu de y ennynedic lire yn ennynedic
P. 209, ajouter à la note « Cf. Four ancient Books of Wales, éd. Skene, 1. 1,
p. 507, et t. II, p. 9 et 329.
1. Le scribe gallois a pris pour la date de la mort d'Amlyn et Amie ce qui était l'expli-
cit de l'original, probablement latin, qu'il traduisait. Encore a-t-il commis une erreur
dans la lecture de la date qu'il copiait : saint Bernard est mort en 11 55 et non en 1123.
TIDINGS OF DOOMSDAY
AN EARLY-MIDDLE-IRISH HOMILY.
The following homily, now for the first time printed ', is taken from
pp. 3 1-34 of the lithographie facsimile of the Lebor na huidre 'Book of
the Dun Cow', a ms. of the early part of the twelfth century, preserved
in the libraryofthe Royal Irish Academy. Its value is threefold, first, as
throwing light on the notions of themediaeval Irish as to the other world,
secondly, as a spécimen of a little known homiletic literature, and,
thirdly, as the situs of a large number of rare Middle-Irish words and
forms. Thus in paragraph 1, comfolbthaide, which seems a mistake for
co-molbihaide : cf. molbhthach 'praiseworthy' ; 5, terbod (=terpud, Eger-
ton 93, fo. i. b. 1) .1. innarbad no deligud, O'Dav. 12. srdinfitir, }d
pi. b-fut. passive of the verb now written sraoinim. 14. tôithenach,
O'Reilly's taoitheannach. 17. congain chride : cf. O'Clery's eaîla . 1.
ciamhaire, congain chroidhe, aithrighe no déra. 20. sirrechtaidib, cf.
O'Clery's sirreacht . 1 . truagh : riches, dat. pi. richessaib, O.lr.richis
(gl. carbo) Z2 273, Corn, regihten gl. pruna, Br. reguez, Cath. cicarach
'ravenous', cirriud, cf. cirr 'comb', Rev. celt. I, 5 5. aslom an an;. \e^. to
me. 21. brothgal the vapour (gai) of burning flesh (broîh .1. feoil, O'Cl.)
22. îesmalta, cf. coneiesed-side do tesmolîa andaine 7 acomairbairtabith,
LB. 21 ia cin la drop' O'R. 23, tairthim splendor? also in tairthim
flaiho LU. 1 32 and in the Félire, prol. 166. 24. tôichell (do-fo-chell) .1.
imtheacht, O'Cl. dofoichlenn an innsi, H. 2. 16, col. 374 : cf. yiXsu-
6oç, callis. 25. ammdin, O'Reilly's « amhain adv. only, alone ». The
following forms are noticeable ; the dat. sg. spiruiu in para. 1 (perhaps
a mistake for spirut, but cf. dia mogha manchuine, Senchas M6r, II,
22), the verbal forms îancabair, tancaibair, 5, 9, for Old-Irish tancaid
'venistis', for{f]acsabar-si, 18. scérait 19, 3d pi. redupl. fut. act. from
scaraim. doraga adveniet 5, 13, ragait venient, 15, 16, 17, 18, and the
secondary forms of the s-future rosesed (*ro-sech'sed) 2, and tairsed
(*tairicsed) 24.
W. S.
1 . Two short extracts were published in my édition of Adamnan's Vision.
Rev. Celt. IV 17
246 Tidings of Doomsday.
scéla Idi brdîha inso sis.,.,
1 . Dia dobennachad nanésiidi uli.
2. Tabrad cach ôen dib fôleith amenmain 7 ainnithim codichra friscé-
laib Idi brdtha . 1 . amalferfas incomdiu fdelti frisnandemaibj frisnafirénaib
doaittreb naflaiha nemda. ama\ ferfas mzmurro anfdelti frisnapecthachaib 7
frisnahanfirenaib ocaninnarba iniffernd.
5. ISu cnst mac de bi slanicid indule domain intresperso na deachta uasli
aschomsuthain 7 ascomfolbthaide dondathair 7 donspirutu ndern. isse rordid
nascelasa gair bic rianachésad dofolsigud natuaruscbdla bias do féin illô
brdtha conanôemaib 7 conafirénaib. 7 donertad aapstal 7 adescipul [j2a].
nachasragbad torsi diachessadsom. arrofiîirsium corochomacsig amser
achesta.
4. Mat ha mac alphin sùi ebraidi indara fer déc rothog isu namuinterus
incethramad fer roscrib insoscela comdeta issé roscrib 7 rolesaig nascélaso
lathi bralha. mar rochûala abélaib amdgistrech .1. isu cofarcaib hicumne
condeclais conebairt fônninnasa.
5. INtan doraga mac de 7 duini inôenpersaind. cononôir 7 comiadamla.
7 aille aingil malle fris, suidfid intansin forachathair rigda 7 forsossad
amiadamla. 7 tinolfiter andsin nahuli duine na fiadnaisi 7 dogéna andeli-
gud 7 aterbod iartain. Ordaigfid ém anôemu 7 firénu diadeis. Ordaigfid
immurro napecdachu 7 nahanfirenu di[a]clé. ISandsin atbéra inri dond-
fairind beti diadeis. Ticid abennachtnachu selbaid flaith mathar rofuired
dûib othosuch domain, ûair roba ingorta 7 doratsaid biad dam. Robd ini-
taid 7 doratsaid dig dam. Robd irrichtain aies tigi diged 7 doratsaid aigi-
decht dam. Robd cenetach 7 doratsaid etach dam. Robd ingalur 7 tancabair
domtorroma. Roba icumriuch 7 tancaibair domthûaslugud 7 domfortacht.
6. ISandsin doberat nafiréoin infrecrasa forincomdid. Athigerna for iat
cuin atchoncammdrni thu ingorta no in itaid 7 doratsam biad 7 dig dait.
Tidings of Doomsday . 247
TIDINGS OF DOOMSDAY, THIS BELOW.
1 . God to bless the hearers ail !
2. Let every one of them severally give his mind and his attention
earnestly unto tidings of Doomsday, to wit, how the Lord will welcome
the Saints and the Righteous to inhabit the heavenly kingdom, but how
he will show sternness ' to the Sinful and to the Unrighteous in banishing
them into hell.
j. Jésus Christ, son of David, Saviour of ail the world, the third
Person of the high Godhead, who is co-eternal and equally to be praised
with the Father and with the Holy Ghost, he it is that told thèse tidings
a little while before his Passion, to set forth the appearance that he him-
self will hâve on Doomsday, with his Saints and with his Righteous
ones, and to strengthen his apostles and his disciples, so that sadness
for his suffering might not take hold of them, for he knew that the time
of his Passion was at hand.
4. Matthew son of Alpheus, an Hebrew sage, the twelfth man whom
Jésus chose into his household, the fourth man who wrote the Gospel of
the Lord, he it is that wrote and revised 2 thèse tidings of Doomsday,
as he heard (them) from the lips of his Master, namely, Jésus, and left
them in remembrance with the Church, and spake in this wise.
5. When the Son of God and Man in one Person shall corne with
honour and with glory, and ail his angels along with him, then will he
sit on his throne and on the station of his glory, and ail the human beings
will be collected there in his présence, and he will make their division and
their séparation thereafter. He will set in order, forsooth, his Saints and
his Righteous ones on his right hand ; but the sinful and the unrighteous
he will set in order on his left. It is then that the King will say to those
that are on his right, a Corne ye, oh blessed ones, possess my Father's
kingdom that hath been prepared for you from the beginning of the
world ! For I was in hunger and ye gave me food : I was in thirst and ye
gave me drink : I was in need of a guesthouse and ye gave me hospita-
lity: I was without raiment and ye gave me raiment : I was in sickness
and ye came to watch me : I was in captivity and ye came to loose me
and to help me. »
6. It is then that the Righteous will give this answer to the Lord :
« Oh Lord, » say they, « when saw we thee in hunger or in thirst and
1. Lit. make unwelcome.
2. Lit. bettered.
248 Tidings of Doomsday .
Cuin atchomiarcmdr irrichtain aies tigi âiged no cenetach tû 7 doratsamar
digidecht 7 étach duit. no cuin atconcamar ingalur no icumriuch thû 7
tdncamdr dotfis scél 7 dotfuaslucud.
7. ISé sco immurro frecra dobéra incomdiu forsnafirénaib. Cachtan arse
dorônsaith maith arnabochtaib imanmumsa isjoromsa dorônsaid.
8. ISiat sin tra se hernaili natrôcairi ocennaigther indflaith nemda.
ISiat nasé dorsi glainïdi triasatic solsi inbethad suîhain isindeclais. ISiatsin
nasé cémend iarsafrcscabat na ndim 7 najiréoin dochom nimi.
9. Atbéra incomdiu dana cid dondfairind beti diachli innathesc nacarb
nadûathmarsa .1. donlucht ndrochornaill athoil 7 athimna. 7 ised aibéva
friu ocacur iniffern. Scuchaid dim amallachtnachu 7 ercid isin tenid suthain
rofdired dodiabul 7 diadrochmuinûr. ùair robd ingorta 7 initaid 7 nithdrd-
said biad no dig dam. Robd irrichtain aies tigi diged 7 étaig 7 ni thard-
said digidecht no étach dam. Robd ingalur 7 icumriuch 7 ni thancabair
domfisscél no domthûaslucud.
10. ISandsin doberat nahecraibdig infrecrasa forincomdid. Athigerna
forsiat cuin atconnarcmdrni ingorta. no initaid. no irrichtain aies tigi
diged. no cen étach. no ingalur no icumriuch. 7 nadersamar timthirecht 7
umallôit duit.
1 1. ISandsin dobéra incomdiu frecra forrosom. Cachtan for se nadersaid
maith arnabochtaib immanmaimsea l isforomsa nader(n)said.
12. ISiatsin ira se nechi airegda triasa ninsaigther iffernd. Srdinfitir tra
iarsin na hanfiréoin hipéin iffirn 7 isintodevnam suthain ragait /mmurro
nandim 7 najiréoin isinmbethaidh suthain doaittreb nime malle fridia cona
ainglib triabithu sir.
13. [32 b] Cesnaigther isinscriptûir ndim can asatarga incomdiu do
fugiull brdtha. Ocus cinnas doraga ocus cia aratarga.
14. Denim tra codemin2 doraga incomdiu do fugiull brdtha mardemniges
inrigfaith dabid mac iese. Innas /mmurro doraga demnigid infâith cétna 7
issed atbeir. Bid follus arse doraga incomdiu dondfugiull 7 nibdtôithenach.
1. Facs. immanmainsea
2. Facs. codenim
Tidings of Doomsday. 249
gave thee food and drink ? when saw we thee in need of a guesthouse or
without raiment, and gave thee hospitality and raiment? or when saw
we thee in sickness or captivity and came to get tidings of thee and to
loose thee ?
7. This then is the answer that the Lord will give to the Righteous :
ce Every time, » saith he, « that ye hâve done good for the poor in my
name, it is for me ye hâve done it. »
8. Those then are the six kinds of mercy by which the heavenly
kingdom is bought. They are the six glassen doors through the which
cornes the light of eternal life into the Church. Those are the six steps
whereby the Saints and the Righteous ascend to Heaven.
9. Then shall the Lord give also unto them that are on his left hand
this bitter, awful answer, to wit, to the folk that hâve not fulfilled his
will and his commande and it is this that he shall say to them, casting them
into hell : « Départ from me, oh cursed ones, and go ye into the ever-
lasting fire that hath been prepared for the Devil and his evil household.
For I was in hunger and in thirst and ye gave me not food or drink :
I was in need of a guest-house and raiment and ye gave menothospitality
or raiment : 1 was in sickness and captivity and ye came not to get ti-
dings of me or to loose me. »
1 0. It is then that the impious ones shall give this answer to the Lord :
a Oh Lord, » say they, « when saw we (thee in hunger, or in thirst,
or in need of a guest-house, or without raiment, or in sickness, or in
captivity, and rendered not attendance nor lowly service unto thee ? »
11. It is then the Lord will give an answer to them : a Every time »,
saith he, « that ye hâve not done good for the poor in my name, it is
for me ye hâve not done it. »
12. Those then are the six chief things through the which hell is
attained. Thereafter then the unjust shall be hurled headlong into hell's
pain and into the everlasting punishment, but the Saints and the Righteous
shall go into the life everlasting to inhabit heaven along with God and
his angels for ever and ever.
15. It is asked in the holy scripture whence it is that the Lord will
corne to the judgment of Doom, and how he will corne, and wherefore
he will come.
14. From Heaven, then, certainly the Lord will come to the judg-
ment of Doom, as certifieth the royal prophet David the son of Jesse;
but how he will come certifieth the same prophet, and it is this that he
saith : « It is manifest, » saith he, « that the Lord will come to the
judgment, and he will not be not silent. » There will be a great fire
2 5 o Tidings of Doomsday.
Biaid dam tene môr arlassad najiadnaisi 7 ainbthini dermdr imme dicach
leith. ISaire z'mmurro doraga incomdiu donduugiull dômes forinciniud ndoenna
eter biu 7 marbu. mar atbeir inrigfaiih cetna. Tinolfaiter arse muinter
nime 7 ta/man hifiadnaisi inchomded illô brdtha.
1$. ISdemin dana condingniter cethri budni don chin[i)ud dôenda illô
bratha. Buden ém dib dogentar dômes 7 ragait aithle ammessa dochom péné
7 tôder[na)ma. Isfriuside atbéca incomdiu innaithesc naduathmarso ocanin-
narba uad. Scuchaid dim amallachtnachu isintenid suthain rojaired dodia-
bul 7 diadrochmuintir. isiatsede nacomallat ognim inmaith gellait obélaib.
Ise ainm nafairnisin isinscriptûir. mali non ualde . 1 . uilc nach adbulolc.
16. Buden aile dib nadingentar dômes acht ragait fôchetôir cenmesrugud
eûr forro dochom niffrind. 7 pianfaiûr iarsin triabithu nambetha centro-
caire dé diafortacht drnithabratsom smacht no recht noriagail ardenam apec-
caid 7 andualach hifns. acht cach olc as mô rofétat dosdrugud dé 7 daine
issed dogniat. Isé ainm na budnisin. mali ualde .1. anasmesu don chin[i)ud
dôenda.
17. Buden aile dib dogentar dômes 7 ragait a aithle ammessa dochum
focraice. ISiatsede dogniat. (/us aithrige ndichra tria chongain cride. 7
lesaigit anulcu remtechtacha triasualchib 7 cdingnimaib. 7 dana doberat
almsana bid 7 etaig donabochtaib inonoir inchomded. condichletsede napccda
dorônsat riam. connachcumnig incomdiu dôib thall nahulcu dorônsat (/us.
Isfrisidi atbéra incomdiu illô bratha icangairm chuce dochum nime. Tait
innossa abennachtnachu doaitreib naflatha nemda. Ise dana ainm nabudnisin
isinscriptuk ndim. boni non ualde .1. mathi nach adbolmaith.
18. Buden aie /mmurro dib nadingentar dômes, acht ragait fôchetôir cen-
mesrugud eûr dochum nimi. 7 focraici fororda. ISleosede nach leor di maith
comallud nach nerailend inscriptux diada forro dodenam coiuillet trianasual-
chib 7 trianacaindu... féin sin .7 condénat ni asmé dcmaith andas an (er)
ailter forro isnatimnaib diadaib. ISdôibsidc d... gellas 7 tairngires isu in
mormaith sco n... nistev isintsoscéla conebre friu ocanascin... chuce immôr-
chomddil Idi brdtha ùair foracsabar si... sa ar isu cach maith robôi ocaib
isintsdegul. [tan)cabair immuinterus[s)a 7 imchomaitecht[s)a. Tditsi innossa
.... combethi malle frim fordibrigsudib déc cen m ... gud foraib. issibsi
ocmes inchiniuda dôenna
Tidings of Doomsday . 2 $ !
flaming before him and a mighty storm around him on every side. It is
for this that the Lord will come to the judgment, to décide on thehuman
race both living and dead, as saith the same royal prophet, « there shall
be gathered together, » saith he, « the household of heaven and earth in
the présence of the Lord on the Day of Doom. »
15. It is certain, then, that there will be made four troops of the
human race on the Day of Doom. Now a troop of them shall be brought
to judgment and shall go after their doom to pain and punishment. It is
to them the Lord shall make the awful answer in banishing them from
him : « Départ from me, oh cursed, into the everlasting fire that has been
prepared for the Devil and for hisevil household. » It is thèse that do not
fulfil by deed the good which they promise by lips. This is the name
of that folk in the scripture, mali non valde, that is, bad, not greatly bad.
16. Another troop of then will not be brought to judgment, but to
Hell they will go at once, without adjudication at ail then, and they
will be tortured thereafter through âges of âges without God's mercy to
help them, for they do not put term, or law, or rule on committing their
sins and the vices hère, but every evil which is greatest they could to
outrage God and men, it is this that they do. This is the name of that
troop, mali valde, that is, what is worst of the human race.
17. Another troop of them will be brought to judgment, and they
will go after their judgment unto reward. Thèse are they that hère make
earnest repentance through grief of heart. and amend their former evils
through virtues and fair deeds, and then they give alms of food and of
raiment to the poor in honour of the Lord, and thèse hide the sins they
hâve before committed, and the Lord remembers not for them there the
evils they did hère. It is to thèse that the Lord will say on Doomsday,
caHing them to Him unto heaven. « Come now, 0 Blessed, to inhabit the
heavenly kingdom ! ». This, then, is the naine of that troop in the holy
scripture boni non valde, that is, 'good who are not greatly good'.
18. Another troop ofthem, however, will not be brought to judgment,
but unto heaven an^ ail golden rewards they will go at once without
adjudication at ail. With them it is not enough of good to fulfil everything
that the divine scripture enjoins on them to do, so that they abound
through their own virtues and through their fair... and they do more of
good than what is enjoined on them in the divine commands. It is to
them ... that Jésus pledges and prophecies this great good ... in the
gospel, that he will say to them, seeing them .... to him in the great
convention of Doomsday. « Since ye hâve left for me », saith Jésus,
« every good thing that ye had in the world, ye hâve come into my
2 $ 2 Tidings of Doomsday .
19. [p. 3 $à] do aiîreib iffirnd triabith sir. Ocus ité beti iscoraib 7 illong-
phortaib diabml. Ocus scérait friair fit iud indomainseo rocharsat. Ocus fri-
gnûsib muinîire nime .1. nanaingel 7 nanôem 7 nafiren. armbith dôib mile
bliaâna. itenid bratha. arisésin ré lathi bratha mar innisït trachtaireda
nacanoni nôimi.
20. Nibd soinmech tra asét napectachsin. nifaigbet dig nabiad. acht sir-
gorta 7 roiiu 7 rouacht. ISedbertair iarsin do taig diabu'û cofogur derchdinîe
cotromosnadaib sirrechtaidib. Bid trûag gdir 7 nûall golfadach 7 éigmech.
bron 7 basgaire. natûath pecdach andsin icatarroing dochum pêne iffirnd. acht
bidhisin inmaïl aithrige cen greim furri. arnichluinfider angudisium andsin.
ûair narofoichlitar arthus céin robdtdr hifus hicomaitreib acorp 7 ananmand.
Iadfaitk andsin triglais napecthach .1. iadad iffirn tria bith sir for ru. 7
ladad asul frisindomun diotartsat grdd 7 iadad naflatha nemda friu. Suid-
fit iarsin sudi nemthrôcar forrichessaib rothened arbélaib rig na cldini
inglind napian airm imbiat dôib todernama tromma . 1 . bas cenbetaid. tene
dorcha. bethu brànach toirsech salach inglan. airm imbiat ilchoin géra cica-
ra[cha) crôesmôra clùaslethna ingnecha crobgéra attôebaib. Ocus loscind
géra garba ocimesorcain. Ocus nathracha nemnecha imlûatha inchuaird
cathrach diabail. Ocus léomain lonna letarthacha. Ocus ilar nandubdlâm
7 nandublù achat, airm imbiat éoin etecha ingnecha dgmara iarnaide. Ocus
brenlocha ainbthencha ûara iffernaide. Tenti dorcha oc sirloscud. Lecca derca
fochossaib. Claidib iccirriud. Cait icscripad 7 icdercad. Demna icpianad.
Créchta cenleges. Lassar cendibdud. Gabailfortengthaib. Tachtud arbrdgtib.
Bûadred arcennaib. Iachtad 7 gabail argothaib. Glassad arbonnaib. Airm
imbia fritdib cachuilc inpheist irdairc ûathmar ilchennach corubnib riches
rûad. Ni diatuarascbdil . 1 . cet muinel furri 7 cet cend forcach muineol. 7
coic x. fiacal cachôen chind. cet lam furri. 7 cet mbas forcach laim. 7 cet
ningen forcach bais, airm imbethir cenchoemu cencardiu initaid inacorus
irrouacht irrothes. inesbaid cachmathiusa 7 hicomlaintius cachuilc. inôentaid
esôentad demna 7 muintiri iffirn. Biaid dana andsin mairg 7 iachtad. gol
7 egmech. cnet 7 grechach. cachôenbeoil. 7 mallacht cen chumsanad ona
pecthachaib foranapaid .1. fordiabul. arisseà dos[p. ^b]beirsium icfulang
phéne cach olc doronsat triana aslachsom. Ocus mallacht dana. ûadsom fora-
manchaib imme. 1 . forsnapecdachaib arismoti apiansom fein cach olc doronsat
sum triana aslom forro ocaslach cach uilc.
Tidings of Doomsday . 253
household and into my fellowship. Corne ye now that ye may be
along with me on twelve thrones, without adjudication on you. Ye are
judging the human race »...
[Hère a leaf seems lost.)
19. ... to inhabit Hell for ever. And it is they who shall be in ]thej
Devil's tents and camps. And they shall separate from the delight of this
world which they loved, and from the faces of Heaven's household, that
is, of the Angels and of the Saints and of the Righteous, after they hâve
been a thousand years in the fire of Doom. For that is the length of
Doomsday as the commentators on the holy canon déclare.
20. Not happy then will be the road of those sinners : they get not
drink nor food, but constant hunger, and great thirst, and great cold.
It is they that will be brought thereafter to the Devil's house, with
noise of despair, with heavy yearning sighs. Sad are the cry and shout,
wailingand screaming, woeand handbeating, of those sinfulpeoplethere,
at the dragging of them to Hell's torture. But that will be sadness of
repentance without profit thereon, for there their prayer will not be heard.
For they prepared not at first while they were hère in possession both of
their bodies and their soûls. Then will be shut the sinners' three locks,
to wit, shutting of Hell for ever on them, and shutting of their eyes on
the world to which they gave love, and shutting of the heavenly king-
dom on them. Thereafter they will sit a merciless seat on glowing coals
of great fire before the king of evil in the Glen of tortures, wherein they
shall hâve heavy punishments, to wit, death without life : dark fire :
life woeful, sad, foui, unclean : a place wherein shall be many dogskeen,
greedy, gluttonous, broad-eared, longclawed, sharppawed, beside
them. And toads, keen, rough, destroying one another. And adders poiso-
nous, very swift, around the Devil's city. And lions fierce, rending.
And many in their dark mass and in their dark light. A place wherein
shall be birds hideous ? , taloned, fearful, made of iron. And stinking
lochs, stormy, cold, hellish. Fires dark, ever burning. Red flags under
feet. Swords maiming. Cats scratching and furrowing. Fiends torturing.
Wounds without healing. Flame without quenching. Gag on tongues.
Strangling on throats, Vexing on heads. Yelling and gagging on voices.
Fettering on soles. A place wherein beside every evil shall be the Mons-
ter, conspicuous, awful, manyheaded, with crowds of red glowing coals.
Somewhat of his description, to wit : a hundred necks upon him and a
hundred heads on each neck. andfive hundred teeth in each head. A hun-
dred hands upon him. and a hundred palms on each hand, and a hundred
nails on every palm. A place wherein existence is without lovingness,
2 j 4 Tidings of Doomsday .
2 1 . ISadûathmar /mmurro 7 isgranna incarcarsin dorigni incomdiu do
diabul conademnaib . 1 . iffern. ISisel tra 7 isdomain asudigud. ar ciano-
léicthe cloch mulin imbelaib iffirn. nimô indd hicind mili bliadna rose-
sed aichtur. Ude anma dana iartecht acurp frire trichât bliadna oûachtur
coaichtur. mar as chetfaid diarailib ISdaingen ahimtimchell nacarcrachsin.
ISaigthech uamnach. gaibthech golfartach. Isdorcha dubgranna achrôes.
ISall dothimarcain cach anmaphiantair. Isbréo doloscud. Is[s)raigelldoesor-
gain. Isfdebur do athchumma. isadaig doerdallud. Is dethach domuchad.
Iscroch dophianad. ISclaideb do digail. h arm uathmar doguin 7 doletrad.
Isburiud pian. Isrubne todernam. Jsbadud isplagud. Is(s)rainiud. isbrûd.
islinud. istragud. isdôd. isléod. isloscud. is[s)lucud. isard, isisel. isroûar.
is rothe. iscumung isfarsiung. ismôr bréni abrothgaile.
22. Cid tra acht diacurta nech isecht naesaib. 7 combeth mile bliadna
incach dis dib nimb anda ôenmad rand fichet olc niffirnd noinnisfed. Acht
itlat sin chena primthesmalta iffirn conaphianaib . Ni ma chin fovtalmain
cid drdrigi indomain oturcbdil cofuniud nobeth acci. diambd hadba indadba
sin 7 diambia icciniud aittreib nacarcrachsin.
23. Gairmebtair immurro cosomiad. cononôir. conairmitin. nandim 7 na-
firéoin rochomailset timna ' inchomded 7 aforcetul. isinbethaid suthain for-
deis de triabith sir . 1 . lucht na censa 7 nahalgini. nadeirci 7 natrocairi 7
cachcdingnima ar chena. lucht agi 7 athrigi 7 fedba irescha ardia. Isand-
1. Facs. timma
Tidings of Doomsday. 2 ) $
without friendship, in thirst, in hunger, in great cold, in great heat, in
want of every good thing and in fulness of every evil thing, in union with
the disunion of the fiends and the household of Hell. Then will be there
woe and lamentation, wail and crying, groan and scream of every mouth,
and a curse without resting from the sinners on their Abbot, to wit, on
the Devil, for he it is that puts them in endurance of punishment for every
evil they did through his temptation, and a curse, too, from him on
monks about him, to wit, on the sinners, since the greater is his own
punishment for every evil they did through his séduction ofthem, inciting
every evil.
21. Awful, in sooth, and hideous is that prison which the Lord has
made for the Devil with his fiends, to wit, Hell. Low, now, and deep is
its place. For though a millstone were cast into Hell's mouth, notsooner
than at the end of a thousand years would it reach the bottom. The
soul's journey, now, after coming from the body, (is) for a space of thirty
years from top to bottom thereof, as is the opinion of certain persons.
Strong is that prison's surrounding : it is full of fear, dread, danger, lamen-
tation (?). Dark, black, hideous is its open mouth. Itisarockforchastening
every soûl that is tortured. It is a flame for burning. It is a scourge for
smiting. It is an edge for maiming. It is a night for blinding. It is a fog for
smothering. It is a cross for torturing. It is a sword for vengeance. It is
an awful weapon for slaying and for cutting. It is a roaring (?) of tortu-
res. It is a crowd of punishments. It is a drowning, it is a plaguing. It
is a breaking : it is a bruising, it is a pollution, it is an exhaustion, it is a
consuming, it is a hacking, it is a burning, it is a swallowing: it is high,
it is low, it is very cold : it is very hot, it is narrow, it is wide : great
is the stench of the steam of its (burning) flesh.
22. Now though one should be put in seven âges and though there
should be a thousand years in each âge of them, not more than the one
and twentieth part of Hell's evils would he relate. But those are the chief
détails of Hell with its tortures. Beside it even the high kingdoms of the
world, from sunrise to sunset, were not greater than a drop on (the)
earth if thy dwelling were that dwelling and if thou wert appointing
the habitation of that prison.
23. But the Saints and the Righteous, who hâve fulfilled the commands
of the Lord and histeaching, will be called to glory, to honour, to véné-
ration, into the eternal Life on God's right hand, for ever and ever, to
wit, the folk of gentleness and tenderness, of charity and of mercy, and
of every fair deed besides, a folk of virginity and pénitence, and widows
faithful for God's sake. Then shall there be a great noise and mighty
2 5 6 Tidings of Doomsday .
sin bias tairm adbul 7 fogur dermar nananmand nglan iccéimnigud fordeis
anrig 7 atigernai issinflaith nemda ïnggradaïb rig nimi 7 talman 7 iffwn.
Air m ifil intsoilsi dorôisce cachsoilsi. cach tairthim. ce[n)terbrûd. ccndor-
chataid. Beihu suthain cenbas. nuall faelii centorsi. Slanti cengalar. ôetiu
cen seniataid. sid cendebaid. saime cendôinmige. saire cen saethar cen snim.
cen ocorus bid no etaig no cotulta. ndimi cen ais cen ercra. Oentu solusta
aingel. Airera parduis. Fledugud centurbrûd etev noingradaib aingel 7
noemthuath richid 7 nôemairechtaib inrig rouasail. 7 eter ndemilachtaib
spirtdldaib nimi. 7 eirochta giène. hi flaith aird âasail adamraigthi. chdim
choir chumthaigihi. môir min milidi. sair sdim sorchaide. imbrugib richid.
[j4a] isostaib dibnib. hi cathdirib ôrdaib. illepthaib glainidib hisostaib
argdidib. isudigfidQr cachôcnduine arammiad 7 ardliged 7 arasognim
fodein.
24. ISdiasncdi immurrofarsingej lethet naflaîha nemda. ar intén aslua-
thiu lùamain forbith nithairseà dé toichell richid otossuch domain coa-
dered.
25. ISadbul dam. asuthaige 7 asolsi. achaime 7 achobsaide nacathrachsin.
Asdmi 7 asomilsi. Afostacht alogmaire. arrédi arruthnigthi. aglaine agrdd-
maire. agile aceôlmaire. andimi aniamglaine. ahaille a hailgine. a hardi a
hetrocta. a hordan ahairmitiu. a Idnsid a lânôentu. niîûalaing îrd nach
ndùil inchétmad rand do tuarascbail maihiusa na cathrachsin dinnisin. acht
ammdin isferr inbecansa dib dinnisin indd beith hitast.
26. Mogenair /mraurro bias coude garliud. 7 condegnimaib 7 berthair do
aittreib nacathrachsin illo brcitha. dr blaid tria bithu cen chrich cenforcend
inôcntaid nahecailsi nemda 7 talman. inôentaid ûasalathrach 7 fddi apstal 7
descipul isu crist. nôem 7 nôcmog indomain, aingel 7 archaingel incomded.
isinnôentaid as uasliu cach nôentaid. innoentaid nanôem trinoti ùasli athar
7 maie 7 spirta ndim.
Tidings of Doomsday . 257
sound of the pure soûls stepping on the right hand of their King and
their Lord in the heavenly Kingdom, in ranks of the Kingofheaven
and earth and hell. A place wherein is the Light that excels every light,
every splendour, without interruption, without darkness. Life eternal
without death : clamour of joy without sorrow : health without sickness:
youth without old âge : peace without quarrel : rest without adversity :
freedom without labour, without fatigue, without need of food or rai-
ment or sleep : holiness without âge, without decay : radiant unity of
angels : delights of paradise : feasting without interruption among nine
ranks of angels and of holy folks of heaven and holy assemblies of the
most noble King, and among holy, spiritual hues of heaven and bright-
ness of sun in a kingdom high, noble, admirable, lovable, just, ador-
ned, great, smooth, honeyed, free, restful, radiant : in plains of heaven,
in delightful stations, in golden chairs, in glassen beds, in silvern sta-
tions wherein every one shall be placed according to his own honour
and right and welldoing.
24. But indescribable are the amplitude and width of the heavenly
kingdom. For the bird that is swiftest of flight upon earth, for him the
journey of the kingdom would not end ^though he flew) from the world's
beginning until the end thereof.
25. Vast, then, are this fruitfulness and the light, theloveableness and
the stability of that City : its rest and its sweetness, its security, its pre-
ciousness, its smoothness, its dazzlingness, its purity, its lovesomeness,
its whiteness, its melodiousness, its holiness, its bright purity, itsbeauty,
its mildness, its height, its splendour, its dignity, its venerableness, its
plenteous peace, its plenteous unity. Yea, not fit is any créature to set
forth the hundredth part of the description of the goodness of that City,
but still it is better to relate this little of them than to be in silence.
26. Happily born, in sooth, was he who shall abide with deservin-
gness and with good deeds and who shall be taken to dwell in that City
at doomsday ! For he shall abide through âges without limit, without
end, in the unity of the Church of heaven and earth, in the unity of the
patriarchs and prophets, apostles and disciples of Jésus Christ, of the
saints and holy virgins of the world, of the angels and archangels of the
Lord, in the unity that is higher than any unity, the unity of the high,
holy Trinity, Father and Son and Holy Ghost.
CORNICA'.
IV. — THE FRAGMENTS OF A DRAMA in Add. Ch. 19,491, Mus. Brit.
The following fragments were discovered by Mr. Henry Jenner, on
the back of a Latin charter, in the British Muséum, and published in the
Athenaeum for ist Dec. 1877. As Mr. Jenner's readings seemed to be,
in some cases, clearly wrong, I procured, through the Rev. Canon Wil-
liams of Rhydycroesau, a photograph of the original, and, though the
first four lines are very faint, I think the following text is fairly trust -
worthy. In language thèse fragments resemble the dramas published by
Mr. Edwin Norris and the poem of the Passion, published by myself.
The handwriting is said by Mr. Jenner to be 'cire. 1400'. The infected
à (Welsh dd) and sometimes th are in the ms. represented by a character
like the long German z. For this I hâve had to use z.
1 Golsovv (?) ty cowez
byz na borz mez
dyyskyn ha powes
4 ha zymo dus nés
mar cozes ze les
ha zys y rof mowes
ha fest vnan dek
8 gènes mar a plek
ha tanha y
kymmerry zoz wrek
sconye zys ny vek
12 ha ty a vyz hy
hy a vyz gwreg ty da
zys ze synsych [sic. leg. synsy)
1. See Revue Celtique, III, p. 85.
Cornica. 259
pur wyr a lauara
16 ha govyn worty
lemmen yz torn my as re
ha war en greyz my an te
nag vsy far
20 an barz ma ze pons tamar
my ad pes ' worty byz da
ag ol ze voz hy a wra
rag flog yw ha gensy doz
24 ha gany ze gafus y boz
kenes mes zymmo ymmyug
eug alemma ha fystynyug
dallaz a var infrez dar war
28 oun na porzo
ef emsettye worzesy
kam na vezo
mar az herg zys gui neb tra
$2 lauar ze sy byz ny venna
lauar zozo gwra mar mennyz
awos a gallo na wra tra vyz
in vrna yz sens ze vos meystres
36 hedyr vywy hag arluzes
ras 0 ganso re nofferen
Cuites yw ha deboner
zys dregyn ny wra
40 mar an kefyz in danger
sensé fast indella.
Translation.
Hearken, thou comrade,
Be not ashamed.
Alight and rest,
4 And draw nearer to me.
If thou knowest thine advantage
1 . Ms. ad my ad pes
260 Cornica.
1 will give thee a maiden
And one very fair.
8 If she pleases thee
Go, take her.
Take her for thy wife.
She will not say thee nay,
1 2 And thou shalt hâve her.
She will be a good housewife
To thee to hold.
Right truly I say
16 Go thou, ask of her.
Now into thy hand I give her,
And, by the faith (?), I swear it
It is not far
20 On this side to Tamar bridge.
I pray thee be good to her,
And ail thy pleasure she will do,
For she is a child and therewithal sweet,
24 to find her désire.
Though it be a shame to me, kiss ye,
Go ye hence and hasten.
[The remaining speeches are addressed to the lady :]
Begin early
28. That he hâve no fear.
To set himself against thee
Would not be a step.
If he commands thee to do any thing
32 Say to thyself 'Never will I (do it)'.
Say to him «. I will do (it) if thou wishest. »
Though he could, he will do nothing.
In that hour hold thyself to be mistress
36 And lady, as long as thou livest.
Grâce was with him, by the mass !
Courteous is he and gentle.
He will not do evils to thee.
40 If thou wilt hâve him in 'thy) power
Hold him fast thus.
Cornica. 261
Notes.
Line 1 . Golsow 'Mr. Jenner has golsoug; but I can see no g in the photo-
graphi =goslou 0. 1365 = gosleuw D 496, 2d sg. imperat. of gol-
sow as to hear : so in Cr. 636 : golsow, golsou, Eva. The Br.
sezlou may be cognate.
2. borz a mutation of porîh 2a sg. imperat. of porihy portare (W. porthi):
mez for meth s. shame, Br. mezz 'honte' Cath.
3. dyyskyn (Jenner : dy yskyn) 'descend'; cf. dyyskennes descendat
0. 2029. Br. disquenn Cath.
4. dus 2d sg. imperat. of dos. nés nearer.
$. cozes 'scires' a mutation of gozes, gozjes, written goîhfes 0 1 5, 2d sg.
2dy près, of gothfos (vid-butii, W. gwybod, Br. gouzout.
8. ha 2d sg. imperat. of aj eo. So in P. 34, 4 : ha nawra na moy pegha
go, sin no more. Root AG. tanha-y for tanna (pi. tannegh, Mer.
960) with the suffixed pron. y for hy. The usual form of the 2d
sg. imperat. of this verb is tan.
1 1. sconye — sconya 0. 1238, to refuse, to deny: the form vek must be
a mutation of bek or mek — both unknown to me.
12. ty a vyz, better ty afyth, tu habebis, P. 1 36, 3.
17. yz torn tor yth dorn, 0. 1455 : yth torn sens the honan 'in thy hand
hold (it) thyself. my as re (Jenner : my of re) 'I will give her' \rey
to give). In my as re R. 675 the s means 'them'.
18. te 3d sg. fut. of toy, W. tyngu, Ir. tongad = do-fongad, where fong-
= e>/.. in ¥t'j'/yj.x'.. [L Schmidt, Kuhn's Zeitschrift XXIV. 218,
note). For my an te (also in P. 85 1, 1880, R. 3491 Mr. Jenner gives
us iuyance.
23. doz, perhaps a loan from the Fr. doux.
25. ymmyug 2a pi. imperat. of amme to kiss. Cf. am kiss, 0. 1769,
ymmy thou shalt kiss, 0. 1764. The Br. afa seems cognate, and
both may be loans from amare.
28. For oun na porzo lit. 'that he bear not fear'. Mr. Jenner has onnana
(?) por zo. Cf. na berthewgh own a henna 'do not bear fear of that'.
0. 2508. na porth own vyth 0. 1467.
29. worzesy for worîhes sy = worîhys gy R. 1728, Welsh wrthyt ti.
31. herg for ergh, ]d sg. fut. of argha = W. erchi. So why a ergh ye
shall command, P. 170. Hère g is written forg/z \fh) as in fystynyug,
ymmyug 25.
36. hedyr vywy (Mr. Jenner : hedyf vy wy) = hedre vywy 0. 243, where
vywy is a mutation of bywy, bewy, 2d sg. conjunctive of bewe
'vivere'.
Rev. Celt. IV !8
2 62 Cornica.
37. re nofferen for ren offeren, where ren (= ran Mer. 399) is the prep.
re (Z.2 666) with the article, and offeren (= offerenn, Cath.) is a
loan from the Latin offerendum.
39. dregyn (Mr. Jenner, dregyn) pi. oi drok. So in Mer. 11 10, drgge/z
4005, drega/i 4139.
40. danger 'power' : so in Mer. 3483.
41. sensé = sens + e a suffixed pronoun.
V. — CORNISH PHRASES.
The follovving twenty five phrases are found in Borde's Introduction oj
Knowledge, 1 542 , the first book of which was edited by Mr. F. J. Fur-
nivall, for the Early English Text Society, in 1870. The phrases are given
at pp. 124, 12$ of Mr. Furnivall's édition, from which I hâve reprinted
them exactly, adding after rnost of the phrases what I take to hâve been
meant by Borde or his Cornish informant.
1 God morow to you, syr !
Borde : Dar day dew a why, serra !
Read : Da-deth de why, serra.
2 God spede you, mayde !
Borde : Dar zona de why math-tath !
Read : Dorsona de why mathtath.
3 You be welcome, good wyfe !
Borde : Welcom a whe gwra da !
Read : Welcom oh why gwrac da.
4 I do thanke you, syr.
Borde : Dar dala de why, syra.
Read : Dur dala de why, syra.
5 How do you fare ?
Borde : Vata lew genar why ?
Read : Vatel ew genoh why ?
6 Well, God thanke you, good master!
Borde : Da dar dala de why, master da.
Read : Da, dur dala de why, master da.
7 Hostes, hâve you any good meate ?
Borde : Hostes, eus bones de why /
Read : Hostes, eus boues [== bôs] mas de why i
8 Yes, syr, I hâve enowghe.
Borde : Eus, sarra, grâce a dew.
Read : Eus, serra, grâce à dieu.
Cornica. 265
9 Giue me some meate, good hostes!
Borde : Rewh bones de vy, hostes da!
Read : Rewh boues [== bôs] de vy, hostes da.
10 Mayde, giue me bread and drinke !
Borde : Mathtath, eus me barow ha dewas!
Read : Mathtath, eus me bara hadewaz.
1 1 Wife, bringe me a quarte of wine!
Borde : Cwrac, drewh quart gwin de vy !
12 Woman, bringe me some fishe !
Borde : Benen, drewh pyscos de vif
1 3 Mayde, brynge me egges and butter!
Borde : Mathtath drewgh me eyo hag a manyn de vi!
Read : Mathtath, drewgh oyow hag amanyn de vi.
14 Syr, much good do it you !
Borde : Syrra, betha why lowe weny cke !
Read : Syrra, bethoh why lowenek.
1 5 Hostes, what shal I paye ?
Borde : Hostes, prendra we pay ?
Read : Hostes, prendrama paya ?
16 Syr your rekenyng is .v. pens.
Borde : Syrra, iges rechen eu pymp in ar
Read : Syrra, âges recken eu pymp dynar.
17 How many myles is it [hence] to london ?
Borde : Pes myll der eus a lemma de Londres ?
Read : Pes mylder eus alemma de Londres ?
18 Syr, it is thre houndred myle.
Borde : Syrra, tray kans myle dere.
Read : Syrra, try kans mylder.
19 God be with you, good hostes !
Borde : Bena tewgena a why hostes da !
Read : Bennatew genoh why , hostes da !
20 God gyve you a good nyght !
Borde : Dew rebera vos da de why !
Read : Dew rebertha nos da de why!
2 1 God send you wel to fare !
Borde : Dew reth euenna thee why fare eta !
Read : Dew reth ewna the why faria etta.
22 God be wyth you !
Borde : Dew gêna why !
23 I pray you, commend me to ail good felowes.
264 Cornica.
Borde : Meesdesyer, why commende me the olde matas da.
Read : Me as desyr why, commend me the oll matas da.
24 Syr, I wyl do your commaundement.
Borde : Syrra, me euydengewel âges commaundement why.
Read : Syrra, me a vydn gewel [= gâl] âges commandement why.
2 $ God be with you !
Borde : Dew gêna why !
Notes.
1 . da-deth pronounced dâ-dê.
2. dorsona = du-re-sona, may God sain! Rev. celt. III, 85. mathtath
for maghteth.
3. oh why, Mid. Corn, ough why.
4. durdala = du-re-tala ''may God repay !' Rev. celt. III, 85.
$. Vaîel Mid. Corn, fatel =pad-del.
7, 8. eus 'is', 'there is'. In 10 eus me seems 'let me hâve'.
13. amanyn butter, Old Corn, amenen, emenin. Br. amanen, Ir. imb,
Lat. unguen.
14. lowenek =. W. llawenog glad, joyful, bethoh why be ye.
1 5. pendrama 'quid faciam' Mer. 678 (= pa-en-tra-graf-ma).
19. bennatew = bennath dew 'benedictio dei'.
20. rebertha= re-pertha 'portet'.
2 1 . ewna from ewne to make straight, adjust. etta for yn ta well.
24. vydn a mutation of mydn, late Cornish for mynn.
2 5 . gêna for genoh, genogh.
VI. — POLI, POLY.
In the Cornish drama called Beunans Meriasek (London, Trùbner, 1872)
the word poly occurs at pp. 78, 80, 82, 84, 86, always after Episcopus.
I thought it was a mistake for the Istrian town Pola, the seat of a
bishopric, and translated it accordingly. I now see that poly is the Old
Cornish poli, which glosses provincia Z.2 1077, anc^ tnat (( Episcopus
poly « means a provincial bishop. Poli 'the/? is quite clear in the ms.)
must be a loan from the French palis (paulis in D'Aubigné cited by
Littré), which itself cornes from the low Latin pâlicium. The « Pale »
(the English province in Ireland) will occur to every one.
W. S.
MÉLANGES.
SIRONA.
NOTE COMPLÉMENTAIRE.
Depuis que j'ai envoyé à la Revue quelques considérations sur Sirona,
des renseignements inattendus m'ont permis de corriger des fautes de
transcription, de discuter une attribution douteuse et de mettre sous les
yeux du lecteur un texte oublié.
I.
Le n> 4 de ma nomenclature, p. 1 33, porte non pas MARIANVS,
comme l'indiquait Brambach, à qui je l'avais emprunté, mais MARCIA-
NUS, ainsi qu'on peut s'en assurer en consultant, au musée de Saint-
Germain, la précieuse collection de moulages qui s'y développe chaque
jour.
Le n° 1 0, que je ne connaissais que par le Bulletin monumental, a été
examiné sur place par un savant épigraphiste, M. R. Mowat, qui y lit :
NVM-AVG-DE | SIRONA'CA///// | MAGIVSLVLIB | VS'I/M.
Le premier éditeur, M. de Caumont, avait remplacé MAGIVSIA par
MAGIVSA et LIB par SIBI qui n'avait aucun sens.
IL
M. Sansas, dans un travail posthume récemment publié1, avait
reconnu le nom de Sirona sur un autel quadrangulaire, plus large que
profond, avec niches et figures. Ce monument a été brisé par le milieu ;
la partie supérieure seule en a été retrouvée ; elle est fort détériorée.
l. Note sur les fouilles exécutées à Bordeaux de 1863 à 1876, Société archéologique
de Bordeaux, t. V, p. 175 et 176.
266 Sirona.
Parmi les figures dont le buste se détache dans les niches, on ne dis-
tingue nettement que Mercure encore reconnaissable aux ailes de sa tête
et à son caducée. Ce dieu occupe la quatrième face. L'inscription de la
première face se compose d'une dédicace et des dénominations d'un
consacrant ; elle se développe en deux lignes sur le bandeau de l'enta-
blement et sur la frise ; les frises des trois autres faces laissent voir éga-
lement des noms de consacrants, mais leur entablement ayant été plus
ou moins détruit, on ignore si leurs bandeaux portaient des dédicaces.
Les inscriptions se lisent ainsi :
l° ////ONAÉ M-SVLP1CIVS PRIMVLVS
TVRIASSONESIS SEVIRAL-D-S-P-F-C-
2° SVLPICIA PHOEBE-F-
3° SVLPICIACENSORINA-F-
4° SVLPICIVS SACVRO-F"
Le principal personnage de la famille qui avait élevé le monument,
Sulpicius Primulus, était originaire du municipe de Turiasso et ancien
sévir. M. Sansas, dont les lectures étaient ordinairement justes, n'avait
distingué ni l'ethnique, ni le titre de sévirai ; ces deux mots ont été réta-
blis par M. Reinhold Dezeimeris, qui prépare un mémoire dans lequel
l'autel de Bordeaux sera incidemment étudié. Maintenant, est-ce bien
Sirona qui est mentionnée, comme le pensait M. Sansas, sur la face
principale? M. Dezeimeris en doute et propose Dirona, fontaine de Bur-
digala rangée par Ausone au rang des déesses ' , ou mieux encore Bel-
lona, à qui conviendrait peut-être la figure très mutilée qui occupe la
première niche. Il y a, il est vrai, ainsi que je l'ai dit dans mon premier
article, bien d'autres divinités indigènes ou romaines dont les noms sont
terminés en ona, mais les divinités indigènes, celles qui sont invoquées
dans les provinces, ne sortent pas pour la plupart de leur pays d'origine2;
il en est de même des divinités secondaires de Rome, dont les autels,
rares en Italie, se rencontrent encore moins au delà des Alpes. On peut
donc supposer qu'aucune de ces divinités n'était mentionnée dans la dédi-
cace de Sulpicius. Le champ des hypothèses ainsi réduit, on n'a plus à
choisir, sans parler de Divona qui n'a jamais figuré dans une inscription,
qu'entre Epona qu'on rencontre un peu partout, Bellona proposée par
M. Dezeimeris, et Sirona mise en avant par M. Sansas. Mais Epona
semble être hors de cause, car elle est représentée d'ordinaire à cheval ou
i. Les villes célèbres, XIX.
2. Les divinités topiques des provinces, telles que Damona, Jalona, Nemetona, Rittona,
Sentona, etc., n'ont été pour la plupart rencontrées qu'une seule fois.
Sirona. 267
avec un cheval près d'elle, ce que le dispositif de la niche ne paraît pas
pouvoir comporter. Restent donc Bellona et Sirona. Mais, si l'on doit
objecter à M. Dezeimeris que les autels de Bellona sont fort rares, en
dehors de Rome où son culte avait des fanatiques, et qu'ils ne sont
généralement élevés que par des hommes appartenant à l'armée, il est
une remarque qui vient jusqu'à un certain point à l'appui de son opi-
nion. Sulpicius Primulus était en effet d'une ville renommée, comme sa
voisine Bilbilis, pour la fabrication du fer et des armes1. On a retrouvé
à Bordeaux Tépitaphe d'un Bilbilitain. Il ne serait donc pas impossible
de croire que l'habitant de Turiasso était venu également s'établir dans
le grand emporium voisin de l'Espagne pour y vendre les produits de sa
ville natale ; or Bellona semble de nature à avoir été invoquée, dans un
intérêt professionnel, par un marchand d'armes, plutôt que Sirona.
III.
Une excellente table des annales de la Société des antiquaires du Rhin,
à Bonn, m'a fait retrouver un texte que j'avais négligé et dont on doit
la connaissance à M. Becker, de Francfort2 :
SIRONAE | C-IVLIVS RESTITVTVS | C- TEMP-D-S'P.
L'inscription se lit sur un cube de grès exhumé en 1867 à Wiesbade,
avec une brique de la légion XXIIa PR. P. F. et des conduits dont quel-
ques-uns portent en estampille : LEG-XIIII-GEM-MAR-VIC. Déjà, en
1874, le même point avait fourni un vœu à Apollon Toutiorix, consacré
par un centurion de la légion Vlla Gemina. Du tracé des substructions,
qui semblent appartenir à un édifice religieux, et des découvertes qui y
ont été faites, M. Becker a conclu qu'il y avait eu à Wiesbade un temple
en l'honneur d'Apollon Toutiorix et de Sirona et que ce temple avait
été élevé par les légions romaines. Si donc Apollon, dans les monuments
qui nous occupent, est surnommé non seulement Grannus 1, mais Tou-
1. Pline, XXXIV, ch. xli, 3. — Martial, epig. L. I. c. jo.
2. Jahrbùch. des Vereins von Alterthumsfreunden im Rheinlande, t. XLIV et XLV,
1868, p. 63-65.
3. D'après l'auteur anglais dont l'opinion est reproduite par M. Alfred Maury,
Grannus viendrait de l'irlandais Grian, chaleur ; cette étymologie n'est pas admise par
tous les philologues. M. d'Arbois de Jubainville considère l'étymologie de Grannus comme
n'étant pas encore trouvée. On peut ajouter qu'il n'est pas certain que les noms propres
qui se rencontrent sous l'empire dans les inscriptions des deux Germanies dérivent
exclusivement du celtique. Il y avait, dès le temps de César, bien des Germains mêlés
aux anciens habitants des bords du Rhin ; en outre, les légions chargées de défendre les
confins étaient loin d'être exclusivement composées de Gaulois et l'on sait qu'elles étaient
appuyées par de nombreuses cohortes auxiliaires recrutées dans toutes tes parties du
monde romain, en Orient comme en Occident.
268 Geroid 'larla.
tiorix ' , on est fondé à repousser la théorie qui s'appuie sur le premier
de ces surnoms pour limiter le rôle du dieu dans son association avec
Sirona. D'autre part, l'Apollon au culte duquel les légions tout entières
se seraient associées et dont les fidèles comptaient des deux côtés du
Rhin des légionnaires et des vétérans 2, devait, lors même que ses attri-
buts ne nous l'apprendraient pas, être un Apollon romain ou tout au
moins romanisé, encore bien qu'il ait été associé à une divinité qui paraît
indigène. Les hypothèses de M. Becker tendent donc à confirmer ma
manière de voir au sujet du mythe d'Apollon et de Sirona.
Ch. Robert.
GEROID 'IARLA
Addiiional Notes.
In the following additional notes on the Gerôid 'larla legend, which
the editor has been able to prépare since the paper was committed to
type, some wider analogies are briefly examined.
The taie is probably connected with myths of ancient Indiaandancient
Greece, and one of its oldest forms is the Garuda, or Garudas. This
fabulous being, half man, half bird, appears in the Vedas, the Mahdbhd-
rata, and the Rdmdyana. His bird nature partakes of that of the eagle,
kite, or crâne. The wars of Garuda, or the Garudas, with the Nagas,
or water serpents, seem the parallelofthe warofthe Crânes (garanoi) and
the Pygmies, and ofthe fabled enmitiesof Crânes and Frogs*. Thestory,
as told in the Mahdbhdrata, of the birth of Garuda and his twin brother
from an egg recals the taie of the swan-born and egg-born sons of Leda,
the Dioskuroi. In other points the nature of Garuda approximates to that
of the swan, which bird alternâtes wijh the crâne in versions of the
seventh story of the First Book of the Pantschatantra. Garuda is the
father and king of the divine birds (Suparna) ; and it is very important
that thèse hâve their abode in the underworld (Lassen, I. 786). It may
1. Les celtistes sont d'accord pour reconnaître dans Toutiorix le « chef de la cité ».
2. La XXIIe légion qui aurait, suivant M. Becker, contribué à l'érection du temple de
Wiesbade et dont un vétéran (voir le n° < de ma nomenclature) avait dédié en Wur-
temberg une aedes et des signa à Apollon et à Sirona, est restée pendant presque tout
l'empire dans les confins germaniques ; il n'en a pas été de même de la XI Va Gemina.
La Vlla Gemina a appartenu à la Pannonie, puis à l'Espagne. (Voir P. Charles Robert,
Coup d'œil général sur les légions romaines, in-40, 1867.)
3. Cf. also Garuda and the dwarf hermits (De Gubernatis, Z. M., Il, 95).
Geroid 'Iarla. 269
be mère coïncidence that Garuda, in his contests with the Nagas, has,
like Ger6id 'Iarla, the power of diminishing his size at will (Mahâbhâ-
rata, éd. Fauche, I. 1496).
Students of the Swan-Knight legend hâve frequently recognised the
fact that it is from the other world that the mysterious stranger, Lohen-
grin, Helias, Salvius, arrives. Ger6id 'Iarla is directly connected with
the same world of the dead. He is a king among the Sidhfir; is bound
(according to another legend) to an enchanted pillar in Loch Guirr; and
from the other world is to arise, according to a Munster prophecy, moun-
ted on a black steed with white face — each ciar ceannainn — to join in
the final war, « and avenge the blood shed on Sunday eve at Aughrim. »
Gérard and Gerôid are related to the classical Charon, the ferryman of
the underworld, and still more to the Charos of modem Greek supersti-
tion. As Gerôid 'Iarla is associated with the underworld tree, so the
pathetic Neohellenic songs published by Schmidt often mention Charos,
the bitter Death-God, in connexion with an infernal tree, garden, or
tower (Griechische Maerchen , Sagen und Volkslleder. Leipzig, 1877.
Nos. 22, 23, 24) '. Geroid marries an ordinary mortal woman, and
a marriage is in some way connected with many of the German Gerhard
legends — even that of Archbishop Gebhard (or Gerhard) of Cologne,
who so far forgot his order as to marry, and whose image at Lechenich
has always been black, let it be painted white ever so often (Wolf, D.
Maerchen, 189). Charos also, as would seem, marries a mortal (Schmidt,
n° 21, p. 165), and like Gerôid he carries off children to the shades
(Ib. Nos. 23, 24, 39). The young Irish earl's wonderful leap against
that of the lady at the supper-party answers to the leap by which Charos
vanquishes the widow's son at the marriage (op. cit. p. 163), only that
Charos seizes the beaten youth by the hair, and drags him off to the
grave. The boat feature is perhaps not wholly absent from the Ger6id
'Iarla legend ; for there was a prophecy that the last of the Seaforths —
a Scottish family, whose name was Mackenzie, but who alleged a des-
cent from the Fitzgeralds — should go back to Ireland in a black boat
(Celtic Mag. II. 276). Charos's boat and sail are black (Schmidt, 177)
— like the ships of the Phaiakians. Nor is the feature of the transfor-
mation wanting to complète this parallelism of Charon with Garuda,
1 . The notion of such a tree was familiar to the ancient mind, and occurs in Virgil's
famous description of Aeneas's infernal journey :
In medio ramos annosaqae brachia pandit
Ulmus opaca, ingens, etc. (Aen. VI, 282-283.)
The Mohammedans hâve a Sakkum tree in Hell , the fruits of which they say are the
devils' heads (C. G. Pfander, Remarks on the Nature of Muhammadanism. Calcutta, 1840,
p. 32).
270 Geroid 'Iarla.
Gerhard or Gerôid, for in some Neohellenic legends Charos appears as a
black bird (Preller, G. Myth. I, 673).
Space will not allow of an examination of other related myths, the
griffin, hippogriff, and sphinx, ail which, like the swan, are found con-
nected in ancient art with the underworld. It is worth notice that in a
gem described by Rathgeber the griffin is represented with a snake
wound round his foot [Gottheiten der Aioler, Gotha, 1861, p. 399). Swans
and dragons are also at war. The griffin is half eagle, halflion, and
X«pwv is used for both « eagle » and « lion ».
Neither can we do more than allude to other analogies of the legend
under considération. It seems, for example, though in a vague and con-
fused form, to be the basis of Coleridge's Ancient Mariner. At least the
mariner's glittering eyes curiously recal Charon (« from his bright fierce
eyes, » L. and Scott, s. v.) ; and the mention of the marriage,the death
of the water-bird, and the ship of the dead seem to hâve ail like signi-
ficance.
The reader has noted a certain resemblance running through the
names Garuda, Charon, Gérard, griffin, garanos. We are not of course
called upon to make out a real etymological connexion between ail thèse
words, but it can hardly be doubted that the similarity of form has
affected the development and the dissémination of the several myths.
The name Gerhard itself was possibly regarded as formed, not from gêr,
a spear, but, like Eber-hard, Leon-hard, Bern-hard, from the name of an
animal — perhaps geier, the vulture. It is significant that the geier is a
bird ominous of death (Nork, Myth. der Volksagen, 383).
Cassel, in his learned little work, Der Schwan in Sage und Leben (Ber-
lin, 1861), justly remarks that thèse Swan- and Goose-legends relate to
the founding of leading families. The chief instance is the tradition of
the origin of the house of Bouillon. Another is that of « das Geschlecht
derer Gans » of Putlitz in Altmark, who sprang from Count Gerhard
of Mansfeld, an ail but solitary survivor of the knights engaged in
the bloody fight of Welpholz (an. 1 11 5) '. In several cases the legend
turns on the rise of a line from a point when it was ail but eut off. Such
is the legend of Tomds-an-'Apa (Thomas of the Monkey) which relates
the préservation of the infant heir when the rest of his house fell at Cal-
lan, and by which the Kildare Fitzgeralds account for the ape in their
arms2. In speaking of the probable immédiate source from which the
1. Temme, Die Volksagen der Altmark, Berlin, 1839 (p. 65).
2. In the original form of the taie the monkey must hâve been the direct préserver of
the infant heir.
Geroid 'Iarla. 17 \
Swan-Knight story spread through western Europe it is necessary to
say a word about a matter which cannot claim any particular gênerai
interest for its own sake, the origin, namely, of a family with whom the
legend is connected. The Irish Fitzgeralds claimed kinship with the
Florentine Gherardini, and the latter with them. An origin has also been
sought for both in the blood of Etruria or Rome. That theory, however
flattering to family pride, must surely be abandoned, for the name
Gérard is clearly Teutonic ; and though Irish antiquaries hâve not yet
shown sufficient research to be able to clearly connect the houses of
Desmond and Kildare with Germany, yet there seems to be fair pre-
sumptive évidence of this connexion. The name Gerhard, Gero, Gebhard,
Geroid, Gerwalt, goes back, it would seem, to a certain Gerhard (a
Salian Frank, some say) to whom Charlemagne entrusted the guard of
the Lahngau. The home of the Swan- or Goose-legend was probably
not far from Geroldseck, near which was Schwanau, and the streams
111 or Alsa, Else, Use, a name always associated with the legend. The
names Werner or Warin, Uto or Otto, Gerhard, ail associated with
the Fitzgeralds, are fréquent in the pedigrees of the Salian-Weiblingen
families. There is reason to think also that the families of Nassau and
Eppstein were akin to the Irish house. The arms of Geroldseck, of
Nassau, of some of the Florentine Gherardini, and of the Giraldi, are
substantially the same, a lion rampant. The Irish family hâve a différent
coat, a saltire, which however appears as the coat of Mehrenberg, on
the shield of Nassau, and as that of the Girolami. No adéquate expia-
nation has yet been offered on the following points :
1. Did the Fitzgeralds corne to England, and Ireland, from
Florence ? 2. Where did they get their arms ? And what does the Flo-
rentine Gamurrini mean by the statement that they « ne nome, ne inse-
« gna hanno mutato degli antichi Gherardini di Fiorenza » {Istoria
genealogica délie famiglie nobili Toscane et Umbre. In Fiorenza, 1671. II.
1 12) ? The Italian house bore a rampant lion, or three bars. 3. How
came the Desmond and Kildare houses by their badges of the Boar and
the Monkey ? On the latter point we will offer two suggestions to the
reader, in default of something better. The castles along the Rhine etc. are
called, as is well known, by names formed with stein : Eber-stein, Fal-
kenstein, Epp-stein, Bern-stein. The same thingoccurs in Ireland, where
the castles of the foreign barons are called Cloch (stone). Thus Cloch-
Gleanna, the Knight of Glynn's castle, Cloch-Locha-' Uachtair , the castle
(« stone ») of Lough Oughter. Now the German names are frequently
derived from animais, — Bern-stein, Eber-stein, Wolf-stein, — and
272 Geroid 'larla.
tradition may hâve seen a similar élément in Epp-stein, and in Epp-o,
the name of the founder of the Epp-stein line. That line frequently con-
tains the names Eber-hard, Ger-hard, which we hâve seen reason to
connect with animais; and as the Guelphs had a legend which explained
their name as Whelps, the name Eppo may hâve been thought to hâve
something to do with the old high german affo, an ape [*apfo], ang.
saxon apa, welsh epa. If this conjecture could be established the boar
and monkey would be mythical progenitors, protectors, or totems of the
respective races. Secondly , Charlemagne, by some accounts, made Gerhard
duke of Ardena (Cassel xvi). We know not whether there can be any
possible connexion of the Desmond Boar with the cognisance of ihe
lords of the Ardennes, the Rouge Sanglier1.
Passing to the mythological basis of the legend, we haveto point out,
first, that the place occupied by Charon in some of Schmidt's stories is
occupied in others by the sun-god Helios (op. cit. 105, 106). Helios's
golden boat, again, is very like the boat of Helias, though the connexion
of the names is doubtful. The solar explanation, which has been made
of late the vehicle of many absurdities, seems, nevertheless, to be clearly
applicable hère. The similarity of the account of the birthof Garuda and
his brother to the story of the birth of Leda's twins from the egg, and
the analogy of the Swan Knight taie, hâve been noticed by De Guber-
natis fil 1 8 5 j, 318). Now the twins born of Leda are nothing but Lato-
na's twins, Polydeukes and Helen (another form of Selene) answering
to Apollo and Diana, the sun and the moon. In the Mahdbkdrata Garu-
da's birth, his almost immédiate growth to great size and strength, his
loud cry, furious race, and flaming aspect, certainly strongly suggest
the inspired writer's description of the sun, « tanquam sponsus proce-
dens de thalamo suo ; exsultavit ut gigas ad currendam viam ; » and not
less the words of the modem poet,
Die Sonne toennt nach alter Weise
In Bruder-Sphaeren Wett-Gesang,
Und ihre vorgeschriebne Reise
Vollendet sie mit Donnergang.
It may be remembered that Kyknos, a near relation of Phaethon —
the personified solar heat — weeps for him till he is changed into a
swan. It seems then that the bird in thèse cases is the same which Aes-
1. In the Westmeath version of the Swan-Children romance, a certain enchanted swine
plays a leading part as the protectress of the children. Cf. the Kildare monkey story.
Note also the legend of the founding of Eppenstein (Schreiber) ; where Eppo's bride,
Bertha, and her « consecrated net » answer to 'Aine and her cochailin draidheacta.
Geroid 'Iarla. 273
chylus calls the « bird of Zeus » [Suppliants, 198), which Indian literature
knows as « the beautiful bird which flies in the firmament, » and
« Indra's bird » — the sun. The sea or river on which he swimsis that
of the sky, or of the underworld.
Charon in Etruscan représentations has often negro features. Charos,
as we hâve seen, is a black bird, or navigates a black vessel with black
sail, or he is a black man, and rides, like Gerôid 'Iarla, a black horse
(Schmidt, p. 160). A trace of the same idea perhaps survives in the
legend of Archbishop Gebhard and his black statue, referred to above.
From thèse and other features it seems clear that the solar bird in ail
thèse myths is the sun who seemed to descend at night into the lands of
darkness (hence old myths Connecting him with the Aethiopians, Preller
G. M. I. 353) ' ; one and the same with the swan which in the Kale-
wala swims on the black waters of the infernal stream (Apud Cassel, xn).
The swan and goose in thèse legends are often connected with darkness
and death. In children's rhymes the swan is spoken of as going to
England — in myth, a land of darkness and the dead (ibid., 38, 39). A
goose spirit swims on the Use (Proehle, Unterharzische Sagen, p. 100).
A ghostly white swan draws a man and his boat to an island in a
legend from Mark (Z. f. D. Mythol. III. 46). A swan-woman and her
castle sink into the Teufelsee, like Gerôid and his castle (Cassel_, 9).
The leap which appears in the Charos and Gerôid legends does not occur,
so far as we know, in connexion with Garuda. Garuda, however, is
Vishnu's bird ; and one is reminded of Vishnu's three (apparently solar)
strides ; and also of « the three high leaps and the three south leaps »
which Cu-Chulaind made on the Slfghe-Midlûachra (Seirglige Choncu-
lainn éd. 0 Curry, 122).
To what has been offered above upon the probable origin of the
Gerôid 'Iarla tradition should be added that the Florentine Gherardini
had their castles in the Val d'Else; andthat the name Lotteringo (Lohen-
grin) occurs among them. Traces of the legend may be perhaps discerned
in the following names : Schwanau, ///, Elz, Gans-pach (Gans-bach),
Epfen-dorf, ail near Geroldseck ; Eber-bach, Asch-a/e/z-burg (?) ; Epp-
stein, Eppen-slein ; Gérard-mer (in Vosges, near Remiremont).
II.
A version of the Gerôid 'Iarla legend localized at Castle-Island in
Kerry makes three of the Fitzgeralds fly away as wild geese, at the fatal
'• ... Titan médium quo tempore ducit
Sub nostra tellure diem (Lucan. 6, 570).
274 Geroid 'Iarla.
moment, neverto return. This circumstance, and the identity of geese,
swans, crânes etc. in thèse legends, suggest that in the cycle of myths
referred to above \ve may find something to throw light on the well-
known Gallic représentation found under the choir of the cathedral church
of Paris, the TARVOS TRIGARANVS, or bull with three crânes on his
back. In the first place that représentation should hâve something to do
with the very ancient cosmogonie fable — Egyptian, Persian and Chi-
nese — according to which the World-Egg, swimming about the sea,
floated to a rock, and lay there. The Bull came, and broke its shell
with his horns : forth came the world and ail therein, and the Bull ani-
mated men with his breath (Vollmer, Mythologie, s. v. Urstier). Various
interprétations are no doubt applicable to différent bull-myths. The
manfaced bull, represented on gems, on whose back rides a woman
presenting him drink, is probably a Sea- or River-Bull with a River-
Nymph. The original of the myth of Europa seems to be the Babylonian
moon-goddess Istar, depicted on seals as carried by the Bull. The
slaying of the Mithraic Bull represented, according to Statius, the domi-
nation of the Sun over the Moon. Corning, however, to the spécial
country in point, it is plain that the Bull was a prominent figure in
Gallic mythology, perhaps figured in some forgotten legend of the origin
ofthe Gauls. The Cimbri, Ambrones, and Teutones, the host which
menaced Rome with destruction in the consulate of Marius, swore « by
a brazen bull ». The Merovingian kings deduced their descent from a
bull which came out of the sea. Besides the Tarvos Trigaranus, Gallic
bronzes exhibit (Juppiter) Dolichenius and Mercurius each standing on
a bull D. Martin, Religion des Gaulois, I, 407, 442, 455).
In the majority of thèse cases the Bull would seem to be, in his
origin, an embodiment ofthe bellowing Thunder1; and the correspon-
ding female divinity, — Io, Istar, etc., — is primarily the Moon or
Moon-Cow. The Gallic Bull is perhaps one and the same with the bull
of Cûroi mac Dâire — Tarbh Conrui — which is famed in Irish tradition
yet. « Géim Tairbh Conru' san aer » (« the roaring of Cûroi's Bull in the
air ») is said of his bellowing ; and he is said to émerge from various
rivers and various lakes (e. g. Loch-Mic-Aicéid, Lough Hackett, in the
county of Galway). No doubt he has relations 1. to the F indbennach and
Donn-Chuailnge of the Tain ; 2. to the Ychain Bannog who draw the
Afanc from the lake in Welsh traditions. Cf. also the « Damh Dili, the
« third wonder of Glenn Dallâin. Out ofthe same lake came his father,
1. Or of Darkness, from which the Gauls sprang (ab Dite Pâtre). Caes. Comm. VI, 18.
Geroid 'Iarla. 275
« copulavitque cum a cow of the cows of the brughaidh near the church,
« so that he begot the Ox [Damhj of it. » (See original Irish apud OD.
ad OR., s. v. Dam dili.)
In the breaking of the World-Eggby the Thunder-Bull, and the géné-
ration of the Sun and Moon-Polydeukes and Helen — bytheThunder-God
Zeus in swan shape, we seem to see ideas which are illustrated by the
living superstition that « Swans are always hatched during a thunder-
« storm » (Noies and Queries, II. 510). And as the crânes, in the repré-
sentation under considération, may be taken as mythologically identical
with swans, we are thus able to connect both the Bull and the Crânes
with that élément which we know was the object of suprême adoration
in ancient Gaul, as in ancient Ireland and ancient Germany etc. — the
Thunder, deified as Taranis1, as Crom, as the hammer-bearing Dis
Pater, as Thor or Thunor, and Perkun.
It seems not wholly impossible that in the Tarvos Trigaranus some
allusion may hâve been imagined to Gaul itself and its three divisions
(« Gallia est omnis divisa in partes très », etc. CI. Caesaris Comm. I).
An odd coïncidence may be noted in modem English caricature. During
the Napoleonic war English mugs were made representing a human-
faced bull with a Jack-daw on his back looking across the Channel in
défiance at the Gallic Cock [Notes and Queries, 6 March 1880, p. 189).
The Crane-Dance, cited by Dom Martin, performed by Theseus and
his companions at Delos before Apollo's altar, in thanks for the victory
gained over the Cretan Minotaur, should properly be mentioned hère. Cf.
the English Duck-Song and game printed above ; and also the « Frog-
« Dance » which survives among school boys in England.
The incident of the weeping of Ger6id's wife, and his restoration of
sight to his child, seems related to the conception of the sun as « Iovis
« oculus », « Odin's eye », « Varuna's eye » (Preller, I. 3 52) ; to that
of Charon as « bright-eyed » ; and to the fable of the weeping Sun-
Swan Kyknos. Probably certain superstitious cures of eye disorders by
herbs etc. gathered on the eve of St. John's Day, — a solar festival —
must be explained in the same way.
Professor De Gubernatis justly remarks, « When the hero... becomes
« an aquatic bird. . » is drawn by a swan, or rides upon it, it means
« that heis traversing the sea of death » (Z. Myth. II. 316). Dr. Dennys,
who is unaware of Western parallels, writes as follows of Chinese
beliefs. « A number of curious practices connected with burial and mour-
1. Cf. Etterun, a British idol named in certain Irish tracts cited by Pétrie (Tara Hill).
276 Geroid 'larla.
« ning are without doubt purely Chinese. Thus, on the sixtieth day after
« death, the family place on a table a number of plates containing offe-
« rings of food etc. accompanied by the never-absent incense. Besides
« thèse they place on the table a wash-bowl full of water in which is
« floating half a duck's egg. A paper and bamboo duck, astride of which is
« a paper human image, is then placed on the water beside it. The image
« personifies the deceased, the duck his means of transport and the egg-shell
« a boat A yet more inexplicable practice is that of placing a paper
« image of the departed in a wheeled sedan-chair of similar material,
« to which is attached a paper crâne Ranged in front of the crâne are
« numerous articles of dress, money etc. (ail of course in paper), and in
« some way the crâne is supposed to convey both the spirit of the deceased
« and the goods on their onward passage. » (Folk-Lore of China, 1876,
p. 24).
In thèse notes we hâve not attempted an inquiry into the question
how much of the Swan-Knight taie may hâve been borrowed from
sources directly Celtic. It has often been conjectured that the élément
El- in Else, Helias etc. is the Celtic word ela, a swan. The legend assu-
mes interesting forms in Sweden, and other Northern countries ; and in
each case the same élément occurs in the names. This would suggest
that the Northmen may hâve brought back the taie with them from
Ireland and other Celtic lands. In many legends a Ring is associated
with the Swan. It appears in the arms of the Counts of Habsburg Lau-
fenburg, of the Lords of Crequi and Plesse, and in the badges of the
numerous Swan Orders (Cassel, op. cit., 32) : it may even explain the
meaning of the obscure badge of the Order of the Eléphant, instituted
by Christian I. of Denmark. At least it is worth noting that the swan is
primarily a solar bird. Now the ring of light which précèdes the sun's
risir.g is at this hour called in Ireland fdinne an lae (annulus diei). Can it
be that in thèse Celtic words, ela « swan », fdinne, « ring », we must
seek the explanation of the origin of the Eléphant Order? The royal
shield of Denmark, which is surrounded by the Eléphant collar, includes
also the collared swan of Stormar.
D. F.
Les langues celtiques dans les Iles Britanniques et en France. 27";
LES LANGUES CELTIQUES DANS LES ILES BRITANNIQUES ET
EN FRANCE.
D'après le travail de M. Ravenstein publié par le Journal of the statis-
tical Society, voici comment sont répartis les celtisants dans le Royaume-
Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande.
Irlande.
i° Dans les comtés où les Gaels sont en majorité, l'irlandais est parlé
par 343,297 individus
20 Dans les autres comtés par 474,277
3° Dans la Grande-Bretagne par 50,000
Total des Irlandais qui se servent de dialectes cel-
tiques 867,574
Ile de Man.
Celtisants 12,534
Pays de Galles.
i° Dans les comtés où ceux qui parlent le gallois sont en majorité, le
gallois est parlé par 887,870 individus
20 Dans les autres comtés par 46,660
30 Dans le reste de la Grande-Bretagne par 62,000
Total des Gallois qui se servent de leur langue ma-
ternelle 996,530
Ecosse.
i° Dans les comtés où les Gaëls dominent, la langue gaélique est par-
lée par
20 Dans les autres comtés par
3° En Irlande (Antrim) par
40 En Angleterre et dans le pays de Galles par
Total des Écossais qui se servent du gaélique
242,207 individus
58,746
301
8,000
309,254
Ce qui pour la totalité du Royaume-Uni donne 2,185,892 celtisants,
soit 1/7 de la population totale.
Si l'on veut déterminer le nombre de ceux qui se servent exclusive-
ment des dialectes celtiques et de ceux qui comprennent les deux langues,
on obtient le tableau suivant :
Irlande
Ile de Man
Pays de Galles
Ecosse
' Individus qui ne
comprennent que les
dialectes celtiques.
103,560
190
304,1 10
48,873
456,7??
2° Qui comprennent
l'anglais et le cel-
tique.
1,729,160
Total de ceux qui se
servent de dialectes
celtiques.
867,574
12,534
996,530
309,254
Rev. Celt. IV
2,185,892
'9
278 Les langues celtiques dans les Iles Britanniques et en France.
Pour la France, il n'existe pas de travail aussi complet et aussi sérieu-
sement fait que celui de M. Ravenstein; il est à désirer que lors du
prochain recensement cette lacune soit comblée, et que les feuilles de
recensement pour les départements où la langue bretonne est en usage,
aient : i° une colonne où l'on indique les personnes qui ne comprennent
que le breton; 20 une colonne où l'on indique celles qui comprennent
les deux langues; 30 une colonne où l'on indique celles qui savent lire
et écrire en breton.
En attendant ce travail complet, je vais essayer de dresser pour la
Bretagne un tableau analogue à celui que je viens de faire pour l'Angle-
terre d'après les travaux de M. Ravenstein. Les chiffres que je cite pour
la Bretagne, et qui sont empruntés à deux articles que j'ai publiés l'un
dans les Bulletins de la Société d'anthropologie, année 1878, l'autre
ici même (voir plus haut, p. 1 28), ne sont que probables, et entre eux et
la réalité il y a sans doute des différences de plusieurs milliers.
Bretagne.
Côtes-du-Nord
Finistère
Morbihan
Loire-Inférieure
Si l'on ajoute à ces chiffres celui des bretonnants des colonies de Tré-
lazéet du Havre, on arrive à un chiffre de bretonnants qui peut aller de
1,230,000 à 1,240,000. Si l'on adopte le premier chiffre, on peut dres-
ser le tableau suivant des celtisants qui habitent l'Europe.
Angleterre
France
Le nombre des celtisants en Europe peut être évalué en chiffres ronds
à trois millions et demi.
Paul SÉB1LL0T.
1° Individus qui ne
comprennent que le
breton.
2° Qui comprennent
le français et le
breton.
Total
de ceux qui se servent
du breton.
21 5,000
379,000
174,000
200
I 50,000
2 1 1,000
162,000
1,000
302,000
590,000
336,000
1,200
768,200
524,000
1,229,200
Individus parlant seu-
lement un dialecte
celtique.
Parlant
le celtique et une
autre langue.
Total des individus qui
comprennent les dia-
lectes celtiques.
456,735
768,000
1,829,158
524,000
2,285,893
1 ,230,000
',224,735
2,353>1$8
3,5ï5-893
BIBLIOGRAPHIE.
De quelques publications d'outre-Pyrénées.
La renaissance des études archéologiques en Espagne et en Portugal
doit beaucoup à M. Hùbner, non seulement par ses Inscriptiones Hispa-
nis Latins (qui forment le t. II du Corpus de Berlin), mais aussi par son
influence sur les savants de la péninsule ibérique que son exemple excite
et que sa critique souvent dirige. En même temps le savant de Berlin ne
cesse, dans des articles soit originaux, soit critiques, de faire connaître
le mouvement archéologique d'outre-Pyrénées.
Une récente brochure de M. H. raconte les fouilles de Citania et en
donne les résultats scientifiques '. Citania est le nom ^d'origine problé-
matique) d'une montagne dans la Serra de Falperra, dans la province de
Minho, nord du Portugal. D'après la tradition populaire, il avait existé
dans le pays une ville aujourd'hui disparue. On l'a retrouvée il y a quel-
ques années sur cette montagne de Citania dont la nature avait fait une
sorte de presqu'île, c'est-à-dire un lieu facile à défendre. Les fouilles
dirigées par un archéologue zélé et compétent, M. Sarmento, ont fait
retrouver des murs d'enceinte, larges de deux mètres, et de construction
cyclopéenne, des rues pavées, des huttes circulaires, des fragments
architectoniques, des pierres avec ornements, quelques fragments épi-
graphiques mais dont il ne sort aucune lumière historique) , des frag-
ments de poterie, et quelques monnaies (malheureusement la plus impor-
tante a été aussitôt perdue que trouvée). — Notons aussi que sur les
rochers du plateau on a constaté des signes circulaires analogues à ceux
que l'on a déjà remarqués dans beaucoup de pays et notamment en
Ecosse. — La conclusion de M. H. est qu'on a dans Citania un oppidum
i. Citania; Altherthùmer in Portugal, von E. Hùbner, 43 p. in-8. Berlin, Weidmann,
1880, extrait du t. XV de l'Hermès. — Cette brochure forme comme une seconde édition
de la monographie consacrée par M. H. aux ruines de Citania. Ce premier travail avait
été traduit en portugais avec notes et additions par M. Joaquin de Vasconcellos ; traduc-
tion qui forme le je fasc. d'une revue publiée à Porto par M. J. de V. sous le titre
d'Archeologia Artistica.
280 Bibliographie.
de l'époque anté-romaine, qui a survécu un certain temps à la conquête,
modifié dans ses usages par l'influence de l'industrie et de la civilisation
des vainqueurs, mais qui a commencé à se dépeupler dès le temps d'Au-
guste, alors que la population abandonnait ses nids d'aigle pour les
villes romaines. L'absence de gravures qui représentent les monuments
rend plus difficile la lecture du travail de M. H. : l'auteur en promet
pour une publication postérieure. Les monuments les plus importants
ont été représentés dans la revue madrilène La Academia de 1877.
L'un d'eux, la Pedra fermosa ou « belle pierre» où l'on voit, formant
bordure, une ornementation en spirale, qui rappelle de loin des S et des
C entrelacés, est figuré dans une brochure de M. Sarmento, l'heureux
explorateur de Citania, brochure publiée à l'occasion du précédent tra-
vail de M. Hùbner sur le même sujet '. M. Hùbner a rendu aux services
et au mérite de M. Sarmento un hommage auquel nous sommes heureux
de nous associer. Mais ce ne sera pas sans exprimer le regret que les
savants d'outre-Pyrénées croient licite de fabriquer des étymologies cel-
tiques avec le dictionnaire irlandais d'O'Reilly. Nous avons à cela plu-
sieurs raisons : i° Il y a dans O'Reilly des mots forgés, qui n'ont jamais
existé. 20 Les mots y sont donnés sous leur forme moderne. }° Pour
transporter un mot d'irlandais en ancien celtique, il faut tenir compte
des lois phonétiques de la famille celtique tout entière. Aussi est-il
impossible d'admettre que le mot airg, que M. Sarmento croit lire
dans un monogramme assez compliqué, soit le génitif d'un mot arg
« prince » qu'il a trouvé dans O'Reilly. Il est contraire à toute vraisem-
blance de supposer que les génitifs à flexion interne aient existé à une
époque aussi ancienne.
La même erreur capitale est au fond d'une dissertation publiée par un
jésuite espagnol, ingénieux historien, le R. P. Fita2. Le titre Restes de
la déclinaison celtique et celtibérique dans quelques inscriptions espagnoles
annonce une grande découverte, mais ce n'est qu'illusion. Le P. Fita
compare les noms et les formes des inscriptions hispano-latines avec
les mots et les formes de l'irlandais et du gallois : il suppose que les
phénomènes des langues neo-celtiques se sont passés dans l'ancien cel-
tique d'Espagne. C'est dire qu'il ne se rend pas compte que ces formes
néo-celtiques sont le résultat de longs siècles d'usure, et que la flexion
1. Observacoes a Catania do Snr. Doctor Emilio Hùbner. Porto, 1879, 46 p. in-8 et
2 planches.
2. Restos de la Declinacion céltica y celtibérica en algunas lapidas Espanolas por el
P. Fidel Fita, S. J., Madrid, Maroto, 1878, 172 p. in-8.
Bibliographie. 281
interne, par exemple, est sortie de la flexion externe sous l'influence de
l'accent tonique. A priori, il est invraisemblable que le celtique d'Espagne
ait vécu assez vite pour précéder les autres langues celtiques de mille
ans dans ce travail de décomposition. Cela est également invraisemblable
a posteriori, puisqu'on ne trouve rien de semblable dans le celtique de
Gaule. Le grave défaut de la méthode du P. Fita est justement de négli-
ger les formes gauloises qui sont à peu près du même âge que les formes
obscures des inscriptions d'Espagne et qui lui auraient fourni un inter-
médiaire entre l'Espagne et les Iles Britanniques.
Un exemple fera mieux voir le caractère aventureux des hypothèses
du P. Fita. Il trouve dans une inscription la formule VIF p. 171. Pour
lui c'est la forme correspondante au breton et au gallois mab, au gaé-
lique mac. Il explique Vi pour Va par l'exemple du pi. bret. mipien et du
génitif irlandais mie, — le V initial pour M par une mutation analogue —
et l'F pour P par l'influence des colonies grecques établies dans la région
où l'on a trouvé cette inscription. Laissant ce dernier point, qui échappe
à toute discussion scientifique par l'absence de faits du même ordre, il est
aisé de constater que Vi pour Va dans mipien et mie est un phénomène récent.
Le génitif irlandais mie est pour l'anc. irl. maie, lui-même pour *maqi,
forme probablement contemporaine des inscriptions latines d'Espagne ;
— le pluriel breton mipien est pour meib-ien, double pluriel formé avec
le suffixe ien à l'époque où la langue avait perdu conscience de l'ori-
gine de meib. Meib qui existe sous cette forme en gallois, est en effet
un pluriel à flexion interne, contracté d'un pluriel à flexion externe
*mabi ou *mapi. — C'est peut-être le radical de ce nom qui se ren-
contre dans le nom gaulois MAPILII connu par une marque de potier
(Schuermans n° 3253).
Le R. P. Fita dit très justement que dans l'étude des antiquités cel-
tiques de l'Espagne, il faut remplacer les systèmes a priori par la claire
lumière de la méthode expérimentale : « En vez de sistemas a priori que
conducen â resultados histôricos y etnolôgicos tan exagerados y apuestos
como los de Humboldt y Lemiére : lo que importa sobre todo es no dar
paso alguno que no lleve por delante la clara luz del método expérimental,
6 el criterio despreocupado que se funda sôlidamente en la verdad de
los hechos » p. 19-20 . Cela est fort bien dit, mais faire de la linguis-
tique sans tenir compte des lois phonétiques propres à chaque dialecte
et à chaque époque n'est pas appliquer la méthode expérimentale. Le
R. P. Fita s'en apercevra lui-même en poussant plus loin ses études de
linguistique. Il est aisé de voir que cette dissertation est l'essai d'un
débutant, mais d'un débutant à l'esprit trop large et trop pénétrant pour
282 Bibliographie.
ne pas se corriger lui-même. Nous attendons le R. P. Fita après son
voyage à Damas.
La dissertation de M. Jacques Costa sur l'organisation des Celtibères ■
est aussi déparée par des étymologies erronées. M. C. accepte les éty-
mologies du P. Fita et en tire des conséquences historiques : il en
donne aussi de son cru, en tirant de cette source impure d'O'Reilly.
Ainsi il en a extrait (p. 9), après bien d'autres, hélas! ce mot ibh, aibh
« tribu » qui n'existe pas et qu'on pourrait croire disparu de l'arsenal des
étymologistes après la note que M. Wh. Stokes a communiquée aux
Lectures de M. Max Mùller [La science du langage, sixième leçon, note).
M. C, du reste, a tiré des faits intéressants des inscriptions latines
d'Espagne publiées par M. Hùbner. — Il nous dit dans une note (p. 34)
que l'emblème de la race celtique était « la encina »; il ne s'agit pas du
dieu Encina dont il a été question plus haut (p. 1 12); encina veut dire
« chêne » en espagnol. H. G.
La Haute-Savoie avant les Romains, par Louis Revon, bibliothé-
caire et conservateur du musée d'Annecy. Paris, Champion, 1878,
63 p. gr. in-40 sur 2 col. avec 184 vignettes. — Prix : 10 fr.
Sous une forme simple, claire et modeste, M. R. a dressé un inven-
taire fort intéressant des antiquités et découvertes faites dans la Haute-
Savoie. Il traite successivement des objets suivants : grottes et abris, —
monuments mégalithiques, — âge de la pierre, — stations lacustres, —
fonderies, — âge du bronze, — sépultures, — oppida ou refuges, —
numismatique gauloise, — mythologie gauloise et légendes. — Un grand
nombre de dessins représentent les monuments et instruments dont il
est question. La Haute-Savoie est pauvre en dolmens ; on n'en compte
que cinq ou six, et il paraît que la Savoie est plus pauvre encore. Plu-
sieurs monuments ou accidents naturels portent là, comme dans le reste
de la France, le nom de Gargantua. M. R. a rapporté quelques histoires
de fées relatives aux pierres, mais il ne parle pas de pratiques supersti-
tieuses dont elles soient l'objet : les archéologues négligent un peu ce
côté de la question. M. R. parle (p. 5$) d'un rocher que « les chartes
du xive et du xve siècle appellent peulvanum quod dicetur Margena. »
Nous serions curieux d'avoir une indication précise de ces textes : car
l'emploi du mot peulvan nous étonne à cette époque et dans cette région.
1. Organizacion politica, civil y religiosa de los Celtiberos por Joaquin Costa, Doctor
en Derecho civil etc. Madrid, Montoya, 1879, 47 p. in-8.
Bibliographie. 28$
— M. R. donne une bibliographie détaillée des travaux dont chacun de
ces monuments a déjà été l'objet. Son répertoire est à tous égards inté-
ressant et utile.
H. G.
Recherches archéologiques sur les colonies phéniciennes éta-
blies sur le littoral de la Celtoligurie, par l'abbé J.-J.-L. Barges.
Paris, Leroux, 1878. In-8°, 160 pages. — Prix : 7 fr. 50.
En 1845, on découvrit à Marseille une inscription phénicienne du
plus haut intérêt : c'était le tarif des sacrifices d'un temple de Baal.
M. l'abbé Barges, qui fut un des premiers à l'étudier, crut y voir la
preuve de l'existence à Marseille d'une colonie phénicienne antérieure à
l'arrivée des Phocéens; et, depuis lors, il n'a cessé de défendre cette
thèse. C'est elle qu'il reprend aujourd'hui, en étendant ses recherches à
tout le littoral de la Gaule méridionale.
L'existence de comptoirs phéniciens sur les bords du golfe de Lion
n'a rien que de très vraisemblable. Les Phéniciens avaient des établisse-
ments sur presque tous les points du littoral de la Méditerranée, en
Grèce, à Malte, en Sicile, en Sardaigne, en Corse, en Italie; ils devaient
en avoir aussi en Gaule. Le danger est d'aller trop vite, et de voir les
Phéniciens partout, comme on a fait dans le temps pour les Celtes et
pour les Étrusques.
M. l'abbé Barges passe en revue dix ou douze noms : Pyrene ou Illi-
beris, Ruscino, Narbonne, Heraclea Viennensis, laCrau, Nîmes. Heraclea
Caccabaria, Alonis, Monaco, Portus Herculianicus et Marseille. Il
cherche à en établir l'origine phénicienne, soit par la tradition, soit par
l'étymologie, soit par des monuments.
Laissons de côté Narbonne, que rien absolument n'autorise à mettre
au rang des colonies phéniciennes. Une première catégorie comprend
des villes qui n'ont rien de phénicien, mais dont la légende rattache les
origines aux pérégrinations d'Hercule. On admet en général que cet
Hercule est Melqart, l'Hercule tyrien ; ses aventures sont la forme mytho-
logique que la légende a donnée aux migrations des Phéniciens. Illibéris,
l'ancienne Pyrene, au pied des Pyrénées, rentre dans cette première
catégorie. Le serpent dont accouche Pyrene, la fille du roi des Bebryces,
amoureuse d'Hercule, nous ramène à un ordre d'idées familier aux
peuples sémitiques. La plaine de la Crau, cette mer de cailloux qui s'étend
derrière l'étang de Berre, est le théâtre d"un mythe de la même famille.
C'est là qu'Hercule, étant arrêté dans sa marche par les fils de Neptune,
284 Bibliographie.
Albion et Bergion, le ciel vint à son secours, et écrasa ses ennemis sous
une pluie de pierres; mais c'est aller bien loin que de compter ces
endroits, sur la foi d'une légende aussi vague, au nombre des établisse-
ments phéniciens.
Une autre série de villes comprend celles dont le nom semble dénoter
une origine phénicienne. Ce sont tout d'abord les Heraclea, les Portus
Herculis, en général, toutes les villes, si fréquentes sur le littoral de la
Méditerranée, dans lesquelles entre le nom d'Hercule. On en compte
quatre entre la frontière italienne et l'embouchure du Rhône : Monaco
(Portas Herculis Monœc'v ; un peu plus à l'est, un autre Portus Herculis
\VHerculianicus Portus de l'Itinéraire maritime que Ptolémée distingue
du précédent ; puis, en allant vers l'ouest, Heraclea Caccabaria, à la
pointe Cavalaire,et l'Heraclea Viennensis, sur la rive droite de la grande
embouchure du Rhône. Nous avons là un degré de probabilité bien plus
considérable, parce que ces noms nous attestent l'existence du culte
d'Hercule, c'est-à-dire de Melqart, et viennent donner un point d'appui
à la tradition. Mais, là encore, il ne faut user de l'étymologie qu'avec
une grande circonspection.
L'origine phénicienne de Monaco ne laisse guère de place au doute.
Il y avait là un fort et un temple d'Hercule, Strabon le mentionne
expressément (/îepbv 'Hpay.Xécuç Movor/.o'j y.aXcu[xévou, 1. IV, p. 201-
202). L'aspect des lieux répond fort bien à l'idée que l'on doit se faire
des comptoirs phéniciens : un petit golfe, protégé par un promontoire,
sur lequel s'élevait la chapelle de Melqart.
L'explication du mot Monceci , qui a donné Monaco , est plus
incertaine. On le rattache, en général, à un mot grec Môvotxoç, et on
traduit « qui n'a qu'un seul temple », ou bien : « qu'on adore seul dans
son temple ». Il vaudrait mieux n'avoir qu'une seule explication, qui fût
entièrement satisfaisante. Sans doute, Melqart n'avait qu'un grand sanc-
tuaire, celui de Tyr, mais cela n'empêchait pas les Phéniciens de lui élever
des chapelles dans tous les lieux où ils abordaient. Monaco ne se distin-
guait pas à cet égard de tous les autres sanctuaires de Melqart. Serait-ce
le dieu qu'on adore seul dans son temple ? C'est là encore une idée plus
grecque que sémitique. Or la forme ^lovor/.c'j doit cacher un nom étran-
ger. Mcvcixoç n'est pas d'une formation bien régulière au point de vue
de la grammaire grecque. Le mot n'est d'ailleurs jamais employé qu'au
génitif, comme un nom indéclinable.
Qui sait si ce ne serait pas la simple transcription du vocable du dieu
et si le grec yii/y.v.z: ne serait pas un essai d'étymologie a posteriori ?
C'est l'idée qui est venue à M. Barges. Nous n'osons dire qu'il ait réussi
Bibliographie. 285
à la rendre acceptable, et que son Hercule Menouah. « Hercule qui donne
du repos, » vaille mieux, vaille même autant que les anciennes explica-
tions. Ce qui nous arrête, ce n'est pas le changement du h et en kappa;
la langue phénicienne en offre, quoi qu'on en ait dit, plus d'un
exemple certain, on les a cités ailleurs; mais c'est que cette étymologie
ne repose sur rien.
Heraclea Caccabaria paraît être aussi d'origine phénicienne. Le mot
Caccabaria rappelle de très près l'ancien nom de Carthage, Caccabe.
Mais Caccabaria veut-il dire « la tête de lion », caccab ari? M. l'abbé
Barges nous permettra d'être moins affirmatif que lui sur ce point ;
d'autant qu'à côté de cette étymologie sémitique, il en est une autre,
qui pourrait ne pas paraître moins naturelle à certains esprits, et qui
ferait venir Caccabaria du grec v.r/.v.iîr, , en latin caccabus, « vase,
poterie ».
Nous éprouvons moins d'hésitation en présence à'Alonis, qui était
située non loin d'Heraclea, à la pointe des Gourdons. Voilà un nom qui
a certainement une physionomie sémitique. Il reparait, sous la forme
'ÀAwvai, sur la côte d'Espagne. Toutefois, de même que pour Heraclea
Caccabaria, il est possible que la ressemblance soit trompeuse, et que
nous soyons en présence d'un nom grec.
Enfin, à l'autre extrémité du golfe, Ruscino nous offre un nom franche-
ment phénicien, punique même. On le retrouve, sous la forme Ruscinona,
sur la côte d'Afrique, entre Hippo Zaritas et Utique. Mais nous ne
pouvons, ici encore, adopter l'étymologie qu'en donne M. l'abbé Barges:
Ros hinno, « la capitale du golfe ». Ros ne signifie jamais, dans l'ono-
mastique ancienne, la capitale, mais le cap ; c'est le Raz de l'arabe
moderne. Il se peut d'ailleurs que nous n'ayons pas affaire à une ancienne
colonie phénicienne, mais à une colonie de Carthage, qui aurait emprunté
son nom à Ruscinona.
On voit combien de doutes soulèvent toutes ces identifications. Pour
leur donner de la consistance, il faudrait des monuments ou des inscrip-
tions. Par malheur, ils nous font presque entièrement défaut pour tout
le midi de la Gaule. Nous craignons que ceux qu'invoque M. l'abbé
Barges, au lieu d'entraîner la conviction, n'inspirent à certains esprits
des doutes sur les résultats des études sémitiques.
Tous appartiennent à Marseille, sauf un, qui est des environs de
Nîmes, et dont il nous faut dire présentement quelques mots.
Les Phéniciens ont-ils pénétré dans l'intérieur des terres ? Cela est
fort douteux. Il est vrai qu'on a voulu les retrouver à Alesia, et jusque
dans les Vosges. M. l'abbé Barges nous prévient qu'il n'ira pas aussi
286 Bibliographie.
loin; il fait bien. Il s'arrête à Nîmes. Là encore nous retrouvons Hercule.
Son histoire même, s'il faut en croire Ammien Marcellin (XV, 9, 6), était
consignée par écrit sur les monuments de cette ville : quos etiam nos
legimus in monumenîis eorum incisum. Ces inscriptions, il n'est pas besoin
de le dire, sont perdues; et peut-être, si nous les avions, y lirions-nous
tout autre chose qu'Ammien Marcellin. Celle que reproduit M. l'abbé
Barges a été trouvée à Vaison, et est conservée au musée d'Avignon ;
elle est grecque, et mentionne la dédicace d'un temple à la déesse
BHAHCAMIC. Le nom du donateur est gaulois.
M. l'abbé Barges en rapproche, non sans raison, la Minerva Belisama
qui figure à diverses reprises sur des inscriptions de Gaule, et il y croit
retrouver le nom de la grande déesse asiatique Baalat Samaïm, « la
reine des deux ». Il faut reconnaître que les éléments répondent
assez bien à ceux du nom de la déesse phénicienne. Cette identifi-
cation s'était déjà présentée à l'esprit de Selden dont le jugement était
très sévère. On n'a encore trouvé sur aucune inscription le nom de la
déesse ; mais on sait, par celui du dieu correspondant, quel il devait
être. Ce dernier se lit en tête de la grande inscription d'Oum-el-Aouamid;
c'est Baal-Samaïm, « le roi des cieux ». On y reconnaît sans peine le
fJeEX<ja{i.if)V de Sanchoniathon, le Baalsamen du Pœnulus. Belesamis ne
correspond pas rigoureusement à Baalat Samaim. Pourtant, la transcrip-
tion est moins incorrecte que beaucoup de celles que nous a léguées
l'antiquité.
Nous n'osons toutefois, en l'absence d'autres preuves, la donner pour
certaine. Surtout, nous garderions-nous de conclure de l'existence d'un
temple de la déesse Belisama à Nîmes, à l'origine phénicienne de la
ville. L'inscription est de date récente ; et le culte de Belisama a pu être
introduit à Nîmes, sans que les fondateurs de la ville aient été des Phé-
niciens. A elle seule, cette inscription ne prouve rien, non plus que le
petit autel dédié à Jupiter Heliopolitanus et Nemausus, qui est conservé
dans la maison carrée à Nîmes.
Tous les autres monuments proviennent de Marseille. Les deux pre-
miers planches I et II) sont perdus. Nous ne les connaissons que par le
dessin et la description qu'en a donnés au siècle dernier un archéologue
de Marseille, Grosson. L'un est un petit édicule, entouré de niches de
tous les côtés, et que supporte un monstre à tête de taureau ; dans une
des niches est assise une petite idole, les bras levés. Une inscription
court le long de la corniche, puis change de direction et remonte verti-
calement, en suivant l'arête principale du monument. Grosson était très
réservé à son endroit : « La bizarrerie de la construction de ce monu-
Bibliographie. 287
« ment, dit-il, ne donne qu'une idée confuse de l'usage auquel il devait
« être destiné ; un édifice et des caractères singuliers laissent à désirer
« leur interprétation. » Il ajoute pourtant que ce pourrait bien être du
phénicien. Mais on sait ce que l'on entendait par phénicien à son époque.
C'est ce mot sans doute qui a engagé M. l'abbé Barges dans l'expli-
cation qu'il en a donnée, car il faut avouer que l'inscription n'a, pour
un esprit non prévenu, rien de phénicien. M. l'abbé Barges la lit de la
façon suivante : l'Baal Melqart mizbeah iehosuah, « à Baal Melqart, autel
delà victoire ». On pourrait y lire n'importe quelle autre légende avec
la même facilité. Il n'y a ni Baal, ni Melqart, ni Mizbeah, ni Jehosuah.
S'il fallait y voir une écriture sémitique, et peut-être Grosson a-t-il eu
raison sur ce point, on aimerait mieux y voir du palmyrénien, ou du
syriaque, ou même de l'arabe ; il y a entre les lettres des ligatures qui
rappellent les alphabets sémitiques de basse époque. Mais l'architecture
du monument déroute entièrement; elle rappelle plutôt ces pastiches
que le moyen âge a produits en si grand nombre.
Il en est de même d'un second monument planche II: également
publié par Grosson. C'est un autel supporté par un lion et un sphinx.
Sans doute, rien n'est plus fréquent, dans l'antiquité, que de voir des
autels entre des lions. La côte de Phénicie, Byblos, l'ile de Chypre en
fournissent de nombreux exemples. Mais la disposition est autre. Ici
encore l'aspect du monument n'est pas encourageant et nous impose
une grande réserve.
Les antiquités encore actuellement existantes sont : i° 47 stèles qu'on
a découvertes lorsqu'on a fait la rue Impériale ; 20 le tarif des sacrifices.
Les stèles reproduisent toutes, sauf une, le même thème. Une niche avec
un petit banc sur lequel est assise une femme, vêtue d'une longue robe.
Le tout est à peine dégrossi. M. l'abbé Barges donne comme certaine
leur provenance phénicienne. En tous cas elles ne rappellent en rien
les ex-voto phéniciens connus jusqu'à ce jour. Il est d'ailleurs difficile
de se prononcer à distance sur des monuments aussi grossiers, et dont
la reproduction laisse peut-être à désirer. M. Conze, qui les avait déjà
publiés à YArchœologische Zeitung en 1866, en a donné des reproductions
qui s'écartent beaucoup de celles de M. l'abbé Barges. Le jugement qu'il
en porte n'est pas moins différent. Personne, d'après lui, n'hésitera à y
reconnaître la main d'un artiste de basse époque romaine. Ce sont des
monuments qui rappellent l'art grec d'Asie-Mineure et plus spécialement
les stèles, trouvées dans le temple de Milet, qui sont aujourd'hui au
British Muséum. Sur ce point, d'ailleurs, M. Conze ne fait que suivre
l'opinion précédemment émise par M. de Longpérier devant l'Académie
288 Bibliographie.
des inscriptions. D'après M. de Longpérier, nous aurions là l'image de la
grande Diane de Marseille, qui avait son temple à Notre-Dame de la
Garde.
Un seul de ces monuments s'écarte du type ordinaire. Il représente
un personnage non pas assis, mais debout, et les bras levés. Là, il est
vrai, nous avons affaire à un type qui n'est pas ordinaire en Grèce ; pour
le retrouver, dit M. Conze lui-même, il faut remonter jusqu'aux plus
anciens monuments de l'art grec. Au contraire, il est d'un usage cons-
tant sur les monuments carthaginois, même de basse époque. Mais là
encore on peut voir combien il faut user de prudence. D'après M. Bar-
ges, c'est un homme vêtu d'une espèce de juste-au-corps ; d'après
M. Conze, c'est une femme, qui porte la robe retroussée par devant jus-
qu'à la ceinture. L'attitude de ce personnage ne suffit pas, à nos yeux,
pour le faire décorer du nom de Baal-Ammon , et pour faire attribuer
tout cet ensemble de monuments aux Phéniciens, surtout quand des
hommes dont l'autorité fait loi en archéologie considèrent ces monuments
comme grecs.
Il n'y a donc, dans tout le midi de la France, qu'un seul monument
dont l'origine phénicienne soit hors de doute, c'est le tarif des sacrifices
de Marseille.
Voilà un monument capital, qui a tous les caractères de l'authenticité.
Malheureusement, sa provenance est moins certaine ; et. ce qui la rend
douteuse, c'est l'importance de ce texte et sa ressemblance extrême avec
trois ou quatre inscriptions de la même catégorie qui proviennent de
Carthage. La table des sacrifices de Marseille est la sœur des tarifs
presque identiques qu'on a trouvés sur l'emplacement de Carthage. Les
formules et les prescriptions sont les mêmes, l'écriture est la même.
Il y a là un problème qui n'est pas encore entièrement résolu ; mais
ce qu'on peut affirmer avec une entière certitude, c'est que cette
inscription n'est pas antérieure à l'arrivée des Phocéens. Elle n'est
certainement pas plus ancienne que le 111e siècle avant J.-C; peut-être
est-elle plus récente. Si donc elle est réellement de Marseille, il faut
admettre que les Phéniciens y ont eu, sous la domination grecque,
une colonie et un temple. Mais nous sommes bien loin de la thèse de
M. l'abbé Barges.
La preuve la plus solide de l'existence d'une colonie carthaginoise à
Marseille est peut-être encore celle qui résulte du passage de Thucydide
que M. l'abbé Barges a pris pour devise de son volume : <I>or/.asTç —
MaaaakicN c*.y.içcv7sç, Ka:-/r(sovbuç èv£y.(ov vau(Jux)(oGvTeç (Bell. Pelop.
I, 13). Ce passage prouve que les Carthaginois avaient des prétentions
Bibliographie. 289
sur la côte dont les Phocéens s'étaient emparés. Un fait semble confir-
mer cette hypothèse ; c'est que toutes ces localités d'origine phénicienne
que nous avons passées en revue, Monaco, Alonis, Ruscino, sont appe-
lées des villes des Massaliotes. Les Massaliotes grecs entretenaient donc
des relations suivies avec ces comptoirs phéniciens; ces comptoirs étaient
même jusqu'à un certain point sous leur dépendance. Cela permet de
supposer qu'à Marseille aussi les Carthaginois avaient des intérêts, et
partant une colonie.
En résumé : on ne possède pas un seul monument qui atteste la pré-
sence des Phéniciens à Marseille avant l'arrivée des Phocéens. Cela
n'aurait rien d'étonnant; les monuments phéniciens de cette époque sont
extrêmement rares. On attache souvent à tort une idée d'antiquité exa-
gérée aux inscriptions phéniciennes ; la plupart de celles que nous possé-
dons sont des derniers siècles avant l'ère chrétienne ; bien peu remontent
au delà du ve. Aucun auteur ancien ne connaît cette colonie ; c'est ce
qu'on peut dire de plus grave contre son existence. Marseille n'a fourni
qu'une seule inscription, et elle est de l'époque grecque, si tant est qu'il
faille la considérer comme venant de Gaule. En trouvera-t-on d'autres ?
Il faut l'espérer. Si on pouvait déblayer tout le sol à une profondeur de
vingt mètres, on découvrirait des trésors d'antiquités; mais ce travail,
difficile au milieu de ruines abandonnées, devient impossible dans un
pays où le sol vaut de l'argent, et il faut attendre les découvertes du
hasard des démolitions.
Philippe Berger.
Les Potiers allobroges. Méthodes des sciences naturelles appliquées
à l'archéologie, par Gabriel de Mortillet. Annecy, 1879, in-4°;
37 pages, 2 planches.
Le musée de Saint-Germain, grâce à l'obligeante intervention de
M. l'abbé Cérès, s'est enrichi de tout le produit des premières fouilles
de Bannassac. M. de Mortillet a étudié avec soin les sigles imprimés sur
ces poteries et en a dressé un catalogue qui forme la première partie de
son mémoire. Viennent ensuite des considérations générales sur les
formes et les signatures des bols dits samiens, une monographie des
produits du briquetier Clarianus, et enfin une étude tout à fait spéciale
des vases en terre grise portant sous le fond une marque circulaire en
relief, vases auxquels l'auteur donne le nom de poteries allobroges.
Je ne puis me défendre de relever une assertion inscrite en tête de ce
travail. L'auteur paraît croire que l'archéologie serait restée fort arriérée
290 Bibliographie.
si les études préhistoriques n'étaient pas venues lui tracer une nouvelle
voie en remplaçant la vieille routine par les méthodes rigoureuses et
précises des sciences naturelles. C'est une manière de voir qu'il m'est
impossible de partager. Il y a longtemps que des méthodes précises sont
appliquées à l'archéologie et à l'histoire. Les bénédictins n'ont pas
attendu le mouvement actuel pour recueillir des chartes et en tirer leurs
admirables livres remplis d'une critique si sûre, et quand les grands
épigraphistes des xvie, xvne et xvme siècles réunissaient et classaient
patiemment les textes lapidaires rendus à la lumière, ils n'avaient pas eu
besoin pour adopter ces méthodes d'assister à la naissance de l'école
préhistorique.
Je demande à faire une autre observation au sujet des termes proposés
pour distinguer les époques auxquelles se rapportent les produits céra-
miques de la Gaule romaine. Evidemment l'auteur voulait choisir des
termes sur lesquels tout le monde se trouverait d'accord : je crois qu'il
n'a pas réussi. La raison mise en avant pour expliquer l'expression
époque lugdunienne est, selon moi, insuffisante. Quant à l'expression
époque champ dolienne, outre que le second mot est inexactement formé,
car on le fait dériver de champs-dolants, il est au moins fâcheux de
l'employer quand il s'agit du ive siècle, puisque le nom de lieu dit Champ-
dolent ou Champ-dolant ne se rencontre pas avant le xme. Du reste,
l'auteur fera bien de revoir, pour une prochaine édition, le paragraphe
qui contient l'exposé de cette division, car il contient une grosse hérésie
impossible à expliquer autrement que par une évidente distraction.
M. de Mortillet n'a pas abordé l'étude de la transcription des marques
de potier, mais il a réuni des éléments suffisants pour la tenter. Il me
permettra de lui soumettre à ce sujet quelques réflexions ; j'y ajou-
terai des indications relatives à plusieurs exemplaires qui lui sont restés
inconnus.
P. 8 et 10. PERRIMM. — On a trouvé en Angleterre une poterie
portant PERTVLM1, qui paraît être une mauvaise lecture de la
même marque. Le musée britannique possède : PERRVSF, Perrus f[ecit) .
Il me semble donc vraisemblable qu'il faut lire ici Perri m(anu), la der-
nière lettre restant inexpliquée ; ou Perri man(u) en considérant le dernier
caractère (M) comme un monogramme de AN. L'exemplaire de Windisch
que M. Mommsen a publié avec la mention « lectio certa est » porte
PERRIMN qui se prêterait mieux à ma lecture : Perri m[a\n[u).
P. 9. FIVL1AEM. L'exemplaire cité par Tudot et portant OFIV-
1. The Journal of the British Archaeological association, vol. Vil, p. 100.
Bibliographie. 291
LIAEM doit se lire certainement : of(ficina) Juli[i) Aem[iliani) . Il est
probable que la lettre initiale n'a pas été imprimée suffisamment pour
être reconnue sur l'exemplaire du musée de Saint-Germain.
P. 13 et 1$. RVIRIO. Je pense qu'il s'agit ici du vase trouvé rue
Gay-Lussac en 1868, dont les reliefs représentaient un homme nu sur
un socle, deux sangliers, un cheval, un chasseur tenant une lance.
M. Damour a découvert à Brou ', en 1870, un fragment de vase sem-
blable avec la marque RVTRIO très visible.
P. 18. L-GELLI
L-SEMPR
Les marques publiées par Fabroni, Riccio et Gozzadini n'ont rien de
commun avec celle-ci dont j'ai vu une variante à Clermont-Ferrand chez
M. Grange. Sur cette variante les noms ne sont pas dans le même
ordre :
L-SEMPR
L-GELLI
En outre dans SEMPR, les lettres M et P sont conjuguées. Il faut
lire : L[ucii) Sempr(onii), L(ucii) Gelli[i). Ce sont deux fabricants associés.
P. 19 et 20. CLARIANVMADA. C'est, je pense, cette marque qui a
suggéré à M. de Mortillet la pensée que « Clarianus s'était adjoint des
membres de sa famille ou des associés, comme Numadus et A. Decius. » Je
ne vois pas clairement par quelle opération on peut arriver à former le
mot Numadus avec les éléments que présente cette empreinte et, en
outre, à faire de ce Numadus l'associé de Clarianus. Clarianus était un
esclave et par conséquent n'avait pas de famille. Quant à A(ulus) Decius
Alpinus, ce n'était pas son collaborateur, c'était son maître. C'est ce
que démontre de la façon la plus évidente la brique qui porte
CLARIANVS
A-DECI- ALPIN
marque qu'il faut traduire : Clarianus (esclave) d'Aulus Decius Alpinus.
C'est absolument certain ; il suffit d'avoir l'habitude des empreintes sur
briques trouvées à Rome pour en être convaincu. J'ai eu l'occasion, dans
une récente brochure, de citer des faits analogues en m'occupant des
esclaves qui dirigeaient les briqueteries de la famille Domitia2. Dans
CLARIANVMADA les trois dernières lettres sont les initiales des trois
noms du propriétaire de la fabrique, A(ulus) D[ecius) A{lpinus). Artaud et
i. L. Damour, Les fouilles de Brou en 1870, p. 14 et pi. I, n° 35.
2. Sur quelques briques romaines du Louvre (lettre à M. le directeur de l'école fran-
çaise de Rome), Paris, 1880.
292 Bibliographie.
M. de Boissieu ont fait, pour expliquer ces trois lettres, les plus éton-
nantes suppositions'.
P. 24. CATISIVS'F. Il est nécessaire d'ajouter à la liste qui accom-
pagne cette marque que toutes les empreintes de C/ATISIVS SABI-
NVS sont placées sur les lèvres de jattes ou de terrines en poterie blanche,
et non pas en poterie noire comme l'empreinte de Vienne. Dès l'année
1820, M. le baron Chaudruc de Crazannes avait signalé une signature
de CATISIVS SABINVS sur un vase de terre cuite du cabinet de M. de
Saint-Amans, à Agen2.
P. 24. CIVLSFE (les lettres V et L sont conjuguées). La lecture
CILVS est inadmissible et ne repose sur aucune base. Il faut la rejeter.
On pourrait la comprendre, sans toutefois l'accepter, si L lié avec V
était ouvert du côté de I, mais c'est le contraire qui a lieu : l'ouver-
ture de L est tournée du côté de S. Il devient donc certain qu'on a
sous les yeux l'abréviation très répandue en Gaule du gentilicium
WLnus . Dans le plus grand nombre de cas, ce gentilicium est précédé
du prénom C(aïus) : la marque de Vienne en offre un nouvel exemple.
La lettre S qui précède l'abréviation du mot FE(cif) est la lettre initiale
du cognomen du potier. Les surnoms commençant par la lettre S sont
trop nombreux pour qu'il soit possible d'interpréter ce sigle avec certi-
tude ; cependant il est bon de remarquer que si ce potier se contentait
d'indiquer son cognomen par une seule lettre, c'est qu'il était très connu
à Vienne et qu'il suffisait d'une lettre pour le désigner. Or parmi les
fabricants de poterie noire, celui dont les produits sont le plus répandus
à Vienne est SEVVO . ainsi qu'on peut le constater sur l'excellent
tableau dressé par M. de Mortillet. Toutes les marques de C(aîus)
Juliusi S. proviennent aussi de Vienne. J'en conclus qu'on peut proposer
la lecture C mus) Jul(jus) S evvo\ [?] fe^cif), en faisant cependant suivre le
cognomen du signe de l'incertitude. La comparaison attentive des monu-
ments qui portent la signature de Sevvo et de ceux qui portent la marque
que nous étudions pourrait seule faire avancer la question. Prière aux
archéologues et conservateurs de musées qui possèdent des poteries avec
ces différentes marques de vouloir bien les examiner et les comparer.
P. 35. FEBRI5CVS. C'est évidemment une mauvaise lecture pour
PRISCVSFE; l'inscription étant circulaire, M. Comarmond n'a pas su
trouver le commencement. Je ne vois pas pourquoi on hésiterait à classer
cet exemplaire avec les autres marques de Prisais.
1. Voir Boissieu, Inscriptions antiques de ia ville de Lyon, p. 437.
2. Mémoire sur quelques antiquités de la ville d'Agen, p. 13.
Bibliographie. 293
P. 37. Je puis ajouter quelques documents au tableau déjà très inté-
ressant dressé par l'auteur :
1. [«v]VO-FECIT. Légende circulaire en relief autour d'un
groupe de petits globules sous le fond d'un débris de vase en terre
noire. Musée d'Arles.
2. PRISCVSFE. Légende circulaire en relief, sous le fond d'un
vase en terre noire. Musée d'Arles.
3. QVINTVS-F-. Légende circulaire en relief sous le fond d'un
vase en terre noire ; chaque lettre est surmontée d'un petit globule.
Musée d'Arles.
4. NOSTER-F. Légende circulaire en relief sous le fond d'un vase
en terre noire, appartenant au R. P. Thédenat, de l'Oratoire, direc-
teur du collège de Juilly. Provient de Feurs.
5. SEV.O-FEC. Légende circulaire. Fouilles de Brou en 1870 '.
Les trois marques du musée d'Arles proviennent de la collection Jac-
quemin. Il n'est donc pas certain qu'elles aient été trouvées dans la
localité ; elles peuvent avoir été achetées ailleurs par cet amateur. Mais
la marque de Brou découverte par M. Damour prouve que ces poteries
grises à marques circulaires et en relief sous le fond ont pénétré
au nord-est jusqu'à ce point (p. 33). En somme, pour ce qu1
concerne les poteries en question, M. de Mortillet a réuni de très bons
documents et en a tiré des conclusions auxquelles je m'associe pleine-
ment. Ces poteries ont été fabriquées dans le pays même où on les ren-
contre et cette fabrication a eu lieu dès les premiers temps de l'occupa-
tion romaine. J'ajouterai même un argument purement épigraphique pour
appuyer la dernière de ces conclusions ; cet argument ne s'applique du
reste qu'à une marque déterminée. Sur la pi. II, fig. 1 1, est dessinée
une empreinte de PRISCVS F ; la forme des caractères de la légende
permet de la faire remonter aux temps de la République.
Une dernière observation en terminant au sujet de Q/uintus) Verrius
Achillaeus : Mascuriscus était non seulement le gérant de la fabrique,
mais l'esclave d'Achillaeus, et la marque
QVERRI ACHILLAEI
MASCVRICVSFEC
doit se transcrire : QÇuinti) Verri'ij Achillaei Mascuricus (servus) fec(it).
Ant. HÉRON DE VlLLEFOSSE.
1. Voir la brochure de M. L. Damour, pi. I, n" 37.
Rev.Celt. IV 20
294 Bibliographie.
Old Celtic Romances, translatée! from the Gaelic by P. W. Joyce, LL.
D., T. C. D.; M. R. I. A. London, Kegan Paul and Co, 1879,
xx-420 p. pet. in-8.
Ce charmant volume nous paraît destiné à rendre à la littérature irlan-
daise le service que les Mabinogion de Lady Guest ont rendu à la littéra-
ture galloise. En effet, il fera connaître au public tous les jours plus
nombreux qui s'intéresse à la littérature héroïque et légendaire, non pas
toutes les anciennes légendes de l'Irlande ce qui serait une tâche
immense!/, mais quelques-unes d'entre elles, choisies parmi les plus
intéressantes et les plus caractéristiques. Outre l'attrait que présentent la
fable et les incidents du récit, ces légendes ont aussi le mérite de nous
arriver souvent sous une forme ancienne, datée, dès le xne siècle avec le
Leabhar nu h-Uidhri, par les mss. qui les renferment.
Un certain nombre de ces légendes ont déjà été publiées, mais, comme
le remarque justement M. J., dans des recueils spéciaux, peu connus en
dehors du petit monde des celtistes, et dans des traductions littérales
qui étonnent et rebutent le lecteur ordinaire. M. J. les présente au
grand public sous une forme qui lui permette de les apprécier, c.-à-d.
sous une forme littéraire, donnant l'esprit du récit sans s'astreindre à en
reproduire les phrases, rétablissant parfois l'ordre logique des incidents
quand il est interverti par un narrateur inexpérimenté et empruntant
l'aide de la poésie pour rendre avec charme les passages rhythmés de
l'original.
La parfaite connaissance que M. J. a de la langue irlandaise et qu'il a
montrée, entre autres publications, par ses remarquables études sur les
noms de lieux en Irlande (cf. Rev. celt., I, 160, et II, 500), lui a permis
de traiter ce sujet d'une façon indépendante des textes déjà publiés et
traduits. Il l'a montré en traduisant directement sur les mss. un des plus
curieux récits de son volume, le voyage de Maildun, donné d'une façon
fragmentaire dans le Leabhar na h-Uidhri et d'une façon complète dans
le ms. de Lecan. Il a également traduit sur des mss. l'histoire du palais
enchanté des Frênes et celle du Garçon Paresseux. Les mss. d'où
sont tirées ces deux dernières histoires sont modernes : mais on sait que
le cycle héroïque et légendaire de l'ancienne Irlande s'est conservé sous
forme orale jusqu'à notre époque même.
Les autres récits de ce volume, comme l'histoire des enfants de Lir,
celle des enfants de Turenn, etc., étaient déjà connus des celtistes ; mais
ceux-là même les reliront avec plaisir dans l'agréable rédaction de M. J.
« J'ai, dit M. J., essayé de raconter ces histoires comme j'imagine que
Bibliographie. 295
les vieux shanachies conteurs les auraient dites s'ils avaient parlé anglais
au lieu de gaélique. » Ainsi présentée, cette romanesque et féerique
littérature se lit avec autant de plaisir qu'un volume de contes, - et en
effet ce sont des contes.
H. G.
British Goblins : Welsh Folk-Lore, Fairy Mythology, Legends,
and Traditions. By Wirt Sikes, United States Consul for Wales.
With Illustrations by J. H. Thomas, xvi-412 p. in-8. Londres, Samp-
son Low, 1880. — Prix 18 sh. (22 fr. 50).
Les superstitions, traditions et usages populaires ont perdu beaucoup
de terrain en Galles dans le courant de ce siècle, mais pourtant sans dis-
paraître. La respeciability les cache plus qu'elle ne les détruit, et dès
qu'un Gallois observateur, exempt de préjugés, a voulu observer et noter
ce qu'il voyait, il a recueilli des faits intéressants. Plusieurs collections
de ce genre ont déjà été publiées, mais elles sont aujourd'hui à peu près
introuvables : peu facilement accessibles, quoique pour d'autres raisons,
sont les articles disséminés sur ce sujet dans les revues galloises.
Un Américain établi à Cardiff comme consul des États-Unis pour le
pays de Galles, M. Wirt Sikes, s'est intéressé à ce sujet. Il a réuni ce
qu'il avait lu sur ces questions, il a complété ses lectures par des
recherches personnelles, et le résultat de son travail est un livre qui se
lit avec plaisir, et qui donne une bonne idée de l'ensemble des traditions
et des usages traditionnels du pays de Galles.
L'ouvrage de M. S. est divisé en quatre parties : I les fées, II les
esprits, III les coutumes, IV les superstitions. Les deux premières occu-
pent plus de la moitié du volume. On regrette que la dernière partie ne
soit pas développée à l'égal des autres, et que M. S. se soit borné à
certaines classes de superstitions : il eût pu l'augmenter, même en
n'usant que de faits déjà publiés. Toute une mine lui a échappé, ce sont
les notes et articles publiés il y a vingt ans dans le Bryihon, sous le titre
de Lien y Werin, mot ingénieusement inventé pour traduire le mot anglais
Folk-lore.
M. S. indique presque toujours ses sources. Dans quelques cas pour-
tant (p. ex. p. 50, $3, 62, 70, 76, etc.), il néglige de dire si les his-
toires qu'il rencontre ont été recueillies par lui-même comme celles
mentionnées p. 92, 123, etc.1, ou par un des écrivains qu'il a mis à
contribution. L'utilité de ce renseignement serait de nous dire si les
histoires et par conséquent les superstitions qui en font l'objet sont con-
296 Bibliographie.
temporaines ou déjà anciennes. — La critique de M. S. est généralement
sûre; aussi avons-nous été étonné de lui voir donner place, parmi les
faits de traditions populaires, aux farces druidiques (p. 276-296) imagi-
nées par cet illuminé qui s'appelle Myfyr Morganwg, et qui s'intitule
« archi-druide de l'ile de Bretagne ».
Les ministres protestants et principalement dissidents qui régnent
aujourd'hui sur les âmes des Gallois ont fait tout leur possible pour
détruire la tradition et les usages du vieux temps, et quand ils ne le
pouvaient, ils ont fait le silence autour de ces restes du paganisme.
Aussi avons-nous vu avec un malin plaisir dans le livre de M. S. les tours
que les esprits ont joués à plusieurs d'entre eux, notamment l'histoire du
ministre Baptiste mis en fuite par un bwbach, sorte de lutin familier
(P- 3 0-
Quelques illustrations, dues au crayon de M. J. H. Thomas, repré-
sentent d'une façon assez humouristique des scènes fantastiques racon-
tées par l'auteur. Quelques illustrations sont données comme faites
« d'après d'anciennes gravures ». Pourquoi M. S. ne dit-il pas qu'elles
sont prises dans le vieil ouvrage de Peter Roberts ?
M. S. cite quelquefois, en manière de comparaison, des superstitions
yankees, où l'on voit bien que l'esprit utilitaire de la nation américaine
ne détruit pas la croyance au surnaturel.
En somme, le livre de M. Wirt Sikes est d'une lecture aussi agréable
qu'instructive ; il comble une lacune dans la littérature du Folk-Lore.
Nous nous félicitons que les hasards de la carrière diplomatique aient
amené en Galles un écrivain doué de tant de sympathie pour les tradi-
tions celtiques.
H. G.
Anciens évêchés de Bretagne : évêché de Saint-Brieuc, histoire et
documents par MM. Geslin de Bourgogne et Anatole de Barthé-
lémy. Saint-Brieuc, F. Guyon, 1855-1878, 6 vol. in-8", et atlas-
album de 1 3 pi.
Ces six volumes qui ont paru de loin en loin forment une étude
complète de l'ancien diocèse de Saint-Brieuc au triple point de vue ecclé-
siastique, civil et féodal. Il est évident que les auteurs avaient rêvé,
dans le principe, de s'occuper des autres évéchés bretons, par exemple
de Dol, de Tréguier et de Saint-Malo, mais ils avaient trop présumé de
leur zèle et de leur bonne volonté ; le diocèse de Saint-Brieuc leur a
fourni une telle masse de documents que l'étude de ceux-ci a absorbé la
vie de l'un d'eux.
Bibliographie. 297
C'est qu'aussi ils voulaient toucher à une foule de points passés
sous silence par les bénédictins qui furent les premiers historiens de
la Bretagne ; espérons que l'œuvre de MM. Geslin de Bourgogne et de
Barthélémy sera continuée un jour. Ils ont singulièrement facilité le tra-
vail de leurs successeurs en traitant à fond plusieurs questions d'intérêt
général.
Tout en rappelant le jugement porté par M. d'Arbois de Jubainville
sur les tomes I à IV de cet ouvrage [Rev. celt., III, 289), nous indique-
rons brièvement le plan suivi par les auteurs.
Les deux premiers volumes sont consacrés aux évêques de Saint-
Brieuc, au chapitre cathédral, aux paroisses, aux communautés, à l'ad-
ministration civile, aux grands événements politiques du diocèse et de la
ville épiscopale. Le troisième et le quatrième volume traitent de l'histoire
monastique, de l'état des personnes et des choses en Bretagne pendant
le moyen âge. Les deux derniers volumes, qui viennent de paraître,
comprennent l'histoire des fiefs du diocèse et des ordres religieux et
militaires.
Ce qui donne un intérêt hors ligne à cet ouvrage, c'est la publication
de plusieurs centaines de chartes et de documents inédits qui ajoutent
une riche collection de textes à ceux que D. Lobineau et D. Morice avaient
précédemment fait connaître. Les auteurs en ont profité pour élaborer
une étude, non encore tentée, sur l'état agricole, industriel, commercial
de la province, mais il y a encore largement à glaner après eux. Les
savants qui s'occupent d'onomastique et de géographie ancienne, pour
ne citer qu'un exemple, ne manqueront pas d'y avoir souvent recours.
Ajoutons qu'au point de vue archéologique, MM. G. de B. et de B.
n'ont rien négligé pour instruire leur lecteur dans un style qui ne le
fatigue pas et revêt parfois une forme assez originale.
Fantômes bretons, — contes, légendes et nouvelles, par E. du Laurens
de la Barre, i vol. in-12 de 253 pages. Paris, C. Dillet, 1879. ~~
Prix : 3 fr.
M. Du Laurens de la Barre avait déjà publié, antérieurement aux
Fantômes bretons, des Veillées de l'Armor, légendes bretonnes, 1 vol.,
en 1857, et Sous le Chaume, récits de Bretagne, 1 vol., 1865.
Ces trois volumes sont conçus à peu près dans le même esprit et selon
la même méthode, c'est-à-dire avec plus d'imagination et de fantaisie
que de critique. Je me rappelle pourtant avoir lu dans les Veillées de
l'Armor, je crois, deux ou trois récits, le Bassin d'or, entre autres, où
298 Bibliographie.
la version du conteur populaire avait dû être suivie avec une fidélité au
moins relative.
M. Du Laurens de la Barre est de l'école de M. de la Villemarqué.
Comme l'auteur du Barzaz-Breiz, pour les chants, il arrange, modifie et
décore les contes et les légendes des paysans bretons, retranchant,
ajoutant, interpolant, faisant disparaître tout ce qui choque le goût ou la
morale et visant constamment à une moralité finale, ce dont les véritables
récits du peuple n'ont ordinairement aucun souci. La moindre tradition
orale qui se formule, dans la bouche du pâtre ou du mendiant breton,
en quelques phrases bien simples et qui tiendraient dans une seule page,
s'allonge et prend chez lui des développements inattendus. Je le soup-
çonne, par exemple, d'avoir mis beaucoup du sien dans Trémeur ou
l'homme sans tête, page 157, et dans la légende du DourdufT, page 9.
Il emploie volontiers le style et la rhétorique de l'école romantique de
1850, quand il parle de fantômes, du diable et des mœurs féodales. Une
chose qui m'a frappé, dans ce livre, c'est que les contes mythologiques,
qui sont de beaucoup les plus nombreux, dans l'ancien évêché de Tré-
guier , tiennent une place relativement restreinte dans les contes et
les légendes de M. Du Laurens de la Barre, recueillis pour la plupart sur
les limites du pays de Léon et de la Cornouaille.
Le nom d'Igilt, que l'auteur donne à la fille du seigneur du Dourduff,
m'a aussi étonné ; ce nom n'est, en effet, ni breton ni irlandais, et je ne
pense pas que M. Du Laurens de la Barre l'ait rencontré nulle part dans
le Finistère ; il a plutôt une tournure germanique ou Scandinave.
Le volume des Fantômes bretons est très mélangé. J'y trouve cinq
contes, en y comprenant les Poires d'or, page 113, donné sous le titre
de récit, trois légendes, une ballade fantastique, quatre récits d'impres-
sions de voyage et treize petites pièces de vers, dont neuf sonnets.
M. Du Laurens de la Barre conte facilement d'ordinaire, agréable-
ment et avec esprit, trop d'esprit peut-être. Je ne lui ferai d'autre
reproche que de manquer parfois de la simplicité et de la bonhomie qui
sont le principal attrait des récits vraiment populaires. Je voudrais le
voir réunir en un seul volume ses trois recueils des Fantômes bretons, de
Sous le Chaume et des Veillées de l'Armor, en négligeant les parties trop
personnelles, comme les impressions de voyage et les poésies.
F.-M. Luzel.
Bibliographie. 299
Emgann Kergidu ha traou-all c'hoarvezet e Breiz-Izel epad dispac'h
1793, gant Lan Inisan, belek... Brest, Lefournier. 2 vol. in-8°, 313
et 325 p., 1877-78.
Ces épisodes de la révolution en Bretagne sont attachants en eux-
mêmes, et racontés dans un style qui leur prête de nouveaux charmes.
Le brezonek iac'h, le vrai génie breton vit et respire d'un bout à l'autre
de l'ouvrage. Le dialecte suivi par l'auteur reproduit avec une remar-
quable exactitude et dans toute son ampleur majestueuse le langage géné-
ralement parlé en Léon. Il me semble cependant obéir à une prononcia-
tion restreinte et due à l'influence cornouaillaise, quand il écrit ezoum,
izoum, pour ezom, « besoin ». Parfois aussi il admet des mots français fort
inutiles, tels que jamez, « jamais ».
Bien que plus étudié que les autres dialectes, le léonnais ne manque
pas de faits grammaticaux et d'expressions à recueillir. Ainsi l'emploi de
l'infinitif au lieu de l'impératif y est très étendu, comme en petit Tré-
guier : digeri, t. II, p. 165, « ouvrez » ; staga heman, 159, « attachez-
le » ; et même au passé : beza digaset ganeoc'h, t. I, 170 « [il fallait en
apporter avec vous ».
Pour le vocabulaire, je citerai efeeruz, t. I, 14, « curieux », pron.
efèruz cf. fr. affairé?' d'où le verbe mond da efèruza, « aller faire son
curieux chez les autres) ». Ces mots sont plus nobles que leurs syno-
nymes konoc'huz, konoc'hal, également usités en Léon. — Dremm dilavet,
49, (f visage détrempé ». Ce mot dremm vieillit, mais n'est pas inusité,
comme le pense M. Troude. On le trouve encore, t. I p. 39, et t. II
p. 22, employé concurremment avec son trop heureux rival bisach,
bisaich. Cf. kerkoulz dremm, « aussi bon visage, » Gwerziou Breiz-Izel,
t. II, p. 1 32.
Emile Ernault.
Annaïk, poésies bretonnes par M. N. Quellien. avec une lettre-pré-
face par M. Ernest Renan. Un vol. in-12. Paris, Fischbacher, 1880.
Nous voyons avec plaisir par l'apparition de ce charmant volume que
la poésie bretonne ne meurt pas et qu'il se rencontre encore quelques
âmes délicates pour chanter leur peine dans la langue de leurs aïeux.
M. Quellien est de Tréguier et il écrit dans ce dialecte. Afin que son
œuvre puisse atteindre un public plus étendu, il a publié ses poésies
avec une traduction française. Son volume se présente avec une lettre
300 Bibliographie.
de son compatriote M. Renan, lettre qu'on nous saura gré de repro-
duire ici :
« Cher compatriote,
« Ainsi grâce à vous, notre cher pays de Tréguier aura son poète ; et
les chants que vous avez au coeur, c'est dans notre vieille langue bre-
tonne que vous voulez les dire d'abord. Vous avez bien raison. La poé-
sie est chose du passé ; il est des temps où mieux valent les morts que
les vivants, et ceux qui ont un pied dans la tombe que ceux qui naissent.
Un idiome a toujours assez vécu, quand il a été aimé et que de bonnes
études philologiques ont fixé son image pour la science, comme un fait
désormais indestructible de l'histoire de l'humanité. Les poètes et les
philologues m'apparaissent comme les embaumeurs des langues. Leur
approche paraît de funèbre augure ; mais ils conservent pour l'éternité.
Chantez donc, cher monsieur Quellien, chantez harmonieusement, dans
notre antique dialecte celtique, pour qu'un jour on dise de lui : « Il dis-
parut, selon la loi de toute chose ; mais, comme il eut de doux accents
avant de mourir !
Votre affectionné,
E. Renan. »
C'est le cas de citer aussi un charmant tercet que M. Quellien reçut
un jour de M. de la Villemarqué en réponse à une de ses poésies. Il y a
un jeu de mots sur le nom de M. Quellien, qui signifie « mouche » en
breton.
Ha Kelien ouz oc'h a rét ?
Kelien morse ne moc'h bét ;
Gwénanen ne lavrann ket !
Quellien (mouche) est-ce votre nom ? — Mouche , jamais vous
n'avez été ; — Abeille, je ne dis pas non !
Le culte des Matrae dans la cité des Voconces d'après les monuments
épigraphiques, par M. Florian Vallentin. 32 p. in-8°. Paris, Champion,
1880.
Les inscriptions votives aux Mères du pays des Voconces ont fourni à M. V.
l'occasion d'une savante et ingénieuse dissertation sur ces divinités dont il avait
déjà parlé ici même (voir plus haut, p. 27). Sa conclusion est « que le mot
Malrœ est un terme générique qui embrasse les diverses divinités du sexe féminin
dont les Gaulois faisaient leurs esprits protecteurs et dont ils peuplaient les
eaux et la campagne ».
Bibliographie. 301
Études de philologie et linguistique aveyronnaises par D. J.
Durand (de Gros . 102 p. in-8. Paris, Maisonneuve, 1879. Prix : 2 fr.
Ce travail a trait principalement aux noms d'homme et de lieu dans l'Aveyron.
Il nous parait fait avec méthode : l'auteur a pris pour point de départ les
grammaires de Zeuss et de Diez. L'élément celtique y est réduit à fort peu de
chose, et on pourrait le diminuer encore. Ainsi M. D. (p. 6) rattache, mais
comme hypothèse, le nom d'homme Catusse du nom gaulois Catussa. Mais le t
du gaulois Catussa aurait disparu comme dans Charges de Caturiges et Chaource
de Catussia.
Loch Etive and the Sons ofUsnach with illustrations, London,
Macmillan, 1879. xj-376 p. in-8.
Livre assez étrange, composé de dialogues entre différentes personnes qui
font ensemble un voyage à Loch Etive et qui causent en chemin de l'ancienne
littérature irlandaise et de ses rapports avec l'Ecosse.
Au moment de mettre sous presse, nous recevons le premier fascicule de la
Bibliographie générale des Gaules, répertoire systématique et
alphabétique des ouvrages, mémoires et notices concernant l'histoire, la topogra-
phie, la religion, les antiquités et le langage de la Gaule jusqu'à la fin du
Ve siècle, par M. Ch.-Ém. Ruelle, bibliothécaire à la bibliothèque Sainte-
Geneviève, etc., ouvrage honoré d'une médaille de l'Académie des inscriptions
et belles-lettres, xj-208 p. gr. in-8'.
Nous avions déjà, par avance, annoncé cet ouvrage (cf. Rev. celt., II, 433,
et III, 147). Il comprendra quatre fascicules qui paraîtront de six mois en
six mois.
Nous en rendrons un compte détaillé lorsqu'il sera achevé. Pour aujourd'hui,
contentons-nous de dire que le répertoire de M. Ruelle comprend « les publi-
cations faites depuis l'origine de l'imprimerie jusqu'en 1870 inclusivement » et
qu'il se compose de deux parties : « i° un catalogue méthodique, où les matières
indiquées sommairement sont disposées de façon à former, suivant le cas, des
groupes systématiques ou topographiques ; 20 un catalogue alphabétique donnant
sous le nom de chaque auteur le détail, aussi complet que possible, de ceux
de ses travaux qui se rapportent à nos origines. »
Le prix de l'ouvrage complet est de 30 fr.; on souscrit chez l'auteur, 1, rue
de Lille, à Paris, et aux librairies Dumoulin, Champion et Firmin-Didot.
CHRONIQUE
La Revue épigraphique du midi de la France. — Un musée gallo-romain à
Dornach (Alsace). — Un ancien poème français sur sainte Nonne. — La
poésie à la Société Celtique. — Une poésie de M. Milin. — Les Causeries
Bretonnes de M. Le Bos. — La bibliothèque galloise de M. Robert Jones.
— La discorde chez les celtophiles de Gratz. — Un recueil de contes de la
Haute-Bretagne. — Les nouvelles commissions archéologiques.
La Revue épigraphique du midi de la France qui paraît depuis janvier 1878
en fascicules minces, mais pleins de choses, fait le plus grand honneur et à son
directeur, M. Allmer, correspondant de l'Institut, et à l'éditeur de province,
M. Savigné, qui en supporte généreusement les frais. Le midi de la Gaule est
particulièrement riche en monuments romains, et la matière manque d'autant
moins que M. Allmer ne se borne pas à publier les inscriptions nouvelles que le
hasard fait découvrir, mais qu'il donne une édition fidèle et exacte de celles qui
avaient été inexactement publiées. L'épigraphie gallo-romaine fournit de pré-
cieux monuments à la philologie celtique par les noms d'hommes et de divinités
que contiennent les inscriptions. Aussi convient-il de remercier ici MM. Allmer
et Savigné pour leur très utile entreprise.
Si la précieuse collection d'antiquités gallo-romaines de la bibliothèque de
Strasbourg a péri dans le bombardement de cette ville par les Allemands en
1870, une autre collection qui n'est pas sans importance était en lieu de sûreté,
c'est celle de M. Engel-Dollfus, à Dornach, près de Mulhouse. Les antiquités
autrefois recueillies par le Dr Schnceringer, de Brumath (Bas-Rhin), ont été
fondues dans la collection de Dornach. M. Engel-Dollfus a également acquis la
collection formée par M. Napoléon Niklès, pharmacien à Beufeld (Bas-Rhin).
M. Engel-Dollfus a fait exécuter une magnifique photographie des prin-
cipaux monuments figurés de sa collection, et nous le remercions d'avoir
bien voulu nous en envoyer un exemplaire. Nous y avons remarqué une très
belle série de Mercures, notamment ceux dont Brambach a publié les inscrip-
tions dans son Recueil des inscriptions du Rhin sous les nos 1845, 1848-52,
1854, 1855. Il peut intéresser les archéologues de savoir que les monuments dont
Chronique. 303
Brambach dit « possidet Schnœringer » sont maintenant dans la collection de
M. Engel-Dollfus à Dornach. Nous y avons remarqué aussi un fragment d'un
groupe représentant un cavalier qui terrasse un anguipède, groupe qui appartient
à une famille de monuments étudiés par M. Prost (Revue Archéologique de janvier
et février 1879) à l'occasion de la découverte de Merten.
Ce musée est logé dans une salle de l'édifice que M. Engel-Dollfus a fait
élever à ses frais et qui sert à la fois de bibliothèque populaire et de lieu de
réunion et de conférences pour les habitants de Dornach. Grâce à cette géné-
reuse initiative, la petite commune de Dornach n'a rien à envier à sa grande
voisine Mulhouse pour ce qui peut répandre l'instruction, les jouissances de
l'esprit. Des collections scientifiques d'une utilité plus pratique et plus locale
s'ajoutent au musée d'antiquités.
Pour être certain que le musée archéologique qu'il a formé avec tant de zèle
lui survive, M. Engel-Dollfus vient d'en faire don à la ville de Mulhouse.
On a découvert dans la bibliothèque de la ville de Trêves, employés dans
la reliure d'un volume, deux morceaux de parchemin qui contiennent un frag-
ment d'ancienne poésie française. Le nombre des vers est de 78, en strophes de
six vers. Il y est question d'un homme, d'une femme et d'un enfant. L'homme
va trouver le Saint-Père qui l'envoie en Terre-Sainte pour faire pénitence. Quand
il revient, sa femme a accouché en son absence et près du rocher où il la laissa
il trouve un enfant jouant sur le sable.
Ce fragment a été publié par M. Max Keuffer, professeur à la Realschule de
Trêves, dans le volume publié en l'honneurdu congrès des philologues allemands
qui s'est tenu en 1879 à Trêves •. M. Keuffer a accompagné ce fragment d'un
commentaire philologique très soigné, et il suppose que l'auteur de ce poème
mutilé est Richard Cœur-de-Lion. Mais ce qui nous intéresse est le sujet même
du poème. M. Keuffer pense, et avec une grande vraisemblance, que ce frag-
ment appartient à une histoire rimée de sainte Nonne et de saint David son
fils. L'homme est le roi Cereticus qui fait ce pèlerinage par pénitence, parce
qu'il a abusé de sainte Nonne. Ce fragment ne correspond pas à un passage
précis du mystère breton de la vie de sainte Nonne, mais il appartient à ce
cycle. Cette identification fait grand honneur à la perspicacité de M. Max
Keuffer.
La Société Celtique (cf. p. 12$) a continué ses dîners mensuels pendant l'hiver
1879-80. Des poésies bretonnes y ont été lues. Nous publions la suivante, dont
1. Festschrift zur Begrûssung der XXXIV Versammlung deutscher Philologen und
Schulmaenner. Trier, Lintz, 1879, p. 147-183.
}04 Chronique.
l'auteur est M. J. Loth, parce qu'elle est écrite phonétiquement dans le dialecte
de l'auteur et qu'elle offre ainsi un intérêt de plus aux philologues. M. Loth
est de Guéméné-sur-Scorff (Morbihan), c'est-à-dire d'une zone où l'on parle
un vannetais modifié par la proximité de la Cornouaille.
I.
E Brèh-izél peb-inon wï mignon 'n è or zant :
E peb droug, peb melkoni, doc'hton enim gwestlam.
2.
Gweh-erèl n'èm ke' te glac'h zent bro-Gall pé ko Rom :
Hiriw oll e wèm galwet Job pé Pèr pé Jerom.
h
Liessoc'h neoac'h a han zant splan e kurun on bro
Ewit ne bar a steren tal en oabl tro-ha-tro.
4-
Meid pe greskam peurvuian or zant Brèh e chuéjam;
Tudal, Malow pé Kadow, Gwénolé pé Ronan.
<>■
Goèharzé wid er patron : hon zént zo tostoc'h d'im :
Hè entent gwèll on iez : ni nouyam ke' latin.
6.
Chuéjet e d'ein me hani; larein ke' toc'h i han,
Ged aon n'èm discleriekèc'h d'en otro bèlyan.
7-
Kanet enes er Itèrèk e réd dré on c'hér ni
Ha desket enes d'en oll han i dousék Mari.
8.
Alaz, marw e pell dohom, pell bras doc'h er Scorwék,
Pell zo ma dime' Mari, ancoèheit er c'hloèrek.
9-
M tir dan-mé de out pinwik, me lakei i skeuden
E mein kalet Ker santon dreist mammen en awen.
10.
Pe wèn-mé melkoniet, pé pemes keu d'em bro,
I spered e zo genein ag e za ar me zro.
1 1.
N'esche' pèll haoal oe d'ein in gwelèn glaharet,
A meh de houlen get-on pèrèk oè ken chiffet.
12.
Lennet e pes, eme-mé, Annaïk Kelien
Ag er c'houn a Variék newéa o anken
Pell-zo ma lahet en tan : losk er ledu, 'me-yon :
Karanté mem bro ém-kén intana me halon.
Chronique. 30$
«4-
Pe zelan-mé dré Paris, a bep tu e welan
Brediahow a bep korn Gall, pep iez e glawan.
Alaz, er Vrèhis ém-kén, èl berped er C'heltet
E chom dizunvaniet, hép brediac'h e bet.
16. .
Pe gwiiant er vro, zioac'h, hè ancoeha Arvor,
Er vam-goc'h e chom duhonî dilézeî tal er mor.
17-
Meid, kembro, 'me-mé doc'htu, boud ez inon neoac'h,
Ag e zo meurbe' brudet, 'n Aoal han er vrediac'h.
18.
Didrouze' t'ein, eme-yon : pe gomzér brohonek,
Oc'h pén 'n anter anehè en im lak te hoarhet.
19.
A betrè er Normanet èll comz doc'h Bretonet ?
A briz er jist, malrezen, pé a briz er c'hezek.
20.
— Tawe\ tad, ne chiffe'' ket : or vrediac'h zo zawet
Léc'h ne ho meit Bretoned, pé marse, Gwihèlet.
21.
Kèlted kalonek ém-kén a goèd pé a galon.
— Han pén-sturier er vrediac'h, eme er Barz? — Renan.
22.
Neze splanas drem er Barz : « Ne glaskan ke' pelloc'h.
Mil benoèc'h d'en oll breder : me skient e ho genoc'h. »
Le signe w a la valeur d'un u consonne (u français). Les e non accentués se
prononcent e muet.
Dans les formes en ow, ow = aou.
Ou et u comme en français.
Ch suivi de t se prononce hic.
En Basse-Bretagne, chacun de nous a pour ami un saint : en tout mal, tout
chagrin, c'est à lui que nous nous vouons.
2.
Autrefois nous n'allions pas chercher les saints du pays de France ou de
Rome : aujourd'hui nous nous appelons tous Joseph, Pierre ou Jérôme.
3-
Et cependant plus de noms de saints brillent dans la couronne de notre pays
que n'étincellent d'étoiles au front du firmament.
$o6 Chronique.
4-
Mais quand nous grandissons, c'est un saint de Bretagne que nous choisis-
sons : Tugdual, Malo ou Kado, Gwénolé ou Ronan.
S-
Tant pis pour le patron : nos saints sont plus près de nous; ils comprennent
mieux notre langage : nous, nous ne savons pas le latin.
6.
Moi aussi, j'ai choisi le mien ; je ne vous dirai pas son nom, de peur que
vous n'alliez me dénoncer aux messieurs prêtres.
7-
Il a chanté la petite rivière qui court à travers notre village ; il a appris à
tous le nom de sa douce Marie.
8.
Hélas, il est mort loin de nous, loin de son petit Scorff; Marie est mariée
depuis longtemps et a oublié son clerc.
9-
Si je deviens jamais riche, je placerai son image en dur granit de Kersanton
par dessus la source de la rivière.
10.
Lorsque je suis affligé ou que j'ai regret à mon pays, son esprit est avec moi
et m'assiste.
1 1 .
Il n'y a pas longtemps, il me sembla le voir affligé, et moi de lui demander
pourquoi.
12.
« Vous avez peut-être lu, dis-je, l'Annaïk de Quellien, et le souvenir de
Marie a renouvelé votre chagrin. »
■3-
— Le feu est mort depuis longtemps, laisse la cendre, dit-il : l'amour de
mon pays seul enflamme mon cœur.
14-
Lorsque je regarde à travers Paris, de tous côtés je vois des sociétés de
tous les coins de la- France, j'entends tous les dialectes.
Hélas, les Bretons seuls, comme toujours les Celtes, restent désunis, sans
union fraternelle.
[6.
Lorsqu'ils quittent le pays, ils oublient Armor, la vieille mère déchue, là-bas,
sur les bords de l'Océan.
'7-
— Mais, compatriote, lui dis-je, il y en aune cependant et qui fait du bruit:
son nom est la Pomme.
18.
— Ne m'en parle pas, répondit-il ; lorsqu'on y parle breton, plus de la moitié
de la société se met à rire.
Chronique. 307
'9-
De quoi peut parler un Normand à un Breton ? Du prix du cidre, peut-être,
ou du prix des chevaux.
20.
— Tais-toi, père, ne sois pas si affligé : une société de frères s'est formée,
où il n'y aura que des Bretons ou, encore, des Gaëls.
21.
Des Celtes fervents seulement de sang ou de cœur. — Le nom du président
de la société? — Renan.
22.
Alors le visage du barde s'éclaira : « Je n'en demande pas davantage : mille
bénédictions à tous les frères : mon esprit sera avec vous. »
A l'occasion de la famine qui a désolé cet hiver les campagnes d'Irlande, un
des poètes les plus distingués de la Bretagne, M. G. Milin, a publié dans un
journal de Brest (Y Océan du 3 mars ;88o) une poésie que nos lecteurs d'Irlande
et de Bretagne nous sauront également gré de reproduire :
AR CERNEZ ENN IRLAND
Ton kanîik : Va Doue, leun a drugarez.
DISKAN
Truezuz eo ar c'hlemmou a zao dreist kroz ar mor,
Klemmou tadou ha mammou, bugale an Arvor !
Daoust ha n'ho c'hlevit-hu ket dre 'n avel 0 c'hervel,
OcVz ho kervel, Bretouned, d'ho rekour kent mervel ?
Pion ho kalv, tud kalounek? Gant an tarz e diroll,
Hag eul lestr oc' h ho kerrek ave 0 vont da goll,
Pe eur vag pesketerien, hep stur na roenv e-bed,
E-kreiz an denvalïjen, a ve eat d'ar goeled ?
Nan, gwasoc'h kalz eo a zo : tud eurvro holla-bez
Eur vro gaer evel hor bro, enn-hi tud hep danvez,
Tud paour ha tud a galoun, tud vad ha kristenien,
Dare da vervel gant naoun, a c'houlen aluzen.
N'ema ket pell ar vro-ze diouz hor bro, Bretouned,
Hon aojou-ni bep mare gant ho mor zo skoet,
Hag hon tadou gwechall-goz, mignouned ha kerent,
A zo eat d'ar Baradoz diwar galoun ho zent.
Euz a vro an Irlanded eo bet skignet e Breiz,
Evel goulaouen ar bed, sklerijen gaer ar feiz ;
Euz a vro an Irlanded, n'euz ket a-veac'h dek vloaz,
P'edomp 0 vervel flastret, hor beuz bet harp ha skoaz.
308 Chronique.
Bezomp d'hon tro kalounek, diskoueiomp, Breîouned,
El omp-ni tud anaoudek kever an Irlanded ;
Pell a 10 enn dienei, ma ne varvonî brema,
E \arvint gant ar gernei, abari nemeur ama.
Enn ho ziei n'eui eskenn, bod keuneud d'ober tan,
Gant an naoun, ar ienien, e krenont brai ha bian ;
Tadou, mammou, bugale, 10 ho dillad truillou,
Ar re 10 evit baie, a 10 evel spesou.
Ouspenn an naoun 10 c'houero ; ho c'halounou a rann
Pa welont a-zirai-ho ho lud e-kreiz pep poan ;
An tad la da glask eul lec'h distro evlt mervel,
Ar vamm zo penn he bron sec'h e genou he bugel.
Mervell a rank gant an naoun, mervel gant an enkrei,
E kichen dor an Zaoïoun, dor an dud digernei,
An Irlanded kristenien, laeret ho bro, tud keiz !
Laeret bara ho c'houeien..., n'eo bet laeret ho feiz.
Bretouned, d'an Irlanded ro'it buan hag affo !
Naounegez ne c'hortoi ket, an naoun a 10 garo.
Aluzen ar garantez a domm ar c'halounou,
A bella pep dlenez, a don nerz ar poaniou.
Bretouned d'an Irlanded, ho preudeur peorien geiz,
Ho kerent, ho mignouned drear galoun, ar feiz,
Enn hano Doue, hor Zalver, evit en em vaga,
Roïtdiwar ho tiouer arc'hani da gaout bara.
Bretouned d'an Irlanded, ho preudeur kristenien,
Tieïen, martoloded, roït holl aluzen,
Ha diwar-n-hoc'h ho bennoz a zistroio a-bell,
Gwalennou Doue 10 tost, gwall amier, gwall avel.
LA FAMINE EN IRLANDE.
Des cris lamentables retentissent dominant le bruit des flots, les sanglots de
pères, mères, enfants, s'élèvent de la côte ! A travers le mugissement de l'orage
n'entendez-vous pas appeler, vous appeler, Bretons, au secours, dans l'agonie?
Qui donc vous appelle, hommes de cœur ? Sous la fureur des vagues, un
vaisseau courrait-il se briser contre les écueils, ou une barque de pêcheurs sans
gouvernail, sans avirons, aurait-elle sombré dans les horreurs de la nuit?
Non, non, le sinistre est encore plus affreux, un peuple tout entier, un pays
beau comme le vôtre, des hommes infortunés, gens pauvres, au cœur vaillant,
une nation généreuse et chrétienne, pressurée par la famine, vous demande
l'aumône.
Ce pays n'est pas éloigné de l'Armorique; Bretons, nos rivages et les siens
sont, chaque marée, baignés par la même mer. Jadis nos aïeux et leurs aïeux,
Chronique. 309
parents et amis, sont entrés au Paradis en mourant sur le cœur des saints
d'Irlande.
Du pays d'Irlande sur la Bretagne s'est levé, comme un astre sur le monde,
la brillante lumière de la foi ; du pays d'Irlande, il y a moins de dix ans, quand
nous étions écrasés, mourants, nous avons reçu assistance et confort.
Soyons à notre tour des hommes de cœur, montrons-nous, Bretons, recon-
naissants envers les Irlandais : depuis longtemps dans la misère, ceux qui n'ex-
pirent à cette heure mourront par la famine d'ici à peu de temps.
Dans leurs demeures, pas un morceau, rien pour se chauffer : de faim et de
froid ils grelottent, grands et petits ; pères, mères, enfants ne sont couverts
que de haillons, et ceux qui tiennent debout ressemblent à des fantômes.
Outre la faim cruelle, la douleur déchire leur cœur quand ils voient devant
eux leurs plus chers torturés par les souffrances ; le père s'enfuit et cherche un
endroit pour expirer à l'écart, et la mère aux lèvres de son enfant présente une
coupe épuisée.
Ils doivent mourir de faim, ils doivent mourir d'angoisses à la porte de l'An-
glais, à la porte de gens sans entrailles, ces Irlandais catholiques dont les champs
ont été usurpés, ces infortunés à qui l'on a ravi le pain de leurs sueurs..., mais
leur foi, jamais.
Bretons, aux Irlandais donnez sans retard, donnez à l'instant! car la faim
n'attend pas, la faim est cruelle ; l'aumône de la charité réchauffe les cœurs,
éloigne la misère, adoucit l'amertume des douleurs.
Bretons, aux Irlandais, vos frères pauvres infortunés, vos parents, vos amis
par le cœur et la foi, pour Dieu, pour notre Sauveur, donnez une aumône pour
se sustenter; donnez de votre pauvreté un sou pour avoir du pain.
Bretons, aux Irlandais, vos frères en Jésus-Christ, donnez, laboureurs, don-
nez, marins, une aumône, et leurs bénédictions chasseront loin de vos têtes les
fléaux menaçants de Dieu, les mauvaises saisons, les tempêtes.
La Revue a parlé précédemment (t. III, p. 494) des Causeries bretonnes de
M. Le Bos. Cet auteur vient de lancer un prospectus d'une seconde partie de
cet ouvrage. « La deuxième livraison des Causeries bretonnes, dit-il, beaucoup
plus importante que la première, est sous presse en ce moment. La marche
adoptée pour cet ouvrage est bien simple. On croirait lire un feuilleton à la
portée de tout le monde. » M. Le Bos annonce en outre qu'il reconstituera la
langue primitive à l'aide du breton. « Les savants de nos jours n'y ont rien
compris jusqu'à présent. Nos académiciens, MM. Littré, Renan, Jules Simon,
Hersart de la Villemarqué, n'y ont vu que du feu. » Ce prospectus contient le
portrait photographique de l'auteur, pensif et le menton dans sa main droite,
avec cette inscription au-dessous : Eugène Le Bos dans ses réflexions sur la langue
primitive. — M. Le Bos, 19, rue Clauzel, à Paris, envoie libéralement ce pros-
pectus à toutes les personnes qui le lui demandent.
Rev. Celt. IV 2 1
310 Chronique.
La riche bibliothèque galloise de feu M. Robert Jones (cf. p. 132) a été
acquise par la ville de Swansea, où elle formera une sorte de Bibliothèque
nationale. A cet égard, il est malheureux qu'on ait négligé de mettre dans cette
bibliothèque et qu'on ait laissé vendre aux enchères avec les livres de littérature
de M. R.Jones un certain nombre d'ouvrages irlandais ou gaéliques fort impor-
tants, ou même des livres qui, comme le dictionnaire comique de M. R. Wil-
liams, ont leur place marquée dans une bibliothèque de philologie galloise.
Il s'est fondé à Gratz, en Styrie (Autriche), une Société Anthropologique.
On nous écrit que dans ses premières séances cette Société s'est occupée des
origines celtiques et des noms de lieu celtiques, mais que la discussion a été si
animée et si orageuse qu'un des membres a donné sa démission. La Société de
Gratz devrait prendre pour devise : Paix sur la terre aux étymologistes de bonne
volonté !
Il vient de paraître à la librairie Charpentier un recueil de contes populaires
de la Haute-Bretagne de M. Paul Sébillot (xij-360 p. in-12; prix : 3 fr. 50).
Nous en rendrons compte dans notre prochain numéro.
La Commission de la topographie des Gaules fondée en 1858 par l'empereur
Napoléon III à l'effet d'étudier la géographie, l'histoire et l'archéologie natio-
nale jusqu'à l'avènement de Charlemagne (voir notre article, t. II, p. 504-6)
vient d'être dissoute. Elle a fait place à une autre commission qui continue la
même œuvre sous un autre nom, et avec l'adjonction de quelques nouveaux
érudits. Voici en quels termes la naissance de cette commission est annoncée
dans le Journal officiel du 2 février 1880 :
« Par un arrêté en date du 20 janvier, une commission a été instituée par le
ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, sous le titre de : Commis-
sion de géographie historique de l'ancienne France.
« Cette commission aura pour mission d'achever les travaux commencés par
la commission de la topographie des Gaules : les cartes de la Gaule indépen-
dante, de la Gaule soit sous la domination romaine, soit à l'époque franque et
téodale, les cartes spéciales indiquant la position des monuments mégalithiques,
les découvertes de monnaies gauloises, les bornes milliaires, les diverses couches
ethniques qui ont contribué à la formation de la nationalité française. Elle devra
aussi terminer le catalogue général des monnaies gauloises et donner, d'après
les nombreux documents recueillis, une édition de la Notice des provinces et des
cités de la Gaule.
Chronique. 3 1 1
0 La Commission de géographie historique de l'ancienne France fera, avec le
concours des correspondants du comité, des archivistes et des instituteurs, un
relevé de tous les noms de lieux-dits figurant au plan cadastral de chaque com-
mune ; elle dressera un inventaire des pouillés, pour préparer ultérieurement un
Corpus général des pouillés de France, et recueillera les textes itinéraires du
moyen âge, ainsi que les dictons relatifs aux régions, aux villes, aux vil-
lages, etc.
« Elle devra, en un mot, centraliser tout ce qui peut toucher à la topogra-
phie historique de la France depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1789.
« Sont nommés membres de cette commission :
« Président : M. Henri Martin, membre de l'Académie française, sénateur. —
Vice-président : M. Léon Renier, membre de l'Institut. — Secrétaires : MM. Ana-
tole de Barthélémy, membre du comité des travaux historiques ; Alexandre
Bertrand, directeur du Musée national de Saint-Germain.
1 Membres: MM. Alfred Maury,Ch. Robert, E. Desjardins, membres de l'Ins-
titut ; Aug. Longnon, répétiteur de géographie historique à l'École pratique
des hautes études ; Ant. Héron de Villefosse, attaché à la conservation des
monuments antiques au musée du Louvre ; Hamy (le docteur), aide-naturaliste
au muséum d'histoire naturelle ; G. de La Noë, chef de bataillon du génie,
commandant de la brigade topographique ; E. Muret, bibliothécaire au cabinet
des médailles de la Bibliothèque nationale. »
Presque au même moment, le ministre de l'instruction publique, sur la demande
du sous-secrétaire d'état chargé des beaux-arts, créait une sous-commission des
monuments historiques, chargée de dresser l'inventaire des monuments mégali-
thiques et des blocs erratiques de la France et de l'Algérie. Voici en quels termes
les journaux ont annoncé ce fait :
« Par arrêté du ministre de l'instruction publique, une sous-commission des
monuments historiques est chargée de dresser l'inventaire des monuments
mégalithiques et des blocs erratiques de la France et de l'Algérie.
« Cette sous-commission est composée ainsi qu'il suit :
« Président: M. Henri Martin, sénateur, membre de la commission des mo-
numents historiques.
« Vice-présidents : MM. Daubrée, directeur de l'école des mines ; deMortillet,
conservateur-adjoint du musée de Saint-Germain, membre de la commission des
monuments historiques.
« Membres : MM. Broca, professeur de l'École de médecine, secrétaire général
de la Société d'anthropologie; Cartaillac, directeur de la Revue des matériaux
pour l'histoire de l'homme, à Toulouse; Chantre, sous-directeur du musée d'his-
toire naturelle de Lyon ; Faisan, géologue, demeurant à Collonge-au-Mont-
d'Or (Rhône); Leguay, architecte, membre de la société d'anthropologie;
Pomel, sénateur de l'Algérie ; Trutat, conservateur du musée d'histoire natu-
relle de Toulouse ; Salmon, archéologue, membre de la société d'anthropologie;
du Sommerard, directeur du musée des Thermes et de l'hôtel de Cluny, membre
de la commission des monuments historiques.
j 1 2 Chronique.
« Secrétaire : M. Viollet-le-Duc, chef de bureau et secrétaire de la commission
des monuments historiques.
«Secrétaires-adjoints : MM. Lucien Pâté, sous-chef de bureau, secrétaire-
adjoint de la commission des monuments historiques ; Demanget, sous-chef de
bureau, archiviste et 2e secrétaire-adjoint de la commission des monuments
historiques. »
Au premier abord, il semblait que la sous-commission des monuments mégali-
thiques était chargée de reprendre, pour une partie du moins, les travaux de
l'ancienne Commission de la topographie des Gaules. Pour faire disparaître cette
équivoque, « M. le ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, désirant
que les travaux de la commission de géographie historique de l'ancienne France
et ceux de la sous-commission de l'inventaire des monuments mégalithiques et
des blocs erratiques de France et d'Algérie concourent au même but, en utilisant
pour la science les recherches spéciales de chacune d'elles, a nommé M. A. de
Barthélémy membre de la seconde, afin de faciliter les communications réci-
proques des deux commissions. »
Ainsi donc la Commission de géographie historique, commission permanente,
continuera le Dictionnaire d'archéologie celtique sur le plan suivi dans le tome I ;
la sous- commission des monuments mégalithiques, essentiellement temporaire,
s'occupera exclusivement d'établir la statistique complète de ces monuments et
de désigner à l'attention du gouvernement ceux qui par leur importance méritent
d'être conservés et protégés contre toute tentative de destruction.
H. G.
NÉCROLOGIE.
Nos lecteurs n'ont pas oublié la liste des noms supposés gaulois des inscrip-
tions latines que le général Creuly a donnée au précédent volume de notre
Revue. L'absence d'un Corpus des inscriptions gallo-romaines rend cette liste
d'autant plus précieuse parce qu'elle fait connaître des noms conservés dans ces
inscriptions. Cette liste a été la dernière œuvre du général Creuly : et nous
pouvons dire aujourd'hui que le mauvais état de sa santé défaillante ne lui avait
pas permis de corriger les épreuves de la seconde partie; c'est ce qui explique
l'absence de références pour quelques noms de la liste. — Nous reproduisons
ci-après la notice nécrologique que lui a consacrée le Polybiblion :
« M. Casimir Creuly, né à Cherbourg le 14 novembre 1795, est décédé à
Paris le 14 juin 1879. Il était commandeur de la Légion d'honneur, officier de
2e classe de Charles III, officier de l'instruction publique et général de brigade.
Entré à l'École polytechnique en 1813, le général Creuly sortit, après de bril-
lantes études, dans l'arme du génie; il fut chargé de missions importantes, par-
ticulièrement au Sénégal, et conquit en Algérie, à la suite de plusieurs expédi-
tions, les grades de lieutenant-colonel, de colonel et de général de brigade ; il
avait, en 1823, pris part à la campagne d'Espagne.
Nécrologie. 3 1 3
« A dater de 1857, époque à laquelle il entra dans le cadre de réserve,
M. Creuly se livra avec ardeur à l'étude de l'histoire, de l'archéologie, de la
géographie et de l'épigraphie antique ; le goût de l'épigraphie lui avait été ins-
piré pendant son séjour en Afrique, où, malgré ses occupations multipliées, il
avait recueilli de précieuses et nombreuses notes. Il appartenait à la Société des
Antiquaires de France dont il fut président, et à la Commission de la topogra-
phie des Gaules à titre de vice-président. — Voici les principales publications
qu'il a laissées : Les Quinquégentiens et les Babares, anciens peuples d'Afrique ; —
Copie rectifiée du militaire de Tongres ; — Les descendants immédiats d'Eporédorix ;
— Quelques difficultés du deuxième livre des Commentaires de César, étudiées sur le
terrain ; — Etudes sur les musées de Beaune et de Dijon ; — Quatre inscriptions
funéraires de l'époque mérovingienne ; — Un nouveau pagus gallo-romain; — La
carte des Gaules : examen des observations auxquelles elle a donné lieu ; — Gué
antique dans le lit de la Mayenne ; — Estampille du dolium du musée d'Alger ; —
Sur une inscription antique trouvée à Vieux en 1 864 ; — Note sur l'authenticité du
nom de famille Jallius ; — Inscriptions récemment découvertes en Algérie; — Etude
sur l'Aquitaine des Romains ; — Inscription funéraire de Tarbes. Tous ces travaux
ont paru dans la Revue archéologique. M. Creuly a donné, en outre, un travail
sur Uxellodunum, dans la Revue des sociétés savantes ; — un mémoire sur l'Inscrip-
tion de Torigny, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France; — un
Catalogue des noms propres, présumés gaulois, dans la Revue Celtique. — Enfin, il
avait entrepris la traduction des Commentaires de César ; on regrette qu'il n'ait
paru que le premier volume de cet excellent ouvrage (en collaboration avec
M. Al. Bertrand), 1 vol. in-8, Paris, Didier). »
— L'œuvre de la mort est plus triste encore quand elle frappe, non plus un
homme chargé d'années comme le général Creuly, dont la vie a été active et
féconde presque jusqu'à son dernier jour, mais de jeunes hommes qui dispa-
raissent sans avoir pu réaliser la promesse de leur talent. Tel a été le cas de
notre excellent ami M. Charles de Gaulle, né le 31 janvier 1837, mort à
Paris le i" janvier 1880. M. Charles de Gaulle avait été frappé de paralysie
presque au sortir de l'adolescence. Ce triste état ne l'avait pourtant pas empê-
ché de s'adonner à l'étude et son goût l'avait porté vers les langues celtiques ;
sans quitter Paris où son infirmité précoce le tenait cloué sur son fauteuil, il
avait appris le breton au point d'en faire sa seconde langue maternelle. Il a
même écrit plusieurs poésies bretonnes ; la Revue de Bretagne et de Vendée en a
donné une dans son numéro de mai 1864; les poètes bretons le regardaient
comme un des leurs et le traitaient en confrère, et l'on peut voir dans leurs
œuvres plus d'une pièce dédiée à celui qui, jouant sur un nom prédestiné aux
études celtiques, avait pris le spirituel nom de plume Barz Bro C'hall « le
barde du pays de Gaule ». M. Charles de Gaulle avait acquis du gallois une
connaissance presque aussi étendue qui étonnait les Gallois dont il recevait la
visite à Paris.
En 1864 il avait publié dans la Revue de Bretagne et de Vendée une série d'ar-
$14 Nécrologie.
ticles qui ont été réunis en une forte brochure sous ce titre : Les Celtes au
XIXe sikle ; appel aux représentants actuels de la race celtique (64 p. in-8).
M. Charles de Gaulle rêvait la résurrection des langues celtiques comme
langues littéraires et nationales, et l'union des peuples celtiques en une sorte
de fédération morale. Aussi a-t-il pris une part active à la préparation du con-
grès celtique international qui se tint à Saint-Brieuc en 1867. Il est inutile de
dire ici les nombreuses causes pour lesquelles de semblables projets devaient
rester le rêve et l'illusion de quelques généreux esprits.
C'est seulement dans un domaine moins étendu que ce mouvement de renais-
sance pouvait se produire. Il se manifesta en Bretagne par la fondation du jour-
nal breton Feiz ha Breiz et par l'établissement d'une sorte de société des poètes
bretons sous le nom de Breuriez Breiz « Confrérie de Bretagne » avec le nom
illustre de M. de la Villemarqué à sa tête. A vrai dire, nous ne croyons pas
que cette société ait jamais fait autre chose que provoquer l'éclosion de
poésies, que les membres du cercle se dédiaient et se lisaient les uns aux autres.
Ce n'était pas, comme l'avait espéré M. Charles de Gaulle qui fut secrétaire de
cette société, un foyer de lumières pour la Bretagne, l'aurore d'une nouvelle litté-
rature celtique, c'était plutôt un modeste feu de Vestales. Il s'éteignit pourtant;
des bardes qui devaient l'entretenir, les uns moururent, les autres se brouillèrent,
et la Breuriez Breiz n'est plus depuis longtemps qu'un souvenir !
A ce propos, on ne nous saura pas mauvais gré de reproduire ici quelques
vers bretons de notre ami. Nous les empruntons à la pièce mentionnée plus haut
et qui était dédiée aux poètes de Bretagne :
Ann hini a reaz ar zon-man,
A reer a-vro-c'hall anezhan ;
Hogen breizad eo a galon :
Roït d'ezhan eunn hano gwirion.
— He gorf e Bro C'hall 'zo dalc'het ;
He spered a vad n'ema ket,
Nizal 'ra trezek Breiz-Izel
Bemdeiz, bemnoz, a denn askel.
Celui qui a fait cette chanson — S'appelle de Gaulle; — Mais il est de Bre-
tagne par le cœur ; — Donnez-lui le nom qu'il mérite. — Son corps est retenu
en Gaule; — Mais certes son esprit ne l'est pas ; — Il vole vers la Basse-
Bretagne — Tous les jours, toutes les nuits, à tire d'ailes.
C'est au moment de l'épanouissement de la Breuriez Breiz que M. Charles de
Gaulle publiait dans la Revue de Bretagne et de Vendée (n° d'octobre 1865) un
article sur le mouvement de renaissance de la littérature bretonne où il donnait
aux écrivains bretons des conseils très sages sur l'orthographe de leur langue.
Il le complétait l'année suivante (n° d'août 1866, p. 89-103) par une revue des
plus récentes productions de la littérature bretonne, principalement dans le
domaine de la poésie1.
1 . C'est M. Ch. de Gaulle qui se chargea de mettre en breton la bulle lneffabilis, lorsque
Nécrologie. }i$
A ce moment déjà se ralentit l'activité littéraire de M. Charles de Gaulle. Il
n'écrivit plus dès lors que de rares articles, la plupart fort courts : faisons une
exception pourtant pour son étude sur l'Epilogue à l'Art chrétien de M. Rio, qui
parut encore dans la Revue de Bretagne et de Vendée de 1872 1. Raconter la
vie et les œuvres de M. Rio, c'était pour notre ami raconter une page de
l'histoire de Bretagne qui lui était chère, de la Bretagne catholique et royaliste
du commencement de ce siècle. Dans cet article même il nous dit que c'est la
lecture de La petite Chouannerie de M. Rio qui lui donna, encore écolier, l'amour
de la Bretagne et le désir d'apprendre le breton. Citons encore l'article que
M. Charles de Gaulle écrivit ici même (t. II, p. 265) sur un supplément aux
Dictionnaires bretons. Ce furent, croyons-nous, les dernières lignes sorties de
sa plume. Son infirmité faisait chaque année de nouveaux progrès : tout en
gardant la lucidité d'esprit qui ne l'a pas quitté jusqu'à sa dernière heure,
tout en suivant avec amour le progrès des études celtiques et la destinée
des peuples néo-celtiques, la force lui manquait déjà pour produire et pour
faire œuvre d'écrivain. Il faisait des projets, mais il ne pouvait les réaliser. Par
les rares qualités de son esprit, par sa facilité d'assimilation, par la finesse et
la perspicacité de son jugement, il eût été, si la force et la santé ne lui avaient
fait défaut, un de ceux qui auraient fait le plus honneur aux études celtiques
en France, comme il avait été un des premiers à s'y consacrer.
Bien que nous ne devions apprécier que l'œuvre scientifique chez ceux dont
nous dressons ici la liste nécrologique, déjà bien longue hélas ! on nous per-
mettra de dire un mot de plus sur celui qui était pour nous un ami et souvent
un conseil. Le charme de ses relations, la sûreté de son amitié, la douceur de
son caractère, le courage chrétien avec lequel il supportait son infirmité et ses
souffrances, laisseront une impression ineffaçable à ceux qui ont eu le privilège
de connaître de près Charles de Gaulle et d'apprécier à sa juste valeur cette
âme d'élite.
— M. l'abbé Henry, né le 14 décembre 1803 à Mellac (Finistère), mort le
12 février 1880 à Quimperlé. M. l'abbé Henry était regardé comme un des
plus fins connaisseurs et des meilleurs écrivains de la langue bretonne. Voici la
liste de ses principaux ouvrages que nous devons à l'obligeance de M. Audran,
de Quimperlé :
i° Eunn Dibab Toniou evit kanaouennou santel ha gwersiou Breiz-izel lakeat war
Gan-Pleumenset gand an aotrou Iann-Wilhou Herry, belek. ESant-Briec, in-8°,
Prudhomme, 1842.
20 Buez hor zalver Jesuz-Krist great gant komzou ar pevar avieler. E Kemperlé,
Moulet é ti Guffanti-Breton, 1858.
30 Kantikou eskopti Kemper ha Léon. Choaztt ha renket dre ghemenn ann aotrou n
l'abbé Sire, du séminaire de Saint-Sulpice, imagina d'envoyer au pape Pie IX la traduc-
tion en 300 langues et dialectes de la bulle qui proclamait le dogme de Plmmaculée-
Conception.
1. Le tirage à part forme une brochure de 38 pages in-8'.
5 1 6 Nécrologie.
eskop R. N. Sergent, Quimperlé, Th. Clairet, 1864 (c'est une 2e édition d'un
recueil publié à Saint-Brieuc en 1842 sous le titre de Kanaouennou Santel dilen-
net ha rcizct evit escopti Kemper\. A la suite de l'édition de 1864 on trouve Eunn
dibab Ton'iou (1842) avec supplément (Kresk) de 1864.
4° Buez an duk a Vourdel Herri V. Kemperlé, Moulet e ty Th. Clairet, 1872.
L'abbé Henry a de plus publié en 1849 à Quimperlé, chez Guffanti-Breton,
une traduction de la Genèse, et en 1861, dans la même ville, chez Clairet, une
traduction de l'Exode, l'une et l'autre en breton.
— On annonce aussi la mort, à Dublin, de M. Joseph O'Longan, scribe
irlandais attaché aux travaux de l'Académie royale d'Irlande, et l'auteur des
fac-similés du Leabhar na h-Uidhri, et du Leabhar-Breac publiés par cette Aca-
démie.
— M. François Stark, bibliothécaire de l'École polytechnique de Vienne,
né à Kruman, en Bohême, le 17 janvier 1818, mort à Vienne le 27 mars 1880.
M. Stark était connu des philologues par un livre qu'il publia en 1868 sur les
noms familiers des anciens Germains (Die Kosenamen der Germanen) . Vers la même
époque, il avait publié dans les comptes-rendus de l'Académie de Vienne, sous
le titre de Keltische Forschungen, une série d'études sur les noms celtiques con-
tenus dans le Verbrùderungsbuch de Saint-Pierre de Salzbourg et dans le Codex
traditionum ccclcsiœ Ravennatensis. Dès lors il s'enfonça dans ses études onomas-
tiques avec une telle ardeur et un tel acharnement au travail que sa santé y
succomba et qu'il fut atteint en 1876 d'une maladie cérébrale. Il se survécut
quatre ans. — Le maître de l'onomastique gauloise, Gluck, est aussi mort pré-
maturément, et d'une névrose amenée par l'étude. L'onomastique celtique serait-
elle donc l'antre de Trophonius?
H. G.
P. 181,
P. 188,
P. 189,
P. 190,
P. 196,
POPULAR TALES OF IRELAND.
FURTHER ERRATA.
. 1 6, read : faid fi'ge
. $ from the bottom, read : Oranmore
ast line, read : certain
foot-note, 1. 1, read : reaper
. 6, read : Tollius ... Fortuita ... Amstelodami.
.il, read : Catulli, XXXII.
ast line, read : lore
. 4 from the bottom, read : « meadow-sweat » or « maid-sweat ».
. 24, read : Earl
Le gérant : F. VTEWEG.
Imprimerie Daupeley-Gouverneur, à Nogent-le-Rotrou.
MONNAIE GAULOISE INÉDITE
DE LUCTÉRIUS. CHEF CADURQUE.
Note lue à la séance de l'Académie des inscriptions et belles-lettres
du 9 Juillet 1880.
La monnaie gauloise que j'ai l'honneur de présenter à l'Académie
n'est connue jusqu'à ce jour que par deux exemplaires. L'un faisait
partie d'un trésor de 4,000 pièces environ, contenues dans un vase en
terre, découvert en 1879 dans la commune de Cuzance (Lot] ; l'autre
exemplaire fut acheté à Toulouse par M. Feuardent qui le conserva sans
se rendre compte de sa date ni de l'attribution que l'on pouvait en faire.
Ces deux pièces, en argent, sont identiques bien que sorties de coins
différents ; au droit, elles portent, dans le champ entouré d'un grenetis,
le mot LVXTIIRIOS1, gravé horizontalement entre deux étoiles à cinq
pointes ; au revers, une croix cantonnée de quatre symboles que je ne
puis assimiler qu'à des sceptres fleuronnés.
Le style de ces deniers, qui pèsent en moyenne 1 gr. 34, la présence
d'une légende en caractères latins permettent de leur assigner une date
1. La forme de la lettre romaine R est facile à distinguer, sur l'original, malgré l'état
fruste de cette partie de la pièce.
Rev. Celt. IV 2 2
3 1 8 Monnaie gauloise inédite de Lucterius.
voisine du milieu du premier siècle avant l'ère chrétienne. En dehors de
ces deux indices qui sont généralement employés dans la classification
chronologique des monnaies gauloises, il y en a un troisième, particulier
aux pièces qui nous occupent en ce moment, qui vient corroborer les
deux premiers : je veux parler de la présence d'une légende inscrite dans
le champ ; ce fait n'a pas encore été signalé dans la numismatique
antique de notre pays.
Les légendes gravées horizontalement dans le champ de la monnaie et
servant de types se retrouvent en Bretagne ; les numismatistes anglais
pensent que cette habitude date du dernier quart du premier siècle avant
l'ère chrétienne ■ ; nous ne pouvons pas supposer un instant qu'une
monnaie, qui appartient, ainsi que nous le verrons plus loin, au sud de
la Gaule, soit une imitation empruntée au monnayage breton. Il faut donc
chercher ailleurs, dans des conditions plus probables, le prototype qui a
servi aux monnayers en cette circonstance. Je n'ai pas besoin d'insister
ici sur la propension qu'avaient les Gaulois à chercher à l'étranger les
modèles à imiter pour leur numéraire.
Or, ce prototype, qui fut aussi très probablement celui des monnaies
bretonnes, je le trouve tout simplement dans la monnaie romaine. Pen-
dant le dernier quart du premier siècle, nous y voyons en effet s'établir
l'usage de tracer des légendes horizontales, parfois accompagnant un
type, parfois figurant seules dans le champ ; je citerai, par exemple, dans
l'ordre chronologique, les deniers suivants :
IMP CAESAR ALBINV M -AGRIPPA COS COS ITER ET
DIVI-F BRVTIF DESIG TER-DESIG
M-SILANVS-AVG
Q-PRO-COS
Toutes ces monnaies, que l'on trouve dans les planches du recueil de
M. Cohen, classées aux familles Julia, Postumia, Vipsania, ont été frappées
entre l'an 46 et l'an 20 avant J.-C.2.
Si le rapprochement que je propose ici est admis, il aura pour double
conséquence de dater approximativement la monnaie de LVXTIIRIOS
et l'apparition des légendes horizontales sur les monnaies de la Bre-
tagne.
Examinons maintenant les données que nous fournit l'étude attentive
du denier trouvé à Cuzance.
1. J. Evans, The coins of the ancient Britons.
2. H. Cohen, Description générale des monnaies de la République romaine, pi. XXI,
29 et 30, XXIV, 19, XXV, 10, XLII, 1, 2 et j.
Monnaie gauloise inédite de Lucterius. 3 1 9
Le nom de Lucterius était déjà connu dans la numismatique gauloise ;
il est gravé sur une pièce de bronze, très rare, reproduite dans la Revue
numismatique à l'appui d'un mémoire du baron Chaudruc de Crazannes ' ;
cet archéologue en avait eu un très bel exemplaire trouvé alors à Cos
(Tarn-et-Garonne) ; il rappelle, à cette occasion, que La Saussaye avait
attribué au même personnage un denier en argent portant la légende
LVCT, mais cette lecture était inexacte ; des exemplaires mieux conservés
ont permis de lire LVCCIOS sur ces monnaies qui appartiennent aux
Pictons et aux Pétrocores. La description de Crazannes est, d'ailleurs,
bien moins exacte que celle que nous trouvons dans le Catalogue de
Duchalais, p. 14, d'après l'exemplaire du Cabinet de France mal
déchiffré par Mionnet (t. I, p. 91). Je crois devoir donner ici une gra-
vure exacte de cette pièce curieuse dont je connais deux autres exem-
plaires, l'un au Musée de Rouen 2, l'autre au Musée de Saint-Germain,
provenant du département du Lot :
LVXTIIPIOS. Tête nue, imberbe, à droite.
R/ : cheval libre, marchant à droite ; au-dessus, un sceptre ou
enseigne militaire dont le sommet est formé d'un globule entre trois
points.
Ici, nous sommes en présence d'une monnaie de style arverne ; la
forme de la légende diffère de celle du denier en ce que le R latin est
remplacé par un P grec. Ces deux observations suffisent pour conclure
que les deux pièces ne sont pas tout à fait contemporaines ; ajoutons
que le revers du denier a été disposé de manière à rappeler le type
cruciforme , dégénérescence de celui de Rhoda , en Ibérie , qui ,
pendant plusieurs siècles, parut sur les drachmes et les deniers frappés
dans le sud-ouest de la Gaule. La monnaie de bronze a été émise sous
l'influence des Arvernes ; la pièce d'argent se rattache au monnayage
méridional; toutes deux se retrouvent sur le territoire des Cadurques.
La monnaie en bronze a été attribuée avec raison, je crois, à Luctère,
chef des Cadurques, par les numismatistes qui en ont parlé jusqu'à ce
1. Revue numismatique française, 1845, p. 333.
2. Ed. Lambert. Essai sur la numismatique gauloise du nord-ouest de la France,
1" partie, p. 144, pi. X, n5 11.
^ 20 Monnaie gauloise inédite de Lucterius.
jour; examinons ce que l'histoire nous a appris sur ce personnage et
voyons- si la numismatique ne vient pas compléter les textes classiques.
Nous ne connaissons Luctère que par quelques passages de César ;
Orose, qui écrivait au commencement du ve siècle, n'ajoute rien aux
témoignages de l'auteur des Commentaires et de ses continuateurs ; il s'est
contenté de les résumer.
Lorsque Vercingétorix se mit à la tète de la faction arverne qui vou-
lait la guerre, lorsqu'il eut réussi à se faire reconnaître chef par ses
concitoyens, il arriva assez promptement, par la persuasion et la menace,
à se former une armée ; celle-ci fut divisée en deux corps. Vercingétorix
prit en personne le commandement de l'un et se dirigea sur le territoire
des Bituriges. Il confia l'autre corps au cadurque Luctère, connu par
son caractère audacieux, avec la mission d'opérer chez les Rutènes ;
Luctère gagna ceux-ci à la cause des Arvernes, reçut des otages des
Nitiobriges ainsi que des Gabales, et, se trouvant à la tête de forces
singulièrement augmentées, menaça Narbonne.
César, apprenant qu'un mouvement important des peuples situés entre
la Loire et l'Allier, la Dordogne et les limites occidentales des Nitiobriges,
menaçait la Province, ne songe plus qu'à défendre celle-ci, se réservant
d'aller ensuite attaquer les Arvernes chez eux; il vient à Narbonne, place
des garnisons chez les Rutènes Provinciaux, les Volkes Arécomiques,
les Tolosates, et concentre des troupes sur le territoire des Helviens,
limitrophe de celui des Arvernes. En présence de ces dispositions straté-
giques rapidement prises, Luctère s'arrête et rétrograde.
Ceci se passait l'an 52 avant J.-C; le nom de Luctère ne paraît
plus dans les Commentaires avant les événements qui se terminèrent par
la reddition d'Uxellodunum.
Cependant il semble évident que, puisqu'il ne figure pas au nombre
des chefs gaulois qui sont mentionnés dans la défense d'Alise, Luctère
était resté dans son pays ; ce fut lui sans doute qui commanda les
Cadurques et les Rutènes réunis que Vercingétorix, confirmé par l'as-
semblée de Bibracte dans son titre de général en chef, lança sur le terri-
toire des Volkes Arécomiques ' .
Luctère reparaît à la suite de la tentative de Dumnacus, chef des
Andes ou Andecaves, contre les Romains et Duratius, chef des Pictons,
leur allié. Parmi les auxiliaires de Dumnacus se trouvait Drappès, origi-
naire du pays des Sénons ; c'était un chef de bandes qui s'était formé
une armée d'un ramassis de gens sans aveu. Après la défaite de Dum-
I. César, De bell. Gall., vil, 5 et 7.
Monnaie gauloise inédite de Lucterius. 321
nacus, Drappès, comme plus tard les capitaines des Grandes Compa-
gnies, réunit 5,000 fuyards et, cherchant fortune, se dirige vers le
midi avec la pensée de rejoindre Luctère qui songeait encore à attaquer
de nouveau la Province. Caninius se met à sa poursuite avec deux
légions et le force, pour se défendre, à s'arrêter sur le territoire
cadurque. C'est alors que Drappès et Luctère, agissant de concert,
choisissent Uxellodunum pour base d'opérations ; seulement, comme le
siège d'Alise leur avait ouvert les yeux sur le danger de laisser bloquer
des forces trop nombreuses dans une place, ils laissent dans l'oppidum
une garnison suffisante pour le défendre et tiennent la campagne afin
d'approvisionner la place et d'inquiéter les assaillants. Caninius mit en
fuite le corps de Luctère et s'empara des positions de Drappès. Je n'ai
pas à entrer ici dans les détails de l'investissement et de la capitulation
d'Uxellodunum ; notons seulement que César vint en personne terminer
cette expédition, que Drappès, fait prisonnier, se laissa mourir de faim,
que Luctère, réfugié chez les Arvernes, fut livré au vainqueur par
Epasnact '.
Pour moi, comme pour tous mes devanciers, la monnaie de bronze
dont j'ai parlé plus haut, de style arverne, a été frappée par Luctère,
alors lieutenant de Vercingétorix, entre le moment où celui-ci prit la
direction de la guerre nationale et la capitulation d'Uxellodunum.
J'ai déjà exposé les motifs qui me font considérer le denier d'argent
comme postérieur de quelques années à la monnaie de bronze ; que
penser alors du nom de Luctère qui est gravé au droit ?
Je suis convaincu que Luctère a survécu à la capitulation d'Uxello-
dunum. Hirtius, qui n'oublie pas de noter en passant la mort de Drappès,
ne fait aucune allusion au sort du chef cadurque livré à César ; néan-
moins, nous avons vu que, pendant la campagne de Gaule, il avait joué
un rôle important ; il avait été le premier lieutenant de Vercingétorix ;
il avait menacé à plusieurs reprises la Province ; il semble que son sup-
plice ou sa mort violente auraient été relatés. Est-il trop hardi, en
présence de ces faits , de croire que Luctère fut au nombre de ces
principes que César s'empressa de se concilier pour assurer la tranquillité
de la Gaule pendant qu'il serait au-delà des Alpes ? « Itaque honorifice
civitates appellando, principes maximis praemiis adficiendo2. »
Cette conjecture acquiert un caractère sérieux de probabilité quand
on voit, dans la première moitié du premier siècle de l'ère chrétienne,
1. /bz'd., VIII. 30 à 44.
2. César, De bell. Gall.. VIII. 49.
3 22 Monnaie gauloise inédite de Lucterius.
paraître une famille dont les membres portent le nom de Luctère, occu-
pant dans la cité des Cadurques un rang élevé ; on peut affirmer que
cette famille était alors la plus considérable, puisque l'un de ses membres,
après avoir passé par tous les honneurs de sa ville, était arrivé jusqu'à la
dignité de prêtre de Rome et d'Auguste à Lyon ; il n'est pas inutile de
rappeler ici le texte de l'inscription ' :
M-LVCTER
LVCTERII SENE
CIANI-F-LEONI
OMNIBVS-HO
NORIBVS-IN PA
TRIA-FVNCTO
SACERD-ARAE
AVG-INTER-CON
FLVENT-ARAR
ET RHODANI
CIVITASCAD
OB-MERIT-EIVS
x pvbl-posvit*
Si Luctère, comme Duratius, comme Julius Togirix, comme Gaius
Julius Caledomapatis, tous trois connus par des monnaies, gouverna ses
concitoyens après leur soumission aux Romains, le denier de Cuzance
aurait été frappé entre l'an 50 et Pan 27 (av. J.-C), date de l'organi-
sation administrative de la Gaule à l'assemblée de Narbonne ; de l'an 27
avant J.-C. à l'an $0 de l'ère chrétienne, nous comptons 77 années, en
calculant d'après les dates les plus extrêmes cette période qui repré-
sente deux générations. Celles-ci peuvent être représentées par Lucterius
Senecianus, père de M. Lucterius Léo, fils et petit-fils du défenseur
d'Uxellodunum.
En terminant, je crois opportun de dire quelques mots sur les nom-
breuses monnaies gauloises, plus de 4,000, au milieu desquelles le
denier de Luctère figurait comme unité. Elles appartiennent toutes à la
série des monnaies dites à la croix ; quelques-unes , c'est le petit
1. Champollion-Figeac, Nouvelles recherches sur la ville gauloise d'Uxellodunum, Paris.
1820, p. 105. — Lacoste, Hist. manuscrite du Quercy. — Épigraphie des Cadurci par
M. Kadurk, Cahors, 1877, p. 7. Cette pierre a été trouvée, dit-on. auprès de Saint-
Georges, au bord d'une voie romaine, dans un cimetière appelé le Trépadou ; elle fut trans-
portée dans l'église de Pern par le propriétaire du château, où elle était encore en 1816,
et depuis à l'hôtel de la préfecture de Cahors.
2. A la seconde ligne, les lettres NE sont liées; la dixième ligne est terminée par une
feuille.
Monnaie gauloise inédite de Lucterius. 3 2 3
nombre, sont représentées par des types décrits et gravés sous les
noS 11, 15, 17 et 18 dans le savant travail de M. Ch. Robert, d'après
des exemplaires isolés recueillis dans diverses découvertes ' ; le plus
grand nombre présente une singularité que je ne dois pas passer sous
silence.
Notons tout d'abord que les pesées des plus anciennes monnaies attri-
buées aux Volkes Tectosages et aux Tolosates varient entre 3 gr. 62 et
3 gr. 22 pour les drachmes, et 0,45 et 0,30 pour les fractions division-
naires. Les monnaies de Cuzance pèsent en moyenne 1,20 et 1,29;
elles se rapprochent donc singulièrement du denier de Luctère et
appartiennent à un système monétaire particulier et d'époque assez
récente.
Ces pièces ont un revers très nettement gravé ; c'est une croix can-
tonnée de symboles variés : hache, rouelle, croissant, etc.; le droit est
toujours fruste, écrasé, ne présentant que des linéaments informes, des
traces d'empreintes tantôt en relief, tantôt incuses ; sur quelques-unes,
il semble que l'on ait pensé à représenter un rameau à plusieurs
branches2. Tout d'abord je crus que j'avais sous les yeux les produits
d'une opération ayant pour but de frapper de nouveaux types sur des
pièces démonétisées, mais, après avoir consulté des hommes du métier,
je dus renoncer à cette hypothèse. L'explication la plus satisfaisante jus-
qu'à ce jour est celle de M. Léon Lacroix, numismatiste à Agen, qui a
pu étudier de son côté un certain nombre des monnaies de Cuzance ;
suivant lui, les lingots, aplatis au marteau sur l'enclume, auraient reçu les
empreintes des reliefs et des creux dont la surface même de l'enclume était
couverte : de là proviendrait la confusion des types du droit.
En admettant cette explication, nous sommes en présence d'un mon-
nayage fait à la hâte, sans aucune précaution autre que celle de l'exac-
titude du poids ; la grande quantité de pièces réunies ensemble présentant
les mêmes caractères distinctifs ne peut s'expliquer que de deux manières :
ou une émission faite à l'occasion de quelque révolte, ou, et je penche
vers cette conjecture, une fabrication clandestine destinée à répandre
une masse de ces pièces à la croix qui couraient depuis quelques siècles
dans le sud-ouest de la Gaule.
Anatole de Barthélémy.
1. Le n° 18, particulièrement, provenant de Capdenac, a une grande analogie avec
certaines pièces de Cuzance, mais il pèse 3 gr. 17, ce qui en fait une drachme, apparte-
nant à un système monétaire différent et plus ancien.
2. Il ne faut pas oublier que le rameau est un type fréquent dans la péninsule ibérique.
OLD-BRETON GLOSSES
PREFACE.
Two sets of Old-Breton glosses are generally known : one, those in
the Bodleian Eutychius, printed as Old-Welsh in pages 1052-1054 of
the second édition of the Grammatica Celtica ; the other, those in the
Luxemburg fragments of the Hisperica Famina, printed, also as Old-
Welsh, in pages 106 3- 106 5 of the same book, and, with corrections by
Professor Rhys, in the Revue Celtique, tome I, pages 348-350. Thèse
glosses must be Welsh, Cornish. or Breton. That they are not Welsh,
has, I think, been proved by Mr. Bradshaw, who points out, inter alia,
that forms like doguo-misur. , do-guo-hintiliat, do-uo-hinuom, do-guo-renn-
iam, do-uo-louse, cannot be Welsh, in which language similar compounds
begin with di-guo, dygua = dyo. That they are not Cornish is rendered
probable by the occurrence in didanuud (gl. elicioi of the compound
préposition didan (= di -\- tan), for which in Middle-Cornish we hâve
always either yn-dan or a-than, and by the absence of the Anglo-Saxon
signs for the sounds th and w. It follows, then, that they are Breton ;
and thèse arguments are re-inforced by palaeographical considérations
and by the gênerai agreement of the forms occurring in the glosses above
referred to with those in the glosses now printed, which are incontesta-
bly Breton.
The mss. from which the following glosses are taken are six in num-
ber, namely :
1. The Berne codex 167, containing scholia on Vergil and fifty-seven
Old-Breton glosses. This is described, as folio ws, by Professor Her-
mann Hagen ' :
1. At pp. 600, 691 of his book entitled Scholia Bernensia ad Vergilii Bucolica atque
Georgica. edidit emendauit praefatus est Hermannus Hagen. Commentatio ex supplé-
ments annalium philologicorum seorsum typis exscripta. Lipsiae, in aedibus B. G. Teub-
neri, MDCCCLXVIt.
Old-Breton Glosses. 525
« Codicem Bernensem 167 (C) saec. IX-X... eadem sed non omnia
codicis B scholia continere iam erat notum... Continentur autem eo
codice... haec : fol. I r° — I v° cum figura astronomica quaedam ex
Isidori de rerum natura libro excerpta ; f. I v° — III v' titulo INCIPIT
ARGUMENTUM IN VIR. de Vergilii uita scriptisque nonnulla medii
excogitamenta...; f. III v° INCIPIT CARMEN OCTAVIANI CAESARIS
DE VIRGILIO... Manu recentiore subscriptum nomen 'Richardus,' lec-
toris scilicet...; f. IV r° — V v° INCIPT. EXPST. SERVII. GRAM.
IN BVCOL1C. IN LIBRIS GEORG. ATQUE AENEIDUM Seruii praef.
in Bucol. Georg. Aen.. Secuntur; f. V v° uersus uitae interpolatae...
Sequitur VITA VERGILII POETAE...; f. VI r° decem uersus... Indea
fol. VI V fol. XX r° Vergilii Bucolica, INCIPIT DRAMATICON : MIC-
TON. MELIB.TITVR.,cumscholiisBernensibus;f. XX r°— f.XXXIII v°
Georgica cum schol. Bern. Sequitur inde usque ad finem Vergilii Aeneis
Codicem in Britannia uel Scotia scriptum esse testantur glossae
haud paucae Iro-Celticae, quas ad uirorum doctorum, quibus talia sunt
curae, usum sub uno omnes conspectu iuvat proponere. »
Mistak.es such as 'frigora .i. guascotou,' 'fuscus .i. daliu,' 'tribuli
spine labet .i. gloiatou' and 'obnixus .i. utgurthconetï seem to shew that
the glosses in this codex were transcribed from another ms. by an igno-
rant or careless copyist.
2. A copy of Amalarius De divinis officiis , written laccording to
Mr. Bradshaw) A. D. 9^2, apparently at Landevennec. It afterwards
passed over to Canterbury and is now in the library of Corpus Christi
Collège, Cambridge, No. 192.
3,4, $,6. Four copies of the Collatio Canonum. a work apparently
compiled in Brittany at the beginning of the eighth century. Thèse mss.,
says Mr. Bradshaw, range from the ninth, or ninth-tenth, to the eleventh
century. Ail four hâve Old-Breton glosses and must hâve passed out of
Brittany during the Norman désolation of the country, — one to Corbey
in Picardy, now in Paris ; one to Glastonbury, now at Oxford ; one to
Canterbury, now in the British Muséum ; and one to Fécamp in Nor-
mandy, now also in Paris.
Thefirst copy, now in the Bibliothèque nationale ms. lat. 12021) is,
according to Mr. Bradshaw, written by a man named Arbedoc by leave
of his Abbot Haelhucar. It contains three Irish phrases ' among some
1 . * Hec est poena magi uel uotiui mali si credulus id demergach uel preconis uel
cohabitatoris uel heretici. » Hère « id » stands for « id est », and demergach is perhaps
to be equated with dibergach in ahh-dibcrgaig « renegades » ? Fis Ad.
A man has to fast on < panibus qui efficiuntur de tertia parte coaid siir throscho. »
j 26 Old-Breton Glosses.
extracts ' de disputatione hibernensis senodi.' It has also the canons of
Adamnân, described (from misreading the Irish n as r) as 'canones
addamnari uel addominari.'
At the top of one of the pages of the second copy (bibl. Bodl., ms.
Hatton, 42) occurs the address 'matguoret benedic rnihi,' a nantie which
seems to point to Brittany, while one of the probationes pennae in the
margin serves, in Mr. Bradshaw's opinion, to connect this copy with the
Luxemburg fragments of the Hisperica Famina.
The third copy, which has been greatly injured by the fire of 173 1,
is the Cotton ms. Otho E. xiij. The scribe glosses 'quidam patricius' by
'tiranus,' which reminds one of the tiranni or machtierns of the Redon
cartulary.
The fourth copy (Bibliothèque nationale, ms. lat. 3182) is, says
Mr. Bradshaw, the latest of ail the mss., but even this cannot be later
than 1 100.
For the fifty-seven Berne glosses I am indebted to Professor Sophus
Bugge of Christiania. He accompanied them by a commentary in Ger-
man, and, except as regards nos 3, 5, 11, 12, 23, 28, 29, 33, 37, 38,
44, 47, 48, 53, my notes on thèse glosses are little but a translation of
his. He also afterwards sent me a new collation of the Berne glosses
made by Professor Hagen, which furnishes one additional gloss (uen-
trem .i. far and corrections of six of the others as printed in the Scholia
Bernensia. The restof the glosses now published I owe to the kindness
of Mr. Bradshaw, who sent them to me, in January 1877, witn a sug-
gestion that I should comment upon them. In so doing I hâve been
greatly aided by the remarks contained in a letter from Professor Bugge
dated the i6th September 1879.
W. S.
Simla, 2istOctober 1879.
Hère we should read coid sirthrosctho « of the food of a longfasting (troscud) ».
A man has to live as a commutation for a year's penance so much time « fordobor-
fiit, » besides having to say so many extra ps'alms a day. This should be for doborphit
a on water-diet » : « in pane et aqua » is the usual phrase.
Old-Breîon Glosses. 327
OLD-BRETON GLOSSES.
I. — THE BERNE GLOSSES.
E. II. 8 frigora id est guascotou. 18 ligustra .i. melgabr. 30 hibiscum
.i. elestr. 47 uiolas .i. uileou. III 5$ quandoquidera .i. annaor. IV 23
conabula .i. mabcauuelou. 47 fusis .i. aguirtitou. VII 42 Rusco .i. eihin.
VIII 34 supercilium .i. guorail. X 19 opilio .i. ousor. 38 fuscus .i. daliu.
41 Serta .i. couarcou.
G. I. 44 pu tris .i. bue. 153 labet .i. gloiatou. 166 uannus .i. cauel.
173 tilia .i. limncollin. 178 cylindro .i. acronnmain. 201 lembum .i. cau-
bal. 262 obtusi .i. /ruc/z. 266 fiscina .i. ser uel ces*. 308 Auritos .i. sco-
barnocion. 309 Stupea .i. iscartholion. 323 foedam .i. daureth. 363 fulice
.i. guilannou. 364 ardea .i. corrid. 388 cornix .i. cornigl. 392 putres .i.
bodo/z.
G. II 391 proscenia .i. racloriou. 389 Oscilla .i. luscou. 394 lances .i.
discou. 413 rusci .i. ethin. 449 tiliae .i. limncollou.
G. III 100 notabis .i. agnosces uel signabis .i. ercentbidite. 148 musca
uolitans .i. attanoc .i. clehurin. 406 sérum .i. meid \ie\cosmid. 564 pabule
.i. huilai.
G. IV 120 Intiba .i. cocitou. 122 uentrem .i. tar. 131 uerbenas .i.
ueruencou. 168 Fucos .i. satron uel guo/zz. 388 ceruleus .i. duglas.
Aen. I 726 laquearibus .i. aninou uel acepriou.
Aen. II 29 manus .i. bodin. 85 cassum .i. ihepcorlm. i8opatrias .i.
broolion. 236 canabina .i. coarcholion. 236 lapsus .i. libiriou uq\ stloit-
prenou. 646 iactura pr/ft'ri.
Aen. III 20 auspicibus .i. doromantorion. 22 tumulus .i. azoe/z. 31 len-
tum limn. 92 cortina .i. esceilenn. 158 idem uenturos .i. nionuret. 289
transtris .i. libiriou. $49 antemnarum deleiou.
Aen. IV 131 plagae .i. guinodroitou. uenabula guinuclou. 332 obnixus
.i. uîgurthconeti.
II. — GLOSSES IN AMALARIUS.
Corpus Christi Collège, No. 192.
uicarius amsauaîh. segnitia blinder, habilis camadas. nihilominus nihil
minus sic quoque [in marg.] .i. non minus, nahulei uel int coucant.
III. — GLOSSES IN THE COLLATIO CANONUM, IST COPY.
Bibliothèque nationale, Ms. Lat. 1 202 1 .
inopportunius enter ajoh. se ingerit heuanemdoguo. turpi lucrum douretit
}28 Old-Breton Glosses.
amgruit. aeditui id costadalt. accommodata dehlouetic. fastu amuoet.
piacula .i. abscenia .i. caul. istriones .i. guanorion. phitonistarum .i.
torleberieti. agipam gulceî. uos fascinauit ar uuo art hui.
IV. — GLOSSES IN THE COLLATIO CANONUM, 2ND COPY.
Bibl. Bodl. Ms. Hatton, 42.
ultro .i. aiul. ambit aruanta. incaenis inuanetou. antropas (leg. andro-
nas) dadluo. acitamenta clou, fenus .i. endlim.
V. — GLOSSES IN THE COLLATIO CANONUM, $RD COPY.
Mus. Britt. Cotton Ms. Otho E. XIII.
andronas A.dadlou. scurilis .i. guaan. nepta .i. nith. gomor mod. cli-
matibus Rannou. uorticem montis .i. cunrunt. passae .i. admet, controuer-
siam controliath. agipam .i. latic. defer .i. gutric. ferula .i. aaltïn. hirsu-
tis aceruission. beluina rabies cunnaret boestol. curiae dadlou. strutionem
.i. trot, noctuam .i. couann. larum .i. tracl. attacus deuo :: a. epimachus
biunrun.
VI. — GLOSSES IN THE COLLATIO CANONUM, 4TH COPY.
Bibliothèque nationale, Ms. Lat. 3182.
graciles saltrocion. probum guohethe. bouello buorth.
COMMENTARY.
I. — THE BERNE GLOSSES.
1. guascotou. The context is
Nunc etiam pecudes umbras, et frigora captant.
guascotou must gloss umbras, not (as the glossographer says) frigora. It
is the plural of guascot, now gwasked 'abri/ W. gwascawt, now gwasgod,
'shelter,' 0. Ir. foscad Z.2 1028, now f os gad 'shadow,' 'shelter.' In the
modem Bret. gwaskaden war al bar 'a lunar éclipse,' lit. 'a shadow over
the moon/ the meaning of umbra is retained. From gua-, by régressive
assimilation for guo-, Ir. /o-, &ro, and scot, Mid.-Br. squeut, Corn, scod,
0. Ir. scdth. Compare &w5o*ioç, as Mod.-W. cysgod is analogous to s6a-
y.'.cç. The plural ending -ou seems hère to be original, for that scot was
an u-stem is probable from Goth. skadu-s.
2. melgabr (gl. ligustra). In the Berne scholia to Ecl. II 18 'ligustra'
is explained by 'flores papauerum.' Mel is therefore = Corn, mill (gl.
Old-Breton Glosses. $29
papauer) Z.2 1076. Compare also 0. W. mellhionou (gl. uiolas), Corn.
mel-hyonen 'vigila.' As to ga.br it must be the Mid. Br. gaffr 'capra,'
Corn, gauar, W. gafr, O. Ir. gabor, Gaulish gabro-, which is cognate
with 0. Ir. gaibiu = habeo as caper is cognate with capio. Mel-gabr thus
means fpapaver caprae,' and is an improper compound like Penn-ohen
'caputboum,' Z.2 126, W. costad-alt infra No. 75, ryî-ychen 'vadum
boum,' 'Oxford,' Penn-ichenn Z.2 125, ial-cen, etc.
3. é/«?r (gl. hibiscum 'wild parsnip ?' 'mallow ?') now élesir 'iris,'
elesirenn 'gladiolus' Cath., Corn, strail elesîer (gl. mattal Z.2 1079, e/es-
?renn (gl. carex) Z.2 1076, W. elestr 'flag,' fleur-de-lis,' 'iris,' Ir. ailesiar.
elestar, f-elestar, s-oilesîar (gl. gladiolum) Ir. Gl. No. 795. Probably
cognate with àX'.s[j.a 'waterplantain.' Ducange has alestrare, alistrarei. e.
humectare.
4. uileou (gl. uiolas), a loanword.
5. annaor (gl. quandoquidem). Prof. Bugge compares the Corn, an
ur R. 882, and Mod. Ir. anûair 'when' : this is the Mid. Ir. inûair
^Three Fragments, 122I, the 0. Ir. inn-ûair (Isésin tra in cocholl rofar
âed for a gilla innâair ut, LL. 2 i4-b. 1 ) '. The Old Breton ann for enn
is the definite article, and aor (W. awr) is for or borrowed from hôra,
just as caul, infra No. 78, is for cïïl, borrowed from, or cognate with,
culpa.
6. mabcauuelou (gl. conabula i.e. cunabula). A compound of mab
'child', 0. W. map, Ir. macc, and cauuelou, better cauuellou, pi. of cauell
(gl. uannus) infra No. 15, cauell 'berseau a gésir enfants,' cauell da
quempret pesquet 'nassa,' Cath., Corn, cawal, W. cawell 'corbis,'Z.2 819,
A. S. cawl, ceawl 'basket.' Ail borrowed from the Romance cauuelia,
which occurs in the Cassel glosses.
7. aguïrthou (gl. fusis). Hère a is the préposition (W. ac\, which is
used to express the ablative, as in a cronnmain, a ninou, a cepriou, a
ceruission, a muoet, a aliin, and guirtitou is the pi. of gueriit, now gwerzid,
Corn, gurîhit, W. gwerthyd 'spindle,' 'axis,' Ir. fersaid. AU, apparently,
from a groundform *verîtati, root VERT, whence also Ch. Slav. vreteno
and Mod. High German wirîel.
8. ethin (gl. rusco). So ethin (gl. rusci) infra No. 3 1 . This is = Corn.
eythinen (gl. ramnus) Z.2 1077, W. eithin 'furze,' 'gorse,' Ir. aittenn.
Prof. Bugge compares, doubtfully, Ch. Slav. ostïniï 'stachel,' Lith.
akzstinas.
1 . « Now that is the cowl which Aed asked of his gillie then. » The corresponding
Welsh adverb is yr awr : a honno ae gweircheidw wy yr awr y kandeiryocont « and that
one guards them when they rave, » Y Seint Créai, éd. R. Williams, p. 418.
330 Old-Breton Glosses.
9. guorail (gl. supercilium). From guor 'super,' Z.2 905, and ail =
0. W. ail 'brow,' Kuhn's Beitr. VII, 390, 398, now ael.
10. ousor (gl. opilio) = Mid. W. heussawr 'pastor,' now heusor, Z.2
830. Compare Mod. W. heus-leuen 'sheeplouse,' heuso 'to protect,' 'to
shield.' The stemword, according to Prof. Bugge, seems Lat. hapsum
'vellus lanae' Gl. Isid. cited by Diez, Etym. Wœrterb. 4te Ausg. s. 512,
s. v. aus, which in the Mod. Provençal means 'fleece,' 0. Fr. heus de
mouton. For the change of meaning Prof. Bugge compares Skr. mesha
'fleece' and 'sheep.'
1 1 . daliu (gl. fuscus). This is an obvious mistake for duliu, a com-
pound of du = Ir. dub 'black' (cf. du-glas, gl. ceruleus infra No. 41)
and lin 'color.' So liou (gl. neuum) Lux., Corn. Bret. disliu (gl. disco-
lor), W. disliw, Corn, unliu (gl. unicolor) : W. lia (gl. gratia) : Lat.
livor ; and cf. Apollini Livio, Orelli 2021, Livius, Z.2 109.
12. couarcou (gl. serta) seems compounded of cou- for cov-, com-, Z.2
902, and arcou pi. of arc for arch, which I take to hâve lost initial/?, and
to be cognate with Skr. praçna 'geflecht,' 'geflochtenes korb,' BR.
T:\evM. plico, plecto. Compare coarchol No. 46 infra.
13. bue (gl. putris), pi. bocion (gl. putres) infra No. 27. The ms. has
putris .i. bue .i. mollis. This is now written bouc 'mou,' 'tendre,' 'déli-
cat.' It is the Mid. Ir. boc (gl. tener), compar. buigi (gl. mollior), boc-
glas, Tain Bô Frâich, Mod. Ir. bog 'soft/'moist,' vfhence bogach 'marsh'
and the English loanword bog. If, as is possible, the b hère is from gv,
we might compare AS. eweecan, cwacian, though the Teutonicc in inlaut
does not correspond with the Celtic final c.
14. gloiatou. The ms. has in the margin, opposite Georg. I 1 $3, Tri-
buli spine labet .i. gloiatou. The context is
Lappaeque tribulique interque nitentia culta
Infelix lolium.
Hère the copyist has obviously blundered, for 'labet' should be 'lappae'
and gloiatou can only refer to 'nitentia.' Compare 0. W. gloiu, now
gloyw, gloew, 'limpidus,' 'lucidus,' Kuhn's Beitr. IV 411, 0. Ir. glé,
Z.2 57, 105. For the suffixef. ung-coffat *■ co-utennus,' cleizyat 'mantinus'
i. e. scaeva, -guilai 'hilaris,' girat 'lamentabilis,' Z.2 842.
1 5. cofinus uel cauell (gl. uannus). See above, No. 6.
16. limncollin (gl. tilia), pi. limncollou (gl. tiliae), infra No. 32. Thèse
are compounds oilimn (gl. lentum), infra No. 50 = W. llyfn 'smooth,'
Ir. slemon (slemna gl. levia Z.2 776), slemain 'lubricus' (ex 'slibna,
*slibni) and coll-in, coll (ex ¥cosla) = W. collen, coll 'hazel,' Z.2 791,
Kuhn's Beitr. VII 396.
Old-Breton Glosses. 351
17. a cronnmain (gl. cylindro). Hère a is the préposition already noti-
ced (No. 7), and cronnmain, a compound of cronn 'round,' 0. Br. cron
(gl. tornatili) Lux., 0. W. crunn, Kuhn's Beitr. Vil 391, 0. Ir. cruind,
and main 'stone,' now maen, Corn, men, W. maen, Kuhn's Beitr. IV 404.
18. caubal (gl. lembum). Borrowed from the Latin caupulus, like W.
ceubal 'ferry-boat,' 'skiff' (0. W. coupalva 'ferry place', Lib. Landav.
p. 142), Old-Northumbrian cuople 'navicula,' and Scotch coble 'a small
fishing-boat.'
19. iruch (gl. obtusi). Borrowed from the Latin truncus, like Mid. W.
truch, Kuhn's Beitr. IV 423, now trwch. The Mod. Br. trouc'h is used
only as a substantive, meaning 'coupe.' The Corn, trech glosses truncus,
Z.2 1077.
20. ser uel sest (gl. fiscina, 'a small basket of wickerwork,' 'a mea-
sure for milk'). Hère I think ser must be borrowed from the Latin séria
'jar.' Possibly, however, it is a mistake of the scribe for per 'bassin'
'chaudron' = W. pair, Ir. coire ex *kvapria. The other word cest, now
kest, 'corbeille,' 'panier,' is, like W. cest 'a narrow-mouthed basket,'
borrowed from Lat. cista.There is a W. cist in Y Seint Greal 99. It is
also found, spelt kist, in Salesbury's Dictionary, A. D. 1 547.
21. scobarnocion (gl. auritos), pi. of scobarnoc 'auritus' = now skouar-
nec 'hare,' Corn, scouarnoc (gl. lepus), W. ysgyfarnog, and (if it be
genuine) O'Reilly's sciberneog. The stemwordis scovarn, Mid. Br. scouam
'ear,' now skoarn, (Corn, scouarn (gl. auris), scovern, scoforn, Mid. W.
eskeuarn, now ysgyfarn. Thèse words hâve nothing to do (as Prof. Win-
disch, Kuhn's Zeitschrift XXI 429, supposes) with the root sku 'schauen'
or the Gr. y.oï, ebwùet. They are apparently, as Prof. Bugge sug-
gests, loans from the Latin caverna. For the meaning he compares Pliny
N. H. XI 50, 1 : 'cavernas habere aurium loco.' The s is prosthetic, as
in sclacc = Fr. 'glace,' sclaer = Fr. 'clair.' For the 0 he compares
Port, covo 'hollow,' cova 'hole,' and other words in Schuchardt's Voca-
lismus I 178. For the b of scobarnoc he compares Bret. bénin, bilen,
bisaig, beronic, rambre.
22. iscartholion (gl. stupea). Plural of an adj. iscarthol, formed like
broolion, coarcholion (infra Nos. 45, 46). The substantive iscarth is =
W. ysgarth 'offscouring,' 'excrétion,' 0. Ir. escart gl. peripsema, i. e.
nepi(|tt)(Aa) Z.2 800, Mid. Ir. escart (gl. scupa, leg. stuppa), Ir. Gl. No.
254. From the prefix is, W. es-, ys-, Z.2 904, Ir. es- and carth now
karz 'raclure,' 'ordures,' W. carth 'hemp,' 'tow,' 'oakum.'
23. daureth (gl. foedam). The context is « Et fœdam glomerant tem-
pestatem imbribus atris. » This is obviously cognate with douretit infra
532 Old-Breton Glosses.
No. 64 and possibly with the 0. W. dâfraud in the phrase dâfraud atuis
Juvencus, pp. 2, 18, Kuhn's Beitr. IV 390, VII 412, where atuis is
perhaps the 0. Ir. athiss 'opprobrium.' I conjecture that it stands for
"drauâd, dravâja, a derivative from the root dru, whence also the Welsh
drewi 'olere,' 'foetere,' Rhys, Rev. Celt. i. 368.
24. guilannou (gl. fulice i. e. fulicae 'coots'), pi. of guilann = Mid.
Br. goelann 'ulula' Cath., now gwélan, goélan, gollan, Corn, guilan (gl.
alcedo) = Ir.foilenn, Z.2 778. Ail from a root meaning to wail, M. Br.
goelaff, now gwéla (W. gwylaw, gwylo is of doubtful authenticity). The
words under notice hâve furnished two of the rare Celtic loanwords in
English and French, namely, Eng. gull and Fr. goéland.
25. corcid (gl. ardea), Mid. Br. quercheiz, Cath., now kerc'heiz, Corn.
cherh.it i. e. kerhith, W. crychydd. If corcid is not a scribe's mistake for
cerchid, the e, y in the forms just cited must hâve sprung from 0, and
Professor Bugge may be right in comparing the Gr. vwpvwpaç, Fick?,
141. The 0. H. G. hreigir, N. H. G. reiher A. S. hrâgra, 0. N. hegr.
(for hreigri) may possibly be cognate.
26. cornigl gl. cornix). A loan from Lat. cornicula. One would hâve
expected cornicl as articl from articulus, Z.2 817.
27. bocion (gl. putres). See above, No. 13.
28 racloriou (gl. proscenia), pi. of raclaur 'proscenium/ a compound
of the prep. rac 'before,' Corn, rak, rag, W. rac, Z.2 677, 678, 679,
now rhag (Skr. prâk, Ebel), and laur (gl. solum) Z.2 1054, Mid. Br.
laur, Buhez Mabden, 280, leur 'aère,' 'aéra' Cath., now leur 'sol,'
'aire/ Corn, lor (gl. pavimentum vel solum), W. llawr, Ir. Idr. Thèse
words hâve ail probably lost initial p, and are identical with A. S. flôr,
Eng. floor, N. H. G. /?ur.
29. luscou (gl. oscilla). The context is
tibique
Oscilla ex alta suspendunt mollia pinu. (G. 2, 389),
and hère, of course, oscilla is the pi. of oscillum, the littlemasks of Bac-
chus hung up in vineyards. But the glossographer obviously took it to
be the pi. of oscillum 'a swing / for luscou is the pi. of lusc, which is
cognate with the modem luska 'osciller/ luskelladur 'oscillation/ Mid.
Br. quej-lusqui 'remuer/ 'tressaillir' Poèmes Bretons, 204. The Corn.
lesk 'a cradle/ Lhuyd, Arch. Brit. 53, s. v. cunabula, 69 s. v. incuna-
bula, is perhaps cognate. The Irish Huska1 and 'leinv-lusca,' which
Lhuyd also quotes, are to me unknown. But the Ir. luascad 'a rocking/
luascach 'waving/ luascan 'cradle' may be cognate. Chevallet connects
Old-Breîon Glosses. 333
the Fr. locher with thèse words. But Littré prefers Diez's etymology
from MHG. liïcke 'loose1.'
30. discou 'gl. lances), pi. of dise, borrowed from disons. Hence also
Ir. lesc (gl. lanx Sg. 20a, AS. dise 'dix , Engl. dish. From the diminu-
tive disculus cornes W. discl igl. lance) Juvencus, p. 59, Mid. W. dysgyl,
Y Seint Greal 144.
31. ethin [gl. rusci). The ms. has 'Exiguum rus rusci id. inculti agri
ruse ethin. See above, No. 8.
32. limncollou gl. tiliae . See above. No. 16.
33. ercentbidiîe (gl. notabis .i. agnosces uel signabis). Hère er- is the
particle found in em-er-bedaf, but generally written ar, Corn, ar-, er-,
yr, W. ar- Z2 900 : cent another prefix from canî Z.2 901 == v.y-i ; and
bidite is = the Corn, bythyth feris,' Z.2 5 56, W. bydy, with suffixed te
ofthepron. of the 2d sg. Z.2 370, 507. The corresponding verb in
Welsh is arganfot Z.2 574. 907, arganuoî, Y Seint Greal 272, now
arganfod 'to behold/ 'to discover,' *to perceive.' The Irish cognate
seems cétbuith, cétbuid 'sentire/ 'sensus,' Z.2 992, = W. canfod.
34. atianoc .i. clehurin gl. musca uolitans . Hère aitanoc is for atanoc,
pi. aianocion gl. alligeris in the Luxemburg glosses. The cognate Welsh
adjectives are adnog, adeiniog 'winged/ both derived from jfa/z'penna,'
pi. ataned, an older form of which, etn (= Ir. en . is preserved in the
gloss etn-coilhaam 'gl. aspicio Eutych. 6 b. Thèse words hâve ail lost
initial p and are connected with ~i-z\j.r. and other words treated by
Curtius G. E. No. 214. clehurin is the Mid. W. cleheren 'tabanus,' now
clyryn, cleren 'fly.' Salesbury has also kreyren 'a brese' and kryeren 'a
gad flye.'
3$. meid uel cosmid (gl. sérum). Hère meid is = Corn, meiîh Lhuyd,
Arch. Br. 149e, 2892 , W. maidd, Ir. medg 'whey,' and cos-mid is W.
caws maidd 'whey-curds :' cos, now kaouz, W. caws 'cheese,' cosyn 'a
cheese,' Ir. edise, are ail borrowed from the Latin câseus.
36. huital uel uerrucae gl. pabule i. e. papulae , the collective to
*huitalenn, W. chwydalenn 'blister.' The Mid. Br. huedaff now c'houéda,
and W. chwydu 'to vomit/ are cognate. So, as Prof. Bugge remarks.
Lat. vomica is cognate with vomo.
37. cocitou [gl. intiba . Notwithstanding the différence of meaning
between cicuta and intybum, this should, I think, be cecitou (gl. intyba ,
where cecitou. is the pi. of cecit, now kegid, borrowed, like W. cegid,
1 . I am indebted to M. Loth for the following note : « Le mot usité dans le dialecte
de Vannes pour dire 'bercer' est huchellat qui nous reporte à uscellat [= oscillare , les
Vannetais prononçant se devant e et i ch (à la française). »
Rev. Celt. IV
23
3$4 Old-Breton Glosses.
Corn, kegaz, from the Latin cicïïta. The scholia Bernensia hâve « Intuba
quod intus cava sint quasi tuba ». The stalks of the cicuta or hemlock
are hollow : see Lucr. 5, 1 382, Verg. E. 2, 36. Professor Bugge prefers
to connect cocitou with W. cccys 'plants with hollow stalks,' [whence
Eng. Icex /] ceccysen 'canna/ Davies, and cêg 'throat' = Ir. scôig. But
this last seems the Br. chouc, 'on lit scouc dans un ancien ms.' (Le Pel-
letier) ' .
38. tar (gl. uentrem). This gloss stands over the word 'nec' in the
Une Cresceret in uentrem cucumis, nec sera comantem. It must refer to
'uentrem' and is = the Ir. tarr, Mid. Br. torr, Corn, and W. tor : it
reoccurs, spelt tor, infra, No. 71.
39. ueruencou (gl. uerbenas). A loanword from Lat. verbena. The c is
perhaps to be compared with the g of the Corn, tivul-g-ou, Z.2 847.
40. satron uel guohi (gl. fucos). Hère satron is the collective of the
singulative satronenn, Mid. Br. sardonenn 'bourdon,' 'assillus/ 'fuscus'
(leg. fucus) Cath., now sardonenn 'frelon,' 'taon'. The Cornish sudronenn
(gl. fucus) should apparently be sadronenn.
guohi. The singulative of this is *guohienn = Corn, guhien (gl. vespa).
The Lat. vespa, Ch. Slav. vosa, O. Pruss. wobse, Lith. vapsà seem
cognate : cf. uher in Corn, gurîh-uher = vesper.
41. duglas (gl. ceruleus) is, like W. dulas, Ir. dubglass, a compound of
du, Ir. dub (= "dugva, dunkel) and glas 'viridis' (gl. glaucum) Lux.
cognate mlhglastum, Kuhn's Beitr. IV 398, VII 389.
42. aninou uel acepriou (gl. laquearibus) . The context (Aen. I 726) is
dépendent lychni laquearibus aureis
Incensi.
As to the prep. a before the ablative, see No. 7, supra. Ninou is the
pi. of nin = W. nen 'ceiling,' 'vault/ 'roof,' 'the heaven.' nen îuy
'toppe of a house,' (Salesbury). Corn, nen-brenn (gl. laquear), Bret. nein
'sommet,' ''faîte,' 'âme/ 'comble.' There is an Irish nion (leg. nin),
which O'Reilly explains by 'Heaven, the expanse or firmament', and
which he exemplifies by ' Patîraicc fri heasgnamli Ninne' (leg. nine) 'Patrick
when ascending to heaven.' This may be the Irish cognate.
cepriou (= cepriou gl. tignae, Luxemburg Gl.) is the pi. of cepr, Mid.
Br. quepr, 'chevron', now kébr m., Corn, keber (gl. tignum), W. cebr,
from Med. Lat. caprio, a derivative from caper, as Fr. chevron =
caprionem.
43. bodin (gl. manus). The context (Aen. II 29) is
1. Poèmes bretons, p. 181, s. v. chouc. Salesbury has kegiden ne kegyssen 'keckes.'
Old- Breton Glosses. 3 3 5
Hic Dolopum manus, hic saevus tendebat Achilles,
Compare bodin (gl. phalangem) Lux. pi. bodiniou (gl. phalanges), Mid.
W. bydin, Z.2 90, Ir. buiden, Kuhn's Beitr. II 174. Root bhadh.
44.-/ hepcorim (gl. cassum). The context fAen. II 85) is
nunc cassum lumine lugent.
Hère i, for in, is the préposition, later en, and hepcorim is an abstract
substantive, formed like diprim Z.2 821, molim, etc. and = Mod. W.
hebgori 'to dispense with,' 'to put aside,' 'to omit.' It is compounded of
hep, the préposition meaning 'without,' Z.2 679, W. heb, Ir. sech, Lat.
secus, compar. sequius, and corim — Ir. cor 'to put,' 'to cast.'
45. broolion (gl. patrias), pi. of brool, a deriv. from bro ■==■ W. fcro
'land/ 'brogae Galli jgrum dicunt' Z.2 207 : 0. Ir. mrug = 0. N. mô'/i,
Zend merezu and cognate also with Lat. margo and Goth. marka.
46 . coarcholion (gl. canabina). The ms. has uincula .i. canabina .i.
coarcholion. This is the pi. of coarchol, a derivative from coarch now
[in Vannes] koarc'h, kouarc'h, Corn, kûer, W. cywarch 'hemp,' 'flax.'
47. liberiou uel stloiiprenou. Prof. Hagen says that this gloss is on the
margin v. 2 36 of the second book of the Aeneid over the words « Lapsus
siue rotunda ligna quae rôtis subponuntur. » The context is
235. Accingunt omnes operi, pedibusque rotarum
Subjiciunt lapsus.
'They put the runnings of wheels under its feet ;'
and to the rollers over which Sinon's horse was dragged into Troy the
glossographer doubtless refers. As to libiriou, pi. of libir, I think the
second i is an irrational vowel and that libir should be equated with the
Mod. W. llyfr, which occurs in the phrase llyfr car 'that part of a drag
which is on the ground.' It is just possible that Gr. cA'.cpcç, 0. H. G.
sleffar may be connected with this llyfr.
In stloitprenou, we hâve a compound of stloit for sloid (A. S. slidan,
Eng. to slide, O. Norse sledhi 'schlitten, Fick? III 359) and prennou pi.
oî prenn, Corn, prenn (gl. lignum), Ir. crann, Lat. quernus. Our stloit,
like the Ir. slaod 'sledge,' W. ysled, Corn, slodyys, 0. 2318, appears
to be a loan-word. From stloit descend the modem stlej 'rampement,'
stleja 'ramper,' stlej et, stlej uz, the final f becoming the lingual sonant
spirant, as in ruejou infra No. 56, egenn, nigal, and pinigen.
For the intercalation of t betwenn s and /, cf. s-t-labez 'ordure,'
s-t-laon 'anguille', W. slywen 'schlange'.
48. pritiri (gl. iactura). The context is 'facilis iactura sepulcri,' 'the
loss of a tomb will fall on me lightly ;' over iactura is written 'dampnum
vel pritiri .i. proiectio mea in sepulchro'. The glossographer seems to
5 36 Old-Breton Glosses.
hâve regarded Lictura as possibly meaning 'considération' (cf. iactantem
pectore curas, Aen. I, 227). For pritiri is the modem pridiri 'soin,'
'souci,' 'sollicitude,' Mod, W.pryderi 'anxiety,' 'deep thought:' cf. 0.
W. preteram (gl. perpendo).
49. doromantorion ''gl. auspicibus .i. considerantibus). Hère do is the
Bret. and Corn, form of the préposition = W. di, Ir. du, do, and
romantorion the pi. of *romantor, which Prof. Bugge equates with the
Lat. praemonitor. The ro (W. rhy-, Lat. pro) hère corresponds with Lat.
prae-j as in W. rhy-farnu 'to prejudge,' 'prae-judicare.'
50. cnoch (gl. tumulus). This is the Mid.-Br. knech, quenech, quene-
chenn, now kréac'h 'montée,' 'tertre,' 'petite montagne/ W. cnwc
'hump,' 'hillock,' Ir. cnocc. Zeuss connects the last mentioned word with
W. cwnwg 'summitas, culmen,' erchyniad 'elevatio,' cwn 'summitas,'
'altitudo,' and the names Cuno-bilinus, Cuno-tamus, Cuno-maglus,
Maglo-cunus, 'Ap-xuvia (5pr)), Hercynia silva, Her-cuniates , G. C.2
praef. vij. 92, 10 1.
5 1 . Umn (gl. lentum). See above, Nos. 16, 32, and compare gur-limnn
(gl. delinitiy, Orléans ms.
52. esceilenn (gl. cortina). The Latin word means the round slab on
which the Pythia sat. But hère, as in the Old Welsh gloss lenn (gl. cor-
tina) Mart. Cap. Kuhn's Beitr. vij 409, cortina is understood to be a
'curtain' (kvelum ex pelle',, and esceil-enn is a singulative form, cognate
with the Mid. Ir. scàil 'shade,' 'phantom' and the modem Gaelic scdil
'veil,' 'curtain.' For the prosthetice, so rare in Breton, compare E-sco-
marc and ester, Rev. celtique, III, 409.
5 3. nionuret. The context is
. . idem uenturos (.i. nos) tollemus in astra nepotes.
'We it is that will raise to the stars the descendants that shall corne
after y ou.'
Hère ni is 'we,' Z.2 369, on is the possessive pron. of the first person
pi. Z.2 383, and uret may be an abstract noun, a mistake for, or a cor-
ruption of, unet, W. unyd, meaning, as a substantive, 'unitas,' or, as an
adverb, 'as one,' 'like,' 'the same as.' Compare the Mod. Bret. phrase
ni hon unan 'nous mêmes.' Another conjecture is that uret is derived
from ur = the Irish infixed pronoun or ' : that they hâve each lost n in
1. The following examples will suffice : con-or-tinoltar (gl. locemur) L. H. 38 (Goid.
là éd. 64. where it is wrongly explained) : ragmuidne at degaid isin muir con-or-baiter
and « we will go after thee into the sea, so that we may be drowned there, » H. 2. 16,
col. 371 : After the partides no and ro : nor-forraig do gleo garb glè ror-briss is ror-
buaidre, LL. 50 b. 1. Compounded with the prep. do : no-dar-be-ne .i. biaid linne,
« we shall hâve, » O'Cl. Gl. The corresponding form of the 2d pers. pi. bor, bar is
Old-Breton Glosses. $37
anlaut (like Br. effou, azr, Ormant : Ir. ace, dru ex *naghran, eas, eascu,
Uaclwngbail, uimir) ; and that they may accordingly represent an Old
Celtic no-r, just as the Ir. bor, bar, far 'you,' for-n, bor-n, far-n 'your'
may stand, respectively, for vo-r and vor-n. The most probable hypothe-
sis is that the copyist has misread the n of unet as r.
54. libiriou (gl. transtris). Prof. Bugge thinks that the glossographer
may hâve regarded transtra as meaning « quaecunque tigna in piano
transversum posita. » It has also been conjectured, with some probabi-
lity, that libiriou is a mistake for dibiriou pi. of dibir, now dibr, Corn.
diber (gl. sella), W. dibyr. Possibly, too, it may be a mistake for libir-
nou = the Ir. liberna 'galleys', which occurs in LB. 119 b, and is a
loan from the Latin liburna.
$5. deleiou (gl. antemnaruml. Plural of dele, now délez 'vergue ou
antenne,' 'hors de Léon délé,' Legon., Corn, dele (gl. antempna) Z.2
1070, Ir. deil 'rod/ Goid.2 176, del, Corm. s. v. Caindelbra.
56. guinodroitou (gl. plagae). A compound of guinod, borrowed from
Lat. venatus (as Mid. Br. guiznezl, guinhezl, Mod. Br. gwénaer, gwinaer
from Lat. venaîor) and of roitou, Mid. Br. roedou Z.2 98, 287, now
rouejou, pi. of roit, roet Cath., Corn, ruid fgl. rethe), Mid. Corn, ros,
D. 54, W. rhwyd, ail borrowed from Lat. rite.
$7. guinuclou .i. lanceae uenatrices (gl. uenabula), pi. of guinucl,
from the same root as guinod, No. 56. But the suffix -ucla is Celtic and
is found also in W. mynwgl 'collum/ Z.2 820 = Ir. muinél.
58. utgurtheoneti. (gl. obnixus .i. perdurans .i. contra nisus) ; the
context is
Ille Iovis monitis immota tenebat
Lumina, et obnixus curam sub corde premebat.
This seems a mistake for utgurthconeîic, the part. prêt. pass. (hère used
with an active meaning) of a verb *ut-gurthconam, compounded with
two prépositions ut for ud, Ir. ud (in ucu ex ud-gu), od, Z. 2 878, 885,
Skr. ud, in Gr. Scxepoç ex uo-xepe-. Goth. ûî, 0. H. G. ùz, N. H. G.
aus, and gurth Z.2 682, 905, 0. W. gurt, Z.2 1057 = Ir. fort, frith Z.2
87$, Lat. versus. As to conam Prof. Bugge puts it with the W. cynu
'surgere,' erchynu 'elevare/ 'exaltare,' Z.2 92, 895. It seems to occurs
in anguoeonam (gl. lacto ', not 'vigilo,' as printed in Z.2 1054). Astothe
exemplified in Rev. Celtique III, 9$ : do-bor-fieba, LU. 15 a, ro-bor-fieba, 84 a, ro-bar-
cured 84 b, ar-nach-bar-accaister 85 a, do-for-fuc, ro-bar-bia, LL. 197, a. 2, do-bar-
beraid, LL. 46, b. 2, ro-bar-tinoil LB. 8 a, do-bar-ruachtadar, Leb. Buide Lecain,
col. 647, to which may be added ro-far-cruthaigfe, LB. 184 a. b, ro-bar-diminigsebar,
LB. 184 b.
1. Lactare. deficere in pondère. - Ducânge.
338 Old-Breton Glosses.
termination in etic (the regular form in Old Welsh, now edig); cf. deh-
louetic infra No. 67 and the pi. craseticion <gl. spisis, leg. spissis) in Lux.
II. — GLOSSES IN AMALARIUS.
59. amsauath (gl. uicarius). The context is : « quasi ergo ante iudi-
cem sic ante sacerdotem quia uicarius Xti. dni. [Christi Domini] est. »
The root of this word seems sta ^Curtius, No. 216), whence stam (Ir.
se ssam) sam, sav now sao 'posture d'un corps qui est debout, élevé.' The
termination -ath for -at as in lagat 'oculus,' Z.2 839 : the prefix ant-
hère signifying variety or interchange,, as in W.am-liw, am-ryw, am-gen,
Z.2 897. M. Loth says that « amzaw s'emploie encore dans le bas-van-
netais dans le sens de capable de. »
60. blinder (gl. segnitia) = Mid. W. blinder 'fatigatio,' Z.2 829 : a
derivative from blin 'fatigatus, 'lassus,' 'defessus/ which Prof. Bugge
regards as a participle pass. in na (Kuhn's Beitr. VII 67) = Skr. glana
'erschôpft,' 'fordone.' For the formation by der cf. breinder 'putredo/
berrder 'brevitas,' etc. Z.2 829.
61. camadas (gl. habilis). The context is : « qui secundum uerba
sancti Gregorii semet ipsum metitur ipse habilis est. » This is the 0. W.
cimadas (gl. par), Kuhn's Beitr. Vil 390, now cyfaddas, the Ir. comadas
'fitting,' 'meet/ Z.2 994, from corn- and adas, W. addas.
62. Non minus nahulei uel int coucant (gl. Nihilominus) in caeteris
operibus quantum segregetur. In nahulei = the nahu seems now naou in
naouac'h 'néanmoins,' where na is the négative; but I cannot ex-
plain the -hu. The lei (like liai in W. nid m-llai), Corn, le, Ir. laigiu
is = £Ai(7<TG>v. The adverb int coucant is Mid. Br. cougant 'certainement,'
Poèmes Bretons du Moyen Age, 3, 248, 266, 279. W. yn geugant, ceugant
'certo, certus,' addew yn geugant 'certo promittere,' ar peth yn angheu-
gant ' re incertâ et dubiâ/ ceugant yw angaw 'certa est mors,' Davies.
The prefix int =ent, No. 63, is = the Greek èni 'like,' in àv^îouXoç,
àvcfôeoç, (JcvïCtomç. In Welsh and Cornish it assumes the form in, yn,
Z.2 615.
III. — COLLATIO CANONUM, FIRST COPY .
63. enterafoh (gl. inopportunius).
64. heuanemdoguo (gl. se ingeritj .
The context is : « sic is qui ultro ambit uel inopportunius se ingerit
procul dubio est repellendus. »
In the former gloss, enterafoh must be an adverb in the comparative
degree, translating 'inopportunius,' just as W. yn gallach Z.2 298, is
Old-Breton Glosses. 339
the équivalent of 'fortius' : the positive {ent-eraf, teraf?) is obscure to
me. Possibly teraf stands for taerab cf. W. araf = Arabus Z.2 83 yt
cognate, with the Mod. Bret. téar 'vif, prompt, impétueux.' W. taer,
which Bugge equates with 0. Bactr. tighra 'keen.'
In heuan em-d, \ve hâve, first, ev the Mid. Br. ejf, Z.2 372, now hen,
0. W. em, Skr. ama, and then an-em the Mid. Br. en-em in d-en-em
diffen 'ad sedefendendum,' M. J. 179 a, where émis the common prefix
used to form reflexive verbs, Z.2 899.
doguo is either for dogou, later dougo, the 3d sg. près, conjunctive
of dougaf — to be compared with early Wesh forms in -wy and oe
like guledichuy 'dominetur,' cothwy i. e. coddwy 'laedat,' dlgonwy 'faciat,'
carwy 'amet,' rodwy 'det,' syllwy 'videat,' catwy 'servet,' and creddoe
'credat' (Evander Evans in Arch. Cambr. April 1873, p. 1 48 , or the
beginning of some verb compounded with the two prépositions do and
guo, like doguomisuram, doguorenniam Z.2 907. If the latter conjecture
be right, we may perhaps supply the wanting letters thus : doguodouc,
where doue is the third sg. près, indic. act. of the verb dougaf 'porto,'
Z.2 583 : cf. dodocetic igl. inlatam) Lux. 64.
65. douretit amgruit (gl. turpi lucrum'i. The context is : « diaconos...
non multo uino deditos non turpi lucrum sectantes » and the Breton
words appear to mean 'baseness of gain.'
As to douretit — the ms. has dour&it — it seems an abstract noun
formed from theadj. douret = daureth (gl. foedam^, see No. 23. As to
amgruit, it is perhaps = emgruit gl. questionem in the Orléans ms. where
the glosser seems to hâve mistaken questionem for quaestum.
66. id costadalt (gl. aeditui aeclesiarum/ ; hère id stands for lid est,'
and costad-alt is an improper compound like mel-gabr supra, No. 2) of
costad, a loan from Lat. custos, custodis, and ait = Ir. ait À. teach
'house/ O'Dav. 54, whence ailtire A. saor denma tighi, ibid. Prof. Bugge
compares the Med. Latin custos ecclesiae = aedituus, also custos basili-
cae, sacrarii, altaris (Du Cange), 0. Fr. coustre "sacristain/ OHG. custor,
NHG. kiïster.
67. dehlouetic (gl. accommodata). The context is : « uox lectorum
simplex est et clara pronuntiationis genus (uel generi) accommodata. »
Vicomte de la Yillemarqué suggests that this gloss may be = W. delwe-
dig, prêt. part. pass. of delwi 'to form,' 'to fashion,' a denomina-
tive from delw "figura,' 'forma,' (0. W. delu gl. numismatis Juv. 80), Ir.
delb. This leaves the h (for ch?) unexplained. I butthink weshould read
dech-louetic, and compare with the latter élément of this compound the
Orléans gloss doguolouit (gl. redegit) and the Luxemburg douolouse (gl.
340 Old-Breton Glosses.
depromis). The dech may possibly be a compound préposition = de
+ ach.
68. amuoet (gl. fastu). The context is : « multi clericorum ieiunant
fastu superbie ex propriis suis nihil largientes egenis. » Hère a is the
préposition used to express the ablative (No. 7) and muoet for mouet is
= the Ir. miad (gl. fastus) Sg. 106b. This is cognate with \).zXooq and
the other derivatives from the root smi given by Curtius G. E. No. 463.
For the development of meaning cf. OHG. huoh 'hohn' from the root
kak 'cachinnari.'
69. abscenia .i. caul (gl. piacula). The context is : « propter piacula
regum. » Hère abscenia is for obscena and caul is = col (gl. nefariam
rem) Orl. ms., W. cwl "'culpa,' 'peccatum/ Ir. col, gen. in chuil (gl.
piaculi) Ml. cited by Muratori, Antt. Ital. III. col. 871 — au being
written for U, as ao in ann-aor, supra, No. 5, is written for 5.
70. guanorion (gl. istriones). The context is : « impudicos et istriones
non nutrire. » Pi. of guanor 'histrio,' 'scurra/ a derivative from giuian
(gl. scurilis) infra, No. 81, which seems identical with W. gwann 'debi-
lis,' Ir. fann, Lat. vânus from *vac-nus. Compare the W. dyn gor-wag
'scurra.'
71. torleberieti (gl. phitonistarum, leg. pythonistarum). The context is :
« magorum et phitonistarum et augoriarum superstitionibus non inten-
dere. » This is a compound of tor, better ton 'venter' Cath., Corn, tor
(gl. venter), W. tor, Ir. tarr (cf. tar, supra, No. 58) and leberieti, pi.
of leberiet = W. llafariad 'an uttering,' 'a. speaking.' Compare darleber
(gl. phitonicus) and dorguid (gl. pithonicus) in the Orléans ms. For the
termination in -iat see Z.2 840. The meaning of the gloss is thus 'ventri-
loquisms.' Compare the Mod. W. bol-lafariaeth.
72. gulcet (gl. agipam). The context is : « Episcopo liceat commen-
dare uestimentum quo utitur et agipam et taxam. )> This is the Mid. Br.
golchet (golchet da gouruez 'coete de lit,' Cath.) 0. W. cilchet, pi. ir cil-
chctou (gl. vêla) Z.2 1056, 0. Corn, cilcet (gl. tapiseta, gl. stratorium)
Z.2 1063, Ir. colcaid, Z.2 802, ail borrowed from Lat. culcita. For the
weakening of c to g in anlaut cf. gant, gueffret and gourai.
73. ar uuo art hui (gl. uos fascinauit). Hère ar uuo art (leg. aruuoart)
stands for ar-guo-garth, a t- preterite to be compared with the 0. Ir.
ad-ob-ra-gart (gl. uos fascinauit) Z.2 455. The root is GAR, whence
YY]p6w and other words collected by Curtius, G. E. No. 133. For
the infection of the g cf. bu-orth infra No. 101, and the examples in
Z.2 202, 103. For the development of meaning cf. 757;? (root GU),
incantare, Curtius, G. E., No. 642, and Corn, vur-cheniat (gl. incantator).
Old-Breton Glosses. 341
The Irish verb ar-fo-imim 'recipio' is similarly compounded with the pré-
positions ar and fo = guo — b-o.
hui is the pers. pronoun of the 2nd pi. Mid. Br. huy, now c'houi, Z.2
371, Corn, why, O. W. hui, Mid. W. chwi. From *svî, lr. si, sib, =
'si-svi-.
IV. — COLLATIO CANONUM; SECOND COPY.
74. aiul (gl. ultro). This adverb is formed from the prep. a, supra
No. 8, and the subst. M, Mid. Br. youll, M. ioa, eoll : am eoll 'à ma
volonté/ Cath., now ioul, Corn, awell, awel, 'désire/ W. ewyll, ex
*avilla. Root AV, whence Lat. avidus, avarus, avère, and possibly (as
Siegfried thought) the Irish deolid 'gratia/ indeolid (gl. gratis).
75. araanta : the context is : « Sic is qui ultro ambit uel inopportu-
nes se ingerit procul dubio repellendus. » Mr. Bradshaw says, « The
word aruanîa (I am not quite satisfied about the second letten is written
in the margin opposite the line beginning inopportunius. Does it refer
to ingerit ? There is no referring mark. » I conjecture that aruanta is a
gloss on 'ambit' and corresponds with the 'cupit' by which 'ambit' is
glossed in ms. lat. 12021. It is compounded with the prep. ar, Z.2 900,
and the -uanta may possibly be for huanta, the $rd sg. près, indic. act.
of a verb cognate with W. chwannawc 'desiderans/ Z.2 153, W. chwen-
nychu 'desiderare/ chwant = lr. sanî 'desiderium' andO. Br. couhuanto-
lion gl. andrivenereis i. e. cupidi (if this be the right reading of the
Luxemburg gloss . For the third sg. in -a, see Mid. W. kanhatta,
tsruyna and other forms cited Z.2 508, to which may be added penitra
(gl. tractât) and the folio wing collected by the late Professor Evander
Evans ' : doluria 'dolebit/ eheia 'convolabit/ cerda 'procedet / thèse
from the oldest copy of the Laws : guada 'dénies/ palla kfails/ gnâa
'does:' thèse from Cynddelw : puylla 'considers/ treidia 'pénétrâtes/
bryssya 'hastens/ atveilya 'decays ;' and yd aa 'goes' from Llywarch
Hen.
76. inuanetou (gl. incaenis). The context is : « non oportet sacer-
dotes uel clericos quibuscumque spectaculis incaenis aut nuptiis inte-
resse, » whence it would seems (according to Mr. Bradshaw) that the
Latin word intended was 'encaeniis/ which mustmean 'secular festivals.'
Hère inuanetou (if this be the right reading) is the pi. of inuanet. The
in seems the prep. in- used as a prefix, Z.2 905, but infecting as in Mod.
1. Studies in Cymric Philology. No. II, in Archaeologia Cambrensis , April 1873,
p. 147.
342 Old-Breton Glosses.
W. infer = Ir. inbher 'influxus.' The -uanet (from baneî? manet?l is obs-
cure to me. Is Ir. banessa 'gl. nuptiae) cognate ? or is the uninfected
form manet cognate with Lat. men-sa, as banquet with banc ('c'est ainsi
qu'en Allemand tafel possède à la fois le sens de table et celui de festin,'
Brachet) ? Or, lastly, should we read in uaretou (gl. in cenis) and regard
uaretou as the pi. of uar-et, a compound of uar 'evening' (Corn, uher,
uer, uar, W. ucher) and et 'a meal' = Mid. Br. eth 'corn/ W. yd, Ir.
ith = Skr. pitu ? It is to be hoped that a new collation of the ms. will
justify this suggestion, which is due to Prof. Bugge.
77. dadluo gl. antropas}. The context is : « Clericus per plateas et
antropas nisi certa necessitate non ambulet. » Hère 'antropas' is rnis-
written for 'andronas,' ace, pi. of andron. 'Festo et aliquot scriptoribus
Latinis Andron, compitum, locus publicus ubi viri, ci ôvîpeç, invicem
confabulantur,' Ducange. Dadluo \= dadlou, infra, No. 80) is the pi. of
dadl (ms. dadlt) (gl. curia), dadl (gl. concio) Eutych. 3b, 8a; 0. W.
daîl (gl. foroi, daîlocou gl. foray Z.2 1055, lr. dâl 'curia,' 'forum,'
Corn, datheluur (gl. concionaton. The plural ending -uo is for -ou, as in
muoet supra, No. 68, and in 0. W. crummanhuo (gl. scropibus). An
older Breton form datol (for datL is preserved in the verb datolaham (gl.
legOi Eutych. 5b.
78. clou (gl. acitamenta^ . The context is : « unus uendidit acitamenta
eius in oblationem ecclesiae dei. » The gloss stands over the space bet-
wenn 'acitamenta' and 'eius.' I cannot explain it. Prof. Bugge conjec-
tures that clou is for chou pi. of clo = clavus (W. cloeu 'clavi,' Z.2 28$)
and that acitamenta is for acutamenta [acutus 'nail,' Ital. aguto, Placi-
dus XXI 91 éd. Deuerling.j The story is about the two sons of an
artifex.
79. endlim igl. fenus). Mid. W. ennill, Y Seint Greal, 42, 196, now
ynnill 'lucrum,' 'quaestus/ 'emolumentum,' Ir. indile i. tormach 'in-
crease,' H. 3. 18, p. 71, col. 1, and see Cormac, p. 96. In Irish indile
or innile also meant 'cattle :' techit ass fochétoir in innile 7 in bûachaill,
LU. 26a. For the termination of endlim, cf. diprim, erchim, molim, Z.2
821, stlinnim, Kuhn's Beitr. IV. 392 and supra corim No. 44, and guo-
monim (gl. pulliceri), Orléans ms.
V. — COLLATIO CANONUM, THIRD COPY.
80. dadlou (gl. andronas). See above, No. 77.
81. guaan (gl. scurilis). See above, No. 70.
82. nith (gl. nepta). The context is : « Clerici cum matre uel thia
Old-Breton Glosses. 343
filiaque uel sorore nepta tantum uiuant. » Hère nith 'neptis ex fratre uel
sorore,' is Mid. Br. nyz, Cath., Corn, noit 'gl. neptis), W. nith, 0. Ir.
necht (gl. neptis) Z.2 68.
83. mod (gl. gomor. The context is : « Sciendum quantum est pon-
dus primitiarum .i. gomor. » Hère gomor isthe Hebrew homer or chômer,
a measure for things dry. and mod, like Mod. W. môdd, is borrowed
from the Latin modus. The Ir. muide lchurn,' W. buddai, and Mod. Br.
méz seem from modius, Fr. muïd.
84. ra/z/zozx (gl. climatibus . So in Lux. wz/zou (gl. patrimonia). Pi.
of rann 'pars,' Cath., W. rhann, Ir. rann. Hence nz/z/zd/n 'gl. partion
Eutych. 4.
85. cunrunî (gl. uorticem montis).
86. cZtzWr" gl. passae .
The context is : « cumque dauid transiet paululum uorticem montis
apparuit ei siba ... cum duobus asinis qui honorati [sic] erant ccus pani-
bus et .c. alligaturis uuae passae. »
Hère cunrunt seems a compound of cun (W. ov/z'altitudo,' 'summitas/
Z.2 92) and runt for rzz/zd now ro/zd 'rotundus/ ni being for /zd, as in
cantoell, confuntaff, respontas, etc.
admet is = W. addfed 'maturus,' Mid. Br. azff, Rev. Celt. i. 399,
Corn, arvez, Ir. abaidh ex ad-vati, ad-mati , from the prefix ad, Z.2
897, and met, which is either ex mati and connected with Lat. mat-urus,
Mat-uta, matu-tinus, or (as Prof. Bugge thinks cognate with Old Welsh
metetic freaped/ et-met "retonde/ Mod. Br. médi, midi, just as the
English ripe is cognate with reap.
87. controliaht gl. controuersiam). The context is : a De iurgatori-
bus quod per controuersiam cuncta faciunt incerta. » Hère controliaht
(for controliacht, -iact, or for coniroliath : cf. W. dranoehî, Laws 2, 1,
27 is a derivative from 'control, Mid. Br. contrel, borrowed from Lat.
contrârius, whence also Mid. W. y kythreul 'the Devil,' Y Seint Greal
75, kythreul, Z.2 819, now cythrawl, as in gsvynt cyîhrawl 'a contrary
wind.'
88. latic (gl. agipam). The context is : « commendare uestimentum
quo utitur et agipam [ ] taxam. » Hère latic is the équivalent of
gulcet, No. 72 supra. It must be a loan from lôdix 'a counterpane.' Hence
also the Ir. bit [lôit?) in dia bit find 'two white blankets' Cormac iMac
Firbis' copy s. v. cermnas. The a of latic, says Mr. Bradshaw, may be
0, but there is a little hole which just destroys the letter. For Br. a =ô,
cf. costad, No. 66.
89. gutric (gl. defer . The context is : « Si debitor inrogandus uel
544 Old-Breton Glosses.
exigendus defer. » The margin has :: ffer. probably the remains ofdiffer.
Compare the Orléans gloss guotric Igl. difen and the 0. W. nouinn-
guotricusegeticion 'nine delays,' Mid. W. godrigyaw 'to tarry/ Y Seint
Greal, 227, Mod. W. godrig 'mora,' from guo and trie [trigo 'morari')
cognate with, or borrowed from, Lat. tricari 'to make difficultés/ to
trifle/ tricae 'hindrances,' bricks,' Prov. trie. Hence also the Mid. Br.
îrig in the phrase hep trig 'sans tromperie.'
90. aaltin fgl. ferula;. The context is : « nec ferula curare meditetur
quisque quod gladio percutiendum. » Hère a is the prep. usedto indicate
the ablative as in Nos. 7, 17, 41) and alun, Mid. Br. autenn now aâten
'rasoir/ 'couteau' is the 0. Corn, elinn 'gl. nouacula) Z.2 1062, W.
ellyn, 0. Ir. altain .1. scian bearrtha, O'Dav. 54, amal in n-altain n-dith
(gl. sicut rasorium acuturni Ml. col. 301. The glossographer hère, as
elsewhere Nos. 29, $2), is inexact in his renderings.
91. aceruission fgl. hirsutis).
92. cunnaret boestol gl. beluina rabiesi. The context is : « alios hir-
sutis serra dentibus attriuit : alios armato ferro insulcans ungula sparsit :
alios beluina rabies morsibus detruncando comminuit. »
In aceruission a isthe préposition used to indicate the ablative (No. j,
supra"), and ceruission stands for geruission, pi. oi geruiss the g being pro-
vected owing to the influence of the lost c of a, which is still found in
the Luxemburg gloss ac-i r\-riminiou. So in the Mod. Br. dék kad 'ten
hares' -gad) and the Cornish drok-coleth from drok + goleth. With the
geruiss thus obtained cf. W. genvin 'asper,' 'rigidus/ a derivative from
garw 'asper,' M. Br. garu, Cath., now garô, Corn, garow, Ir. garb.
For the termination in -iss cf. the W. adjective dilis, dylis now dylys
'certus,' 'securus/ [Ir. dites), Z.2 834.
cunnaret is — W. cyndaredd 'rabies,' the final t being written forinfec-
ted d as perhaps in muoet supra, No. 68, and the d in inlaut assimilated as
in the Mid. Br. connar 'rage,' Cath., whence conniryee 'rabidus'= Corn.
con[n)erioc fgl. rabidus), Mid. W. kandeiryawc, Y Seint Greal, 301, 418,
now cyndeiriog '. Thèse words must ail corne from some Old Celtic cun-
dara-s meaning 'hound-madness/ 'hydrophobia.' For the nasal infection
of d see Z. 2 1 18, 205, 207, 901.
boestol in an adj. formed from boest borrowed from Lat. bêstia, whence
also W. bwyst ifil), Ir. béist.
1 . I may take this opportunity of pointing out that the Cornish di-scoruunait (gl.
rabies) Z.- 1072, is to be explained by référence to the Br. curun « thunder » =
xepauv6ç for trxepauvoç, Curtius G. E. 694, just as the Cornish folter-guske (gl. frene-
ticus) is to be explained by the Br. foullr, Fr. fouldre, « fulgur ». Compare the Greek
ê|i6pôvTT)Toç, xepotuvo6X»)ç, and the Latin attonitus.
Old-Breton Glosses. 34$
93. dadlou (gl. curiae). See above, No. 77.
94. /ro/ (gl. strutionem).
95. couann (gl. noctuam).
96. frac/ — fI think noUrad/ says Mr. Bradshaw/ — (gl. larum).
The context is : « Haec sunt que de auibus comedere non debetis
[see Leviticusxi. 1 5] strutionem et noctuam et larum. » The first of thèse
birdnames trot, like Corn, troet, Ir. struth, seems borrowed from struthio
or Prov. estrut. (W. ostruth is, like Fr. autruche from avis-struthïo and
the Mid. Br. lotrucc, Cath. is borrowed from Fr. l'ostruce, now l'au-
truche.)
couann is now kaouen or kaouan 'hibou,' 'orfraie :' cf. Med. Lat.
cauannus, cauanus, Ducange, and many other words cited by Diez,
Ètym. Wœrterbuch, s. v. choe.
tracl I cannot explain, except as borrowed from trochilus, a kind of
wren. Is trad be the true reading, compare W. trod-wen la stare' (Sales-
bury) .
97. deuo : : : a (gl. attacus). This I cannot explain.
98. biunrun (gl. epimachus), the ôtpio^aXoç of the LXX, a kind of
grasshopper.
The context is : « comedere debetis ... attacus atque epimachus ac
locusta » ... [Leviticus vi. 22]. For biunrun we should certainly read
(according to Prof. Bugge's conjecture) bianran, a compound of bian
for bihan = W. bychan ' 'little' and ran borrowed from rana, which in
German dialects (Grimm, Deutsches Wœrterbuch, s. v. Frosch) is called
grashùpfer.
Mr. Bradshaw has lately given me two more glosses from this codex,
viz. bann (gl. canora) and buuoorth (gl. bobello). The former seems =
Ir. bind, the latter is = buorth infra N°. 1 0 1 .
VI. — COLLATIO CANONUM, FOURTH COPY.
99. saltrocion (gl. graciles). The context is : « Sunt aliae pénitentes
1 . The Irish cognate is becc (W. bach), which Prof. Bugge, with much probability,
regards as a very old loan from the vulgar Latin piccus « spitz, » whence also Ital.
piccolo, Sp. pequeno « little ». Other instances of b for p in Celtic loanwords are Ir.
biâil, W. bwyell « hatchet » from pialla Diez II 914, Ir. b'i from pix, Ir. bôc from
pacem, Br. baradoes from paradisus. Rhys puts becc, bach with (Tfiixpôç (Rev. celt. II.
189) and seeks a trace of an earlier anlaut zb (from sm) « in the fact that in North
Wales bach forms a remarkable exception to the initial mutation of féminine adjectives.
Thus geneth bach fa little girl, » ajon bach a a small river, » not fach, as might be
expected according to the gênerai rule. » Bugge justly observes that îhis peculiarity is
explained by his assumption that bach originally began with p.
346 Old-Breton Glosses.
quae sic uiuere uolunt . uitiosae . garrulae . uagae . fabulosae . graciles
nihil commodi praebentes aliis. »
The word glossed must be 'uitiosae,' not 'graciles,' for saltrocion is
the pi. of an adj. saltroc, derived from saltr, now saotr 'saleté/ 'corrup-
tion,' a loan like Fr. sale\ from the OHG. salo trùbe. The 0. Corn.
halou (gl. stercora; Z.2 1063, and W. halawg, Ir. salach, 0. Bret. haloc
(gl. lugubri, ueste, Orléans ras.), seem cognate with salo.
100. guohethe (gl. probum, var. lec. pravum). Thecontextis : « Patri-
cius. Non oportet iudices tam ueloces esse in iudicio donec sciant quod
probum fiât, quod dictum est. Noli iudex esse cito. » For 'probum' we
should perhaps read 'probrum/ guohethe seems the mod. gwasa 'pessi-
mus,' the irregular superlative of drouk, Corn, guetha, D. 1 130, gueze,
P. 196, 2, W. gwaethaf : cf. Mid. W. gwaeihau 'to make worse', Y
Seint Greal, 141. The insertion of h between the éléments ofthe diph-
thong oe for oa (cf. goazhat 'empirer/ Cath.y is curious ; we find it also in
Corn, bahell 'securis,' = W. bwyell, bahet (gl. aper) = W. baedd 'boar/
and chaen rit) = W. cain- and in the W. luthahelo [Rhys, Lectures,
2d éd., p. 2]2) and tranoheth 'trans noctem/ 'mane,' Laws 2, 1, 27.
The loss of the final m is remarkable ; a similar loss is noticeable in the
Old-Cornish ms. Bodl. 572 (the glosses in which are printed in Zeuss2
1060-63 as Old-Welsfr , where we find dowomïsura mi (gl. compen-
sabo) '.
1 0 1 . buorth igl. bouello;. Thecontextis: « canis pecccrum quodcum-
que mali fecerit in bouello uel in pascuis » (his owner is to make good
the damage . Bovellum idem quod bovile, in Canonibus Hibern. lib. 5 1 ,
cap. $, Du Cange. Our buorth would therefore mean a 'cowyard/ and is
compounded of bu, Ir. bo = bos, [îouç and gorth now garz 'haie/ 'clos/
Corn, gorth, garth in Imvorth, lowarth = M. Br. lïorz, W. lluarth 'gar-
den/ pi. luird (gl. hortii, Ir. gort = '/ip-rcc, 'hortus.' The Welsh équi-
valent of our buorth is buarth, which Pughe explains » a cow-yard or
inclosure where cows are turned to be milked ; a place to fold cattle ; a
fold, » and which he illustrâtes by the adage gwell buarth hysb nag un
gwag « a dry dairy is better than an empty one. »
With this proverb the présent essay may fitly close, for though arid
to most readers, it is, thanks to Professor Hagen and Mr. Bradshaw,
full of new material for Celtic philology.
1 . For this gloss, hitherto unprinted, I am indebted to Mr. Bradshaw. I hâve had to
represent by w the Anglo-Saxon form of that letter. Other Old Cornish glosses, hitherto
unprinted, in the same codex, are cennen (gl. membra na^ oui) and gemmou (gl. saphero
et exsmaragdo). A new Old-Breton gloss from the Luxemburg codex is luson (gl. trami-
tem), Mr. Bradshaw equates this with the W. llyson pi. oïllws « track ».
Old-Breion Glosses.
347
INDEX.
a prep. cum abl.7, 17,42, 68,90,91. cosmid 35.
admet 86. costadalt 66.
ail 9. cos 3$.
a-iul 74. couann 95.
ait 66. couarc 12.
altin 90. coucant 62.
amgruit 65. cronn 17.
amsauath 59. cronnmain 17.
an- 64. cunnaret 92.
annaor 5. cunrunt 8$.
aor 5. dadl 77, 80, 93.
ar 73, 75. daureth 23.
Arbedoc ij. dehlouetic 67.
aruanta 75. dele 5 5.
aruuoart 73. deuo : : : a 97.
attanoc 34. dise 30.
bann 98. do 49.
bianran 98. douretit 65.
bidite 33. du 1 1, 41.
blinder 60. duglas 41.
bodin 43. duliu 1 1.
boestol 92. elestr 3.
bro, brool 45. emdoguo 64.
bue 13, pi. bocion 27. en 64.
buorth, buuoorth 98, 101. endlim 79.
camadas 61. ent 62.
caubal 18. enterafeh 63 .
caul 69. ercentbidite 33.
cauuel, cauel 6, 1$. esceilenn 52.
cepr 42. et (?) 76.
cest 20. ethin 8, 3 1 .
clehurin 34. gabr 2.
clo 78. geruiss 91 .
enoch 50. glas 41 .
coarchol 46. gloiat 14.
cocit (cecit ?) 37. gorth 101.
coll, collin 16, 32. guaan 81.
conam 58. guanor 70.
controliaht 87. guascot 1.
corcid 25. guilann 24.
corim 44. guinodroit 56.
cornigl 26. guinucl 57.
548
guirtit 7.
gulcet 72.
guo 1, 73.
guohi 40.
guohethe 100.
guorail 9.
gurth 58.
gutric 89.
Haelhucar ij.
haloc 99.
hepcorim 44-
hev 64.
hui 73.
huital 36.
i, in 44^ 76-
int 62 = ent 64.
inuanet (?) 76.
iscarthol 22.
iul 74.
latic (lotie?) 88.
laur 28.
leberiet 71.
lei 62.
lenn 52.
libir 4.7, 54.
limn Jl.
limncollin 16, 32.
liu 11.
louetic(?) 67.
lusc 29.
luson 100 note.
mab 6.
mab-cauuel 6.
main 17.
Matguoret ij.
Old-Breton Glosses.
meid j$.
melgabr 2.
mod 83.
muoet 68.
nahu 62.
ni $3.
nin 42.
nith 82.
on 53.
ousor 10.
prenn 47.
priteri 48.
raclaur 28.
ran 98.
rann 84.
roit $6.
romantor 49.
runt 8$.
saltroc 99.
satron 40.
scobarnoc 21.
ser 20.
stloitprenn 47.
tar 38.
teraf 63.
torleberiet 7 1 .
trael (trad?) 96.
trot 94.
truch 19.
uar-et (?) 76.
ueruen 39.
uileou 4.
uret (unet ?) $3.
utgurtheonetic 58.
O'CLERY'S IRISH GLOSSARY.
The présent édition of O'Clery's Irish Glossary was begun by Dr. Eduard
Mùller, who is nowengaged upon the ArchaeoIogicalSurvey of Ceylon. Onleaving
England Dr. Mùller gave me his notes, complète as far as the word fotha. In
this part of the work I havemade such changes and additions as seemed désirable;
for the remainder I am wholly responsible. O'Clery's spelling is not always
consistent ; he seems to hâve generally printed the words just as hefound them,
without reducing them to one uniform System of orthography. In a few places
where this want of uniformity might cause unnecessary trouble in consulting
the Glossary, I hâve ventured to change the spelling of some words, giving
O'Clery's form, where it differed, in a bracket. In other cases I hâve shifted a
few words so as to bring them into stricter alphabetical order. So much change
seemed justifiable, as thèse inconsistencies were probably mère oversights, and
their rétention could serve no useful purpose.
O'Clery's Glossary was incorporated by Edward Lhuyd into the Irish Dic-
tionary which forms part of his Archaeologia Britannica. Lhuyd leaves many
examples untranslated, and in this I hâve been frequently forced to follow
him. The illustrations within brackets hâve been drawn from such ms. and
printed matter as was accessible to me. I had hoped to hâve been able to
exhaust ail the sources mentioned by O'Clery in his préface, but I can claim
to hâve done this only in the case of the Book of Hymns and of the Tripartite
Life of S. Patrick, one copy of which is in the British Muséum.
I hâve made free use of Mr. Stokes's books, and especially of the translation
of Cormac's Glossary, where several of O'Clery's définitions are quoted and
translated.
Arthur W. K. Miller.
Rev.Celt.1V 24
$$o O'Clery's Irish Glossary.
ABBREVIATIONS.
Beitr. , Beitraege zur vergl. Sprachforschung, etc.
Br. h., Broccân's hymn (in Goidelica).
Colm. h., Colmân's hymn (in Goidelica).
Corm., Cormac's Glossary, in Stokes's Thrcc Irish Glossaries, 1862.
Corm. Tr., Cormac's Glossary, transiated. Calcutta, 1868.
F. h., Fiacc's hymn (in Goidelica).
Fél., Félire Oengusso (quoted from Lehar Brecc).
Goid., Goidelica. 2d édition, 1872.
Lh., Lhuyd's Archaeologia Britannica.
LU., Lebar na huidre.
O'Conn., Peter O'Connell's Irish Dictionary, ms. Eg. 84, 85 (Brit. Mus.).
O'Dav., O'Davoren's Irish Glossary, in Three Irish Glossaries.
O'Don. Suppl., Supplément to O'Reilly's Irish Dictionary.
O'R., O'Reilly's Irish Dictionary.
Rev. celt., Revue celtique.
Sanct. h., Sanctâin's hymn (in Goidelica).
Trip. Eg., Tripartite Life of St. Patrick, ms. Eg. 93 (Brit. Mus.).
Z.,Zeuss's Grammatica Celtica, 2d édition, 1871.
Note. Owing to the want of proper type, capital A has been left unaccented
in headings. For the same reason the dotted / and s are represented by fh and
sh in the Roman type. This is of the less conséquence, as fh and sh are occa-
sionally used in the original édition of the Glossary.
FOCLOIR NO SANASAN
NU A
in a minighîhear câil eigin dfoclaibh
cruaidhe na gaoidheilge, ar na sgrïobhadh ar urd aibghiîre le brathair
bochd îuata dord S. Fronsias
MICHE UL 0 CLEIRIGH,
a gcolâisde na mbrathar ndreannach
a Lobhâin.
AR NA CHUR A GCLO MAILLE RE HUGHDARDHAS, 1 643 .
Dom Thighearna
ro onôrach 7 domcharaid
Baothghalach Mhac
Aodhagdin, easbac Ailfinn.
Agso chuguibh (a thighearna) dioghlaim bheag dfoclaibh cruaidhe ar
dteangtha duthchais ar na ccruinniughadh as morân do sheinleabhraibh ar
nduithche agas ar na miniughadh do reir tuigsi agas ghluaise na bpriomh-
ughdar do bhl inar nduthaigh san aimsir dheigheanuigh 1er bhe an miniugh-
adh na seanghdoidheilge.
A NEW
VOCABULARY OR GLOSSARY,
In which are explained some difïïcult words of Gaelic,
written in alphabetical order, by the poor brother of the order of
S. Francis,
MICHAEL O'CLERY,
of the Collège of the Irish brethren,
at Louvain.
PRINTED WITH AUTHORITY, 1643.
TO MY MUCH HONOURED LORD AND FRIEND
BAOTHGHALACH MAC EGAN,
Bishop of Elphin.
Hère, my lord, is a sraall gleaning of hard words of our native ton-
gue, collected from many of the old books of our country, and explained
according to the knowiedge and interprétation of the chief authors who
hâve been in our country of late, who hâve devoted themselves to the
interprétation of the old GaeliQ.
3 $2 O'Clery's Irish Glossary.
Ni fhacamar dar nduthaigh môrdn dar bhiomchuibhdhe an dioghluimsi
dfurdil ar tus ina sibhse. Agas ni tre amhdin ar naibid do bheith ionann
[cuis dobadk lôr ar chor eile do tharroing ar dtola oraibhsi seach chdch
eile) do ghluais sinn dochum patrûin do dhéunamh dhdoibh don leabhrdnso;
acht na cheann sin agas go spisialta tre bhar mbdidh feln agas dûthchas bhar
ccinidh leis an gceirdsi, agas fôs go bfuil fear comhanma agas coimhchinidh
dhdoib Baothghalach ruadh mhac Aodhagdin, ar na ddoinibh as prinn-
siopalta leanmdoid a miniughadh na bfocal ar a ttrachdthar sa leabhrdnsa.
Mar sin glacaidh chugaibh o thoil mhaith an beagthabartas so, ni ndr
mhian linn, acht amhdin beagan eoluis do thabhairt don aos ainbfhis a
seinteanguidh a mathar ; agas an tdos ealadhna do bhrosdadh do chum a
ionnsamhla eile so do dhéunamh ni as fear r agas ni as lionmhuire.
As Lobhdin .28. Octob. anno 1643.
Bhar searbhfhogantaidh bochd dileas féin
an br : Michéul 0 cleirigh.
Don
Leugthoir.
Biodh fios cheithre neitheadh ag an leughthoir 1er ab mian an beag shao-
We hâve not found in our country many to whora it was fitting to
offer this gleaning before yourself. And it is not only the fact of our
habit being the same, a reason which otherwise would suffice to direct
our wishes to you, that has induced us to make you the patron of this
book, but also and especially the hereditary practice of this profession by
your family, and moreover that a namesake and kinsman of yours,
Baothghalach ruadh Mac Egan, is of those whom we chiefly follow in
the interprétation of the words which are treated of in this book.
Accept then kindly this little offering, for our désire is only to give a
little knowledge to those who are ignorant of their ancient mother-ton-
gue, and also to incite the learned to make another such work, better
and fuller.
Louvain, 28 Octob. 1643.
Your poor affectionate servant,
Brother Michael O'Clery.
TO THE READER.
The reader who wishes to read this little work must know four
things. First, we hâve not put down any word of interprétation or
O'Clery 's Iris h Glossary. 3 5 5
thar so sios do leughadh. An céid ni, nâr chuireamar en fhocal ann so sios
do mhiniughadh, no do ghluais ar fhoclaibh cruaidhe ar dteangtha mathar-
dha acht ni focail do chualamar féin da miniùghadh, no fuaramar ag
cdch eile iar na miniùghadh ona maighistribh do ba foirîille agas dobadh
foghlamîha an eoias chrâais na gdoidhilge in ar laithibh féin.
As diobh sin go sonnradhach Baothghalach ruadh mhac Aodhagâin,
Torna ua mdolchonaire , Maoileachlainn modardha ua mdoilchonaire,
agas Lughaidh na cleirigh. Giodh sâoi oirdheirc gach duine dhiobh sin, as
è Baothghalach as mô do leanamar do bhrigh gurab uadha as mo do
ghlacamar fein agas fuaramar ag cdch eile miniùghadh na bfocal, ar a
dtrachimdoid, sgriobhtha agas fos gurbhô sdoi oirdheirc dearscaighthe é san
cceirdsi mar as follas san teisd tug an tsdoi reumhrditte eile Lughaidh ua
cleirigh air iar na ég amhail atd sna rannaibhsi :
Athairne athair na hdoi,
Dalldn Forgaill an fpriomhshdoi,
Do mheas rem cheile nir cheart,
Neidhe ro feas, Feircheirt.
Seanchais diamhra, dlighthe ar sean,
Béurla foirtche na bfileadh,
gloss on the difficult words of our mother-tongue, except such words as
we hâve ourselves heard interpreted, or hâve found explained by the
ablest and most learned masters of the knowledge of the difficulty of
the Gaelic in our own days, Of thèse especially are Baothghalach ruadh
Mac Egan, Torna O'Mulconry, Malachy modardha O'Mulconry, and
Lugaidh O'Clery. Although each one of thèse was a distinguished scho-
lar, it is Baothghalach whom we hâve chiefly followed, because it
is from him that we hâve ourselves received and hâve found with ail
others the interprétation of the words of which we treat, and also
because he was a distinguished and remarkable scholar in this profession,
as is clear in the testimony which that other aforesaid scholar Lugaidh
O'Clery bore of him after his death, as it is in thèse verses :
Athairne, father of learning,
Dallân Forgaill, the chief scholar,
To compare with my companion would be unjust,
Neide the learned, Feircertne.
Obscure history, laws of our ancients,
The dark language ofthe poets.
354 O'Clery's Irish Glossary.
Do bhi an éin mheidh gar naithnidh,
Cil an éïrnidh an ionnaithmhigh, etc.
As aithnidh dhuinn sdoithe maithe san cceirdsi agas fôs san aimsir dhei-
ghcanaigh mar atd Seaan ua Mdolchonaire priomhoïde sgoile na druinge a
dubhramar cheana agas fhear neireann a seanchas, ina aimsir féin, agas
Flann mhac Cairbre mheic Aodhagain mhaireas fôs, agas drong eile nach
dirmhim ; acht do bhrigh nach dtarla na leabhair ar a ndearnadar miniu-
ghadh aguinn don tdoibhsi don fairrge in a bfuilmid ar deoraidheachd kaîh
amuigh do bheagdn nir bhéidir linn a ccédfadha do leanmhain achd a
mbeagân.
An dara ni biodh a fhios agad gurab iad na leabhair chruaidhe ar ar
chuirsead na sean ughdair gluais mhinighthe agas as ar ghlacamar na
focailsi sios maille re mlniughadh na druinge réumhrdite dobhi ag teagasg
go deigheanach, Amhra Coluim chille, Agallaimh an da Shuadh, Feilire na
ndomh, Feilire i ghormdin, Leabhar iomann, Sanasdn, Bheatha Phatruic,
Seinscreaptra meamruim agas seinleabhar paipéir ina bfrith môrdn dfo-
claibh cruaidhe gona miniughadh, Foras focal agas Deirbhshiur don Eagna
an éigsi agas urmhor an leabhrdin o sin amach do réir na gluaise do gla-
cadh on Mbdoîhghalach réumhraiie.
« He in a word to our knowledge,
« Had the power to explain and analyze » (O'Curry).
There are known to us good scholars in this art and even in the
later time, as John O'Mulconry , the chief historian of those whom
we hâve mentioned, and of the men of Ireland, in his own time, and
Flann, son of Cairbre Mac Egan, who still lives, and others whom I do
not mention ; but because we hâve on this side of the sea where we are
in exile only a few of the books on which they made interprétations, we
hâve been able to follow them but little.
Secondly, you must know that the following are the difficult books
which the old authors hâve glossed, and from which we hâve taken
thèse words together with the interprétation of the aforesaid persons
who hâve taught lately : The Elegy on Colum Chille, the Dialogue of
the two Sages, the Festilogy of the Saints, the Festilogy of O'Gorman,
the Book of Hymns, Sanasdn (little glossary), Life of Patrick, old
manuscripts on vellum and an old paper book in which many difficult
words with their interprétation were found, Foras Focal and the
Deirbhshiur don Eagna an 'Eigsi, and a great part of the book according
to the gloss received from the aforesaid Baothghalach.
O'Clery's Irish Glossary. $ 5 5
An îreas ni biodh a fhios ag an leughthôir nar mhian linn ag triait an
bheag shâothairsi, acht cdil éigin sholais do thabairt don aos 6g agas don
aos ainbfis agas antdos ealadhna agas eolais do bhrosdadh agus do griosadh
do chum a ionnshamhla elle so do dhéunamh ni as fearr agas ni as lionm-
haire. As uime nar leanamar go fada ar mhordn dona hilchiallaibh chui-
rid an taos ealadhna an iomad da bfu.il dfoclaibh ann so, agas do leigeamar
dhinn fos bunadhas iomad da bfuil ann so dfoclaibh dfoillsiughadh, do
bhrigh gurab leis an dos ealadhna go sonnradhach as mo bheanas agas nach
bfuil riachtanas ag cdch go coitcheann leis mar atd aca leis na seinleabhraibh
do thuiccsin agas do léughadh.
An ceaîhramhadh ni biodh a fhios ag an dos ôg agas ag an dos ainbfis
lerab mian na seinleabhair do léughadh [ni nach bfuil na aincheas ar eol-
chaibh ar îiire) gurab annamh bhios coimhéd aca ar chaol re leaihan, no
ar leathan re ccaol do sgriobhadh, agas ar firthearc cuirid uaihadh ar na
connsainibh mar atd, bh, ch, dh, fh, etc. agas f 6s as annamh chuirid sin-
eadh fada ar jhoclaibh. Sgriobhthar go minic cuid dona consainibh ar son
a cheile, mar ata c, ar son g, agas t, ar son d. Ag so samhail na bfocal
tre sa dtuigfdhear sin. Ar son an fhocailsi clog, ionann agas cloc, agad,
acat, beag, beac, codladh, cotladh, ard, art, etc. Cuirthear fôs go minic
ae, ar son ao, agas ai ar son aoi. agas f 6s oi ar son aoi. Sompla airsin
Thirdly, the reader must know that in setting aboutthis little work we
wished only to give a little light to the young and ignorant, and to
incite and stir up older and educated persons to make another such
work, better and fuller. And we hâve not followed at length many of
the various meanings which scholars give to many of the words, and
we hâve also omitted to give the etymology of many of the words ,
because it is particularly to scholars that it belongs, and that people in
gênerai hâve not the same necessity as they to understand and read
ancient books.
Fourthly, the young and ignorant who wish to read the old books, (a
thing which is not difficult for the educated of our country), must know
that they rarely guard against writing slender with broad, or broad
with slender, and that they very rarely put the aspirate upon the conso-
nants, as bh, ch, dh, fh, etc„ and also that they seldom put the long
accent on vowels. Some of the consonants are often written one for
another, as c for g, and / for d. Hère are examples of words by which
this will be understood : clog the same as cloc ; agad, acat : beag, beac :
codladh, cotladh : ard, art, etc. Also ae is often put for ao, and ai for
3 $6 O'Clery's Irish Glossary.
mar sgriobhîhar go minic aedh ionann agas aodh, agas cael as ionann
agas caol. Agas bôi agas fôs bai as lonann agas bdoi. Sgriobhîhar go minic
E ar son A sna seinleabhraibh, mar aîa die, as ionann agas dia_, cie as
ionann agas cia, etc. Sgriobhîhar go minic I ar son A, mar aîa so dochu-
aidh, as ionann agas dichuaidh. Sgriobhîhar go coiicheann a, o, u ar son
acheile a ndeireadh focail mar aîa sompla, somplo, somplu, ceardcha,
ceardcho, ceardchu, etc.
âoi and also oi for aoi. For example aed, is often written for aodh, and
cael is the same as caol. And bôi and also bai is the same as bdoi. E is
often written instead of A in the old books, as die, which is the same
dia, cie which is the same as cia, eic. I is often written instead of A, as
dochualdh. a, o, u are commonly written one for another at the end of a
word, as îompla, iomplo, iomplu, ceardcha, ceardcha, ceardcho, ceard-
chu, eic.
O'Clery's Irish Glossary. — A. — 357
A.
a .i. ard nô cnoc 'height or hill'.
a .i. carr no carbad 'car or chariot'.
ab .i. tighearna 'lord'.
aba .i. adhbhar 'cause'.
abhail 7 abhailt .i. bas 'death' dearbhadh ar sin an anado abhail libh
maraidh an fhala ôà thoidhidh.
abairt .i. ealadha no bés 'knowledge or custom'. As 1 abairt do ni .i.
as i ealadha do ni.
abhraid .i. fabhradha 'eyebrows'. abhraid dhubhdhaimh .i. fabhradha
amhail daol 'eyebrows like (as black asi a beetle'.
ac .i. diûltadh 'déniai'.
acaidheadha .i. aittreabhtaigh nô tionôntaighe 'inhabitants or tenants'.
acar .i. aichear. 7 aichear .i. gér. 'sharp'.
acladh no aclaidh .i. iasgaireachd -fishing. [do acclaid, adclais, Trip.
Eg- 93> 5 a 1.]'
aclaidhe .i. min nô séimh 'smooth or gentle'.
acmac .i. timcealladh. do acmac .i. dothiomchomhacmac .i. dothim-
chealladh lto surround'.
acmhaing .i. ârach no cumhachda 'strength, power'.
acobhar .i. saint 'désire'.
acomhal .i. coimhcheangal no cruinniughadh 'union or assembly'.
acor .i. saint, amhail atâ isin Amhradh 'désire ; as it is in the Amra' :
Madh acor latsa
thanam gomadh gilithear géisi
ni rochosna neach oile
ni dot ana dar théisi.
acht .i. conntabhairt, amhail atâ, atraigh an giolla gan acht 'doubt. as,
the boy rose up without hésitation'.
acht .i. tabhairt 'to give'.
acht .i. agas 'and'.
acht .i. corp, amhail atâ isin Amhradh ag moladh Choluim Chille :
acht go sâothraibh ar sheirc nDé
acht go nâoine is go nôighe
fri fighlibh roshin a acht
rorir gach dân ar dhiadhacht.
'body ; as it is in the Amra praising Colum Cille :
3 $8 O'Clery's Irish Glossary. — A. —
A body with labours for the love of God, *
A body with fasting and with virginity
In vigils he extended (?) his body J
He gave up every gift for godliness.
achta .i. tiomâin 'to drive'.
adh .i. dligeadh 'law [Beitr. VIII, 330]'.
adhabhair .i. sûgradh 'diversion'.
adhailg .i. mian 'désire'.
adhailgne .i. dligheadh, ailghean n<5 min 'gentleness'.
adhall .i. truailleadh no peacadh 'pollution, sin\
adhamhraighthear .i. beannaighthear 'he is blessed'.
adhas .i. maith. 'good' bidh adhas dhuit .i. budh maiîh dhuit.
adhbhal .i. môr 'great'.
adhbhal .i. athlamh no ésgaidh 'quick, active [Isadbul .i. isathlum ut
est, Isadbul acobair, etc. Fél. July 28. Three Irish Glossaries,
P- 13$]'-
adhbhann tri'reach .i. purt no céol asa ttuighthear thri ni 'a tune or
music from which three things are understood,' .i. geanntraighe,
golltraighi, sûantraighe [Gentraigi A. îreidi imefuilnge gen, « three
things which cause cheerfulness, » Corm. Tr. p. 90. — Golltraigi
.i. adhband trirecb imefuilnge gol » « a melodious (?) strain which
causes weeping » id. p. 89 and see O'Curry, M. and C. III 220-
223].'
adhbchlos .i. âoibhneas 'pleasure'.
adhbchlosach .i. lân do ghlôir dhiomhâoin 'full of vain glory'.
adhbo .i. abach .i. earfhuagra 'warning'.
adhbudh .i. adhbchlos nô âoibhneas 'pleasure'
adheitchidhe .i. grânna 'hateful'.
adhfhlaith .i. flaith dlightheach 'lawful chief.
adhghair .i. gairidheachd dlightheach no maith dlightheach 'convenience
O'Conn.
adhlaic .i. mian 'désire [robo ad.la.ia dô, Trip. Eg. 93, 3b 2]'.
adhlann .i. lâoch 'hero'.
adhlaochdha .i. inlâochda 'heroic'.
adhma .i. eolach 'wise'.
adhnacal ['burial'] .i. adh, dligheadh 7 cal coimhéd. 7 nai .i. duine .i.
coimhéd dlightheach an duine 'i. e. adh, « law, » cal « keeping »
and duine « man », i. e. the lawful keeping of the man. [So Corm.
Tr. p. 1 5]'.
O'Clery's Irish Glossary. — A. — 359
adhnacht [was buried] .i. on adhnacal 'from adhnacal to bury [The
preterite passive, Wind. Gr., p. 83]'.
adh^adh .i. lasad 'to kindle'.
adhnaoi .i. âosda 'aged'.
adhrae .i. diultadh 'déniai'.
adudh .i. teine chreasa 'a circle-fire,' Lh.
ae .i. âon 'one'. dagach ae .i. da gach âon duine.
aedh .i. suil 'eye\
afraigidh .i. éirghi'dh, amhail atâ isin rann :
Maith ar mana fearr ar bfeacht.
neart céd curadh in ar gcorp.
afraighidh suas dénaidheachd,
foirrghfdh an tréd imon tore.
'arise ye, as it is in the verse :
Good our cause, better our expédition,
the strengh of a hundred heroes in our body.
Rise up, accomplish valour, slay the herd with the boar
[Quoted rather differently in Four Mast., A. D. 866].
agh .i. bô 'cow'.
agh .i. cath 'battle'.
agh .i. eagla 'fear', aghaim .i. eaglaighim kI fear\
agh .i. cur 'put thou'. aghaid .i. cuirid lput ye'.
aghaid .i. âonaighid no bfd go subhach 'they rejoice, or are happy' [so
Fél. Sep. 4 and O'Dav. p. 50].
aghda .i. cathaightheach 'warlike'.
ai no aoi .i. eala 'knowledge'.
ai no aoi .i. sealbh 'a herd'.
ai no aoi .i. cuis nocaingean 'cause'.
ai no aoi .i. éigsi no éolcha 'knowledge or learning'.
ai no aoi .i. caora 'sheep'.
aibh no aoibh .i. cosmhaileas 'resemblance'.
aibhéis .i. muir 'sea'.
aicdhe .i. cumhdach 'structure', Beitr. VIII, 332.
aicdhe . comhall 'keeping'.
aicdhe mheanman .i. doréir meanman 'according to the mind'.
aice .i. treabh 'tribe'.
aice .i. oileamhain 'nourishment'.
aice .i. ucca, togha, no mian 'choice or désire'.
aice .i. in aice 'near'. Acall ar aice Teamhair .i. in aice Teamhrach atâ
?6o O'Clery's Irish Glossary. — A. —
Acall, no do cithear Acall as Teamhraigh 'Acall is near Teamhair,
or Acall is seen from Teamhair'.
aichear .i, feargach, gér, no fâobhrach 'angry, sharp'.
aiccillne .i. <5glachas "servitude'.
aidhbhean .i. adhbha dhfona, no teughdhais dhiona 'abode'.
aidhbhean .i. imchian nô fada 'far or long'.
aidhbhean .i. olc, no deoraidh 'evil'.
aidhbriudh .i. cronughadh 'reproof.
aidhbsi .i. ainm céoil no crônâin do nithi in Eirinn a nallûd 'a name of
music that was made in Erin formerly'.
aidhbhsin .i. taidhbsin 'appearance'.
aidhcleadh .i. aidhceall no urchtfid 'hurt, injury'.
aideach no aoideach .i. lolgach no bà bhainne 'a milch-cow'.
aidide .i. umhla 'humility'.
aididin .i. umhla 'humility.
aidhme .i. uradh trealamh, uirnis no culaidh 'dress'.
aidhne .i. aos. mar atâ aidhne na Bôramha , 7 aidhne an dinnsean-
chais 'âge, as, the âge of the cow-tribute, and the âge of the Dinn-
senchas'.
aighe .i. sail, no gabhal 'beam'.
aighe .i. calma 'strong'. Iosa ionmhain âighe, etc. 'Jésus, beloved,
strong'.
aighe .i. cnoc 'hill' fuil damh aithne âighe .i. atâ agam aithne an chnuicsi
'I hâve knowledge of this hill'.
aigén .i. fairrge 'sea'.
aighréire .i. aighe réire .i. breitheamh 'chief of judgment, a judge'.
ail .i. iarraidh 'entreaty'.
ail .i. cloch 'stone'.
ail .i. athais 'insuit'.
ail .i. nâireach 'scandai'.
ail .i. arm 'weapon'.
ail aobhta .i. ail aithbhe .i. cloch frith an trâigh 'a stone against the
foot'.
ailcne .i. clocha 'stones'.
aileach .i. ail each, ôir is eich tuccsad a ailbheach .i. a chlocha M. e.
ail « stone », each, « horse »'.
ailghean .i. min 'gentle (Fis Ad. LU. 27.8 2)'.
ailgheas .i. mianghas no fonn 'désire, ardour'.
ailim .i. aitchim no guidhim 'I beg, or pray ■ailme, « we pray, » Colm.
h. 9]'.
O'Clery's lrish Glossary. — A. — 361
aill .i. cluin 'heard [Aill .i. cluinti, ut est, aill mo coirpri dû .i. farsan
À. faillsigh nocluinti, O'Dav. 47]'.
aill .i. feacht 'a time, turn [Aill .i. aonfecht, « once » O'Dav. 48].
aill .i. uasal 'noble'.
aille .i. moladh 'praise [do Crisî canaid aille. Fél. Apr. 26]'.
ailleann .i. ailann .i. clochann 'heap of stones'.
ailliath léo .i. glaodh léomhain 'the roar of a lion'.
aillsi .i. faillighe 'carelessness'.
ailt .i. ûasal 'noble'.
ailt .i. teagh 'house'.
ailtire .i. sâor dhéunmha tighe 'a builder [lit. « a workman who
raakes a house. » Cf. fer dénma bairgine (gl. pistor i. e. vir faciendi
panis) Z. 486'.]
aimeann no aoimeann .i. âoibhinne 'pleasant'.
ain .i. tâin 'plunder'.
ainbhcheallach .i. ainmin nd garbh 'ungentle or rough'.
ainbheach .i. déura iomdha no fearthain 'many tears, or rain[cf. argairt
lathe dnbige coercha formedôn rede « She herded on a day of rain
sheep amid a plain » Br. h. 33]'.
ainbheach .i. iomdha a subhâilchibh 'abounding in virtues [Sabina taer
ainbech, Fél. July 20]'.
ainbhle .i. ainféile no olcas 'penury or badness'.
aincheas .i. conntabhairt 'doubt, difficulty',
ainceoil .i. uilc orra 'evils on them'.
ainching .i. anraidh no lâoch 'champion or hero'.
aindear .i. bean 'woman'.
aindi'arraigh .i. feargach 'angry [Rofég Paîraic iarsin coandiarid « Pa-
trick then looked angrily ». Trip. Eg. 93. 3. a. 2.]'.
aindreannda .i. ainmin 'ungentle'.
aine .i. âineas 'delight'.
aine .i. airfideadh 'music [Lucia conaine (.i. conairfitiud) Fél. Feb. 6].
aine .i. ai an no âoi an .i. ealadha mhaith nô fios maith 'good science
or good knowledge'.
aine .i. lûas no déine 'quickness or eagerness'.
aineach .i. marcaigheacht each 'horsemanship'.
ainbféile .i. amhnâire 'shamelessness'.
ainbféitheach .i. ainéolach 'ignorant'.
aingcis .i. mallachd 'curse'.
aingeal .i. grfanda, solasda, no fâoilidh 'sunny, light, or glad'.
ainiodhan .i. neamhghlan 'impure [iodhan .i. glan, infra].
162 O'Clery's Irish Glossary. — A. -
ainninne .i. fearg 'anger'.
ainle .i. âlainn a 11 'i. e. «beautiful his colour ». [âlain a II Fél. Jun. 20]'.
ainleacht .i. âilghine no mine 'gentleness'.
ainmhéid .i. iongnadh Svonder'.
ainniomh .i. fâsach 'désert'.
air .i. éirigh 'arise'.
airbhe .i. ainm aisde 'the name of a poem'.
airbhe .i. asna 'rib'.
airbheart .i. tuigsi no ciall 'understanding, intellect'.
airbheart .i. treoir 'strength'.
airbheart bith .i beatha * lïfe [cf. airbert biuth (vesci, frui, uti, degere)
ocairbirt biuth coirp Cr. (fruentes corpore Christi) Z. 918. rann aile
do airbirt bith (alia pars ad fruendum) Z. 358]'.
airbhir .i. ualach bheireas duine idir a dhâ lâimh 'a load that a man
carries between his two hands. [Airber .i. fritt anair munabire (no
nombere) iter àô di lâim, etc. « to the east (in front) of thee thou
bearest it between thy two arms » Corm. 4. 'Tr. 9]'.
airbhre .i. sluagh larmy'.
airc .i. docamhal 'difficult'.
airchealladh .i. goid 'theft'.
aircheann .i. firchinnte 'certain'.
aircheann tire .i. imeal tire no tâobh tire 'boundary of a country, or
side of a country'.
airchealtrach .i. agh no ailid, do bhrigh go bfircheilionn a lâogh 'a hind'.
airchis .i. éccâoine 'complaint'.
airchiside a ghuin .i. éccâoinidh se a ghuin 'he complains of his wound'.
airchlithear '[i. e. « he is carried off »] .i. on oirchill, from oirchill
« to carry off »'.
airctheach .i. inntleachdach no ealadhnach 'intelligent or learned'.
airdbheadh .i. aird eibe. i. teasgadh nô gearradh 'cutting'.
airdhe .i. sighin no comhardha 'sign\
aire .i. ainm coitcheann gach grâdha flatha attuaith 'a gênerai name for
every grade of chiefs among the people'.
aire .i. cora éisg 'a fishing weir.
aireacc .i. inntleacht 'cleverness.
aireanach .i. tosach 'beginning'.
airear .i. cuan •harbour'.
airear .i. sâsadh 'satiety'.
airear .i. biadh 'food' gan airear a do acobhar. measair choimsi choir
without food to his désire'.
O'Clery's Irish Glossary. — A. — 363
airear .i. âoibhinn 'pleasant'.
airél .i. leabaidh 'bed'.
airri .i. ri' fiadaigh .i. n'gh fhianaidh 'a hunting king'.
airide dala .i. ceann no airchinneach dâla 'head of chief of an assembly'.
airidin .i. gabhâil 'taking [airitin receptio. Z. 214]'.
airigh .i. tôisigh, uasail no uachdarâin 'noble chiefs or rulers'.
airilleadh .i. dligeadh 'law'. is âirilleadh .i. as dlightheach dathairne
'is right for Athairne'.
airiltean .i. bés. 'custom'. la feabhas an âiriltean .i. la feabhas am bés
'with the excellence of their custom'.
airis .i. aithinne 'firebrand'.
airisin catha .i. coinne chatha 'order of battle'.
airle .i. comhairle 'advice' airlethfimne na hdga .i. do ghéunam leath-
nugadh no comhairliughad ar na lâochaib. 'We will give advice to
the heroes'.
airm .i. ionadh 'place', airm imeartha an chatha 'the place where the
battle is fought' .i. imearta an catha in gach airm .i. ingach ionadh.
airmheadh .i. meadh thomhais 'a balance'.
airmeart .i. geis 'obligation'.
airmghein .i. amhraghein .i. gein mhaith 'good birth' amhra .i. maith
'good'.
airmid .i. onôir 'honour'.
airmid .i. geis 'obligation'.
airmide .i. geis 'obligation'.
airmidin .i. on6ir 'honour'.
airne .i. fuireachras oidhche 'night watch'.
airsaire fodhla .i. ait ambi gâir fan roinn 'a place where thereis shou-
ting'.
airrsci .i. méidhe 'neck'.
airthnemh .i. cloch eimhir frisa bfâobhraighthear arma mileadh no
lâoch 'a whet-stone, on which a soldier's or hero's arms are shar-
pened'.
aïs .i. cnoc 'hill'.
aïs .i. deoin 'wish'.
aisc .i. imdheargadh 'reproof .
aisc .i. foghail 'plunder'.
aith .i. ger no luath 'sharp or quick'.
aithbe .i. trâghadh, no laghdughadh mara 'the ebb of the tide'.
aithcheas .i. bean an lâoich 'wife of the hero'.
aithcheasa .i aithchiosaidhe .i. meirdreacha 'harlots'.
364 O'Clery's Irish Glossary. — A. —
aitchim .i. iarraim no athchuingim 'I ask'.
. aithe .i. dioghail 'revenge [robo adlaicc dô a aithi do Pairaic ani dorigne
fri a fer comîha, etc. « he wished to revenge on Patrick what he
had done to his companion », etc. Trip. Eg. 3 b. 2.]
aitheach .i. namha âith, 7 ni hainm acht do dheagh lâoch 'a keen
enemy : and only a name for a brave hero. So Corm. p. 4'.
aitheach .i. crâin. aitheach ag iarraidh cullaigh, etc. a sow. a sow see-
king a boar, etc.'
aitheadh, .i. élûdh 'deserting, O'Conn.
aitheallach .i. athsuidhiughadh 'translation'.
aitheann .i. âith teinn : dir as gér teinn isidhe '[furze. — Aittend .i.
aith theand, acht is âith is teand « because it is sharp and lacera-
ting. » Corm. p. 4. Tr. p. 8.]\
aithghein .i. samhail 'like'.
aithis .i. dioghlais 'abuse. O'R.'
aithiubhar .i. dfbirt no ionnarbhadh 'banishment, exile'.
aithle .i. seanbhrat 'an old cloak. Aithle A. athfhola [asméssa hi oldds
fola, it is vvorse than a cloak. » Corm. p. 3]'.
aithmheas .i. traghadh 'ebb'.
aithneach .i. traisgeadhach khoarded up'.
aithrinn .i. rinn âith .i. teanga gér no faobhrach 'a sharp point, i. e. a
sharp or keen tongue'.
aithrinne .i. lâog, ôir as âith no gér é ris na rinnibh .i. ris na sinea-
dhaib 'a calf ; because it is quick or sharp against the points, i. e.
against the teats.'
al .i. oileamhain 'nourishment'.
al gach ongtha .i. eagal gach athghonta. [Al .i. eccail no tlaïth ut est al
gach hongtha .i. is tlaith inti dia tabair olc. O'Dav. p. 52.]
aladh .i. breac 'speckled'. [Alad .i. il a dath « many his colours »
Corm. Tr. p. 14. — Alad .i. exsamail « various » O'Dav. p. 48.]
aladh .i. gliocas 'cleverness'. tré âlaidh a urlabhra 'through the clever-
ness of his speech'.
all .i. oïl. oll .i. m6r 'great'.
all .i. srian 'bridle'.
allabhair .i. mac alla ''écho'.
allabhar .i. oll arbhar .i. sluagh môr, 6ir as ionann arbhar 7 sluagh
7 as ionann oll 7 môr. 'a great army : because arbhar and sluagh
(army) are the same, and oll and môr (great) are the same.
alladh .i. oirdhearcas 'famé'.
allaidh .i. ailfiodh. dir as ionann al 7 oileamhain, 7 as ionan fiodh 7
O'Clery's Irish Glossary. — A. — 36$
coill. gonadh de sin adearar madadh allaidh .i. tré na oileamhain a
bfiodh 'because al and oileamhain nourishmenti are the same and
fiodh and coill 'wood. are the same : so that thence is said madadh
allaidh (a wild dog) i. e. through his being brought-up in a wood.
[Cendaid .i. cen fid .i. is cenfhîd roalt. no is cendais na imtéit fofhid
na fà dithrub. cui .i. contrarius est allaid .i. ail fid .i. allair ifhid
7 andilhrub « without a wood i. e. without a wood he was nur-
tured ; or he is gentle as he does not go into wood or wilderness :
cui contrarius est allaid i. e. ail fid .i. he is nurtured in wood and
in wilderness». Corm. p. 12. Tr. p. 38].
allmhuir .i. fri muir anall. 'from beyond sea'.
allrén .i. ar an rian thail. n'an .i. slighe '[a foreign voyage, journey,
or expédition, O'R.] on the way yonder. rian i. e. way'.
allsmainn .i. m6r shnadhmanna 'large knots'.
alt .i. leim 'a leap'.
alt .i. leithéid 'breadth'. in ait an ionaidhsi. .i. a leithéid an ionaidhse
'the breadth of this place'.
amh .i. olc 'evil'.
amh .i. diultadh 'refusai'.
amall .i. tadhall 'a visiî'.
amhar .i. ceol 'music'.
amharc .i. locht 'fault'.
amhlabhar .i. balbh 'dumb'.
amhnas .i. doilidh, nô amhnâireach 'shameless [amnas occurs in the
Hymns, where Stokes translates it « hard » : in macc amnas « the
hard youth », Br. h. 35. erchor amnas « a hard fall, « Sanct.
h. 13]'.
amhra .i. dorcha 'dark'.
amhra .i. maith 'good'.
amhra .i. aisling 'vision'.
amhradh .i. marbh câoineadh •mourning'.
an .i. uisge 'water'.
an .i anacal 'protection'.
an .i. sdâbha no soidheach 'vessel, cup'.
an .i. uasal 'noble'.
an .i. ésgaidh nô luath 'active or quick'.
an .i. âineas no âoibhneas no ailne, no fôs âoibhinn no âlainn 'joy or
delight or beauty, or also charming or beautiful'.
ana .i. sonas no saidhbhrios 'prosperity or wealth'.
anach .i. nighe 'washing'.
Rev.Celt.lV 2 5
3 66 O'Clery's Irish Glossary. — A. —
anacht .i. anacal 'protection'. Colm. h. 22.
anaic .i. guin 'wound'.
anaichill .i. anaicilleach no neamh-anaclach 'restless'.
anairt .i. mâoth no min 'soft or gentle'.
anaithnidh .i. droch aithneach ; 7 fôs duine ar nach bi aithne 'inhos-
pitable, and also a man without acquaintance'.
anamhthaigh .i. anbâthadh 'stormy'.
anann .i. Eireann 'Ireland'.
anbhal .i. anbfôill .i. romhôr 'very great'.
anbhobhracht .i. ainm do dhuine sheargas 0 ghalar ionnas nach bi sésûr
ina churp. bracht .i. béoil no sésûr no siigh 'a name for a man who
is wasting with disease, so that there is no fat in his body'. bracht
i. e. fat or juice. So Corm. p. 3.
anbhôd .i. béd nach côir, nô éccôir 'a deed which is not just\
andach .i. fearg 'anger'. Fél. Prol. 237.
andach .i. olc 'evil'.
andagh .i. olc no peacadh 'evil or sin'.
aneadargnaidh .i. anaitheanta 'unknown'.
annfocal .i. gnath fhocal 'proverb'.
anbhf6tt .i. ainbfios 'ignorance', fôd .i. fios 'knowledge'.
anga .i. inge .i. acht ;i. e. inge, but'.
angbhaidh .i. peacadh 'sin'.
angbhaidh .i. cruaidh an gaisgeadh 'brave'.
angclu .i. gaisgeadhach maith 'valour'.
anghlonn .i. gâbhadh 'danger'.
angnata .i. câirdhe 'friendship'.
anmaoin .i. miosgais 'hatred'.
ann6id .i. eaglas 'church'.
anrô .i. iomarcaigh 'excess'.
annsearg .i. as doilidh a sheargh 'painful his state'. [Andseirg .i. andsa a
sheirc «difficult or painful is his state » Corm. Tr. p. 2.]
aodh .i. teine 'fire'.
aoide .i. 6ige 'youth'.
aoil .i. bel 'mouth'.
aoileanda .i. âlainn 'beautiful'.
aoin .i. lûachair 'a rush'.
aoinim .i. troisgim 'I fast'.
aon .i. oirdheirc 'illustrious'. bà hâon .i. bâ hôirdheirc.
aon .i. ûathadh 'few'.
aonach .i. âineach .i. ait ambi marcaigheacht go hân, no go hâoibhinn
O'Clery's Irish Clossary. — A. — 367
'a place in which there is horsemanship nobly (dri) or beautifully'.
aos éta .i. dâoine àosda 'aged men'.
aoth .i. mionn 'oath'.
aprainn .i. olc 'evil'.
aprainn .i. truagh 'wretched'. dioghal aprainne 'a revenge of wret-
chedness'. [Digal .i. nemgal .i. anad gai caich diandentar digal
aprainde , « the crying ceases of every one for whom is wrought
revenge of wretchedness. » Corm. p. 15. Tr. p. 52.]
ar .i. treabhadh 'dwelling'.
ara .i. giolla 'servant'.
ara .i. iomramh 'rowip.g'.
arach .i. achadh an air no antreabhtha 'a ploughed field', O'Conn.
arach .i. crôchar 'bier\ imârach .i. fa chrôchar.
aracar .i. iomramh 'rowing'.
arr .i. fiadh 'hind'.
arr .i. dealbh 'image'.
aradh .i. dréimire 'ladder'. ba hàradh .i. ba dréimire *(she) was a ladder
[Amra arad dothuatai'o doascnam flatha maie maire, « a marvellous
ladder for pagans to visit (the) kingdoms of Mary's Son. » Br.
h. 12]'.
aradh .i. rith no rfadh fri hard 'running or descending headlong'.
aradhain uïlc .i. droichdhiol. fuair an ghég àradhain uile, etc. 'insuit,
hard usage, etc.' O'Conn.
arc .i. corp 'body'. fâ ârc .i. fâ chorp.
archeana .i. ô sin amach 'henceforth'.
archoin .i. coin dâsachtacha 'mad dogs'.
archu .i. cû bhios ceangailti 'a dog that is chained'.
ard .i. uasal 'noble'.
ardharc .i. suaitheantas 'ensign'.
ardrach .i. airdrf no ardfhollas, no oirdheirc 'suprême king, or very
famous or conspicuous'.
arg .i. bainne. no braon bhios ag sileadh tre iomadh fleachaidh 'a drop
which drops through much rain'.
arg .i. laoch 'hero'.
arg .i. ordhairc. on abartharaircheadal .i. argcheadal .i. moladhordhairc
no aircheadal oirdheirc 'famous, whence is said aircheadal i. e.
argcheadal i. e. a famous praising or panegyrical poem. [Arg din
airdhairc, unde dicitur airchedul .i. argcetul À. cedul orrdhairc ara
menée conchanair « a poem famous from the frequency with which it
is sung in concert >*. Corm. p. 2, Tr. p. 4"/.
368 O'Clery's Irish Glossary. — A. -
argad no airgead .i. céd 'silver'.
arghaire .i. bacâil, no crosadh 'staff or crozier'.
arghairt .i. ro ionghair .i. onionghaire 'heherded [Airgairî lathe dnbige
coercha formedôn réde « She herded on a day of rain sheep amid a
plain ». Br. h. j$]'.
argdha .i. laochdha 'heroic'.
armainn .i. oiticcigh 'officers'.
armuinntear .i. âirmidhear no beannaighthear 'he is honoured or
blessed'. Fél. May 6.
arnaidh .i. urnaidhm, no ceangal 'girdle'.
art .i. uasal 'noble'.
art .i. cloch. 'stone', airténe .i. mionchlocha 'pebbles'.
arthraighis .i. médaighis 'thou hast considered'.
as .i. bainne 'milk'.
asa .i. brôga 'shoes'.
asadh .i. adhannadh no lasadh. 'to kindle'. don tene ba trén asadh, etc.
asaidh .i. fosaidh 'to stay'.
ascaith .i. scâl no lâoch 'a hero [ascaid .i. scdil Corm. p. i]\
ascnam .i. tiagam Met us corne [ascnam anasdilsiu (.i. tiagam co arndiles)
Fél. Prol. 262]'.
aslach .i. furâileamh 'incitement'.
aslonnadh .i. atach no aisnéis no innisin 'telling, relating'. Fél. July 9.
asnadh .i. osnadh 'groan'.
asnasach .i. snoidheadôir 'a hewer of wood'.
astal .i. slis, no ga leabhair 'lance or long spear'.
astas .i. ga 'spear'.
assuith an grian .i. dof hosaigheastair no do fhosaidh, no do chomnaidh
an ghrian <the sun sets'.
asuidheadh .i. do adhnadh no do lasadh 'to kindle'.
at .i. laith, 7 laith .i. leamhneachd no bainne 'milk'.
atach ndroichbhérla .i. bheith an chainnteach 'an ill-spoken clown'.
athach .i. tamall 'a little while'.
athach .i. tonna 'waves'.
athach gaoithe .i. sidean gaoithe 'a storm of wind'.
athach da dearbhbhrathar .i. farraidh dâ dearbhbhrathar 'a request of
two brothers'.
athaigh .i. focaidhe 'farmers'.
athaigh mbig .i. gaisgeadhaig bheaga 'little warriors'.
athaile .i. âudhalle, nearnheisdeachd no cluasdall 'deafness'.
athal .i. audhall .i. bodhar 'deaf .
O'Clery's Irish Glossary. — A. — 369
athargaibh .i. iomaireag ait .i. cathughadh gér 'sharp fighting'.
athbhach .i. ionnsaighidh 'to attack'.
athbhach .i. neart 'strength'.
athbhach .i aithearrach na huairesin '« a change or différence of time »
O'R.'.
athbhadh .i. ath fhâs peine 'a renewal of suffering'.
athchomharc .i. fiarfaigheadh 'to ask'. Trip. Eg. 10 a. 1'.
ath féne .i. âth ulltach 'the Ultonian ford [Ath-feine, at Ioraras, the
name of a ford on a stream near Ories or Oris, Westmeath.
IV Mast. A. D. n6o]\
athgabhail .i. creach 'plunder'.
athgabhail .i. crô aighe ' «wealth, riches... effects retaken », O'Conn'.
athgabhail .i. âoi ghabhâil no adha ghabhâil .i. gabhâil dhlightheach
'lawful seizure'.
athghn6dh catha .i. athghnddhughadh no aithgniomhughadh catha
'renewal of battle'.
athlamh .i. ésgaidh 'active'.
athnamh .i. édâil 'wealth'.
athréos .i. leasughadh 'correction'.
atruicc .i. do éirigh 'he arose'.
audhacht .i. uath fheacht .i. antan téid duine fri feacht nûatha .i. bas
'when a man goes on a journey of the grave i. e. death [« A dying
testament », Corm. Tr. p. 5]'.
aurghais .i. ergna no guidhe uasal 'a noble prayer'. Fél. Nov. 1 3.
axal .i. aingeal 'an angel [Amra C. C, éd. Crowe, p. 34]'.
B.
ba .i. maith 'good'. Fél. Nov. 13.
ba .i. bas 'death'.
bablôir .i. fear môrghlôrach. bldr .i. guth no glor 'a very clamorous
man. blôr, voice or speech. Corm. Tr. p. 19'.
bach .i. ionnsaighidh 'to attack'.
bach .i. briseadh 'to break'.
bach .i. meisge 'drunkenness'.
bachall .i. bearradh 'to eut'.
bacat .i. brâighe 'neck [Baicead .i. braige, Diiil Laithne, Goid. 75]'.
bad maith dhuinn .i. bithear go maith frinn fmay it be well to us'.
badhb .i. feannôg 'scald-crow'.
badhb .i. tûath thire 'a district : « lordship or manor », O'Conn'.
370 O'Clery's Irish Glossary. — B. —
bagh .i. briathar 'a word'.
bagh .i. cath 'battle [bdg, Fél. Ep. 361. baigeÇ\. catha) Fél. Sept. 13]'.
bagha .i. geallaim 'I promise'.
bagach .i. cathach 'military. Fél. Mch. 8'.
baghaim .i. geallaim 'I promise'.
baichsead .i. dobheansad 'they struck'.
baidhe no baoidhe .i. bàoidheamhleacht no faidigheacht 'patience'.
baighe .i. catha 'battles'. [v. sup., Bagh.]
baighim .i. brfathraighim 'I speak'.
baighle .i. laogh allaidh, mar atâ isin rann :
atchonnarc braicheamh 7 bru, 7 baighle eatorru,
sochaide do dhéch an magh 7 bréich ag a mharbhadh.
'a fawn ; as it is in the stanza : I saw a stag and a hind and a fawn
between them; a multitude went out, and a wolf killing them.'
baillén .i. deoch 'a drink'. [LL. 200 a.
BAiLLÉiNE.i. ballâmi'n beag 'a small bubble'.
bairche .i. trén no laidir 'strong'.
bairréin .i. barraidhe no taobhâin 'rafters'.
bairneach .i. feargach 'angry'.
baiscmhall .i. cruinnmheal 'an assemblage'.
baiscne .i. bile 'a tree'.
baiseal .i. diomas 'pride'.
balc .i. trén, neartmhar, no môr 'strong, powerful, or great [baie A.
trén, Fél. Jan. 13. balcu .i. tressiu, « stronger », Fél. Jan. 4]'.
balg .i. bearna 'chasm'.
ban .i. fi'rinne 'truth'.
ban .i. umha 'brass'.
bann .i. gach cumhsgugadh 'every journeying'.
bann .i. liathrôid 'a bail [Bann À. liaîrald, Corm. Tr. 28]'.
bann .i. dligheadh 'law'.
bann .i. bas 'death'.
bann .i. gnfomh 'deed'.
bannach .i. gniomhach 'active'. Fél. Jan. 12.
bannach .i. sionnach *a fox'.
banghal .i. gail no gaisgeadh mnâ 'courage or valour of a woman'.
baos .i. drûis 'lust'.
baothbhla .i. bâothbhaile 'a city of lust [Bla .i. balle, inf.]'.
bar .i. mac 'a son'.
bar .i. sâoi 'a sage [Bar .i. sai, Corm. Tr., p. 28]'.
bara .i. triall 'a journey'.
O'Clery's Irish Glossary. — B. — 371
bara .i. fearg 'anger'.
baradh -i. bas 'death [Barad .i. bas, Corm., p. 7]'.
barann .i. béim 'ablow'.
barc .i. long 'a ship'.
barc .i. bâ ârc .i. fâ chorp 'under a body'. arc .i. corp. larc\. e. body'.
barc .i. iomad 'abundance'.
barr .i. bn'uin .i. cathbharr 'a helmet'.
barr .i. crfoch 'end'.
barr .i. grûag 'hair'.
barrchas .i. casghrûagach 'curly haired'.
barn .i. reachtaire .i. aire no breitheamh an reachta 'a lawgiver i. e. a
judge of the law'.
basc .i. dearg 'red. [Base .i. cechnderg, Corm., p. 7]'.
basc .i. cruinn 'round'.
bath .i. bas, nô marbhadh 'death'.
bath .i. muir 'sea'.
bathat .i. atâ aige 'he has'.
bé .i. bean 'woman [Brigit be biihmaith, etc. « Brigit, excellent woman,
etc. •» Ult. h. 1. and cf. Corm. Tr., p. 25. Be net .i. badb .i. be ben
ocus net, cath, ocus olca diblinaib, etc.]'.
beabhais no adbath .i. fuair bas "he died [Bebais, Fél. Prol. 9 5 , Feb. 1 87.
béd .i. gniomh 'deed'.
beagfhola .i. luath beag iittle worth. [Bec-Fola occurs as a woman's
name in the taie of the Tochmarc Bec-Fola. O'Curry renders the
name « Woman of the small dowry ». Lect. p. 283]'.
beanaid no forbhanaid .i. criochnaighid 'they finish'.
bean .i. béim 'ablow'.
bean .i. buail, beanaim .i. buailim 'strike. beanaim, I strike [ben do chlocc,
« strike thy bell ». Trip. Eg. 93. 7. a. 2]'.
beannach .i. gabhal 'a fork'.
beannchobhra .i. beanna 'horns'.
beara .i. sleagha 'spears'.
bearr .i. gairid 'short'.
bearradh .i. grûag 'hair'.
bearg .i. dibheargach 'a robber'.
bearg .i. laoch 'a hero'.
bearg .i. fearg 'anger [cf. la berga .i. la fergacha. Fél. Prol. 41]'.
beart .i. rug. 'he brought'. beart go Criost cléir mbuadha, tri chéd
molbhthach mfle. 'He brought to Christ the company of Victory,
threehundred thousand praiseworthy persons'. Fél. June 2.
$7-2 O'Clery's Jrish Glossary. — B. —
beartar .i. urcharthar. as é mo cheannsa céda beartar ar Conaire .i. da
dtiubharthar urchar artiïs 'is thrown. It is my head that is the first
that is thrown, says Conaire'.
beartrach .i. fithcheall no clar imirthe 'chessboard'.
beathra .i. uisge. water'.
béim .i. bûain 'eut'.
béim .i. céim 'a step'.
béim .i. égnach no toibhéim (a reproach'.
béim .i. cinneadh 'a decree'.
beirt .i. cumhdach 'shelter'.
beithkamhain .i. beich 'bées'.
beolach .i. lâoch beodha 'an active warrior'.
beo .i. ceathra no airnéis 'cattle'.
bés .i. cios 'tribute'.
béscna .i. sith 'peace'.
béscna .i. gach tir no gach talamh imbid bérladha. atbath in gach
béscna, etc.
bi .i. béo 'living' gach bi biathadh .i. caithfidh gach béo a bhiothadh
'every living thing will consume its food'.
bjach .i. bail fearrdha. amhail adubhradh :
Dà dti ceallach don bhanna,
gona triochaid céd ime
giallfaidh cidh leabhar a bhiach
Ceallach lîath locha cime.
'membrum virile, as was said :
If Ceallach should corne to the Bann,
With his thirty hundred about him
He should submit, though long his buch,
Ceallach the grey, of Loch Cime.
[Translated by O'Donovan, Four Mast. A. D. 701]'.
bi'ail .i. tûagh 'axe'.
bian .i. croiceann 'skin'.
bhi as .i. ghonfas 'he that shall wound'. bud môrglonnach bhi as .i.
budh moirghniomhach ghonfas tû 'he will be a valiant man that shall
wound thee'.
bibhsa .i. bûain 'eut'.
bil .i. maith 'good'.
bil .i. bel 'mouth'.
bille .i. bochd, mar ta, faighdheach, truagh, lobhar, no beag. Criost ni
O'Clery's Irish Glossary. — B. — 37}
hatach mbille, etc. .i. ni guidheboichd, lobhair, thruaigh, etc. Crist
do guidhe, gonadh uadhsin adeirthear billiân .i. soidheach beag oir
as ionann ian acus soidheach 'poor, as, wretched, misérable, mean
or small : Christ, not a small request, etc. [Fél. Aug. 8] thence is
said billian, a small vessel, for ian is the same as soidheach vessel)'.
biolgada .i. râmha iomramha 'oars for rowing'.
bior .i. tiobra no tobar 'a well'.
bior .i. uisge 'water'.
bioror [water-cress] .i. imeal uisge. oir as ionann bior 7 uisge 7 as
ionann or 7 imeal 'brink of water : for bior and uisge water are
the same, and or and imeal Ibrink; are the same. [Birr. .i. bir
tipra no sruth. hor .i. mong (hair) biror din mong thiprat no srothai.
Corm. p. 6. This word is now biolar, in which form it is met with
in several place-names ; e. g. Aghaviller (Achadh-bhioLir, called by
the Four Masters Achadh-biorair) Askinviller [Easc an bhiolair). See
Joyce, Irish Names of Places, I, 68, II, 325]'.
biorrdhae .i. uisgeamhail 'watery'.
birid .i. crâin .i. mue bheiriotais 'sow .i. e. a breeding pig. [Berit .i.
berith. .i. brithit. Corm. p. 7. Tr. p. 21]"'.
birrae .i. magh uisge. oir as ionann bir 7 uisge, ionann fôs râe 7 magh
'a plain of water : for bir and uisge (water) are the same; the same
also are râe and magh 'plain '.
bîth .i. guin a wound'.
bithe .i. bannda 'féminine'.
bla .i. baile <town\
bla .i. bruinne 'womb'.
bla .i. slân 'healthy'.
bla .i. fairrge 'sea'.
bla .i. faithehe 'field'.
bla .i. gâir 'a shout'.
bla i. buidhe 'yellow'.
bladh .i. clû 'famé'.
bladh .i. rann no cuid do ni 'part of a thing'.
bladh baiseach .i. biseach blaidhe 'increase of famé'.
blaodh .i. gâir 'a shout'.
blath .i. moladh 'praise'.
blinn .i. seile dhuine mhairbh -spittle of a dead man [Blind .i. saile
mairb, etc. Corm. p. 7. Blind .i. saile, 0' Dav. p. 62''.
blinn .i. snâithe ruisg mairbh 'thread of a dead man's eye [Corm. Tr.
p. -aif.
374 O'Clery's Irish Glossary. — b. —
bloach .i. miol m6r no bleidh mhi'olmhara 'whale'.
bloc .i. cruinn 'round'.
blôr .i. guth no gl6r 'voice, or speech [Corm. Tr. p. 19. s. v. bablôir]'.
blosc .i. sochraidh, osccailte, léir no solas 'manifest, évident, clear, or
light'.
blosc .i. cruinniughadh 'assemblage'.
bluch .i. saill 'fat'.
bobas no adbobas .i. do obas '« I balked, failed, refused » O'Co/in'.
bochna .i. muir no fairge 'sea'.
bochôide .i. boill. écsamhla bhios ar sgiathaibh 'unequal bosses which
are on shields'.
bocht .i. briseadh 'to break', conbocht .i. dobhris 'he broke'.
bocht .i. buain 'eut'.
bôd .i. erball "taiP. téid an fear thart arahail téid abhôd tar chat. 'The
man goes beyond you, as its tail goes beyond a cat'.
boirche .i. borr âgh, no agh môr 'an elk, or buffalo. O'R.'.
boiscell .i. eilit no agh 'fawn'.
boiscell .i. geilt 'a wild man'.
bol .i. éigsi no eicceas 'poetry, or a poet'.
bolg .i. tiagh leathair 'a leather pouch'.
bolgan .i. buillscén no meadhôn 'centre or middle'.
borr .i. môrdhacht, di'omas, méid mheanman 7 fôs môirmheanmnach,
etc. 'pride, insolence, magnanimity, and also magnanimous'.
borrthoradh .i. morthoradh 'large produce'.
bott .i. teine 'fire'.
bothach .i. seisceann no cuirreach 'a marsh'.
bra no brai .i. mala 'eyebrow' di bhra dhubha .i. da mhalaigh dhubha
'two black eyebrows'.
brac .i. lâmh 'hand [Corm. Tr. p. 27]'.
bracht .i. sugh no sésur 'juice'.
braccaille .i. muinchille. ionann brac 7 lamh, 7 cail iononn 7 coimhéd
'glove : brac and Idmh ihand) are the same, and cail is the same as
coimhéd (a case'i [So Corm. p. 6]\
braicheamh .i. damh allaidh 'wild deer'.
braine no broine .i. tus. braine na luinge 7 broine na buidhne, etc.
'front. The front of the ship, and the front of the host, etc.
braineach .i. iomadach 'many'.
braithbheartach .i. môrbhuilleach, no môirbhriathrach 'very violent, or
very talkative'.
bran .i. fiach 'a raven'.
O'Clery's Irish Glossary. — B. — 575
brann .i. athainne teineadh 'a firebrand'.
bran dubh .i. fiach dubh 'a black raven'.
braonach .i. brônach ldropping\
bras .i. brég 'a lie'.
brath .i. briad .i. fuigheall. 7 fuigheall on mbreithir brath 'a relie'.
brath .i. milleadh 'destruction'.
bratdubhluasgach .i. bratdubh ar luasgadh no ariomluaghail 'a black
cloak for walking'.
breachtan .i. cruithneacht, 7 fos im ûr 'wheat and also fresh butter'.
breagha tea .i. Teamhair bhreagh 'Tara the beautiful'.
breaghna .i. bôinn 'the Boyne'.
breas .i. ri 'a king'. breas tocha .i. as é ri as annsa leamé wheisaking
who is dear to me.
breas .i. môr 'great'.
breas .i. gach greadhan no gach glor 'every creaking or every noise'.
breasda .i. priomhdha, no beodha, no suilbhir 'original or lively or
éloquent [comor buidin brestai, Fél. July 19. — Corm. Tr. p. 25/.
breath .i. bunaidh .i. as bunâiteach a bhreath 'décision. His judgment
is décisive'.
breath .i. tugadh 'was given'.
breathnas .i. dealg. 6 bhratnasc tig, oir as ionann nasc 7 ceangal
'brooeh. It cornes from bratnasc; for nasc and ceangal arethesame'.
bréch .i. cû allaidh 'a wolf.
breife .i. ionga, no poil 'finger-nail, or hole'.
breifneach .i. pollach. gur bh6 brefneach a ceann uile 'fullof holes. So
that his whole head was full of holes'.
breisi no teibrisi .i. sileadh dér, no uisge 'dropping of tears or water.
Corm. Tr. p. 26'.
breisim .i. gâir ca shout\
bréo .i. teine no lasair 'fire or flame [breo .i. lassar, Fél. Apr. 15. —
breo baises gente « a flame that baptized gentiles », of St. Patrick:
Ninine's Prayer, 3. Goid. p. 132]'.
br{ no bri'gh .i. briathar 'a word'.
brî .i. magh, no enoe, no tulach 'a plain or hill'.
brj .i. gach ni' as fogas duit 'everything that is near to thee'.
brian .i. briathar. râidhis an bhean mâr do bhrian fnu .i. adubhairt
môrân do bhriathraibh riu 'a word. The woman said many words
to them'.
brjanna .i. barânta 'a warrant'.
brianna .i. mfreanna no greamanna 'parts'.
576 O'Clery's Irish Glossary. — B. —
briathar .i. bûaidh' victory'. fâgbhaim ort briathar 7 buaidh ar Colum
Cille re Domhnall mhac Aodha. '1 leave thee the victory, said Colum
Cille to Domnall mac Aodha'.
brigh .i. neart, feart, no miorbhal 'power or miracle'.
brinn .i. brionnglôide 'a vision'.
briocht .i. drâoidheacht 'witchcraft'.
briocht .i. dath, li no taithneamh 'colour, complexion or brightness'.
brioghach .i. feartach' 'efficacions'.
brioghach .i. neartmhar 'powerfuF.
brionn .i. brég fa lie'.
briseadh .i. guin 'to wound'.
brô .i. iomad 'abundance'.
brôg .i. brônach 'sorrowful'.
brogadh .i. biseach 'increase'.
broghain .i. iomarcaigh no éccôir 'excess'.
broghdha .i. iomarcach 'excessive'.
brôn .i. trosgadh 'fasting'.
bronnadh .i. milleadh no caitheamh 'to destroy, or to consume'.
broth acus bruith .i. feoïl . ô nabarthar ean bhruith no anbhruith .i. uisge
feola 'flesh : whence is said eanbhruith or anbhruith i. e. water of
flesh (i. e. broth)'.
brothairne .i. fionnfadh, ruainne, no ribe 'hair [Trip. Life, Eg. 93,
7. a. 2. brodirne, Three Ir. Hom. p. 30, « a single hair » Stokes]'.
brothlach .i. poil, no ionadh in a mbearbhthar feoil a ttalmhain 'a hole
or place in which flesh is boiled in the ground'.
bru .i. eilid, no agh allaidh 'a fawn'.
brûach .i. bru mhôr. fear brûach, etc. ' big bellied. a big bellied
man etc.'
bruachdha .i. broghdha .i. céimnightheach 'walking'.
bruachdha .i. broghdha, no mûr.
brugh .i. baile 'a palace'.
brugh .i. trosgadh 'to fast'.
brûighe .i. fearainn 'districts'.
bruin .i. coire 'a caldron'.
bruinneach .i. mathair, dobhrigh go mbiathann nâoidheana ar abruinne
no ar a cighibh 'a mother; because she nourishes infants on her
breast [arinni biathas ndidenu for a bruindib, Corm. p. 7]'.
bruithne .i. bruithneoir .i. fear bhios ag bearbhadh no ag leaghadh ôir
no airgid no motal, etc. 'a man who boils or melts gold or silver
or métal'.
O'Clery's Irish Glossary. — B. — 377
bruth .i. câor ôir no iarainn. cloidheamh seacht mbrotha .i. seacht
gcâor 'a mass of gold or iron. a sword of seven bruîhs' [Trip. Life
Eg. 93, 5- b. 1].
buabhall .i. beanna no adharca 'horns'.
buadhall .i. ail buadhach no halla buadach 'all-victorious\
buadharg .i. lâoch buadhach 'a victorious hero'.
buadharguth .i. guth buaidhirthe 'shout of victory'.
buadhchas .i. buadhachas 'power'.
buadhlainn .i. breitheamhain 'judge'.
buafadh .i. neimh . as uaidhe sin adeirthear Aonghas gai buaifeach, ôir
do bhi ga aige ara raibhe neimh 'poison. Thence is said Aongus Gai-
buaifeach, because he had a spear on which was poison'.
buafadh .i. bagarthach 'threatening'.
bual .i. uisge 'water [cotorchair im buaill, Trip. Life, Eg. 93, 9. a. 1]'.
bualadh .i. leigheas 'remedy'.
buar .i. ba 'cows'.
bûarach .i. bo 7 ârach .i. ceangal bhios ar bhoin 'i. e. bô 'cow) and
ârach ispancel. a spancel which is on a cow'.
buarach .i. bô éirghe .i moch mhaidean 'i. e. bô (cow) eirghe (risingï i. e.
early morning'.
bubtadh .i. bagar ' a threat'.
budh .i. bioth no sâoghal 'life'.
bugh .i. briseadh 'to break'.
bugha .i. bo mue, mar atâ luibh gorm no glas ris a samhailtear sûile
bhios gorm no glas 'i. e. bo mue, as it is a blue or green plant with
which are compared eyes that are blue or green'.
buich .i. briseadh 'to break'.
buinnire no lucht na mbuinneadh .i. eachlacha no giolladha turais
'horsemen or travelling servants'.
bûirreadhach .i. borrâgach .i. môrchathach, oir ionann agh 7 cath,
7 as ionann borr 7 môr 'warlike : for agh and cath (battle are the
same, and borr and môr (great) are the same\
buite .i. teine 'fire'.
buitelach .i. teine mhôr 'a great fire'.
bûrach thrî bfeindeadh .i. borràgh tri bfeinneadh, no thri laoch ''the
exploits of three soldiers, or of three heroes'.
C.
cabar .i. coimhcheangal 'union'.
17% O'Clery's Irish Glossary. — C. —
cachain no rochachain .i. dorighne 'he did'.
ca chan duit .i. câ tharbha dhuit 'what good to thee?'
cacht .i. cumhal 'a bondmaid'.
cacht .i. trosgadh 'to fast'.
cadhal no codhal .i. croiceann 'skin'.
cadhla .i. gabhar 'goat'.
cadhla .i. câomh no âlainn 'beautiful'. Fél., Dec. 9.
cadhla .i. câolân 'a gut, O'R.'
cadhla .i. catalacdha no catoiliocdha 'catholic'.
caemh .i. fleadh no féusda 'feast'.
caghaidh .i. côir no dlightheach 'just, or lawful'.
cai no caoi .i. cûach. Dognidfs câi cuchaireachd ar beannaibh na mbô
.i. dognidfs cuachaireachd ar adharcaibh na mbô 'a cuckoo. The
cuckoos uttered their cry on the horns of the cows'.
cai no caoi .i. slighe no conair lway or path' [ancha, Fél. June 10].
cai no ca .i. teach 'a house'. Dearbhadh airsin mar a deirthear creascha
ris an teagh ina raibhe Muire oidhche gheine Iosa, etc. 'Creascha is
said for the house in which Mary was the night Jésus was born
\_Cresca A. tech cumang, a narrow house. Corm. Tr. p. 46]'.
caibhdean .i. buidhean 'troop'.
caibhne .i. bâidh 'friendsip'.
caidh .i. glân 'pure « holy » Corm. Tr. p. 46. câid À. uasaV. O'Dav.
p. 66.
caidh .i. geanmnaidh 'chaste [Fél. Jan. 4. Bas caid i.i. nasal. Aquilinï]'.
caidhlidhe .i. croicnidhe 'skinning'. ô chadhal .i. 0 chroiceann tig 'It
cornes from cadhal, a skin'.
cail .i. sleagh 'a spear'.
cailbhe .i. bel 'a mouth'.
cailc .i. sgiath 'a shield\
cailfhearb .i. buachaill no gabha, oir as ionann fearb 7 bolg, 7
ionann fearb 7 bô; as ionann cail 7 coimhéd 'a cowherd or smith :
for fearb and bolg ^bagl are the same, and fearb and bô (cow) are
the same : cail and coimhéd keepingi are the same'.
cailte no caillte .i. cruas 'hardness'.
caimean .i. câinte 'a satirist'.
caimper .i. comhlainnteach no fear comhlainn la champion'.
caimper .i. fear morchomhlainn, amhail dhearbhas an file isin rann 'a
champion : as the poet says in the verse : Ni sain Caimper is einirt,
etc. ionann sin re a radha, 7 ni hionann fear morchomlainn 7
duine lag no neamhneartmhar, that is to say « not the same is
O'Clery's Irish Glossary. — c. — 379
a warlike man and a feeble or powerless man. » [Caimper A.
comlainntech. Corm. Tr. 47]'.
caimse .i. léine 'a shirt [camisia]'.
caingeal .i. cliath 'a saddle'.
cainse no caoinse .i. âghaidh 'face [Cf. Cuinsi .i. drech (a face) Corm.
Tr. 47]'.
caircheach .i. fionnfadhach 'hairy'.
caircheas .i. cor casta 'a ringlet'.
cairde .i. sfth no cairdeas 'peace or affection'.
caireamhain .i. grésaighthe 'shoemakers'.
cairighim .i. cronaighim (l reprove [Trip. Life. Eg. 93. 5. a. 1]'.
cairin .i. feoil gan tsaill 'flesh without fat'.
cairneach .i. sagart. on chorôin bhios isa chionn adheirthior. amhail
budh ionann acus corôineach 'a priest. He is so called from the
crown that is on his head : so it is the same as corôinedch\
cais .i. sûil 'eye\
cais .i. mioscais no fuath. Dorad eithiar cais do Dhia .i. tug deamhan
mioscais do Dhi'a. 7 amhail adeir an rann : Mac beag atâ sa thfr
thuaidh, ag curaidh isin Craobhruaidh, cidh âlainn a chul cas cain
môr a chais aga leasmhathair .i. mor a mhiosgais 'hatred. The
démon bore hatred to God, and as the verse says : A little lad who
is in the north country, a hero in the Red Branch, though beauti-
ful his great his hatred with his stepmother'.
cais .i. grâdh. doréir an rainnse : caisi mioscais caisi searc. doréir na
leabhar laincheart : rosgâoil neart na dtromshluagh dhe. dias dan
comhdual caisi 'love : according to the verse : caisi « hatred »,
caisi « love »' etc.
Caisiol .i. ciosail .i. ail an chiosa .i. cloch gus a dtugthaoi cios 'i. e.
ciosail i. e. the rock of tribute i. e. the stone to which the tribute
was brought'.
caisleoir .i. fear dhéunmha caisiol 'a man who makes a caisiol'.
caithfir .i. fir cathardha 'fighting men'.
caitit no cartait .i. dealg ar a gcuirthear cos 'an awl, 0,Conn\
caitte .i. cionnas 'how?'
caittiughadh caich .i. dénamh forarbhâis do chach no ag a gcur a
ndimbrigh 'to obtain a victory over every one, or to bring them
into contempt'.
cal .i. codladh no suan 'sleep'.
Caladh .i. cruaidh 'hard [nirbuchalad (.i. nirbugand) Br. h. 8]'.
caladh .i. cuan 'harbour'.
j8o O'C/ery's Irish Glossary. — C. —
caladhbuaile .i. buaile chruaidh.
calbh .i. ceann mhaol no maoilcheannach 'a bald head, or bald-headed'.
calgard .i, dfreach. ard amhail cholg .i. amhail chloidhim 'straight. ard
like colg (a sword)'.
callaire .i. bollsaire no fear garma 'a crier'.
callait i. gairm no gliocas 'a shout, or cleverness'.
cam .i. comhlann 'battle'.
can .i. tan no ûair 'when ?'
cana .i. cuilén 'a little dog'. O'Dav. p. 70.
canna .i. cûfhionna [cûfhionna 'white dogs'j .i. leadhmann, mar atâ
beathadhach beag bhios a bfionnfadh an édaigh 'a moth, as it is a
little animal which is in the hair of cloth'.
caoga no caogad .i. deich acus da fhichiod 'two score and ten'.
caoille .i. fearann 'land'.
caoimhtheacht .i. coimhidheacht 'protection'.
caois .i. caoi sâsaidhno céis .i. on muic '« a farrow, ayoungpig» O'R.'
caol .i. cail .i. gairm 'a shout'.
caomh .i. beag 'small'.
caomha .i. eolaidh no uaisle 'nobility'.
caomhaigh no rochaomhaigh .i. do chomhôghaidh .i. dochoimhiomlâ'-
naidh. oir a deirthear mar so. fear rochaomhaidh na cleasa,g?c. 'he
fulfilled; for it is said thus : a man accomplished the feats'.
caomhdha .i. filidheachd 'poetry'.
caomhloisi .i. caomhlasair 'a fine flame'.
caomhna .i. caraid 'a friend'.
caomhna .i. comairce 'protection'. Fél. Mch. 13.
caomhtha .i. caoimhtheachais ''association'.
caor .i. cainneal 'a candie'.
car .i. brise ffrail'.
carbh .i. long lship'.
cardais .i. cuiris 'thou didst put'.
carn .i. cûigeadh la fifth part'.
carna .i. feoil 'flesh'.
carnail cuinn .i. carn cloch Cuinn 'Conn's stone-cairn'.
carnfadhach .i. carsân 'hoarseness'.
carr .i. sleagh la spear'.
carrmhogal .i. carbunculus 'a carbuncle'.
cartoit .i. craibhdheach 'pious'.
casair .i. teine ghealain 'a glimmering light from old rotten timber in
the dark'. O'R.
O'Clery's îrish Glossary. — C. — 381
casair .i. cioth 'a shower'.
casair .i. dealg 'a brooch'.
casan gealairgid i. dealg 'a brooch'.
casarnach .i. saighnén 'lightning'.
casla .i. casl6 .i. olann chas 'i. e. caslô, curled wool'.
cataidh .i. eneaclann no uaisle 'honour, ornobility'.
cathais .i. fuire no fuireachras 'watching'.
cathlabhar .i. do labhradh accath 'a military speech', O'Corin.
cathlac .i. catalaicdhe 'catholic'. [Cathlaic .i. cathalacda, Fél. Aug.
28.]
caubar .i. seinén no énsean 'an old bird [Caubar .i. cubearr .i. en iach.
Corm. Tr. p. 47. Cupar [caubar B) .i. senén Corm. p. 13]'.
ce .i. talamh 'earth'.
ce .i. ceile 'a companion, wife'.
ceachaing .i. doching, no dochémnigh 'he walked or stepped [Fél. Mch.
20, May 22]'.
ceachair .i. lathach 'dirt'.
ceachardha .i. salach 'dirty'.
ceachladh .i. ciorrbhadh 'mutilating'.
ceachladar no rocheachladar .i. dothochladar 'they dug'.
cead .i. béim 'a blow' fochéidbrigh .i. fobhrigh bhéimnigh 'under a strong
blow\
ceadach [cédach] .i. beimneach, no béimeannach 'striking, dealing
blows'.
ceadach [cédach] .i. brat. cédach chriomhthainn, etc. 'a cloak [Thecedacli
criomhîhainn « a beautiful cloak, embroidered with gold » is men-
tioned Four Mast. A. D. 9]'.
ceadaidh [cedaidh] .i. suidhe 'sitting'.
ceadal .i. cantain no innisin 'story, narration'.
ceadas [cédas] .i. ar tus <at first'.
ceadludh [cédludh] .i. tosach no mi'ochomhall cbeginning'.
ceadluth [cédluth] .i. cédluthghâire lthe first shout'.
ceadudh [cédudh] .i. leaba 'a bed'.
ceal .1. ceilt 'concealment'.
ceal .i. neamh 'heaven'.
ceal .i. bas 'death'.
ceallach .i. cogadh no imreasain 'war or conflict'.
cealt .i. édach 'dress'.
cealtair .i. adhbhar 'cause'.
cealtair .i. ga 'a spear' dîcealtair .i. crann ga 'shaft of a spear [celtra
Rev.Celî.lV 26
382 O'Clery's Irish Glossary. — c —
catha .i. gae. unde dicitur diceltair .i. cr and gae, etc. Corm., p. 24.
s. v. Gain.]'
ceannach .i. connradh 'contract'.
ceannais .i. fosaidh on cheann .i. comhnaightheach on cheann 'staying
from the head [Cendais (bridle?) .i. fosaid on cind é « staying
from the head it is ». Corm. Tr. 43. ceannas À. srian (a bridle)
O'Dav. 70]'.
ceannaithe '[« a last bequest », Stokes] .i. ceann laithe .i. luis do
beanadh as an bfocal so ceannlaithe, the / has been elided from this
word ceannlaithe. [So Corm. Tr. p. 47.]'
ceanndail [lice] .i. eallach na gceann 'animais of heads'.
ceang do rôi .i. chéimnigheas cath, no téid a geath 'he goes to battle'.
ceanntar .i. céd. o centum tainicc, 'it came from centum. ceanntar
chluasta .i. céd cluasta 'a hundred ears\
cear .i. cur 'putting' focear a fheart .i. docuireadh a fheart no a lighe
adhnacail 'he made his grave'.
ceara .i. dearg 'red'.
ceara .i. crû no fuil 'blood'.
cearb .i. airgead 'silver'.
cearb .i. teasgadh no gearradh 'cutting'.
cearb .i. ciorrbhadh no gearradh.
cearbhall [a man's name] .i. cur cathach. bail on ni as bellum .i. cath
'a hero of battle. bail from bellum'.
cearball .i. cirre bel .i. ar a chirrae, no ar a bheith ainmheach 'i. e.
cirre (lameness, maiming) bel (mouth) from his lameness, or from
his being maimed'.
cearmnas .i. brég no mealladh 'lie or fraud'.
cearn .i. buaidh 'victory'.
cearn .i. fear 'a man'.
cearn .i. caitheamh 'eating'.
cearr .i. ciorrbhadh no gearradh 'cutting'.
cearrbhach .i. creach 'plunder'.
ceart .i. beag 'small'. Ceart a chlocha .i. beag a chlocha 'small his
stones'.
ceas .i. tuirsi no dobrôn 'fatigue or sadness'.
ceas no adceas .i. dochonneas 'was seen. [Prêt, pass., quoted Beitr.,
VII, J9J.
ceasg .i. fiarfaighim 'I ask'.
ceathardha .i. ceathra neithe 'four things'.
ceathra .i. âirnéis 'cattle'.
O'Clery's Irish Glossary. — c. — 38$
ceathracha t\6 ceathrachad .i. dô fhichead 'two score'.
cécht .i. cumhacht 'power [cécht din ainm da cach cumachta, Corm.,
p. 16, s. v. Diancécht]'.
cédghein .i. céd ghuin 'first wound\ is uadh cédghein a laighnibh. etc.
céide .i. conair no aonach 'path, or fair'.
céide .i. faithche 'a green'.
céide .i. tuiach 'hill'.
céideamhain .i. bealtaine 'Mayday'.
céile .i. 6glâ"ch 'a youth'.
ceileabhradh .i. comhrâdh no comhchaint 'dialogue, conférence'.
céin go dtarrastair .i. no go dtarla 'until he came'.
céin motha .i. leath amuigh no a bfhégmhuis 'except'.
céin mhair .i. moghénar ir_mongenair, thrice happy, 0'D. Gr. p. 327]'.
ceirdchrûi .i. ceird imdeargtha no ceird bhâsaighthe 'a bloody trade'.
ceird thosaigh .i. ceird dhraoidheachda 'an eminent trade, O'Conn'.
ceirt .i. abhall 'an apple'.
ceis .i. sleagh 'a spear'.
ceis .i. on cheasacht 'from ceasacht, grumbling'.
cél. .i. bel 'a mouth'.
cél .i. faisdîne 'prophecy'.
cenel .i. clann 'tribe'.
ceo .i. bainne 'milk'.
ceo .i. agas 'and'.
ceobach .i. ceo meisge 'vapour of drunkenness'. bach .i. meisge 'drun-
kenness'.
cernine .i. miasabeaga no clair bheaga. amhail adubhairt an file Cairbre
mac Eathna : gan coït for crib ceirnine .i. gan biadh go luath ar
mheisinibh no ar chlâirinibh 'small dishes, or small tables, as the
poet Cairbre mac Eathna said : Without food quickly on dishes, or
on tables. [Cen coït ar crdib cernine, etc. L. U. p. 8. a. 24. —
Corm. Tr. p. 37]'.
chaidche .i. go hoidhche amhail adeir an Muimhneach. câ rabhadhais
la choidhche .i. ca hionadh ina rabhadhais ar feadh an lâoi gonuige
an oidhche 'until night; as the Munsterman says : In what place
hast thou been during the day until the night ? [Ba tair coldce ina-
gort, etc. It was dry until night in her garden, Br. h. 30]'.
cheana no archeana .i. o sin amach 'henceforth'.
chuicce .i. gonuige. budh fada chuige .i. budh fada gonuige sin 'until :
it will be long ère that'.
ci .i. caoi no gui. amhail adubhairt Ailill Olom : a mhacàin na ci .i. a
384 O'Clery's Irish Glossary. — c. —
mhacain nadein caoi, etc. 'lamentation. As Ailell said; Ah child
lament not !'
c'ia .i. fear 'man' mochia .i. mo fhear 'my husband'. Rosgaoil go comhlâir
mochi'a, ar reilg Odhrâin airdia .i. do sgaoil go comhshocair 'he
gently unbound the body of my husband at Relg Odrain of the Su-
prême. O'Conn'.
ci'a baoi dhe .i. gibé dobhi dhe 'whatever about him or it\ O'Conn.
ciabsa .i. ge do bhi mé 'though I was'.
ci'ach .i. ceo 'fog'.
cîad no adci'ad .i. caoinfid 'they will lament'.
ci'ad no ad c!ad .i. do chid 'they see'.
ciallathar .i. cudramaighthear, no comhthromaighthear '« let there be
equality ». O'ft.'
cîamhaire .i. on tuirsi 'weariness'.
cian .i. fada 'far'.
cîar .i. dubh 'black'.
cîb .i. lâmh no glac 'hand, or fist'.
ciCH .i. eu 'a dog'.
cichis .i. acâoinis 'he lamented'. As Cuchulainn mo chéilese, ni chichis
crithir fhola .i. ni égcaoineann braoin fhola bhios coimhdhearg re
crithir no re drithlinn. He did not lament drops of blood as red as
sparks of fire.
ciCHSiTHEARnoFOCiCHSiTHEAR .i. ceimnighfithear no gluaisfidhear 'ibitur
[A redupl. S-future passive. Beitr. VII. 65]'.
cim .i. brâon. 'a drop', os muir cimeardha, etc.
cim .i. airgead 'silver. Corm., p. 12'.
cimidh .i. brâigh 'a prisoner. Cimbith, a captive, Corm. Tr. p. 32. —
cimbid (captivus) Z. 193]'.
cing .i. céimnigh no siubhail 'he walked'.
cingeadh .i. calma 'strong\
cingtheacht .i. calmacht 'strength [do chingîhecht (.i. do chalmacht)
Fél. Prol. 241]'.
cinnmhiola .i. pioctuiri no dealbha, oir as ainm cinnmhiola da gach
uile rionnaidheachd no dhualaigheachd 'pictures or images : for
cinnmhiola is a name for every sculpture or engraving'.
cinnteagal .i. brat do gnfthear do chillchéis .i. do céslach, mar atâ
drocholann bhios ar chésânaibh na gcâorach 'a cloak which is made
of coarse wool, for it is bad wool which is on the flanks of sheep'.
ci'ocar .i. cû acorach 'a hungry dog'.
ciocardha .i. conchardha, no amhail choin 'doglike'.
O'Clery's Irish Glossary. — C — 385
ciochlaidhim .i. claochloidhim 'I change'.
cioght .i. rionnaidhe 'an engraver'.
ciol .i. claon 'oblique [cil .i. clœn, Corm, p. 13]'.
ciol .i. bas 'death'.
ciolarn .i. soidheach 'a vessel [cilornd cormma, a jug of aie, Trip. Eg.
93, 7. b. 1]».
ciombal .i. clog, ôn bfocal laidne chiombalum 'a bell ; from the Latin
word cymbalum'.
cionta comhraite .i. cionta as a riocht 'a verbal insuit', O'Conn.
ciorghal .i. gai lâmh .i. gaisgeadh lâmh, 'manual valour'. O'Conn.
ciormhaire .i. fiicaire 'a fuller' [L.U. 30. b. 28, tr. k clothmakers » by
Stokes\
cios .i. peacadh 'sin'.
ci'osachtach .i. salach 'dirty'.
ci'osal .i. ci'os oileamhna 'wages for nursing, O'R'.
cirbsire .i. fear dheunma leanna .i. cervisiarius '[a brewer] a man who
makes béer' i. e. cervisiarius.
ci'sél .i. fseal eidir da thuinn 'a hollow between two waves'.
ciuchaing .i. do cheachaing .i. docheimnigh no do ghluais 'he went'.
ciuchlathar .i. on chloisdin 'from cloisdin to hear)' conciuchlathar do
chaingean -i. cloisfidhear no cluinfidhear do chûis 'thy cause shall
be heard'.
cîura no fochiura cach .i. ceannochaid cach 'every one will buy'.
claidhe .i. tochailt 'digging [Trip. Eg. 93, 13. a. i]\
claimhseach .i. bean chlamh 'a sick woman'.
clairiudh .i. roinn 'division'.
clannadh .i. sâthadh 'pushing'.
clanntar .i. adnaicthear no cuirthear 'he is buried'. In Achadh Caoin
clanntar Nathf creadhal cruimhthear .i. docuireadh an sagart craibh-
theach in Achadh Câoin. In Achadh Càoin is buried Nathi the pious
priest [In achud cain clantar [i. adnaïcîher) nahii credal cruimther,
Fél. Aug. 9].
claraineach .i. duine ag a mbhi a agaidh na haonchlé.r gan sroin 'a
man who face is like a table without anose [bennachais inciirainech ,
etc. « she blessed the table-faced man », Br. h. 42]'.
clas .i. claisceadal, no ceol no canntaireachd 'music or singing [clais
« a choir ? « Corm. Tr. p. 35]'.
clé .i. clâon 'oblique'.
clé .i. olc 'evil' clé mhana .i. olc, urchoid no adgall 'evil or mischief.
cleatharséd .i. loilgheach no bô bhainne 'a milch-cow. Corm. Tr. p. 29'.
386 O'Clery's Irish Glossary. — c. —
cleathard .i. clothard no clûard 'famé, O'R'.
cleathchur .i. crâobha coibhneasa no gega comhghâoil 'related
branches'.
cleathramh .i. clâoine 'injustice.
cleith .i. ceilt 'concealment',
cléithe .i. uachdar tighe, tulcha no cnuic 'top of a house or of a hill'.
clî .i. comharba "successor'.
cl'i .i. cleath 'a stake\
cliabach .i. eu allaidh 'a wolf .
clichidh .i. tionoilidh . clichidh a fhén .i. tionoilidh a Ulta 'assemble
ye, Ulstermen!'.
clith .i. dluîth no fir 'close, or true'.
clô .i. tairrnge 'a nail'. Cred acht goin, chlô tré chridhe, doigh as ma
le millfidhe.
clochar .i. coimhthionol 'assembly. Fél. Aug. 1$'.
clôdh .i. ionntodh, claochlodh 'change'.
cloithearr .i. gaisgeadhach clûach 'a famous hero'.
cloth .i. clu 'famé', transi. « famous »3 Br. h. 69.
clotha no roclotha .i. do clos no do cualas 'was heard'.
clothar .i. toghaidhe no toghtha 'chosen'.
cluais .i. cloisdin 'hearing'.
cluiche .i. comhrac 'conflict'. cluithe .i. imirt no sûgradh 'playing'.
cluimhealta .i. badhbh no feannôg 'royston-crow.
clûmhaidhe .i. conaigh 'gentle'.
cnadarbharca .i. longa 'ships'.
cnarradha .i. longa 'ships\
cn6bog .i. bog oirdheirc 'generous'. gnô .i. oirdheirc 'famous'.
cnômhoidh no dochnômhoidh .i. dobhris amhail chnâoi 'it broke like
decay'.
coach .i. ruathar 'onset. Corm. Tr. p. 46'.
coard .i. brughâidh 'a farmer'. coairde .i. brughada 'farmers'.
cobh .i. buaidh 'victory'. cobhthach .i. buadhach 'victorious'.
cobhach .i. cios 'trihute'.
cobhair .i. comhorgain 'plunder'.
cobhan .i. comhfhân 'a church' O'Conn.
cobhludh .i. comhliîth 'activity'.
cobhra .i. comhshuilbhire, 'mirth'.
cobhra .i. sgiath 'shield'.
cobhthach .i. fear dhligheas fiacha 'a creditor, O'R'.
cobhthach .i. buadhach 'victorious [so supra, s. v. Cobh]'.
O'Clery's Irish Glossary. — C. — 387
coca .i. curach no cocbhâd 'a boat'.
coca .i. côcaire 'a cook\
cocar .i. coimheagar 'perfect'.
cocdhurn .i. sgiath 'a shield'.
cochma .i. comhchuma 'equality'.
cocroth *i. sgiath 'a shield'.
cocuasta. i. eadarfholamh, dir as ionann coca 7 t'as no folamh 'inter-
space : for coca is the saine as/is or folamh lerapty).
coda no adcoda .i. dlighidh 'he obtains. Z. 882'.
codach 7 cadach .i. caradradh 'affection'.
codad .i. sliabh -mountain'.
codal .i. comhdhâl no cairde 'meeting or friendship'.
coemh no caomh .i. beag 'small'.
coemh .i. coimhéimh .i. coimhésgaidh 'swift' éimh .i. ésgaidh, ullamh
no luath 'active, ready, or quick'.
cogaidh no cagaidh .i. côir no dlightheach. Buain ghuirt riasi'n bhus
abaidh, cair an cagaidh, a ri rinn, etc. .i. fiarfaighim a ri na reann
an dlightheach an gort do buain roimh a bheith abaidh 'just or law-
ful. I ask, king of the stars, whether it is lawful to mow a field
before it is ripe'.
cogaras .i. siothchâin. adcoda sochla cogaras .i. dlighidh an duine ar
a mbf dû siothchâin dfaghâil. 'peace. A man who has famé ought
to find peace'.
cogoirsi .i. coimheagar, uasal no iomlin 'perfect. noble or complète'.
coibhche .i. ceannach. Tulach na coibhche in âonach Tailtean .i. tulach
an cheannaigh 'buying. — The Hill of Buying at the Fair of Tail-
tean. Corm. Tr. p. 48'.
coibchiogh .i. fiachach 'liable to fine', O'Don.
coibhdean .i. coimhfheadhan .i. buidhean 'a troop'.
coibhlige .i. lânamhnas 'marriage'.
coïc .i. rûn 'secret [So Corm. p. ia]\
coichme .i. ballân 'a cup' coichmine .i. ballâin bheaga 'small cups'.
coigealta .i. comhrâdh 'discourse'.
coigeart .i. fiarfaighidh 'he asks'.
coigeart .i. breitheamhnas kjudgment'.
coigeas .i. côig éisi .i. côig slighthe, 'five ways' dir as ionann éis 7
slighe 'for éis and slighe (way; are the same'.
coigill .i. smuaineadh no rûn 'thought, or a secret'.
coigle .i. rûn 'secret'.
coigle .i. compân 'companion'.
3 88 O'Clery's irish Glossary. — G. —
coigne .i. ga "a spear'.
coigcreach .i. coimhchreach 'equal plunder'. ni fhuil isin choicchreich
.i. isin choimhchreich.
coigrinn .i. côig reanna ;five points'.
coilleadh .i. caochadh 'blinding'.
coimde .i. dabhach 'a vat' coimde ag tionsaidin .i. dabhach ag sileadh
'a vat leaking'.
coimde .i. gnath 'custom'.
coimdhe .i. caoimh Dhi'a 'i. e. caoimh (gentle) Dhia (God)\
coimdhe .i. ainm da gach tighearna 'a name for every lord'.
coimeasda .i. coimtheiste .i. coimhshileadh neithe 'a simultaneous drop-
ping of things'.
coimhghne [synchronism] .i. caoimheagna gheana nan eolach .i. fios gach
n'gh darghabh a gcomhaimsir re roile 'knowledge of every king
who was contemporaneous with another So Corm. Tr. p. 46'].
coimhshleachtadh .i. coimhghearradh 'simultaneous cutting'.
coinchinn .i. inchinn 'brains'.
coindealg .i comprôid no tagra 'debate or dispute'.
coindealg .i. comhairle 'advice'. So For, Foc, L. L. 395. a.
coindiuir .i. coimhdhfreach . is coindfuir an coimdhe .i. is coimhdhi-
reach, etc. 'becoming . proper [comiuir (.i. comdiriuchy Fél. Prol.
229]'.
coindreach .i. cosg 'hindrance'.
coindreach .i. caoindiorghadh no diorghadh go caoin 'directing aright'.
coindreagar .i. do chomraic . coindreagar an cath .i. dochomhraic an
cath . 'battle is engaged'.
coin fhodhairne .i. dobharchoin, no madaidh uisge 'otters'.
côinne .i. bean 'a woman'.
coinreachta .i. reachta con 'laws relating to dogs'.
côire .i. coimhré lthe same time'.
coirrcheann ciogail i. coirrcheann ghabhas fa gcuairt 'the pôle or
centre {coirrcheann) of a circle (ciogal); also the nave of a wheel,
OXonn. [ciogal, a cycle, spindle, O'Conn.']'.
coirrdheabhaidh .i. do niodh deabhaidh le na charr .i. lé na shleigh
'he fights with carr, i. e. spears'.
coisteacht .i. eisteacht 'listening'.
colamna fearbh .i. cuilmeana fearbh .i. croicne bô i. e. skins of cows'.
colbha .i. condalbha no connailbhe .i. bâidh 'favour'. Fél. Ep. 74.
colcach no colcaidh .i. leaba la bed'.
colg .i. cloidheamh 'a sword'.
O'Clery's Irish Glossary. — C. — 389
coll .i. ceann 'a head'
coll .i. milleadh . rocolladh .i. domilleadh 'spoiling'.
collach no rônchollach .i. colann reamhâr ('having) much flesh'.
colma .i. cruas 'hardness'.
colt .i. biadh 'food'.
comagh .i. briseadh 'breaking'.
comann .i. comunion no commaoineacha "communion'.
comart no as comort .i. ro ort no do marbhadh 'he killed'.
combach .i. coimhbriseadh 'breaking'.
comh .i. coimhéd 'keeping (subst.)' comhadh .i. coimhédadh kkeeping
(verb)\
comhacmac .i. coimhthimcheall 'circuit'.
comhaille .i. at bronn, amhail adubhairt Brogân ag moladh Brighde :
Sénais an chailligh chomhaill .i. dobheannaigh an gcailligh ag a
raibhe comhaille .i. at bronn 'pregnancy. As Brôgân said praising
Brigit : She blessed the pregnant nun. Br. h. .59'.
comhairc, .i. caismeart 'uproar'.
comhaithcheas .i. comharsanachd 'neighbourhood'.
comhal .i. calma 'strong'.
comhal no accomhal .i. coimhcheangal 'assembly, union [rochomarleicc
iarom in ri a ingin [À. Cinnu] do ocomul do Crist, The king after-
wards consented thathis daughter should be united to Christ. Trip.
Eg 93, n. b. 2]'.
comhal gle .i. coimhcheangal a ngléo 'joining in battle'.
comhdhas .i. comhadhas no coimhdhlightheach, ôir as ionann adh 7
dligheadh 'suitable or lawful, for adh and dligheadh (law) are the same'.
comhghabail ordain .i. comhchongbhàil ordain, no onôra 'adhérence to
order or honour', O'Conn.
comhghaill .i. comhgâoil 'relationship': a Mâoilseachlainn mheic Domh-
naill, do chloinn inghine comhgaill .i. comhghâoil, etc.
comhghnas .i. comhghnaoi uais no uasal 'noble'.
comhlair .i. comhshocair. Dosgaoil go comhlâir .i. comshocair 'quiet :
he went away quietly'.
comhsaighidh .i. comhf hosaighidh, no comhnaighidh . comhsaighid bhar
meic, etc. 'living together'.
commaim .i. bean 'wife [rnârn, a yoke]'.
commairce .i. comhmarcaigheachd 'riding in company'.
commor .i. sron 'nose'.
condûala .i. câoinndualaigheacht no rionnaidheachtchâoin'embroidery,
sculpture'.
$9° O'Clery's Irish Glossary. — c. -
congainchneas .i. cneas no cumcna'mha 'a coat of mail'.
conghal .i. comhghail no comhghaisgeadh 'valour'.
congbhail .i. aras no baile 'a habitation, town\
congraim .i. culaidh 'clothing'.
congraim .i. glés no gliocas 'wit'.
conn .i. ciall 'sensé'.
connail .i. cn'onna 'wise'.
connail .i. câoindeiliughadh no dealughadh ca"oin 'mutual séparation,
O'Conn'.
connaircle .i. bog 'gentle'. Connairchle fri fann .i. go bog re duine
fann, no lag 'gentle to a weak man'. Connircle, LU. 27. a. 6.
connalt .i. teach Cuinn .i. Teamhair Bhreagh 'Conn's House i. e. Tara'.
connaoi .i. coimhédaidh no cumhdaighidh 'keeping or protecting'.
conntairismhe .i. baile puirt bhios ag ri 'a town which belongs to a
king'.
consintear .i. choiséntar 'is saved, protected, 0,Conn\
copar .i. comprâid 'comparison'.
cor .i. ceol 'music'.
cor .i. cuairt 'court'.
cor .i. urchor 'a cast'.
cor .i. urraidh téid an urradhas ca surety'.
côra .i. si'othcâin 'peace'.
côraidh .i. fear mérghaisgidh 'a very valiant man'.
corb .i. carbad 'a chariot'.
corbadh .i. caitheamh . corbadh an talmhan, etc. 'consuming. [A cast
or throw, Lh.]\
corc .i. clann 'children'.
corcran .i. pota 'a pot' corcrân criata .i. pota cn'adh 'an earthen pot'.
cosaigh .i. teagaisg . cosaigh do mhac .i. teagaisg do mhac 'instruct
thy son'.
cosair .i. leabaidh 'a bed'.
cosg .i. teagasg 'instruction'.
cosnamh .i. comhsndmh 'swimming together'.
cosnamh .i. cogadh 'war'.
coth .i. biadh 'food'.
cothadh .i. caomhna 'a friend'.
cottud .i. sliabh 'a mountain'.
craibhdhigh '[religious persons'] .i. crédhiobhdhaigh .i. luchd dhiobh-
dhaidh, no mharbhaidh a dtola collnaidhe 'people who subdue or
kill their carnal desires',
O'Clery's Irish Glossary. — C. — 391
crann caingil .i. crann cliath .i. cliath isin crann eidir làochaibh 7
cleirchibh 'a beam-hurdle i. e. a hurdle in the beam betvveen lay-
men and clerics [This is taken from Cormac's Glossary : Tr. p. 46.
— The word occurs in the Fis Ad., LU. 28. b. 4, where Stokes
renders it « chancel-rail. » Again : forsna cranna caïngïlsïn « on
the rails of thàt chancel » ib. 28. b. 8]'.
crann dordan .i. crônân 7 dordân 'i. e. a. humming and murmuring
Sound. See O'Curry, M. and C, iii. 376.
cras .i. cum no corp 'form, or body'.
creach .i. siuagh 'army'.
creach .i. tonn 'wave\
créach .i. caoch 'blind'.
creadhal .i. crâibhdheach 'pious [credal Trip. Eg. 93, 15. b. 2, Fél.
Apr. 4]'.
creadhla .i. cléircheachd 'clergy'.
creamhnuall .i. coirmnuall .i. nuallno caint corma no leanna 'noise of
aie or béer. « Noise of people carousing » O'R'.
crean .i. ceannach 'purchase'.
créas .i. cur 'put thou' . do creasadh .i. dochuireadh 'has been put
[focress .i. rolaad, Br. h. 72, 79].
créas .i. cumhang 'narrow. creascha .i. teach cumhang, a narrow
house'.
creath .i. âoi no ealadha 'knowledge'.
creatar .i. creidmheach 'pious' nir bh6 creatar .i. nîr bh6 creidmheach
he vvas not pious [nibo cretair, Fél. Prol. 1 14]'.
creatar .i. teach martra nô ina mbid taise nâomhtha la house in which
relies of saints are'.
creatar .i. coisreachta 'consecrated [bert Benén entra di 6 Patrice, B.
took the consecrated éléments to her from P. Trip. Eg., 16. a. 1,
in Corm. Tr. p. 31]'.
creatar .i. cruthaightheoir. Criost ar gereatar .i. ar geruthaightheoir
' creator. Christ our Creator'.
créchthach .i. peacthach 'sinful'.
crédh .i. crédhumha, mar atâ miotal as cosmhail ris an umha 'brass . it
is a métal which is like copper'.
creithir .i. cupa no copân no soidheach asa nibhthear deoch 'a cup or
vessel out of which a drink is drunk' . do daileadh fim a creithir .i.
deoch a cupa 'drink was distributed in a cup. Corm. Tr. p. 46'.
crésean .i. creadhal, no craibhtheach 'pious'.
39^ O'Clery's Irish Gbssary. — C. —
crésean .i. sean achre 'i. e. old his faith' [cresen, Fél. Feb. 4, Apr. 27
cresin .i. craibhtech .i. sen acre, etc. O'Dav. p. 66]'.
criathrach .i. fâsach 'deserted.
crib .i. deithneas, no luas 'swiftness [crib .i. luath, swift, O'Dav. 63]'.
crinbhriathrach .i. briscbhriathrach 'quick-spoken, 0,Conn\
crinnear .i. tuitim (l fall [arnabe forcrindither Fél. Prol. 297 : quoted
by O'Dav. p. 65 s. v. crinner À. tuitim]'.
cri'ol .i. cofra ca chest [dobert dillat icriol, Br. h. 84]'.
criomhthann .i. sionnach 'a fox'.
crionmon .i. cnuasach 'a collection', O'Conn.
criosdall no criosdaill .i. iris bhios as ni 'a suspender', O'Conn.
crithidh .i. cridheaglach 'terrified'.
crithide .i. adhbhar eagla 'a cause of terror'.
crithre .i. drithleanna teineadh no splangca 'sparks of fire'.
crîun .i. mac tire 'a wolf.
cr6 .i. bas 'death'.
cr6 .i. clann 'children'. Dîchu go lion crô .i. go lion clann, etc. 'Dichu
with ail his children'.
croan .i. cronughadh no crodhachd 'rebukingor valour. Fél. Prol. 49'.
crùch .i. dearg 'red'.
crochar .i. corp 'body'.
croimsgiath, no cuairsgiath .i. sgiath cham la curved shield'.
cromrosg .i. gormrosg .i. sdile gorma no glasa 'blue or grey eyes'.
cron .i. cronughadh 'rebuking'.
cr6n .i. dearg 'red'.
crointseile .i. graintseile .i. seile liath . grant .i. liath, glas no righin
'phlegm;i. e. grey spittle. grant, grey,greenor tough.Corm.Tr.36'.
croisfhighill .i. urnaighthe no faire do ni' duine ar a ghluinibh 7 a
lâmha sinte a gcrois 'prayers or vigil that a man performs on his
knees, and his hands joined in a cross'.
crû .i. fuil 'blood'.
crûachbhas .i. deargbhas 'a bloody deâth'.
crufheachta no cruideachta .i. badhb no feannôg 'a carrion-crow,
Corm. Tr. 39'.
cruideata .i. cruaidh no criadh . 'hard'. do chalbh re cloich cruideata
.i. do cheann re cloich chriadh no chruaidh 'thy head against a hard
stone'.
cruim .i. toirneach 'thunder'.
cruimhgheala .i. cruimh ar ghile 'a worm for brightness i. e. as bright
as a glow-worm'.
O'Clery's lrish Glossary. — C. — 393
cruimthear .i. sagart no craibhtheach 'a priest'.
cruinnioch .i. drûchd. nim cruinnioc a ngion goa .i. brion do dhruchd
am beol na fairrge 'dew. — a dew-drop in the mouth of the sea.
[quoted infra s. v. Nim]'.
cruisich .i. ceol 'music'.
cruith .i. glic no beodha 'clever or lively [cruith .i. cailg, no glic no
crodœ subtle, or cunning, or brave. Corm. Tr. p. 48].
cûa .i. féoil 'flesh'. sleagh chûa rinne .i. sleagh fheolmhar.
cuac .i. cumhac no cumhang 'narrow'.
ciiACCA .i. fâs no folamh 'empty'.
cûadh .i. innisin 'narration'. Cûadh do bhaos .i. sgél dinnisin do dhuine
bhaoth 'a story for a foolish man'.
cuallachd .i. cuideachta 'followers'.
cûana .i. buidhne 'hosts'.
cûanna .i. cnoc 'a hill'.
cûar .i. cam 'crooked'.
cûar cumaisg .i. ni fa gcuairt no cruinn 'something round'.
cuas no adcûas .i. do hinniseadh 'was told'.
cuasachtach .i. casachtach fa cough'.
cûa uinne .i. cnâ câocha. cûa .i. cnû. uinne .i. câoch 'blind nuts. cûa,
nuts : uinne, blind'.
cubhachail .i. leabaidh 'a bed [cubiculum]'.
cubhal .i. aibid 'habit, monkish dress'. achd énfhlaith ri atâ a gcubhail
.i. atâ in aibfd'.
cubhas .i. crann 'a tree'.
cubet .i. cuidbheadh no magadh 'mocking, jeering'.
cucht .i. gné 'form'.
cuclaidhe .i. comhnaidhe 'a résidence'.
cucclaidhe .i. cumhacc shlighe no shlighe no slighe chumhang 'a nar-
row way'.
cû cnamha .i. snasân 'vermin, a louse', O'Conn.
cudh no cuth .i. ceann 'a head'.
cudaim .i. tuitim 'I fall'. Cudaim antslébhe .i. tuitim an tsléibhe mar atâ
maidhm sléibhe 'fall of the mountain, as it is éruption of a mountain'.
cudal .i. saoth no olc . bâ cudal .i. bâ saoth, no bâ holc 'trouble, or
evil'.
cudhnôdh .i. deithneas no deithbhir 'swiftness, haste'.
cudrama .i. iomlân, comhthrom 'complète, as heavy as'.
cuib .i. cupa, no copân 'cup'.
cuibh .i. cû 'a dog'.
394 O'Clery's Irish Glossary. — C. —
cuil .i. olc no toirmisgthe. As cuil do radais dhamh .i. as ni toirmisgthe
no olc tugais damh 'evil, or forbidden. — It is an evil or forbidden
thing that thou hast given to me'.
cuilche .i. brat, no cochall 'a cloak or mantle' . cuilche fliuch thoram
choidche 'a wet cloak upon me to-night [cuilche fliuch imbi, « a wet
quilt around him » F. h. $i].
cuilceach .i. brat 'a cloak'.
cuilleasga .i. fleasga cuill no slaitine cuill 'hazel-rods'.
cuilt .i. leabaidh 'a bed'.
cuime .i. cruas 'hardness'.
cuingdis .i. do chongbhaidi's 'they kept'. Cuingdi's dligheadh andâlaibh .i.
do chongbhaidis dligheadh in oireachtaibh. 'They kept the law in
the assemblies'.
cuinghidh .i. iarraidh 'to ask'.
cuirbeachta no cuirbheachta .i. ingne en 'claws of birds\
cuird .i. ceird 'artizans'.
cuird .i. cûirt 'court'.
cuire .i. buidhean 'a host'.
cuireathar no do cuireathar .i. tarla 'it happened'.
cuirrél .i. cur 'to put' réil no soilléir 'brightness'. Cfor churréil .i. cior
ar araibhe cur réil no soilléir 'a combon whichthere is brightness'.
cuiscle .i. cuis chleithe .i. cuis chéilte 'a secret affair'.
cûisleannach .i. feadanach no fear feadâin 'a piper'.
cuiteach .i. di'ultadh 'refusai'.
cuitigh no dochuitigh .i. do mhionnaigh 'he swore'.
cul .i. carbad 'a chariot, do îhreig a chula .i. a chairpthe. he abando-
ned his chariots'.
culmhaire .i. sâor dhéunmha carbaid, no cairptheoir 'a man who makes
chariots'.
cuma dhuit .i. ni meisde dhuit 'indiffèrent to thee'.
cumal .i. éraic 'a fine'.
cumhach .i. cumhachta 'strength'.
cumhang .i. neart no cumhachta 'strength or power' .i. nir chumhang air
.i. nir bhô chumhachtach é. 'He was not powerful'.
cumhsgal .i. gluasachd no corrughadh .as cumhsgal cairrge, etc. 'move-
ment or activity'.
cumhsgughadh .i. gluasacht no athrughadh 'movement, or change'.
cunn .i. corp 'a body'.
cunna .i. connailbhe no càirdeas 'love'.
O'Clery's Irish Glossary. — D. — $9$
cunghas .i. coimhghniomh. Cunghus dhâ dhearbhbhrathar .i. coimh-
ghniomh 'coopération. — Coopération of two brothers'.
cupar .i. coimpert no geineamhain 'conception'.
curach .i. corp 'a body'.
curcais .i. boigshimhi'n 'a bulrush'.
curcais .i. folt 'hair'. Slabhradh airgid go gcurcaisibh .i. go bfoltaibh
'a silverchain with hairs'.
cursôn .i. sâoi 'a sage'.
cust .i. croiceann 'a hide'.
custal .i. trusdâladh 'trussing'.
cuth .i. ceann La head'.
D.
da .i. maith 'good'.
dae .i. duine 'man'.
dae no dûa .i. cloidhe ârd, no mûr ard, 'a high rampart, or high
wall'.
dae .i. teach 'a house' rioghdhae .i. leach rioghdha 'a palace'.
dae .i. lâmh . droshin a dhâe .i. 6 do shin a lâmh 'a hand. — When he
stretched out his hand'.
dagh .i. maith 'good'.
daghar .i. gâoth 'wind'.
daif .i. deoch 'drink' ro 61 a dhaif .i. do ibh a dhigh 'he drank his drink'.
daigh .i. tug 'he gave'.
daigh .i. teine 'fire' go ndaighthibh .i. go dteinntibh 'with fires'.
daigheadh .i. eadh maith .i. aga mhaith. do bheirim daigheadh don
ghâoith .i. do bheirim aga mhaith don ghâoith, etc. 'a good time,
or opportunity'.
daighidh .i. losgadh 'burning'.
dail .i. roinn 'parts'.
daimh .i. domus .i. teagh 'a house'.
daimh .i. déoin 'consent' dia daimh .i. dia dhéoin.
daimhli'ag .i. eaglas . fri huili innan daimhliagandeas, etc. 'achurch. —
At ail the churches in the south'.
dairbhre .i. dair kan oak'.
dairt .i. colbthach 'a heifer'.
daith .i. ésgaidh, no tapaidh no luath 'active or sudden or quick'.
daithe .i. do dhioghail 'to avenge'.
daitean .i. oide 'a guardian, foster-father'.
396 O'Clery's Irish Glossary. — D. —
dal .i. rann . amhail adearar dal araidhe 7 dal riadha 'a division : as
is said Dal Araidhe and Riada's division'.
dala .i. mionna 'oaths'.
dalbh .i. brég 'a lie'.
dalbhdha .i. doilbhthi .i. draoidheachd 'i. e. witchcraft'.
damhdhatar .i. dof huilngeadar 'they endured'.
damh ndartaidhe .i. colbthach fhireann 'a maie calf (bullock)'.
damhna .i. adhbhar 'cause'.
damnadh .i. ceangal 'a tie'.
dan airgid .i. maoin no aisgidh airgid 'a gift of silver'.
dant .i. mir no greim 'a morsel'.
daon .i. duchtaigh . an cnoc dâon forra .i. duchdaigh orra 'rose upon
them'.
darriogha .i. 6s rioghaibh 'over kings'.
dart .i. dâir . gur dhart bhoin .i. go ndearna bô do dhâir '« that he
bulled a cow », O'Conn'.
data .i. dathamhail 'pleasant'.
dathadh .i. tiodhlacadh 'giving'.
deacair .i. iongnadh 'wonder'.
deach .i. fearr 'better' ba dheach .i. ba fearr.
deachair .i. dealughadh . ar nach deachradh .i. nach dealâigheadh
'séparation'.
deachair .i. leanmhain 'to follow'. — Ris gan a dhuain na dheachair .i.
sgél gan a dhuain in a leanmhain. 'A story without its song follow-
ing it'.
deachair .i. dearsgughadh . 'shining' dealbh an chruim dôr do dhea-
chair .i. do dheachair .i. do dearsgaich, etc..
deachra .i. dealaghthe 'separated'.
deachradh .i. déine, fearg no dibheirge 'véhémence, anger, or indi-
gnation'.
deachta .i. dinge 'thunder'.
deacmaic .i. docamhlach no doilidh 'difficult'.
deacmaing .i. iongnadh 'a wonder'.
dead .i. dual 'belonging to'.
deadhail .i. sgaoileadh no dealughadh 'separating'.
deadhoil .i. maidean . 6 dhédhûal tig .i. dual do 16 7 dual doidhchi
'twilight. It cornes from dédhual i. e. dû al ;belonging) to day and
belonging to night. [So Corm. p. 1$. s. v. Dedol]'.
deaghdhair .i. luath 'quick'.
deaghnad .i. réodh no sioc 'frost'.
O'Clery's Irish Glossary. — D. — 597
de aith .i. gâoth 'wind\
deala .i. diultadh, no doicheall 'refusai'.
deala .i. sine, no ballân 'a teat, or milkpail [Deal .i. sine bô, Corm.
p. 15].
deala .i. gâol, no cairdeas 'love or friendship'.
dealghnaidhe .i. ain ndlightheach 'unjust'. nocha cleireach dealgnaidhe
.i. ain ndlightheach.
deanas .i. tamall 'space of time'.
deann .i. li, no dath 'colour' . deann céideamhain .i. If no céo amhail
chéo bealtaine . oir as ionann céideamhain 7 bealtaine 'colour or
fog like the fog of May-day : for céideamhain and bealtaine are the
same'.
dear .i. inghean 'daughter'.
dear .i. diultadh 'refusai'.
dear [an intensive prefix. Z. 864] .i. adhbhal no môr . dearmhâr .i.
adhbhal mhôr 'very great'.
dearbh .i. cuinnéog no ballân 'a milkpail, or a churn'. mhôsa re hô na
dearbha -i. mo cluassa re clûais na cuinnéoige, etc. 'my ear against
the ear (handle) of the churn' dearbh loma .i. ballân bainne . oir
as ionann loim no luim 7 bainne amhail as ionann dearbh 7 cuin-
néog no ballân 'a churn : for loim or luim is the same as bainne
(milky), as dearbh and cuinnéog (milkpail) or ballân (churn) are the
same. Corm. Tr. p. 58.'
dearbharasc .i. seinbhriathar no seanfhocal 'an old saying, a proverb.
[Trip. Eg. $. a. 1. Cf. drasg ainm breithre, inf. s. v. Ionnrosg.]'
dearc .i. uagh, no ûaimh 'a grave, or cave'.
dearc .i. suil lan eye'.
dearsaigh .i. dûsachth 'awake !' amhail adubhairt Torna Eigeas, no a
mhac ag moladh Néill an dalta. A dhéid gheala a bhéoil deirg. nâd
condearsaigh fo choimfheirg .i. nar dhuisigh fa fheirg. 'As Torna
Eigeas said, or his son, praising Niall their fosterchild : Ah white
teeth, ah red lips, awake not in anger !'
deascaidh .i. deireadh 'end, dregs'. [Descaid 'lees' Corm. Tr. p. 59.]
déchasa .i. féchsa 'behold !'.
dechédfaidh .i. cogadh <war'.
dechealt .i. brat 'a cloak [Decelt .i. brat 7 leine, Corm. Tr. p. 47. s. v.
Celt'.
dédhbhal .i. dearôil no bocht 'wretched, or poor. [Nidedbel À. nideroil.
Fél. Jan. 25.]'
dedhel .i. lâogh bô 'a cow's calf'. [So Corm. Tr. p. 61.]
Rev.Cdt. IV 27
398 O'Clery's Irish Glossary. — D. —
dédla .i. dâna 'bold [detla (.i. âana) Fél. Prol. 242.]'
defhordal .i. seachrân mdr. ôir as ionann fordal 7 seachrân 'a great
error: for fordal and seachrân (error) are the same'.
deibheadh .i. deithneas 'haste'.
deibheadh .i. deabhaidh no cathugadh 'conflict or fighting'.
deicsin .i. faicsin 'to see'.
déide .i. umhla 'humble'.
déidhe .i. dâ ni' . amhail a dubhradh: an dédhe, rorannadh ag ros léighe
.i. andâ ni' do rannadh ag ros léighe, etc. 'two things; as was
said : the the two things that were divided at Ros Léighe [Déde,
Z. 51 1. — dorairgert dan Patraic an deidisin, « Patrick then promi-
sed thèse two things ». Trip. Eg. 1 1 . b. 2]'.
deil .i. slat 'a rod'.
deilbh .i. maiseach .i. nî deilbh leis .i. ni maiseach leis 'gracefuP.
deilceadh .i. olc, no doilidh 'evil, or sad'.
deileang .i. mue da bhliadhan 'a pig of two years'.
deileas .i. doicheall wchurlishness'.
deilethorc .i. tore da bhliadhan 'a boar of two years'.
deillidh .i. luighe, no leanmhain 'following'. deillidh a meanma fair .i.
doluigh no do lean, etc.
deillidris .i. dealaighid ris 'they adhère to him'.
deilm .i. iomad no obann no crioth no foghar no torann, etc. amhail atâ
isin rann so : Easbhaidh Choluim ar chloinn Chuinn, ag sin an
deilm dhiofhulaing, etc. 'abundance, or sudden, or trembling, or
thunder, as it is in this verse etc. [Deilm .i. foghur no crith no gair,
etc. O'Dav. p. 75.]
deil muice .i. mue da bhliadhan 'a pig of two years'.
deilltre .i. dee drâoidheachda 'gods of druidism. Idolatry, O'Conn.
deimhe .i. dorchadas oidhche 'the darkness of night [Deme ,i. teime .
deme din for dorchi naidchi, Corm. p. 16]'.
deimhe .i. di'dean 'shelter' go ndeimheadh .i. go ndidneadh.
deimhne do laoidh .i. deimhnigh so it lâoidh.
dein .i. glan 'pure'.
dheinmheach .i. diomhâoin 'idle' .i. ni'r bhobair dhuine dheinmheich .i.
dhuine dhiomhaoin 'There is no profit in an idle man'.
deinmne .i. luath no deithbhireach 'swift or hasty. Corm. Tr. p. ji\
déirghe .i. dérach, no nochtadh 'spoiling or stripping'.
déirghe .i. fâgbhâil. Déirghe Eireann .i. fâgbhâil, etc. 'to leave. — To
leave Ireland'.
deirgheine .i. do righne 'he did'.
O'Clery's Irish Glossary. — D. — ?99
deirginnleadh .i. inneall dearg '[lénti condercirtluid, LU. $$ a. 17, tr.
« Kilts with red interweavings », O'Curry, M. and C. III. 157]'.
deirgli .i. ceannach 'purchase'.
deirmide .i. df airmide .i. mio onofr 'dishonour'.
deirrid .i. diamhair, no seicréid 'secret [hi magin deirrit, Trip. Eg. 9.
a. 1, 17. a. 1]'.
deisidh .i. do shuidh 'he sat' deisidh ina fharradh 'he sat in his pré-
sence' .i. do shuidh ina fhochair.
deisidh occa .i. do cinneadh léo 'it was decided by them'.
deithbhir .i. dlightheach 'lawful'.
deithide .i. friochnamh no cûram 'care'.
deochair .i. eidirdheiliughadh 'distinguishing'.
déodhamh .i. do dhéoin dé 'by the will of God\
deoghbhaire .i. giolla copain 'cupbearer'.
deoigh, déigh, daigh .i. ar son, no do bhri'gh 'because'.
deolaidh .i. grâ"sa 'charitable'.
déolcha .i. di olcha .i. adhbhal 61 .i. 61 m6r 'great drinking'.
deolchaire .i. tiodhlaicthe 'gifts [deolchair, a gift : deolchaire, libera-
lity, O'Conn.]'.
déoraidh .i. trén no lâidir 'strong'.
déoraidh .i. easurra 'a robber'.
dés .i. fearann 'land'.
dés druimneach .i. amhail druimne dés 'hilly land'.
dése .i. buidhne 'hosts\
dét .i. tomhaltas no bi'adh 'food'.
dia .i. la 'a day. [Die .i. laîhi, Corm. p. 15.]'
diabail .i. df âoibhil .i. gan tene 'without fire'.
diabladh .i. dûbladh 'doubling'.
diamhain .i. df ainimh .i. neamhainmheach 'without blemish, Corm.
Tr. 62'.
diamhain .i. mâoin dhiadha 'godly wealth'.
diamhair .i. df mhôr .i. adhbhal mhôr 'very great'.
diamladh .i. didean no folach 'shelter'.
diamlughadh .i. duaithnioghadh no dorchughadh 'disguising or darke-
ning'.
diardain .i. fearg no gairbhe 'anger or roughness' fear diardain .i. fear
garbh no feargach 'a rough or angry man'.
dibeall .i. sean no âosta 'old, or aged'.
dibeoil .i. balbh 'dumb'.
di'bhe .i. deala, dfultadh no doicheall 'refusai, déniai, or churlishness'.
400 O'Clery's Irish Glossary. — D. —
di'bhe .i. tart 'thirst'.
di'chealtair .i. crann ga 'shaft of a spear [already given sup. under
Cealtair .i. ga]'.
di'chealtair .i. fé fiadha [Fedh or Fe fiadh 'supernatural disguise', O'D.,
Suppl.] no duaithniughadh, oir ceilidh an té ara mbf; 'because it
conceals (ceilidh) him on whom it is\ [do dechaid dicheltair tairsiu
condrardraig fer dib, Trip. Eg. 3. b. 1. 'garment of invisibility',
Hennessy.]
dicheann .i. duine gan cheann 'a man without a head'.
dIchneadh .i. dicheannadh 'beheading'.
didil .i. adhbhal dil, no grâdh môr agréât love'.
dighdhe .i. beannâchd 'blessing [ocdigde .i. ocdiaguide .i. oc guide Dé
'praying to God'. Sanct. h. 19]'.
dighdhe .i. buidheachas 'gratitude'.
dîghe .i. coimhdhiodhnadh no sâsadh 'fulfilling or satisfying'.
di-ic .i. doilidh 'sad' fear diic .i. fear doilidh 'a sad man'.
dile .i. grâdh no annsa 'affection, love.
dilghionn .i. sgrios no diolaithriughhadh 'plunder or destruction [dil-
gind Ml., Goid. p. 22].
dimchisin .i. do choimhdheicsin no do fhéchain 'to see'.
dimeas .i. droichmheas ''disrespect'.
dimheas .i. meas môr no môirmheas 'great respect' [tempul derb dimis,
Fél. Feb. 2]'.
dimhiccin .i. târ, no tarcaisne 'contempt'.
dîne .i. tosach 'beginning' dîne gâcha ceithre .i. tosach no céd dén-
taidh gach âirnéisi "the beginning or first making of ail cattle'.
dîne .i. h'ne no saoghal 'an âge'.
di'neart .i. déneart .i. neart Dé 'the power of God'. Fél. Ep. 1 54.
dinge .i. toirneamh 'thunder'.
dIniath .i. cathbharr 'helmet'.
dinnid no for dinnid .i. innisidh 'tells' fordinnid an boc dû an eass .i.
innisidh an boc an âith in ar hitheadh é 'the goat tells the place in
which it was eaten [fordindet in boccfesin dû indas Trip. Eg. 12.
a. 1. Beitr. VII. 59].
dinnis .i. tarcaisne 'contempt' Fél. Feb. 27.
dinnis .i. luighe, no mionna 'an oath'.
di'obhadh .i. bas 'death [dibadh .i. adbulbas, « an enormous death »
Corm. Tr. p. 61 . — faithi cendibad « prophets without extinction »,
Colm. h. 44]'.
diobhadh .i. croaidheachd_, no oidhreachd . is amhlaidh roinnfidhear
O'Clery's Irish Glossary. — D. — 401
gach ndiobhadh, etc. 'inheritance. — So every inheritance shall
be divided. [Cf. nicossena indnôeb dibad bethath che « the holy one
gained not profit of this world ». Br. h. 22.7
diochmairc .i. goid <theft> Fél. Aug. 16.
diochollna .i. beith gan cholainn . cailleach diochollna, etc. 'without
flesh. — A fleshless hag'.
diochron .i. gan aimsir 'without time'.
diochuid .i. beag 'small'. Crom diothraibh ar domhnan, nir dhiochuid
achd deaghmhér .i. ni'r bhô beag achd ba mor, etc. 'Crom Dioth-
raibh on earth was not small but great'.
diocsa .i. ard 'high'. gein philip as diocsa .i. as airde 'birth of Philip
who is noblest', Fél. May 1 .
diodhma .i. dfdean 'shelter'.
diodhnadh .i. sâsadh 'satisfying'. [didnad, Fél. June 8.]
diofhulaing .i. do fhulaing 'to endure'.
di'oghainn .i. neamhghann 'plentiful'.
dîoghais .i. ard 'summit. fo dhioghais na Teamhrach .i. fo ard. 'Under
the summit of Tara'.
dioghna .i. dighne .i. droichghné 'an ill-look'.
dioghna .i. tarcaisneach 'contemptuous [dignai (.i. dimicnech) Fél. Prol.
2$4l'.
dioghrais .i. doghrés no dognâth 'always'.
dioghuin .i. sârughadh 'compelling' .i. olc dhuit mo dhioghuin .i. mo
sârughadh 'evil to thee is my compulsion'.
di'ol .i. crioch 'boundary'.
diolacht .i. dilleachta 'an orphan ? [dilleacht, an orphan, O'Conn.]'.
diolgadh .i. maitheamh 'forgiveness' . diolgadhach .i. maithmheach
'forgiving [dilgadach Trip. Eg. 4. a. 1.7
diollacht .i. dilochd .i. gan locht 'faultless'.
diollait .i. édach 'dress'.
diollait .i. brat 7 léine 'cloak, shirt'.
diolmain .i. di'leas 'right [dïlmaïn (legitimusi, Z. 777].
dionn .i. tulach, nô cnoc 'a hill' dionngnach .i. dionn gnô-ach .i. cnoc
oirdheirc 'a conspicuous hill'. gnô .i. oirdheirc. dionn .i. cnoc.
gnô. conspicuous [prïdchaiss jride indinnib .i. itelchaib, F. h. 28]'.
dionnta .i. tionntûdh 'turning' dionnta na tâna .i. tionntôdh na tâna
to turn the herds'.
di-ôradh .i. <5râdh môr 'great prayer'. Fél. Ep. 199.
diorain .i. snighe, no sileadh feartana no fleachaidh '« the pouring or
dropping of a shower or of moisture », Beitr. VIII. 342'.
402 O'Clery's Irish Glossary. — D. —
diorma .i. buidhean 'a host'.
diormach .i. dfréimnightheach .i. siubhal môr 'moving quickly'.
diorna .i. nuimhir no tomhas 'number or measure'.
diorsan .i. droichni no droichsgél. Siorsan, diorsan, deighsgel, droich-
sgél, maidhm catha ruaidh raonaidh, siorsan ri dia ndearna faoilidh,
diorsan ri forsraoimhidh .i. as maith 7 as olc leam an sgél maith 7
an droichsgél, ôir as maith leam an ri dorinne go subhach 7 as olc
liom briseadh ar an ri arar briseadh 'a bad thing or bad news. —
Good to me and evil to me is the good news and the bad news, for
glad am I for the king whom it made happy, and sorry for the king
who was defeated [Thèse lines are quoted Four Mast. A. D. 866,
where O'Don. translates :
Happiness! wo ! good news! bad news! the gaining of a great
triumphant battle,
Happy for the king whom it makes joyous ; unhappy for the king
who was defeated]'.
dîre .i. éraic no eneaclann ca fine'.
dis .i. deardil 'weak'.
disle .i. di uaisle .i. uaisle mh6r 'great honour'.
dith .i. dodhiuil, no do dhin 'he sucked'. dith an lâogh .i. do dhiuil no
do dhin an lâogh 'the calf sucked [liamathair dith indiôig * at its
mother the calf suckled ». Br. h. 76]'.
ditheach .i. séna 'poor'.
dithleach .i. dearmadach 'forgetful'.
di'threabh .i. beith gan treibh no gan teagh .i. fâsach 'to be without a
house i. e. a désert [dithreb .i. beith cen treib no cen trebaide and,
Corm. p. 16]'.
diu .i. ci'an no fada 'far or long'.
diubladh .i. didean 'shelter'.
DiuNNACH .i. glanadh 0 pheacadh. fobithin dfunnaich gach duine 0 ing-
glaine, etc. 'cleansing from sin. to cleanse every man from impurity'.
dius .i. didean 'shelter'.
dlighidh a dhreach, is a dhath .i. is dearsgaithe, no saineamhail a
dhreach is a dhath 'beautiful his face and his complexion'.
dlomh .i. innis no aisnéidh 'telling or relating'.
dlomhadh .i. diultadh . ni dhlomhann, is ni thiomghair .i. ni dhiultann
is ni iarrann 'refusai, he does not refuse, and he does not ask'.
dlomhaim .i. foillsighim 'I show'.
dlomhaisin .i. milleadh 'destroying'. Baoi ag dlomhaisin na hoibhre .i.
ag milleadh, etc. 'He was destroying the works, etc.'
O'Clery's Irish Glossary. — D. — 403
dludh .i. dualghas 'reward, rétribution [dualgus, reward. O'D. Suppl.]'.
dluigh .i. inneall 'service, attendance'.
dluimh .i. nell, no dorcadas 'cloud, darkness'. dlûimh dileann "i. dor-
cadas dileann.
dlûmh .i. iomad 'abundance'.
do .i. chuige 'to him' dho dhuit .i. chuige dhuit ',« hâve at it, or fall to
it, an obsolète expression », O'Co/z/z.'
dobhar .i. uisge 'water' dobharchû .i. cû an uisge 'water-dog [i. e.
otter.]'.
dochma .i. neamhchumachta 'weakness'.
dochraith .i. druis 'lust'.
dochta .i. teagaisgthe 'learned'.
dodhail .i. dodhâil no drochdhâil 'bad news'.
dodhaing .i. doilidh 'difficult'.
do-ét .i. teidhm galair no easlainte 'attack of sickness or ill-health'.
doghailsi .i. tuirsi, gui, no doghraing 'sadness, lamentation oranguish'.
do-ibh .i. uaidhibh . guidh itche do-ibh .i. guidhim athchuinghe uaid-
hibh no uatha 'from them (of them). I ask a request of them'. Fél.
Prol. 17.
doibhrith .i. uisge 7 arbhar 'water and corn [dobriih .i. dobur 7
hit h A. usce 7 arbur, Corm. p. 1 5. So too O'Dav. p. 79, who adds:
Né bir uisge isan bretnais 7 ith arbur isan gaedhilg, etc. « or bir,
water, in the British, and ith corn, in the Gaelic. » O'R. gives
doibhrith, sowins, gruel, and O'Donovan « guesses 'gruel' or pot-
tage. » See Corm. Tr. p. 53]'.
doich .i. luath 'swift' go ngaisgeadh dhoich .i. go ngaisgeadh luath
'with swift prowess'.
doiche .i. dochas no duthchas 'confidence', riom as mor a dhoiche .i. a
dhochas no a dhûthchas 'great is my trust in him. frim is mor a
docha, Fél. Aug. 4'.
doichme .i. do chumtha 'ill-shaped'.
dôid .i. lâmh 'hand'.
doidhedfaidh .i. cogadh 'war'.
dôigh .i. baramhail 'an opinion, conjecture, simile, etc. O'R.'
dôigh .i. dearbh_, no deimhin 'sure, certain', as da dhearbhadh sin à
dubhradh an rann so : Is dôigh tfr ndé ni niocfaid gôich, ata tir
las na gôcha. as ddcha do rochtain dôibh. ionann sin re a radha 7
as deimhin nach rachaid luchd na mbreg go flaitheamhnas . 7 ata
tir ag luchd na mbrég ina docha an dul . goich no gôcha .i. luchd
brég. 'That is the same as to say, that it is certain that the people
404 O'Clery's Irish Glossary. — D. —
of falsehood will not go to the kingdom of Heaven, and there is a
land for the people of falsehood, to which it is certain that they will
go. — goïch or gocha, the people of falsehood'.
doigh .i. fiadhnaise deise 'testimony of two persons'.
doigh .i. teine Tire'.
doim .i. daidhbhir 'poor'.
doinéimh .i. doimhéin 'wretched'.
doirtheas .i. donas 'misfortune, O'Conn.' ni duitsi doirtheas na hoirgne
.i. ni duitse donas etc.
doith 7 daith .i. ésgaidh 'quick'.
doithchearnas .i. dochearnas .i. dothiodhnacal no droicheineach 'a nig-
gardly, churlish », Corm. Tr. ji'.
doithir .i. doidhealbh 'ugly'. ba doithir an fear .i. ba doidhealbhdha.
'The man was ugly'.
dolaidh .i. dofhulaing 'intolérable'.
dolas .i. doicheall 'gloominess' nir bhô dolas .i. nfr bo doichleach, etc.
dolbh .i. drâoidheachd 'sorcery'.
dolmha .i. do ullmha .i. moilli no n'ghneas 'slowness, delay'. Fâgbhaim
dolmha naithisg ort, ar Coluim Cille re Sgannlân .i. n'ghneas bria-
thar. 'I leave the slowness of answer on thee, said Colum Cille to
Scannlan'.
domairm .i. teagh na narm 'a house of arms'.
domhaoin .i. olc 'evil'. cia domhâoin .i. cia holc.
domhghnas .i. athardha no dûthaidh 'patrimony, inheritance'.
don .i. ar son 'therefore'.
doraidh .i. aimhréidh 'uneven'.
dorar .i. deabhaidh 'conflict'.
dorr .i. fearg 'anger'. do dhruim a dhoirre .i. a fheirge 'on account of
his anger'.
dorr .i. aggarbh, no rogharbh 'very rough'.
dothar .i. abhann 'river'.
drag .i. teine 'fire'.
drag .i. fearg 'anger'.
dram .i. îomad 'abundance'.
drea an .i. dreollân . drea an .i. dear, 7 en .i. en beag dearôil, no
drâoi en .i. en donf fâisdine 'a wren . dear (small) and en (a bird)
i. e. a little small bird, or drâoi in [a druid-bird i. e. a bird that
makes prophecy. So Corm. Tr. p. 60, s. v. dris, « brambles »].
dreach .i. dealbh 'form'.
dreachach .i. dealbhdha no âlainn 'shapely, or beautiful'.
O'Clery's Irish Glossary. — D. — 405
dreamhan .i. dâsachd, mire, no mîchiall 'madness'.
dreann .i. deabhaidh no comhrac 'a fight or conflict [dreand .i. debaid,
Corm. p. 1 $]\
dreann .i. doilgheas 'affliction'. Drenn deabhaigh is dreann doilghis, For.
For., LL. 39$. a.
drécheng .i. triar 'three persons. Fél. Sept. 16'. câoin drécheng .i.
câoin triar.
drécht .i. sgél 'a story\
dricc .i. draicc 'anger'.
dricc .i. feargach 'angry'.
droch .i. roth carbaid 'chariot-wheel. Corm. Tr. p. 61'.
droch .i. dorcha 'dark'.
droch .i. dfreach 'straight'.
droibhél .i. docamhal 'difficult. Fél. Aug. 26'.
drol .i. lûb 'a loop'.
dron .i. daingean 'strong'.
dron .i. direach 'straight'.
drubh .i. carbad 'chariot'.
drubh .i. tairisiomh, no comhnaidhe 'dwelling, habitation'.
drûchta déa .i. ioth 7 bliocht 'corn and mille. Corm. p. 17'.
drûchtan .i. millsén .i. meadhgcâisi 'cheese-whey, O'Conn'.
drumchla .i. mullach tighe, tulcha no fairrge 'top of house, of hill, or
of sea'.
druth .i. meirdreach 'a harlot'.
drûth .i. ôinmhid 'an idiot'.
dû .i. dual 'proper'.
diî .i. dûthaigh 'becoming'.
du .i. baile 'a town'.
duaidh no dûaigh .i. dona 'misfortune'.
dual .i. dligheadh no dleisdionach no c6ir 'right, or due, or just'.
dûar .i. rann no focal . duairfhine .i. fileadha dobhrfgh gurab fine focal
iad, oirasionanndûar 7 focal 'a stanza or word. duairfhine, poets;
because they are the tribe (fine) of words (focal), for dûar and focal
(word) are the same. [So Corm p. \G, Tr. p. 55, s. v. duairfhine].
dubh .i. môr 'great' . dubh an fhuilsi .i. as môr an créchd 'great is the
wound'.
dûbhairt .i. dibheargoid no guidhe dhuthrachdach 'earnest entreaty'.
Fél. Ep. 71.
dûchon .i. cogadh 'war\
duibeal .i. obann, duibeall .i. udmall no luath 'sudden, quick or swift'.
4o6 O'Clery's Irish Glossary. — E. —
duibhgeann .i. cloidheamh, amhail dhearbhas an rann so :
Ni for bhraighdibh damh na bô
promhthar colg mo ruanadhô
for braighdibh riogh focheard feid
a niîha duibhgeann ag Diarmaid.
ionann sin 7 nach ar bhraighdibh damh na b<5 dearbhthar cloi-
deamhan ro fheinneadha, acht as ar bhraighdibh rioga gcath do ni a
cloidheamh fead, etc. 'a sword, as this verse shows :
Not on throats of oxen nor of cows
the sword of my warriors is tried'.
duilgne .i. duilchinnte .i. luach sâothair do gheibh duine ar son oibre
'the reward of labour which a man gets for work'.
duilleann .i. ga 'a spear'.
dûis .i. séd 'a treasure' drdhûise .i. séoid 6rdha 'golden treasures [duis
A. uasal (noble) ut est, barc conduisib ingantaib .i. coseduib uaislib
(with noble treasures). See Corm. Tr. p. 62].
duithbhir .i. grânna no dorcha 'ugly or dark'.
duitir na hoidhche .i. maidean 'morning : « the morning or evening
dusk or twilight », O'Conn.
duitsi .i. diotsa 'to thee'.
dul .i. câintéôir no fear àoire 7 as dofhulaing é dâ bhrigh sin 'a sati-
rist or man of satire, and he is intolérable on account of it [dul .i.
cainte . dofhulachta é ara doilge, « unendurable is he for his harsh-
ness, » Corm. Tr. 58].
dulbhair .i. di shulbhair .i. neamhshuilbhir 'not éloquent'.
dûnadh .i. foslongphort 'a fort'.
dûnadh .i. sluagh 'army. Fél. Jan. 23, July 22'.
dur .i. cruaidh no doilidh 'hard, difficult'.
durain .i. do dhénam urâin 'to address civilly, O'Conn.'
duras .i. adhbhano aras 'a house'.
durtach .i. teampall 'a temple'.
dus .i. da fhos 'in order to'.
dus .i. didean 'shelter'.
É .i. truagh 'wretched. [« An interjection denoting grief », O'Conn.]' é
dodhiol a dhâoir fhir .i. as truagh dodhiol, etc.
eachda .i. glan 'pure' uchdbhruinneadha eachdha .i. uchdbhruinneadha
glana.
O'Clery's Irish Glossary. — E. — 407
eachlach .i. giolla turais 'a travelling servant'.
eachlasg .i. slat 'a rod'.
eachrais .i. iomramh 'rowing'.
eachrais .i. âonach 'a fair'.
eadarghaire .i. dealughadh 'séparation'.
eadarghna .i. inntleachd 'ingenuity'.
eadarnaidh .i. cealg 'deceit [etarnaig, Trip. Eg. 3. b. 1.].
eadh .i. aimsior ktime'.
eadurlamh .i. sén ûaire '■{etarlam, opportune, Z. 874]'.
ealcmhar .i. tnuthach 'envious'.
ealcmhar .i. meirbh 'vveak, feeble, lazy, 0;Conn.' nir bhô healcmhar,
etc.
ealg .i. oirdheirc 'famous'.
ealga, no iath ealga .i. tir, no fearann eireann 'Ireland'.
eallabhair .i. ollarbhar .i. sluagh môr . oir as ionann arbhar 7 sluagh, 7
as ionann oll 7 môr 'a great army ; for arbhar and sluagh (army)
are the same, and oll and mûr (great) are the sarne'.
eallach .i. suidhiughadh 'sitting'.
eallach .i. aisde ealadhna 'a kind of verse'.
eallach .i. cath 'battle'.
eallaighe .i. âirnéis tirin no âirnéis tighe 'goods, property'.
eallamh .i. coibhche do geibhthear a lâirah '« a dower which is got
in hand ». Corm. Tr. p. 67'.
eallscadh .i. bruthmhaireachd , no mire theasaidheachta 'excessive
heat'.
ealtaidhe .i. ban 'white' aghaidh ghlasbhân ealtaidhe .i. aghaidh bân,
etc. 'a white face'.
eamhain .i. dâ ni 'two things' eamhnadh .i. dubladh 'doubling'.
eang .i. lorg 'track' eangsadh .i. dochuadar ar eing no ar lorg 'they came
on the track, or behind'.
eanghach .i. glorach no cainnteach 'noisy, or talkative. Trip. Eg. 3.
a. 2>.
eanglaim .i. inneach 'the woof in weaving', O'Conn. Mining', Lh.
eangnamh .i. gliocas 'wisdom'.
eangnamh -i. eineach 'generosity'.
eannach .i. glan o pheacadh 'pure from sin (innocent)'.
earadh .i. uireagla 'dread'.
earaim .i. marcaigheachd -horsemanship'.
EARAis .i. deireadh 'end' 6 bhraine go hearais .i. ô tosach go deireadh,
'from beginning to end'.
40 8 O'Clery's Irish Glossary. — E. —
earb .i. fearbôg .i. cenél fiadha 'a kind of deer [erb quia herbis pascitur,
Corm. Tr. p. 68]'.
earb .i. furâileamh 'command'.
earbais .i. furâilis 'he commanded'.
earc .i. neamh 'heaven [So Corm. p. 19, O'Dav. p. 81]'.
earc .i. beach 'a bee'.
earc .i. mil 'honey'.
earc .i. bradai 'a salmon'.
earc .i. breac, no nî breac 'speckled, or a speckled thing'.
earc .i. bô (a cow\
earc .i. dearg 'red'.
earcadh .i. lionadh .i. earcadh an mhôrshluaigh iomainn. i. lionadh, etc.
'filling'.
earca iuchna .i. cenél bho 'a kind of cow,' .i. ba fionna 6 deargha .i.
clûais dearga 'white cows with red ears'.
earca rainn .i. do bheireadh ba ar rannaibh. « he gave cows for songs»,
O'Conn.
earcdha .i. do dheargadh 'to make red'.
earcdaois ha sluaigh .i. do liondâois na sluaigh 'they filled the armies'.
earchaileadh .i. crosadh 'hindering'.
earchaill .i. ursa tighe 'pillar of a house'.
earchaoin .i. erthaithneamhach .i. ûasal taithneamhach 'very bright'.
eardach .i. fésda nô sollamain 'feast'.
eardanal .i. fear bhios ag fiordhan âlaigh .i. sdocaire, no piobaire 'a
trumpeter or piper'.
earghaire .i. toirmeasg no bacâil 'prohibition', earghairim .i. toir-
measgaim no bacaim (I prohibit'. Trip. Eg. 13. a. 1.
earghalan .i. fear bhios ag sgalfartaigh .i. piobaire 'a piper'.
eargharadh .i. bacâil . nâdnargharadh .i. nir ghabh se bacâil no toir-
measg 'hindering'.
eargna .i inntleachd 'ingenuity' Fél. Feb. 24.
earghnaidh .i. uasalghniomhach 'performing noble deeds'.
earghnamh .i. fleadh no ullmhughadh 'a feast'.
earnach .i. iarnach no iarann 4iron'.
earnail .i. gné, no cuid no roinn 'appearance, part or share'.
earnbhas .i. iarnbhâs .i. bas 6 iarainn 'iron-death i. e. death from iron
[ernbas Sanct. h. 14]'.
earr no err .i. gaisgeadhach 'champion'.
earraithear .i. friothoiltear 'is served'.
easadh .i. galar 'disease'.
O'Clery's Irish Glossary. — E. — 409
easba .i. diomhâoines 'idleness'.
eascairé .i. furfhogra 'edict'.
eascal .i. anfadh 'storm'.
eascoman .i. salach 'dirty'.
eascomata .i. salach 'dirty'.
eascong .i. uisge 'water'.
eascongra .i. fûagra 'proclamation'.
easconn .i. sean6ir 'an old man'.
easconn .i. ésga 'moon'.
eascra .i. coire bhios ag dâil uisge . easc .i. uisge 'a caldron which is
for distributing water [So Corm. Tr. 69, core mbis ag dail uisci]
easc, water'.
eascradh .i. ceimniughadh no gluasachd ' walking'. Ag eascradh mhaighe
breagh .i. ag ceimniughadh, etc.. 'Walking over Magh Breagh'.
easlabhra .i. eineach 'favour'.
easnadh .i. céol 'music'.
easnadh .i. amhrân, no binneas 'song or melody [ba hesnad ainm in
chuil dignitis na fianœ umanbfulacht fians<z Corm. Tr. p. 69. s. v.
esnad. Easna .i. abhran, O'Dav. p. 81]'.
easnadh na gaoithe .i. osnadh na gâoithe 'moaning of the wind'.
easomain .i. fâilte 'welcome'.
easorgain .i. comhmbrudh 'crushing or oppressing, O'Conn. [ic essor-
gain ommnaibair, cutting down trunks of yews, Trip. Eg. 1 5. a. 1]'.
easraoite .i. sgâoilteach 'lax'.
eassaoth .i. slâinte 'health'.
eatal gaoithe .i. eit léog ghâoithe 'a gust or blast of wind', O'Conn.
eatha .i. dochuaidh no do cuireadh 'he went'.
eatha dhô .i. do cuas chuige 'he went to him' ba holc laithe eatha dhô
.i. ba holc an là docuas chuige 'evil was the day he went to him
[et ha (ivit vel eat) Beitr. VII. 27]'.
eathar .i. artrach iomchair 'a ferry boat, Corm. Tr. 66 [ethar, Trip.
Eg. 4. b. 1, y a. 1]'.
eatla .i. ciamhaire, congain chroidhe, aithrighe no déra 'sadness, grief
of heart [Rev. Celt. IV. 250], repentance, or tears'. Fél. Jan. 8.
ebirt .i. râdh 'to tell'.
ebirt .i. tuarasgbhâil . 'a saying, word or promise, O'D. Suppl.' as i a
ebirt chomhadhais .i. as 1 a thuarasgbhâil chomhadhais no dhligh-
theach'.
ebhling no roeibhling, .i. do ling 'he sprang'.
ebr6n .i. coire 'caldron'.
410 O'Clery's Irish Glossary. — E. —
éccnach .i. imdheargadh, reproving [nimor, necnaig, 'not much of car-
ping', Br. h. j].
éccnairc .i. guidhe Dé 'prayer to God'.
éccnairc .i. an aimsir do cuaidh thon 'the time that has gone by\
éccnairc .i. impidhe 'pétition' ar éccnairc do nâomh a Iosa nodguidhe,
ar éccnairc na sloghsa, etc. 'for intercession of thy saints, Jésus, 1
beseech thee, for intercession of thèse hosts'. Fél. Prol. 265.
eccosg .i. cuma 'form'.
eccradach .i. éccreidmheach no easgcâirdeach 'unbelieving, hostile'.
eccraide .i. easccairdhe 'hatred'.
ece .i. follas 'clear' ece aiér .i. as follas damh ant aiér 'the air is clear
to me [O'Conn. has ece to see, ece aier, thou seest the air'].
écna .i. caitheamh 'eating' bâoi an giolla ag écna a choda .i. ag cait-
heamh, etc. 'The boy was eating his portion'.
écsidhe .i. solasda 'bright'. ulcha écsidhe .i. feasôg faicealach no solas.
'a shining or bright beard'.
éd .i. faghâil 'finding'.
éd .i. glacadh 'accepting' ro éd é go bfâilte .i. doghlac é maille re fâilte
•he accepted it with joy [arrôet, T-pret. Z. 455].
éd .i. didean 'protection' achd an lâmh chlé do éd an sgfath .i. do dhi-
din an sgiath 'but the shield protected the left hand'.
éd no éid .i. âirnéis, no spréidh 'cattle'.
edel .i. urnaighthe no dibheargdid 'prayer or supplication [edel .i. ur-
naigthe no dïprecôit. Corm. p. 18. Tr. p. 64].
édidh .i. grânna 'ugly'.
edire .i. braighde 'hostages'.
eichtghe .i. échtach .i. en âiridhe 'a certain bird'.
eidirgleodh .i. breitheamhnas no criochnughadh 'judgment or décision'.
éig .i. ésga 'moon'.
éigean .i. dligeadh 'right' . ni héigean dâoib a fochmharc .i. ni dligh-
theach dâoibh a fiarfaighidh. — 'It is not right for you to ask'.
éigin .i. go deimhin 'certainly'. ni hé éigin .i. ni' he go deimhin.
éigne .i. bradân 'a salmon'.
éighthear anh .i. do gaireadh fuachas 'an outcry is made'.
éile .i. ortha 'a prayer'.
eillgheadh .i. adhnacal 'burial\
eillneadh .i. truailleadh 'pollution'.
éimh .i. ésgaidh, luath, ullamh, no maith 'active, quick, ready, or good'.
éimhidhe .i. foichlidh 'rewarding' éimhidhe righ mor .i. foichlidh an ri
môr 'the great king rewards'.
O'Clery's Irish Glossary. — E. — 411
eimhilt .i. liosta no righin 'slow'.
eineach .i. eneaclann .i. ni clanntar do dhuine ar son a einich .i. ar son
a aighthe '« a compensation for one's honour» (Stokes) i. e. a thing
which is fixed to a man for his honour. See Corm. Tr. p. 66. s. v.
Eneclann'.
éirghe .i. comhghabhâil .i. comhthogbhâil 'to rise'.
éirim .i. marcaigheachd 'horsemanship'.
ei ris .i. cara 'a friend'.
éiris .i. mi chreideamh 'heresy'. Fél. Apr. 23.
éirneadh .i. tiodhlacadh 'giving'.
éirneisi .i. do thiodhlaiceadh si 'she gave'
eirr .i. eang (a notch' sgiath erreadhach .i. eangach 'a notched shield'.
éirrsce .i. méidhe mar atâ" colann gan ceann 'trunk, a body without a
head'.
éirseadh .i. on éirghe 'to rise'. acht go néirseadh a fhearg .i. go neir-
gheadh a fhearg 'his anger rose'.
éis .i. buidhean 'army'.
éis .i. lorg 'track'. do fhagbhadh éis a chos isin gcloich .i. lorg achos.
'he left the track of his foot on the stone'.
éisceadh .i. gearradh 'to eut'. — éscis a geionna dhiobh .i. doghearr
a ccinn diobh 'he eut off their heads'.
eiseastair .i. do ghuidh se 'he asks'.
eisibh .i. ibhe . as a neisibh .i. as aribh 'to drink'.
eisil .i. eiséolach, no nemheolach 'ignorant'.
eisimh .i. gach ni bhios a gcôraidh noa bfochair a cheile 'everything
which is with its fellow'.
eisiomal .i. gaisgeadh 'valour'.
eislinn .i. esinnill no edaingean 'unsafe or infirm'.
eislis .i. faillighe, no dimbhrigh 'neglect'.
eismbreatha .i. sâoibhbreatha 'false judgment'.
eismeach .i. brégach 'lying'.
eismeach .i. neamhullamh 'unready'.
eisreacht .i. dilleachta 'an orphan'.
eisredheadh .i. sgâoileadh no sreathnughadh 'loosening'.
eisteacht .i. teacht in eis .i. bas 'death'.
eitim .i. bâoghal 'danger'.
eithre .i. err, no deireadh no criochnughadh, oir adeirthear eithre re
deireadh miosa, no bliadhna 7 a deirthear eithre re herr bhradâin
7 gach éisg oile, etc. 'tail, end, or conclusion, for eithre is said for
the end of a month or of a year, and eithre is said for the tail of a
4' 2 O'Clery's Irish Glossary. — E. —
salmon and of every other fish. [Semait ethri nAugust, Fél. Aug. 3 1 .]'
elc .i. olc 'evil'. nir bh<5 elc .i. nir bh6 olc [nirbu elc, « she was not
malevolent, » Br. h. $]'.
ell no iall .i. ealta dénaibh no do dhâoinibh 'a flock or multitude of
birds or of men'.
ell for Fhionn .i. greim no bâoghal ar fhionn 'difficulty or danger
upon Finn'.
ell .i. cath 'battle' go bfhuair eirinn iomad ell .i. iomad cath.
elteasaidheachd .i. buga, no eillteamhlachd . la helteasaidheachd na
haimsire, etc. eu lukewarmth, tepidness,» O'Conn.'.
éncheannaigh .i. cochall en 'the comb of a cock'.
eneaclann .i. éraic '« compensation for one's honour » Corm. Tr. p. 66,
s. v. Eneclann, and see supra, Eineach'.
enech dunlatha .i. leine .i. 6n inneach 7 on dluth adeirthear 'a shirt;
from the woof [inneacht) and the warp [dlûth) it is called'.
énne .i. féch no fionn 'see or know. Beitr. VIII, 351'.
eo .i. bradân 'salmon'.
eo .i. dealg 'pin'.
eo .i. iubhar 'yew'. Eô dealg 7 eô ïubar, For. Foc, LL. 39$. a.
eo .i. crann 'tree [eo (.i. lignum .i. crandj Fél. Mch. io]\
eo .i. rinn . eo a shleighe .i. rinn a sleighe 'point. — The point of his
spear'.
eobhrat .i. ceanbhar .i. edach bhios ar ceann 'head-dress'.
eochair .i. teanga 'tongue'.
eochair .i. imeal 'border' eochair imle an mhara .i. imil 7 uilleanna an
mhara 'the coast and islands of the sea'.
eol .i. eolas 'knowledge'.
eolchaire .i. doilgheas no dobrôn 'sorrow or grief.
eos no ade6s .i. sloinnfeadh no inneosad '« I will déclare, or I will
relate », Beitr. VIII, 310]'.
er .i. uasal 'noble'.
er .i. môr 'great'.
ercheannchaidhe .i. firchinnte 'fixed, settled'.
erchrethe .i. earcradhadh no diombuan 'transiting'.
ess .i. bas 'death [es .i. eu (death) unde eslene (a shroud) etc. Corm.
Tr. p. 70]'.
ess .i. long 'a ship' ni dheachaidh âon ess tre san muir ruaidh acht an
ess umhaidhe. — 'Not one ship went through the Red Sea except
the copper ship'.
esceptus .i. cur in aghaidh 'opposing « an exception », O'Conn.'
O'Clery's Irish Glossary. — F. — 4 H
étte .i. aois 'aetatis'. iar mbuaidh âoide 7 étte .i. iar mbuaidh ôige 7
âoise, etc. 'after the victory of youth and of âge'.
etnge .i. edteangtha .i. duine balbh 'i. e. edteangtha (tongueless) a
dumb man'.
etseacht .i. bas 'death'.
éttuachail .i. aimhghlic 'imprudent'.
éttualaing .i. diofulaing no dofulaing ''intolérable'.
éugnaidh .i. éc connaidh .i. éccialaidh 'senseless' conn .i. ciall 'sensé'.
F.
fabhall .i. brég 'a lie'.
fabhall .i. feacht no siubhal 'travelling or walking'.
fachain .i. fo éigheamh no glâodh 'warning or shout [« Monitio vel
clamor, » Stokes, Beitr. VIII. 346]'.
fachain .i. adhbhar 'cause'.
fachain .i. fuachtain no cathughadh 'fighting'.
facht .i. cathughadh 'fighting'.
fadhb .i. ceist 'a question'.
fadhb .i. cnapân no ni aimhréidh 'a knot or difficulty'.
fadhb .i. fo dhiubadh no gearradh 'cutting'.
fadhlaidh .i. sgâoilidh 'separating'.
fadhlaim .i. fodheilighim no eidirdheilighim '\ separate'.
faescal .i. fadhb 'a lumporknob, O'Conn.'suasdochuireadh afhaescal
.i. a fhaidhb, etc.
fagha no fogha .i. ga 'a spear [faga A. figa (poison-spear) .i. drochgai
(evil-spear) Corm. Tr. 78.]
faichill .i. tuarastal. go bfaichlibh .i. go dtuarastlaibh 'wages. — with
wages [fachell, Corm. Tr. 78. see infra s. v. Foicheall]'.
failbhe .i. beodha 'lively\
failc .i. manntaighe 'a gap or chasm, O'Conn.'
failghis .i. buailis no do ghearr 'he struck or eut'.
faing no fang .i. fi'ach .i. forbhrat faing .i. brat fiaich no ar dath an
fiaich 'a raven. — a raven-cloak, or of the colour of a raven'.
faing no fang .i. sgreaball. dobheireadh a fhaing ndeargôir don easpug
.i. a sgreaball, etc. 'a scruple. — a scruple of red gold was brought
to the bishop'.
fainne .i. aineolas foghlama 'ignorance of learning'. — âos fann .i. âos
aineolach no lag 'an ignorant or weak âge'.
fair .i. turgbhâil gréine, no éirghe gréine 'rising of the sun [So Corm.
P- itf.
Rev.Celt.IV 28
414 O'Clery's Irish Glossary. — F. —
faircel .i. faichill. ni faircelsam a ôga .i. ni'r fhaichliomar sibh a laocha
'rewarding. — We hâve not rewarded you, o warriors'.
fairnic .i. fuair ni fhairnic .i. ni fuair 'he found. ni fairnic, he found
not'.
fairthe .i. fleadh 'a feast'.
fairthe no a bfairthe .i. go luath 'quickly'.
faiscre .i. foiréigean 'violence' adcoda faiscre ro fhaiscre .i. anté do ni'
foiréigean dligheadh se ro eigean do dhénamh air 'violence procures
great violence i. e. he who does violence ought to hâve violence
done upon him'.
faiscre .i. câisi no mulchân 'cheese.
faith .i. teas 'heat'.
faith .i. édach 'dress'.
faitbe no faitbeadh .i. gâire 'laughter'.
faithe .i. aoinfilleadh edaigh 'one fold or plait in cloth, O'Conn.'
faithneann .i. on taitneamh .i. go bfaithneann .i. go ttaitneann 'from
îaitneamk, to shine.'
faitse .i. an deisceart 'the south'. clanna neill in fhaitse .i. clanna neill
an deisceirt 'the Clanna Neill in the South'.
fal .i. ri 'a king'. Corm. Tr. p. 80.
fal .i. iomad 'abundance'.
falbhach .i. fàl abach 'a carcass'. no fal corp 'a corpse'. fâlbhaighe
.i. fâl abaigheadh 'carcasses'.
fall .i. aorachas 'satire'.
falla .i. follamhnughadh 'governing'.
fannfhath .i. fâidhfann no aineolach 'a weak cause (O'Conn.) ignorant'.
fang .i. fiach 'a raven. V. supra, Faing'.
fang .i. sgreaball ôir, no airgid. 'a scruple of gold or silver'. — a
fhaing ndeargôir etc. 'his scruple of red gold'.
faoidh .i. guth no glor 'voice or cry'.
faoidh for leic .i. do chodladh ar leic 'he slept on a stone [Foaid for
leicc luirn, he slept on a bare stone, F. h. 3 1]'.
faoidh no do fhaoidh .i. do chuir 'he put'.
faoidheamh .i. teachtaire 'messenger'.
faoilidh .i. lûthghaireach 'joyful'.
faoinbhleoghan .i. ceannsacht 'gentleness'.
faoinnealach .i. ôinmid 'an idiot'.
faoi sin .i. fô no samhail sin 'under or like that'.
faoite teachta .i. do cuireadh teachta 'messengers were sent'.
faol .i. fulang 'to endure'.
O'Clery's Irish Glossary. — F. — 415
faol .i. cû allaidh, no mac tire 'a wolf.
faoladh .i. foghlaira 'instruction'.
faolchû .i. cù allaidh 'a wolf.
faolscadh .i. folosgadh no rolosgadh 'burning by hot water. O'Conn.'
faolsnamh .i. fualshnamh .i. snamh ar fhual .i. ar uisge 'swimming on
fual i. e. on water'.
faon .i. faonann .i. ionann 'the same'.
faosamh .i. comairce 'protection'.
fargbhais .i. fâgbais 'he left'.
farlaic no dosfarlaic .i. do theilg 'he threw'.
farrach no forrach .i. foirneart 'violence'.
farsan .i. fursannadh, no foillsiughadh -kindling or manifesting'.
fasghuba .i. fâs acâoineadh no fâs châoineadh 'lamentation'.
fath .i. foghlaim 'instruction'.
fath .i. aisde 'a poem; « a poetical composition so called, » O'Conn.'
fath .i. fâthach .i. gliocas 'cleverness'.
fé .i. slat thomhais ûaighe . 6 ro toimhseadh fé frï flann .i. 0 do toimh-
seadh slat thomhais uaighe, etc. 'a rod for measuring a grave. —
The rod was measured on Flann [This is the last line of a quatrain
quoted by Corm. s. v. Fé, p. 21, Corm. Tr. p. 75]'.
fé .i. fâl 'a edge [Beitr. VIII. 349]'.
feabh .i. tdchas no cumas 'strength, power'. gona feabhaibh .i. gona
cumas.
feabhdha .i. feabhas 'goodness'.
feabhsa .i. eolas 'knowledge' go bfeabhsa .i. go heolas 'tt-ith knowledge'.
feacadh .i. filleadh. feacadh gluin, etc. 'to bend. feacadh gluin, to bend
the knees'.
feacc no fecc .i. fiacail 'a tooth'.
feachaid .i. dochuireadar 'they put'.
feachsaithear .i. cuirfidhear 'it shall be put' [S-fut. pass., Beitr. VII. 65].
feacht .i. turas 'a journey'.
feachta .i. do cuireadh . feachthar cath .i. do cuireadh cath 'a battle
was fought'.
feachtnach .i. firénta 'righteous [Fél. July 21].
feadarlaic .i. an seinreacht 'the old law'.
féal .i. olc 'evil'.
fealbhas .i. droichfhios 'evil knowledge, «artifice, craftiness, » O'Conn.'
fealmhac .i. mac foglama 'a son of learning [« a learned person, »
Stokes, Felmac À. mac a hiad no a huad, « son of his science? »
Corm. Tr. p. 74"'.
416 O'Clery's Irish Glossary. — F. —
feanchas .i. seanchas 'old âge'.
feangcadh .i. camadh 'to bend. twist', no fheangadh a bhel .i. do cha-
madh a bhel 'he twisted his mouth'.
fearb .i. bô 'a cow'.
fearb .i. briathar 'a word'.
fearb .i. bolg fhâsas ar aghaidh no ar gruaidh, as do dhearbhadh na
focalso atâ an rann so atâ isin amhradh :
Fearb as ainm do bhoin iar bfi'or
7 do bhoilg gan imshniomh
7 gan uair néithighnairc
Do bhreithir gan chonntabhairt.
'a blister which grows on the face or on the cheek. It is to prove
thèse words that this verse is in the Amra :
Fearb is the name for a cow in truth,
And for a blister without grief
For a word without doubt.
fearbholga .i. brisde 'breeches'.
fearbholga .i. mâilineadha. fearbholga fo chuim gach fir dhiobh .i.
mailineadha 'satchels. — Satchels about the waist of each man of
them'.
fearbholga .i. trûaille 'sheaths' cloidhmhe go bfearbholgaibh .i. go
dtruaillibh, etc. 'swords with sheaths'.
fearchur .i. curaidh, no gaisgeadhach feardha no calma 'a champion,
or manly or strong hero'.
fearchuidreadh .i. fear choimthritheach .i. beith nambuidhnibh tn'air
'a triumvirate".
fearg .i. lâoch 'a hero'.
fearg féne .i. lâoch eireannach 'an Irish hero'.
fearmhaic .i. fir neartmhara 'powerful men'.
fearn .i. maith 'good'.
fearn .i. sgiath 'a shield'.
fearnaidhe .i. fearrdha 'manly\
fearrdhacht fionnchoir .i. neart eolais 'the might of knowledge'.
feart .i. uagh 'a tomb'.
feart .i. fearann 'land\
feartmhagh .i. fearann magh 'a field'.
feascor .i. deireadh lâoi '[= vesper] the end of day. [fescor quasi fescer
i. e. vescer hoc est vesper, etc. Corm. p. 20]'.
O'Clery's Irish Glossary. — F. — 417
feathal .i. éccosc, nô cuma 'face or form [feuthal .i. eugasg, Corm.
Tr. p. 8i]\
feathal .i. corn cumhdaigh airgid '« a goblet withasilver mounting »,
Stokes [So Corm. Tr. p. 80. Fethal A. corn cumdaig argoid}.
feathan no feathon .i. fionnfadh 'hair'.
fec .i. Iaige 'a. spade [fec quasi pec, quia pingit terram, Corm. Tr.
p. 78]'.
féd .i. innisin . adféd .i. do innis 'telling. adféd, told [adfet (relatum
est) prêt. pass. Z. 478. Fét, ainm dinnisin, For. Foc, LL. 395 a].'
feibh .i. amhail 'like, as'.
feibh .i. maith 'good'.
feibh .i. sâoghal fada 'long life'. Fél. Jan. 3.
feidhil .i. ionnraic 'sincère'.
féigh .i. gér 'sharp [ropsciath frifœbra fègi, may she be a shield against
sharp weapons, Br. h. 97].
féige .i. mullach tighe no dûnaidh 'top of a house or fort [Feici, « ridge-
pole » Corm. Tr. p. 81]'.
feilfhios .i. droichfhios 'evil knowledge, sorcery'.
feilios .i. diomhaoineas 'idleness' .i. amhail dhearbhas an rannsa :
Cib fors mbean a bhéim aichear,
ag aithe ghreas a chenél.
iarna sa no dia eineach
ddsamh as feilios fmnén.
ionann sin re a radha 7 gibe ara mbuaileann a bheim gér no fâo-
bhrach ag dioghail ghreisi a cheineoil gurab diomhâoin do sgiath do
bheith aige do leith a chûil no a aighthe.
feimdheadh .i. diultadh 'refusai'.
féine .i. brughaidh 'a farmer'.
feirn séoil luinge .i. bun an chroinn siûil 'mast of a ship' 0' R.
feirrsi .i. neart 'strength'.
feisin .i. fein 'self.
féith .i. chinas 'silence'.
feithis .i. tionôilis no tiomsaighis 'thou hast collected or assembled'.
feithis no ron feithis .i. do thaisgis no do choimhédais 'thou hast kept
or guarded'.
fel .i. éigsi 'poetry [fêle .i. écsi no éceis, etc., poetry or a poet, Corm.
p. 20]'.
femen .i. bean . seach ba fémen ba feindidh .i. a deirim gur bhô bean
1 do bhi na bangaisgeadhaig 'woman. — although she was a woman
she was a warrior'.
41 8 O'Clery's lrish Glossary. — F. —
fein .i. carr, no cairt 'chariot or waggon'.
feorann .i. faithche . ainm fos é dona srathaibh, no da gach fearann
bhi'os ar brû srotha no abhann 'a field : it is alsoaname for moors,
or for every land that is on the brink of a stream or of a river'.
feothann .i. fobhthannan 'a thistle'.
ferenn .i. crios, 'girdle' no sliasad do réir druinge . tacmaic sneachda
fearna fear .i. tainicc go sliasdaibh fear, etc. 'the snow reached
men's girdles [... corroferustaïr in snechta cotoracht fernu fer, Trip.
Eg. 3. b. 2]\
fés .i. bel 'mouth'.
fess .i. muirfidh. fess an milidh .i. muirfidh an mîlidh 'he shall kill. —
the soldier will kill'.
féth .i. âoi, no ealadha 'learning'.
fetha .i. fleasga no feathain 'twigs'.
fî .i. neimhneach no fearg 'poisonous, or anger'.
fi .i. olc . fô ainm do mhaith is do mhiadh. fi ainm dulc is dhaimhriar,
etc. 'evil. fô is a name for good and for noble : // is a name for
evil and for opposition'. [From the For. Foc, LL. 39$. a.]
fiaclach coilleadh .i. tore 'a boar'.
fiadh .i. tighearna 'lord', fiadh maisi .i. as é tighearna na maise é '«the
Lord of order » O'Conn.'
fiadh .i. fearann 'land'.
fiadh .i. fiadhântas 'wildness'.
fiadh .i. biadh .i. ubhall ba fo fiadh .i. ubhall ba maith an biadh 'food.
— an apple was good food'.
fiadha .i. fodhia .i. Dia maith 'good God [fô good]'.
fiadha foirghill .i. fiadhnaise follas 'clear testimony'.
fiadhaid .i. innisidh 'telling'.
FiADHAiGHis siol na mbô" .i. dochuadar a bffadhân 'the young of the
cows ran wild*.
fiadhar no adfiadhar .i. innistear no aisneidhthear 'is told or related'.
fiadamhuc .i. mue fiadhâin 'a wild boar'.
fial .i. maith 'good'.
fiallach .i. fian laoch no foireann laoch no ghaisgeadhach 'a band of
warriors'.
fiamh .i. lorg 'a track'.
fiamh .i. granna no adhuathmhar 'ugly or dreadful'. Fél. Prol. $0.
fiamh .i. slabhradh . dâ fhiamhchaladh argaid .i. da chruadhslabhradh
airgid 'chain. — Two strong chains of silver'.
fias no adfias .i. inneosad 'I will tell'.
O'Clery's Irisk Glossary. — F. — 419
fich .i. dochuir 'he put', fich cuirche cath .i. do chuir cath cuirche.
fich no ar fich .i. dobhris 'he broke'.
fichfeadh foirn .i. do gheunaid cathugadh ar ar son.
fidhcheis .i. sleagh . triocha troighidh a bfod na fidhcheisi .i. a bfod
na sleighe 'a spear. Thirty feet their iength of spears'.
fighill .i. urnaighthe donf duine ar a ghluinibh mar atâ slechtain, no
meditâtitf :a prayer which a man makes on his knees, as slechtain
(kneeling) or meditatio [fighill a vigilia .i. frithaire, Corm. Tr.
P- 77l'-
fillis .i. feallais 'he deceived'.
fim .i. deoch 'drink [So Corm. Tr. p. 71, 80].
fim .i. fion . do dâileadh fim a creithir .i. do daileadhfion a cuach no as
corn 'wine. Wine was distributed from a cup or from a horn [do-
dailed fim i crethir, Corm. Tr. p. 80]'.
finne .i. friothaileamh. A ghille nocha dhlighe luach finne .i. luach
friothailmhe 'service. A ghille, etc. 0 lad, the price of service is
not due'.
finnell .i. sgiath 'shield'.
finnell .i. nell fionn 'a white [fionn] cloud [nell}'. finnell na cailce .i.
nell fionn an cailce.
finnén .i. sgiath 'shield'.
fioch .i. fearann . fiochmhagh .i. fearannmhagh 'land'.
fiodhradh .i. nos 'custom'.
fiodhrubha .i. muine 7 fiodh .i. cumasg droighnigh 7 coilleadh no
crann tre na roile 'i. e. bush and tree ; a mixture of thorns and
trees one among the other'.
fionn no finn .i. lachd 'rnilk'. miach maothbhlethe la muic fhinn .i.
maille re muic lachdmhair mar atâ crâin 'together with a milch-pig,
such as a sow'.
fionn .i. firinne 'truth'.
fionn .i. beag. atchiu fear fionn .i. fear beag 'small. — I see a little
man'.
fionn .i. taitneamhach 'shining'.
fionn .i. follas 'bright'.
fionnaobh .i. aoibh âlainn 'beautiful'.
fionnfadach .i. taithneamhach 'shining'.
fionn fili .i. mac finn 'a fair lad'.
fiordha .i. firénda 'true'.
fiothnaisi .i. ff ré a innsin .i. olc no neimh 'evil or poison'.
fiothnaise .i. drâoidheacht 'sorcery'.
A20 O'Clery's Irish Glossary. — F. —
fireann .i. idh bhios im cholptha deaghlaoich no treinfhir 'a ring that is
about the ankles of a hero or champion'.
firsi .i. neart 'strength'.
fi's .i. taidhbsi 'vision'.
fisse, no ba fissi .i. as côir a fhios 'proper to be known [cedaathair
bafissi, « who was his father is to be known » F. h. 5.]'
fit .i. proinn no tomhaltas 'a meal'. beith for teirc fît .i. ar phroinn
mbig, etc. 'on a small meal' [for tercpit, Fél. Sep. 8].
fitheann .i. mue fireann 'a boar'.
fithir .i. fé athair .i. athair an foirceadail no na healadhna 'father of
learning or of science'.
fithreoch .i. duileasg '« dilse, or a sortof edible sea-grass », O'Conn.'
fi'u .i. cosmhail 'like'.
flaith .i. tighearna 'lord'.
flaith .i. cuirm no lionn 'aie or béer'.
flann .i. fuil 'blood'.
flann .i. gach ruadh 'every thing red'.
fleasg lamha .i. fearann . fleasg lamha finn mheic rosa .i. fearann finn,
etc. 'country. — The country of Finn mac Rosa'.
fô a. maith . fô li'th .i. sén maith 'good. fô lith, good luck'.
fô .i. flaith, tighearna no ri 'chief, prince or king'.
fô .i. cuma . fô liomsa mo laighead, etc. 'indiffèrent. — fô liomsa, etc.
my weakness is indiffèrent to me'.
fobhaidh .i. luath, no ésgaidh 'swift or nimble'.
fobhair .i. tinn 'sick'.
fobhair .i. do thionnsgain 'he began'. — fobhair tra ag féughain na
hinghine .i. do thionsgain 'he began îhen to look at the maidens'.
fochaidhe .i. galar 'disease [lob cosnafochaidib, « Job with the tribula-
tions, » Colm. h. i?.]'
fochain .i. fuachtain, mar atâ trond no imreasain 'contest'.
fochain .i. adhbhar 'cause'.
fochann .i. adhbhar 'cause'.
fochla fô .i. suidhe flatha no tighearna 'the seat of a chief or lord
[fochla nomen do suide na flatha, Corm. Tr. p. 8o]\
fochla leomhain .i. tochailt, uaimh , no poil leomhain no fochla .i.
ionadh suidhe leomhain, amhail atâ fochla feinneadh 'burrow, cave
or den of a lion, or fochla, the place of sitting of a lion', fochla fein-
neadh 'a warrior's abode'.
fochmarc .i. fiarfaighidh 'to ask'.
fochmuine .i. céidgheimhreadh 'November'.
O'Clery's lrish Glossary. — F. — 421
fochraic .i. luaighidheachd 'reward'.
focht .i. fiarféighi 'questioning'.
focus .i. caithmheach 'voracious'.
fodhala .i. mionchuiseanna 'small causes'.
fodhail .i. roinn no sgâoileadh 'division or séparation', fodhailid .i.
fodhlaid no sgâoilid 'they distribute'.
fodhb -i. fo dhiubadh .i. gearradh no teasgadh 'cutting'.
fodhord .i. fâoi dhord .i. dord fâoi .i. murmar no briathra nach labhair-
thear go hard 'murmur, or words which are not spoken loud'.
fodruair .i. fodeara 'caution'.
foghrall .i. foghar môr 'a great noise'.
foi .i. cnâmhchoill '« Cnâmchoill, now Cleghile. is 2 miles E. of the
town of Tipperary » Corm. Tr. p. 74'.
foicheall .i. formâiL no luach saothair, dogheibh duine ar son a oibre
sa 16 '« hire or wages which a person gets for his work in the day »
Corm. Tr. p. 78'.
foichleach .i. faichilleach 'earning'.
foidhbiun .i. obann, luath, no ésgaidh 'sudden, quick or nimble'.
foidhmion .i. fo âithmion .i. foghér mion 'sharp'.
foidhreachda .i. fo ionnamhail no fo chosmhaileas dreagain 'like a
dragon'.
foilearbhadh .i. bas 'death'.
foilleacht .i. lorg no ionadh . cos duine. etc. 'footstep, place: aman's
foot. Trip. Eg. 5. a. 2'.
foilmean .i. drochbhrat 'a bad cloak'.
foimhdin .i. oirchill 'reward'.
foinsi .i. tiobrada, no toibre 'wells'.
fôir .i. foiridhin 'help' deaghfhoir .i. deaghfhôirithin 'good help'.
foirceadal .i. teagasg 'instruction'.
foircheann .i. ffrcheann no fi'rdheireadh 'end'.
foircioeal .i. foircdhiabal .i. tilleadh daingean 'reinforcement'.
foirdhearc .i. fior oirdheirc 'illustrious'.
foirfear friothailmhe .i. firfear friothâilmhe 'a serving man'.
foirghioll .i. foillsiughadh 'manifestation' foirghioll fi'rinne .i. foillsiu-
ghadh firinne 'manifestation of truth'.
foirglidhe .i. uaisle 'nobility'.
foirglidhe .i. fir 'true'.
foirglidîs .i. do mhionnaighdis 'they swore'.
foirgthi .i. teagaisgthe 'learned [foircthe (gl. eruditus) Ml. 3 ^ d. Z.
469]'.
422 O'Clery's Irish Clossary. — F. —
foirlion .i. iomad 'abundance'.
foirm .i. dealbh 'image'.
foirréil .i. solas, no follas 'clear [bennachais inclarainech cotndar forreil
adisuil « she blessed the table-faced man so that his two eyes were
clear », Br. h. 42]'.
foirtbhe .i. gearrfaidh 'he will eut', foirtbhe gainne .i. gearrfaidh muinil
no braighde 4he will eut throats'.
foirtchi .i. fiorthuig .i. brôg 'a shoe'.
foirtchi .i. dubh no dorcha 'black or dark' foirtchi bearrtha .i. monga
dubha no gruaga dubha fblack hair'.
foirtghealla .i. foirgheall .i. fiadhnaisi 'testimony\ Pâttraig foirtghealla
gach ri .i. do ni fiadhnaisi ar gach righ 'Patrick bears witness of
every king\
foisite .i. foistine, foras, no comhnaidhe '«rest, leisure», O'Conn.'
foithre .i. coillte Svoods'.
fola .i. brat 'a cloak'.
folabhra .i. labhairt mhaith 'speaking well'.
folabhra ninnsci .i. duine ag labhairt an fad do bheith duine eile ag
tagra 'a man talking while another man is arguing'.
folachtain .i. fulang 'endurance'.
foladh .i. cumhachta 'power. flaith na bfoladh .i. na gcumhachd 'prince
of power'.
foladha .i. sbréidh, no âirnéis 'cattle'.
folartnaidh .i. lôrdhâothain. a bfolartnaidh .i. a lordhâothain 'plenty'.
folasa .i. broga 'shoes'.
follach .i. brathchân 'pottage'.
folladh .i. follamhnughadh, 7 follamhnughadh .i. sdiuradh no riagh-
ladh 'governing or ruling'.
follscadh .i. folosgadh no losgadh 'burning'.
foltchib .i. lus 'herb [foltchep, Trip. Eg. 13. b. 2,foltceip, id. 14. a. 2]'.
foludhad .i. foluaimhnighid .i. bid go luaimhneach 'activity'.
folumain .i. drochbhrat 'a bad cloak'. V. sup., Foilmean.
fomhamughadh .i. umhlughadh 'humiliation'.
fonnadh .i. foghluasacht no siubhal '« moving or travelling, » Beitr.
VIII. 34]'.
fonnadh .i. carpad 'a chariot', for fonnadh gan chiol .i. ar charbad gan
chlâoine. [From the Agall. an da Suad, LL. 187. c. 27.]
forail .i. iomarcaidh 'excess'.
foraimh .i. foreimniughadh no siubhal 'walking or travelling'.
foraithmhead .i. cuimhniughadh 'remembrance. Z. 881'.
O'Clery's Irish Clossary. — F. — 423
foras .i. fîrfhios 'true knowledge'.
foras .i. biseach 'increase'.
foras .i. dligheadh, no bunâit. 'law'. foras châna Adhamnâin, etc.
forasoglach .i. oglach âosda, 7 amhail a dearar foraisbhean .i. bean
âosda 'an aged man; and so is said foraisbhean, an aged woman'.
forba .i. fearann 4and\
forbach .i. cuid na marbh 'legacies left by the dead, O'Conn.' cumhal
fhorbaigh do mhuinntir Dhe, etc. 'charity for the people of God'.
forbhadh 'criochnughadh finishing'.
forbhadh .i. teasgadh, no gearradh 'cutting'.
forbair no do fhorbair .i. dofhôbair 'he attacked'.
forbairt .i. biseach, fâs, nô sioladh 'increase, growth, or profit'.
forbann .i. iomarcaidh 'excess'.
forbann .i. for bann .i. ni 6s ceann dligidh, ôir as ionann bann 7
dligheadh '[false law, Beitr. VIII. 332.] something above law, for
bann and dligheadh are the same'.
forcar .i. foiréigean 'violence'.
forcar .i. maide forcaidh '«a large wooden mail or sledge », O'Conn.'
forcmaidh .i. forchoimhédaidh 'watchmen'.
forcomhal .i. fioracomhal .i. ceangal 'a girdle'.
forchongra .i. furâileamh 'a command'.
forcraidh .i. iomarcaidh 'excess. [sechnifurecht forcraid ann, « there
was not found increase there, » Br. h. 88.]'
forcraidh .i. éirghe 'rising'. forcraidh maidne .i. éirghe maidne, etc.
'rising of the morning'.
fordal .i. do éol .i. seachrân 'error'.
fordharc .i. solas, no réil 'bright, or clear [dorignel bafordarc .i. basu-
las no baréil .i. derc sâil. Fél. May 1 1]'.
forghal 7 forghall .i. brég 'a lie'.
forgho séd .i. roghséd 'choice property'. O'Conn.
forghuin .i. fiorghuin 'a deep wound'.
forlaimh .i. firléim. ag forlâimh ar a ghaisgeadh .i. ag fi'r leim 'a leap'.
formach .i. tôrmach .i. médughadh. don formaigh. .i. do ni ar dtôr-
mach no ar médughadh 'increase'
formad .i. tndth 'envy' [Format, 3 Hom. p. 1 18].
fortma .i. iomad 'abundance'.
fornghabhail i. cruas 'hardness'.
forngaire .i. furâileamh 'a command'.
forosna .i. fursannadh, no roshoillsiughadh 'illumination or enlightening'.
forrach .i. slat dhubhânachta 'a fishing-rod'.
424 O'Clery's Irish Glossary. — F. —
forrach .i. slat thomhais tire no fearainn 'a rod for measuring land'.
forrogéna .i. dofhoghain 'ne served [S-pret.]'.
forrumha .i. do cuireadh 'was put'.
forsmalta .i. aindligheadh 'injustice'.
fortha .i. foradha .i. ionaid suidhe '[seats] places of sitting'.
fortan .i. firtheann 'firm, stiff, strict, O'Conn.'
fortraidh .i. éirghe 'rising'. fortraidh maidne .i. éirghe maidne 'rising
of morning'. [Cf. Forcraidh.]
foruaisliughadh .i. îsliughadh no tarcaisniughadh 'contempt'.
foiscionuch .i. ithiomrâdh. gan fodhord, gan fhoiscionach .i. gan
murmar no ithiomrâdh 'slander. — Without murrnur, without
slander'.
fosgadh .i. sgâile 'shelter'.
fosra .i. sgâoileadh, no sreathnughadh 'loosening or separating'.
fôt .i. faiteach 'vigilant', anfôt .i. anbfaiteach 'not vigilant [So Corm.
p. 21]'.
fôt .i. fuireachair 'vigil'.
fotha .i. fundameint 'foundation'.
fotha .i. adhbhar 'cause', fotha subha .i. adhbhar subhachais 'cause of
joy\
fotha no dofotha .i. beantar . dofotha tarr ten .i. beantar an tarr don
teinidh 'is taken. dofotha tarr ten, 'the hog's belly is taken frorn the
fire [dofotha tarr tein .i. as mithig a thircdil dothenid, « it is time to
take it off the fire » Corm. s. v. Lethech, p. 27. Tr. p. 102]'.
fothach muilinn .i. linn mhuilinn 'mill-pond'.
fothughadh .i. cumhdach no tionnsgnamh . fothughadh eagailsi, etc.
'foundation or beginning : the founding of a church'.
fotulsceith .i. sgéith foda mhôra « a hollow, large, oblong shield, »
O'Conn.'
frag .i. ben 'a woman [arulc frïjraicc indnïad « for evil against the Nia's
woman, » Br. h. 71]'.
frag .i. lâmh 'hand'.
frag no fraig .i. sgiath 'shield'.
fraigh .i. fairrge 'sea'.
fraigh .i. fri haigh .i. fri fuacht '.i. fri (against) haigh (ice) i. e. against
cold ['a roof Corm. Tr. 76]'.
freacar .i. friothâileamh 'service'.
freacar .i. fiadhnaisi 'testimony'.
freacnairc .i. an aimsir atâ do lathair '[the présent] the time which is
to-day'.
O'Clery's Irish Glossary. — F. — 425
freanc .i. camadh 'to bend'. aighthe freanc bhâna .i. aightheasar
beanadh camadh.
freapadh .i. leigheas 'cure. [Bui og frepad in fiursi, ol Fergne. Rev. celt.
III. 544.]'.
freasgabhail .i. dol ar neaitih do Chriostt. ar do fhreasgabhâil, etc.
'Christ's going to heaven [fresgabail, Patr. h., Goid. p. 1 54, 1. $]'.
freastal .i. friothâileamh 'service, [doragat dia frestal, they will corne
to serve him, Fél. Ep. 115.]'
fréchoimhéd .i. friothchoimhéd .i. coimhéd in agaidh 'guardingagainst'.
frémhach .i. bunâiteach 'fondamental'.
frésci .i. saoileachtain 'reflection'.
frescre .i. searg 'decay'. a fréscrear.n .i. a seargann.
frésligh .i. fearg 'anger' [freslige, 'lying down', Corm. Tr. p. 6".
fréunaidhe .i. bunata 'settled'.
friothbruth .i. diultadh. no friothbhruidheadh Brigid an biadh, etc.
'refusai. — Brigit refused the food'.
friothaire .i. faire no forchoimhéd 'watch or guard'.
friothola .i. connradh 'a contract'.
frisailfidhear .i. friothâilfidhear 'will serve'.
friscart .i. freagrais khe answered'.
friscéra .i. freigéra 'he will answer'.
frismbeart .i. dobhraith, no domharbh. amhail dhearbhas an rannso :
Neach frismbeart a thighearna
nirbhad ile a iibhearna
go mbeartaid nâmhaid a cheann,
a ghabhair is a duibhgheann.
ionann sin re a râdha 7 gibe do bhraith no do mharbh a thi-
ghearna narab iomdha longa 7 go mbeirid nâmhaid a cheann, a
eich 7 a chloidheamh. Iibhearna .i. longa. gabhair .i. eich. duibh-
geann .i. cloidheamh 'betrayed or killed. Neach frismbeart, etc.
this is the same as to say : « Whoever has betrayed or has killed
his lord, let not his galleys be many, so that enemies shall bear
away his head, his horses and his sword. » Iibhearna, galleys; ga-
bhair, horses; duibhgeann, sword. [The quatrain cited by O'Clery
is taken from a note on the Amra Choluim Chille, LU. 1 3. b. 12.,
where it reads thus :
Nech frisbert athigerna
nirba|ti ile a liberna
corrucait namait achend
agabair is a dubcend.
426 O'Clery's Irlsh Glossary. — F. —
Thèse lines are printed and translated by Mr. Stokes, Beitr. VIII.
342. Mr. Stokes translates liberna by 'children », quoting O'Clery
himself, inf. Libhearn .i. clann no crodh, children or goods]'.
frisnéidh .i. fioraisneidh no innis 'he told or related'.
fris ninnle .i. friothôilidh 'service'.
frisôccabhsad .i. freascrabhsad .i. do éirgheadar suas 'they rose up\
frith .i. édâil . ba fô frit h .i. ba maith an édâil 'profit. — The profit
was good'.
frithbheart .i. cur in aghaidh 'opposing'.
frithchédfaidh .i. fiadhnaisi 'présence', ni bhî neach a bfrithchédfaidh
ar oile .i. a bhiadhnaisi a chéle 'no one was in présence of ano-
ther'.
frithighidh .i. friothâileamh 'attendance'.
frithshearc .i. searc in aghaidh gradha 'mutual love'.
frithteacht .i. teacht an aghaidh luirg 'retracing one's steps'.
fromhadh .i. féchain 'to look'.
fuach .i. focal 'a word'.
fuach .i. rann 'a stanza'.
fuadh .i. crdchar 'a bier'.
fuadradh .i. crosadh 'forbidding'.
fuaid .i. fuigheall 'judgment, word'.
fuailfeadh .i. foluamain no luaimhnigh 'leaping'.
fual .i. uisge wwater'.
fualas no fialas .i. muinntear 'family'. go lionn a fualais .i. fialais .i. a
muinntire.
fualascaidhe .i. slaitine beaga câola 'small slender twigs'. [fualascach
gl. arbusta, Goid. p. 60.]
fuaman .i. gile 'whiteness'.
fuaman .i. sgâile 'a shadow'.
fuan .i. brat 'a cloak'-
fuartheit maoine, no do fuartheit maoine .i. teid earchra, no cai-
theamh sna màoinibh 'vvealth wastes away'.
fuascar .i. sgâol, no sgén 'fear, flight'.
fubha .i. crécht 'a wound'.
fubtadh .i. bagar 'a threal, Trip. Eg. $. b. 2, 9. a. i\
fuiceacht .i. driîis 'lust'.
fuidhb .i. cnapâin 'a knob'.
fuidhir .i. biseach 'increase'.
fuidhir .i. briathar 'a word'.
fuidhir .i. brat 'a cloak'.
O'Clery's Irish Glossary. — G. — 427
fuidhir .i. fodhâor .i. fear tuarastail 'a hired man'.
fuidhre .i. lucht friothôilthe 'serving-people'.
fuidhreach .i. fodhérach .i. nochtadh 'stripping'.
fuigheall no fughall .i. breitheamhnas 'judgment'.
fuigheall .i. briathar fa %vord'.
fuighlim .i. râidhim lI say'. fuighlidsiumh .i. râidhid, no briathraighid
'they say'.
fuiliat .i. fuileach "bloody'.
fuilidhe .i. dearg amhail fuil (red like blood'.
fuilleadh .i. luaighidheacht, no luach 'reward, payment'.
fuilngeach .i. sleaghach, no sgiathach 'having armed with. a spear or
a shield'.
fuin .i. crioch lend\ fuinim .i. criochnaighim, no sguirim 'I end or
cease. Corm. Tr. p. 75'.
fuinche .i feannôg 'a scall crow'.
fuine .i. bearbhadh, no bruith 'boiling or baking [icfune indloig,
« cooking the calf », Br. h. 74?.
fuireadh .i. ullmhughadh'preparation'.
fuireag .i. fleadh, no fésda fa feast'.
fuirmeadh .i. toirneamh, no isliughadh 'punishment or humiliation'.
fuirmeadh .i. foréimniughadh, no siubhal 'walking or travelling'.
fuirmheadh .i. cur . do fuirmheadh tâmh forra .i. do cuireadh plaigh
orra fto put. — a plague was inflicted on them'.
fuirmeal .i. cur 'to put'. Cuchulainn ag a fhuirmeal re fôdh fâoinlighe
.i. ag a chur.
fuithir .i. fearann 'land'.
fuithir .i. fô thir .i. tir mhaith 'i. e. fô 'good tir 'land , good land'.
fulla .i. brég 'a lie' gan fulla .i. gan bhreig 'without a lie'.
fulla .i. foluamhain. dlâoi fhulla .i. dlâoi chuireas duine ar foluamhain
.i. ar sirshiubhal, no ar mire 'leaping'.
fullôn .i. maisi 'beauty'.
fulngaidhe .i. lucht fulaing no congbhâla'peoplewho endure or sufïer'.
furain .i. iomarcaidh 'excess'.
furnaidhe .i. fuireach 'delay'.
fursannadh .i. lasadh 'kindling'.
furthain .i. sâsadh, no daoth 'satiety'.
gabhail .i. creach 'plunder' gabhâla .i. creacha.
428 O'Clery's Irish Glossary. — G. —
gabhala baoisi .i. gabhlâin bhdoisi '« a temporary fit of madness »,
O'Conn.'
gabhar no gobhar .i. each 'a horse [Gaburlvea quasi caper... GoburXre
o, di eoch is nomen, etc. Corm. p. 22]'.
gabhla .i. sleagha 'spears'.
gadana .i. gotha 'voices'.
gadh .i. gâbhadh 'danger'.
gadh .i. cathughadh 'fighting'.
gadhaim .i. guidhim 'I pray'. gadhadar .i. doghuidheadar '{gadatar, F.
h. 17) they prayed' gadhais .i. guidhis 'he prayed'.
gai no gaoi .i. brég <a lie'.
gaid 7 gada .i. buain 'cutting' gadaim .i. beanaim 'I eut'.
gaill no adgaill .i. do aigill 'he spoke'.
gaimhean .i. croiceann 'ahide'. gaimheann beag for a gcomhtholadh .i.
croiceann ar a gcodladh.
gairbhshin .i. gairbhshian .i. si'ansân garbh 'rough weather'.
gaire .i. gairidhleachd uo leasughadh 'amending'.
gairseicle .i. garrshâoghal 'short life'.
gaisgeadh .i. ga 7 sgiath '(valour) i. e. ga (spear) and sgiath (shield)'.
galach .i. gail, no gaisgeadh 'valour'.
galann .i. gaisgeadh ' valour'.
galann .i. namha (an enemy'.
galastair no adgalastair .i. do aigilleastair, no dorinne caint 'he spoke,
or made speech'.
galba .i. cruas 'hardness' gan galbha .i. gan chruas 'without hardness'.
galgad .i. gaisgeadhach 'a champion. [Galgat, Corm. Tr. p. 87.]
galia .i. cathbharr no ceinnbheirt 'helmet'.
gall .i. coirthe cloiche 'a pillar stone'. druim re gailleachaibh .i. druim
re clochaib.
gall .i. eala 'a swan'.
gall .i. caileach 'a cock'.
galla .i. gile 'whiteness'. modharn, fionn go ngné ngalla .i. go gné
ngile 'Modharn, white with a fair face'.
gallchobhar .i. gallacobhar .i. saint gaile, no gaisgidh '[aman'sname,
Gallagher, Corm. Tr. p. 89] désire of valour'.
galma .i. crûas 'hardness'. gan galmangairg .i. gan crûas 7 gan
gairge 'without hardness and without roughness'.
gamh .i. geimhreadh 'winter [« November », Corm. Tr. p. 82]'.
gann .i. goirt, no docamhlach 'scarce or difficult'. go ngainne .i. go
ndocamhla 'with difficulty'.
To be continued.
LES CONTES POPULAIRES
DE LA HAUTE-BRETAGNE.
Aujourd'hui, la France, après s'être trop longtemps laissé devancer
par presque toutes les autres nations, dans la recherche des traditions
orales du peuple, semble n'être plus, grâce à des travaux récents, trop
inférieure dans cette branche d'études. On a commencé, comme presque
partout, par recueillir les traditions rimées et chantées, et plusieurs
recueils importants, embrassant des régions plus ou moins étendues,
ont été publiés sur ce sujet ; mais il nous manque encore un travail d'en-
semble comprenant notre romancero complet, ou à peu près, et c'est
là une lacune regrettable.
Les contes, les légendes et les récits oraux de tout genre, envisagés
à un point de vue scientifique et recueillis avec conscience et méthode,
ont eu leur tour, plus tard, trop tard sans doute, et là encore, ce qui a
été fait jusqu'à présent est assez peu de chose, — en France voulons-
nous dire, — à côté de ce qui reste à faire. Pour les contes comme pour
les chants, — plus que pour les chants, — c'est la Bretagne, cette
vieille province où les souvenirs de notre passé le plus lointain semblent
s'être mieux conservés qu'ailleurs, qui a fourni la plus ample moisson,
jusqu'ici. Toutefois, ce n'est encore là qu'un commencement, et le vaste
champ des traditions populaires, dont La Fontaine eût pu dire comme
du pays de la feinte :
Mais ce champ ne se peut tellement moissonner
Que les derniers venus n'y trouvent à glaner.
Tous les jours nos chercheurs y font des découvertes,
est loin d'être épuisé. On le verra bientôt, du reste, par de nouvelles
publications que nous savons être en préparation et à la veille de paraître.
Rev. Celt. IV 2Ç)
430 Les Contes populaires de la Haute-Bretagne.
Un recueil spécial, trop tôt disparu, Mélusine, dû à l'intelligente et
savante initiative et direction de MM. Henri Gaidoz et Eugène Rolland,
semblait destiné à devenir le rendez-vous de tous les collecteurs des
traditions orales de tout genre qui ont encore cours dans le peuple et
qui vont disparaissant rapidement chaque jour. Les savants qui ont pour
mission de synthétiser les documents recueillis par d'autres et de con-
clure sur le sujet y eussent trouvé un véritable magasin rempli de maté-
riaux puisés à la source populaire, avec méthode et sincérité, et méritant
par conséquent une entière confiance, ce qui est un point capital. Mais
hélas ! cette tentative vraiment scientifique, désintéressée et digne d'un
meilleur sort, a échoué devant l'indifférence publique, mais non toutefois
sans espoir de résurrection. Mélusine a publié, entre autres choses dignes
d'intérêt, un grand nombre de contes populaires picards, messins, bas-
bretons, créoles et autres, des plus curieux, et ce précieux recueil est
indispensable aujourd'hui à toute personne qui s'occupe de recherches
ou d'études sur la littérature populaire '.
M. Paul Sébillot, déjà connu dans le monde savant par des études de
linguistique et de statistique sur le patois gallot ou parler de la partie
non bretonnante de la Bretagne, vient de publier chez l'éditeur G. Char-
pentier, à Paris, un recueil considérable et important à divers titres de
contes, légendes et récits divers de la Haute-Bretagne, ou pays gallot,
particulièrement les Côtes-du-Nord et un quartier de l'Ille-et— Vilaine. Le
titre de l'ouvrage est : Contes populaires de la Haute-Bretagne, se divisant
en : I. Les féeries et les aventures merveilleuses. — II. Les facéties et les
bons tours. — III. Les diableries, sorcelleries et revenants. — IV. Contes
divers; en tout soixante-six morceaux de tous genres, 360 pages de
texte format in- 12 et vin de préface (Prix : 3 fr. 50).
Ce livre est le résultat d'une première et fructueuse exploration d'une
partie seulement de la Bretagne non bretonnante.
On savait jusqu'ici qu'en Basse-Bretagne, la muse populaire était d'une
richesse exceptionnelle, et que les aèdes homériques de nos pardons et
foires, et les Schéhérazades de nos foyers de veillées possédaient un trésor
presque inépuisable de gwerziou tragiques et sombres, de soniou mélan-
coliques, d'une sentimentalité pénétrante, et de contes merveilleux com-
parables pour l'originalité et les ressources de l'imagination aux récits
prestigieux des Mille et une Nuits. M. Emile Souvestre, dans ses Derniers
Bretons et son Foyer breton ; MM. Dufilhol et Jules Simon, dans leur
1. La collection de Mélusine forme un volume in-4", en vente à la librairie Maison-
neuve, quai Voltaire, 2$, à Paris. Prix : 25 fr.
Les Contes populaires de la Haute-Bretagne. 43 1
Guyonvac'h, livre curieux et devenu rare; M. Corentin Tranois, dans la
Revue de Bretagne de 1833-34 et celle de 1840 ; M. le docteur Fouquet,
dans ses Contes, légendes et chansons populaires du Morbihan, 1857;
M. Du Laurens de la Barre, dans ses Veillées de VArmor, 1863, Sous le
chaume, et ses Fantômes bretons, 1880; M. Milin, dans son Conteur breton,
1870, et les Dictionnaires français-breton et breton-français de M. le colo-
nel Troude ; quelques autres encore, pour ne pas nous citer nous-même,
avaient déjà donné un avant-goût de ces attrayants récits de veillée, et
le coin du voile qu'ils avaient ainsi soulevé donnait une idée très favo-
rable des conteurs bas-bretons et faisait désirer d'en connaître davan-
tage.
Si les chants et les contes populaires de la Basse-Bretagne étaient
plus ou moins connus, grâce aux écrivains de talent que nous venons de
nommer, mais qui, pour la plupart, avaient apporté plus de fantaisie que
d'exactitude et de critique dans leurs publications, le pays gallot ou
Bretagne non bretonnante avait été complètement oublié, sous ce rap-
port, jusqu'aujourd'hui, sauf une petite brochure de Mme de Cerny, sur
les traditions des environs de Saint-Suliac et de Dinan, et l'on ne sem-
blait même pas se douter qu'il y eût là aussi des trésors enfouis et dont
personne ne se souciait. M. Paul Sébillot, natif de Matignon, entre
Dinan et Saint-Brieuc, c'est-à-dire dans la région non bretonnante des
Côtes-du-Nord, mais où des traces non équivoques de l'usage plus ou
moins reculé de la langue bretonne, et par conséquent de la présence
des Bretons sur le sol, sont restées dans les noms de lieux et les noms
d'hommes, dans certaines locutions populaires, dans les mœurs et les
traditions orales ; M. Sébillot se rappela un jour que, dans son enfance,
il avait entendu dans la bouche des pêcheurs de la côte de St-Cast et
d'Erqui, et dans celle desfileuses,des pâtres et des laboureurs de son can-
ton, des récits fantastiques et merveilleux où il était question de fées, de
talismans tout-puissants, de géants, de nains, de magiciens et de méta-
morphoses de toute sorte, dont un souvenir vague se réveillait dans sa
mémoire, quand il lisait les contes bas-bretons et autres, et il se dit :
« Et mon pays aussi a ses récits de veillée, ses contes du foyer, ses
Mille et une Nuits, et je le ferai bien voir ! » Il se rappelait peut-être
aussi le mot de M. Eugène Rolland, moins paradoxal, après tout, qu'on
ne serait tenté de le croire : « Tout se trouve partout, en fait de tradi-
tions populaires », et il quitta Paris avec cette conviction, vint passer
deux ou trois automnes ou hivers en plein pays gallot, commença ses
recherches avec ardeur, avec foi, et se trouva bientôt en possession d'une
collection de contes et de récits gallots de toute sorte et dont ce pre-
4J2 Les Contes populaires de la Haute-Bretagne.
mier volume, qui va incessamment être suivi d'un second, puis d'un
troisième, donne l'opinion la plus avantageuse.
La méthode de M. Sébillot, nous sommes heureux de pouvoir le dire,
diffère de celle généralement suivie jusqu'aujourd'hui par les éditeurs de
chansons et de contes bretons. Plein de respect pour le récit du conteur
populaire, il le reproduit avec une exactitude scrupuleuse, sauf quelques
légers amendements de forme indispensables, sans intervenir autrement
par des suppressions, des additions, des épurations, des embellissements
et tels autres procédés détestables qui n'ont été que trop longtemps à la
mode, dans une certaine école, et qui ont rendu de si mauvais services à
l'histoire et à la science. Il repousse, et avec raison selon nous, le sys-
tème qui consiste à fondre plusieurs versions d'une même fable en une
seule, plus suivie, plus correcte et d'un goût plus parfait. Il préfère
reproduire ces différentes versions telles qu'il les a trouvées et sans retou-
ches, étant d'avis que, sous aucun prétexte, non licet contamïnare fabulas.
C'est là, en effet, la bonne méthode et la seule qu'une saine et judicieuse
critique admette aujourd'hui.
Voici, du reste, en quels termes M. Sébillot s'exprime, dans sa pré-
face, sur la manière dont il a recueilli ses contes, et nous avons assez
l'habitude des conteurs et chanteurs populaires, les ayant fréquentés
pendant trente ans au moins, pour nous porter garant de la fidélité de
reproduction des morceaux qui composent cet excellent recueil. Nous les
avons, du reste, presque tous rencontrés et recueillis en Basse-Bretagne,
avec des modifications plus ou moins sensibles pour la forme et la
manière des conteurs, mais ordinairement identiques quant au fond :
« La plupart des récits que j'ai recueillis m'ont été contés par plu-
« sieurs personnes, parfois même par cinq ou six, originaires de com-
te munes souvent éloignées les unes des autres, et qui n'avaient guère
« quitté leur pays natal. J'ai mis au bas de chaque conte le nom du nar-
« rateur qui m'a fourni la version la plus complète, et, autant que pos-
« sible, son âge et sa profession.
« Je me suis efforcé de conserver ces contes populaires tels que je les
« ai entendus, en me bornant à les mettre en français, à traduire les
« termes patois qui n'auraient pas été facilement compris, et à élaguer
« les redites qui ne sont pas utiles à la marche de l'histoire, et qui, sup-
« portables dans un récit mimé et parlé, seraient devenues désagréables
« à la lecture. Je me suis bien gardé de vouloir embellir mon sujet, en
« y ajoutant des épisodes tirés de mon imagination ou empruntés aux
« recueils publiés en d'autres pays, persuadé qu'en ces sortes de choses
« la fidélité est à la fois ce qu'il y a de plus honnête et de plus habile.
Les Contes populaires de la Haute-Bretagne. 43 3
« Il est du reste plusieurs de ces contes, — surtout dans les séries des
(( féeries et des aventures merveilleuses, — qui ont été écrits presque
« sous la dictée du narrateur : le lendemain, la mémoire encore fraîche,
« je transcrivais mes notes, et je les relisais à ma femme qui, ayant
« écouté le récit de la veille, me servait de contrôle, me rectifiant par-
ce fois, parfois me rappelant des phrases pittoresques qui m'avaient
« échappé. »
Nous le répétons : les contes du recueil de M. Sébillot sont de bons
et vrais contes populaires et l'on y peut avoir pleine confiance.
Voici quelques rapides réflexions que nous a suggérées la lecture de
ce livre et que nous ne ferons qu'indiquer sommairement, sans les déve-
lopper. Il eût été intéressant de comparer les récits du recueil de M. Sé-
billot avec les versions que nous en avons trouvées en Basse-Bretagne
et de signaler les similitudes et les divergences et aussi les manières
différentes des conteurs des deux régions. Mais cela nous eût entraîné
trop loin et nous serons aussi bref que possible, tout en touchant les
points essentiels.
D'abord, pour ce qui est des conteurs, nous dirons qu'en Basse-Bre-
tagne, leurs récits sont ordinairement plus longs, plus complets, mais
aussi plus mélangés parfois et souvent même d'une confusion et d'une
prolixité ennuyeuses. Il nous a semblé encore trouver plus de gravité
et de foi en ce qu'il débite et, en quelque sorte, une allure et un ton plus
épiques, chez nos conteurs bas-bretons. Tels de leurs récits ressemblent
à de véritables chansons de geste et rappellent les romans des cycles de
la Table Ronde et de Charlemagne. Et puisque nous avons prononcé
ces deux noms, il nous a paru digne de remarque qu'on ne trouve le
nom d'aucun des héros de la Table Ronde dans la bouche de nos con-
teurs populaires, pas plus dans la basse que dans la haute Bretagne, pas
même le nom d'Arthur, et qu'on ne rencontre aussi aucun souvenir des
aventures et des exploits qui, quoique imaginaires presque tous, les
rendirent fameux. A moins pourtant qu'on ne doive regarder comme
émanant de cette source quelques ressorts merveilleux sur lesquels sont
ordinairement bâties ces fables, comme les princesses captives délivrées
par d'intrépides héros, les fées, les géants, les nains, les magiciens, les
enchantements, les talismans, etc. Mais, à ce compte, il faudrait voir
l'influence de la Table Ronde dans les contes de tous les peuples du
monde, à peu d'exceptions près. Une partie de tout cela peut bien être
de source celtique, il est vrai, et nous venir du cycle d'Arthur, bien que
nous soyons enclin à croire à une source antérieure et à une autre pro-
venance. Le nom de Merlin, seul, figure deux ou trois fois, croyons-
434 Les Contes populaires de la Haute-Bretagne.
nous, dans nos contes bas-bretons, et encore est-il bien défiguré et pres-
que méconnaissable. Les conteurs le nomment, dans l'arrondissement de
Lannion, ann Erlinn, et l'idée qu'ils s'en font est celle d'un monstre
redoutable, homme ou bête, ils n'en savent trop rien.
Les romans du cycle de Charlemagne, au contraire, ont laissé des
traces nombreuses et certaines dans les récits bas-bretons. Huon de
Bordeaux, surtout, est très populaire, et divers épisodes de ses aven-
tures merveilleuses y ont survécu. J'ai aussi recueilli un conte fort long
dont le héros est un roi Gobéron, ce qui ne peut être qu'une altération
de Obéron ; ses aventures, du reste, ne permettent aucun doute à cet
égard.
Les contes que l'on peut appeler mythologiques et que l'on interprète
ordinairement par des phénomènes météorologiques, — le mythe du
héros solaire principalement, en lutte avec les nuages et la nuit ou l'hiver,
— sont aussi plus nombreux et plus développés en Basse-Bretagne
qu'en pays gallot. Les fables de Psyché, sous des noms différents, de
Cendrillon, de Peau-d'Ane, du Petit Poucet, la quête de la Princesse
aux cheveux d'or, les Corps sans âme, le Magicien trompé par son valet
ou par sa fille, qui a appris ses secrets, les enfants vendus au diable,
sont les thèmes qui défraient le plus ordinairement les récits des conteurs
bas-bretons, et avec de nombreuses variantes. Nulle trace non plus chez
eux, pas plus que chez ceux du pays gallot, de druidisme ni de bardisme.
Une série de récits très curieux sur les houles ou grottes de fées, qui
semblent particuliers à la région explorée par M. Sébillot, et dont nous
n'avons pas rencontré de similaires en Basse-Bretagne , donne des
détails intéressants sur la vie et les mœurs des fées et sur certains talis-
mans dont elles disposent, comme la miche de pain qui ne diminue pas
quand on en coupe, et la pommade qui les rend invisibles. L'odyssée
grotesque des Jaguens est aussi fort originale et fort drôle.
Ne disposant ici que d'un espace limité, nous nous contenterons de
rapprocher un seul des contes gallots de M. Sébillot de son similaire de
la Basse-Bretagne, pour donner une idée de la différence qui existe dans
les récits en général et la manière des conteurs des deux régions. Nous
prendrons le conte qui se trouve à la page 170, sous le titre de : La fille
et ses sept frères, et nous le donnerons intégralement :
a II y avait autrefois une femme qui avait sept garçons et pas une
fille. Les sept enfants voulurent avoir des fouets et être charretiers. La
mère leur dit : — Si j'ai un autre garçon, vous serez charretiers; mais,
s'il vous vient une sœur, je vous donnerai à chacun une gaule, et vous
serez bergers.
Les Contes populaires de la Haute-Bretagne. 435
« Peu après, elle eut une fille, et donna alors une gaule à chacun de
ses sept garçons. Ils furent si irrités de ne pas être charretiers, qu'ils
s'enfuirent dans la forêt des Ardennes, où ils se construisirent une petite
maison.
« Quand la petite fille fut devenue grande, ses voisins lui parlaient
souvent de ses frères. Elle demanda à sa mère si ce qu'on disait était
vrai, mais elle lui répondait que non.
« Cependant, la petite fille continuait à entendre tout le monde lui
répéter qu'elle avait sept frères : elle supplia sa mère de lui apprendre
ce qu'ils étaient devenus.
— Je veux bien, répondit-elle, mais à la condition que tu m'apporte-
ras du feu dans ton tablier sans le brûler.
« La petite fille trouvait cela bien difficile ; mais elle imagina de
mettre sur son tablier une couche épaisse de cendres et de placer dessus
les charbons ardents, de sorte qu'elle ne brûla point son vêtement.
« Sa mère lui ordonna ensuite d'aller abattre avec un petit couteau de
six liards les trois plus gros chênes de la forêt.
« La petite fille se rendit à la forêt ; mais, quand elle vit la grandeur
des arbres et la petitesse de son couteau, elle se désespéra et se mit à
pleurer.
« La bonne Vierge vint la trouver et lui dit :
— Ne crains rien et espère, ma petite fille ; les arbres seront plus
faciles à abattre que tu ne le crois.
« L'enfant donna alors trois coups de couteau dans les chênes, qui
tombèrent aussitôt.
« Elle revint vers sa mère et lui raconta ce qu'elle avait fait ; mais sa
mère ne voulut pas encore lui indiquer où étaient ses frères, et elle lui
commanda d'ôter toute l'écorce des arbres de la forêt et de la lui
apporter.
« Quand cette besogne fut accomplie; sa mère lui ordonna encore de
mettre à sec un étang, en y puisant l'eau avec une coquille de noix.
« Cette dernière épreuve accomplie comme les autres, avec l'aide de
la Vierge, la mère de la petite fille lui donna une gaule pareille à celle
de ses frères et un petit chien, en lui disant d'aller où le petit animal la
conduirait.
« Elle suivit son guide, qui la mena dans la forêt des Ardennes et
s'arrêta devant une cabane. C'était celle où demeuraient ses frères. Elle
y entra et ne vit personne, car ils étaient tous sortis pour travailler. Elle
rangea en ordre tout leur ménage, mit la soupe sur le feu et tailla le
pain dans les écuelles, puis elle se coucha sous un lit.
436 Les Contes populaires de la Haute-Bretagne.
« Quand les frères furent de retour, ils se montrèrent bien surpris de
voir que tout était rangé avec soin, la place bien balayée et leur souper
préparé.
« Le jour suivant, ils sortirent comme d'habitude, et en rentrant ils
trouvèrent encore toute la besogne faite.
« L'ainé dit qu'il resterait le lendemain à la maison et qu'il se cache-
rait pour voir qui s'introduisait ainsi chez eux ; mais sa sœur le toucha
de sa baguette blanche, et il demeura endormi, pendant qu'elle mettait
tout en ordre. Le second frère, qui resta ensuite à la maison, s'endormit
aussi et ne vit rien, et pareille chose arriva à six des frères, que la jeune
fille toucha successivement de sa baguette.
v Quand arriva le tour du septième, elle ne l'endormit point, mais
elle se montra et lui parla. Elle lui avoua qu'elle était sa soeur et qu'elle
était venue de loin pour voir ses frères.
« Il lui recommanda de se bien garder de se montrer à ses autres frères,
qui pourraient vouloir la tuer, et de se cacher, quand ils rentreraient. Il
lui promit au reste de leur parler d'elle, afin de connaître leurs senti-
ments à son égard.
« Quand les frères revinrent de l'ouvrage et qu'ils furent à souper, le
plus jeune leur dit :
— Je serais bien content de voir ma sœur; elle est déjà grande et
doit être à présent une gentille jeune fille.
— Si je la voyais, dit l'ainé, je la tuerais, car c'est elle qui nous a
fait manquer notre avenir; sans elle, nous serions charretiers.
« Et les autres déclarèrent aussi qu'ils étaient de l'avis de leur aine.
« Mais, comme le plus jeune, qui était le meilleur et le plus doux des
sept, leur représentait que ce n'était pas la faute de la jeune fille, mais
celle de leur mère, ils finirent par être de son avis et dirent qu'ils seraient
bien contents de la voir.
« Alors, il leur répondit :
— C'est elle qui vient ici tous les jours, balaie la maison, met tout en
ordre et prépare nos repas; je vais aller la chercher.
« Quand elle parut, ils la trouvèrent bien gentille, lui firent mille
amitiés et la prièrent de rester à tenir leur ménage.
« Depuis ce moment, elle demeura avec eux, et ils furent très heureux
tous ensemble. »
Ce conte, outre qu'il présente plusieurs lacunes, nous paraît encore
altéré d'autre façon. Ainsi, les trois épreuves de la jeune fille, qui ne
nous semblent pas devoir lui être imposées par sa mère, se retrouvent
presque identiquement les mêmes dans une foule d'autres contes, mais
Les Contes populaires de la Haute-Bretagne. 4^7
ne doivent pas être ici à leur place. La sainte Vierge du conte gallot a
aussi usurpé le rôle d'une fée bienfaisante, dont elle porte du reste la
baguette. Nous ne ferons pas d'autres réflexions, elles naîtront d'elles-
mêmes, dans l'esprit du lecteur, par la comparaison avec le conte gallot
de la version que nous en avons recueillie en Basse-Bretagne et que voici,
résumée et réduite aux deux tiers environ, pour la forme.
LES TROIS FRÈRES MÉTAMORPHOSÉS EN CORBEAUX
ET LEUR SŒUR.
Un vieux seigneur avait trois fils, déjà jeunes hommes, quand il lui
naquit un quatrième enfant, une fille. Il manifesta l'intention de donner
tout son bien à sa fille, et les trois garçons durent quitter le manoir
paternel et aller chercher fortune ailleurs. L'aîné, nommé François, en
embrassant sa sœur, avant de partir, la marqua au front, afin de pouvoir
la reconnaître plus tard, s'il la revoyait un jour. Les trois frères voyagent
à l'aventure et arrivent à un vieux château abandonné, au milieu d'un
grand bois. Ils entrent et n'y trouvent nul être vivant. Dans une vaste
salle à manger, un excellent repas est servi. Après avoir attendu un peu,
ne voyant venir personne, ils se mettent à table et mangent. Des mains
invisibles les servent. Les deux cadets, Charles et Jean, ont peur et
veulent s'en aller : mais leur frère aîné, François , les rassure et ils
restent. Le repas terminé, trois mains invisibles prennent trois flam-
beaux et, précédant les trois frères, les conduisent chacun à une belle
chambre à coucher, où ils trouvent d'excellents lits de plume. La nuit se
passe sans accident. Le lendemain matin, ils se retrouvent dans la salle
à manger et déjeunent, toujours servis par des mains invisibles et sans
voir aucun être vivant. Et ainsi pendant trois jours. En visitant le châ-
teau, ils trouvèrent des fusils, dans une chambre remplie d'armes de
toute sorte, et convinrent que deux d'entre eux iraient tous les jours à
la chasse dans le bois, pendant que le troisième resterait au château. Ce
fut le plus jeune, Jean, qui dut y rester le premier jour. Les deux autres
lui recommandèrent de sonner une cloche qui était au-dessus de la porte
de la cour, à midi, pour les avertir de l'heure du dîner. A peine les
deux aînés eurent-ils franchi le seuil, que Jean vit venir à lui un géant
horrible, sorti il ne savait d'où, et qui le lança si violemment contre le
mur de la cuisine qu'il s'y aplatit comme une pomme cuite. Les deux
autres, n'entendant pas sonner la cloche, et jugeant que l'heure du dîner
devait être passée, revinrent au château, chargés de gibier, et furent
étonnés de ne pas revoir leur jeune frère. Ils se mirent aussitôt à sa
438 Les Contes populaires de la Haute-Bretagne.
recherche par tout le château. François le retrouva, dans le triste état
que nous avons dit. En allant de chambre en chambre, il avait remarqué
quelque part une fiole sur laquelle était écrit ce mot : Eau-de-vie. Il
l'emporta, en répandit quelques gouttes sur le corps de Jean, qui revint
aussitôt à la vie, et se releva sain et sauf en disant : « Que j'ai bien
dormi ! » Il ne se souvenait de rien de ce qui lui était arrivé. Charles,
qui cherchait aussi son frère par le château, pendant que François le rap-
pelait à la vie, n'avait rien vu de ce qui s'était passé. Le lendemain, ce
fut son tour de rester à la maison. Il lui arriva absolument comme à
Jean, la veille. Il fut aussi tué par le géant et ressuscité par François,
par le moyen de l'eau-de-vie.
Le troisième jour, ce fut le tour de François. Il vit le géant descendre
par la cheminée, et, avec une grosse barre de fer, qu'il avait trouvée
dans un coin de la cour, il lui asséna de toutes ses forces un coup sur la
tête et le fit tomber dans un énorme chaudron rempli d'eau bouillante,
qui était sur le feu, mit le couvercle dessus et raviva le feu dessous. A
midi, il sonna la cloche, et les deux chasseurs revinrent. François leur
fit voir le géant cuit dans la marmite, et alors seulement ils se rappe-
lèrent ce qui leur était arrivé les jours précédents. A eux trois ils traî-
nèrent le corps du monstre hors du château et le jetèrent dans les douves
en pâture aux bêtes fauves. Mais, pour le lendemain matin, il n'était
plus là, sans qu'ils sussent ce qu'il était devenu, et ils ne s'en inquiétèrent
pas davantage. Ils se crurent dès lors les maîtres dans le château et
continuèrent le même train de vie, un d'eux restant chaque jour à la
maison, pendant que les deux autres chassaient, car ils ne trouvaient
plus leur table servie par des mains invisibles, comme les premiers jours.
Laissons-les, pour un moment, et retournons au manoir du vieux
seigneur leur père, pourvoir ce qui s'y passait.
Leur sœur, nommée Marie, était devenue une belle jeune fille. Comme
elle était douce et charitable, tout le monde l'aimait dans le pays. Son
père avait défendu à sa mère et à tous les gens de sa maison de lui
apprendre qu'elle avait des frères et de faire jamais aucune allusion à
ceux-ci en sa présence. Mais elle l'apprit pourtant par les indiscrétions
des pauvres à qui elle faisait l'aumône. A partir de ce moment, Marie
devint triste et rêveuse et finit par tomber malade. Aucun médecin ne
connaissait rien à sa maladie. Son père lui dit de former un vœu, de lui
adresser une demande, et il la lui accorderait, quelle qu'elle pût être.
Elle demanda d'abord une robe couleur des étoiles, puis une autre cou-
leur de la lune, et le vieux seigneur vida son trésor et fit des folies pour
les lui procurer. Mais rien ne la contentait ni ne lui rendait la santé.
Les Contes populaires de la Haute-Bretagne. 439
Une nuit, elle quitta secrètement la maison de son père, pour aller à la
recherche de ses frères. Après beaucoup de peine et de mal, elle finit
par arriver au château qu'ils habitaient. C'était Jean, le plus jeune, qui
était de garde et faisait la cuisine, le jour de son arrivée. Il ne la recon-
nut pas d'abord, ne l'ayant jamais vue; mais, aux réponses qu'elle fit à
quelques questions qu'il lui adressa, il vit bientôt que c'était sa sœur.
Comme François avait gardé du ressentiment contre elle, parce qu'elle
était la cause qu'il lui avait fallu, à lui et à ses frères, quitter la maison
paternelle, Jean craignait qu'il ne la reçût pas bien, et il lui conseilla de
se cacher dans un cabinet d'où elle entendrait leur conversation pendant
le repas ; ce qu'elle fit. Jean mit la conversation sur le château de leur
père et sur leur sœur. — Je voudrais bien la voir, dit-il. — Et moi aussi,
dit Charles. — Et moi aussi, dit François, bien qu'elle nous ait fait
beaucoup de mal, car, après tout, elle n'a pas voulu ce qui est arrivé, la
pauvre enfant, et elle le déplore sans doute, si elle sait qu'elle a des
frères malheureux à cause d'elle. — Rassuré par ces paroles, Jean entra
dans le cabinet et en revint aussitôt tenant la jeune fille par la main, et
dit en la présentant aux deux autres: « La voici, notre sœur, qui a bien
pleuré en apprenant notre sort et bien souffert pour nous retrouver. » Fran-
çois la reconnut, à la marque qu'il lui avait faite au front en quittant le
manoir paternel, et ils se jetèrent dans les bras les uns des autres et
pleurèrent de joie.
Ils restèrent tous les quatre dans le château, puisque rien ne venait
plus les y inquiéter, et désormais les trois frères allaient ensemble à la
chasse, pendant que leur sœur restait seule à la maison pour faire le
ménage et leur préparer à manger. François lui recommanda par-dessus
tout de ne jamais laisser le feu s'éteindre au foyer, ou il leur arriverait
malheur.
Un jour, Marie laissa le feu s'éteindre, et elle alla en chercher chez
une petite vieille femme qui habitait une misérable hutte, dans le bois,
non loin du château. Elle aperçut là, avec frayeur, un géant qui se
chauffait près du feu et qui paraissait malade. C'était le fils de la vieille,
celui que François croyait avoir tué pour toujours. Le monstre dit à la
jeune fille : « C'est ton frère aîné qui m'a mis dans cet état. Mais il n'en
a pas fini avec moi. Pour que je guérisse complètement, il me faut sucer
un doigt de chrétien, pendant trois mois, et j'irai tous les jours au châ-
teau sucer ton petit doigt, quand tu seras seule. Mais n'en dis rien à tes
frères, ou malheur à toi. »
Marie s'en retourna, tout effrayée de ce qu'elle avait vu et entendu,
et n'en parla pas à ses frères. Tous les jours, le géant venait sucer son
- ---. ■JNMNMMWMBMI
440 Les Contes populaires de la Haute-Bretagne.
petit doigt, qu'elle lui passait par un trou de la porte. Dès ce moment,
elle devint triste, pensive, et elle maigrissait à vue d'œil. Ses frères
l'interrogeaient souvent à ce sujet, mais elle garda longtemps le silence.
Enfin, elle leur avoua tout. Le lendemain, François resta au château
avec sa sœur, pendant que les deux autres allaient chasser dans le bois,
selon leur habitude. Le géant vint, à son heure ordinaire, et demanda le
doigt de la jeune fille. Celle-ci lui dit de passer sa tête par le trou de la
porte, que François avait agrandi. Il le fit sans défiance, et aussitôt
François, embusqué derrière la porte, lui déchargea sur la nuque un
grand coup de cognée, et la tête roula sur l'aire de la cuisine. Puis il
hacha le corps en menus morceaux et les dispersa de tous côtés, pour
les empêcher de se rejoindre. Marie retrouva alors la paix et la santé.
Cependant, quelque temps après, par une froide journée d'hiver, elle
vit entrer dans sa cuisine une vieille femme dont tous les membres trem-
blaient et les dents claquaient de froid. Elle l'invita à s'approcher du
feu et à se chauffer. La vieille, à l'insu de la jeune fille, jeta dans le
bouillon, qui cuisait sur le feu, une poudre de sa façon, puis elle s'en
alla. Les trois frères rentrèrent peu après, et se mirent à table. Mais, à
la première cuillerée qu'ils mangèrent de leur soupe, ils se trouvèrent
métamorphosés en corbeaux et s'envolèrent par la fenêtre en faisant :
coac ! coad... Cependant, ayant de partir, un des corbeaux (c'était le
frère aîné) dit à Marie : « A présent, sœur chérie, il te faudra ne jamais
prononcer d'autre parole que oui, quoiqu'il arrive, et cela pendant un an
et un jour; autrement, nous resterons toujours corbeaux. »
Marie, désolée, se remit alors en route pour retourner à son pays, ne
répondant que oui à toutes les questions qu'on lui adressait, de sorte
qu'on la prenait pour une pauvre idiote. En passant à Paris, elle alla
frapper à la porte du palais du roi. Le roi la fit venir en sa présence,
l'interrogea, eut pitié d'elle et donna l'ordre de la garder au palais et de
la bien traiter. La reine en fit sa seconde fille de chambre. Mais la pre-
mière camériste devint bientôt jalouse d'elle et complota sa perte avec
la cuisinière. Elles tuèrent le chien favori de la reine, puis le jeune
prince, enfant de trois ou quatre ans seulement et l'héritier du trône, et
accusèrent Marie de tout. Celle-ci fut interrogée, et comme elle répon-
dait oui à la question si elle avait commis le crime, elle fut jetée en pri-
son, pour être pendue le lendemain.
Le lendemain, comme elle montait à l'échelle du gibet, la corde au
cou, trois corbeaux s'abattirent aux pieds du roi et de la reine, qui
assistaient au supplice, assis sur une estrade, et se changèrent aussitôt
en trois beaux jeunes hommes dont un cria au bourreau : « Holà ! ne
Les Contes populaires de la Haute- Bretagne. 441
faites pas de mal à cette jeune fille ! » Au même moment, Marie recou-
vra la parole, car l'an et le jour venaient de s'accomplir sans qu'elle eût
prononcé d'autre mot que oui, et elle expliqua tout au roi et à la reine.
La femme de chambre et la cuisinière, qui avaient fait périr le petit chien
de la reine ainsi que le jeune prince, furent jetées dans une fournaise
ardente. La reine mourut de douleur d'avoir perdu son fils unique, et le
roi épousa Marie. Les trois frères épousèrent aussi des filles des per-
sonnes les plus notables du royaume, et il y eut, pendant tout un mois,
de belles fêtes et des festins magnifiques .
Nous ne pouvons résister à la tentation de reproduire encore intégra-
lement la jolie légende qui porte le titre de « La petite fille dans un
puits, » et par laquelle se termine le livre très intéressant de M. Sébillot.
« Il y avait une fois une petite fille qui s'appelait Oudelette. Elle demeu-
rait dans un puits, et tous les jours elle faisait sa prière.
Un jour elle vit le bon Dieu et lui dit :
— Bonjour, Seigneur.
— Bonjour, Oudelette, répondit le Seigneur; comment te portes- tu ?
— Bien, Seigneur ; et vous ?
— Te plais-tu dans ce puits, Oudelette ?
— Oui, Seigneur, mais...
— Mais quoi, Oudelette ?
— Si j'avais une jolie petite maison, je serais encore plus contente.
— Eh bien, sois bonne petite fille, répondit le Seigneur, et tu en
auras une.
Le soir arriva : Oudelette se coucha dans son puits, comme à l'ordi-
naire. Le lendemain, quand elle s'éveilla, elle se vit dans une belle
chambre, et son logis était entouré d'un joli jardin, où il y avait des
poules et un beau coq qui faisait : cocorico !
Elle fit sa prière, elle vit encore le Seigneur, et lui dit :
— Bonjour, Seigneur.
— Bonjour, Oudelette, comment te portes-tu ?
— Bien, Seigneur, et vous ?
— Es-tu bien contente de ce que je t'ai donné, Oudelette ?
— Oui, Seigneur, mais...
— Mais quoi, Oudelette ?
— Si j'avais une petite vache qui donnerait du lait et du beurre, je
serais encore plus contente.
— Eh bien, sois bonne petite fille, et tu en auras une.
Le lendemain, quand Oudelette se réveilla, elle regarda par la fenêtre
442 Les Contes populaires de la Haute-Bretagne.
et vit une belle vache rouge et blanche. Elle était si contente, qu'elle en
sautait de joie, et elle se mit encore à dire sa prière. Alors le Seigneur
parut et elle lui dit :
— Bonjour, Seigneur.
— Bonjour, Oudelette, comment te portes-tu ?
— Bien, Seigneur, et vous ?
— Es-tu bien contente de ce que je t'ai donné, Oudelette ?
— Oui, Seigneur, mais...
— Mais quoi, Oudelette?
— Si j'avais un habit couleur de ma vache, je serais encore plus con-
tente.
— Sois bonne petite fille, Oudelette, et tu en auras un.
Le lendemain, quand elle se réveilla, elle vit auprès de son lit un
habit couleur de sa vache. Ce jour-là était le dimanche, et Oudelette
devint orgueilleuse et se dit en elle-même :
— Quand on va me voir à la messe, ainsi vêtue, tout le monde va
dire : « C'est Oudelette qui est belle ! »
Elle était bien joyeuse et elle se mit à dire sa prière, et le Seigneur se
montra encore.
— Bonjour, Seigneur, dit Oudelette.
— Bonjour, Oudelette, comment te portes-tu ?
— Bien, Seigneur, et vous ?
— Es-tu contente de ce que je t'ai donné, Oudelette ?
— Oui, Seigneur, mais...
— Mais quoi, Oudelette ?
— Si j'avais un joli petit mari, je serais encore plus contente.
— Sois bonne petite fille, et tu en auras un.
Au milieu de la nuit, Oudelette entendit frapper à sa porte. Elle prit
son bel habit et alla ouvrir, ne sachant trop ce qu'elle allait voir. Ce
qu'elle vit... elle vit le maire de la commune, et un jeune homme avec
lui qui venait la demander en mariage.
Elle était si contente, qu'elle ne put point faire sa prière.
Le lendemain matin, quand elle se réveilla, elle se trouva dans son
puits : sa maison, son jardin, sa vache, ses habits et son petit mari, tout
cela s'était évanoui comme un rêve ! »
Nous n'avons pas encore trouvé cette légende en Basse-Bretagne.
Mais le thème se rencontre dans le recueil des frères Grimm, sous le
titre de La femme du pêcheur, et M. Edelestand du Méril l'a également
recueilli en Normandie, associé à la légende du bonhomme Misère et
avec un dénouement tragique. Dans ces deux versions, en effet, inter-
Les Contes populaires de la Haute-Bretagne. 443
vient un élément qui manque ici, ou qui du moins est sensiblement
atténué, l'insatiable cupidité de la femme du pauvre homme, qui cause
la catastrophe finale et le malheur des deux époux. C'est plus vrai, peut-
être, mais la « Petite fille dans le puits » de la version du pays gallot
nous parait plus intéressante. L'histoire du « Pêcheur » des « Mille et
une Nuits » pourrait bien être le prototype de toutes les versions con-
nues de ce thème.
La somme des contes populaires connus aujourd'hui est considérable.
Nous en avons à peu près de tous les pays, de toutes les latitudes et de
toutes les civilisations. La France elle-même, et surtout la Bretagne, a
fourni son ample contingent à la masse des matériaux dont nous dispo-
sons actuellement, grâce à MM. Jean Bladé, Emmanuel Cosquin, Loys
Brueyre, Henri Carnoy, Charles Deulin, Nérée Quépat, Eugène Rolland,
Cerquand, docteur Fouquet, Corentin Tranois, G. Milin, Paul Sébillot
et quelques autres. Les recherches sont poursuivies avec plus d'ardeur et
de méthode que jamais, et nous savons que d'importantes publications
sont encore à la veille de paraître sur la matière. Le moment nous semble
venu pour la critique de synthétiser ces documents et de se prononcer
sur certains points capitaux, comme par exemple celui de la provenance
et de la diffusion des contes populaires, et la valeur réelle du système
mythique et météorologique, qui est bien séduisant, et par lequel tout
s'explique facilement, trop facilement peut-être pour qu'on y ait une entière
confiance. Après avoir joui d'une grande vogue, grâce à quelques noms
dont l'autorité est considérable, ce système semble aujourd'hui perdre du
terrain devant un mode d'interprétation qui fait une large part à l'évhé-
mérisme. Nous croyons qu'il y a une part de vérité dans les deux sys-
tèmes, et le rôle de la critique est aujourd'hui d'essayer de déterminer
cette part pour chacun d'eux.
Quoi qu'il arrive, M. Sébillot aura fourni une part très respectable
d'excellents documents pour aider à cette solution, et nous ne pouvons
que souhaiter vivement de voir son exemple et sa méthode suivis dans
toutes nos provinces, sinon dans tous nos départements, ce qui serait
préférable.
F. -M. Luzel.
MÉLANGES.
MERCURIUS FINITIMUS.
Des travaux de rectification exécutés en 1822 à la route royale sur le
territoire de la commune de Chorges iHautes-Alpesi amenèrent la décou-
verte au quartier de la Couche, au lieu dit Mal à fosse, d'un petit autel
en marbre rouge avec base et couronnement divisé en deux fragments ' ;
cet autel porte l'inscription suivante :
DEO-ME
RCVRIO
FINITI
MO-SEX
AT-NEPO
TIANVS
VS-L-M-
Deo Mercurio Finiîimo, Sex(tus\ At(ilius) Nepoîianus, v(otum) s[olvit)
l(ibens) m(eriîo).
César, dans le court passage qu'il a consacré à la religion de nos
ancêtres, avait cru devoir assimiler au Mercure latin le dieu suprême de
la Gaule : Deum maxime Mercurium colunt ; ejus sunt plurima simulacra,
hune omnium inventorem arîium ferunt, hune viarum atque itinerum ducem,
hune ad quesîus pecuniae mercaturasque vim maximam arbitrantur2. Les
attributs du dieu gaulois étaient, en effet, à peu près identiques à ceux
du dieu latin.
L'inscription de la Couche est la seule recueillie sur le sol de l'an-
1. Au couronnement est une moulure, lettres de forme dite rustique, hauteur 0,57 c,
largeur au milieu 0,24 c, épaisseur 0,16 c.
2. Comment. VI, 17.
Les Dieux de la cité des Allobroges. 445
cienne Gaule qui attribue au dieu gaulois le surnom de Finitïmus : aussi
ce texte est-il pour nous d'un grand intérêt. Finitimus, c'est le dieu
envisagé comme viarum atque iiinerum dux, c'est le dieu qui confine, qui
limite deux territoires. S'agirait-il de la province des Alpes cottiennes et
de la province Narbonnaise ? Je suis très porté à le croire. On sait tout le
respect que les anciens professaient pour les limites : afin de les protéger
contre les attentats, ils les plaçaient sous la protection d'une divinité.
A Rome, ce génie tutélaire a été longtemps Jupiter terminus représenté
par un bloc de pierre brute ou par un pilier à tête humaine. En Grèce,
on révérait Mercure sous le nom à'Hermès ; ce dieu portait aussi le nom
d'Enodios. Sur une pierre gravée antique, le dieu gréco-latin est repré-
senté touchant une colonne milliaire avec son caducée1. On pourrait
peut-être rapprocher de l'inscription de la Couche ce texte rapporté par
M. Henzen (5806) FINIBVS ET GENIO LOCI etc. C'est vraisembla-
blement au dieu Finitimus qu'il faut attribuer cette expression d'une
inscription d'Angleterre qui vias et semitas commentus est (C. I. L. VII,
271).
En Gaule, les temples de ce Mercure viarum atque itinerum dux étaient
fort nombreux ; ils s'élevaient généralement le long des voies et de pré-
férence sur les cols fréquentés : les découvertes en font foi.
L'autel de la Couche est aujourd'hui conservé au musée de Gap2.
Florian Vallentin.
LES DIEUX DE LA CITÉ DES ALLOBROGES.
NOTE ADDITIONNELLE.
J'ai consacré au début de ce volume, page 1 et suiv., une notice
aux Dieux de la cité des Allobroges que j'ai cru devoir diviser en dieux
nationaux et dieux indigètes. Parmi les dieux nationaux j'ai classé Sucel-
/u5, mentionné sur une inscription de Vienne et déjà connu par un
monument d'Yverdun (Suisse,:. Depuis la publication de cette notice, j'ai
trouvé dans VEphemeris epigraphica un texte qui m'avait échappé et qui
confirme le caractère de dieu national que j'attribuais à Sucellus. On lit
en effet dans le fascicule de 1877, p. 3 1 3, n° 181 , cette mention : Ebu-
1. R. Ménard, Mythologie dans l'art ancien et moderne, p. 486.
2. L'inscription a été publiée inexactement par Ladoucette, Hist. des H.-Alpes. 3^ éd.,
p. 243 ; je l'ai donnée d'ans Ma visite au Musée èpigraphique de Gap. Vienne, Savigné.
1880, in-8% p. 5, n° 3.
Rev. Celt. IV 30
446 Les Dieux de la cité des Allobroges.
raci item prodierunt nuper annuli argentei duo inscripti, quos a reïiquiis ejus
oppidi iitulis secumgere visum non est, hi : a cVrFI ^ b- TOT ; Jac.
Raine misit cerae impressos. Sucellus avait ainsi des adorateurs en Angle-
terre, à Yorck [Eburacum], et son culte n'était pas restreint aux Allobroges
et aux Helvètes.
J'ai été fort surpris en lisant dans VEphemeris Epigraphica cette anno-
tation relative à Sucellus : ici Suceli nomen hic primum legitur.
Il résulte des inscriptions de Vienne, d'Yverdun et d'Yorck que le
nom du dieu s'écrivait Sucellus et Sucelus (à moins que les nécessités de
la gravure de la bague aient fait supprimer une /).
Aix-les-Bains, à l'époque gallo-romaine, était sous la protection d'une
divinité particulière dont le nom est écrit BORM sur deux inscriptions
que j'ai rapportées d'après M. Allmer ; j'avais lu ce nom Bormo, nom
que portait le dieu des eaux thermales de la France centrale. J'ai eu
l'occasion depuis lors d'examiner l'inscription gravée sur une longue
bande de pierre sciée en deux parties et formant les deux premières
marches de l'escalier par lequel on descend dans un vaporarium antique
(p. 6, n° 2 de mon mémoire). J'ai constaté un intervalle notable entre
l'M de BORM et le premier V de la formule V. V. S. L. M ; et en étu-
diant de plus près la pierre, j'ai distingué très nettement un A et le pre-
mier jambage d'une N après l'M de BORM. Il résulte de là que le génie
protecteur des thermes d'Aix-les-Bains devait s'appeler BORMANus ou
peut-être aussi BORMANa. Cette constatation n'est pas sans importance:
une autre station d'eau des Allobroges était sous la protection de la déesse
Bormana; chez les Voconces, voisins des Allobroges, et dans la même
province, le dieu des thermes d'Aix se nommait Bormanus et était asso-
cié à une déesse Bormana.
Ainsi le dieu gaulois qui avait dans ses attributions les eaux thermales
s'appelait Bormo et Borvo dans la France centrale, Bormanus dans la
Provence, et Bormanicus en Espagne.
J'ai fait part de mes constatations à M. Chabouillet, qui a bien voulu
les consigner dans le savant travail qu'il a consacré au dieu Bormo dans
la Revue archéologique.
Je n'ai pas l'intention de revenir sur les Matrae que j'ai étudiées plus
particulièrement depuis la notice de cette revue : je tiens toutefois à
signaler à Genève une inscription à ces divinités qui m'avait échappé :
XI. Sur une bande de pierre provenant de l'église de Saint-Pierre-ès-
Liens.
MATR-AVG- ex V.
Taliesin's little World. 447
Matris Augusîis ex voto (Blavignac, Hisî. de l'Arch. sacrée, pi. IV ;
Allmer, op. laud., t. IV, p. 47$).
Florian Vallentin.
TALIESIN'S LITTLE WORLD.
One of the poems in the so called 'Book of Taliesin' is translated in
this way in W. F. Skene's 'Four ancient Books of Wales' (v. I, p. 541).
SONG TO THE LITTLE WORLD.
The beautiful I sang of, I will sing.
The world one day more.
Much I reason,
And I meditate.
I will address the bards of the world,,
Since it is not told me
What supports the world,
That it falls not into vacancy.
Or if the world should fall,
On what would it fall ?
Who would uphold it ?
The world, how it cornes again,
When it falls in decay,
Again in the enclosing circle.
The world, how wonderfull it is,
That it falls not at once.
The world, how peculiar it is,
So great was it trampled on.
Johannes, Mattheus,
Lucas, and Marcus,
They sustain the world
Through the grâce of the Spirit.
The following quotations will show that the assumption of the world
being supported by the four Evangelists is also to be found elsewhere.
In the Latin dialogue between Adrian and Epictus which has been
published by J. M. Kemble in his 'Dialogue of Salomon and Saturnus'.
London 1848, we meet (p. 214) with the following questions and
answers :
448 Taliesin's little World.
Quid sustinet celum ? Terra.
Quid sustinet terram ? Aqua.
Quid sustinet aquam ? Petra.
Quid sustinet petram ? Quatuor animalia.
Quae sunt illa quatuor animalia? Lucas, Marcus, Matheus, Johannes.
Quid sustinet illa quatuor animalia ? Ignis.
Quid sustinet ignem ? Abissus.
Quid sustinet abissum ? Arbor, quae ab initio posita est, ipse est Do-
minus Jésus Christus.
Prof. K. Bartsch has edited a Provençal version ofthis dialogue in his
Monuments of Provençal literature, p. 306 (Bibliothekdes Litterarischen
Vereins in Stuttgart, vol. XXXIX). In this Provençal version, the first
question is missing; the following ones sound like a mère translation :
two questions only are mixed into one, in this way (p. 308) :
Que soste peira ? (Quid sustinet petram ?) Respos : Catre bestias que
son catre evangelistas.
Another Provençal version has been given by Prof. Bartsch in the
'Germania' vol. IV, p. 3 1 1; it is as follows :
Que soste la terra ? Ayga.
Que soste l'ayga ? Peyras.
Que soste las peyras ? MI. evangelistas.
Que soste los MI. evangelistas ? Fuoc esperital, en lo cal es la ymage
dels angels e dels archangels e la figura.
Que soste fuoc esperital ? Abis.
Que soste abis ? Albres que fou plantatz en paradis, en aquell albre
estan los patriarchas els prophetas, e d'aquestz albre dis la sancta escrip-
tura, que soste la terra e la mar e totz lo mon.
Que soste aquest albre ? Am lo comandamen de nostre senhor Ihesu
Christz et am la gracia del sant esperitz.
In the English version of 'The wyse chylde of thre yere old' which
according to H. Knust's 'Mittheilungen aus dem Eskurial,'p. 621 (Bibl.
des Lit. Vereins in Stuttgart, vol. CXLI) is a nearly exact translation
of the French 'L'enfant sage à trois ans', similar questions and answers
are found :
What susteyneth the erthe ? The water.
What susteyneth the water ? The MI. evangelistes.
What susteyneth the MI. evangelistes ? The spyrytuell fyre.
What susteyneth the spyrytuell fyre ? A tree the whiche was planted in
paradise in the begynnynge whan God came into the vyrgyn Mary.
From a Serbian tract consisting of questions and answers called 'Slovo
Taliesin's Unie World. 449
0 nebesi i 0 zerali' i. e. 'Sermo de coelo et de terra', which has been
preserved in a ms. of the xvith century, Prof. V. Jagic in his 'Archiv fur
Slavische Philologie', vol. I, p. 95 ', has published and translated the
following questions and answers :
What supports the earth ? The water.
And what supports the water ? A great stone.
And what supports the stone ? The four-winged (or the four winged,
animais.
And what supports the four animais ? The fire, out of which warm
sources spring.
And what supports the fire ? Another fire, twelve times greater than
the former.
And what supports this fire ? The oak, planted before ail other oaks,
and the roots of this oak rest on the Divine power, but the Lord and
the Divine power hâve no beginning and no end.
Hère is at last a Bulgaro-Slovenian version of thèse questions and
answers the original text in Jagic, loc. cit. p. 128).
What supports the earth ? A great water.
What supports the water ? A very flat stone.
What supports the stone ? Four golden whales.
What supports the whales ? A stream of fire.
What supports the fire ? Another fire, twice as great.
What supports this fire ? An iron-oak which was planted before al
other, the roots of which rest on the power of God 2.
It is easily perceived that ail thèse texts are founded on the same
cosmological séries?, and that the four Evangelists or their symbols,
the four animais in the vision of Ezechiel and in the Apocalypse, are
to be found in ail. Thèse last were also originally intended in both Slavo-
nian texts.
Reinhold Kœhler.
i. 1 gave in the same Magazine, p. 535 sq.. with the exception of the Welsh poem
which was unknown to me at the time, the parallel passages which I hère repeat.
2. I am indebted to prof. Jagic for the translation of this passage, and for the commu-
nication of the title of the Serbian tract.
3. A passage in the Spanish Chap-book 'Histcria de la Donzella Theodor' might also
be quoted. But as the four Eléments take the place of the four Evangelists in it, 1 do not
take it into considération hère and I refer the reader to my notice in the Archiv fur
Slavische Philologie, vol. 1 p. 336, and to H. Knust, loc. cit. p. 621 and 626.
4jo Le breton dans maistre Pathelin.
LE BRETON DANS MAISTRE PATHELIN.
I.
La farce de Maistre Pathelin nous offre, à côté de divers passages en
différentes langues et patois, un échantillon du breton du xve siècle.
M. Génin, lorsqu'il publia une édition de cette comédie, Paris, 1854,
en demanda l'explication à M. Souvestre. « Pour l'éclaircissement de
cette tirade, dit-il, j'insère ici la lettre d'un excellent homme, dont la
perte récente n'afflige pas moins les gens de bien que les littérateurs. »
Suit la lettre de M. Souvestre : « Voici vos vers bretons de Pathelin
restitués. Il m'a fallu pour cela un jour entier. Si vous désirez le mot à
mot, je puis vous l'envoyer. Ce sont, comme vous pouvez le voir, des
phrases décousues et sans liaison.... Il y a ici des proverbes, des vers
de prophétie, d'autres empruntés sans doute à des poèmes bretons du
temps, d'autres inventés, le tout entremêlé d'une manière grotesque pour
reproduire le désordre de la folie. — Emile Souvestre. »
Voici le commentaire de M. Souvestre sur le texte breton que lui
avait envoyé Génin, avec son breton « restitué » :
Ha houl danta houlen ra vezeie
Korfa e nef
(On voit) la mer mordre avec ses dents, la vague cueillir le goémon,
le fond du lit se gonfler.
Chili 0 bezou drougnoz, badou
Vous aurez des mauvaises nuits, des étourdissements.
Dïgant anken en ho madou
Avec du déplaisir dans vos biens.
En pedid diskuized buan
A prier on se délasse bien vite.
Kalz kevïen zodre douche aman
Beaucoup de paysans sont ici parmi les pourceaux.
Eny zu bel grad e kanou
Il y a eu là des divertissements et des chants.
Marzrec'het kruz dan holl kon
Des fourmis de marais dans tous les coins.
Zo ol oz marvail gand maczounn
La grue qui sert aux maçons est une merveille.
Aluzen, archer, he pysy
Archer, vous recevrez l'aumône.
Le breton dans maistre Pathelin. 45 1
Ha kalz amour ha kouriesy
Avec beaucoup d'amour et de courtoisie.
« Mon texte, au premier abord, ajoutait Souvestre, vous paraîtra
s'éloigner beaucoup du texte imprimé, parce que j'ai rétabli l'orthographe
bretonne défigurée par l'ignorance des éditeurs, mais en prononçant, il
n'y a presque pas de différence. »
Le breton prétendu restitué de M. Souvestre n'est d'aucune époque
et n'a jamais été parlé : il n'a existé que dans son imagination. M. Sou-
vestre, d'ailleurs, ne s'est jamais donné pour critique ni philologue :
c'était un littérateur distingué que l'amour de son pays a souvent bien
inspiré. Son travail est tout à fait dans le ton et la note des érudits bre-
tons de l'ancienne école.
Le texte breton qu'il a eu sous les yeux a été tiré par Génin de l'édi-
tion de Germain Bénéaut de 1490. Génin avait à sa disposition deux
manuscrits de la Bibliothèque nationale ; l'un porte actuellement le
n° 25467; l'autre, incomplet, connu sous le nom de manuscrit Bigot, a
le n° 1 5080.
Il existe un troisième manuscrit dont Génin parle et qu'il n'a pas vu.
Plus heureux que lui, nous avons pu le consulter, grâce à l'obligeance
de son possesseur actuel, M. Téchener. C'est un manuscrit très facile à
lire, et écrit avec le plus grand soin.
Ce manuscrit porte le texte breton que nous avons trouvé dans toutes
les éditions, sans exception, de la fin du xve et du xvie siècle que nous
avons examinées à la Bibliothèque nationale.
Le voici : Pathelin n'ayant pu faire fuir le drapier en lui parlant
flamand, limousin, gascon, etc., ni le convaincre complètement de sa
folie, a recours au breton.
Haoul dan da oui en ravezeie
Corf ha en euf.
GU1LLEMETTE.
Dieu vous ayst.
PATHELIN.
Huiz oz bez ou drouc noz badou
Di gant an tan en hol madou
Empedif dich gui ceb unan
Quez queuient ob dre douch ama
Menez cahet hoz bouzelou
Eny obet grande canou
Maz rehet crux danholcon
So ol oz merveil gant nacon
4$ 2 Le breton dans maistre Pathelin.
Aluzen archet hop ysy
Har calz amour ha courtesy
Dans ce manuscrit, le t et le c s'écrivent à peu près de même façon
et sont très difficiles à distinguer l'un de l'autre.
Ce texte se retrouve, à peu de chose près, à la marge du ms. Bigot,
à côté du texte fort différent de ce manuscrit. Ce sont des corrections
au texte du manuscrit, à ce qu'assure l'auteur. Voici ce que nous trou-
vons, en effet, à la ire page, en marge, à droite du texte :
« Nota que ce qui est escrit au dessus l'original gothique est corrigé
sur cet exemplaire imprimé. »
Il a donné plus haut le titre et la date de cet exemplaire imprimé :
« Maistre Pierre Pathelin de nouveau reveu et mis en son naturel.
Paris, par Pierre Nénier, portier de la porte Saint- Victor, 1619, in-12,
83 pages. »
Nous y relevons quelques variantes insignifiantes. Au second vers,
Jacquemelle s'écrie : Dieu vous bénie. — Au $e, empedi au lieu à'empe-
dif, guicheb nuan au lieu de gu.kebu.nan. — Au 6e, quels que vient et do
chanan. — Au 7e menez achet. — Au 10e, grand pour gant. — Au 12e,
har calaz pour har calz.
Le texte breton des éditions ne présente pas une seule variante digne
d'attirer les regards du critique.
L'édition de Germain Bénéaut qui a servi de base à Génin, comme il
le dit lui-même, et qu'on reporte à l'année 1490, reproduit exactement
le texte du manuscrit Téchener. Elle porte à la Bibliothèque nationale
le n° 440 5 .
L'édition Galiot du Pré (n° 4406) de 1532 porte : Dieu vous bénie,
et au dernier vers : Calas. Pour le reste, elle est identique à l'édition
d'Antoine-Urbain Coustelier (1723, n° 4409) qui reproduit un texte plus
ancien, et ne s'éloigne pas du texte que nous avons donné. De même
pour les éditions les plus anciennes.
Edition Jehan Trepperel sans date (n° 4458), et qui compte parmi les
plus anciennes : peu de chose à remarquer : cale au dernier vers ; mau-
vaise écriture évidemment pour calz ; archer pour archet ; maçon pour
nacon.
Edition Pierre Levet (n° 4405) et qu'on reporte à l'année 1489 : rien
à remarquer ; le p y ressemble à l'v ; l'r au z et à \'i.
Les autres éditions moins anciennes reproduisent le texte du manuscrit
Téchener. On pourrait donc considérer ce manuscrit comme la source
de toutes nos éditions de Pathelin, au point de vue du passage breton,
Le breton dans maistre Pathelln. 453
bien entendu, s'il était prouvé qu'il est plus ancien que les premières
éditions.
Pathelin a été traduit dès le commencement du xvie siècle en latin
par un Allemand qui avait séjourné à Paris, Connibert. Il a reproduit le
texte breton jusqu'au 7e vers inclusivement.
Bibliothèque nationale (n° 23291. Comcedia nova quae Veterator ins-
cribitur alias Pathelinus per Al. Connibertum. Parisiis, Gui. Eusch 1 5 12
(12-16 Goth. de 47 ff.).
Connibertus prête au drapier et à la femme de Pathelin ce dialogue à
la suite des vers bretons :
Britannicum certo esse sermonem hune puto.
Uxor.
Sein tu quid est ? advenit e Britannia
Pridem sui mater patris. Nunc est ei
In ore sermo propter id britannicus.
En résumé, pour le texte breton que nous avons donné, la source est
unique, et nous en sommes réduits au texte même du manuscrit. Le
passage présente-t-il un sens continu ? Nous le croyons. Les autres pas-
sages en patois, au moins ceux qu'on a pu déchiffrer, ne présentent pas
des mots ni des vers sans suite, comme l'a supposé M. Souvestre pour
celui qui nous occupe.
Quelle valeur faut-il attribuer à ce texte et dans quelle mesure l'inter-
prétation doit-elle tenir compte de l'orthographe du mot écrit ?
Il est évident que ce texte n'a pas été écrit par un Breton : un Breton
n'aurait pas écrit huiz, ni gukebmann, etc. Il est non moins évident que
ce texte n'a pas été écrit sous la dictée, mais qu'il a été copié sur un
autre texte : il ne peut reproduire la prononciation. Donc : i° le texte
est altéré ; 20 tout changement dans l'orthographe du mot qui ne pourra
pas se justifier par des raisons paléographiques donnera une interpréta-
tion hasardée et sans fondement sérieux.
Partant de ces principes, nous avons essayé une interprétation de ce
texte, mais nous avouons n'être pas arrivé à un résultat bien satisfaisant,
si ce n'est pour le premier et le second vers. Voici comment nous pro-
posons de les lire :
Ha i oui fou ha ol) d'an diaoul en ravezeic
Corf ha en ef (ou même en euf, en prononçant euf à la française) .
« Plût au ciel qu'il fût, ou Puisse-t-il être tout entier au diable corps
et âme ». Le vers est parfaitement breton ; l'absorption de Yl paléogra-
phiquement ne présente aucune difficulté ; enfin l'exclamation de Guil-
lemette : Dieu vous ayst, s'explique d'elle-même.
454 Le breton dans maistre Pathelin.
Le reste, nous ne le donnons qu'à titre de conjecture
3 Hui roz bezou drouc noz badou
4 Digant an can (ou eau) en hoz madou
j Empedif dich guitebunan
6 Quet querent ol dre douchaman
7 Ma nez cahet hoz bouzelou
9 Maz rehet truez d'an hol con
i o So ol oz mervel gant nafon
i i Aluzen archet ho pysy
1 2 Hoz calz amour ha courtesy .
Puissiez-vous avoir mal la nuit durant (ou des étourdissements)
Avec le chant (ou les lamentations)
Dans vos biens,
5 Priant (ou prier) pour vous à l'envi
6 Tous vos parents par crainte
7 Que vous ne rendiez (cacetis) vos entrailles
8 Vous aurez d'eux ses lamentations ou des chants
ou En faisant de grandes lamentations (?)
9 A tel point que vous feriez pitié aux chiens
io Qui meurent de faim (m.-à-m. : qui sont à mourir de faim)
1 1 Vous aurez (ou puissiez-vous avoir) l'aumône d'un cercueil
12 Contre beaucoup d'amour et de courtoisie.
Nos modifications sont toutes très simples paléographiquement. Au
premier vers, nous changeons z en r, confusion perpétuelle dans l'écri-
ture des monuments et des éditions de l'époque.
Pour Guitebunan et le changement de c en *, même remarque.
Quez que vient ne présente aucun sens ; quetquerent en a un ; on trouve
dans le Catholicon : Quetbreudeur .
Douchaman pour douchama a pour lui la rime avec le vers précédent,
les variantes et le fait que très souvent la nasale ne se trahit que par un
léger signe que le copiste néglige souvent.
Pour le vers 8 le texte nous semble désespéré.
Truer pour crux s'explique paléographiquement tout seul. La fin hol
con donne un sens assez singulier, il faut l'avouer. Nous adoptons hoz
pour le dernier vers, parce que la présence du z ou de l'r dans les édi-
tions et le manuscrit demeurerait sans cela inexplicable. L'h de hoz qui
devrait s'écrire oz n'a rien d'étrange pour qui connaît la prononciation
bretonne.
Le breton dans maistre Pathelin. 45 j
II.
Les deux manuscrits de la Bibliothèque nationale nous donnent deux
passages bretons parfaitement ignorés jusqu'ici et que nous n'aurions
pas connus, si M. Gaidoz ne nous avait poussé à étudier le passage
breton imprimé, le seul qu'on ait signalé et qui ait été l'objet d'une ten-
tative- d'interprétation.
Voici le passage breton du manuscrit Bigot (n° 15080). La lecture
de ce manuscrit n'offre pas la moindre difficulté.
Ha ul deaul en ramansaist
Truf enym ha hon
GUILLEMETTE.
Dieu vous aist.
PATHELIN.
Hur 0 peiso dor met badou
Yne thomas fort en bacon
En ar en dehas en aualen
Hac a gazas tu libostren
Petra dont et ny a coste
A trou mare a fogade
He ben amon de corthesy.
Les deux premiers vers paraissent une mauvaise copie du texte que
nous offre le manuscrit Téchener. Les vers étant de huit pieds, il est
clair qu'un pied a été supprimé : c'est dan que nous avons ailleurs.
Reman saist s'explique : un des traits de L>i appartient à Va, les deux
autres au v de raveze; la finale st a été ajoutée par le copiste pour rimer
à l'œil avec aist.
Ha ol Cou ha iouï) d'an dial en raveze.
Deaul confirme notre façon de lire daoul. Hur opeis est pour huio pezo.
Le reste est une énigme que nous n'essayons pas d'interpréter.
Le thoinas du second vers paraît être pour chômas. Les mots sont
bretons : voilà tout ce que nous en pouvons dire.
Le passage breton du manuscrit 25467 (du fonds La Vallière) n'a
aucun rapport avec ceux que nous venons de donner. L'écriture en est
difficile et nous n'en serions pas venu à bout sans l'obligeance de
M. Morel-Fatio qui a bien voulu nous prêter ses yeux. Ce qui en rend
la lecture et l'interprétation encore plus difficiles, c'est que le breton y
parait entremêlé de français. Nous donnons ce passage sans l'interpréter
et sans même en garantir la lecture.
45 6 Le breton dans maistre Pathelin.
Chetu vng gasec que jous bien
Je you peurs trou maria
De damez pigaloya
En bado me chanse cropen
Quemeredol a huy enten
Laquet damez vng men eodic
Debreî tu et dedans lamadic
Mayd i nemo en ho huy
En rebre (ou rebic) en fery
Dybret can a tu mons tu bran
Fut lâche HJI/um a lady van (ou nan)
Ne sont-il ja vng beau p ho py.
Les deux premiers vers offrent un sens clair et satisfaisant.
Voilà une jument que j'ai bien entendue
(Guillemette vient de parler) ;
J'ai eu peur, madame Marie.
Us de peurs ressemble singulièrement à un i.
Le troisième vers est incomplet : il n'a que sept pieds.
Le quatrième est inintelligible pour nous.
Le cinquième est très clair :
Prenez tous, comprenez-vous.
Il a pour nous ce mérite de montrer que ce passage a dû être écrit par
un Français sous la dictée d'un Breton, au moins à l'origine. On prononce
en effet quemeredol, mais on écrit et on a toujours écrit quemeret oll.
Le vers 6 signifie : J'en ai mis un dans ma pochette (probablement).
Le vers 7 a un pied de trop. Debret tu et est peut-être pour débret,
cuet : mangez, cachez [lamadic : promptement) . Le reste est évidemment
tronqué et altéré. Le vers 9 semble prouver que ce passage a été trans-
crit et que ce texte n'est qu'une copie d'un autre plus ancien, écrit,
comme nous l'avons dit, sous la dictée d'un Breton. Il n'a que six pieds
et le doit sans doute à des abréviations mal comprises.
Le dernier vers est évidemment à peu près tout entier français, sinon
complètement. Le personnage qui parle semble inviter à prendre ou à
manger quelque chose : voilà tout ce que nous pouvons conjecturer et
encore n'en sommes-nous nullement sûr.
Cette étude du breton nous a amené aussi à constater qu'il n'y avait
pas une seule édition critique de la farce de Maistre Pathelin. Le dernier
manuscrit cité (n" 25467), d'une lecture difficile, semble en effet n'avoir
pas été mis à contribution par les différents éditeurs de Pathelin depuis
ceux du xvie siècle jusqu'à Génin.
J. Loth.
Société pour la conservation de la langue Irlandaise. 457
LA SOCIÉTÉ POUR LA CONSERVATION DE LA LANGUE
IRLANDAISE.
Il s'est fondé il y a trois ans, à Dublin, une société intitulée « Société
pour la conservation de la langue irlandaise », dans le but i° d'encou-
rager l'usage familier de la langue chez ceux qui la savent ; 20 de favo-
riser la formation de classes et la formation de sociétés paroissiales ou
autres; 50 d'obtenir que l'irlandais soit enseigné dans les écoles primaires
de l'Irlande, spécialement dans la partie du pays où l'on parle irlandais ;
40 de publier des ouvrages élémentaires à bon marché pour l'étude de
l'irlandais et de fournir ces livres à prix réduits aux classes et aux
sociétés locales affiliées à la société. Le patron de la Société (selon l'usage
anglais de placer une société sous un patronage éminent) est Mgr Mac-
Haie, archevêque catholique de Tuam, le traducteur d'Homère en gaé-
lique, et dont on connaît le zèle et l'amour pour la langue nationale :
parmi les vice-présidents, nous remarquons le nom du « maréchal
Mac-Mahon, ex-président de la République Française »_, nom dont l'Ir-
lande est fière.
Le succès a été plus grand qu'on n'eût pu le présumer d'une entre-
prise généreuse, mais tardive. La Société a obtenu que l'irlandais fût
placé, dans le programme des écoles primaires, comme objet facultatif
au même titre que le latin, le grec et le français, et donnant droit comme
ces dernières langues à des récompenses en argent. L'irlandais est ainsi
relevé aux yeux des instituteurs et il sort du long opprobre où le tenaient
systématiquement les écoles primaires. Sous les auspices de la Société,
des maîtres d'école et des curés ont ouvert des classes d'irlandais pour
les enfants et jeunes gens des villages, et des sociétés locales se sont
formées pour entretenir l'usage de la langue chez les adultes. Nous
avons la liste de ces classes et de ces sociétés dans une sorte de bulletin
ou rapport pour l'année 1880 que la société vient de publier. Ce rapport
contient une lettre de M. Zimmer, de Berlin, approuvant l'objet de la
société et rendant à un modeste homme de cœur un hommage bien
mérité. M. Zimmer rappelle que depuis un quart de siècle M. l'abbé
Ulick Bourke, de Tuam, travaillait avec ses seules forces à cette œuvre
patriotique. Il a été et l'ouvrier de la première heure, et l'homme qui
ne désespère pas : les Irlandais ne devront pas l'oublier.
Après avoir publié successivement trois brochures de grammaire élé-
mentaire ' , qui se sont vendues à des milliers d'exemplaires, la société a
1. First Irish Book, 48 p. (31,071 exemplaires vendus au 31 décembre 1879); —
45 8 Société pour la conservation de la langue irlandaise.
pensé à publier des livres d'explication et de lecture. Le premier volume
(seul paru encorei de cette collection est formé par la première partie de
la «Poursuite de Diarmuid et de Grainné », épisode du cycle ossianique,
texte, traduction anglaise et glossaire '.
L'exemple de la « Société pour la conservation de la langue irlandaise »
a suscité la naissance de deux autres sociétés, la 'Craobh ruadh' (« la
branche rouge ») et fl'Union Gaélique'. Nous ignorons ce qu'a fait la
première ; tant qu'à la seconde, elle s'occupe de fournir des textes de
lecture à ce jeune public irlandais. Elle vient de publier le célèbre dia-
logue de Patrice et d'Oisin (Ossian) sur Tir na n-ôg ou le pays de l'éter-
nelle jeunesse 2 ; elle publie par livraisons la traduction irlandaise de
l'Imitation de Jésus-Christ de l'abbé Daniel O'Sullivan, et elle annonce
l'intention de republier le texte irlandais de la curieuse histoire d'Irlande
de Keating.
La langue et la littérature irlandaise auront-elles leur été de la Saint-
Martin ? Nous le souhaitons sans beaucoup y croire. Il y a un demi-siècle,
lorsque l'irlandais était encore presque universellement parlé en Irlande,
lorsque O'Connell pouvait s'adresser en irlandais aux auditeurs des mee-
tings populaires, alors on pouvait relever l'irlandais d'un abaissement
de trois siècles, et en faire une langue littéraire et nationale. Il suffisait
d'apprendre à ce peuple à lire et à écrire la seule langue qu'il sût parler.
Aujourd'hui il n'en est plus de même : l'irlandais a perdu une immense
étendue, et c'est en anglais que ses paysans organisent aujourd'hui la
grève des loyers. Bien plus, l'orthographe de la langue irlandaise nous
paraît compliquer la difficulté de cette œuvre de revendication. Cette
orthographe est historique et ne correspond plus à la langue parlée :
c'est un peu comme si nous écrivions le français avec l'orthographe du
xme siècle. Pour faire renaître la langue irlandaise, comme un nouveau
phénix de ses cendres, il eût fallu, à notre avis, lui donner une ortho-
graphe scientifiquement phonétique en caractères latins. Les réforma-
teurs de Dublin ne l'ont point voulu. Peut-être, à un autre point de vue,
ont-ils eu raison. Ils auraient pu ne pas s'entendre sur le choix d'une
nouvelle orthographe, tandis que l'ancienne est (pour reprendre un mot
célèbre) ce qui les divise le moins.
Puisse l'œuvre des sociétés irlandaises avoir un plein succès ! Puis-
second Irish Book, 112 p. (14,075 exempl. vendus à la même date); — Third Irish
Book 134 p. (publié beaucoup plus tard que les précédents). Le premier coûte 2 d., le
second à, à. et le troisième 6 à. Dublin, Gill.
1. The Pursuit of Diarmuid and Grainne. Part. 1 ; xvi-142 p.in-12. Dublin, Gill, 1880.
Prix : 1 s.
2. The Lay of Oisin on the Land of the Young. x-i 18 p. in-i8. Dublin. Chamr.ey,
1880. Prix : 1 s.
Société pour la conservation de la langue irlandaise. 459
sent-elles maintenir, dans les rares cantons où l'indifférence ne l'a pas
encore éteinte, cette vieille langue qui a eu une littérature si riche, si
remarquable et si épique ! Que le peuple irlandais du Munster, du Con-
naught et du Donegal apprenne dans sa langue le respect et l'orgueil de
son passé ! Là est la dignité nationale d'un peuple et la justification de
ces revendications politiques qui, depuis la conquête anglaise, n'ont cessé
de gronder sur le sol irlandais.
Cette propagande peut aussi avoir d'heureuses conséquences dans un
ordre de choses plus modeste, mais qui n'est pas sans intérêt. Parmi ces
maîtres d'école, ces jeunes gens qui étudient par pur enthousiasme leur
langue à demi oubliée, peut-être en est-il que l'ange de la philologie
touchera de son aile ! peut-être y a-t-il parmi eux des O'Donovan et
des O'Curry qui s'ignorent ! Les hommes commencent à manquer en
Irlande à la littérature et à l'histoire nationales. Dût-elle être passagère,
cette renaissance aurait fait une œuvre utile en suscitant et en mettant
en lumière la vocation cachée de quelque futur ollamh ' !
La littérature irlandaise parait bien morte, au moins sous la forme de
sa vieille langue, et elle ne ressuscitera sans doute pas, malgré les efforts
de cette société. Quelques poètes distingués ont essayé et essayent encore
de la faire revivre sous une forme anglaise, c'est-à-dire en faisant des
vers anglais sur des pensers celtiques. Leur nombre vient de s'accroître
d'une vaillante recrue, M. A. P. Graves, fils du savant évêque anglican
de Limerick 2. Ces Chansons et Ballades Irlandaises sont, nous dit l'auteur
dans sa préface, inspirées par la musique et souvent par les paroles des
chansons populaires de l'Irlande celtique, et M. Graves les donne avec
la musique originale qui leur a servi de thème. Ce livre se recom-
mande donc également aux amis de la musique populaire. Ce volume
contient aussi quelques poèmes d'une certaine étendue, imités directe-
ment des anciens poèmes irlandais. Plusieurs de ces poésies sont accom-
pagnées de notes intéressantes, même pour les érudits, par les détails
qu'elles donnent sur la musique et les poèmes populaires en Irlande. Si
l'Irlande apportait dans la littérature la passion de nationalisme qu'elle
montre en politique, il pourrait se créer une littérature anglo-irlandaise ;
mais il ne paraît pas jusqu'ici qu'il doive en être ainsi. — H. G.
1 . Parmi les livres les plus utiles a cette tentative de renaissance littéraire, il faut
signaler la petite grammaire irlandaise à l'usage des écoles que M. Joyce a publiée l'an
dernier. M. Joyce est membre du conseil de la société pour la conservation de la langue
irlandaise, et c'est à l'instigation de ses collègues qu'il a entrepris cette grammaire résu-
mée de la langue moderne. — A Grammar of the Irish Language for the use of Schools
by P. W. Joyce, LL. D. etc., vm-134 p. in-12. Dublin, Gill, 1879. Prix : 1 s.
2. Insh Songs and Ballads by Alfred Perceval Graves; Manchester. Alexander Ire-
iand and C% x-275 p. in-12, 1880.
BIBLIOGRAPHIE.
Epigraphie antique du département des Alpes - Maritimes,
par M. Edmond Blanc. Nice, Malvano-Mignon (Paris, Champion),
ire partie 1878, 168 p. in-8° et 2 planches; 2e partie 1879, 312 p.
in-8° et 5 planches; Tables, 1880, xxxix p. in-8°. Prix : 1 5 fr.
Epigraphie de Luchon, par Julien Sacaze. Paris, Didier, 1880, 91 p.
in-8°. Prix : 3 fr.
Visite au musée épigraphique de Gap, par Florian Vallentin.
Vienne, Savigné ; Paris, Champion, 1880. 23 p. in-8°. Prix : 2 fr.
Le goût de l'épigraphie se répand de plus en plus en France et il ne
se passe plus d'année qui ne voie augmenter le nombre des recueils locaux
d'inscriptions. Cette branche d'étude n'appartient guère à notre domaine
que par la mythologie et l'onomastique : à ce point de vue, il est utile
de connaître dans tous leurs détails la provenance géographique des
monuments, les attributs dont ils sont souvent revêtus, et les autres
découvertes archéologiques faites dans la même localité.
L'Académie des inscriptions a décerné la seconde mention honorable
du concours des antiquités nationales à l'ouvrage de M. Edmond Blanc,
et cette distinction en dit le mérite. Les inscriptions de Nice et de Cimiez
avaient été réunies et étudiées par M. Bourquelot, mais ce travail ne
s'étendait pas à la région entière, et il était déjà ancien. M. Blanc a pris
pour objet de ses recherches toute la région des Alpes-Maritimes et les
inscriptions ont été pour lui l'occasion d'étudier l'histoire et la géogra-
phie ancienne de ce pays qui formait la zone frontière de la Gaule tran-
salpine, comme aujourd'hui de la France. Cette question de géographie
historique n'est pas une question morte. Les annexionistes italiens qui
cherchent des prétextes à revendiquer ce qui pourtant s'appelait en ita-
lien « Niza di Provenza » tâchent de faire rentrer rétrospectivement ce
pays tantôt dans le domaine des Ligures, tantôt dans la Gaule cisalpine.
Bien que M. Blanc touche la question avec la gravité qui convient à
l'érudition, les pages de son livre qui en traitent ont pour le lecteur
Bibliographie. 461
niçois un intérêt de plus. N'avait-on pas prétendu trouver à Cimiez en
1872 de fausses inscriptions étrusques pour établir l'origine étrusque et
par conséquent italienne de cette ville !
M. Blanc a eu le mérite d'ajouter plusieurs inscriptions inédites à celles
que l'on connaissait déjà. Parmi les plus importantes, il faut signaler
celle du monument élevé à Hercule par Cn. Domitius Ahenobarbus après
sa victoire sur les Allobroges, en 121 av. J.-Ch. L'inscription était con-
nue par une ancienne copie, que Pon regardait généralement comme un
faux : on ignorait où se trouvait le monument. M. Blanc l'a retrouvé
au sommet d'une montagne, le Tournairet, à 2,000 mètres d'altitude.
Par ses soins, le monument va être transporté au musée de Saint-Ger-
main. M. Blanc a aussi découvert, en pleine montagne, entre Le Broc
et Carros, une inscription au dieu, inconnu encore, Lavaratus ; une
inscription au Dieu Hêtre \Fago Deo), culte déjà connu par des inscrip-
tions pyrénéennes. Mentionnons encore, sinon comme inédites, au moins
comme peu connues, l'inscription à Maiurrus et celle à Trittia. A cette
occasion nous regrettons que M. Blanc ne nous dise pas si les monu-
ments qui portent ces inscriptions sont ornées de représentations figurées
ou symboliques : ce sont, en mythologie, des documents aussi impor-
tants qu'un nom divin.
Les inscriptions mythologiques sont peu nombreuses dans cette région.
A quoi attribuer cette rareté ? Le christianisme aurait-il été plus promp-
tement triomphant et plus militant dans les Alpes-Maritimes que dans
le reste de la Gaule ? On peut noter que le monument d'Hercule élevé
par Domitius Ahenobarbus et celui de Lavaratus nous sont parvenus
brisés et à l'état fragmentaire.
Le manque de compétence nous empêche de parler des autres classes
d'inscriptions, de beaucoup les plus nombreuses, du recueil de M. Blanc,
mais les savants qui s'occuperont désormais de la géographie et de l'his-
toire des Alpes-Maritimes à l'époque romaine sauront en faire leur
profit.
VÊpigraphie de Luchon de M. Sacaze nous mène dans une région
pyrénéenne riche en monuments mythologiques ; mais les noms de la
plupart de ces dieux ont une apparence non-celtique et sont probable-
ment ibères. Le travail de M. Sacaze est bien divisé et riche en détails.
La plupart de ces inscriptions sont déjà connues et nous n'avons pas à
nous y arrêter. Nous remarquerons seulement que grâce à M. Sacaze,
une inscription mythologique disparait, et une autre change de carac-
tère. — Le dieu topique de Luchon, appelé généralement Ilixo dans les
inscriptions, était nommé Lixo dans une seule , qu'on voit aux thermes
Rev. ait. iv 31
462 Bibliographie.
mêmes de Luchon. Cette inscription est l'œuvre d'un faussaire, désireux
d'augmenter les titres de gloire de sa localité, comme il n'est arrivé que
trop souvent. — L'inscription de Luchon publiée par M. Dumège comme
portant NVMINI jl MATRVM || RVTAENVS || V.S.L., ne contient nul-
lement cette invocation, qui ne peut même se restituer par hypothèse.
Le monument est brisé et porte NVMI/// 1| MAN//// 1| SACR//// 1| RV-
TAEN// Il V.S.L.//.
« Le département des Hautes-Alpes, dit M. Florian Vallentin, est, ou
plutôt était riche en inscriptions remontant à la civilisation romaine, un
grand nombre rapportées par les auteurs ont disparu depuis longtemps.
Dans ces dernières années, quelques inscriptions ont été réunies à Gap
dans le vestibule du bâtiment affecté aux archives départementales. »
Ces inscriptions sont au nombre de 1 7 : dans ce nombre les inscriptions
votives sont les suivantes : une à Jupiter ; — une à Mars; — une à
Mercure FiniHmus (voir plus haut, p. 444) ; — une à la Victoire Au-
gustis ; — une à Isis (dont le nom est écrit avec nasalisation INSIDI) ;
— une au Dieu Allobrox ou aux Mères Allobrogiques1. Tous ces monu-
ments proviennent de La Bâtie-Mont-Saléon, ancien Mons Seleucus, où
l'on avait déjà découvert au commencement de ce siècle un monument
mithriaque (aujourd'hui perdu), localité qui parait avoir été un centre
très important de culte.
Ces inscriptions étaient pour la plupart inédites, et la brochure de
M. V. étant tirée à petit nombre, nous croyons utile de donner les noms
d'hommes d'apparence gauloise qui peuvent s'ajouter utilement à la liste
précédemment publiée par M. Creuly2 :
Noms d'hommes : BARONIS (gén.). — EXC1NGI (gén.).— MOGETI
(gén.). — SMERTVLLI (gén.). — VASSATI (gén.). — VENNONIVS
(aux exemples de ce nom réunis par M. Vallentin, nous en ajouterons
un de Ladenburg-am-Neckar, figuré dans les Bonner Jarhbiïcher,t. XLIV,
pi. III). — VERINI (gén.) — VESTONIVS.
Noms de femmes : LVCILLA. — SOLICIAE (dat.). — VLATTIA.
H. G.
1. Sur cette inscription ainsi cohçue: POMPEIA LVCILLA | ALLOBROG. | V.S.L. M.,
voir un article de M. Mowat publié dans la Revue archéologique de juillet 1880 sous ce
titre : Le Dieu Allobrox et (sic) les Matra Allobrogicœ. M. Mowat aurait dû, ce nous
semble, écrire ou : car c'est l'un ou l'autre.
2. Revue celtique, t. III.
Bibliographie. 463
Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, publié par
MM. Daremberg et Saglio. Septième fascicule (cos-cho) contenant
189 grav. Paris, Hachette, 1880. — Prix : 5 fr.
La publication de cet important ouvrage, dont nous avons précédem-
ment parlé (t. II, p. 259 et 416), se poursuit régulièrement. Parmi les
articles de ce volume, il en est un qui se rattache directement à nos
études, c'est celui sur la cerevisia que les Gaulois n'ont peut-être pas
inventée, mais à laquelle ils ont donné son nom le plus usité dans le
monde romain, nom qui est resté en gallois civrw. On possède deux vases
trouvés en Gaule, qui étaient destinés à boire et à verser la cervoise,
comme le prouvent les inscriptions qu'ils portent. L'un d'eux est figuré
dans le dictionnaire.
H. G.
Bye-Gones relating lo Wales and the Border Counties. 1878-9. vi-
356 p. pet. in-40. Oswestry, Woodall and Venables. — Prix : 10 s.
(12 fr. 50).
Un journal du pays de Galles qui se publie en langue anglaise, VOs-
wesîry Advertiser, a l'heureuse idée de consacrer dans ses numéros du
mercredi une colonne ou deux à des notes, questions et réponses rela-
tives au pays de Galles et aux comtés limitrophes. Ces colonnes sont
placées sous la direction d'un savant, ami de l'histoire locale, M. Askew
Roberts, et forment un parallèle provincial aux célèbres Notes and Que-
ues de Londres. Ces colonnes du journal sont ensuite tirées à part en
forme de volume (à 1 50 exemplaires).
Nous avons sous les yeux le volume des Bye-Gones ou « Choses du
passé » pour 1878-79. L'histoire locale domine comme on doit l'attendre
d'une publication de ce genre, mais on y trouve aussi nombre de notes
d'un intérêt plus général, sur l'histoire littéraire, les antiquités, les usages
et les superstitions. A ce titre nous signalerons une conférence de
M. Cowell, le savant professeur de Cambridge, sur Dafydd ap Gwilym,
d'assez nombreuses communications de M. Silvan Evans, notamment
sur Griffith Roberts et sa grammaire et diverses notes de Folk-lore. Un
correspondant communique (p. 73) douze noms gallois du saumon,
usités dans différentes parties du pays de Galles ou appliqués au poisson
à des moments divers de sa croissance, et il demande encore si les lec-
teurs des Bye-Gones en connaissent d'autres. — Les Bye-Gones rendraient
service à la philologie en faisant appel à leurs correspondants pour don-
464 Bibliographie.
ner les différents noms et surnoms populaires des animaux en Galles.
Nous voudrions aussi voir les traditions et la littérature populaire y
occuper une plus grande place. La collection aurait ainsi une plus grande
valeur pour les savants étrangers tout en gardant un intérêt local.
H. G.
The History ofthe Gwydir Family, written by Sir John Wynne
Knt. and Bart., ut creditur et patet. Oswestry, Woodall and Vena-
bles, 1878, xx-112 p. in-40 avec 5 planches et 5 tableaux généalo-
giques. — Prix :21s. (26 fr. 25).
Cette histoire d'une famille influente du nord du pays de Galles a joui
d'une grande notoriété locale. Après la mort de son auteur, Sir John
Wynne (en 1627), on en fit de nombreuses copies manuscrites; plus
tard on en publia trois éditions imprimées en 1770, 1781, 1827. Ces
éditions s'épuisèrent successivement, et ce vieil ouvrage gardant tout
son intérêt pour les familles aujourd'hui existantes qui se rattachent à
cette antique souche, M. Askew Roberts entreprit d'en faire une édition
nouvelle. Il a augmenté le vieux texte de notes historiques et topogra-
phiques (pour lesquelles il a eu l'aide de M. W. W. E. Wynne, de
Peniarth), de tableaux généalogiques et de photogravures reproduisant
d'anciens portraits et d'anciennes gravures : les variantes des différentes
éditions et des monuments sont données en note. L'ouvrage est imprimé
sur papier fort de Hollande ; l'exécution typographique est admirable et
fait le plus grand honneur aux presses d'Oswestry. Nous savions du
reste déjà par les Mabinogion de Lady Guest que la typographie galloise
peut rivaliser avec les meilleures imprimeries de Londres.
L'intérêt de cet ouvrage est tout local : au point de vue général nous
n'avons que peu de choses à relever.
Une tradition populaire sur un monument mégalithique (dont le pen-
dant se rencontre souvent) est mentionnée (p. vin) dans une lettre de
Sir John Wynne. Sur une colline appelée Moelvre [« la colline chauve
ou nue »] se trouvait un cercle ou triangle de trois pierres hautes d'en-
viron un yard et quart (à peu près ira 12), l'une blanche, l'autre rou-
geâtre et la troisième bleuâtre. Leur origine était un miracle de Dieu
pour affermir la foi des premiers chrétiens de Galles. Un dimanche
matin trois femmes avaient été sur la colline pour vanner leur grain.
Leurs voisines les adjuraient en vain de ne pas travailler le jour du Sei-
gneur. Elles n'écoutèrent pas ce conseil, et Dieu, pour les punir, les
changea en pierres de même couleur que les robes qu'elles portaient. Et
Bibliographie. 46 $
notre vieil auteur observe : « C'est une tradition qui est crue par les
vieilles gens du voisinage, et quoi qu'il en soit, qu'elle soit vraie ou non,
elle est salutaire et elle empêchera d'autres de travailler le jour du Sab-
bath. » Du temps de Sir John Wynne déjà, ces pierres furent arrachées de
leurs bases par les gamins du voisinage et roulées au pied de la colline.
Un peu plus loin, p. xi, une lettre du même seigneur à l'ecclésiastique
qu'il devait prendre pour chapelain et où il lui marque ses devoirs, intro-
duit dans les mœurs du commencement du xvne siècle.
Notons enfin que dans la table I on trouve la généalogie de cet Owen
de Galles dont il est souvent question dans Froissart et sur lequel
M. Luce a publié une courte notice ici même (t. III, p. 445-7, cf. p. 5 1 2).
Cet Owen, surnommé en gallois llaw goch « main rouge ou sanglante »,
descendait de Gruffith ap Conan, petit roi du nord du pays de Galles au
commencement du xne siècle, dont la vie aventureuse a été racontée par
une ancienne chronique1. Cette table généalogique donne à tort 1381
comme la date de l'assassinat d'Owen de Galles : la vraie date est 1 378.
H. G.
Origine des voyelles et des consonnes du Breton moderne de
France (dialecte de Léon), par M. H. d'Arbois de Jubainville
[Mémoires de la Société de linguistique de Paris, t. IV, 3e fasc.,pp. 239-
272).
Je n'essaierai pas de signaler tout ce qu'il y a de nouveaux résultats
acquis et de solutions plausibles proposées à la science dans ce remar-
quable travail. Je demande seulement — ce qui sera bien plus court —
à soumettre à mon savant confrère quelques observations.
En ce qui concerne strictement son sujet, c'est-à-dire la détermination
du type originaire de chaque mot breton, je ne me risquerai à lui contes-
ter ici qu'un seul point : c'est que merionen ou plutôt meriénen en Léon),
fourmi, vieux comique menvionen, soit dérivé du thème minu-, être
petit (p. 260). Il semble plus sûr d'admettre avec le Lex. Cornu-Brit.
que menvionen est une erreur pour meuvionen ; erreur qui s'explique,
d'ailleurs, par le voisinage des deux autres n. Meuvionen est une variante
de murrianen. Bien qu'elles nous soient parvenues dans des documents
écrits d'époques différentes, les deux formes comiques n'en ont pas
moins dû être contemporaines, comme aujourd'hui les formes galloises
correspondantes mywionen et morionen; comme en breton actuel pevien
1. Buchedd neu H ânes Gruffudd ab Kynan ; publiée dans la Myfyrian Archaiology of
Watts.
466 Bibliographie.
et peorien, pauvres ; breuviez (prononciation du petit Tréguier) et breuriez,
confrérie. Les premières paraissent dériver des autres par un double
phénomène : i° chute de r ' devant i demi-consonne (cf. celle de / dans
diskibien, pluriel de diskibl, disciple1» , et 2° développement d'un v (gall. w)
pour éviter l'hiatus, comme dans le latin fluvius, de fluo. Murrianen, à
son tour, revient naturellement à pûp|M)£, etc. (Curt.4 n° 482).
M. d'A. de J. nous démontre bien, par les idiomes celtiques et les
langues congénères, que tel son léonnais provient originairement de tel
autre, mais il ne nous explique pas assez le comment, pour ce qui regarde
la dérivation immédiate, la dernière étape du son étudié. Ainsi il donne
saill, seau, lat. situla, comme exemple du changement d'i en a (p. 240).
Mais le mot breton ne vient-il pas directement du français seule, comme
boutaill de bouteille, marvaill de merveille ? Sa place serait donc à côté
de dale, du fr. délai (p. 2391 [lat. dilat-are] : c'est un exemple de a
venant de e franc, devant / mouillé. N'est-ce pas aussi par une sorte
d'équivoque qu'on peut ranger dans la même catégorie (p. 244) 1'/ de
river, numerus, et celui de dijentil, gentilhomme, [deden-jentil, qui existe
encore, comme dija de des-ja] tous deux descendants de u, mais à des
degrés bien divers ? Il était impossible, du reste, que l'auteur évitât cet
inconvénient, en se privant volontairement, comme il l'a fait, du secours
précieux des dialectes.
M. d'A. de J. a l'air d'oublier parfois que chaque lettre n'est pas
isolée, mais qu'elle reste continuellement exposée à l'influence de ses
voisines, même de celles qui ne la touchent pas immédiatement.
Ainsi, comme exemples de u = 0 en position, il ne cite que kuzul,
conseil, et kustum, coutume Ip. 247). Les mots furm, forme, et urz,
ordre, eussent été plus concluants. Burzud, miracle [anc. berzut, van.
berhut], lat. viriutis, et munud, menu [van. menât2, corniq. munys,
menys, minys], ne prouvent qu'imparfaitement que « u vient de T bref
suivi de n, r. » Ce sont des faits d'assimilation régressive dont les ana-
logues se trouvent dans des mots léonnais tels que butun, pélun ; fubu,
fibu, c'houibu, moucherons; lugustr, ligustrum ; muzur, muzul, mesure,
1. M. d'A. de J. n'a pas consigné ce fait, qu'il admet pourtant à la même page, dans
e kichen, corniq. yn kerghen, auprès de, et p. 257, dans ou<fh, lat. versus, contre. On
peut ajouter avec Dom Le Pelletier neuze, irlandais 'n uair sin, alors (cf. peur — p'-eur,
quand). Rien n'est plus fréquent, en breton actuel, que des formes comme d'ibi, manger,
gourdouz, menace, pour dibri, gourdrouz. — Si l'évolution a eu lieu dans l'ordre indiqué,
r est tombé ici entre deux voyelles, comme dans Mai (employé par Brizeux) = Mari,
et dans le petit Trég. aï e dae d'aïout — arri e dare d'arriout, il est sur le point d'ar-
river.
2. Minut existe encore en léonnais : cf. Buez Michel Nobletz. p. IJI. Dans la forme
trécoroise muned, due à l'influence de l'accent, les voyelles sont interverties, de même
que dans neubet, peu. et noade, variante de nadoe, aiguille.
Bibliographie. 467
corniq. musure, mesurer. Cf. en pet. Trég. dustu = dious-tu, de suite ;
duvun et divun, éveillé ; fuchu, un fichu ; hudu, hidu, hidiv, aujourd'hui ;
ituen et utuen, grain de blé noir; burluelet, étourdi, ébloui, cf. franc.
berlue et Muette, haut-bret. ma vèue berluette ; à Gurunhuel vunnus = foun-
nuz, vite.
L'inverse a lieu en léon. dans/azu///, fusil, en trécorois dans Juluan,
Julien; lutun, lutin; utul, utile; en van. dans bugul = bugel, berger,
turul = teurel, jeter; à Gur., dans turluyat = turiellat, fouir; uskuyat
= huskellat = luskellat, balancer ; enfin, dans le léon. eskumunuget,
excommunicatus, u a rayonné dans les deux sens à la fois. Le pet.
Tréguier nous fournit, dans kichen, kuchen et kuchun, les trois degrés par
où ont dû passer des mots tels quekurust, choriste; Tréc. duvun, devine;
cornouaillais hurunat = c'houirinat, hennir. Vi se sera d'abord changé
spontanément en u, comme dans possubl, horrubl, terrubl, kalur, calice, etc.
Ces exemples témoignent de la tendance qu'a le son u, dans tous les
dialectes, à envahir les syllabes qui l'entourent '. Il en est de même sur-
tout de eu : léon. breugeuzi, van. bregasein, petit Trég. beugisal, eructare ;
léon. ebeul, eubeul, poulain ; eured, noce, eureuji, se marier ; heureuchin,
hérisson, pet. Trég. uruson ; reuzeudik = *reuzedik, malheureux ; et de
i, comme M. d'A. de J. l'a fait remarquer pour l'a, mais non pour Ve
précédent.
Une autre influence eût pu être signalée : c'est celle qu'exerce sur
l'initiale d'un mot le mot précédent, même quand celui-ci est supprimé
ou sous-entendu comme cela arrive pour la particule a en gallois et en
breton ; ou simplement l'idée seule d'une certaine relation grammaticale.
Ainsi dans bemdez p. 269, chaque jour [tréc. baonde], l'affaiblisse-
ment de p en b n'est pas une altération du radical pep, semblable à celle
du mot gaélique correspondant cach en gach : c'est une mutation qui sert
à indiquer un cas oblique du mot 'an pemdez, \àr) paonde, le « tous les
jours », d'où l'adj. pemdeziek, paondeiek, quotidien. Cf. les locutions
adverbiales bemnoz, Tréc. baonnos, et bob nos 'gallois id.i, chaque nuit ;
beveach, Tréc. bawech, chaque fois, bop (b)eure, chaque matin, bob lun
'gall. bob dydd Llun), chaque lundi ; eurwech bop pell ha pell, une fois de
loin en loin, etc. Bop gir e lar vall, il dit du mal à chaque mot ; tandis
que pob gir a lar vall signifie : il dit, il prononce mal chaque mot. Cf. aussi
bre-man, maintenant, du-ze, chez vous, etc.
L'auteur me pardonnera ces critiques partielles. L'ordre parfait, lumi-
1 . Quelquefois une autre voyelle lui dispute une syllabe limitrophe : hugunod et hugo-
nod, impie, = huguenot ; klajuri et klujiri, pi. de klujar, perdrix.
468 Bibliographie.
neux, qui règne dans la disposition générale de son œuvre, en fait décou-
vrir aisément les lacunes et le côté faible ; mais ce qui manque n'est que
l'accessoire. Il serait injuste de ne pas reconnaître le service éminent
qu'il a rendu à la langue bretonne et à la science en retrouvant avec sa
perspicacité ordinaire les titres de noblesse de tant de mots ; en voyant
l'habileté avec laquelle il manie et perfectionne la phonétique bretonne,
j'ai seulement regretté parfois qu'il n'ait pas usé de toutes ses ressources
pour en faire, comme il le peut, un instrument de précision.
Emile Ernault.
Buez Dom Michel Nobletz misioner hag abostol braz Breiz-Izel, scrivet
gant an Autrou A. Drézen, beleg. Brest et Quimper (1879).
Ce petit livre contient en 324 pages attachantes et instructives la vie
de l'infatigable apôtre de l'Armorique, Dom Michel Le Nobletz. Il est
écrit dans un langage mixte, moitié cornouaillais, moitié léonnais. L'au-
teur a voulu, en adoptant ce système, étendre le cercle de ses lecteurs.
Mais il eût pu, sans cesser d'être compris, mettre plus d'unité dans sa
langue, et en bannir bien des emprunts inutiles, bien des tournures
vicieuses.
Chez lui, les mutations fausses alternent avec les formes correctes :
ma zeuas p. 12) qu'il vint; ma teue (28) qu'il venait; ma zalc'hin, que
je garde (p. 68) , et plus haut, à la même page, ma tiskenno, qu'il des-
cende. Au lieu du radical gelloat pouvoir (p. 6j), il met souvent hallout
(197), etc. La première de ces façons abusives de parler est empruntée
au bas Léon, et la seconde au haut Léon : la paroisse de Guisseny, où
l'auteur a résidé assez longtemps, est sur la limite de ces deux sous-
dialectes.
Voici d'autres fautes qu'il eût été facile d'éviter : oc'/z outho (136) au
lieu de outho (69), à eux, pléonasme en usage dans le bas Léon ; caran-
tez ... evit (49), « amitié pour », gallicisme pour ouz ou da, à, envers;
pegemend e oa dister, p. 66, gallic. « combien il était chétif », au lieu de
pegen dister e oa, angl. how wretched he was; heol freaz (8$) « soleil clair »,
terme impropre, cet adjectif s'appliquant à la parole (comme p. m),
cf. gall. ffraeth, éloquent ; digatar (267) (haut Léon), sans tache, litt.
sans catarrhe katar n'a pas d'autre origine; l'adj. kataret se dit par exten-
sion d'un esprit affaibli, tombé en enfance) et comzou dif outre (11), paroles
grossières remarquez di explétif, comme dans dizampar, impair), locu-
tions trop triviales pour le style sérieux. Enfin, à quoi bon employer, par
Bibliographie. ^G<)
exemple, le mot français famill ($7) quand on a à sa disposition iiegez
(205) ou îud (4), ou même tudach (205)?
Il y a cependant dans cet ouvrage plus de mérite encore que de défauts.
On y trouve une foule d'expressions curieuses puisées à la source popu-
laire. Ainsi cet emploi de l'infinitif pour la 3 e pers. de l'impératif : dont
brema an oll enebourien (69Ï, « viennent maintenant tous les ennemis »,
est usuel dans tout le pays de Léon. Il en est de même de clanv diglanv
(167) maladif; gair vella (172) « le mieux du monde », où l'adv. guir
[cf. gall. gwir anrhydeddus, très révérend forme avec guella une sorte de
superlatif intensif analogue à peurliesan « persaepissimè » (cf. liessafu
* oftenest », Middle Bret. Hours, ij) ; ... a c'hoarze goab (108) [ils]
se raillaient, litt. riaient [par] moquerie; braz e cavas (55) « il trouva
étrange ». Il y a des mots plus spéciaux au haut Léon : arbrazeuz (143),
la plupart de...; scleraen (éclaircie) moment de répit dans la souffrance
(280), etc., etc.
En somme, le talent de M. l'abbé Drézen, comme écrivain breton,
est incontestable, et il est beaucoup plus aisé de signaler ses imperfec-
tions que d'imiter la richesse et la beauté de son style.
Emile Ernault.
Les Gaulois étrangers à la race celtique. — Revendication de la
priorité et de la propriété de cette opinion par P. L. Lemière contre
M. Alexandre Bertrand, membre de la commission delà topographie des Gaules,
conservateur du musée de Saint-Germain. 24 p. gr. in-8°. Saint- Brieuc, Fran-
cisque Guyon ; Paris, Maisonneuve ; juillet 1880. Prix : 1 fr. 50. — Nos lec-
teurs savent que MM. Lemière et Al. Bertrand prétendent distinguer les Gau-
lois des Celtes (voir les articles de M. d'Arbois de Jubainville, t. III, p. 251 et
254). Il y a aujourd'hui bataille pour la priorité de cette idée que, comme
M. d'A. de J., nous croyons erronée, et M. Lemière revendique cet honneur
dans une brochure spéciale. La question a un caractère trop personnel pour
que nous nous permettions d'y entrer, surtout avant que M. Bertrand ait
encore répondu. Nous nous bornons à signaler au lecteur ce plaidoyer d'un
homme qui a le mérite de travailler seul, en province, loin de tout centre
scientifique. M. Lemière annonce comme étant sous presse un grand ouvrage
sur la question des Celtes et des Gaulois.
La nation gauloise et Vercingétorix, par le général Borson,
membre honoraire de l'académie de Clermont-Ferrand ; conférence publique
faite le 17 avril 1879, dans la grande salle de la mairie de Clermont-Ferrand.
Paris, Dumaine, 1880, 58 p. in-8*. Prix : 2 fr. — Cette conférence est une
œuvre de vulgarisation patriotique, et il nous suffit de la mentionner à ce titre
470 Bibliographie.
en ajoutant que dans cette étroite limite l'auteur a fait preuve de savoir histo-
rique et de critique.
La religion gauloise et le Gui de chêne, par M. H. Gaidoz, 16 p.
in-8°. Paris, Leroux, 1880. Prix : 1 fr. — Ce mémoire a paru sous le
titre de « Bulletin critique de la mythologie gauloise » dans la Revue de l'his~
toiredes religions, t. II, p. 68-81. Le but de l'auteur a été de démontrer que la
cueillette du gui rapportée par Pline, Hist. nat. XVI, 9$, n'est pas, comme on
l'a prétendu, un rite de la religion druidique, mais un simple fait de mythologie
botanique, qui n'est même pas particulier à la Gaule.
La statuette d'Oyonnax, par M. Aimé VrNGTRrNiER, 14 p. in-8° et
1 pi. Lyon, H. Georg, 1880. — Dans cet article qui est un tirage à part avec
luxe de la Revue du Lyonnais, M. V. décrit une statuette de bronze, œuvre
charmante de l'art antique (nous n'osons dire gallo-romain), dont il est posses-
seur, et raconte les détails de sa découverte, en 1788, ainsi que les travaux
dont elle a été l'objet. Elle représente un jeune homme nu, coiffé d'un casque
à panache : les mains ont perdu ce qu'elles tenaient originairement. M. V.
suppose, et avec assez de vraisemblance, que la main gauche levée s'appuyait
sur une lance, comme chez le personnage analogue figuré dans Montfaucon,
tome I, pi. LXVI, fig. 4, mais nous eussions préféré qu'il n'eût pas introduit
cette restitution dans la gravure qu'il donne de la statuette. Il serait à désirer
que tous les possesseurs d'antiques, surtout de statuettes de bronze, fissent
ainsi connaître leurs trésors. La science doit tous ses remerciements à de
modestes monographies comme celles de M. Vingtrinier.
Pour les savants philologues de l'école de l'auteur d'Encina 0 sœva néces-
sitas », et qui seraient tentés de chercher un sens profond au nom d'Oyonnax,
nous ne croyons pas inutile d'ajouter qu'Oyonnax n'est pas le nom du Dieu,
mais celui de la localité du Bugey où l'on a découvert cette statuette.
The Celtic Languages in relation to other Aryan Tongues.
A Vindication. by the Rev. John Dayies, $i p. in-8\ London, 1880. —
Cette brochure est, comme son titre l'indique, une revendication. L'auteur
revendique comme étant originairement celtiques des mots que l'on s'accorde
généralement à regarder comme empruntés au latin ; et comme provenant du
celtique des mots français ou même anglais que l'on rattache au latin et au
germanique. Sur ce dernier terrain, tout au moins, la frontière définitive n'est
pas encore tracée, et le celtique reprendra peut-être l'avantage sur quelques
points isolés. C'est aussi l'avis de M. Schuchardt qui, tout récemment, traitait
cette question avec l'autorité que lui donne sa haute compétence de romaniste.
La Société anthropologique de Graz dont il a été question plus haut
(p. 310) nous a envoyé ses deux premiers bulletins (1878 et 1879) contenant
l'un une conférence du comte Wurmbrand sur les méthodes de l'anthropologie,
l'autre une notice de M. Hcernes sur les fouilles de tumuli pré-historiques du
Bibliographie. 471
comitat d'Oedenburg) et une carte archéologique de la Styrie avec un texte
(60 p. in-8°) par M. Fr. Pichler. Ce texte est formé d'un index à la fois topo-
graphique et bibliographique. Il indique pour chaque localité les objets qui y
ont été trouvés et les monuments qui y subsistent encore ; et il donne la biblio-
graphie des travaux publiés sur chacun de ces objets ou monuments. Sous une
forme modeste, c'est un répertoire des plus utiles pour les recherches de détail.
Esquisses Marchoises, Superstitions et Légendes, Histoire et Critique,
par M. Louis Duval, ancien archiviste de la Creuse, archiviste de l'Orne,
368 p. in-12. Paris, Champion, 1879. Prix : 4 fr. — 'La seconde partie de cet
ouvrage traite d'histoire locale, mais la première (p. 1-145) est consacrée aune
très intéressante étude de mythologie celtique, au « culte des eaux dans la
Gaule centrale et plus particulièrement dans la région de la Creuse. » Ce sujet
avait été abordé par M. Bonnafoux, mais d'une façon insuffisante (cf. tome II,
p. 501). M. D. a dressé une liste très étendue des fontaines sacrées de la
Creuse, relevé les traditions et usages qui s'y rapportent et raconté aussi le
culte et l'histoire des saints locaux. Des rapprochements sobres et bien choisis,
des citations heureuses, un commentaire critique et sagace rendent la lecture
de ce travail plus attrayante encore et montrent dans son auteur un esprit à la
fois érudit et philosophique.
Eugène Rolland, Faune populaire de la France, tome III. Les
reptiles, les poissons, les mollusques, les crustacés et les insectes, xv-365 p.
in-8°. Paris, Maisonneuve. Prix : 10 fr. — C'est la suite d'un ouvrage dont
nous avons déjà parlé (voir plus haut, p. 123), mine précieuse de renseigne-
ments de toute sorte. Nous remarquons que M. R. donne dorénavant les noms
bretons des animaux et bon nombre de superstitions bretonnes, et notre ami
M. Sauvé lui a fourni à cet égard des notes utiles. Nous regrettons que M. R.
ne fasse pas suivre ses volumes d'un index alphabétique.
Mémoire sur la céramique antique dans la vallée du Rhône,
par M. A. Lombard-Dumas. Nîmes, 1879, un vol. in-8°. — Le compte-rendu
de cet ouvrage n'a pu être prêt à temps pour paraître aujourd'hui. Nous
sommes forcé de l'ajourner au prochain numéro.
M. Windisch vient de publier la Chrestomathie Irlandaise (Irische Texte,
Leipzig, Hirzel, xiij-886 p. in-8°. Prix: 32 fr.) qu'il nous promettait depuis
plusieurs années et qui va faciliter et populariser l'étude de l'irlandais. Nous en
rendrons compte dans notre prochain numéro.
H. G.
CHRONIQUE
Les Revues Épigraphiques. — Un nouveau livre de M. Rhys. — Le Calen-
drier d'Oengus par M. Stokes. — La Société Gaélique d'Inverness. — La
Société des Cymmrodorion. — La Mission de M. Quellien en Basse-Bretagne.
Dans notre dernière chronique, nous disions fp. 302) que la Revue Êpigra-
phique du midi de la France se publiait aux frais de M. Savigné, son imprimeur
à Vienne. Nous étions mal informé. C'est son rédacteur M. Allmer qui en sup-
porte les frais. Il ne faut que louer davantage le savant épigraphiste de Lycn
de son dévouement à la science.
La revue de M. Allmer ne sera pas longtemps seule à moissonner le champ
de la Gaule romaine. Notre collaborateur M. Florian Vallentin va fonder, avec
le concours de deux épigraphistes éprouvés, MM. Mowat et Héron de Ville-
fosse, une Revue hpigraphiaue de la Gaule. Cette revue sera la revue gallo-
romaine par excellence, et elle rendra les plus grands services. Le prix de
l'abonnement est fixé à 1 5 fr. par an pour la France et l'étranger. On peut
s'abonner dès maintenant soit chez M. Savigné, imprimeur à Vienne (Isère),
soit chez M. Champion, libraire, i$, quai Malaquais, à Paris.
M. Rhys prépare, pour la Society for promoting Christian Knowledge, un
volume sur l'histoire primitive de la Grande-Bretagne, en s'arrêtant à l'époque
romaine. M. Rhys, qui connaît la littérature oghamique mieux que personne,
en tirera certainement de nouvelles lumières pour l'histoire. Ce volume sera
suivi d'autres volumes par d'autres écrivains sur les époques romaine, Scandi-
nave et saxonne de l'histoire de la Grande-Bretagne.
Dans un énorme volume qui porte le titre général de Transactions of the
Royal Irish Academy, Irish Manuscript Séries, vol. I, part. I, M. Whitley Stokes
vient de publier le calendrier d'Oengus avec traduction, commentaire et glos-
Chronique. 473
saire. M. Stokes a l'intention de donner, dans un prochain numéro de notre
revue, une édition refondue de la préface de son édition. Ce sera le meilleur
compte-rendu que nous puissions donner de cette importante publication, et
dans cette attente nous prions le lecteur de prendre un peu patience.
La Société Gaélique d'Inverness continue sa carrière d'activité et de pros-
périté. Nous avons reçu son volume VIII pour 1878-9, dont le contenu, suivant
l'usage, est des plus variés. Le compte-rendu du dîner annuel avec ses poésies
gaéliques et ses discours, les uns gaéliques, les autres anglais, y tient une large
place. Parmi les articles, nous avons surtout remarqué une étude de M. James
Barron sur la province de Moray, l'histoire d'un régiment écossais, un article
très sage et très critique de M. C. S. Jerram sur la méthode à suivre dans les
étymologies celtiques et une série de communications de M. William Mackenzie
sur des poésies gaéliques inédites; M. Mackenzie y a joint quelques charmes,
en gaélique eolais, qu'il eût bien fait d'accompagner d'une traduction anglaise
pour les amis du Folk-Lore. — La préface de ce volume contient d'intéres-
sants détails sur l'activité littéraire des écrivains celtiques de l'Ecosse. Les
Gaels écossais combattent vaillamment pro aris et focis !
Griffith Roberts était déjà connu comme auteur de la rarissime grammaire
galloise dont nous donnons une réimpression fac-similé comme supplément de
notre revue, réimpression qui sera achevée avec notre tome V. II y a un an. on
apprit qu'il était l'auteur d'un livre plus rare encore qui se trouve dans la riche
bibliothèque du prince Louis-Lucien Bonaparte, à Londres. Cet exemplaire est
le seul que l'on connaisse, et avec la permission de son propriétaire, la Société
du Cymmrodorion vient d'en faire faire une réimpression fac-similé '.
Comme l'indique le titre Instruction chrétienne, cet ouvrage est simplement un
court catéchisme. Il ressort de la préface qu'il a pour auteur Morys Clynoc,
premier recteur du collège anglais à Rome, et que Griffith Roberts l'a simple-
ment édité en ajoutant une préface et un appendice. L'ouvrage a été imprimé
en 1 568 dans la même ville que la grammaire de Griffith Roberts, à Milan, et
avec les mêmes caractères et la même orthographe [l pointée pour //, et u
pointé pour w). Les bibliophiles sauront gré au prince L.-L. Bonaparte et à la
Société du Cymmrodorion d'avoir sauvé de l'oubli, on pourrait presque dire de
la mort, un des plus vénérables monuments de la littérature galloise imprimée.
La même Société a entrepris de compléter l'œuvre d'une bibliographie galloise
1. ATHRAVAETH GRISTNOGAVL 1 568. Printed for the Honourable Society of Cymm-
rodorion, 1880. vu-63 p. (plus 12 pages non numérotées) pet. in-40.
474 Chronique.
entreprise par MM. William Rowlands et Silvan Evans (cf. t. I, p. 281) et
continuée par ce dernier ici même (t. I, p. 376 ; t. II, p. 30 et 346). Cette
bibliographie s'arrêtera à 1807. date de l'apparition du 3' vol. de la Myfyrian
Archœology : elle comprendra non pas seulement les livres écrits en gallois ;
elle comprendra aussi les livres en toute langue relatifs au pays de Galles ou
écrits par, des Gallois. La Société des Cymmrodorion fait appel pour cette
œuvre aux bibliographes de tous les pays. Nous lui transmettrons volontiers les
communications qu'on voudra bien nous adresser pour elle.
Pendant le dernier été (1880), M. Quellien a parcouru une partie de la
Bretagne avec une mission du ministère de l'Instruction publique. L'objet de sa
mission était d'étudier et de recueillir les mélodies populaires de la Basse-Bre-
tagne. Les chansons ont été recueillies et en partie déjà publiées par M. Luzel
avec un zèle et une conscience qui ne sont plus à louer. Mais M. Luzel n'est
pas musicien et il n'avait pu s'occuper à noter les airs. C'était là une grave
lacune au point de vue de l'art populaire : elle sera, pour une bonne partie,
comblée par les recherches de M. Quellien, qui est musicien autant que poète.
Nous aurons occasion de revenir sur ce sujet quand le rapport de M. Quellien
aura paru dans les Archives des Missions.
H. G.
NÉCROLOGIE.
Le pays de Galles a été récemment ému par la mort d'un homme qu'on
regardait depuis longtemps comme un Mécène de la littérature galloise, M. Wil-
iiam-Watkin-Edvvard Wynne, mort le 9 juin 1880, à Peniarth, dans sa
79e année. M. Wynne était le possesseur de la précieuse collection de manus-
crits gallois connue sous le nom de 'Collection d'Hengwrt', collection formée au
XVIIe siècle par Robert Vaughan d'Hengwrt. M. Wynne a peu écrit, mais il a
collaboré par ses conseils et par ses notes à plusieurs ouvrages d'histoire
locale et héraldique : il a donné plusieurs articles à VArchœologia Cambrcnsis. Il
s'intéressait beaucoup à l'architecture ecclésiastique, et on doit à son initiative
la restauration des églises de Llanaber et de Llanegryn.
— Notre revue vient de perdre un de ses premiers et plus appréciés collabora-
teurs, et la Bretagne un homme qu'elle ne remplacera pas de longtemps;
M. René-François-Laurent Le Men, archiviste du Finistère, est mort le 2 sep-
tembre 1880 à Quimper, à l'âge de $6 ans.
La carrière de M. Le Men s'était passée tout entière dans le pays de sa
naissance. Après avoir traversé l'administration de l'enregistrement, il suivit
quelque temps les cours de l'école de médecine de Brest, puis devint professeur
d'anglais au collège de Quimper et bibliothécaire de la ville. En 1853, il était
nommé archiviste du Finistère et il se consacrait définitivement à l'histoire et à
l'archéologie de la Bretagne. Il apportait à ces recherches une exactitude et
une netteté d'esprit qui firent bientôt de lui un des meilleurs historiens et des
meilleurs archéologues de la Bretagne. Sa santé, de bonne heure ébranlée, ren-
dait ses publications plus rares que ne le souhaitaient ses amis ; mais l'activité
de son esprit n'en était pas diminuée. C'est M. Le Men qui, il y a quelques
années, créa de toutes pièces le musée archéologique de Quimper ; c'est aussi
principalement à son initiative qu'est due la fondation en 1874 de la Société
archéologique du Finistère. Le vide laissé par la mort de M. Le Men sera d'au-
tant plus vivement senti que les historiens et les archéologues se font rares en
Bretagne.
M. Le Men a publié les ouvrages suivants :
Le Catholicon, de Jehan Lagadeuc, dictionnaire breton, français et latin,
d'après l'édition de Tréguier (MCCCCXCIX), 1 vol. in-8», Lorient. C'est la
476 Nécrologie.
publication de cet ouvrage qui a amené à la barre de la critique la cause de
l'authenticité du Barzas-Breiz.
Histoire de l'abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé, par dom Placide Le Duc,
bénédictin de Saint-Maur, avec supplément, notes et pièces justificatives,
i vol. in-8°, Quimperlé.
Etudes historiques sur le Finistère, Quimper, 1875, 1 vol. in- 18.
Monographie de la cathédrale de Quimper, Quimper, 1877, 1 vol. in-8", avec plan.
M. Le Men a en outre publié un certain nombre de mémoires et d'articles
dans la Revue archéologique, dans YArchaologia Cambrensis, dans la Revue celtique
et dans les publications périodiques de la Bretagne, notamment dans le Bulletin
de la Société archéologique du Finistère qu'il avait fondée.
— M. Louis-Félicien-Joseph Caigxart de Saulcy, né à Lille le 19 mars
1807, mort à Paris le 4 novembre 1880, était un de ces nombreux érudits que
l'armée française a donnés à la science. Ancien élève de l'École polytechnique,
il avait quitté le service militaire avec le grade de commandant. Il était membre
de l'Académie des inscriptions et belles-lettres depuis 1842 et il avait été pré-
sident de la Commission de la topographie des Gaules. Il avait formé une col-
lection tout à fait unique de monnaies galloises qui, en 1873, fut achetée par
l'État (cf. t. II, p. 145). M. de Saulcy a marqué sa trace dans toutes les
branches de la numismatique où son autorité était incontestée. Il était égale-
ment versé dans l'archéologie sémitique et il avait apporté un important concours
au déchiffrement des inscriptions cunéiformes. Mais nous n'avons à mentionner
ici que celles de ses publications relatives à la Gaule. En voici la liste complète
que nous devons à l'obligeance de M. Gustave Schlumberger.
Numismatique.
1836. Monnaies des Leuks ou Leuquois (Rev. numism. française, t. I, 1836,
p. 162-174).
1837. Restitution aux Lexoviens de la monnaie attribuée par le baron Mar-
chand aux Gaulois Éduens et nouvelle monnaie de la même nation (Rev. numism.
fr.. 1837, p. 6 à 1$).
1840. Sur une dissertation de M. de Crazannes sur les monnaies gauloises au
type de la roue (Ibid., 1840, p. 451 à 456).
1857. Semis inédit des Lexovii (Ibid., 1857, p. 403 à 407).
1858. Deniers gaulois à la légende KAAGT GAOY (Ibid., 1858, p. 281 à
389).
Série de XXVI lettres sur la numismatique gauloise (série très importante,
le principal travail de M. de Saulcy sur la monnaie gauloise) dans la Revue
numismatique de 1858, 1859, 1860, 1861, 1862, 1863, 1864, 1866, 1867.
1860. Lettre à M. le général Creuly sur la numism. gauloise à propos de la
position d'Alesia (Rev. archéol. n. s., t. I, p. 261 à 275).
1866. Aperçu général sur la numism. gauloise, inséré au Dict. archéol. publié
par la Commission de la topog. des Gaules (Revue archéol., 1866, t. XLV,
p. 400 à 418).
Nécrologie. 477
1866. Note sur les monnaies gauloises et romaines trouvées à Alise-Sainte-
Reine (Inséré au t. II de l'Histoire de César par Napoléon llli.
1867. Catalogue des monnaies frappées par les chefs gaulois cités dans les
Commentaires de César (Inséré dans l'Annuaire de 1867 de la Soc. française de
numism. et d'archéol.).
1867. Note sur les monnaies émises par le chef Arda, de la ligue belge, cité
par Dion Cassius (Avait été rédigé à cette époque pour le Bulletin archéol. du
musée Parent, 2e fascicule; n'a paru qu'en 1872 dans la Revue archéologique,
numéro d'avril).
1866 et 1867. Série de notices sur la numism. gauloise insérées à leur rang
alphabétique dans le Dict. archéol. publié par la Commission de topographie
des Gaules.
1869. Lettre à M. A. Bertrand sur la trouvaille de 139 statères globuleux à
la croix, faite à Sainte-Preuve, canton de Sissonne (Aisne) (Revue archéol. de
1869).
Archéologie.
Lettre à M. Penguilly-Lharidon sur les fouilles opérées dans quelques tumuli
gaulois aux environs de Contrexeville (Rev. archéol., n. s., t. IV).
Note sur les fouilles de la plaine des Laumes, insérée au Bulletin mensuel de
l'Acad. des inscriptions, et dans la Rev. archéol. de 1861.
Note sur la nécropole de Bruilly et sur celle du bois de la Perrouse, dépen-
dant d'Auvenay (Rev. archéol., n. s., t. IV).
Lettre à M. Ed. Fleury sur le camp de Mauchamps (Journal de l'Aisne du
7 mai 1862).
Réponse à une lettre de M. Maudheux au sujet des fouilles de Dombret et
Suriauville (Rev. archéol., nouv. série, t. V).
Note sur les fouilles faites dans les tumuli de Sauville (Vosges) (Ibid., 1866,
t. XLVI).
Note sur l'inscription de l'arc d'Orange (Ibid., 1866).
Lettre sur l'arc d'Orange à M. de Caumont, insérée au Bulletin monumental
de 1867.
Fouilles des tumuli dans les Vosges et la Côte-d'Or (Rev. archéol. de 1867).
Histoire.
La première bataille de Paris (Revue contemporaine, 1857, p. 707 à 724).
L'opinion de M. Quicherat sur la bataille entre Labienus et les Parisiens
(Rev. archéol., t. XXIX, p. 228 à 242).
Les expéditions de César en Grande-Bretagne (Rev. archéol., 1860, t. I,
3 articles).
Guerre des Helvètes, première campagne de César (Ibid., t. II, 3 articles).
Bataille d'Octodure (Ibid., 1861, t. III et IV, deux articles).
Les campagnes de César dans les Gaules. Paris, Didier, in-8°, 1860.
Dans le Journal des Savants, nos de janvier, février, septembre, octobre 1880,
articles sur le musée de Saint-Germain, la salle de l'arc d'Orange, la salle
d'Alesia.
Rev. Celt. IV ->2
478 Nécrologie.
— Nous devons enfin annoncer la mort de M. Jean-François-Joseph Encina,
mort à Paris le 23 octobre 1880, à l'âge de 49 ans. M. Encina était un gra-
veur habile, fort estimé des archéologues et particulièrement des numismatistes.
Notre revue lui doit la gravure du bois que l'on voit en tête de notre premier
volume, p. 2, et qui accompagnait un article de M. de Barthélémy sur Dis Pater,
Dieu gaulois de la mort. M. Encina avait mis son nom au bas de son œuvre,
suivant l'usage des graveurs. On sait que ce nom fut pris par un savant linguiste
pour celui du dieu de la statuette et que ce linguiste fit une docte dissertation
pour établir que ce nom gaulois signifiait « sœva nécessitas »'. Le prétendu
nom de dieu gaulois était la signature de M. Encina, dont la famille est origi-
naire d'Espagne et dont le nom signifie en espagnol « chêne ». Sœva Néces-
sitas! Cette étymologie était-elle un augure? M. Encina a été frappé d'une
attaque d'apoplexie chez M. de Barthélémy (Dis Pater) où il se trouvait en visite.
H. G.
1 . On peut voir cette dissertation à la fin de notre brochure : Esquisse de la religion
des Gaulois, Paris, Fischbacher, 1879 : cf. plus haut, p. 112.
ADDENDA ET CORRIGENDA.
TOME IV.
P. 202, n. i. Notre ami M. Reinhold Kœhler nous apprend que dans une
revue allemande que malheureusement nous n'avons pas occasion de voir, les
Beitrœge zur Geschichte der dcutschcn Sprache und Literatur, publiée à Halle par
MM. Paul et Braune, il a paru une importante étude de M. E. Kœlbing sur la
légende d'Amis et d'Amiles, t. IV, p. 271-319.
P. 209, n. 1. A propos de cette note, M. Kœhler nous fait remarquer que
les paroles de l'Écriture (mali non valde, mali valde, boni non valde) citées
plus loin, p. 251, méritent d'être citées par voie de comparaison et d'explica-
tion.
P. 303. Le fragment de Trêves ne se rapporte pas à la légende de sainte
Nonne, comme nous avons eu le tort de le dire d'après M. Max Keuffer, mais
à la légende de Marie-Madeleine, telle qu'on la trouve dans la Légende dorée de
Jacques de Voragine (cf. Romania, t. IX, p. 491).
P. 302, 1. 7 avant la fin, lire : « Benfeld ». — A l'occasion de la collection
de Dornach, M. Ristelhuber nous apprend qu'il a publié une petite notice sur
le Dr Schnceringer et sa collection dans sa Bibliographie alsacienne de 1869,
publiée en 1870.
ERRATUM DU T. II.
P. 384, I. 23, for 'abhorrence' — read 'contempt'
ERRATA DU T. III.
P. 177, 1. 9, for 'side' — read 'shoulderblade'
P. 187, 1. 17, for 'routs' — read 'onsets'
ERRATA DU T. IV.
P. 134, 1. 14, lire : Baumburg.
P. 138, 1. 4, lire : à droite.
P. 245, lire dans l'inscription MAGIVSA et restituer ainsi les deux lignes
suivantes :
Le premier éditeur, M. de Caumont, avait remplacé MAGIVSA
par MAGIVSIA et LIB par SIBI qui n'avait aucun sens.
TIDINGS OF DOOMSDAY.
P. 247, 1. 8, for 'David' — read 'living God'
P. 248, 1. 1, for lcuin' — read '7 cuin'
480 Addenda et Corrigenda.
P. 248, 1. 13, for 'thardsaid' — read 'thârdsaid'
— 1. 27, for ccia' — read icid'
P. 249, 1. 1, before 'when' — insert 'And'
— last line, before 'silent' — omit 'not'
P. 250, 1. 7, for 'uathmar' — read 'ûathmar'
— 1. 21, for iriam' — read lriam'
P. 25 1, 1. 9, for 'the' — read 'this'
— 1-13, before 'not' — insert 'who are'
— 1. 18, for 'the' — read 'their'
— — for 'which is greatest they could' — read 'the greatest they can'
— 1. 26, for 'and' — read 'so that'
P. 252, I. 14, for 'distartsat' — read idiatartsat'
— I. 19, for 'inchuaird' — read 'imchuaird'
P. 254, I. 4, for 'rnalin' — read '■rnulind'
P. 255,1. 18, for 'open mouth' — read 'gullet'
— 1. 20, for 'maiming' — read 'wounding'
— 1. 3 1 , for 'high kingdom' — read 'sovranty'
— I. 33, 34 for 'appointing the habitation of — read 'decreed to inhabit'
— 1. 36, for 'to glory, to honour, to vénération' — read 'with glory,
with honour, with vénération'
P. 256, 1. 2. for 'anrig' — read 'arrig'
— 1. 5, to 'doinmige' ( = dôinmiche Z2, 81 1) add a foot note 'Facs. dôim
mige'
— 1. 27, for 'nanâem trinoti' — read lnanôemtrinoti'
P. 257, I. 7, for 'need' — read 'greed'
— 1. 13, for 'honeyed' — read 'soothing (?)'
— 1. 19, for 'the kingdom' — read 'heaven'
— — for 'end' — read 'finish'
— 1. 2i, for 'this' — read 'the'
O'CLERY'S 1RISH GLOSSARY.
P. 354, 1. 6 from bottom, for 'Festilogy' — read 'Calendar'
P. 3 59, 1. 2 from top, for 'Cv.' — read lGr.'
P. 360, 1. 2, add. 'Achall ar aicce Temuir' LL. iéi. a. 44.
— 1. 22, add. 'Fél. Prol. 339.'
P. 361, 1. 20, for ltjer' — read isaer'
P. 362, 1. 2, for '20' — read '21'
P. 399, 1. i, read lcondercintliud'
P. 401, 1. 15, for 'to endure' — read 'intolérable'
Le gérant : F. VIEWEG.
Imprimerie Daupeley-Gouverneur, à Nogent-le-Rotrou.
PB 1001 .R5 V.4 SMC
Revue celtique
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